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Coke en Stock (CCXLIX) : le chaînon manquant du trafic ou un autre Viktor Bout (j)

Lors de cette enquête, commencée je vous le rappelle avec la découverte à Zagreb d’un avion contenant de la cocaïne et l’arrestation d’un baron de la drogue qui aurait tenté d’acheter des armes pour Aqmi en échange de quantités plus importantes,  je m’attendais à n’avoir comme préoccupation que cette seule problématique.  Mais la découverte à l’épisode 2 de tout un système reposant sur l’héritage du circuit de cocaïne démarré il y a près de 50 ans au Sud de l’Espagne, via des norias de voiliers partis des côtes du Venezuela, puis plus récemment (en 2008), d’une seconde noria d’avions pour importer la coke en Afrique de l’Ouest, m’avait fait aboutir au fameux Boeing du désert, un modèle 727:  une affaire malienne, dans laquelle un français surtout avait été cité.  Or ce français, dont on avait plus ou moins perdu la trace (en fait j’ai suivi sa nouvelle localisation pendant plusieurs mois) vient de remonter à la surface ailleurs, ce que l’on verra bientôt (dans l’épisode suivant)… Rappel, en attendant, de ces hauts faits maliens et sénégalais à ce jour…

Ce bien étrange monsieur Vernet

L’affaire, on le sait et on l’a vu, a vite tourné à la découverte d’un trio infernal dans lequel il y avait Miguel Devesa, un ancien policier espagnol devenu truand (et assassin), plus le propriétaire guinéen  d’AAA (Ibrahim Gueye, propriétaire du Boeing J5-GCU, une fausse immatriculation du HZ-SNE qui a été incendié à Tarkint en 2009, ici à droite le document en attestant) et Éric Vernet, 41 ans, qui se présentait alors sur place comme étant la troisième génération de la famille installée au Mali. Après être allé en France faire ses études à Montpellier, il avait en effet repris l’établissement de son père, une entreprise de menuiserie alu, cédée il y a quelques années « pour se consacrer à sa passion, l’aviation« , avait-on appris par la presse. En plus du 727 trouvé au Mali, Afrique Air Assistance avait donc 6 aéronefs immatriculés en Guinée-Bissau, plus ceux provenant de la société précédente de Vernet : son Piper Chieftain N202HF devenu TZ-ASASMM en novembre 2008 (ici à gauche en maintenance à Bamako) ASM, qu’il avait ramené des USA via l’Atlantique, muni de réservoirs supplémentaires à bord) et son vieux Twin Commanche F-BUVZ de 1966 (ex  N8253Y et TR-LKX), rapatrié de l’aérodrome de Lognes (ici à droite). Certains de ces avions avaient été repérés plusieurs fois au Portugal et en Espagne, où était installée une société appelée West Africa Aviation Services, la filiale de l’espagnole, dirigée par Gueye. « Iba » Gueye, comme il est parfois appelé, avait été ainsi enregistré et exploitait un certain nombre d’avions au Sénégal. Il y avait bien un bâtiment avec un signe « Aero Club d’Iba Gueye » peint à travers les murs adjacents au terminal international de l’aéroport principal de Dakar où ses avions étaient stockés.  Le nom de l’aéroport n’a rien à voir avec le Gueye concerné :  Iba, le « véritable » Iba, le premier pilote sénégalais, est mort jeune, le 23 septembre 1962. Le J5-GTQ avait été acheté à Wondair, Wondair On DemandAviation), une société espagnole filiale du groupe Grefusa, installée à Valence et dirigée par Javier Diez, nommé en 2006 vice-président de la « Asociación Europea de Aerotaxis ».  Le très vieux Fokker (46 ans lors de son rachat) avait été acheté à Equatorial Airlines, une société de Guinée Equatoriale interdite de vol en Europe pour insécurité manifeste.  L’avion avait servi dans l’armée hollandaise au milieu des années 80 (ici sous d’autres couleurs) avant de se retrouver au Canada chez West-Ex Airlines comme avion cargo. Le Cessna 208B J5 – GAS, avion cargo monomoteur, comme on l’a vu, a été acheté à Lanzarote Aerocargo, compagnie basée à Las Palmas Gran Canaria International dont il avait gardé une bonne partie de la décoration extérieure, mais il n’appartient donc pas directement à Eric Vernet. Les hangars de Bamako étaient partagés avec IbiGroup, d’Ibrahim Diawara, une division aéronautique de ses activités de BTP :  la société fait voler un B1900D de 18 places, deux Beechcraft 200 de 8 places, dont un spécialisé dans l’ensemencement de nuages, un Beech C90 de 6 places et un PA32 de 4 places. Ce dernier a été photographié en réparations dans le hangar de Vernet, qui peint tous ses appareils avec le même motif. ! Pourquoi ce choix délibéré de couleurs pour tous ses appareils, lui seul le sait. Le vieux Fokker F-27 J5-GIA avait lui aussi subi le même schéma, se limitant à deux nuances de bleu encore une fois.  Un vieux Piper Twin Comanche (ici à gauche) montré autrefois dans un hangar de Bamako d’Africa Air Assistance, avait subi le même traitement colorimétrique. Les dernières fois que l’on avait pu photographier ce hangar, il était en train de retaper un avion Cessna 310 en pleine réfection de peinture (terminé ici à droite).
C’est seulement en décembre 2010 que le nom d’Ibrahima Gueye avait été publiquement cité dans l’affaire d’Air cocaïne. Enquêtant alors sur le mystérieux avions, les diplomates américains en poste à Bamako avaient écrit dans leur câble (Wikileaks) Air cocaïne, qu’un Boeing 727-200 « avait été affrété par Africa Air Assistance, la filiale dakaroise d’un avionneur basé à Malaga, (Espagne) », une société « qui a pour patron un Sénégalais du nom de Ibrahima Gueye. » A Bamako, on pouvait donc admirer plusieurs avions en même temps devant le hangar de ce qui s’appelait alors Aero Services Mali : le fameux J5-GAS cargo, le Navajo « d’origine », devenu TZ-ASM, un petit Cessna en réparation semblant immatriculé au Mali en « TZ  » (aperçu ici à gauche sur l’affiche du club de Cotonou avec une immatriculation béninoise en TY-CPV) et un Beechcraft connu lui aussi : le TZ-MAC (BB-1160) d’Aero Malian Company (devenue IBI Group SA), d’Ibrahima Diawara, sa dix-neuvième immatriculation (un appareil datant de 1983, ex N161GC). Ci-dessous une image composite à partir de 2 clichés montrant le nouveau tarmac du propriétaire (on verra où demain !!!) :  on retrouve les mêmes qu’à Bamako !!!

Autre particularité du hangar, qui avait donc intéressé obligatoirement les services secrets américains, (et on suppose aussi après avoir été déménagé du Mali), le fait d’être toujours partagé entre IbiGroup et l’équipe de Vernet, la présence d’un Piper Cherokee venu en 2007 de Maubeuge, via Ouagadougou, et celui d’un Piper Pa-32 immatriculé au départ TU-TYM (de Côte d’Ivoire, donc, visible ici en vol en 2008) et ré-inscrit comme TZ-TYM, appartenant à Malian Aero. L’avion (parfois appelé TZ-MAB), longtemps resté sur place, a finalement été mis en vente et a trouvé un preneur inattendu en octobre 2017 seulement, avec le chanteur Salif Keita qui l’a aussitôt baptisé « Pégase ». L’avion semble avoir ravi le chanteur roi de la musique mandingue, qui semble aussi avoir oublié qu’il a été accidenté le 30 août 1983 à Blairsville, en Georgie, aux USA, alors qu’il était sous l’immatriculation N8987N… L’avion, volé par un pilote de 30 ans, était tombé à l’atterrissage dans un fossé à Tonopah dans le Nevada : il emmenait à bord 500 kilos de marijuana ! L’appareil, peu abîmé, avait été racheté par l’aéroclub de Ouagadougou d’Arno Lescure (au Burkina voisin) !  Le Cherokee, il faut le savoir, a été vendu à partir de… 1965.  Le « Pégase » tant rêvé du chanteur est un vieux canasson cinquantenaire !

Africa Air Assistance ou comment passer entre les gouttes

A Bamako, on vient de le voir, l’entreprise de Vernet d’Aéro-Taxi partageait donc ses hangars avec ceux de la Malian Aero Company devenue Ibi-Group. On a longtemps vu les avions des uns et des autres se mêler dans des hangars communs. Le tout premier avion, son Piper Chieftain N202HF  bleu et blanc était arrivé en janvier 2008 encore, parti le 6 de St Johns, juste au Sud de St Pierre et Miquelon, pour rejoindre Santa Maria aux Açores, en traversant donc l’Atlantique…. et en effectuant ainsi 2 603 km, alors que son rayon d’action normal est de 1 875 km… Notre homme savait déjà remplir son avion d’autre choses que de sièges. Sur les premières publicités d’Aero Malian, créée en 2006, les appareils se côtoient (ci-contre à gauche). Au milieu de la photo c’est le Beechcraft TZ-DDG d’Ibi qui le 14 juin 2017 s’est vautré à l’atterrissage, le train s’étant subitement affaissé, au retour d’une de ses missions d’ensemencement de nuages au dessus de Mopti appelée l’opération Sanji . C’est un système mis en place par la société US Weather Modification Incorporation qui réalise les épandages (une société US a décroché le même programme aux Emirats en 2010 via le Centre national de météorologie et de sismologie du pays – démonstration ici). La société ensemenceuse US est installée à  Jan Fargo, Dakota du Nord et travaille avec un petit  Cessna 340 (numéro N234PS !), mais aussi un Cheyenne II, le N234K, un Cessna 340A, N340FR, un autre Cessna 340 N812V, et un Piper PA-34-200T Seneca I, de 1978, numéroté N39655.

L’avion sénégalais n’était plus tout jeune, datant de 1979. Idem pour le TZ-MAD (LJ-740), rutilant il y a quelques années et fort vieilli depuis (il date de 1977). Le second Beechcraft de Malien Aero étant le TZ-MAC (BB-1160). En réalité, avant qu’il ne s’écrase, on avait mis en doute son usage et laissé entendre que les avions d’ensemencement pouvaient surtout héberger à leur bord des appareils de surveillance. Et surtout de servir à accumuler une belle cagnotte financière détournée, selon un magazine local :« Ahmed Diané Séméga, le riche et fringuant ministre de l’Equipement sous Att, et son boss (tous deux planqués à Dakar) avaient créé une société écran qui avait bénéficié du « deal » pour un montant de 1 milliard 500 millions Fcfa par an, à l’effet de provoquer des pluies sur le territoire du Mali qui enregistre des déficits hydriques importants ces dernières années. Ainsi, ils empochaient 500 millions de bénéfices nets, qui dit mieux, par an, durant toute la durée de l’opération qui s’est étalée sur 5 années, soit une cagnotte totale de 2 milliards 500 millions dans cette gigantesque arnaque à la pluie »,  continue l’article vengeur, décrivant une méthode méfiatique originale : « l’année passée a été une année pratiquement sans pluie, malgré que l’opération était en cours. Lorsqu’il pleuvait naturellement, ATT s’attribuait le mérite en faisant croire que c’est grace à l’ensemencement des nuages. Et l’Ortm, « la passion du service public » bernait tout ce petit monde en simulant cette opération sur les écrans, en faisant défiler l’image en deux dimensions d’un petit avion sur les nuages pour matérialiser cette opération »

En somme, le président ATT, celui qui a bloqué pendant des semaines l’accès aux Boeing incendié à Tarkint était de mèche également avec un programme bidon d’agriculture organisé par la filière aviation du groupe du « bétonneur » Ibrahima Diawara, cité comme entrepreneur-phare du pays, le PDG aussi du groupe Stones, qui fait dans… la pierre comme son nom l’indique. Le Beechcraft 1900 d’ici servant aussi à balader les (anciens) présidents, il est vrai  aussi (ici à droite). A peine si on au le temps de noter que le 22 août 2013, Bamako avait reçu la visite du ministre de l’environnement du Bénin, dans l’espoir de faire la même chose chez lui dans son pays : en 2014, les opérations ont débuté en effet dès le 27 juillet pour « un coût de 990 500 000 (neuf cent quatre vingt dix millions cinq cent mille francs CFA., et une prévision de 97 opérations, dont 27 avaient déjà été effectuées à la date du mercredi 21 août ». Les premiers jalons d’une nouvelle installation à venir pour Vernet ?  Quant à Ibrahima Diawara, le voici nommé en septembre 2018 « consul honoraire d’Indonésie » : les diplômes toujours ronflants restent prisés de certains ambitieux (comme chez le frangin de Marc Didier ?). Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), le remplaçant d’ATT, ayant lui absous Ahmed Diané Séméga, alors qu’il avait fui lui aussi au Sénégal avec son mentor, en le nommant Haut Commissaire de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS).

A Bamako, il y deux ans, on a commencé surtout à s’apercevoir que l’aviation s’était aussi et surtout une affaire de maintenance, et pour Ibi Group c’est de plus en plus difficile de la maintenir, justement : « seules les opérations les plus légères, comme les changements de roues, d’hélices, de circuit hydraulique ou la vérification des moteurs, peuvent être aujourd’hui réalisées, quand un avion n’a pas encore dépassé les deux cents heures de vol. En Afrique de l’Ouest, de petits transporteurs d’affaires régionaux peuvent s’en charger au sein de leurs hangars, comme le sénégalais Transair, qui assure via ses turbopropulseurs des vols intérieurs pour une clientèle en majorité composée d’entreprises minières, ou encore Malian Aéro Company, basée à Bamako » écrit Jeune Afrique en août 2017. L’épisode de l’atterrissage train rentré étant symptomatique, semble-t-il des difficultés à faire voler une flotte vieillissante sous un tel climat.

Ensemencer les nuages ou filmer en dessous ?

A noter que parmi les pilotes d’Aero Malian on trouve un américain qui s’appelle John Renoir (?), (ici à droite) c’est en fait le spécialiste des ensemencements de nuages de Lubboc, au Texas chez Seeding Operations and Atmospheric Research, (SOAR). En 2015 la ville de Lawton en Oklahoma qui manquait d’eau avait recours aux services de cette même firme, œuvrant aux Etats-Unis avec un petit Cessna 340.  250 000 dollars sur 5 mois de travail pour éviter le spectre du retour des célèbres Dust Bowls ! Finalement il finira bien par pleuvoir, à Lawron, mais les avions n’y avaient été pour rien !  Le 3 juin 2015 le contrat avait été rompu : après plusieurs orages, les réservoirs s’étaient à nouveau remplis !  Un procédé toujours contesté on le sait. On notera aussi que l’on avait retrouvé sur un blog d’un autre pilote professionnel né en 1944, pilote depuis 1974, devenu un pilote de « ferry » et « spécialiste des traversées de l’Atlantique« , qui habite à Bangor, dans le Maine (là où se situe la grande base navale de sous-marins US).  Et de là d’où est aussi parti un gros Cessna 208B dont on va bientôt parler je pense…

Bref, une excellente trouvaille, qui nous conte le 11 novembre 2007 qu’il a effectivement fait voler un Piper Cheyenne PA-31T de Bamako à Ryad à la fin de la saison des pluies de 2006 pour que l’appareil puisse subir des modifications consistant à l‘installation de matériels pour contrôler la météo. L’homme précise que l’avion sera renvoyé ensuite à Bamako en 2007 avec un autre pilote aux commandes. En donnant au tout début de son post le numéro d’immatriculation de l’avion qui nous manquait sur la première photo : le N-233PS !!! Or à bord de ce genre d’appareil inséminateur, il y avait des écrans de contrôle, visibles ici à gauche, si aisément remplaçables par des écrans vidéos de caméras. Belle découverte en effet quand on fouille un peu plus loin pour trouver qui en est le propriétaire de départ : il s’agît de Dodson International Parts… société très en cheville, on le sait, avec la CIA.  A peine ses aventures africaines (et arabes) terminées, le fameux Piper Cheyenne est parti au cimetière (dès 2013, ici à droite)… de chez Dodson, bien sûr (avec toujours à l’avant son énorme plaque de rafistolage en aluminium) !

La CIA avait-elle trouvé ce moyen pour augmenter discrètement sa flotte d’avions surveillants déguisés en avions civils ? Ça reste une possibilité, car l’importante flotte de Pilatus observés sur place aujourd’hui n’était pas encore arrivée à l’époque. Ici à gauche la visite de l’U-28A (le nom militaire du PC-12) de l’US Air Force (en fait de l’USAF Special Operations Command), immatriculé 070821. Les avions précédents décrits avaient en ce cas servi tout simplement à calibrer les optiques et l’électronique d’observation de leurs successeurs. Des précurseurs, en quelque sorte puisqu’ils étaient arrivés dès 2006 en Afrique. Voilà qui va encore bien décevoir les partisans des chemtrails…  dont une célèbre, en France, depuis peu (le sommet c’est ce site, dans le genre partisan de cette théorie !).

Expulsé du Sénégal

Ceci pour le Mali, mais on le sait aussi, Africa Air Assistance avait aussi une deuxième localisation, avec son volet sénégalais. En 2009, le fils du président Wade désireux de se lancer dans l’aventure aérienne avec une nouvelle compagnie avait expulsé manu militari  de l’aéroport de Dakar tous les ateliers d’Africa Air Assitance, géré par Ibrahima Guèye (et Eric Vernet), y compris le hangar qui hébergeait le fameux Boeing du désert, d’ailleurs. La surprise avait été de taille car les hangars rendaient des services aussi aux militaires présents sur place : « à noter également qu’il a eu à offrir ses services pour la réparation du Fokker 27. Lequel avait perdu son train d’atterrissage au moment d’atterrir, avec à son bord, la première dame Viviane Wade. Sans oublier les maintenances des avions de l’armée dont il avait la charge. Ce qui lui avait valu des remerciements de la part du Colonel Mouhamadou Moustapha Diawara, à l’époque Chef d’Etat-major de l’Armée de l’air de 2000 à 2004 et actuel, haute autorité de l’Aéroport Senghor ». L’avion qui avait failli tuer la première dame du pays le 3 juin 2008 étant le même qui avait déjà pris feu dans son hangar le 23 mai précédent. « En 2009 cependant, Africa Air Assistance, avec une autre entreprise (Derishbourg-Atis), est interdite d’exercice par les autorités aéroportuaires qui leur reprochaient de « squatter » carrément le hangar de maintenance de l’aéroport international de Dakar. « Sans autorisation, ni agrément » ! Le journal sénégalais qui relate l’affaire est formel : « au moins 3 avions, dont un Boeing 727/230 d’Africa Air Assistance destiné au fret, et deux autres petits avions, dont un appartenant à la Guinée-Bissau, ont été évacués du hangar (1) ». L’un des « petits « avions décrit étant justement le Cessna 402C Utililiner J5-GTA retrouvé abandonné au Portugal (décrit dans notre épisode (i) !!! L’autre étant notre Boeing du Désert, le HZ-SNE, alias le J5-GCU (ex DHL), chargé de ses 10 tonnes de cocaïne (ici à gauche) !!!

D’autres liens douteux

Dans le même hangar de Sénou-Bamako toujours, un autre hélicoptère est apparu plus tardivement chez Vernet. Un Ecureuil AS350 B3 de l’Aerospatiale, fabriqué en 2001 et immatriculé donc…en Afrique du Sud (ZS-RKG). C’est le N°3416 de série qui a été auparavant français (F-WQDA), puis italien (I-FLUS, ici à droite au dessus de l’autre). Fait notable, sous l’immatriculation ZS-RKG, on a pu l’admirer avec des passagers assez peu recommandables, lors d’une « sortie de vacances » effectuée par eux à Zanzibar, en Tanzanie, pays minier comme on le sait. Deux margoulins, il n’y a pas d’autres nom. A savoir Phil Edmonds (ancien joueur de cricket) et Andrew Groves, flingués ici en beauté dans un article à charge signé Global Witness, les deux dirigeants de Sable Mining (2). Groves qui présente comme exemple frappant de leurs activités la vente d’un Falcon 20 à African Medical 3,1 millions de dollars alors qu’il en valait beaucoup moins (1,8 million). Groves avait empoché au moins 1,2 million de dollars sur la transaction – et 200 000 de plus car il a même eu droit à une réduction d’impôt, selon les documents retrouvés ! « Le seul directeur de ces deux projets était le pilote de Groves, Roston Gough Smith. Gough Aviation appartenait à Camec, inscrite à AIM par Edmonds et Groves. Lors de la vente de Camec (Central African Mining & Exploration Company) en 2009, le jet a été confié à une société enregistrée en Afrique du Sud, Caramix, elle-même détenue par une société secrète des îles Vierges britanniques. C’est Caramix – où Roston Smith était de nouveau directeur – qui a vendu le Falcon à African Medical. »L’avion étant le ZS-KGS, devenu effectivement Gough Aviation (Pty) Ltd (vu ici dans son fief de Fala-Lanseria, et ici le 3 juin 2016 modifié par Guardian Air, dans son nouveau rôle d’ambulance aérienne sur l’aéroport de Ste Hélène, au profil si particulier et risqué (on admire le cabré).

Or, pour en revenir à l’hélico, le même a été aussi vu arborant le logo de la Camec. En Afrique de l’Ouest, c’est Heine van Niekerk qui dirigeait Sable Mining : ce dernier a été démis de ses fonctions au Liberia pour « vol de propriété intellectuelle », en fait après avoir copieusement arrosé les dignitaires du pays. Sur un document de leur société Sables Mining African on peut voir un hélicoptère leur appartenant immatriculé ZS-HHI,  Les recherches menées par Global Witness montrent comment, avant la vente, l’appareil avait transité par une série de sociétés opaques, toutes liées à Groves. En 2006, il appartenait successivement à deux sociétés, Roston Aviation dans le Delaware et Gough Aviation en Afrique du Sud » et arborant presque les mêmes couleurs, le gris acier remplaçant le blanc (ci-dessus à gauche) sur le site de Faléa il semble bien, pour l’exploitation de la bauxite. La livrée de l’appareil à bandes claires inclinées sur fond bleu est celle courante sur ce modèle : on la retrouve en effet chez le F-GJRP N°1926 de…  Jet Azur venu suivre le Tour de France (ici en 2008, ou ici aux 24 H du Mans 2014). Jet Azur possède aussi un AS 355, un hélicoptère bi-turbine dont on reconnaît la taille via sa seconde porte arrière au hublot caractéristique. 

Pour expliquer la présence de ses pilotes emprisonnées au Mali, le patron de Jet Azur, Claude Alezra, s’était défendu en disant que cela faisait longtemps qu’il y était présent, que l’on pouvait donc lui faire confiance,  car il organisait notamment tous les ans la venue par le ciel de Serigne Cheikh Al-Maktoum l’autorité religieuse musulmane locale, qui rassemblait des foules immenses (mort en 2017, c’était le petit-fils du marabout El Hadji Malick Sy, le fondateur de la confrérie au Sénégal). Et effectivement, puisqu’un extrait d’une vidéo datant de 1998 montre ici  à l’évidence que l’hélicoptère engagé par Alezra portait les mêmes décorations, faites de lignes claires décalées mais apposées sur la porte de l’engin. A sa décharge, c’était aussi une décoration courante sur ce modèle à l’époque ! Il existe donc une certaine probabilité intéressante que parmi les deux hélicos attendant la livraison venue d’avion et transférée à la pêcherie indiquée ait figuré ce modèle précis, en plus du Bell Ranger parfois cité. Des avions loués, on le rappelle, par une personne restée à ce jour inconnue, et une enquête vite bâclée, malgré que les pilotes aient été un temps emprisonnés au grand désespoir de leurs familles, qui les avaient bien entendu déclarés innocents. Comment a-t-on pu pas passer à côté de ça ? (ici à gauche le mono turbine F-GJRP de Jet-Azur fort semblable effectivement en décoration au ZS-RKG).

Le ZS-RKG avait lui bel et bien été vu en blanc et bleu au Mali en 2009 portant le logo de la Camec (ci-dessus à gauche). Areva étant aussi sur place… avec son représentant mandaté par Anne Lauverjeon, un Sébastien de Montessus en pleine forme, a offrir 6,9 millions de dollars en 2009 pour investir  le minier namibien United Africa Group (UAG), avec en graissage de patte un versement mensuel de 10 000 dollars en 2008 et 2009 au ministre namibien du Commerce et de l’Industrie de l’époque, Hage Geingob, devenu ensuite président du pays (!) et en se sucrant au passage sur la vente du superbe yacht le Cape Arrow un magnifique voilier de 2011 long de 100 pieds (il aurait perçu 750 000 euros)… Areva, dont le directeur de la communication et directeur des affaires publiques est en 2007 un certain Edouard Philippe, notre premier ministre actuel ! Areva et ses deux milliards d’euros envolés pour rien ! Le ZS-RKG lui, est reparti depuis à Cape Town… se faire refaire depuis une peinture gris acier foncé (et être complètement refait et équipé d’un Garmin 500H !) pour travailler désormais pour l’hôtel Anantara Mejumbe Island Ressort, pour des excursions « Life is a journey »... en aviation, c’est bien connu, tout se recycle !

Obligé d’aller vivre ailleurs

Revenons donc à Bamako. L’opération Serval décidée en France s’implante donc là en 2012 en investissant les pourtours de l’aéroport de Bamako-Sénou en faisant le ménage, façon « poussez-vous que je m’y mette ». Dans les textes à propos d’Ibi Group, on écrit que la société « en 2012, avec le conflit armé au Mali, la société malienne Aéro a cessé ses activités et a participé à l’effort de guerre en mettant à la disposition de l’armée ses avions. 2013 et 2014, marquent la reprise des activités de la société malienne Aero, notamment celle des pluies provoquées ». Cet arrêt des activités est patent et est visible sur Google Earth : tout l’espace dédié auparavant à l’entreprise est occupé par des containers ou des coffres déposés par les militaires, comme on l’a vu. Africa Air Assistance, contrainte et forcée, a déjà joué les filles de l’air, et Malian Aero ne peut plus travailler, ou alors uniquement avec son Beech 1900D qui évolue alors plus loin sur le site. Le vieux biréacteur visible et pas encore passé au broyage est le BAC-111 TZ-BSB, visible un peu partout sur les photos de Malian Aero (le premier cliché est du 1er décembre 2011, le second du 20 mars 2013 :

Africa Air Assistance n’est plus présent au Mali, et sa base sénégalaise a été vidée par Karim Wade. On se dit que les affaires douteuses d’Eric Vernet sont terminées. Pensez-vous !!! Il va resurgir ailleurs, avec les mêmes appareils, plus un nouveau. Tel un phœnix, l’homme arrêté avec Miguel Ángel Devesa Mera, galicien d’origine et ex-policier, l’assassin arrêté en même temps que lui et relâché comme lui par ordre du président du Mali a recommencé son « petit commerce habituel » dans un autre pays, lui aussi intéressé, on l’a déjà esquissé, par le miroir aux alouettes des provocations de pluies par avion… mais là, encore une surprise de taille nous attend dans sa nouvelle entreprise. C’est un nom, celui apparu déjà dans notre épisode « f »… et l’une des clés de tout un système !

 

(1) Depuis Air Sénégal, une fois Wade parti, a changé de direction, sous Macky Sall, le nouveau président élu, qui a fait remplacer aussi celui qui a été cité dans l’affaire du financement présumé de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 par Mouammar Kadhafi : des enregistrements téléphoniques l’avaient trahi, alors qu’il avait réussi à fourguer 21 Airbus au dictateur Libyen ! L’homme, « le Mr Afrique d’Airbus » un proche de Gérard Longuet et d’Alain Madelin, est aussi celui qui avait créé l’association France – Angola, en soutient au chef rebelle Jonas Savimbi; l’allié de Reagan en Afrique. Un pro-américain dans l’âme !!!  La Françafrique, rappelée à l’œuvre par un dirigeant pourtant récemment réélu !!! Il en connaît, des secrets, lui aussi, comme le fait que  Kadhafi s’était un temps fait soigner à Sainte-Anne pour schizophrénie… (ça ne l’avait pas traumatisé de vendre des avions à un demi-fou), comme il l’avait raconté dans un livre. Au passage on notera qu’Airbus a aussi perdu son N°2, Fabrice Brégier,, parti en 2018 chez Palantir, une société informatique très intrusive et très suivie par la CIA, dont la DGSI se méfie énormément. L’espionnage n’est pas loin, encore une fois. L’A340 de Kadhafi, (et son aménagement intérieur de fort mauvais goût, ici  dans une photo relativement récente), longtemps en litige est toujours à Perpignan, et tout aussi  longtemps resté au sol démuni de ses 4 moteurs s’est à nouveau envolé avec de nouvelles couleurs lybiennes en février dernier seulement !

2) Sable Mining est mêlé à un scandale dans lequel apparaît le fils d’Alpha Condé, pour le permis d’exploration du fer du mont Nimba. Un fiston fort utilisateur de jets privés.  Son père voyageant dans le jet de Bola Ahmed Tinubu, alias Jagaban, un milliardaire, ancien gouverneur de Lagos, qui a débuté sa carrière comme disc-jockey, possesseur de plusieurs jets privés (tel celui ici à droite).  Un père qui voyage beaucoup… aux frais du pays. Alpha Condé, ami de Albert Bourgi et de Jacques Chirac, que l’on a vu souvent descendre d’un Falcon dont on reparlera très certainement :  immatriculé en France, il est géré par une société croate gérée de France (« SKY VISION d.o.o. à HEKTOROVICEVA2, ZAGREB »), au Bourget, par… le groupe Segur et Jet Services de Marie-Antoinette Dain… Aerovision a été déclaré en faillite le 07 juin 2018… l’avion (ici à gauche, c’est le F-GPGK, doté d’une décoration immonde) est passé chez Unijet le 11 novembre 2018, le papier de la DGAC le stipulant étant en date du 21 mars dernier…valable jusqu’au 5 juillet.

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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