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Coke en stock (CCXIX): que se préparait-il donc à Yupukari, au Guyana (9)

Dans les deux épisodes précédents, nous avons vu que des avions de trafiquants de cocaïne venus de Colombie ont pris l’habitude de venir se poser en Guayana. Le 18 septembre 2016, la découverte d’un appareil abandonné car tombé en panne nous avait laisser entrevoir d’autres arrivées prochaines dans le secteur autour de la ville de Lethem, devenue la plaque tournante de ce réseau. Chose confirmée l’année suivante avec la découverte d’un deuxième engin, plus gros encore et lui aussi retrouvé abandonné. On se disait alors que les autorités du pays allaient réagir pour endiguer le fléau… lorsqu’au début de cet été 2018 un troisième surprenant appareil vienne jouer les trouble-fête en se posant carrément cette fois sur l’aéroport principal du pays, celui du Cheddi Jagan International Airport. Une drôle d’arrivée comme on va le voir, qui nous mener tout droit… au Venezuela !

La presse elle-même fait part de son étonnement (en parlant tout de suite de « fake registration » comme ici dans le Guyana Chronicle) dès l’arrivée au milieu de l’après-midi du 7 juillet 2018 de l’avion, arrivé sans prévenir les autorités : « en se basant sur les rapports reçus, le vol charter privé, qui serait enregistré au Venezuela, a atterri vers 15h20 et était géré par Roraima Airways Inc. Toutefois, conformément aux mesures de sécurité renforcées et à la collaboration accrue avec la direction des différentes unités / agences opérant à la CJIA, les hommes de l’Unité des stupéfiants des douanes (CANU) ont été alertés et ont conduit une inspection préliminaire de l’appareil. Guyana Times affirme que le numéro d’enregistrement de l’aéronef est faux, car un autre avion porte le même numéro. En outre, plusieurs autres irrégularités ont été découvertes. À ce titre, l’affaire a été signalée au siège de la CANU et des ordres ont été donnés pour que l’avion soit détenu ». Bref, voilà un avion arrivé à la sauvette qui, pour un fois, a vu une réaction immédiate de la police guyanaise.  Saluons l’événement à sa juste valeur (car en Guyana, par exemple, si vous faites du bateau, la douane vous laisse entrer dans le pays sans aucun contrôle), et tentons de comprendre pourquoi ça s’est passé ainsi.  Et pourquoi on a cru d’emblée à une fausse immatriculation.

Un changement d’aspect perturbant, et une modification à 34 milliards !

Avant tout, c’est bien la robe et l’immatriculation de l’avion qui ont surpris.  Il arborait visiblement en effet une immatriculation vénézuélienne en YV-2493 (ex YV-403CP), enregistré en 2009, celle d’un des avions de l’armée bolivarienne, dûment répertorié mais pas sous ces décorations- là, ce qui a fait hésiter en un premier temps  les officiels de l’aéroport, ce que les journaux de Guyana racontent ainsi : « les forces de police guyanaises ont déclaré qu’elles pensaient que les marques d’immatriculation sur l’avion pouvaient être fausses, puisqu’un autre appareil porterait le même numéro d’immatriculation et que la plaque signalétique contenant des informations essentielles sur l’appareil est manquante, rapport le site Demeraraweaves.  Selon des documents en ligne, un Beechcraft 200C Super King Air – YV 2493 a été enregistré en 2009 comme appartenant à la Force aérienne du Venezuela. Le Directeur général de l’Autorité de l’aviation civile du Guyana Egbert Field a déclaré à Demerara Waves Online News que des mesures étaient prises pour vérifier si l’enregistrement était faux ou non ».  Il est vrai qu’il y avait de quoi être surpris.  L’avion cité, de l’armée, le voici ci-dessus à droite, pris en photo à Fort Lauderdale en Floride, à une date hélas indéterminée. D’autres vues en date de la fin de l’année 2014 le montrent avec la même robe.  En 2009, le même avion répertorié BL-23 chez Texron-Beechcraft, arborait une livrée un peu différente, comme ici vu sur l’aéroport « classique «  de l’armée bolivarienne, du Generalisimo Francisco de Miranda (La Carlota), ou bien là le 23 juilllet sur le tarmac du Puerto Ordaz, affichant résolument extérieurement son rôle de l’époque d’ambulance aux côtés d’un collègue.  Il y a un an encore, un spotteur passionné, « luisfelce » le shootait et le postait sur Deskgram, « en train de décoller de la piste 23 du SVBC » de l’aéroport international Général José Antonio Anzoátegui qui dessert la ville de Barcelona, son aéroport d’attache semble-t-il (cliché ici à droite) . On aura noté qu’entre-temps il avait gagné des winglets et ses moteurs avaient été munis d’hélices récentes à cinq pales, preuve que l’armée d’un pays sans un sou vaillant sait quand même effectuer des dépenses d’entretien sur ses avions militaires.  Une seule hélice MTV-27 à 5 pales étant facturée environ 45 000 dollars, il faudrait en effet actuellement 22 358 447 330 bolivars pour effectuer la mise à niveau des deux… une modification à 22 milliards ! Chez Hartzell, c’est pire encore : 140 000 dollars la paire, une facture à 34 792 800 000 bolivars. A gauche, une vue intéressante prise en 1999 du même avion encore YV-403CP en formation au dessus de l’Orinoco avec deux autres avions de l’armée du Venezuela. L’avion est ancienn il a en effet été construit en… 1981. Il a aujourd’hui 37 ans d’âge, donc.  Ce qu’un coup de peinture ne lui enlèvera pas.  Avec un bon coup de pinceau, et la moquette  refaite, tel celui ce qu’on a fait subir au N896CM, il vaudrait encore 1,5 million de dollars, remarquez (américains, pour les bolivars, il faut plusieurs containers pour l’acheter, et ses moteurs ont 1200 heures seulement).  En livrée plus classique (tel pour ce N722EP) et 5000 atterrissages, et beaucoup moins d’équipements à bord, on peut l’emporter pour un peu plus de 600 000, ce qui semble plus proche de la valeur de l’appareil concerné.  Les vénézuéliens ont-ils réalisé une bonne chose en investissant environ le 1/5 du prix de l’engin, voire le 1/4 dans une mise à niveau d’une cellule de près de 40 ans ? Pas sûr ! A quoi rime donc ce nouvel aspect d’un vieil appareil bien connu, c’est bien là qu’est née l’affaire du « fake registration ».

Un peu d’histoire 

Des Beechraft 200 dans le ciel Guyanais, cela fait des décennies qu’on en croise, en tout cas.  Rappelons qu’historiquement des liens forts existent entre le Venezuela et le Guyana.  Des liens industriels, notamment.  En 1948, les vénézuéliens de la société Siderúrgica de Venezuela S.A. (SIVENSA) découvrent les ressources en fer de la rivière Caroní en Guyana, pour devenir ensuite la Corporacion Venezolana de Guayana (en abrégé CVG).  Depuis les années 60, c’est devenu un  énorme conglomérat, installé à Ciudad Guayana,et qui  exploite les ressources forestières, mais aussi le fer, la bauxite, et également, l’or, les diamants et d’autres minéraux.  On semble l’avoir oublié en effet.  Actuellement sous la présidence de Juán Arias la société regroupe pas moins de 14 entreprises et occupe plus de 20 000 employés sur place.  Créé le  29 décembre, 1960 sous la présidence de Romulo Betancourt, le groupe a été nationalisé par Chavez en 2001, pour tomber sous la tutelle du Ministère de l’industrie Basic et Mining (MIBAM) devenu sous Chavez « Ministerio del Poder Popular Para Industrias ».  En 1970, le groupe commence à exploiter la mine de bauxite à Pijiguaos; cela deviendra « l’Aluminios de Venezuela » S.A. (Venalum) en 1994, qui sera elle aussi nationalisée en 2003. L’exploitation exigeant on s’en doute des avions pour se rendre plus rapidement sur place, on retrouve sans surprise des appareils à son nom, tel ci-dessus à droite ce Beech 200 Super King Air immatriculé bizarrement YV-O-CVG-8, le numéro de production BB-273 pris en photo ici en février 1978 dans un hangar de maintenance d’Opa Locka, en  Floride.  Sans trop de surprise l’avion est devenu membre sous Chavez du « SATA for governement executive transport » sous l’appellation YVO103 en changeant au passage de couleurs (ici à gauche). A la Carlota, base militaire et civile du Venezuela, on pouvait également admirer en juillet 2017 ce superbe Beech 350 YV0138 (FL-55) de Corporación Venezolana de Guayana photographié par BR Spotting; un appareil repeint à neuf; lui aussi.  En 2011 un ancien militaire vénézuélien dépité, versé dans l’opposition, avait remarqué que l’avion affichait aussi sur son gouvernail de queue l’emblème de la CVG à Fort Lauderdale.  Pour lui un mélange des genres armée-prisvé, une collusion qu’il ne semblait pas apprécier. Le sigle a été depuis effacé sur l’appareil :

Historiquement aussi, la Guyana a possédé elle aussi, jadis, un Beechraft 200, immatriculé 8R-GFB, que l’on pensait avoir perdu de vue depuis. En fait, ce Beech BB-82 devenu plus tard N788AA  puis LZ-RGP, LZ-FEO (en Bulgarie, donc !), LZ-YUK chez Air Lazur-Yukos Petroleum Holding Aviation appartenant auparavant à la firme russe de pétrole Yukos, la société défunte de Mikhail Khodorkovsky, avant de revenir aux USA et devenir le N282LS chez Martex Ventures LLC, et être réenregistré le 31 octobre 2017 chez Teal Energy Services LLC, une autre société pétrolière mais du Texas, à Abilene, toute récente car créée en 2016 !!!  Celui-là, on peut dire qu’il a la vie longue, puisque son enregistrement guyanais date de… 1975 (43 ans !) !!!  Au moment même où je rédige sa « bio » , il est en vol parti de Houston pour atterrir à Jackson dans le Wyoming et avait fait la moitié du chemin à cette heure là !!!  Il vole quasiment tous les jours !

Et vous n’allez pas le croire, mais lui aussi et passé par l’atelier de peinture, pour ressembler à ce qui se fait aujourd’hui  chez Beech… décidément !

La double surprise de juillet !

Or quel appareil est donc apparu par surprise ce 7 juillet 2018 pour créer de telles inquiétudes et mobiliser aussitôt l’antidrogue (la CANU en Guyana (1)) ? Celui-ci, à droite, photographié quelque temps auparavant, le 30 mars dernier, par les Montego Bay Spotters.  Très différent du précédent en effet, qui avait été peint de façon bien plus sobre, dirons-nous. D’où la surprise des gens de la tour de contrôle de Cheddi Jagan International Airport et de la presse locale qui montrait plutôt l’arrière de l’appareil (ici à gauche) avec son immatriculation bizarement postionnée, à un emplacement, peu conventionnel, mais qui commence à se répandre depuis quelque temps et les nouveaux looks d’appareils. Bref, l’avion avait déjà dû venir au même endroit, mais pas décoré ainsi : d’où la surprise dans la tour de contrôle, et l’alerte donnée. « D’après les informations reçues, le vol charter privé, qui serait enregistré au Venezuela, a atterri vers 15h20 et a été géré par Roraima Airways Inc. Cependant, conformément aux décisions de sécurité renforcées et l’intensification de  la collaboration avec la direction des différentes unités / organismes opérant au CJIA, des rangs de l’Unité de lutte contre les stupéfiants des douanes (CANU) ont été alertés et ont effectué l’inspection préliminaire de l’appareil au cours de laquelle certains Irrégularités ont été découverts (…) À ce titre, l’affaire a été signalée au siège de la CANU et des ordres ont été donnés pour que l’avion soit détenu ».  Les nouvelles couleurs arborées intriguent, certes, mais son découvre rapidement qu’il s’agît bien de l’application d’un schéma récent de peinture proposé en modèle déposé par Textron-Beechraft, puisque la firme l’applique par exemple sur ce modèle neuf de démonstration N350ER  (FL-1046) appelé « Spécial Missions » aperçu à Malte en juin 2016 (avion présente des extensions de coffres à l’arrière des fuseaux moteurs), ou sur ses modèles 250 comme ici ce Beech 250 immatriculé N239KF photographié à Jersey-Guernesey le 19 février 2016 (et là la veille).  La similitude de décoration est flagrante. Le N252KA ayant subi le même redesign (ici vu à Oshkosh 2017 aux côtés du N239KF) après d’être baladé tout blanc.  Ici est visible le N189KF, un modèle 350 qui a succombé lui aussi à la même mode (2).  Sur le site de Beechcraft, c’est cette déco qui sert de photo d’appel pour le Beech 250 (elle est appliquée à tous les modèles récents, pour attirer les clients potentiels (c’est visible sur le site en prise de vue à 360°) :

L’avion serait donc tout simplement allé se faire une cure de jouvence dans un atelier « maison », estampillé par Beechcraft-Textron ! Bon, ok, on peut alors penser qu’il y a eu simple méprise  chez les guyanais :  les vénézuéliens n’en seraient pas à leur premier passage à l’atelier de peinture… comme on le sait (son « peintre » en chef s’appelant Tarek El Aissamien ce cas).  Car ce n’est pas la surprise. La vraie, c’est le nom de celui qui a « invité »  l’appareil en Guyana :  « la police a déclaré qu’après les enquêtes, il avait été révélé que les pilotes et les passagers avaient été invités en Guyane par un certain Michael Brassington, qui était à l’aéroport pour les recevoir. Brassington et les quatre passagers se sont présentés au Département des enquêtes criminelles (CID) alors que les deux pilotes sont arrivés en compagnie d’agents de la CANU. Deux des passagers et les pilotes sont vénézuéliens. Ils sont en détention pour participer aux enquêtes. Pendant ce temps, Gerry Gouveia, PDG de Roraima Airways, a expliqué qu’il n’avait été contracté que comme agent de manutention. Il a noté que toutes les inspections de documents sont effectuées par les différentes agences qui opèrent au port d’entrée principal du Guyana ». Oui, vous avez bien lu : Michael Brassington, le pilote guyanais repris de justice aux « exploits » multiples, dont je vous ai déjà parlé ici à plusieurs reprises (et dans le premier exemplaire de cette série « spéciale ») !!! Celui qu’avait convoqué le brigadier Collins pour ne rien garder au final de son « témoignage » !!! Quelle découverte ! Si l’arrivée de l’avion nouvellement repeint avait constitué une surprise, ce n’est rien en comparaison de celle du nom de celui qui est à l’origine de son arrivée !!!

Le retour de la saga Brassington !

Un tel phénomène dans le milieu de la coke que le non moins célèbre Daniel Hopsicker a dû ouvrir un dossier dans son site intitulé les « Brassington Files » !!! Je ne citerai ici qu’un seul de ses « exploits » (pour les autres on peut relire le premier épisode !), celui, rocambolesque, d’une vente foireuse d’hélicoptères à la police du Guyana : « Michael Francis Brassington, dont le nom est une note de bas de page enfouie dans l’enquête du 11 septembre, est impliqué dans la vente de deux anciens hélicoptères vieux de 30 ans aux Forces de défense guyanaises par le biais du « Global X Group » du Delaware, avec un nom improbable et sans histoire corporative visible. Ce que la société a surtout fait, c’est d’avoir pompé  des tonnes d’argent au gouvernement guyanais » écrit l’auteur. L’un des engins était le Bell 206B numéro de série 3012, ex N2464X devenu GDF-1.  « Lorsque les deux hélicoptères ont été acquis par les autorités en 2008, beaucoup ont mis en doute le raisonnement derrière l’achat. Les deux hélicoptères ont été acquis au coût de 1,5 million de dollars pour aider à la lutte contre la criminalité et à d’autres activités d’intervention nationale. Chaque appareil a la capacité d’accueillir 5 personnes. Un des hélicoptères, le GDF Two, était précédemment enregistré N364M et a été construit en 1982; Il a été acheté ici par un militaire du Texas, appelé Green Helicopters, et était auparavant un hélicoptère de police utilisé principalement pour des opérations de reconnaissance. Il a été repeint en bleu après son arrivée ici et renommé, GDF Two. Il était en vente pour 575 000 dollars au moment où l’armée l’a acheté et la machine a été acquise suite à l’acquisition de l’autre hélicoptère Bell 206, le GDF One. Le GDF One, le Bell 206 B111, provenait d’un concessionnaire du Costa Rica et était auparavant enregistré aux États-Unis sous le nom de N2464X. Il était également enregistré au Japon sous le numéro JA6186. La vente de cet hélicoptère a été négociée entre l’armée et un certain Art Dawley, qui représentait la société Costa Rica Helicorp basée à San Jose, la capitale de ce pays. La machine était l’un des trois hélicoptères Bell 206 que la compagnie vendait à l’époque ». Dawley dirige toujours Helicorp S.A, et on pouvait alors raisonnablement penser qu’Hopsicker avait un peu chargé la mule en accusant Brassington de l’avoir vendu à sa place….  L’hélicoptère avait été construit en 1980 et avait été remis sur le marché pour quelque 575 000 dollars lors de son acquisition par le GDF, alors qu’il en valait beaucoup moins. Car en prime il avait été modifié, et de le remettre en état normal de fonctionnement allait pour sûr rallonger la note  : « avant son acquisition par le GDF, l’hélicoptère était équipé de buses pour pulvériser des produits chimiques dans les rizières japonaises, ce qui a été fait pendant plus de 10 ans » note l’article. En fait, Hopsicker avait raison, et c’est même Brassington en personne qui va le conforter : gêné par les critiques médiatiques sur son influence dans le deal, c’est en effet bien lui qui avait répondu à la presse le 12 avril 2008, en l’occurrence à Stabroek News, précisant qu’il avait fort peu intervenu dans le choix des deux hélicoptères ! Combien, avait-il empoché comme intermédiaire, comment avait-il négocié avec l’armée guyanaise, plus ou moins manipulée dans l’affaire, on ne l’a jamais su.

Un problème de plaque d’identification ?

Reste un problème chez notre invité du jour du Cheddi Jagan International Airport, relevé aussi par la presse, en plus de sa déco modifiée. Le Beechcraft bloqué près de SantaFe en Guyana portait la plaque d’identification ici à gauche, figurant comme la trace de peinture le montre à l’extérieur, vers la queue de l’avion.  Elle a été certifiée comme étant d’origine par Beechraft. Le problème subsistant au lendemain de son arrivée avec notre fameux Beechcraft étant aussi un problème de plaque d’origine : « d’’autres recherches ont révélé que le numéro d’enregistrement sur l’aéronef pouvait être faux, car un autre avion aurait le même numéro d’immatriculation et que la « plaque signalétique » contenant des informations essentielles sur l’aéronef est manquante ». Ah tiens, pas de « BL-23 » à montrer ? Un excès de peinture aurait recouvert l’emplacement où elle aurait dû se situer ? On est alors dans l’embarras côté équipage comme côté police, visiblement. L’équipage a tout d’abord fait une bien étrange réponse à la question sur son absence : « dans un communiqué de presse publié mardi, la police a déclaré que l’engin présentait plusieurs irrégularités qui ont amené les agences concernées à s’impliquer; l’équipage a été arrêté et l’avion a été fouillé. Hier, Williams a déclaré à cette publication que l’engin serait reniflé pour des drogues et des explosifs. Il a en outre déclaré que, jusqu’à hier, le pilote, lors de son interrogatoire, avait nié l’absence de la « plaque signalétique » de l’avion. L’un des pilotes aurait dit depuis aux détectives qui l’interrogeaient que la plaque signalétique est toujours apposée sur l’engin, mais à l’intérieur sur l’une des portes et non à l’endroit prévu à l’origine ». Preuve qu’il avait bien été repeint, en tout cas : mais un atelier certifié de chez Texton – Beechcraft aurait-il déplacé cette fameuse plaque ? Certainement pas : c’est sa marque de fabrique, chez Beechcraft, et la FAA veille au respect de cette directive !!! Sur le site de la FAA, on recommande en effet la présence d’une plaque extérieure visible et sur celui de Beechcraf/Raytheon une autre, montée sur le « montant de porte » (« door jam ») et un « à l’arrière du fuselage ». Ci-contre à gauche l’emplacement de la plaque d’identification extérieure du Beechcraft N56GM, avion en vente chez AirMart. Même avec le peu de définition on reconnaît les trois bandes plus claires de la plaque recommandée par Beechcraft et la FAA. Mais on peut rétorquer qu’immatriculé au Venezuela, l’engin n’en avait cure, de la FAA !!! Sauf s’il pénétrait dans le ciel US. Or sous sa précédente robe, il avait bien visité la Floride, jadis… Reste la deuxième, située « à bord » et non plus à l’extérieur. C’est un crash providentiel (car il a fallu des heures pour la trouver, celle-là, je vous assure), celui du Beechcraft 2000 australien VH-SGT, serial BB-73 survenu le 9 avril 2007 à Perth (son train s’était replié à l’atterrissage, pour la deuxième fois !) qui nous révèle en détail ce qu’est cette fameuse seconde plaque rivetée du chambranle de porte d’accès, et à quoi elle ressemble exactement.  La voici extraite de l’épave, on y remarque les éléments essentiels : le N° de série (ici le BB-73), le modèle d’avion (un 200) et le type de moteurs qui l’équipe, ici des PT6A-41. C’est côté droit de la porte d’embarquement. On l’aperçoit ici à la seconde 57 de cette vidéo du N622KM (elle est visible ici à gauche). Difficile de la rater en montant dans l’avion !!!  On imagine mal des inspecteurs pouvant la rater !

Des chercheurs de pétrole ? Trop drôle !

Mais il n’y a pas que la déco ou la plaque de l’appareil qui ont pu intriguer. L’attitude de l’équipage aussi. L’appareil avait un équipage fort pressé en effet de trouver une excuse plus ou moins valable à son apparition surprise en Guyana : « le chef de la police criminelle, Paul Williams, a déclaré au Guyana Chronicle que, lors des enquêtes initiales sur les pilotes et les passagers, les hommes ont indiqué qu’ils étaient venus en Guyane pour explorer des pistes dans l’industrie pétrolière et gazière, émergentes au Guyana. L’avion affrété privé aurait atterri lundi vers 15h20 dans le premier aéroport du pays et aurait eu comme agent de service au sol, Roraima Airways ». Les vénézuéliens étant de grands spécialistes des réserves de pétrole… non exploitées, comme chacun sait (3) !!! Bref, tout cela sent fort le cousu de fil blanc dans cette surinante arrivée. Si bien que l’on songe à d’autres possibilités. Le Venezuela regorge de Beechcrafts saisis : pour rappel le YV2226 vu à Opa-Locka, appartenant au pilote mort en prison « El Aviator »). L’invité surprise aurait-il été un de ceux-là, saisi et repeint récemment (la présence de ses hélices particulières excluant le fait) ?

L’un d’entre eux aurait pu faire l’affaire, tel celui découvert récemment en novembre 2017 dans le Cojedes, muni d’une immatriculation auto-collante (un faux N24TT) dont les autorités avaient interrompu le filmage de l’enlèvement . Une superbe séquence à retenir : ils avaient bien commencé, pourtant, comme le montre la photo ci-contre, alors pourquoi donc s’être arrêtés en si bon chemin ? La séquence de la main de José Ramon Castillo Garcia, le responsable de la lutte antidrogue du pays (depuis octobre 2016, choisi par Maduro) décollant un coin de l’immatriculation puis se ravisant subitement en le recollant avec insistance vaut tout un discours sur la manipulation vénézuélienne de l’activité du trafic de cocaïne par avion dans le pays !!! Plus tard, quand on reviendra sur ces tripatouillages qui perdurent, on citera, c’est sûr, cet acte flagrant comme un des plus révélateurs d’ne duplicité sciemment entretenue !!!  Pour les futurs historiens du sujet, la séquence est ici et elle débute à la seconde 36 du reportage. Cet extrait vaut de l’or (noir), à l’évidence !!!! Pourquoi donc un responsable de lute antidrogue se ravise-t-il ainsi ? Qu’a donc à cacher le gouvernement qu’il représente ? On en a vues, des mises en scène de captures d’avions « abattus » (en fait incendiés par leurs propriétaires trafiquants !) mais celle-là va rester dans les annales, pour sûr !  L’autre symptôme de cette duplicité » étant le silence assourdissant de Nestor Reverol, si prompt habituellement à poster sur Twitter un commentaire sur ce genre d’événement mettant en cause son gouvernement. Le 7 juillet, rien pourtant : il se félicite de la rencontre de Nicolas Maduro avec… Recep Erdogan. Et c’est tout. Un Reverol qui aura si peu à dire également sur le déjà fameux « attentat au drone »… et sa mise en scène calamiteuse du 5 août. Mais pas un mot sur un avion officiel bloqué au Guyana sur suspicion de trafic de drogue ! Bizarre ! A la limite, c’est davantage le silence assourdissant de Reverol qui assure le fait que c’était bien une visite qui aurait dû se passer sans problèmes pour lui : pour une fois, en effet, il n’aurait pas eu à broder et à raconter que son armée avait vaillamment abattu un appareil que les trafiquants avaient eux-mêmes brûlé sur place ! Non, si Reverol n’a pas bronché, c’est qu’il s’agissait bien d’un avion officiel de l’armée vénézuélienne et non d’un autre, venu en visite express en Guyana  !!!

L’aveu vénézuélien

Dans l’affaire de notre Beechcraft repeint à neuf, c’est en effet davantage l’attitude des autorités du Venezuela qu’il faut en effet retenir, maintenant que l’avion, libéré de tout soupçon par la police du Guyana (sous quelle pression, je vous laisse l’imaginer !) et déjà reparti au Venezuela… Michael Brassington ayant été libéré avec tout son un équipage !!! Selon les guyanais, il n’y avait donc eu simple méprise, comme on l’apprend le 11 juillet : c’était bien un avion officiel vénézuélien qui avait débarqué sans trop prévenir il est vrai : « il a été révélé que l’équipe d’enquête / d’inspection avait localisé la plaque signalétique sur l’avion même et que le journal de bord indiquait également que l’avion était utilisé depuis 2014. « Tous les documents en suspens, qui devaient être soumis à la GCAA et par la suite aux enquêteurs, ont été soumis et examinés à la satisfaction de ceux-ci, authentifiés et confirmés par la GCAA, l’Autorité centrale ». Circulez, il n’y a plus rien à voir ! La fameuse plaque a été retrouvée dans le montant de la porte (mais pas montrée à la presse pour cette fois…). Tout était donc redevenu Ok !! D’ailleurs, ce n’est pas n’importe qui non plus qui est venu l’annoncer, le 23 juillet : «  « il semble que la population ne soit impliquée en rien », a déclaré vendredi le ministre de la Sécurité publique, Khemraj Ramjattan, en marge du Parlement. « Je ne sais pas si c’était un vol charter » (signifiant je pense prévu à l’avance). « La clarification que nous avons obtenue est qu’il appartenait à une société vénézuélienne et qu’elle est légitime », a-t-il ajouté. » Ah, si lui-même le dit… Tout est donc redevenu Ok, pour les  guyanais comme pour les vénézuéliens, alors tombés d’un commun accord sur le sujet : « l’unité d’enquête était composée d’un officier supérieur et de membres du Département des enquêtes criminelles, d’Eve-Leary; un officier supérieur des forces de défense guyanaises; de hauts fonctionnaires de la Guyana Civil Aviation Authority (GCAA) à l’Aéroport international de Cheddi Jagan (CJIA), responsables de la gestion et de la sécurité; du haut représentant de l’Unité des douanes contre les stupéfiants (CANU) ainsi que M. Michael Brassington « (qui a donc été juge et partie dans cette « enquête » !!!). « La police a expliqué que les pilotes et un haut responsable de l’ambassade du Venezuela (dont l’ambassadrice s’appelle Reina Margarita Arratia Diaz (3)) au nom des ressortissants étrangers détenus, avaient aidé et coopéré pleinement ». Dans Starbroek news, on ajoute même ceci : « alors que la police avait déclaré que le numéro d’immatriculation de l’avion était peut-être faux, un autre avion portant apparemment le même numéro, l’autorité de l’aviation civile du Guyana (GCAA) a vérifié que les documents présentés pour l’avion étaient authentiques. avec l’aide de l’autorité de l’aviation civile vénézuélienne ». Une terrible phrase, en fait, qui reconnaît que le gouvernement du Venezuela travaille bien, la main dans la main, avec un repris de justice qui a été mêlé jadis à un trafic d’héroïne et a fait de la prison jadis aux USA pour mise en danger de ses propres pilotes (avec son frère Paul), un homme appelé… Michael Brassington !!!  Il vole toujours en effet, mais au Guyana, ce qui en étonne pas mal aujourd’hui !  Comment donc demain Nicolas Maduro va-t-il nous expliquer pourquoi il travaille avec un tel individu ? Qu’en pense-t-il, lui et son gouvernement, d’une telle recrue, pour l’image de marque du pays ? Mais surtout, combien donc de rotations d’avion cargos Antonov 124 va t-il lui falloir pour régler ses émoluments de découvreur de pétrole guyanais, en papier monnaie bolivarien (à gauche, le lot de billets pour acheter un seul poulet) ?

 

(1) un organisme qui a été sévèrement secoué en juin 2017, avec la démission forcée de son responsable, James Singh le chef de l’unité des stupéfiants, à la suite de la commission d’enquête sur la détention et la mise en liberté d’un navire que ses services avaient pourtant arrêté et fouillé dans l’espace maritime du Guyana, entre le 11 et le 14 février 2017 mais ensuite relâché. Deux jours plus tard, le 16 février 2017, un autre navire, le Lady Michelle  avec quatre  marins Guyanais à bord (Mark Williams, Neville Jeffrey, Richard La Cruz et le capitaine Mohammed Nazim Hosein) avait été intercepté dans les eaux internationales, par les autorités des États-Unis et de Trinité et Tobago, et le navire garde-côtes Joseph Napier, à 115 miles au nord de Paramaribo, au Suriname. Il y avait 4,2 tonnes de cocaïne à son bord (en 185 paquets, valant 128 millions de dollars en tout !)), la plus importante saisie depuis 20 ans. Un trafiquant de drogue arrêté et emprisonné Barry Dataram (alias « Mogotani », condamné récemment à 4 ans de prison en 2016), avait déjà fait part de l’étrange et relative  « inactivité » de James Singh  au sein du Canu. Remarquez, d’avoir été responsable de la lutte anti-drogue dans un pays où le président a été condamné jadis pour trafic de coke n’a pas dû être chose aisée… Khemraj Ramjattan avait portant hésité un temps à le reprendre à son service… l’ancien président Donald Ramotar étant venu aussi à son secours !!! En novembre 2013, il faut le rappeler on avait retroué 21 ballots de coke guyanaise (pour 50 millions de dollars !) dans l’Atiyah, (Ex-Alisam) un petit bateau de pêche avec des marins guyanais retrouvé à Accra… au Ghana, sur la côte ouest africaine !!! Verdict : 34 ans de prison pour les 3 guyanais !

(2) à croire que Beechraft a voulu couper l’herbe sous le pied du futur Cessna Denali monomoteur, qui se présente avec la même déco extérieure et qui ne volera pas avant 2019.  Lui aussi s’offre avec une hélice à 4 pales, une McCauley de 105 pouces de diamètre. Cessna est en fait désormais une entreprise Textron, ceci expliquant cela…

(3) selon Samuel Furfari, maître de conférences à l’ULB en géopolitique de l’énergie cité par LaLibre.be : « curieusement, c’est le pétrole qui est à la base de cette situation désastreuse. Avec 301 milliards de barils, soit 17,7 % du total mondial, le Venezuela détient les plus grandes réserves prouvées de brut au monde, loin devant l’Arabie saoudite qui en possède 267. Sa production quotidienne en 2015 n’était que de 2,6 millions de barils (Mb) par jour, soit 3,1 % de la production mondiale. Il a même produit moins de brut qu’en 1970, année où 3,7 Mb/j s’extrayaient ! (…) Formons le vœu que la crise vénézuélienne ne se termine pas en guerre civile mais qu’elle aide l’Etat à reconnaître que ce ne sont pas tant les richesses du sous-sol qui apportent prospérité et paix mais la bonne gouvernance, pas l’idéologie mais la bonne gestion ». Tout l’inverse de ce qui est en cours aujourd’hui dans le pays !

(4) en décembre 2016 elle avait été convoquée par le ministre guyanais après que le Venezuela ait décrété une extension de la zone maritime, sur fond de minerais potentiels à exploiter. « Le chancelier guyanais a assuré que son ministère examinait le contenu du décret paru dans le journal officiel du 27 mai qui établit la création du Front du Front Atlante et les coordonnées de ce qui est censé être une extension de la frontière maritime vénézuélienne avec la Guyane.  L’extension comprend une partie de l’Essequibo, une riche zone minière et forestière revendiquée par les deux pays et dans laquelle la compagnie pétrolière américaine Exxon Mobil a découvert un énorme gisement pétrolier grâce à une concession du gouvernement guyanais, dans ce qui, de manière certifiée, est déjà considérée comme la deuxième plus grande réserve de pétrole au monde.  Les litiges concernant cette zone maritime ont provoqué des frictions entre les deux pays ces dernières années. En 2013, la marine vénézuélienne a brièvement détenu le navire de recherche sismique Teknik Perdana (ici à droite), qui avait été embauché par la compagnie pétrolière Texas Anadarko Petroleum pour explorer le fond marin de la région. en 1899 (connu sous le nom de Traité de Washington), établissant les frontières entre les deux pays, tandis que le Venezuela se cache derrière un autre traité signé à Genève en 1966, dans lequel les deux pays reconnaissent l’existence d’un différend et s’engageaient à le résoudre  manière pacifique ».

Sur le Venezuela on peut relire l’autre saga (de 149 à 162 dans Coke en Stock):
Coke en stock (CXLIX) : dossier Venezuela 1) les crashs ignorés et ceux médiatisés
Coke en stock (CL) : dossier Venezuela 2) le rôle primordial des « fincas »
Coke en stock (CLII) : dossier Venezuela 4) un vice-président plutôt encombrant
Coke en stock (CLIII) : dossier Venezuela 5) un pilote assassiné, un avion « récupéré »
Coke en stock (CLIV) : dossier Venezuela 6) la farce des avions « vérifiés »
Coke en stock (CLVI), Dossier Venezuela : 8) il n’y a pas que du pétrole, dans le pays…
Coke en stock (CLVII), dossier Venezuela : 9) coke, armes et jet-set ont toujours fait bon ménage
Coke en stock (CLVIII) : dossier Venezuela 10) des avions qui tombent à l’eau…
Coke en stock (CLIX) : dossier Venezuela 11) : le Beechcraft peau de banane sous le pied
Coke en stock (CLXII) : Dossier Venezuela (12). Les tripatouillages électoraux et le crash révélateur de 2008
Coke en stock (CLXIII) : dossier Venezuela 13) l’étonnant retour- et la mort- du pilote d’El Chapo
On peut aussi y ajouter celui là.

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

Article précédent:

Coke en stock (CCXVIII): que se préparait-il donc à Yupukakri, au Guyana (8)

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