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Coke en stock (CCXIV) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (49)

La situation a nettement empiré au Brésil au point de fabriquer un problème de stockage pour les nombreux appareils qui ont été saisis.  Parmi ceux-ci, on retrouve de tout, des Cessna bien sûr mais aussi un jet bien particulier, laissé à l’abandon depuis des années et réduit à l’état d’épave.  En cherchant leur origine, on découvre de drôles de choses, comme cette présence d’avions suspects visibles sur Google Earth sur un parking de Floride.  Le trafic étant sans fin, de nouveaux appareils apparaissent également, dont une espèce particulière jugée plus performante qui a la particularité de n’être proposée qu’en kit à construire soi-même.  Les trafiquants étant des gens pressés, ils ont plutôt choisi de les acheter d’occasion…

Un texte étonnant paru discrètement le 14 août 2017  dans le BlogdeNélio nous informait que le gouvernement brésilien ne savait plus trop bien quoi faire de ses saisies d’avions devenues pour la plupart des épaves.  « En 2002, le gouvernement de l’état a reçu, par accord, son premier avion. L’appareil, le Cessna 185, PT-IES, fourni par la police fédérale par une intervention du 3eme régiment de Campo Grande, a été intégré au  Secrétariat de l’Environnement. Cette année-là, l’avion, devenu sans valeur commerciale, a subi un accident et n’a plus jamais volé ». L’appareil décrit étant le Cessna 185A N°1850454 enregistré le 30 juillet 2002, ex PP-EDP en fait datant de… 1962. Il avait été destiné au transport ambulancier aérien.  C’est vrai qu’il ne paraissait plus très en forme, sans son moteur proposé aux enchères à 20 800 reals (6 000 dollars seulement !), il ne s’était même pas vendu ! « Enorme » comme ce qui était écrit sur son capot (tremendao) !  Même Rapozo (voir épisodes précédents)  ne l’aurait pas acheté, c’est dire !

Des cadeaux qui n’en sont pas

« L’année suivante, en 2003, la 5eme Cour fédérale de  Campo Grande a donné à l’état un Cessna 210. Cependant, le moteur de cet appareil a été retiré et installé sur un autre avion, « sans procédure régulière et sans communication aux organismes compétents », d’après les documents obtenu par le courrier d’État. La ferraille actuelle, estimée à 150 000 reais, n’a jamais été destinée à des manœuvres aériennes »  ajoute, plutôt moqueur, le BlogdeNelio.  Et il continue ainsi : « déjà en 2004, le juge Odilon de Oliveira, alors titulaire de la 1ère Cour Fédérale à Ponta Porã, a remis un Baron 58 à la SEJUSP.  L’appareil en question, évalué à 900 000 reals (234 000 dollars), est toujours enregistré par le secrétariat, selon le magistrat.  En 2006, le Secrétariat national antidrogue (Senad) a fait don du Seneca II PT-EIU au gouvernement.  L’avion, estimé à 700 000 reais, est l’un des trois avions qui restent aujourd’hui en service. « Toujours en 2006 » ajoute le blog, la « SENAD a fait don du Cessna 210 PT-OIH à l’État, mais l’avion, dont le coût était de 300 000 reals, était resté «inutilisé depuis 2010». »  Celui-là semblant pourtant en bien meilleur état que le précédent, à voir les photos ci-contre… l’avion avait été proposé aux enchères à  322.000,00 reals (95 000 dollars, ce qui est encore trop cher pour un Rapozo, comme on le sait maintenant !).  On aura remarqué sur l’avis le logo apposé sur la porte d’accès de l’appareil; par la « Segurança Publica MS »:  le voici ici plus visible à droite.  Retenez-bien son design !!!

L’homme aux mille visages s’est évaporé

Et l’auteur de continuer : « déjà en 2007, la 3ème Cour Fédérale de Campo Grande cédait à l’Etat le Cessna 182, un appareil approprié de SEJUSP. L’avion, actuellement au prix de 350 000 $, a subi un accident en 2012 et n’a pas volé depuis. Toujours en 2007, la justice fédérale de São Paulo a cédé à là SEJUSP, par l’intermédiaire du juge Odilon et du tribunal régional fédéral de la 3e région, l’hélicoptère Bell Jet Ranger. Estimé à 1,5 million de reais, l’appareil «ne décolle pas», selon Odilon, depuis 2010 ». L’hélicoptère, c’est le Bell Ranger206B, saisi au trafiquant colombien Juan Carlos Ramirez Abadia, et immatriculé PT-HBM. Le Bell N° 4175 enregistré au Brésil le 13 novembre 2001 et l’ex N3100W américain.  Abadia, l’homme aux mille visages, alias Lollipop (ici à gauche avec en superposition ses différents visages, refait de bout en bout au scalpel… extradé aux USA en 2008, plus personne ne l’a revu depuis.  Un beau cas d’étude pour Daniel Hopsicker… son hélico avait été vendu en 1994 par Luziair Inc, d’Orlando en Floride.  Là encore une belle coquille vide, comme l’indique benoîtement le registre des entreprises US : « It was incorporated 20 years ago on 29th May 1997. The most recent major event for the company was filed on 16th October 1998 ».  La boîte a existé 5 mois et demi !!!  Encore une coquille vide de plus !!!

Des avions d’affaires… douteuses

Et l’auteur de citer aussi deux avions d’affaires plus imposants tant qu’à faire :  « en outre, le FP enquête également sur des irrégularités présumées dans l’adjudication parrainée par l’État en octobre 2014 de deux avions, PT-KYF un Gulfstream GI (le 75 ième construit, ici à gauche au temps de sa splendeur) et le PP-EMS un Gulfstream GII (un G-1159 ici à gauche en 2011 à Campo Grande, déjà bien attaqué par les intempéries, c’est le 21 eme de la série). Les deux appareils, après 4 ou 5 ans d’arrêt, ont été mis aux enchères par des valeurs symboliques. Les deux Gulfstream n’ont jamais décollé et les sommes levées par la vente aux enchères – à environ 116 000 dollars – ne permettraient même pas le changement des pneus des avions s’ils étaient conservés. Au moment de la vente aux enchères, l’État a annoncé que les modèles à vendre étaient considérés comme «obsolètes». Une indiscrétion indiquant les numéros de la flotte d’avions reçus par l’Etat, à travers des accords judiciaires, révèle que, sur les 13 avions conquis, seulement trois volent ». On l’a oublié aussi, mais le Gulfstream II qui pourrit sur place a derrière lui un lourd CV.  C’est une vieille connaissance , car en 2006 il appartenait encore à Sky Way Aircraft Inc sous l’immatriculation N244DM… exporté au Venezuela en septembre 2005 avec le N48PA … il y avait été capturé en décembre avec 4 tonnes de drogue à bord… !!! Skyway travaillant, on le sait, pour la CIA !!! celui qui avait acheté le N244DM, s’appelait Geoffrey J. Hodgson, c’était aussi l’homme à la tête de HW Aviation, la firme qui possédait le fameux DC-9 N900SA (celui des 5,5 tonnes de coke de Mexico !) avant de le vendre à SkyWay-Royal Sons… On comprend un peu pourquoi on ne le réclame plus depuis, ce Gulfstream maudit… On peut vérifier facilement tout cela, en ce qui le concerne:  l’engin a en effet gardé strictement la même décoration… C’est d’ailleurs cela qui m’avait mis la puce à l’oreille, à force de voir défiler tous ces avions….

Un avion vert… agricole

Ce Gulfstream dont plus personne ne veut, il ne faut pas le pas confondre avec un autre avion immatriculé lui aussi PP-EMS (?), un bimoteur Beechcraft à hélices, inscrit chez SFG Aircraft Inc, son opérateur s’appelant Elizeu Zuumar Maggi Scheffer.  Ce n’est autre que le responsable du groupe agroalimentaire Amaggi devenu le roi de l’économie du Mato Grosso, avec un empire débuté avec la Fazenda créée à Rondonópolis.  En 2014, le groupe occupe en effet 26 000 ha de terres.  L’homme a été mis en cause déjà dans une affaire d’atterrissage d’avion bourré de coke dans une de ses propriétés. Mais on avait aussi oublié depuis son avion d’affaires, le fameux PP-EMS (à ne pas confondre avec l’autre !).  Un Beechraft B200GT, fabriqué en 2007 numéro de série BY-14 enregistré le 27 septembre 2013. C’est l’ex N14BY (et ex N34004, et encore G-WATJ) vendu par la bien connue Wells Fargo Bank Northwest Trustee.  Il est vu ici en photo pris par « Jaka » sur la piste de Navegantes, au Brésil le 9 janvier 2017.  Au mieux de sa forme, lui… comparé aux autres épaves !

Découverte

Restons donc dans les coloris verts de livres d’avion.  Le hasard, parfois aussi… ou la continuité font que l’on tombe sur une énième arnaque à avions exportés.  Cette-fois ci, ça démarre dans le hangar de l’armée brésilienne où ont été exposés les 16 avions remis aux différents tribunaux du pays, qui n’en avaient que faire tant les appareils étaient dépassés et coûteux à entretenir.  C’est d’abord, comme d’habitude une photo qui nous montre la voie.  C’est celle-ci (celle d’un Beechcraft Baron vert et blanc) :

On y distingue clairement l’hélicoptère Ecureuil c’est le PT-GMS N° 7251 utilisé par Helibras (il ne volerait plus depuis 2010, trop cher à faire voler !), le Cessna PT-OJV, un Cessna U206G (N°U20606201) ex N6246Z venu de chez Vhor SRL Corp, de Miami (à l’adresse d’une énième boîte postale !), inscrit le 30 juillet 2002 au Brésil, mais dont étrangement le certificat de navigabilité ne s’est arrêté qu’en août 2013 aux USA, mais aussi le Beechcraft Baron du premier plan, immatriculé PT-WFO et aperçu sur le tarmac comme ici le 8 décembre 2010, un appareil clairement indiqué comme faisant partie de la « Military Police of Mato Grosso State » (agrandissement ici à droite).

Des surprises derrière les grillages

C’est celui-là, qui par effet de rebondissement inattendu va nous orienter sur une nouvelle piste de fournisseur, ou plutôt une déjà soupçonnée. L’avion enregistré au brésil dès le 7 décembre 2000 est en effet l’ex N95KA, numéro de série TH-1136. Par curiosité je suis allé voir qui l’avait vendu en août 1995 au Brésil : une certaine société appelée « Aviation  Of Lauderhill », installée au 1995 W commercial Blvd STE 5 de Fort Lauderdale.  Un petit coup de Google Earth plus loin, on tombe à cette adresse de… hangar près de l’aéroport de… Fort Lauderdale.

Derrière des grilles, ces Cessna y ont été pris par la caméra rotative 3D de Google.  Et ce qu’elle a trouvé est assez saisissant, ma foi.  Tout d’abord un engin fort coloré.  C’est celui de « Jimenez Carlos » habitant Broward.  L’avion, vraiment trop voyant semble avoir reçu il a peu une peinture plus discrète, fort dans le style de nos célèbres narcos paraguayens.  Première surprise.

La seconde étant un appareil tout aussi inattendu : un avion vénézuélien, aperçu dans un recoin du même parking que celui denôtre « Jimenez ».  Un avion blanc et rouge à la décoration de type ancienne, bien classique.
Un avion qui semblait en meilleur état que quelques mois plus tard, car c’était bien l’YV1925 qui était à Fort Lauderdale et que l’on a retrouvé enroulé autour d’un arbre à Los Roques fort prisé pour ses plongées sous-marines; le 8 février 2016 avec de sérieux blessés à bord. L’appareil avait été plaqué au sol par de forts vents, paraît-il.

Voilà pour la deuxième surprise.  Mais il en reste une, toujours trouvée par le pur hasard du furetage sur Google Earth, qui, comme on le voit est loin de montrer des clichés à jour..

Encore un autre… en partance pour le Brésil !

Car il y en avait un autre encore, d’avion, sagement rangé sur ce minuscule parking (et bien arrimé); et lui aussi figé par la caméra de Google juchée sur une voiture.  Celui-là, c’est le N172GK, bien visible ci-dessus au même endroit que les deux autres cités.  Or cet avion, le N°17271968 de production, est celui d’une société appelée Corban Air Entreprises Corp, dont l’adresse est la même qu’une demi-dizaine d’entreprises d’aviation qui ne sont que façade encore une fois, ou tout comme (CTI Professional Flight Training, Aztec, etc).  L’entreprise utilise aussi la suite 404 du bâtiment du Boca Aviation Building (Boca Raton étant près de Fort Lauderdale et n’oublions pas que c’est là aussi où est installé notre désormais célèbre Joao (voir ici l’épisode 15).  Comme seul représentant-agent, elle possède Marco Moraes, à la tête d’une bonne douzaine d’entreprises, dont seule Corban Air s’occupe d’aviation.  Le  N172GK, est bien sûr un appareil exporté au… Brésil, vous l’auriez deviné, un peu avant le 13 octobre 2011, date à laquelle il a perdu sa licence de vol US (il s’enregistre le 01 juin 2012 seulement). Une photo nous le confirme avec éclat :

Elle a été prise par le spotter Lucas Gabardo sur l’aérodrome de Bacacheri, le 17 décembre 2011, alors que l’avion venait d’y être amené, portant encore une publicité sur son vendeur. Il sera aperçu en vol à l’atterrissage en novembre 2012 sur le même aéroport, devenu le PR-MTM. On notera qu’il n’avait pas été repeint.  Ce qui n’est pas le cas en août 2014, où on le découvre arborant un tout autre motif de décoration : les ateliers de peinture de Bacacheri se portent à merveille, il semble bien (photo Joao Santana) :

En revanche, chez son vendeur, ce n’est pas ça…  son site internet est depuis dans les choux (ici à gauche)… ce qui ne l’a pas empêché entre temps d’en expédier d’autres,  au Brésil toujours : notamment le N762CD, un Cirrus  SR22, e 62 eme de la production, expédié vers le 15  avril 2013 (en fait ça a été le 15 mai)… et arrivé le enregistré le 28 juin ou le 16 juillet 2013 au Brésil, en devenant le PR-BAM…  Ici on peut voir un vol de Sinop à Jundial à bord du Cirrus brésilien PR-RGH. Et là plus fort avec un trajet Duluth-Sorocaba… soit 9 780Km !!!  C’est avec le PR-PAA.  Cet engin est une toute autre machine… pouvant désormais emporter 400 kilos de charge, ils y en a qui vont commencer à s’y intéresser.  Surtout que l’on commence à le voir à moins de 200 000 dollars en occasion.  La preuve… à la Aurora, en avril 2016 déjà… avec le hondurien TG-TNT (ici à droite)...  Et d’autres encore chez notre revendeur de Floride, d’autres avions qu’a exportés notre micro-société, tel ce N4166W (voir ici  à gauche), un élégant Piper PA-34-220T (Seneca V) enregistré le 6 février 2012 au Brésil sous l’immatriculation PR-TJM, ou le N77GS, un Piper PA-28-140 (le Cherokee) devenu brésilien le 15 décembre 2014 en prenant comme intitulé PP-JFG.  Celui-là on l’a même filmé d’une maison individuelle passant au dessus de l’aéroport de Bacacheri où semble converger beaucoup de nouveaux arrivants dans le pays… Ou encore le N36637 Piper PA-34-200T (Seneca) de un 1978 (N°34-7870349, ici à gauche), exporté à la mi 2014… sans jamais avoir laissé trace d’enregistrement, officiel au Brésil, ce qui est plutôt surprenant.  Avec sa déco passe-partout, une des plus répandues lors de sa sortie dans les années 80, incapable de savoir sous quelle immatriculation non officielle il se cache désormais … Pourquoi donc Corban Air Entreprises Corp n’a-t-elle vendu des avions que seulement au Brésil ? Je l’ignore. En tout cas, c’est fou le nombre de brokers de Floride, la plupart du temps, aux sociétés créées pour l’occasion qui on fourgué des avions aux brésiliens sans trop se soucier de leur devenir  !!!

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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