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Coke en stock (CCXII) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (47)

Dans l’épisode précédent, je vous avais dit que l’on avait fait fausse route.  Et en effet, comme on va le voir aujourd’hui, le russe incriminé n’était pas le bon.  Celui concerné est d’un autre gabarit.  C’est aussi un vendeur de saucisses, l’héritier de l’empire d’Igor Babaev et de son groupe agro-alimentaire Cherkizovo, encore trop méconnu il semble.  Notre homme semble s’être fait berner par un entrepreneur américain au bagout redoutable, Bryan Brewer, un flambeur d’Orlando qui n’avait que l’envie de brûler la vie par les deux bouts de la chandelle, visiblement.  Le doute subsistant néanmoins sur la candeur avec laquelle l’héritier d’un empire russe se serait fait embarquer aussi facilement dans une histoire aussi biscornue…

L’autre piste, celle de Petukhov

Il en existe un autre de mafieux russe, bien implanté à Miami.  Lui, son histoire débute en 1999 , avec une plainte des actionnaires de la société Yasenevo United Trading House venus tous déclarer au directeur qu’ils avaient été grugés par son système et qu’ils en avaient assez.  Celui-ci était simple : il faisait pression sur eux via des menaces effectuées par des truands de sa connaissance, puis il déboulait en proposant ses propres services de sécurité ‘indispensables » désormais.  Et pire encore, puisqu’une fois décroché le marché, il revenait régulièrement à la charge en demandant davantage !  D’abord 50 000 dollars pour avoir fait disparaître les (faux) méchants, puis de plus en plus, pour bientôt atteindre au total la bagatelle de 2,5 millions de dollars… chaque mois !  La rente de la peur entretenue comme on maintient le feu sous la braise !!! Déjà, à ce moment-là, Anatoly Petukhov se permettait tout : on l’avait par exemple retrouvé devant un tribunal de Moscou en 2009, pour avoir fait bâtir sa  maison dans une réserve naturelle !!!  Elles y est toujours, parait-il !  Ou avait-il appris son implacable méthode ?  Oh, il n’était pas allé la chercher bien loin : « dans les années 1990 » précise le Miami Herald, « Petukhov a servi comme chef adjoint d’un groupe de travail du ministère de l’Intérieur a appelé la Direction principale de la lutte contre le crime organisé, puis il a été élevé par la suite au rang de major général de la police ».  Sidérant !
Evidemment, la plainte n’avait pas été du goût de Petukhov, qui avait aussitôt menacé le directeur, Pavel Gornostaev, en affirmant qu’il « créerait des problèmes pour ceux qui refusent sa » protection « … en faisant du tort aux actionnaires et à leurs familles par des criminels sous son contrôle. »  Un aveu en quelque sorte de sa part !!!  Sentant le vent mauvais venir, Petukhov a alors pris l’avion en 2010… direction Miami, pour y acheter un «  condo » comme on dit là-bas, un appartement de trois chambres… mais à 3 millions de dollars tout de  même (pour 2500 pieds carrés au Continuum, ici à droite : oui les américains savent aussi bien saccager une côte que les Belges).… Lors de son procès à Miami en 2013 contre Yasenevo United Trading House, le Miami Herald qui avait suivi l’affaire de près avait retrouvé un autre témoignage sur les pratiques de chantage manifestes de Petukhov : « celui d’un dirigeant d’une entreprise de télécommunications américaine faisant des affaires en Russie à la fin des années 1990 et au début des années 2000.  Quand les truands russes ont secoué la compagnie pour obtenir de l’argent de protection, ils ont contacté Petukhov et la police.  Petukhov a obtenu les gangsters de faire marche arrière – avant de se retourner en exigeant presque la même quantité d’argent, environ 5 000 dollars, en tant que « frais raisonnables de consultation mensuelle » , a déclaré le dirigeant, qui a parlé au Herald sous couvert d’anonymat parce qu’il fait toujours des affaires dans la région » (les deux parties ont fini par s’entendre en 2014, Yasenovo retirant sa plainte).  De l’argent, il en avait donc, et a foison avec ce système : avant même de monter son coup, il avait en prime négocié une participation de 25 pour cent, dans Yasenevo United Trading House lui rapportant déjà 12 millions de dollars.  En 2005, il était même devenu directeur général adjoint du cabinet !!! Pour choisir son emplacement, il ne s’était pas longtemps gratté la tête : celui qui l’avait évincé, Gornostaev, comme beaucoup de ses compère russes, avait lui aussi un « condo »;  celui de Sunny Isles Beach, un quartier parfois appelé « Little Moscow » tant il y avait alors de millionnaires moscovites au mètre carré (décidément la côte Belge a fait des émules)…  des amis de qui vous savez (2) !!!

De l’argent, Petukhov en a même touché davantage après être arrivé à Miami : la vente de ses grands magasins de Moscou lui a rapporté un max : ils étaient évalués à 160 millions de dollars. De l’argent placé fissa à Chypre, dans ce paradis fiscal si tentant encore récemment pour les amis russes de Trump.  Et le Miami Herald de le rappeler : « au cours de la dernière décennie, les gros bonnets russes ont afflué vers le sud de la Floride, en particulier Fisher Island – ici à gauche- et Sunny Isles Beach (la côte Belge déployée tout autour d’une île ?)   Leurs rangs incluent des titans de l’industrie, des agents de renseignement et des politiciens.  Beaucoup sont attirés par le climat tropical de Miami et les prix des maisons beaucoup plus bas qu’à Londres ou à Manhattan.  Et pour ceux qui ont grandi en Union Soviétique, Miami – la capitale du sexe et de la cocaïne – reste le rêve d’un capitaliste aspirant. Mais l’argent en grandes quantités apporte de gros problèmes.  Le FBI dirige une équipe de Floride du Sud axée sur le crime organisé eurasien.  Le bureau avec sa compétence dans la cybercriminalité, affirme que la mafia russe pose une plus grande menace que la Cosa Nostra ».  Selon le journal en 2015  Pethukov aurait investi pour 38 millions de dollars dans l’immobilier au sud de la Floride.  En remodelant déjà à sa manière le paysage : « les plus grosses transactions de Petukhov ont été deux maisons sur l’île d’Hibiscus, qu’il a achetées pour un total de 14,9 millions de dollars.  Les transactions ont été suffisamment notables pour gagner la couverture sur un blog immobilier.  Le Real Deal a rapporté que Petukhov a inscrit l’un des logements pour le louer 40 000 dollars par mois.  L’autre, il l’a démoli pour commencer la construction d’un manoir qui sera coté 17 millions de dollars »(celle ici à droite).   Mais pourquoi donc avait -il choisi Miami, au fait ?  C’est le Miami Herald du 23 août 2017 qui nous l’explique : « dans de nombreux États, y compris en Floride, il est possible de créer une société anonyme et l’utiliser pour acheter un manoir ou un « condo » coûteux. Les sociétés offshore peuvent être utilisées dans le même but (…) La FinCEN a changé le jeu en exigeant des assureurs les noms qui sont impliqués dans presque toutes les transactions immobilières. L’information n’est pas rendue publique.  En raison des limites des règles initiales, seules 247 transactions sur les marchés cibles ont été signalées aux régulateurs sur une période de 12 mois, selon les données FinCEN.  Mais 30% de ces ventes étaient des institutions financières.  À Miami-Dade, 16 des 32 transactions montrées étaient liées à des acheteurs suspects ».  Les temps pour eux vont bientôt changer, paraît-il « Wake up and smell the dirty money »avaient en effet écrit Nicholas Nehamas et René Rodriguez pour débuter leur article.  C’est Serguei Mikhailov qui a dû  apprécier, en plus d’Anatlu Pethukov !!!  Le 6 mars dernier; le gouverneur de Floride Rick Scott a établi une loi interdisant les investissements vénézuéliens dans l’Etat.  C’est un ami de Trump, on le sait, qui semble ignorer totalement l’existence de la mafia russe implantée chez lui.  Elle doit déjà songer, je parie, à investir dans les forages pétroliers que vient à nouveau d’autoriser le gouverneur.  Enfin disons plutôt le staff de Trump, qui lui a dicté la conduite à suivre… pour être sûr d’être réélu.

Dans la mafia, il existe des principes simples, tel que celui de ne pas chercher des noises à des amis.  D’où cette annonce, en 2017, comme quoi « au moins 63 personnes possédant un passeport russe ou une adresse en Russie ont une propriété d’au moins 98,4 millions de dollars dans sept tours de luxe de marque Trump dans le sud de la Floride » avait claironné Reuters (3).  « Le nombre d’investisseurs de Russie peut paraître faible, mais l’analyse a révélé qu’au moins 703 – ou environ un tiers – des propriétaires des 2044 unités dans les sept bâtiments de Trump sont des sociétés à responsabilité limitée, ou LLC, qui sont sous la propriété du véritable propriétaire.  Et la nationalité de nombreux acheteurs n’a pas pu être déterminée.  Les russo-américains qui n’utilisaient pas d’adresse ou de passeport russe dans leurs achats n’étaient pas inclus dans le décompte (…) Dans la station balnéaire de Sunny Isles Beach, six des sept tours résidentielles de marque Trump en Floride, se distinguent dans l’autre sens, car on y dénombre 1200 résidents russes, parmi la moyenne la plus élevées dans le pays, ce que montrent les données du recensement »… Selon le journal, ce sont 2 milliards de dollars de profits ainsi réalisés « sur lesquels Trump a touché une commission »… On le comprend mieux ce Trump : on ne scie pas la branche sur laquelle on est assis ! Fin de l’aparté Trumpien.  En fait, il faut bien vous l’avouer, on se trompe depuis le début (pas sur Trump, mais sur notre premier mafieux russe décrit !) …

La bonne piste

On s’emballe vite, sur le net comme ailleurs.  Il est vrai, certes, que la mafia russe est omniprésente en Floride, et à Miami et à Orlando.  Le tableau que je viens de vous brosser le prouve, j’ai bien fait de le rappeler, il me semble.  Mais on s’est trompé de personne, visiblement : le Sergeï Mikhalov que toute la presse locale de Miami à décrit comme étant le mafieux bien connu devenu ami de l’escroc d’Orlando, n’est pas le bon (le voici donc une nouvelle fois exonéré, comme en Suisse) !!  L’entrepreneur russe spécialiste du marché de la viande n’est tout simplement pas celui dont la presse a fait état et que je viens de vous décrire.  C’est un homonyme, et jusqu’ici, il n’est pas supposé appartenir à la mafia russe !!!  Le Sergeï Mikhalov (ici à gauche) qui a laissé sa chemise en avançant cette somme considérable au flambeur d’Orlando, le voici en une d’un journal pour investisseurs russe.  Celui de sa propre firme, appelée Cherkizovo.  Un vendeur, entre autre, de… saucisson !!!  Celui-là n’est donc pas le mafieux décrit, mais avec ce que l’on vient d’apprendre, il va bientôt passer pour le fils maudit, au sein de sa famille, car il s’est bien fait grugé !!!

Voici comment il se présente (pompeusement) lui-même en effet, le producteur de saucissons :  « Cette année, Cherkizovo occupe la première place sur la liste des plus grands producteurs de viande des agro-investisseurs en Russie (1) une distinction qui vient après elle a montré sa capacité à assurer une croissance constante malgré la volatilité du marché intérieur. Contrairement à de nombreuses autres entreprises, Cherkizovo est restée rentable et a poursuivi son expansion après l’adhésion de la Russie à l’OMC, qui a été confrontée à une forte concurrence étrangère et malgré la récente récession économique du pays. C’est un accomplissement remarquable et la gestion, menée par Sergei Mikhailov, directeur général depuis 2006, doit être créditée pour cela (…) Bien sûr, il était directeur général adjoint avant de prendre la tête de Cherkizovo. Mais avant cela, il a fait sa carrière en dehors de la Russie. Il a été analyste financier chez Goldman Sachs de 1997 à 1999, date à laquelle il a rejoint Morgan Stanley. Diplômé en finances et en économie de l’Université de Georgetown à Washington DC, Mikhailov a fondé aux Etats-Unis une société de télécommunications, aTelo, Inc. dont il a été le PDG jusqu’en 2001, date à laquelle il a rejoint Cherkizovo. L’entreprise était alors connue sous le nom de «Cherkizovsky Meat Processing Plant» (MPP), acquise par le père de Sergei, Igor Babaev. C’était la graine à partir de laquelle le groupe de Cherkizovo, une entreprise familiale, a grandi. « Lorsque mon père a fondé l’entreprise, il a commencé avec une seule installation, qui est devenue le plus grand producteur de produits carnés et d’aliments pour animaux en Russie. Notre groupe fait partie des trois leaders dans les segments de la volaille, du porc et de la viande transformée, et nous sommes le plus grand producteur d’aliments pour animaux du pays », dit-il. TMP Cherkizovsky a été créé au cours de l’ère soviétique. « Je l’ai rejoint pour aider mon père, améliorer sa qualité de produits et rendre l’opération plus stable et plus rentable », ajoute-t-il. « J’ai apporté mon expérience dans le commerce international pour compléter la compréhension approfondie de l’opération par mon père, sans parler de son sens des affaires domestique. » Grâce à ce lien familial, « j’ai pu acquérir une connaissance approfondie de tous les aspects de l’entreprise, passer à toutes les étapes de la gestion opérationnelle afin de rationaliser et d’améliorer tous les processus de production et de s’y intégrer. qualité de nos produits », explique Mikhaïlov. Aujourd’hui, le Groupe de Cherkizovo se compose de huit complexes de production avicole à cycle complet, de 15 complexes modernes de production de viande de porc, de six usines de transformation de viande et de neuf aliments pour plus de 140 000 hectares de terres agricoles. Il compte 22 000 employés et, en 2015, il produit plus de 825 000 tonnes de produits carnés ». Avec une telle force de frappe… agricole, on peut comprendre que le prêt de 11 millions de dollars représentait presque peanuts pour lui :  « en 2015, le chiffre d’affaires consolidé de Cherkizovo était de 77 milliards de roubles (1,15 milliard de dollars), soit une augmentation de 12% par rapport à l’année précédente. Les actions de la société sont négociées à la Bourse de Moscou (MoEx) et les certificats de dépôt globaux à la Bourse de Londres (LSE) ». Mais pour un ancien analyste de chez  Goldman Sachs et Morgan Stanley, avouez que ça la fout très mal… Pas de mafieux, donc, désolé… d’avoir fait un détour jusque Trump (j’avais envie, visiblement de vous rappeler ses liens sulfureux), mais il reste plein de questions qui demeurent…

Condamné à rembourser !

Revenons donc plutôt sur terre et à nos moutons, maintenant que nous avons enfin cerné le bon Mikhailov… Et à notre école d’aviation plantée par notre profiteur qui aura donc tout flambé dans sa vie. Avec une nouvelle assez sidérante, en tout cas, puisque le 18 janvier dernier, Bryan Brewer, ce flambeur (à droite sa maison saisie par sa banque), a été menacé par une juge US d’être jeté en prison s’il ne remboursait pas… Mikhailov !!! « L’homme de 42 ans fait face à de nombreuses plaintes d’institutions et de particuliers qui lui ont prêté des fonds ou fourni des services » explique le 29 janvier l’Orlando Sentinel. « En 2016, la juge Alice Blackwell lui a ordonné, ainsi qu’au groupe affilié Trax Financial LLC, de verser 292 861 $ à Orlando Events Centre Enterprises pour avoir omis de payer pour sa suite présidentielle au Centre Amway. L’année dernière, l’Internal Revenue Service a déposé un mandat pour recueillir près de lui 33 430 dollars d’impôts impayés ce que montrent les dossiers judiciaires. Mais aucun des défauts de Brewer n’était aussi important que la dette qu’il devait à Sergei Mikhailov, qui dirige une société de production de viande russe. Après que Brewer (ici à gauche) et Mikhailov aient été introduits par une connaissance mutuelle en 2009, «Brewer a gagné la confiance de Mikhailov au point qu’ils ont sympathisé ensemble, voyagé ensemble et sont devenus plus que des associés d’affaires et des connaissances. Brewer a même fait plusieurs visites chez Mikhailov pour des anniversaires en famille et des célébrations de vacances et a passé plusieurs de ses vacances avec Mikhailov et sa famille », affirme la plainte déposée à l’Orange County Circuit Court en janvier 2016 »… à lire cela, on reste assez effaré; mais difficile aussi de ne pas songer au procédé bien connu employé par les narcos au Brésil pour transporter la coke sans que le flair des chiens ne la détectent : en l’emballant dans de la viande (2) !!!  L’un est trop gros pour l’autre, visiblement ; mais que voulait donc le gros en lui allongeant cette somme colossale aujourd’hui réclamée ? Qu’est ce qui pouvait mériter un tel investissement ? Certainement pas les affaires immobilières de Brewer !!! L’héritier (plutôt prétentieux) de l’empire agro-alimentaire russe se serait laissé empapaouter aussi facilement ?  Lui, candide à ce point ?  J’ai énormément de mal à le croire… C’est quand même l’héritier d’un groupe (1)…  dont les principaux actionnaires de la société demeurent  JPMorgan Chase Bank (pour 31,9%) et la société MB Capital Partners (pour 58,74%)… ici à droite, le père de Sergueï, Igor Babaev (admirez son bureau en arrière-plan, tout en discrétion et retenue… façon Tapie). Un  Babaev et son groupe présent évidemment sur les listes des Panama Papers…  « Cherkizovsky AIG Limited a été créée en 2004. La société aux Bermudes appartient au président du conseil d’administration du groupe Cherkizovo d’Evgeny Mikhailov et au PDG du groupe, Sergei Mikhailov. Les frères Mikhailov sont les fils d’Igor Babayev, le fondateur de la holding (…) En outre, les listes des bénéficiaires de la société comprennent le PDG de l’usine de transformation de la viande Cherkizovsky, Igor Babaev et Lydia Ilyinichna Mikhailova. ». M’aurait étonné, en effet…

Retour au Cessna plongeur d’Orlando

Revenons  aussi à notre fameux Cessna encordé, tombé à la baille par manque d’attention.  C’était donc le N826SP, utilisé par Trax Air… mais ne lui appartenant pas. Ou ne lui appartenant plus.  La FAA, toujours aussi prompte à ne rien faire, n’indique plus de date, le concernant, mais l’approprie toujours à une adresse bien connue : 1679 Perry Road, Felda, Hendry. Florida.  Oui, vous avez bien lu:  c’est bien celle commune à notre trio d’entreprises précédent Wings Export LLC, International  Aircraft Services LLC et  Capital Aviation Corp , sans oublier leur succédané arrivé en retour et appelé... Boomerang et autres Al Neves LLC…   Un avion lié à des entreprises ayant manifestement livré des avions à des narco-trafiquants notoires comme on a pu le voir précédemment !

Mais qu’a donc fait Sergueï Mikhailov à Orlando (le « vrai » pas le mafieux) ? Pourquoi avoir choisi pour avancer cette somme considérable un petit entrepreneur possédant une école d’aviation en Floride ?  Quel rapport entre un producteur de viande d’un énorme conglomérat russe et le promoteur d’une minuscule compagnie d’aviation, lui-même lié à des exportateurs d’avions utilisés par des trafiquants brésiliens ?  Car ils sont bien liés !  Quels chiffres-a-t-on des exportations de viande venue de Floride, annoncées par (le bon) Sergueï Mikhailov ?  Ont-ils au moins existé ?  (Au Montana, oui, c’est certain, cela a démarré avant 2010, comme on peut le voir ici avec les Black Angus si prisés, mais il n’y en a pas  de cette espèce en Floride) ???  Y en a-t-il eu, au moins, de la viande provenant de Floride, avec le blocage russe décrété sur le sujet (d’après le schéma ci-dessus) ? Miratorg ( Agromir Ltd une société… chypriote comme enregistrement) ne suffit donc pas  aux russes ???  En 2013, Poutine avait en effet décidé de bannir toute viande ou volaille venant des USA, arguant de l’usage de la ractopamine chez les éleveurs US (un produit dopant, un anabolisant, interdit en Europe depuis 1995 !). Qu’est donc venu faire Cherkizovo dans cette histoire ? En 2015, face à une récession des ventes en Russie, avait annoncé vouloir désormais exporter (et non l’inverse !).  En quoi aurait-il alors investi dans de la viande US ?  Non décidément, difficile d’imaginer une version simple de cette ténébreuse affaire. Qui au final a donc financé les nombreux avions des sociétés étudiées de notre article précédent ?

Comme quoi le saucisson mène à tout…

Et si l’on retrouvait aussi le groupe russe au Brésil, se dit-on , on ne sait jamais ? Lorsque Poutine a décidé d’interdire l’entrée au porc US, la Russie s’était tournée vers… le Brésil, notamment auprès de JBS S.A, dirigé par Joesley Batista (ils sont deux frères Batista à diriger l’entreprise), un énorme producteur puisqu’il est le second plus gros fournisseur de bœuf et de porc and aux States. Puis la Russie s’était ravisée.  Provisoirement. La société s’était retrouvée dans un énorme scandale notamment de viande avariée en mars 2017 mais aussi de paiements de commissions occultes pendant 14 années consécutives à Michel Temer, Dilma Rousseff et Luiz Inácio Lula da Silva… pour 123 millions de dollars au total !!!  L’occasion de tisser des liens pour Cherkizovo ?  Pour s’en sortir, JBS avait revendu tout un lot de fermes d’élevage à des investisseurs US, dont Pinnacle notamment.  Aujourd’hui, l’import de viande d’Amérique du Sud est à nouveau à l’ordre du jour en Russie. Et si l’explication pour le cas de Sergueï avait été déjà donnée en septembre 2017 ? Par le tenace Kommersant, (magazine qui manipule aussi, attention) qui a en effet révélé que ce « bon » Sergueï ne l’était peut être pas tant que ça en décrivant qu’une enquête fiscale contre la direction de l’entreprise avait été effectuée le 17 juillet 2017  : « la direction principale de la commission d’enquête de Moscou a engagé une procédure pénale en vertu de la partie 2 de l’art. 199.1 du Code criminel – pour défaut de paiement d’impôts… « La veille du Ministère de l’intérieur (MIA) a rapporté que Cherkizovo agriholding n’avait pas payé 288,3 millions de roubles (4,9 millions de dollars) au budget. La société a utilisé un système illégal pour sous-évaluer le taux d’imposition de 15% à 5% lors du paiement des dividendes à un actionnaire chypriote, qui est une société de transit technique. Kommersant a appris qu’il s’agissait du PAO Cherkizovo Group (contrôlé par la famille d’Igor Babayev) »…  Et Kommesant de préciser : « Hier, le bureau des dirigeants de Cherkizovo a été perquisitionné. En conséquence, la police a saisi des objets et des documents révélateurs d’activités illégales. Auparavant, une filiale de l’exploitation agricole était accusée d’escroquerie et de préparation à un crime (contre l’Etat). La gestion de l’entreprise de transformation de la viande a soumis une fausse déclaration à l’autorité fiscale, selon laquelle ils devaient obtenir une indemnisation de 16 millions de roubles (258 535 dollars ) de TVA… » C’est vrai, ça, comment trouver rapidement des milliers ou des millions de dollars ? Sans se faire ensaucissonner ???

(1) « En 2012, la société a vendu 319 200 tonnes de viande de volaille, 103 800 tonnes de viande de porc, 127 400 tonnes de produits carnés transformés et a collecté plus de 115 tonnes de diverses cultures. Le rendement en blé était d’environ 3,4 tonnes par hectare, l’orge – 3,3 tonnes par hectare, le tournesol – 2,6 tonnes par hectare, le maïs – 6,1 tonnes par hectare, ce qui dépassait la moyenne. Le chiffre d’affaires US GAAP en 2012 s’élève à 1 581,7 milliards de dollars, l »EBITDA est de -314,6 millions de dollars, le bénéfice net de – 225,2 millions de dollars ».

(2) j’ai consacré ici-même un chapitre au procédé : ça a été découvert, tenez-vous bien, au… Brésil, il y quelques années maintenant : « La viande de bétail et la coke n’ont pas de rapport, me direz-vous ?  Détrompez-vous.  Un magazine spécialisé, BeefPoint, nous décrivait ici il y a quelques années déjà une scène assez surréaliste survenue au marché de Saint-Sébastien, situé au Nord-Est du Brésil, à Fortaleza en 2005 déjà (plus de 12 ans que ça dure !) :  « lors de l’opération « Caravelas », la police fédérale, a été saisi dans l’après-midi du jeudi, dans un hangar sur le marché Saint-Sébastien, environ deux tonnes de cocaïne emballés dans des morceaux de viande préparés surgelés destinés à l’exportation.  C’est la plus importante saisie de cocaïne pure dans l’histoire de l’État.  Les employés d’une entreprise sous contrat par la police fédérale ont utilisé une scie électrique pour couper la viande congelée.  La cocaïne provenait de la Colombie, et avait traversé le Parana pour arriver à Rio, où elle avait  été incorporée dans des morceaux de viande, pour être acheminée à Lisbonne au Portugal (le cliché ci-contre montrant effectivement les pains de coke cachés dans la viande).  Tous les biens saisis jeudi seraient transportés dans les 30 jours sur un navire au pays européen.  Là-bas, chaque kilogramme de drogue atteindrait le prix de 35 mille dollars.  Sept personnes ont été arrêtées dans l’opération.  L’un d’eux est Jose Antonio Jorge Pereira Palhinhos.  Selon PF, il est partenaire dans deux restaurants chics de Rio de Janeiro (la deuxième plus grande ville du Brésil après São Paulo).  Le système étudié pendant plus d’un an, a été dirigé vers le Portugal par Antonio dos Santos Damaso, établi dans un « Barra shopping » (une allée commerciale d’hypermarché) avec Carlos Roberto da Rocha, le frère de Luis Carlos da Rocha, surnommé le Tête Blanche (« Cabeça Branca » » Tête blanche », en portugais), l’un des plus grands trafiquants de drogue au Brésil, qui est recherché au Surinam  et Rossini Galdino de Souza, surnommé « l’Ancien ».  Ont été arrêtés également  Estilac Oliveira Reis, l’architecte juridique du gang, sur la route de Mendanha menant à Campo Grande, où il possède une entreprise; le secrétaire du gang, José Antonio Jorge Pereira Palhinhos, Vania de Oliveira Dias, à Ipanema; et Marcio Junqueira de Miranda, responsable de l’emballage de la drogue dans les morceaux de boeuf dans Sernambetiba Avenue.  Une opération complexe, avec des succursales à Lisbonne, au Suriname et en Colombie, a été menée par le gang découvert hier par la police fédérale.  Le gang opérait du Mato Grosso do Sul.  La cocaïne était acheminée vers l’état par avion venu de Colombie et était maintenue dans des hangars dans les fermes pour ensuite remonter vers Rio dans des camions, à travers le Parana. Le boeuf avait une autre origine:  les saisies de 50 tonnes proviennent aussi d’un réfrigérateur à São Paulo. Selon les agents du Groupe sensible enquêtes (Gise) PF de Brasilia – responsables des enquêtes – la cocaïne de Colombie a été emballée avec de la viande dans un processus industriel : l’emballage était sous vide.  La cocaïne et la viande ont été congelées dans un réfrigérateur du marché de San Sebastian à Peña.  Pour éviter les soupçons, une société fantôme d’exportation – Bahia agricole da Ltda – a été créée avec des partenaires et des adresses fictives.  La cocaïne était apportée en Europe dans des conteneurs scellés sur bateaux.  La destination était l’Espagne, mais PF a indiqué que la destination finale était le Portugal.  Là, elle devait être distribuée dans divers pays.  Le même groupe avait déjà envoyé des expéditions similaires en Europe »…  Il y a douze ans déjà, un procédé assez sophistiqué avait été découvert pour faire acheminer la coke vers l’Europe !  A noter les deux noms, déjà de responsables du trafic :  Luis Carlos da Rocha et Rossini Galdino de Souza.  Depuis bien d’autres procédés pour dissimuler la cocaïne ont été inventés

Supplément historique 

Sur l’aéroport d’Orlando, on trouve donc de tout.  Je vous en ai retrouvé un qui a derrière lui une histoire intéressante.  L’appareil n’est plus tout neuf et semble bien amoché, avec son rapiéçage de queue et sa dérive enlevée, ses tôles froissées et ses retouches de peinture ou ses traces d’enduit prêt à peindre.  C’est un vieux Cessna 172N de 1976 immatriculé N733HK qui appartient à un dénommé Ernesto Cuevas, habitant Orlando même.  Son certificat de vol court jusque… 2021. C’est un avion à qui est arrivé une aventure : lui aussi a connu quelques frayeurs : « le 1er octobre 1998, vers 17 h, un Cessna 172N, N733HK, a subi un atterrissage brutal à l’aéroport municipal de Venise, à Venise, en Floride. Les conditions météorologiques visuelles prévalaient à l’époque et aucun plan de vol n’a été déposé pour le vol personnel du 14 CFR Part 91. L’avion a été endommagé et le pilote privé n’a pas été blessé. Le vol avait pris naissance à environ 15H50 de l’aéroport municipal de Venice. Le pilote a déclaré qu’il avait effectué trois atterrissages avec arrêt et qu’après le toucher des roues pour un atterrissage avec arrêt complet prévu, l’avion s’est posé et a rebondi deux ou trois fois. Pendant ce temps, la manette des gaz était au ralenti et le contrôle de l’élevon de queue était à l’arrière à fond. Il a ensuite effectué une remise des gaz au sol et a appliqué la pleine puissance, mais l’avion ne s’est pas envolé. Il a ensuite interrompu la remise des gaz et l’avion a dévié du côté gauche de la piste. Le pilote a en outre déclaré qu’il n’y avait pas de panne de contrôle de vol ou de pré-coupure du moteur ou de dysfonctionnement. L’inspection post-collision de l’avion a révélé que les commandes de vol étaient reliées, à cause d’un plancher déformé dans la zone du poste de pilotage ». Bref c’était un avion qui avait déjà été malmené. Par des aspirants pilotes pas très surs d’eux ou fort maladroits, dont le pilote du jour. Vous allez me dire rien d’original là-dedans ni dans cet avion… Et pourtant : il appartenait à Huffman Aviation, Inc., de Venice Flying Service !  Cela ne vous dit toujours rien ?  L’incident s’était produit en octobre 1998. Trois ans plus tard, formés chez Huffman, deux membres d’une bande de maladroits du même genre allaient réussir à s’emplafonner deux énormes immeubles en plein centre ville avec d’énormes biréacteurs.  Ça revient maintenant ? De juillet à novembre 2000, Mohamed Atta et Marwan al-Shehhi, tous deux venus de Hambourg, avaient en effet suivi des cours sur de petits avions… les Cessna de chez Huffman Aviation. Dont peut-être bien cet exemplaire-là (on cite plutôt un Cessna 150 pour Atta et chez Huffman c’est plus souvent le Piper PA-28-151 Cherokee Warrior  N554HA, ici à droite, qui a été montré) ! En octobre 2102, le patron de l’entreprise se fera prendre à proposer ses services à un agent déguisé de la DEA pour effectuer un vol emportant de la coke… on y revient !!!

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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Coke en stock (CCXI) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (46)

 

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