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Coke en stock (CCVIII) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (43)

Et puis, dans notre longue enquête, on tombe sur des cas étonnants à bien des égards, dont celui de Felipe Ramos Morais, qui demeure à ce jour une énigme.  A-t-il à un moment de sa vie tumultueuse collaboré avec les autorités, n’est-il qu’un simple écervelé dingue de pilotage à risques ?  Pour l’instant, on ne possède pas la réponse.  Sa dernière aventure en date, après bien d’autres frasques, risque en tout cas de lui coûter cher quand on examine le pétrin dans lequel il s’est fourvoyé.  Retour sur un épisode dantesque de la lutte contre les gangs de la drogue brésiliens.  A l’occasion, après avoir rencontré l’hélicoptère du Père Noël (je vous ai prévenu, on trouve de tout au Brésil) nous allons retrouver une vieille connaissance, décrite déjà dans l’épisode précédent : le pilote du député Gustavo Perrella (cf notre épisode 42), à nouveau repris dans un trafic de coke !

D’autres hélico narcos

Les hélicoptères, chers à l’entretien, plus difficiles à piloter que les avions, ne pouvant pas emporter de lourdes charges et n’ayant pas beaucoup d’autonomie ne sont pas particulièrement prisés par les trafiquants (sauf avec le fameux Tadeu dos Santos comme pilote, vu dans l’épisode 41).  Le PR-HDA ici à droite, un Robinson R33 Astro (N°605) ex N7089L, exporté par ALJ Engines Supply Inc de Miami vers le 9 avril 2008 est l’exception qui confirme la règle, bien sûr.  Son pilote aussi, remarquez… On voit ici la machine posée en pleine nature avec à côté son chargement délictueux.  C’était en en juillet 2012 à Ceará, où il avait été saisi dans une opération anti-trafic de la police fédérale. L’hélicoptère avait transporté 174 kg de cocaïne dans une ferme de la municipalité d’Acopiara.  La drogue provenait de Bolivie et était entrée au Brésil par le Mato Grosso do Sul.  Le pilote, Felipe Ramos Morais, avait alors été arrêté à Picos, Piauí, lorsque l’appareil était en train de ravitailler.  Chez ce pilote, les agents de la Police Fédérale avaient trouvé près de 30 000 reais en espèces, en plus des chèques de 12 000 reals dans l’hélicoptère. Difficile pour lui de nier le trafic..  Or lui aussi, à sa façon, sort de l’ordinaire comme je vous l’ai dit.  On le connaît bien ce « Felipe » :  son hélico avait déjà été embarqué sur camion plateau rappelez-vous, après avoir été intercepté en raison de plaintes de manoeuvres dangereuses par les habitants qu’il survolait.  Il circulait au ras des toits, bien en deçà des 180 mètres officiellement retenus comme la limite la plus basse au dessus des villes.  A l’époque, la photo du personnage avait surpris : on aurait dit presque un adolescent alors qu’il était âgé de 26 ans … il jouait au simulateur de Playstation, mais en vrai, en quelque sorte.  A droite, son hélicoptère PR-HDA inspecté par des militaires une fois ramené au Grupo Tático Aéreo Policial (GTAP), dans la zone sud de Teresina.  L’appareil lui avait finalement été rendu par un juge.

La tête brûlée des voilures tournantes

Le dénommé Morais a défrayé par la suite plusieurs fois la chronique judiciaire : en  2013, il l’avait été avec son Robinson R44, PR-HDA, dans la ville de São Francisco do Sul, à São Paulo.  La deuxième, au mois de mai, dans la municipalité de Curvelo, Minas Gerais, en utilisant le même hélicoptère. Et à chaque fois… il avait été condamné, mais à de très courtes peines semble-t-il :  en 2014, il avait été effectivement fait de  la prison, condamné pour son transport de 174,8 kilogrammes de pâte à base de cocaïne par la 25ème Cour Fédérale d’Iguatu.  Deux ans plus tôt, cependant, il avait pourtant déjà été arrêté après avoir piloté de façon irrégulière son PR-HDA, qui était depuis gardé dans une cour de Santa Fe do Sul, São Paulo.  Condamné à peu de temps d’incarcération, on ne peut que le constater, car il recommence déjà dès l’année suivante en 2015, sa machine étant de nouveau inspectée à Sorocaba, où Morrais avait  été retrouvé aux commandes d’un Robinson R44 immatriculé PR-MOB (photo Ícaro Roberto ici à gauche).  C’est un autre pilote qui écopera ce jour-là.  Il avait été soupçonné cette fois de transporter des drogues vers un site de la région de São Roque.  Et encore une fois, Morais en était sorti rapidement  ; avouez que l’on était au bord du grotesque avec lui.  En cause, on peut le penser, le rôle de l’ANAC :  Felipe Morais avait bien obtenu sa première licence de pilote en 2009 et le dernier renouvellement datait de 2016, mais il ne portait aucun signalement d’amende ou d’infraction dans son registre aéronautique, malgré ce que l’on savait sur lui !!!  De là à imaginer plein de choses, dont le fait qu’il puisse avoir été « retourné », et serve désormais comme ‘infiltré » dont on aurait laissé sciemment « mûrir » le réseau, afin qu’il remonte jusqu’à de plus grosses prises.  C’est une possibilité à ne pas négliger en effet, comme on va le voir avec la suite des événements.  Car on n’en avait pas pour autant fini avec cette véritable tête brûlée bénéficiant d’une bien étrange mansuétude policière ou judiciaire :  en févier 2018, rebelote lorsque les policiers découvrent un hélicoptère Robinson (il ne savait piloter que ce modèle, à croire, mais les faits vont en fait me contredire) dans une propriété rurale située dans la zone connue sous le nom de Rio do Peixe, à Fernandópolis de São Paulo.  Selon les investigations, l’appareil, bien connu (il avait été « spotté » un bon nombre de fois), et immatriculé PP-MIO (un Robinson  R44 (N°1063) enregistré le 27 juillet 2009 au Brésil, un Robinson qui avait bien été loué par… Felipe Ramos Morais.  L’hélicoptère en location semblant abandonné, un mandat d’arrêt avait été immédiatement émis contre le pilote indélicat.  A noter qu’il avait été repeint : en 2011, l’engin était gris acier avec des filets bleus sombres.  Son pilote lui, (ici à gauche) ayant un peu vieilli sur ses papiers depuis ses frasques de jeunesse… il n’avait pas encore 30 ans il est vrai.

La mort étrange des deux caïds du PCC

S’il avait alors fui, c’est qu’il avait une bonne raison de le faire.  Il était en fait alors cerné.  Pris dans la nasse d’une affaire encore plus grave que les précédentes, cette fois, avec mort d’hommes. Une affaire dans laquelle tout avait été filmé, ce qu’il semblait ignorer ou n’en avait pas pris conscience.  Le journal Fantastico en dresse un récit assez hallucinant ici le 3 mars 2018 (c’est un peu long mais tellement précis que je n’ai pas souhaité le couper) :  « neuf caméras de sécurité (ici à gauche l’arrivée de l’hélicoptère la veille du meurtre) ont capturé les détails d’une embuscade contre deux chefs de l’une des plus grandes factions criminelles du pays, le Premier Commandement de la Capitale (PCC). Rogério Jeremias de Simone, alias « Gegê do Mangue », et Fabiano Alves de Souza, Paca (tous deux ici à droite), qui ont été assassinés le 15 février dans une réserve forestière à Aquiraz.  Les images exclusives obtenues par Fantástico montrent les hommes qui ont exécuté les deux trafiquants se préparant au crime.  Les préparatifs ont commencé deux jours plus tôt, à 14 heures le 13 février, lorsque l’hélicoptère utilisé dans l’embuscade a atterri sur un héliport à Eusebio, à 25 km de la capitale du Ceará.  Le même jour, Fabiano Alves de Souza  alias « Paca », quittait un condominium de luxe dans la région métropolitaine de Fortaleza dans un véhicule blindé d’une valeur de 600 mille reals.  Dans la copropriété, il était connu sous le nom de « Carlos ».  Il était allé à cet endroit pour rendre visite à un ami, connu sous le nom de « João », en fait, João était le nom utilisé dans la copropriété, par Rogério Jeremias de Simone, alias Gegê do Mangue.  Une autre caméra montre « Paca », en train de sortir du bâtiment où il habitait à Fortaleza.  Les hommes engagés pour tuer les deux sont déjà en ville, séjournant dans un hôtel à environ 4,5 kilomètres de lui.  Le groupe a voyagé de São Paulo à Ceará.  L’un des exécutants est Wagner Ferreira da Silva, connu sous le nom de Waguinho (Guarujá) dit « Pelo Duro ».  Selon la police, c’est lui qui a tout organisé.  Du sac à dos, il sort des paquets d’argent dans des billets de 50 dollars et paie tout en espèces.  Il est passé minuit quand ils montent dans leurs chambres.  Le lendemain matin, le 15 février, le groupe quitte l’hôtel avant 9h.  En peu de temps, le groupe arrive en taxi au hangar d’Eusebio, où deux autres hommes rejoignent le groupe.  En tout, il y a sept hommes, y compris le pilote.  À 9h28, l’hélicoptère décolle.  Selon la police, leur destination est la réserve indienne située à Aquiraz, dans la même région.  L’avion atterrit dans un champ et six personnes débarquent.  Vingt minutes plus tard, l’hélicoptère est de retour dans le hangar.  Le pilote et Waguinho débarquent et ravitaillent l’avion.  Re-décollage à 10h14. Quelques minutes plus tard, l’hélicoptère effectue un autre atterrissage, dans un endroit différent que la police ne peut toujours pas identifier.  Là, ils embarquent Gegê do Mangue et Paca, qui ne soupçonnaient pas qu’il y avait un plan de prévu pour les assassiner.  Gegê est si calme qu’il prend une photo du paysage et l’envoie à sa femme.  Ils font alors un vol et atterrissent dans la même zone de la réserve indienne. Tout le monde descend et les cinq qui attendaient là effectuent plusieurs tirs contre Gegê do Mangue et Paca.  Ils recueillent les corps et les laissent près de la forêt plus épaisse.  Puis ils reviennent à l’hélicoptère et continuent leur voyage.  Contrairement à la première information, Gegê et Paca n’ont pas été torturés.  Les corps ont été retrouvés le lendemain, jeudi (16), dans la réserve indienne.  De là, les enquêtes ont été diligentées. »  Puis on a des précisions sur comment la police a reconnu l’hélicoptère utilisé; avant même de visualiser les bandes vidéos.  « Notre hélicoptère a emmené l’équipe sur les lieux.  Là, ils ont réalisé qu’il y avait deux petites marques. Et il y a une distance entre les skis de l’hélicoptère.  Ainsi, à cause de cette distance qui a été mesuré, il a été possible d’identifier l’appareil», explique André Costa, secrétaire à la Sécurité de Ceará ».  Pour ce qui est des truands abattus, pas d’erreur possible sur leur compte.  Des photos volées à la morgue où ont été ramenés les corps montrent leurs tatouages hautement reconnaissables (une vierge en couleurs sur le torse, notamment, pour Rogério Jeremias de Simone, alais Gegê do Mangue,).  L’hélicoptère, très voyant, ayant servi, sera retrouvé abandonné dans une zone forestière de Fernandópolis, à l’intérieur de l’Etat de Sao Paulo.  De Ceará à Fernandópolis, il y a plus 2200 km de distance !!!  Leur forfait accompli, il ont donc dû voler des heures… et ravitailler au moins… trois fois !!!  Pas moins de 9 heures de vol minimum au total !!!  Preuve encore une fois d’une organisation préalable, que ne pouvait ignorer le pilote !!!  Et ce n’était pas un Robinson cette fois mais un bien un appareil plus gros.  Avec ses trois sièges frontaux, il est vite identifié:  c’est bien un Eurocopter d’un type particulier, aisément reconnaissable à son Fénestron arrière.  Un hélicoptère également utilisé par la police de l’Etat de Parana !  C’est le PR-YHB, un EC-130B Eurocopter (N°3633) entré au Brésil depuis le 22 juillet 2003 et vu ici en 2012 à Sao Paulo Campo de Marte, spotté par « Radioactivity ».  Un hélico pouvant faire 2,5 tonnes en pleine charge qui a un passé… français lointain ; c’était auparavant le F-WQDY !!!  Ramené à Sao Paulo on ne peut que constater sur lui les multiples impacts de balles dessus.  On peut voir ici dans ce reportage tout le déroulé de l’affaire avec les extraits vidéos de surveillance et même des montages 3D..

Pas un, mais deux, plus des bateaux…

L’enquête remonte donc vers l’hélicoptère… et son propriétaire, pour en retrouver un second dans un hangar lui appartenant. Celui de Morais, dont on fouillait en même temps l’appartement situé dans le même luxueux condominium Solaris qu’occupait récemment encore  l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva… (on parlera de coïncidence bien entendu pour ne froisser personne).  Le second est un Ecureuil (un « Esquilo » là-bas) gris foncé à liseré rouges, c’est le PR-PSA, un Aeospatiale AS-350B3 (N°4353) entré au Brésil le 13 avril 2009.  Il est vu ici en vidéo décollant de Lagoa le 7 janvier 2017 (l’hélico a été repeint entre les deux clichés).  Avec ici comme pilote à bord, il semble bien… de Freitas en personne (cf ci-dessous) !

  • Dans un autre hangar lui appartenant, on n’a pas trouvé d’autre Ecureuil.  Mais des bateaux, et pas des petits.  Des  yachts rapides, baptisés  « Sem futuro » (« No Future ») enregistré à la Capitania  Portos de São Paulo (CPSP), et le « Só Emoções » (« seulement des émotions ») à celle de Portos de Pernambuco (CPPE).  Tous deux déclarés officiellement, et appartenant nommément à Morais.  Sa société aérienne de tourisme pouvait-elle générer seule assez de profits pour pouvoir habiter dans un tel appartement, posséder au moins deux hélicoptères et deux bateaux de luxe ?  Bien entendu la réponse est non.  Ne reste alors qu’une seule possibilité :  l’enrichissement voyant n’est pas le propre de l’informateur véritable, qui doit rester discret même s’il monte en puissance pour assurer une crédibilité auprès des mafieux. Résultat Morais était donc bien à la tête d’un trafic, mais on l’a laissé faire pendant des années.  Le problème étant les tirs sur sa machine, et son redécollage avec les assaillants pour les redéposer (beaucoup) plus loin, à 2 200 km delà, en abandonnant l’hélicoptère, ce dernier n’avait subi aucun dommage mécanique, puisque la police filmera même son rapatriement.  Freitas, aux dernières nouvelles fin avril, se terrait toujours, terrorisé par l’enjeu et ayant promis de se rendre dès qu’il aurait reçu des assurances de la police.  Peu de gens pensent qu’il va cette fois s’en sortir, désormais.  Et sans même vouloir parler de prison…

Théories

L’assassinat, selon cette théorie, ne serait donc pas son fait, mais la résultante d’une guerre des gangs qui a commencé, comme d’habitude… dans une prison. On retrouvera en effet une note de menaces manuscrite dans le pénitencier 2 du Président Wenceslas à São Paulo, qui renforce ce soupçon sur le sort des deux caïds décidée en haut lieu . Ce n’est pas la marque de Beira Mar, encore lui, quoiqu’il soit désormais enfermé au Penitencier Fédéral de Mossoró à Rio Grande do Norte, mais celle plutôt de Marco Williams Herbas Camacho; – du Primeiro Comando da Capital (PCC)-, via Gilberto Aparecido dos Santos, alias « Fuminho », l’ancien directeur de l’activité de Marcos Willians Herbas Camacho, alias « Marcola » au Paraguay.  Les deux hommes ayant été en cas supprimés parce qu’ils auraient détournés l’argent du gang selon le billet retrouvé… leur train de vie récent semblant en cause : les  deux avaient il est vrai beaucoup investi au cours des quatre derniers mois dans la région, dont dans une villa en copropriété dans le quartier d’Alphaville à Aquiraz même, dépensant ainsi pas moins de 2 millions de reals, pour des voitures importées, des montres de marque… ou même pour les études à Londres d’un des fils de narcos  ! « Paca » s’était lui mis au vert tout l’été de 2017 en s’installant à Fortaleza.  Le journal Diario de  Nordeste a fait le total de leurs folles dépenses, en affichant une infographie plutôt amusante, (ici à droite) en forme de ticket de caisse et en montrant aussi les images des lieux sur lesquels ils avaient jeté leur dévolu… il évalue lui le total à 8 millions de reals !  Il cite, en plus de ce qui  a déjà été dit, un manoir à Lagoa do Uruaú, à Beberibe, « dans l’État côtier à l’Est », avec un jacuzzi dans le jardin, un appartement de 230 m² sur la rue Israel Bezerra à Dionísio Torres, près du parc Cocó, une maison dans le condominium Alphaville Eusebio, et deux Range Rover, deux BMW (dont une X6), une Porsche Cayenne, « toutes payées en espèces, pour un montant total d’environ 2 millions de reals, chez le concessionnaire «Eudes Veículos » ».  Le tireur, Waguinho Guarujá alias « Pelo Duro » (« Poil Dur »), était notoirement connu comme étant l’homme de main du cartel de trafiquants et non quelqu’un capable de prendre l’initiative d’un tel acte.  Un exécutant (effectivement, et même un exécuteur !), pas un décideur, pour sûr.

Ultime rebondissement avec l’arrestation du pilote

Le 15 mai dernier (c’est tout récent, au moment où je rédige ces lignes, le lendemain même) la police annonçait avoir arrêté Felipe Ramos Morais (31 ans selon la police), retranché dans une villa de luxe dans la ville balnéaire de Caldas Novas, à 167 km de la capitale de Goiás, et aussitôt conduit au Bureau des enquêtes criminelles de Goiânia.  Une découverte… presque par hasard, dans une station « balnéaire » (la région n’est pas sur la côte mais elle est truffée de lacs), raconte Métropoles  : « selon le délégué Valdemir Pereira da Silva, la police était sur les lieux pour enquêter sur la disparition d’un pilote d’Annapolis soupçonnés d’amener du Paraguay de la drogue à Goiás (c’est l’affaire de l’hélicoptère noir et bleu PP-MIO retrouvé abandonné dans un champ en février dernier, voir plus haut).  Cependant, lorsqu’approché, le suspect a présenté une fausse carte d’identité (elle portait le nom de « Bruno Gonçalves Farias », mais montrait sa photo lorsqu’il avait 26 ans, lors de sa première arrestation !).  « Nous pensions que c’était l’affaire d’Annapolis.  Cependant, le pilote s’est identifié comme Felipe Ramos.  Nous avons vérifié ses antécédents et découvert qu’il y avait ce mandat d’arrêt temporaire dans l’état de Ceará. « Le suspect a allégué qu’ avait montré le faux document à la police parce qu’il était persécuté par des membres de factions criminelles et craignait d’être tué ».  Pris dans un étau inextricable en effet, on voit mal aujourd’hui comment la tête brûlée des hélicos va s’en sortir.  Pour rester vivant vaudrait mieux pour lui qu’il aille en prison.  Quoique on a vu ce qui est arrivé au leader du clan Morel… Ici la vidéo de son arrestation. Il paraît plus âgé et dégarni… et il  a même pris de l’embonpoint !  Ici le reportage TV sur sa « carrière »; juste après son arrestation.  Edifiant rappel… de ses prestations précédentes de vols de cocaïne !!!  Comment donc a-t-il pu voler aussi longtemps avec ses différents hélicoptères ???

On croit donc l’affaire serrée, mais un dernier détail apparu récemment risque fort de tout remettre en cause : le 15 mars 2018, on a découvert, jeté dans dans un cours d’eau de la ville sainte Antônio, à Rio Grande do Norte, une des armes ayant servi à l’assaut contre l’hélicoptère.  Or c’est un pistolet 9 mm, mais d’un modèle utilisé par les forces de police du pays !  Des chargeurs de calibre FN 5,7 x 28 à haute vélocité, capable de traverser des blindages (du Herstal belge) ont aussi été retrouvés à ses côtés.  Des armes rarement présentes dans l’arsenal des narcos.  La thèse du règlement de compte entre narcos bat soudain de l’aile !  Nota : le 23 février 2018, Pelo Duro a été abattu ou plutôt exécuté, à voir la méthode, devant un hôtel, une séquence à nouveau filmée par une caméra de surveillance.  A droite une arme ensanglantée retrouvée sur les lieux, appartement peut-être à Duro Pelo lui-même. Un Colt 11,43 (calibre .45 aux USA) il semble bien… Cela, oui, ressemble bien en revanche à un œil pour œil entre gangs….

L’hélico du Père Noël

Un autre cas pendable au Brésil est celui d’un père Noël qui a volé un hélicoptère Robinson 44 (ce n’est pas celui à gauche qui est le PR-BMT – N°11123).  Eh oui, tout arrive là-bas !  Ça s’est produit le 37 novembre 2015, à Campo de Marte, dans la capitale de São Paulo.  Un individu appelé Nabiel da Silva Cordeiro, âgé de 30 ans, est entré dans une agence de tourisme aérien habillé en Père Noël en clamant qu’il avait besoin à tout prix d’un appareil pour participer à une fête de fin d’année dans une ferme à Mairinque, près de São Paulo.  Aussitôt dit, aussitôt fait.  Le voici donc à bord du PR-DSF, un Robinson R44 II (N°11401 enregistré le 18 septembre 2012 au Brésil, il est ici à droite en train de débiter son circuit touristique)... A part que pendant le vol, l’homme en rouge a sorti son artillerie pour menacer le pilote, Caio Fernando Pinto.  L’hélicoptère a ensuite atterri dans un coin de pâture, où un autre pilote l’attendait, libérant le premier, expédié dans la jungle alentour. L’engin a alors été ravitaillé.. et s’est envolé fissa vers le Paraguay.  Une affaire rondement menée, à la vitesse des lutins de l’homme à la barbe blanche.  Le gars sera arrêté deux mois après, en janvier 2016, après une enquête policière à Queimadas, Bahia, rentré chez sa mère (il a été arrêté dans sa voiture, portant sur lui un revolver de calibre .38), …  On découvre qu’ils étaient en fait trois pour voler l’hélicoptère, Nabiel Cordeiro da Silva, celui déguisé, fantasia, Rodrigo Senna, le pilote et Eduardo de França,  le logisticien : « Nabiel et Rodrigo ont affirmé dans leur témoignage avoir reçu ensemble environ 40 000 reals pour l’action, selon le commissariat de section de Sorocaba (SP). Selon la police, Nabiel a reçu 30 000 reals et Rodrigo 10 000 reals ». C’était bien une « commande » particulière de trafiquants :  « la ferme où le pilote avait atterri avait été louée par un gang.  «Ce qui était très clair, c’est que c’était un modèle spécifique, ils avaient besoin d’un Robinson 44», explique le délégué enquêtant sur l’affaire, Fernanda Ueda.  « Toujours selon lui, la raison de vouloir cet hélicoptère spécifique fait l’objet d’une enquête. « Ceci est en cours. »  Pour illustrer son propos, Globo montre un recoin de la ferme où l’hélicoptère s’est posé, avec des bidons d’essence mais aussi à côté la perruque abandonnée par le Père Noël.  On n’a pas revu depuis l’hélicoptère du Père Noël, qui, vous le savez, ne se montre qu’en fin d’année seulement… Attendons donc son retour (porteur de sacs de « neige » ?) !  En France seul 20 minutes; à l’affût, avait annoncé l’événement avec humour.

Re-découverte, encore une fois la main dans le sac

On a déjà tout oublié, encore une fois, et notre cher Gustavo du début de cet article « spécial hélicos » est donc passé à nouveau à travers de tout… avec son père :  à part ça, le Brésil ne serait pas corrompu paraît-il…

On a donc déjà tout oublié quand on découvre le 25 avril dernier (en 2018, c’est récent en effet) un autre hélicoptère tout blanc et bien reconnaissable dans un hangar d’Arujá, dans le quartier de Jardim Fazenda Rincão, dans la région métropolitaine de São Paulo.  C’est le PP-MAU, un  « Esquilo »  (Ecureuil) AS-350B2 (N°3465) fabriqué en 2002 et arrivé le 27 aout 2010 seulement au Brésil.  On peut l’admirer ici en vidéo en train de décoller du luxueux Condomínio Acapulco  à Guarujá, où il semblait avoir ses habitudes.


L’hélicoptère découvert était complétement vide d’équipements:  il n’avait pas d’autre siège que celui du pilote, dépourvu de tout rembourrage (cf ci-dessus), et son GPS avait même été retiré.  À l’intérieur, les policiers venaient de découvrir des traces de cocaïne et deux bidons destinés à augmenter son autonomie, reliés à des pompes électriques (ici la vidéo de la découverte de l’hélico montrant ses deux énormes bidons supplémentaires, un de chaque côté, et le système des pompes électriques, photo ci-contre à droite) !  Selon le commissaire arrivé sur les lieux, « l’appareil a été utilisé par des factions criminelles pour transporter des drogues de la Bolivie à São Paulo.  Au cours des quatre derniers jours, l’hélicoptère a effectué 56 heures de voyage. Aucune n’a été enregistrée dans le journal de bord ou signalée à l’Agence nationale de l’aviation civile ».  L’hélicoptère volait sans plan de vol, sans le dire à Anac, pendant le week-end, ce qui est typique d’un transporteur de drogue », a indiqué le responsable des enquêtes.  Selon la police, l’hélicoptère est également au nom d’une entreprise factice. « C’est vraiment un système sophistiqué que la police peut difficilement identifier », a déclaré Carlos César Alves ».  Pas loin de là, on retrouvera les 400 kilos de cocaïne qu’il avait apportés.  Un pilote avait été arrêté à cette occasion avec un autre trafiquant: Luis Paulo Mattar Pereira et Willian Costa de Laia.

Un troisième les complétait:  lui aussi pilote, qui avait été menotté avec les deux autres.  Mais on l’a peut-être déjà oublié, celui-la, c’est vrai, puisqu’il s’appelle…  Rogério Almeida Antunes !  Celui de l’affaire du Robinson de 2013 !!!  Le même homme, cinq ans après.  L’ex-pilote de Gustavo Perrella !!!

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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