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Coke en stock (CCVI) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (41)

Le sud Brésil concentre autant notre attention que le Paraguay, tant ils fonctionnent de concert et sont sillonnés par des avions faisant la navette entre les deux, distribuant des monceaux de cocaïne, ou de marijuana dont le Paraguay est l’un des tous premiers producteurs mondiaux.  Il n’est pas rare dans ce cas de tomber sur un appareil plein de billets, le paiement d’une de ces cargaisons ou de plusieurs voyages.  Un service bancaire en quelque sorte, qui se fait aussi, mais c’est plus rare, par hélicoptère.  Dans le genre un pilote va se faire remarquer, qui expliquera une fois en prison (pour un bon nombre d’années) ses différents périples à bord de son Robinson.  L’homme a fait depuis un émule, il semble bien… A noter quelques changements dans ce trafic ininterrompu et un peu lancinant à force :  la distribution de produits médicamenteux opiacés… voire de Viagra !!! 

En 2013, l’épidémie de chutes d’avions venus du Paraguay sévit au Brésil

On découvre donc  logiquement tout une foultitude de Cessna amenant la coke au Brésil.  Le fief des atterrissages semblant être Partanal, avec une saisie de 2012 d’un Cessna 210 posé sur l’herbe d’une estancia, près d’un grand hangar  (d’élevage ?) et de petits bâtiments fermiers attenants.  L’article évoque un commerce de drogue international derrière cet appareil. « L’avion, modèle Cessna Airgraft, 210k, qui était à destination de la ville de San Ignacio, en Bolivie, à la frontière ouest du Brésil (région du Grand Cáceres). L’avion était piloté par Wilson Carvalho, 28 ans, qui était accompagné de Josivan Caetano dos Santos, 23 ans. Les deux ont été arrêtés en flagrant délit ».  La police ayant également saisi ce jour-là des armes à feu et 600 000 dollars.

« L’argent serait utilisé pour acheter de la cocaïne dans le pays voisin. Les enquêtes de l’ERD montrent que les envois quittent souvent les pays producteurs de cocaïne tels que la Bolivie et le Pérou tous les dix jours. Et ils entrent au Brésil à travers le Pantanal au Mato Grosso. Les avions ont atterri dans des fermes, dans les villes de Barão de Melgaço et Poconé (respectivement 199 et 100 km au sud de Cuiabá). « Le choix de cette voie alternative, qui utilise le Pantanal, s’explique par la facilité avec laquelle passent les grandes quantités de drogues, de l’ordre de 300 à 400 kilos à la fois. Le médium employé n’est pas habituel, mais il s’est répété beaucoup ces derniers temps. Il est difficile pour la police de surveiller de telles actions. Le territoire est très étendu, avec de vastes zones inondées et manquent d’équipement « , a déclaré Garcia. Avec la paire Wilson et Josivan, ont été trouvées des puces d’opérateurs de la téléphonie bolivienne. Outre l’argent bolivien et péruvien. Le délégué pense qu’il existe un puissant groupe de trafiquants internationaux qui s’injectent de la cocaïne au Brésil, à travers le Pantanal. Chaque envoi revient environ 1,2 millions de reais, Il y a au moins 300 kilos de cocaïne à chaque passage ».  Les premiers clichés évitent de montrer l’immatriculation de l’avion mais on en obtient un de très explicite.  C’est le PT-DSO, un Cessna datant de 1970, de numéro de série 21059331, enregistré le 19 mai 2009 seulement au pays.  Saisi, il sera re-proposé à la vente en 2012 au tarif de 338 500 reais, soit 99 000 dollars.  Un acheteur de Pontes& Lacerda emportant la mise.  Etrangement l’avion construit en 1970 n’existe pas à la FAA.. avant qu’il n’apparaisse au Brésil !!!

Comme à gravelote, les Cessna…

Puis c’est un avion rouge et blanc vu en 2013, qui illustre un article plutôt inquiétant de Globo, lequel évoque une estimation de 1,5 tonne de cocaïne qui arrive tous les 15 jours dans le Pantanal… dans le Mato Grosso. Comme quoi ça a empiré depuis 2011 !!!  Une vidéo est disponible, qui évite soigneusement de montrer son immatriculation et met plutôt l’accent sur le vieux tracteur à ses côtés, venu emporter la drogue.  L’avion a tout son intérieur qui a été vidé, comme tout bon transporteur de coke.  Mais l’image hélas sert pour illustrer le cas d’un autre appareil, déjà décrit ici, le PR-ESC, celui de la saisie de 413 kilogrammes de cocaïne et de pâte de base à l’intérieur d’un avion arrêté à Poconé, à 104 km de Cuiabá, sur une piste de terre de la réserve naturelle privée de l’Hôtel Sesc Pantanal. « Lors cette saisie, le député Josean Severo avait affirmé que le prisonnier, comme il l’avait lui-même dit, avait reçu la somme de 1 000 dollars pour aider le gang – et ce ne serait pas la première fois qu’il participerait à une action criminelle. « Il a dit qu’il était déjà impliqué dans d’autres actions, mais il n’en a pas révélé le nombre, dans ce cas, le prisonnier a été attrapé au moment où il était dans un tracteur de la compagnie, mal utilisé, pour transporter la drogue en entier après le déchargement. de l’avion, mais il n’y a aucune information sur où tous les stupéfiants étaient stockés », a-t-il dit. La piste d’atterrissage est située à 30 kilomètres du siège administratif de l’hôtel, qui compte six autres installations dans la région. En plus de la drogue, plus de 770 000 dollars et deux armes de poing. Toujours selon le délégué, l’argent saisi devrait être envoyé aux tribunaux et plus tard à la Fondation de la police nationale (Funapol). » Le second est un avion noir et blanc, sans immatriculation visible non plus, décrit comme ayant déchargé 424 kilos de drogue dans le Pantanal dans une ferme. « proche des terres indigènes de Jarudore ».  « Selon la PF, en arrivant à la ferme, les agents ont pu voir un avion sur le point d’atterrir sur la piste. Deux véhicules étaient déjà positionnés sur le côté. Dès que l’avion a atterri, la drogue a été déchargée dans l’une des voitures. Le stupéfiant était stocké dans des comprimés enroulés avec des sacs en plastique ».

Parfois on leur force la main 

Dans une liste d’appareils aperçue dans l’article sur le Triangle Minier, lieu de prédilection d’arrivée des avions au Brésil, est apparue une photo d’un Cessna qui ne l’était sûrement pas, brésilien.  En effet le seul cliché dont on disposait ne montrait que 2 chiffres comme fin de son immatriculation laissant en entendre un appareil venu de Bolivie.  La photo de l’appareil (ici à gauche) posé sur un chemin de terre à proximité de Izidrolândia, dans la région de l’Alta Floresta D’Oeste, à l’intérieur de Rondônia est significatif en effet.  Mais elle ne date pas de 2013, comme indiqué, mais de quatre ans auparavant, car c’est la résultante de la poursuite et de l’interception par deux Tucanos de la force aérienne brésilienne le 3 juin 2009.  L’avion suspect avait été repéré (et ici à droite photographié d’un des Tucanos) volait bas, à une altitude de 1500 pieds seulement, (500 mètres) de manière  irrégulière par un avion radar brésilien Embraer E-99.  L’opération de poursuite avait été filmée, elle est visible ici dans un reportage télévisé:  deux A-29 Tucanos partant alors à la reconnaissance de l’avion suspect puis l’interceptant, le pilote ne répondant visiblement pas aux injonctions sur l’identification ou la trajectoire qu’il avait l’intention de suivre et s’orientant déjà vers la Bolivie.  Intimant l’ordre d’atterrir sur la piste de la ville de Cacoal, les deux Tucanos en ont été réduits à tirer des coups de semonce, pour le forcer à le faire, ce qui a semblé faire sont effet, jusqu’à ce que le trafiquant à bord décide de se poser brusquement sur le chemin de terre situé dans le district de Sidrolândia.  Les deux Tucanos restant sur zone, en attendant l’arrivée de  la police militaire, en coordination avec la PF, dans un hélicoptère H-60 de la FAB.  Les trafiquants avaient bien sûr entre temps déguerpi, laissant dans l’appareil immatriculé CP-1424 près de 176 kilogrammes de pâte de base de cocaïne à l’intérieur, dans des sacs roses, comme on peut le distinguer ici sur la première photo du chapitre.  Le vendredi suivant, le 5 juin, une opération de la police fédérale et de la police civile locale réussissait à capturer les deux pilotes boliviens, emmenés au poste de police de Pimenta Bueno.  Dans les registres de la DGAC bolivienne, aucune trace du  CP-1424…  Encore un clone manifestement !!!

 

La drogue, ça rapporte en effet !

Mais tout ça n’est rien encore avec ce qu’on va découvrir en 2013 .  On commence en janvier 2013 par une image inattendue, celle d’un tracteur John Deere tirant derrière lui un Cessna (image ici à gauche).  L’avion venait d’atterrir dans un champ de canne à sucre, comme on peut le voir ici à droite, et il a droit de fait  à quelques minutes au JT du moment, sur la TV Brésilienne.  L’appareil, c’est un Cessna 210L, immatriculé PR-ORA, (21060768) enregistré le 27 octobre 2009 au Brésil.  C’est l’ex N1747X vendu par Southern Field Aviation Inc.  L’avion a été trouvé sur un un chemin de terre entre San Manuel et Igaraçu Tietê, dans l’État de São Paulo.

« La police a déclaré que l’avion avait décollé du Paraguay chargé de 400 kg de cocaïne, qui seraient vendus dans le Midwest São Paulo. Selon le chef du FP Bauru, Enio Bianospino, le soupçon est que la piste – utilisée à des fins agricoles par l’usine de canne à sucre – servait pour les atterrissages et décollages d’avions clandestins chargés de la drogue. Seul un membre du gang – Alexandre Magno Rodrigues, 39 ans, a été arrêté alors qu’il tentait de fuir à pied lors de l’échange de feu entre la police et les criminels. La police a déclaré qu’ils cherchaient toujours d’autres membres de la bande. Dans l’action de la police fédérale, les trafiquants ont abandonné 1,5 million de reals en espèces, qui étaient dans trois grands sacs. L’argent serait utilisé pour payer le stupéfiant. En plus de l’argent et du moteur unique, un pistolet de 9 mm – pour l’usage restreint des forces armées – était également localisé ».  L’avion, selon le registre aéronautique brésilien, n’avait plus de certificat de navigabilité en raison de l’inspection annuelle de maintenance (IAM) qu’il avait éludée.  Mais aussi « en raison des dommages subis dans incident qu’il avait eu auparavant« , selon un internaute venu commenter son arrivée.  La pratique consistant à transférer l’argent sale par voie aérienne est courante chez les trafiquants :  à l’aller l’avion amène la coke, au retour l’argent de le coke.  Ce qui nous permettra un peu plus loin de tomber sur un autre oiseau rare, un peu de patience…

Des trafiquants servis sur un plateau ?

En avril de la même année ce n’est plus un tracteur mais un camion à plateau plat qui emporte un autre Cessna (ci -dessous). Là aussi une vidéo est disponible, visible ici aux actulalités télévisées du 10 avril 2013.  L’avion est à nouveau un Cessna mais modèle 206 comme l’affiche fièrement son capot.  Il est immatriculé PT-KAD.  L’appareil est le Cessna U206F numéro de série U20602239 enregistré le 2 mars 2005 au Brésil.  S’il est ainsi rapatrié sur un camion-plateau, c’est qu’il contenait 400 kilos de cocaïne (ici à droite) !!!  Il a été découvert comme le précédent dans une travée de champ de canne à sucre, à Serrana, dans la région de Ribeirão Preto, à l’intérieur de l’Etat de São Paulo.

 


L’avion est bien d’origine, il a été vendu par Cessna directement de Wichita.  Il semble qu’en revanche il ait porté une autre livrée jusqu’en 2013, comme le montre le cliché pris parAlex Pelicer à l’Aéroport Prof. Eribelto Manoel Reino (São José do Rio Preto) le 23 mai de cette même année :  trop voyant, peut-être pour trafiquer ???  L’idée qui vient à l’esprit, plutôt, et plus logiquement; c’est que le Cessna aperçu sur le camion-plateau est donc bien un faux « KAD » !!!  Un clone de plus !

 

 

Réveil tardif des autorités

En 2014, en septembre, l’Etat du Minas Geiras se réveille; il semble bien. « Vingt-six personnes ont été arrêtées le matin du jeudi (25) dans le Minas Gerais, Goiás, Mato Grosso, Mato Grosso do Sul et São Paulo. En outre, 26 autres mandats de perquisition et de saisie ont été signifiés dans l’opération Navajo. Selon la PF (police fédérale), les personnes arrêtées faisaient partie d’une organisation criminelle active dans le trafic de drogue international et basé sur le Triangle Minier (Triângulo Mineiro). Et parmi eux, il y a trois trafiquants boliviens. Toujours selon la PF, il y a environ un an, le groupe avait déjà été étudié et, au cours de cette période, 22 trafiquants avaient été arrêtés, et plus de deux tonnes de cocaïne avaient été saisis. Ils apportaient la drogue de la Bolivie au Brésil en utilisant des avions qui ont atterri clandestinement en pistes rurales dans le Triângulo Mineiro et dans le sud du Goiás. Certains de ces appareils ont également été saisis lors de l’opération, un bateau d’une valeur de 300 000 dollars et des dizaines de véhicules . Comme le dit la PF, en plus de trafic de drogue, certains des suspects arrêtés seraient également impliqués avec d’autres crimes violents comme des homicides. Tous les détenus ont été emmenés à la prison de Jacy de Assis à Uberlândia. » parmi les saisies, on montre un hélicoptère, chose rare  : le PR-YFH, un Robinson R44 II (N°11351) bleu et argent. L’hélico a depuis été versé à la police nationale. Et la presse de montrer comme avion saisi le Cessna PT-JDO, un 210L (21060029) au nom de Joao Rocha De Matos depuis l’année précédente seulement (ci-dessus à droite).  En 2014 toujours, le Cessna PT-TFO, posé ici sur l’herbe, lui est un faux numéro complet (le vrai PT-TFO est un Embraer EMB-500 Phenom 100), et on ne sait pas exactement ce qu’il venu faire sur l’Aéro-Club du Monténégro après avoir décollé d’Eldorado do Sul, et avoir été saisi aussitôt par le Département d’Etat des stupéfiants (Denarc). Selon la police « En étant ainsi falsifié, il semble que l’avion ait été utilisé pour des activités criminelles. Nous croyons qu’il est dans le trafic de drogue ou la contrebande », explique le directeur de la recherche de Denarc, délégué Heliomar Franco. Le pilote et deux autres hommes ont été arrêtés, interrogés et libérés. Les trois viennent de Porto Alegre. Le pilote, retrouvé, avouera qu’il n’avait pas le permis de conduire des avions, affirmant être est un simple mécanicien.  » Selon le délégué, il sera déterminé dans quelle organisation criminelle appartient le trio. »  Le plus étrange étant que la police et la presse s’obstinaient en chœur à le décrire comme « immatriculé en Bolivie », ce que les images démentent totalement.

Un hélicoptère en héritage

Un hélicoptère, saisi dans le triangle infernal ??   Il y en a eu un autre.  Embarqué lui aussi sur un camion à plateau en septembre 2013. Un Robinson, saisi à Pompéu, dans le Centre-Ouest de la ville de Minas.  A cause du dérangement occasionné par l’appareil, piloté par un jeune fou-furieux, Felipe Ramos Morais, alors âgé de 26 ans, qui n’avait même pas de permis de voler et rasait les toits de la ville depuis plusieurs semaines déjà, mettant en fureur les habitants, lassés de ses vols au ras des toits.  L’hélicoptère était le PR-HDA, qui a un toute autre histoire derrière lui (j’ignore comment le jeune pilote avait pu hériter de l’hélicoptère)… car l’engin avait servi en effet à un pilote fort particulier, Tadeu dos Santos, arrêté en juillet 2012 à Picos (ici les trois larrons arrêtés, Tadeu est ici à droite), en transportant 187 kg de cocaïne base, plus des devises, depuis le Mato Grosso vers le Nord-Est.  Un transport effectué sous la direction d’un gang de New Bandeirantes, toujours dans le Mato Grosso.  Ce n’était pas son premier vol, loin de là. L’homme affiche un sacré CV en fait : entré dans l’Armée de l’Air à la fin de la dictature militaire, puis travaillant dans l’automobile en Irak pendant la guerre dans ce pays avec l’Iran (il y est resté 5 ans avant de rentrer au Brésil, où il est devenu  pilote d’hélicoptère faisant des démonstrations de vol dans les foires agricoles), il a un jour tenté de voler lui-même un hélicoptère, appartenant à un industriel, Jose Cláudio Valério… le 21 décembre 1999 avec une tentative de prise en main en plein vol, alors que Valério était lui-même aux commandes et froidement abattu en pleine tête par un ami de Tadeu dos Santos, placé derrière lui, dans l’appareil !!!  L’affaire ne s’étant pas déroulée totalement comme prévu au départ (parlez d’une tentative !), l’hélico s’écrasant au final avec les quatre occupants à bord ! Condamné à la prison, il restera 10 ans derrière les barreaux, profitant de son long séjour pour rencontrer sur place tous les gros bonnets de la coke, qui continuaient tous à gérer leurs petites affaires à distance.  L’occasion de sa faire mousser auprès d’eux sur ses capacités à éviter les radars en volant au plus bas.  A sa sortie il est donc logiquement recruté par un « riche paraguayen » (selon lui) pour effectuer des vols à très basse altitude à bord de son Robinson, du Paraguay au Nord-Est du Brésil, ce qui va devenir sa spécialité… pour plusieurs voyages fort rémunérateurs.  Sa réputation le perdra, en définitive : la police va finir par avoir vent de ses prouesses et en le mettant sur écoute a découvrir qu’il était surtout en cheville avec les membres du PCC, de Minas Gerais, ce que le concerné nie toujours farouchement du fond de sa cellule. De nouveau emprisonné, il semble aujourd’hui vouloir faire amende honorable… et a même laissé le plan de ses escapades au ras des cimes à la presse, dans une infographie visible ici montrant son dernier trajet du Sinop à Acopiara (de Sinop à Picos, il y a 1 628 km en ligne droite et l’autonomie maximale d’un R44 dépasse à peine 500 km à vide, il fallait donc prévoir une intendance de ravitaillement par étapes !) :

Le jeune homme désireux de l’imiter a repris après lui ses pirouettes, ayant été aperçu à Sorocaba aux commandes d’un Robinson R44, noir intégralement et immatriculé PR-MOB (ici à droite), soupçonné lui aussi de transporter des drogues dans la région de São Roque (en 2015 un autre pilote se dénoncera à sa place). L’homme demeure depuis sous l’œil de vigilants, qui ont découvert qu’il possède surtout depuis une compagnie aérienne à lui, baptisée GF Helicópteros. Une société dont le siège est dans la ville de Guaruja, où est mort devant un hôtel le trafiquant Wagner Ferreira da Silva, alias Waguinho, alors considéré par la police comme le leader du trafic de drogue à Guarujá note l’article qui évoque ses plus récents exploits. Selon ces mêmes vigilants, Felipe Ramos Morais, possède aujourd’hui deux appareils, un Beechcraft Bonanza A36, et un hélicoptère Robinson R-44. En 2013, le premier hélico, PR-HDA, avait refait des siennes : malgré un certificat de navigabilité (CA) annulé en raison du ratage de  l’IAM (l’Inspection Maintenance annuelle) depuis le 18 décembre 2010, il avait en effet redécollé aux mains de … Felipe Ramos Morais, sous le nom de GF Helicópteros, de Goiânia, effectuant en dehors de toute autorisation des vols touristiques au dessus de Sao Paulo ! A nouveau soupçonné de trafic de drogue, entre deux voyages touristiques, l’hélico avait été une nouvelle fois saisi pour expertise et emporté par un camion dépanneur de chez Dalat à Santa Fe do Sul (photo ici à gauche). Un camion plateau bien sûr !!!  Nul doute qu’on reparlera ici de lui, ou plutôt de son pilote… et même très bientôt, je pense ! Nota : le Robinson R44 PR-HDA, (N°0931 avait été enregistré au Brésil le 17 août 2010, c’était l’ ex N60SG. Il avait été exporté vers le 7 novembre 2008 par le dénommé Richard M. Forrest de Houston, Texas. L’homme possédait aussi un vieux Piper Comanche PA-24-400 de 1964, le N8526P.

Un « flag » à 447 kilos de coke

L’endroit qui devient le nœud du trafic principal s’est donc déplacé vers l’Est, et c’ est désormais le Triangulo Mineiro. D’où une surveillance accrue du secteur de la part des autorités. Après avoir longuement préparé leur coup, des agents de la police fédérale (UF) d’Uberaba et d’Uberlândia interceptent en flagrant délit le 8 mars 2013 un avion transportant de 447 kg de pâte de base de cocaïne, évaluée à 4 millions de reais.  « L’avion a été intercepté à Indianópolis (MG), à 63 kilomètres d’Uberlândia. C’était la quatrième – et la plus grande – saisie de cocaïne faite par PF depuis juillet de l’année dernière, impliquant des trafiquants qui utilisaient des pistes d’atterrissage clandestines dans les zones rurales du Triangle. Dans les quatre opérations menées dans les villes d’Indianopolis, Campo Florido, Uberaba et Prata, la police fédérale a saisi plus d’une tonne de cocaïne, ainsi que des armes, des véhicules et des avions utilisés par des membres de gangs ». En fait c’était une opération double pour les trafiquants , car deux avions étaient prévus. Le premier appareil est donc délaissé, pour se concentrer sur le second : bonne pioche, car le second emportait la charge record. Après un échange de coups de feu, le pilote du Piper-Embraer, Renato Antônio de Biasi, 56 ans, est tué lors de la fusillade; parmi les suspects, lors de l’enquête qui suit, on découvre des… policiers ainsi que des membres de la police militaire d’Indianópolis… Selon la police, le fameux Biasi n’était autre que celui qui était aux commandes de l’avion harponné par une voiture de la police, scène qui était restée célèbre et dont effectivement le pilote avait réussi à s’échapper dans une plantation de canne à sucre à proximité ! La police, une peu accablée, fait alors le bilan des derniers mois, en remontant le temps  :

  • 9 mars – 447 kg – à Indianapolis (MG), dans l’Embraer PP-EPT
  • 26 février – 115 kg – à Campo Florido (MG) dans un Cessna retrouvé embrasé.
  • 1er décembre – 230 kg – à Uberaba (MG), dans la maison des trafiquants.
  • 1er juillet – 250 kg – à Prata (MG) (voir plus bas).

Lors de la capture de l’avion dans l’Uberlândia, le responsable de l’enquête, Carlos D’Angelo, avait eu cette phrase significative : «Les enquêtes d’une durée d’un an ont conclu qu’ils effectuaient jusqu’à trois voyages d’avion par mois, et qu’ils pouvaient avoir transporté plus de 30 tonnes de cocaïne». Cette année, le PF du Triangle a fait trois incinérations de drogue, 90% de cocaïne. « Tu n’as même pas le temps d’attraper de la marijuana, avec toute la cocaïne que tu as, » dit Carlos D’Angelo,. »…

Pas le triangle des Bermudes, mais celui des mines !

Le ras le bol se fait sentir chez les policiers, en 2014, devant le nombre d’appareils retrouvés bourrés de coke… et ceux qui leur ont échappé. Voire ceux qui disparaissent dans ce fameux triangle infernal. « La cocaïne venue de Bolivie, de Colombie et du Pérou arrive au Triangle en avion, avec le Paraguay en escale. Du Minas, elle est distribué à d’autres états dans le sud-est et aussi à l’extérieur. Une seule organisation criminelle, désarticulée par la police fédérale le 26 octobre (2014), a avoué avoir trafiqué dans les cinq ans un total de 30 tonnes de cocaïne qui traversaient la région, soit trois voyages par mois. L’année dernière, ont été saisis dans tout l’État 2,067 kilos de cocaïne, mais seulement cette année, le Triangle de la police fédérale a revendiqué la circulation de 2 tonnes de médicaments et d’autres saisies 3 tonnes qui passaient par là et se trouvaient dans les pays voisins. Le Triângulo Mineir (ici à gauche en rouge et ici par rapport au Brésil dans son entier; c’est le pays du succulent « pão de queijo »)est devenu un entrepôt commercial de coca et de pulpe raffinée par sa situation géographique et parce que c’est une zone très plate, selon le délégué Carlos d’Angelo » (ici à droite en train de montrer les vestiges d’un avion saisi, les ailes démontées). « Les plantations de maïs, de soja et de haricots sont hors de vue, et il existe des carrefours routiers qui favorisent la distribution des marchandises dans toute la région sud-est du pays et vers l’extérieur. Selon D’Angelo, la distance par rapport aux grands centres urbains est également attrayante. Le triangle est à environ 500 kilomètres de Brasilia, Belo Horizonte et Sao Paulo, et à 700 kilomètres de Campo Grande (MS), ce qui facilite la distribution de la drogue, at-il dit. Malgré le succès des opérations, le délégué se plaint du manque d’agents pour travailler. Pour lutter contre le trafic de drogue dans 60 municipalités de la région, y compris Alto Paranaíba et Chapada Gaúcha, dans le Nord-Ouest Mineiro, leur commissariat de police a une moyenne inférieure d’un policier par municipalité ». Et l’article d’être illustré par les appareils tel le PT-ITU…. celui découvert dans son hangar, comme nous le verrons un peu plus loin et appartenant au gang de Gerson Palermo. … Mais le fameux triangle peut aussi s’avérer maudit pour certains trafiquants.  En 2012, un Cessna avec 200 kilos de pâte de cocaïne s’est écrasé à 30 km de Prata, dans le Minas Geiras. immatriculé PR-SMH; il gisait sur le côté, ailes détachées, ses paquets de coke éparpillés un peu partout.  Une image très parlante sur les risques encourus et pris par les trafiquants.  Et celle d’un avion bien connu (le 21060055) depuis 2012, puisque c’était aussi auparavant le PT-JBI… enregistré au Brésil dès le 26 novembre 2008.  A ce propos, il semble bien que l’appareil soit plutôt embarrassant, car son enregistrement, de JBI indique comme propriétaire « Taxi Aereo Indiv. Paulo R.Pinto », mais comme « opérateur « Secretaria Nacional Antidrogas Senad » !!!

Changement dans le chargement (ou le marché)

Quant à savoir si ça perdure… une seule image pour ça:  celle d’un avion suspendu à un bras mécanique de grue, le PT-EDJ (voir à droite), un énième appareil retrouvé à Bauru en 2015, toujours vautré dans un champ de canne à sucre (ici à gauche), et ayant servi au transport de drogues, mais cette fois pas de la cocaïne, mais tout un mélange de pilules diverses, en vogue aujourd’hui et très rémunératrices.  « Selon le chef adjoint du PF à Bauru (ou en 2012 avait été retrouvé un hélicoptère Robinson sans papiers officiels !)  Carlos Alberto Fazzio Costa, dans l’avion ont été trouvés 64 boîtes contenant des milliers de bouteilles et de pilules de divers médicaments, y compris les médicaments pour la dysfonction érectile (du Viagra !!), l’usage humain et vétérinaire d’anabolisants, des hormones, telles que testostérone, de la méthamphétamine et des compléments alimentaires. « Ce sont tous des drogues étrangères », dit-il. La source probable, selon lui, est le Paraguay ». Un homme avait été arrêté à l’occasion : « L’homme âgé de 49 ans, qui vit à Lençóis Paulista et dont l’identité n’a pas été divulguée, a témoigné au poste de police de la police fédérale (PF) de Bauru et, tout en refusant la participation à la cargaison saisie de l’avion, il a été pris  en flagrant délit de trafic de drogue, sur la base de l’article 273 du Code pénal. « En théorie, il était en place pour recevoir la marchandise », explique le chef du PF à Bauru, Carlos Alberto Fazzio Costa. Selon lui, la peine pour ce crime varie de cinq à dix ans de prison ». En fait il s’agissait d’une première : « le délégué dit que ce type de saisie n’est pas courant dans la région. « Nous avons déjà fait la saisie de la contrebande de produits électroniques et avons saisi des drogues ensemble. Maintenant, une charge exclusive de drogue, de ce type de produit, c’est la première fois », a-t-il précisé.  Il existe bien un avion ainsi immatriculé, le N°721006 chez les Embraer EMB-721C, enregistré au Brésil en 2003.  Le problème, c’est qu’il n’avait pas le même look… ni les mêmes antennes : un avion cloné de plus !!!  Rappelons que c’est aussi à Bauru qu’avait été intercepté en 2012 le PT-EXO, un Embraer EMB-721C Sertanejo, lui aussi, resté sur place depuis.  A l’époque, il était chargé d’appareils électroniques de contrebande, pas de pilules de Viagra !

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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Coke en stock (CCV) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (40)

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