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Coke en Stock CCLXXXVIII : début 2020, la plus grosse prise du pays au Bélize

Le défilé est devenu incessant au Belize, comme on l’a constaté au fil des épisodes précédents.

Mais décidément on n’avait encore rien vu à-bas. Un record est en effet battu en mars dernier avec la plus grosse prise de cocaïne jamais faite dans le pays. Sans trop de surprises, elle a été amenée par un jet, un  Gulfstream cette fois…  Il avait été précédé d’un autre avion du même type, retrouvé vide celui-là, en février. Le hic pour le recordman étant qu’il appartenait à un homme déjà condamné pour trafic de coke voici 13 ans déjà à Cleveland, aux USA…

Le 22 janvier 2020, dans un endroit appelé Rhaburn Ridge, près de Crooked Tree et de la Philip Goldson Highway (longue de 153 km, elle joint Belize City à Corozal, au nord), un énième appareil s’est posé de nuit. Au lendemain matin, on le découvre, intact et plutôt impressionnant, comme on peut le voir :

Celui-là est resté en effet tel quel, en tout cas. Les riverains l’avaient entendu tourner cette nuit-là avant qu’il ne se pose. Il est bien entendu vide. Le terrain est plat et ne paraît pas trop humide, ce qui n’empêche le chef de la police, Chester Williams d’en sortir une bonne comme à son habitude pour tenter de justifier un énième ratage  : « nous avons depuis déployé nos officiers dans la région et ce n’est pas un endroit facile à atteindre; c’est un terrain extrêmement accidenté. Nous avons obtenu l’information, nous nous sommes mobilisés et nous n’avons pas pu arriver dans la région à cause du terrain boueux. Tous les véhicules de police finissent par s’enliser et ce sont des véhicules à quatre roues motrices. Et ils n’ont pas pu se rendre sur les lieux. » En fait, cette explication plutôt oiseuse sur l’état véritable du terrain où le Gulfstream, à l’endroit où il est s’est posé sans s’enliser, cherchait à dissimuler quelque chose qu’une simple recherche sur Google Earth démontrait facilement. Le point d’atterrissage donné par la police sur GPS est faux d’une bonne paire de kilomètres. Le vrai se situe plus au nord, et c’est tout simplement une piste clandestine connue, puisque l’on y a fait exploser des charges il y a quelques années déjà pour creuser des trous pour empêcher son usage. On les distingue pleines d’eau sur Google Earth quand on remonte dans le temps ! Cette très longue piste a donc tout simplement été rebouchée et c’est très certainement pour cela que Williams a inventé la fable de ses 4×4 enlisés.

Une piste qui a été détruite au moins en 2011, dès sa mise en service il semble. En janvier 2018, tous les trous n’avaient pas encore été rebouchés. Or l’avion qui s’y est posé fait plus de 16 tonnes à vide (16,743 sur le document Panjiva à consulter ci-dessus à droite !), et pour réemployer la piste il n’a donc pas fallu se contenter d’y reverse de la terre dans les trous causés. Visiblement, des engins de terrassement ont visité les  lieux avant. Comment ont-il été amenés là, on l’ignore, car il n’y en a plus trace non  plus.

Ce poids de l’engin on le connaît grâce à un document particulier du  14 mai 2015 comme on va le voir (ci-dessus à droite et ici plus lisible); retrouvé également en cherchant dans l’histoire de ce gros visiteur du soir. Un autre cliché fourni par l’armée est une vue prise d’hélicoptère du pays (un des trois de l’époque) qui montre un avion à winglets et une piste.. sèche, dans laquelle l’appareil s’est relativement peu enfoncé. Des complotistes iront jusqu’à transformer le flou du plexiglas tâché de l’hélicoptère en « flou » en poussière censée montrer l’avion en train de décoller ou de se poser, alors qu’il était toujours fixe. Ou bien diront ne pas comprendre que la police ait pu après « agrandir » la piste… pour lui permettre de redécoller, ce qu’il semble avoir réussi à faire depuis.

Car il ne faut beaucoup de temps à nos fins limiers de Cent Papiers pour restituer qui se cache derrière cet engin qui affiche bien une immatriculation que l’on s’obstine encore une fois à ne pas vouloir montrer et qui semble être en « N3 quelque chose ». En réalité », notre oiseau de nuit est le Gulfstream XA-CVS, ex XA-UEC d’Aérer Dorado SA de CV Melchor Ocampo, qui était auparavant N868AG.

Il a en effet derrière lui une belle carrière derrière de vieux briscard des cieux avec ses 19 immatriculations :  il est allé chez Santa Fe Transport dans les années 80 et a démarré… togolais en 1976, sous le numéro 5V-TAC  (ci-dessus à droite). Il est resté en bon état comme on peut le voir ici avec la photo de son intérieur. Comme on peut le remarquer, notre togolais avait reçu entre temps des Winglets, mais ses réacteurs étaient toujours restés les mêmes, connus pour leur intense sortie de fumée et leur bruit énorme lui interdisant de voler en Europe, notamment.

Ou plutôt ses enveloppes de réacteurs. Car celles-ci n’ont pas encore été dotées d’un « hush-kit » un dispositif destiné à faire moins de bruit, justement  et à leur donner au passage des inverseurs de poussée efficaces. C’est Blue Sky Group Inc installé à Hayvenhust Avenue Van Nuys, en Californie, l’avant dernier propriétaire, avant les mexicains, qui l’a fait installer, sur le document de Panjiva décrit plus haut, qui donne le poids de l’avion, mais aussi sa valeur d’alors, estimée … en 2015 à 1,800 000 dollars encore !!! Celui-là avait été retrouvé vide, on l’a dit, mais ça n’est pas le cas du suivant, car celui que l’on vient de voir n’a pas été le dernier, hélas…

L’avion du record, revendu à un trafiquant… par un ex-trafiquant !

Le 8 mars 2020, c’est à nouveau une annonce similaire, mais avec une différence de taille : cette fois l’avion, encore un vieux Gulfstream, a été retrouvé plein de cocaïne. Et quand je dis plein, c’est plein : une photo prise à l’intérieur (ici à droite), avant que l’on ne descende de sa coupée les sacs de toile contenant les sachets de chaîne remplissent en effet l’intégralité de sa carlingue qui a été débarrassée de ses sièges !

L’appareil, débarqué dans un endroit semblant plutôt désert n’est pas un engin neuf, loin s’en faut, c’est un Gulfstream II encore doté de réservoirs de bouts d’ailes pour augmenter son rayon d’action et d’une belle cloison sur la même aile ; un avion datant de la fin des années 70, un Gulfstream G-1159 (type G-IITT, Ben Laden en a possédé un, étudié ici). Il dispose également toujours de ses vieux Rolls-Royce Spey RB.168 Mk 511-8. Bref, c’est encore un avion qui ne vaut plus grand chose sur le marché et que l’on a envoyé là effectuer une ultime mission: livrer sur place 69 paquets de toile, dans lesquels il y a au total 2070 paquets de cocaïne, soient deux tonnes au total. C’est la plus grosse saisie jamais faite dans le pays ! La communication de la police via Chester Williams se veut (on s’en doute) triomphante, mais encore une fois ça coince.  Il indique que la saisie n’a pas été due au hasard (mais aucun pilote ou trafiquant n’a été coincé, cela ne change pas des habitudes) car l’avion avait été « suivi » depuis son décollage… du Venezuela.  Il indique en effet « qu’il y a également eu une collaboration avec un autre pays voisin (nota : ce ne peut être que le Mexique en ce cas) qui a suivi l’avion lorsqu’il est entré dans notre espace aérien, et ce pays a déployé une ressource aérienne tout en surveillant l’avion. L’équipe s’est déployée dans la région et, à leur arrivée, ils ont vu l’avion à réaction GII intact, mais abandonné, et ils ont également vu des traces de véhicules, ce qui semble indiquer que l’équipage s’est enfui dedans.
La zone a été soigneusement fouillée, mais l’équipage s’est échappé »
affirme-t-il.

En fait, il a encore une fois oublié de préciser une chose essentielle, dont les béliziens s’aperçoivent dès le lendemain matin en ouvrant leurs téléviseurs : ils découvrent en effet une animatrice débarquée sur place et qui explique un peu la même chose, mais à un moment la caméra se tourne et à quelques dizaines de mètres de l’avion arrêté ici à gauche), fait un zoom sur l’empennage d’un avion qui a été incendié sur place et qui semble être un Cessna 401, d’après le gouvernail resté intact (ici à droite). La zone est celle d’un aire d’atterrissage archi connue, une grande piste, hyper-visible de Google Earth. Et celle-là a été laissée intacte par l’armée à ce que l’on peut constater !!!

La police a également trouvé deux fusils de calibre 5,56 M16, près de l’appareil. Quant à la drogue, pas difficile d’imaginer par où elle aurait pu rapidement s’échapper : la zone d’atterrissage communique à peine à 500 mètres de là avec une lagune qui se déverse dans l’Atlantique, côté Est, et vers l’autoroute de la Coastal Highway à moins de 3 kilomètres à l’Ouest !!!

A ne pas très bien comprendre alors qu’une police, pourtant mise au courant du suivi de l’avion, n’ait pas réussi à rejoindre plus tôt par autoroute cette aire si visible de partout !!! Mieux encore :  à 20 km à peine au nord-ouest se trouve le petit village de Mahogany Heights que l’on peut joindre par route.

Reste à trouver quel avion c’est. Comme il a gardé sa parure d’origine, qui n’est pas blanche mais crème, on retrouve assez  vite l’engin, dont on a effacé à la va-vite l’immatriculation sans en remettre une à la place. C’est en fait le N311BD, parmi les vieux G II, vu ici parqué à Therma en Californie en octobre 2017.  

On retrouve aussi ses documents et même son dernier vol avant sa capture. Il a été effectué de l’aéroport Jacqueline Cochran Regional, de Riverside County, en Californie, à celui de Querétaro au Mexique le 22 décembre 2019, sur une distance de 1320 km pour 172 minutes de vol, en consommant 1660 gallons, soit 6280 litres de kérosène.

Il venait alors d’être vendu par Heriberto Calderon Gastelum à Aircraft Guaranty Corp Trust (1), désormais en Oklahoma, pour en faire un propriétaire anonyme certainement… mexicain. Encore une vente anonymisée, le grand scandale derrière toutes ces manigances !!!!

Problème : le dénommé Heriberto Gastelum-Calderon avait déjà été arrêté le 12 décembre 2007, en compagnie de Pedro Alvarez Corral et de Delphin Feliciano Perez après une saisie de 14 kilos de coke (pour 2 millions de dollars) et plus de 80 000 dollars en espèces dissimulés dans un camion customisé équipé de compartiments cachés servant à dissimuler la contrebande. C’était à la suite d’une enquête commune du chef de la police de Cleveland, du shérif du comté de Cuyahoga, du FBI de Cleveland et du groupe de travail du HIDTA (High Intensity Drug Trafficking Area), dirigé par le procureur Greg White. Selon lui, il appartenait à deux organisations différentes du Cartel de Sinaloa. Comment avait-il pu après ça s’acheter un tel appareil sans alerter l’administration US ? L’avion apporteur de cocaïne à Belize avait été revendu à un narco-trafiquant par… un ex-trafiquant !!! Un comble !

 

(1)*http://www.aviationdb.com/Aviation/Aircraft/3/N311BD.shtm

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

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