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Coke en stock CCLXXXVI : de l’Equateur à Belize, il y a plusieurs tonnes de coke

Il nous faut aussi évoquer l’Equateur, maintenant, qui a pour voisin deux pays producteurs principaux de cocaïne, le Pérou et la Colombie.  Autrement dit un relais parfait et privilégié de diffusion pour ces deux pays. 

 

Nous allons aujourd’hui découvrir ses liens privilégiés et aériens avec le Belize, ainsi que l’implication de son ex-président avec le monde des trafiquants, ce dont on se doutait un peu, mais dont on a la preuve aujourd’hui.

 

Parmi eux, les Farc, bien sûr, dont on a oublié ou carrément escamoté durant toute une période le fait que leur principale ressource financière, en dehors des prises d’otages, était le commerce de la cocaïne… (1)

 

Le 10 septembre 2019, avant l’arrivée de quatre gros chargements de cocaïne, dont un qui va devenir le recordman toutes catégories des saisies du pays, un événement crucial va se produire au Belize. C’est l’arrivée plutôt classique désormais (et de nuit) d’un énième Beechcraft 200 sur une piste clandestine située sur la Belize Coastal Road, à environ 7 miles à peine de la limite du Belize District. Une scène (hélas) devenue ordinaire ces derniers temps.

 

Cette fois, la police a été avertie par un pays étranger, il semble (Mexique ou USA, on ne sait exactement), qui a évoqué la possible arrivée d’un appareil ayant décollé la veille du Venezuela.

L’appareil avait été traqué visiblement durant tout son trajet par des avions de surveillance.  En somme, celui-là, on avait décidé de le coincer dès le départ, signe que l’on possédait de bons renseignements sur lui, très certainement, ou plutôt sur ses occupants comme on va le voir (ils avaient été mis sur écoute, c’est évident et très certainement par la DEA depuis un bon bout de temps).  On disposait d’un gros dossier à l’encontre de ses occupants, comme on va s’en apercevoir. C’est en fait la première arrestation importante depuis des années d’un avion de cette taille par la police bélizienne !!! Une première qui se résume à 6 personnes arrêtées, dont deux blessées par balle après un échange de tirs ce soir-là et un lot  conséquent de près d’une tonne et demie de cocaïne (1340 kilos exactement, d’une valeur de plus de 206 millions de dollars, répartie dans 41 grands paquets, cf ici à droite). La police cite au départ deux noms seulement, ceux des pilotes, un équatorien et un mexicain. Le second est un pilote chevronné de  la société aérienne officielle Tamaulipas, alors à la retraite, âgé de 69 ans, appelé Miguel Cruz Meseguer, le premier, son copilote, est Juan Pablo Larrea Cruz âgé de 43 ans, pilote commercial alors en activité (tous deux dans le pick-up à gauche). Les autres faisant partie d’un comité d’accueil arrivés dans deux gros pick-up pour décharger la marchandise à bord. Les deux blessés s’appellent Аllаn Yоvаnі Мејіа Сhіrіnоѕ, 31, de Ѕаn Реdrо Ѕulа, Соrtеѕ, au Ноndurаѕ, et Nоrlаn Јоѕе Саrrаѕсо Lореz,  50 ans, lui aussi de Ѕаn Реdrо Ѕulа. Les autres sont Dаvіd Nое Оrеllаnо Dіѕсuа, 30 ans un autre hondurien encore, de Sans Реdrо Ѕulа, avec Саrlоѕ Нumbеrtо Неnrіquеz Gоmеz, 51 ans. Une équipe internationale, à dominante hondurienne (les véhicules ont aussi des plaques du pays), et pas un seul bélizien comme on peut s’en apercevoir. Comme d’habitude, la police affirme que l’avion s’est posé dans une propriété privée et que son propriétaire n’y est pour rien : elle a l’art de disculper à une vitesse toujours aussi phénoménale.  Et ce d’autant plus que selon les riverains cette piste clandestine était utilisée depuis au moins 2010 ! L’appareil ne portait aucune marque extérieure d’immatriculation. En fait si, mais elle avait été masquée par un large autocollant blanc qui la recouvrait. Là aussi c’est une première : habituellement, il y en a une, fausse d’affichée, comme on l’a va moult fois ici.

Le frère du copilote arrêté, Eduardo Javier Larrea Cruz (ici à droite au milieu de la photo, son frère, barbu, à sa gauche aux côtés de leur avocat), est de loin la plus belle prise du lot de la police : c’est en effet l’ancien directeur de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) de l’Équateur dans l’administration du président Rafael Correa, déjà placé dans le collimateur de la justice et de celle des USA, à travers l’opération « Mega Avalanche 24 » de juin 2019, qui avait permis l’arrestation de huit autres personnes impliquées dans un réseau de trafic de drogue équatorien remontant jusqu’à… Raphael Corra, le président (qui à l’époque possède des admirateurs il est vrai, qui admirent tant son « prénom angélique », un  « jeune président qui a été élevé et a grandi dans la foi chrétienne « ) ! Voilà qui explique mieux pourquoi cet avion particulier avait été autant suivi : il menait directement au président d’un pays impliqué lui aussi dans le trafic de drogue !!!

C’est un enquête remarquable menée par le journaliste d’investigation  d’Univisión, Gerardo Reyes, qui avait permis de remonter toute la filière.  Ses recherches pointilleuses, l’avaient décrite en détail en épluchant d’abord les nombreux aller-retours d’un vieux Gulfstream, une constante de ce trafic et un repère à suivre en effet : « après plusieurs mois d’enquête, la chaîne de télévision nord-américaine Univisión a achevé et confirmé l’enquête en cours, depuis le bureau du législateur Cléver Jiménez, sur l’avion Gulfstream immatriculé aux USA N378MB, qui aurait transporté des passagers entre l’Équateur et Miami, New York, Argentine, entre autres pays, dont les noms et les visages n’ont pas pu être révélés sur ordre exprès de la société propriétaire du navire, Sky Jet Elit Corp. Cela a été démenti par les porte-parole de la société ». Comme quoi à-ça sert de les pister, ces jets de VIPs, exactement ce que l’on fait aussi ici depuis dix ans maintenant !!!

Le Gulfstream de secours des frères Ostaiza

Je vous avais expliqué en partie cela en 2017 : tout avait démarré plus tôt, le 20 octobre 2007, avec la capture de sept trafiquants et de pas moins de 3,7 tonnes de cocaïne dans la province septentrionale d’Esmeraldas, en Equateur, lors de l’opération appelée Huracán Verde, qui avait été une réussite. La drogue, qui avait été dissimulée dans des réservoirs souterrains d’eau, appartenait aux frères Ostaiza (ici à droite Jefferson Omar Osteiza), des équatoriens en liaison avec des cartels mexicains, dont celui de Sinaloa, et donc d’El Chapo. Or au moment de l’arrestation des trafiquants et de la saisie des 3,8 tonnes de coke, un Gulfstream avait quitté rapidement l’aéroport de la Tachina, dans la même province d’Esmeraldas, pour s’envoler vers Acapulco.  Et auparavant, l’avion, un Gulfstream type G-1159, de la compagnie « Empresarios del Calzado S.A« , parti de Mexico, était resté treize jours à Quito, dans un hangar de la base aérienne de l’armée de l’air équatorienne (Fuerza Aérea Ecuatoriana) :  étrange localisation pour un narco-avion !!!

L’intention des trafiquants, selon la DEA, était d’emporter au Mexique les frères Ostaiza, une tentative que l’opération Huracán Verde avait semble-t-il empêchée.  Les mexicains, alertés, avaient inspecté l’avion à son arrivée et demandé des explications à l’Equateur, à savoir à… Eduardo Larrea, qui n’avait pas alerté le sous-secrétaire du transport aérien Guillermo Bernal Serpa, mais directement le président Correa, qui visiblement avait enterré vite fait l’affaire…  La DEA avait également remarqué que fort peu de temps après cette aventure embarrassante, Larrea, avec son frère Juan Pablo avaient mis en place une école de l’aviation à Santo Domingo de los Colorados, appelée « Sky Ecuador » (ici à gauche sa publicité de recrutement).  Juan Pablo et sa mère María Cruz devenant tout aussi rapidement les dirigeants de Sky Jet Elite, installé… aux États-Unis, en Floride.  Pour la DEA, c’était évident :  Sky Jet Elite, créée dans l’urgence servait de paravent aux activités illicites des frères Larrea. L’enquête qui avait suivi le vol express du Gulfstream avait montré en effet que les frères Ostaiza étaient en relation directe avec le sous-secrétaire du gouvernement de l’époque, José Ignacio Chauvín, qui a fini comme on le sait en prison, accusé d’avoir été en cheville avec les FARC.  Avant d’être livré début 2009, par décision express du  président Correa… « Larrea a confirmé que Chauvín était son conseiller et a servi sous lui pendant quatre mois en 2007.  Larrea a également déclaré que, à une occasion, il a rencontré personnellement Raul Reyes, numéro deux des FARC, mais cette réunion avait été autorisée par le président de l’Equateur, Rafael Correa ».  El Chapo s’intéressait aussi à l’Equateur, c’est évident.  En photo, José Ignacio Chauvín et Jefferson Ostaiza, à San Lorenzo del Pailón. «

L’implication présidentielle datait de 2007 déjà 

Un texte paru sur Facebook et signé d’Emilio Palacio nous en apprend énormément sur ce qui s’était passé exactement en Equateur et nous précise que cela remontait à bien avant encore : « le 20 octobre 2007, la police équatorienne a capturé sept personnes et 3,8 tonnes de cocaïne dans la province septentrionale d’Esmeraldas. L’opération Ouragan Verde, comme on l’appelait, a été l’un des succès les plus retentissants de la police équatorienne à cette époque. La drogue, qui était stockée dans des réservoirs d’eau souterrains, appartenait aux frères Ostaiza, qui purgent aujourd’hui une peine de prison et qui, à cette époque, ont commencé à nouer des liens avec les cartels mexicains. A cette époque, personne n’a remarqué qu’à peu près au même moment un jet Gulfstream (similaire au Sky Jet Elite capturé par la DEA) était parti de l’aéroport de Tachina, dans la même province d’Esmeraldas), à destination d’Acapulco, Mexique . Mais la police mexicaine le regardait et dès qu’il a atterri, ils l’ont saisi. Puis plusieurs irrégularités sont apparues. L’avion avait initialement volé du Mexique à Quito, où il a atterri sans l’autorisation des autorités. Là, il est resté treize jours, étrangement, dans un hangar de la base aérienne de la Force aérienne équatorienne. Pendant ce temps, le CAD lui a accordé l’autorisation qu’il n’avait pas, « légalisant » irrégulièrement sa présence dans le pays ».  Un preuve extraordinaire de l’implication d’un Etat dans le trafic d coke !!! 

A droite, le câble de Wikileaks du 10 février 2009 déclarant en effet Ignacio Chauvin en cheville avec Paul Reyes des Farc. Plus loin le même câble évoquant sa carrière : « il a été le chef Mouvement politique de la Patrie fière et souveraine (PAIS) du président Correa dans la Province de Pichincha et sous-secrétaire du gouvernement et de l’Intéreur alors que Gustavo Larrea était ministre du gouvernement. Le 29 janvier (2009), un mandat d’arrêt a été délivré par un tribunal de Province de Guayas alléguant que Chauvin a négocié des contrats selon le GOE (la police nationale, les Grupo de Operaciones Especiales) y compris les transactions pétrolières, avec les frères Jefferson, Edison et Miguel Ostaiza, actuellement sous enquête pour trafic des Forces armées révolutionnaires de colombie (FARC) aux États-Unis et le Mexique et pour blanchiment d’argent. » A l’histoire de la coke se mêle en effet une sombre histoire de vente de pétrole alors interdite par un embargo décrété (je vais y revenir dans le prochain épisode). Autrement dit, la coke est alors considérée comme un produit industriel, au même titre que le pétrole, par les participants à cette affaire !!!

« Ensuite, l’avion s’est envolé pour Tachina. La police a par la suite déduit que leur intention était probablement de récupérer la drogue auprès des frères Ostaiza, mais que l’opération Hurricane Verde avait empêché l’opération. L’avion a dû décoller sans ses marchandises à destination d’Acapulco, mais avec cela il a commis une deuxième illégalité, car Tachina n’est pas un aéroport autorisé pour les vols internationaux. Cependant, le CAD a, de façon surprenante, accordé le permis. Lorsque la presse mexicaine a rapporté le scandale, le gouvernement a ordonné une enquête au directeur du DAC d’alors, Eduardo Larrea. Il ne l’a pas remis au sous-secrétaire au transport aérien, Guillermo Bernal Serpa, selon le cas, mais directement au président Correa, qui à son tour l’a conservé précieusement sous clé. Bernal a affirmé qu’il avait été ignoré et a demandé que le rapport soit rendu public, mais personne ne lui a prêté attention. Jusqu’à aujourd’hui, le rapport est resté secret. Quelques jours plus tard, Larrea (qui jusque-là n’avait pas fait de carrière significative en tant qu’homme d’affaires de l’aviation) a quitté le DAC et crée avec son frère Juan Pablo (qui travaillait comme assistant de cabine dans une entreprise privée), une école d’aviation à Santo Domingo de los Colorados, Sky Equateur. Leur succès semble avoir été immédiat, car peu de temps après, Juan Pablo et sa mère María Cruz sont apparus comme cadres de Sky Jet Elite, en Floride, aux États-Unis. Des enquêtes après l’opération Hurricane Verde ont lié les frères Ostaiza au sous-secrétaire du gouvernement de l’époque, José Ignacio Chauvín, qui s’est retrouvé en prison. Début 2009, le président Correa a présenté ses excuses pour le scandale Chauvín, qui a été rapidement libéré. La sœur du président de l’Équateur, Pierna Correa, s’est entretenue au moins une fois, à la prison de Guayaquil, avec l’un des Ostaiza…. » On en a gardé une fort surprenante photo, en train de discuter entre bons amis… (ici droite).

L’ordinateur portable de Reyes avait parlé

En fait cela faisait pas mal de temps que l’on savait ses liens de l’Equateur avec les FARC, dont la cocaïne était le second revenu, ce que l’on a longtemps ignoré ou ne pas voulu voir. Selon Insight Crime en effet, « d’autres accusations de liens entre l’administration Correa et les FARC auraient été contenues dans les ordinateurs portables et les disques durs trouvés dans le camp de Reyes après le bombardement ».
« Celles-ci contiendraient des preuves accablantes de liens entre les FARC et le gouvernement équatorien, soutenues plus tard en partie par les conclusions de la commission Angostura. Certaines des accusations les plus graves retranchées des ordinateurs portables concernaient le ministre de la Sécurité Gustavo Larrea et son adjoint Ignacio Chauvin. Dans une lettre datée du 18 janvier 2008, Raul Reyes aurait écrit qu’il avait rencontré Larrea (à qui les rebelles avaient donné le pseudonyme de «Juan») et avait parlé de resserrer les liens avec la guérilla. Larrea aurait proposé à Reyes de remanier le commandement militaire et policier près de la frontière, remplaçant des officiers «hostiles» par des officiers qui n’interféreraient pas avec les activités des FARC. »
On ne pouvait être plus clair : le gouvernement Correa soutenait bien ouvertement les Farc. Les USA le savaient déjà.  Les conversations par satellite de Reyes étaient déjà espionnées par les américains via les vols au-dessus de la jungle de leur CazyHawk RC-7B, un quadrimoteur Dash venu de Fort Bliss, bourré de détecteurs (ici à gauche) . L’analyse de ses trois ordinateurs portables, ses deux disques durs LaCie et de ses clés USB (ici à droite) ne fera que les confirmer. Rappelons que les trois otages US retenus par les Farc avec Ingrid Bétancourt étaient des pilotes et des techniciens d’un Cessna 208 lui aussi bourré d’électronique qui s’était crashé ou avait été abattu par les Farc. Ils travaillaient pour California Microwave Incorporated (CMI), une annexe de la CIA…

« Larrea a admis avoir rencontré Reyes, mais a déclaré que cela avait été fait en connaissance de cause avec le gouvernement colombien, afin de discuter de la libération des victimes d’enlèvement. Néanmoins, Correa a limogé Larrea de ses fonctions. » Ci-dessus le contenu du fameux CaryHawk avec les postes de ses observateurs.

Les yeux doux aux Farc

« Le vice-ministre de la sécurité, Chauvin, a également été accusé de liens avec les FARC, après avoir reconnu avoir rencontré fréquemment les frères Ostaiza, Jefferson, Miguel et Edison. Les trois faisaient partie des principaux trafiquants de drogue en Équateur et faisaient fréquemment affaire avec le principal contrat de drogue des FARC en Équateur, Oliver Solarte (tué en mars 2011). Un des principaux contacts politiques internationaux des FARC, Nubia Calderon, était également lié à plusieurs responsables de l’administration Correa. Elle s’est échappée des bombardements qui ont tué Raul Reyes et, avec l’aide présumée de l’Équateur, a trouvé l’asile politique au Nicaragua. Elle a écrit un courrier électronique à Reyes en 2006, demandant à rencontrer le général à la retraite René Vargas Pazzos, qui lui aurait également écrit une lettre de référence en 2003. » Un câble de l’ambassade de Pazzos, (le N°95515) alors ambassadeur à Caracas est sans ambiguité sur ses liens étroits avec Reyes. Et sur le rôle du pétrole vénézuélien… en Equateur : « les contacts de Vargas avec Chávez sont directs et personnels, et Vargas a présenté Chávez au ministre des Finances de l’époque, Rafael Correa, en 2005. « Ici, certains soupçonnent que Vargas était le responsable de l’argent du gouvernement du Venezuela pour la campagne Correa. » À plusieurs reprises, le général a nié sa participation à tout lien illicite avec le Venezuela et les FARC; cette dernière a toutefois été signalée dans le rapport de la commission Angostura. En tant qu’administrateur militaire des ressources pétrolières, Vargas s’est fait le champion d’un plus grand contrôle de l’État dans ce secteur stratégique, comme au Venezuela. Cherchant clairement à se faire valoir à l’avance à Caracas, Vargas a déclaré dans plusieurs interviews que la direction de Chávez était légitimement soutenue par les électeurs vénézuéliens lors de six élections. » Convenant que Chávez était le « leader absolu » du Venezuela, Vargas a demandé rhétoriquement: « Ne serait-il pas merveilleux que l’Amérique du Sud se joigne en tant que puissance mondiale? » écrit El Comercio le 23 mai 2011. Les USA n’appréciant pas du tout l’individu, indique le même câble : « Nous sommes très heureux de ne pas avoir Vargas comme ministre de la Défense et de le voir sur le chemin de Caracas, bien en dehors du groupe interne « , indique le télégramme envoyé à Washington. Dès que Correa a remporté l’élection, les responsables américains ont fait part de leurs inquiétudes quant à une éventuelle nomination de Vargas à la tête de la défense, ce qui a été écarté par le président. Avec un tempérament renégat et très familier « avec ceux impliqués dans la » pétro-corruption », Vargas est spécialement préparé pour être l’envoyé de Correa à Chávez », dit le câble. À la fin des années 80, les fonctionnaires de l’ambassade ont qualifié Vargas de « flatteur intrigant », soulignant sa nature ambitieuse et tortueuse  « Pendant les dictatures militaires des années 1970, il a astucieusement planifié des emplois au CEPE. » Vargas a été ambassadeur jusqu’en 2009 et a quitté ses fonctions après que ses contacts avec les membres des FARC ont été connus du public ». Avec lui, en tout cas, l’entente Venezuela-Equateur était en marche ! A droite une photo terrible pour Rafael Correa : il est ici en présence de gauche à droite de José Antonio Aguilar Orozco, narcotrafiquant, de Darwin Stalin Gomez Velez, alors en cours d’instruction pour trafic et Edgar Fernado Sandoval Puga, narcotrafiquant lui aussi. Difficile de faire pire… comme relations !

Equatoriens mais aussi Honduriens

On l’a vu, un bon nombre de personnes impliquées dans l’affaire du Beechcraft viennent du Honduras. Le quotidien La Prensa en septembre 2019 a retrouvé le foyer de trafiquants établis dans le pays, tous installés dans de luxueuses villas qui ont été perquisitionnées. Le réseau est bien international, et c’est aussi pour cela que lutter contre s’avère difficile. « Les enquêtes menées par l’Agence technique pour les enquêtes criminelles (Atic), qui a exécuté l’opération Sky, établissent que des Honduriens capturés au Belize avec une cargaison de cocaïne se rendent dans cette région depuis 2017. Les prisonniers honduriens au Belize sont Jacobo Yovani Mejía García (chef du réseau du trafic au Honduras), Terencio Cruz Mejía, Allan Yovani Mejía Chirinos, Carlos Humberto Henríquez Gómez, David Noé Orellana Castillo et Norlan José Carrasco López. Les enquêtes d’Atic indiquent que les Honduriens se sont rendus jusqu’à 10 fois par mois au Belize. Le groupe de Honduriens était lié à l’organisation criminelle d’Équatoriens qui travaillait avec le cartel de Sinaloa et se consacrait au transport de la drogue dans des avions légers de la compagnie Sky Jet Elite, propriété des frères Larrea Cruz (…). Le groupe de Honduriens s’apprêtait à recevoir une cargaison de 1 347 kilos de cocaïne que l’Equatorien Larrea et le Mexicain Miguel Cruz transportaient dans un petit avion. À cette fin, des membres de la structure criminelle ont voyagé du Honduras le 6 septembre le long de la frontière de Corinthe. Mais le 9 septembre, ils ont été capturés alors qu’ils s’attendaient à décharger l’avion piloté par des étrangers. Les enquêtes détaillent les déplacements fréquents des dirigeants et de certains membres du groupe hondurien, qui sont partis par avion et par les frontières terrestres de Corinto et El Florido à destination du Guatemala puis du Belize. Les voyages les plus fréquents ont été effectués en 2018 ainsi qu’en 2019 au cours desquels ils se sont rendus au Belize jusqu’à 10 fois par mois et même les principaux membres avaient leur résidence au Guatemala où ils ont enquêté sur des biens ». En photo, deux exemples des luxueuses villas édifiées par les trafiquants. Dix voyages par mois au Belize : le pays, on l’a dit, était devenu un vrai porte-avions à cocaïne !

Remonter jusqu’au plus haut du pays, le trafic vers l’Espagne

 

Le magazine Plan V en décembre 2018 nous a livré un tableau apocalyptique de ce trafic, avec des ramifications directes en Europe qui étaient assez terrifiantes car des migrants avaient été impliqués à leur insu dans le trafic, via une association humanitaire détournée ! « L’opération Resurgir a été effectuée le 27 septembre 2011, lorsqu’une unité anti-stupéfiants de la police, grâce à une plainte d’un citoyen identifié comme «Joselo», a capturé plus d’une tonne de cocaïne sur une propriété près de l’aéroport de Tachina, à Esmeraldas. L’un des principaux responsables n’était ni plus ni moins que le commandant de la police d’Esmeraldas, le général Galo Alfredo Carrera Vizuete, qui avait été détenu avec d’autres membres du gang. La police espagnole a averti la police nationale de cet événement avant l’appel « Joselo ». Des agents espagnols étaient sur la piste de cette affaire. L’un des premiers personnages à apparaître dans cette histoire difficile a été le représentant d’une organisation d’aide aux migrants, la Fassae (Fondation pour l’assistance sociale et le parrainage en Équateur), Marco Vinicio Chávez Vallejo. Par coïncidence, il était le trésorier en Espagne de la campagne d’Alianza País. Il était également chef de zone du Conseil national des substances psychotropes (CONSEP). Une sorte de loup dans la bergerie », écrit, dépité, Plan V. « Dans les rapports de la police catalane, des informations ont révélé que Fassae était lié au mexicain Héctor de Jesús Martínez Ramírez, alias «El Ingeniero», un élément clé du cartel de Sinaloa en Équateur. Dans deux autres entités, AERE (Association des résidents espagnols d’Esmeraldas) et CONAMOS (Conseil national des mouvements sociaux), Eduardo Cedeño et Cristian Arana, également syndiqués et détenus, figurent sur la liste des représentants ». Et bien entendu, tout cela n’avait pu se faire sans ordres donnés en haut lieu : « dans le cadre de l’enquête de la police espagnole, certaines interventions ont été effectuées sur les lignes téléphoniques de Marco Vinicio Chávez, d’où de nombreuses informations ont abouti à l’arrestation des personnes impliquées dans ce réseau de trafic de drogue et de blanchiment d’argent. L’enquête a donné des noms tels que Gregorio Tello Mejía, ancien vice-ministre de l’Intérieur (ici à droite), sous le gouvernement Correa. Eduardo Sandoya Sánchez, qui était sous-secrétaire à la coordination institutionnelle du ministère de la Justice, est également apparu; Nicolás Issa Obando, ancien ambassadeur équatorien en Espagne; Ramiro González, ancien ministre des Industries, ancien chef du mouvement politique Avanza qui était un allié de Correa et actuellement un fugitif de la justice » (il sera arrêté au Pérou en avril 2019, cf ici à gauche, il était accusé d’avoir reçu 2,2 millions de dollars des narcos). Sans oublier les « envoyeurs » vers l’Espagne, via les bateaux porte-containers (mais aussi les valises diplomatiques du gouvernement Correa) :  « La participation de l’officier de marine Luis Khon Becerra a également été révélée; Édgar Aguayo Molina, qui a été maire et directeur de l’Administration portuaire d’Esmeraldas; Homero Cervantes Coronel (ici à droite), avocat, ex-gouverneur d’Esmeraldas et ancien chef du Parti communiste équatorien qui a participé au gouvernement de la révolution citoyenne; et alors commandant de la police d’Esmeraldas, le colonel Galo Alfredo Carrera (Vizuete), condamné et emprisonné ». « En outre, il montre la vulnérabilité du port d’Esmeraldas pour des activités illégales, une situation qui a donné des indices sur les enquêtes sur les relations de ces personnages avec les cartels mexicains. (ici à gauche on à Eduardo Cedeño, Nicolás Isa l’ambassadeur de l’Equateur en Espagne un de piliers du trafic et Marco Chávez).  La police espagnole a d’abord identifié «l’ingénieur», un Mexicain qui, après l’opération Resurgir, a été identifié comme étant l’Héctor deHéctor de Jesús Ramírez Martínez également lié à l’affaire «narcovalija» » (nota : c’est le pilote attitré d’El Chapo, devenu riche à millions et possédant de grandes propriété  lui qui comme ici à droite). « Un aspect particulier de l’opération Resurgir était que le modus operandi était le transfert de l’alcaloïde et de grosses sommes d’argent par valises diplomatiques, mules et conteneurs ». Tous avaient en effet été pistés en 2011 jusque Barcelone en Espagne « le 28 janvier 2011, Marco Chávez Vallejo, identifié comme l’unique trésorier de la campagne électorale du PAIS en Europe, a parcouru les couloirs de l’hôtel Hilton Airport de Madrid, en Espagne, accompagné d’Eduardo Cedeño Cortez. Ils ont pris place dans le hall et peu de temps après, un citoyen connu sous le nom d’Andrés, qui serait membre d’un cartel mexicain, leur a remis un colis contenant de l’argent. Ils ont bavardé quelques minutes et sont partis dans un modèle Citroën C3 sombre, avec comme plaque d’immatriculation 1737FDR. Cet épisode est enregistré dans un rapport de la police de Barcelone, qui a été inclus dans le procès qui se poursuit à Esmeraldas après l’opération Resurgence, menée le 28 septembre 2011, dans laquelle une bande de présumés trafiquants de drogue a été capturée.  Les mouvements des trois ont été surveillés 24h / 24. Le Mossos D’Esquadra, nom sous lequel la police de Barcelone est connue, avait tous les permis légaux pour intervenir sur les lignes téléphoniques, les comptes bancaires et les virements de pays à pays. Ainsi, ils ont identifié les Équatoriens Chávez et Cedeño comme les chefs d’un groupe qui voulait introduire une tonne de cocaïne dans ce port ». En photo ici à gauche la campagne d’Alianza Pais à Esmeraldas même avec Eduardo Cedeno, Armengol Pineda et à l’extrême droite Marco Chavez Vallejo. Avec ces liens on a pas de peine à comprendre cette surprenante arrivée et cette non moins étonnante traversée… même si celui-là ne provenait pas d’Equateur (et du Pacifique !)…

(1) on peut relire les articles sur Ingrid Bétancourt, ou ceux sur sa libération rocambolesque par la CIA, « l’Opéracion Jaque », déguisée en opération humanitaire avec la complicité d’un membre des Farc dont l’épouse avait été infiltrée par des agents déguisés.

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/les-dessous-des-cartes-de-la-43252

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/les-dessous-des-cartes-de-la-43324

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/les-dessous-des-cartes-de-la-43324

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/les-dessous-des-cartes-de-la-43405

Cinq ans plus tard, la vérification :

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/colombie-j-avais-raison-en-2008-c-145400

A la fin vous trouvez les liens sur ce que j’avais écrit avant sur la Colombie. Tout s’est avéré exact.

Dans l’épisode « Coke en stock (CXLIV) : « El Chapo » et les avions (12). Avant l’Europe, Fort Lauderdale et l’Equateur » mis en ligne il y a deux ans et demi déjà,   j’avais déjà aussi évoqué l’Equateur.

Coke en stock (CXLIV) : « El Chapo » et les avions (12). Avant l’Europe, Fort Lauderdale et l’Equateur

Sur place, les trafiquants, ceux sous la houlette d’El Chapo, avaient laissé, abandonnés, deux jets Gulfstream : le N933RD et le N378MB. Le N933RD était celui d’Eurolynx passé chez l’obscur Rublff 251 JS, à Rockford dans l’Illinois en 2006 et le N378MB celui de TWA International LLC, Cheyenne Wyoming racheté à Yevgeny Ayzenberg de Bellmore (New-York) le 5 novembre 2019. Etant donné son dernier propriétaire on sera amené à en reparler bientôt, je pense…

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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