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Coke en stock (CCLXXX) : en Haïti, de la drogue, des armes, et… des mercenaires

Avant d’évoquer plus loin le sort de Belize, je vous propose d’aller faire un petit tour sur l’île d’Haïti, qui quoique quelque peu délaissée ces derniers temps par les trafiquants, a quand même reçu quelques avions lourdement chargés, elle aussi. En résumé, un gros bimoteur qui s’était visiblement égaré et qui sera vite dépouillé de son contenu, un petit Piper Aztec bourré d’armes et de drogue, et, surprise, un Hawker très particulier comme on va le voir. Une incroyable histoire, en réalité. Celle d’un avion venu prêter main forte à un président à la dérive, digne successeur de l’inepte précédent. Pas de coke, cette fois-ci, mais une autre forme d’intoxication pour la démocratie:  des mercenaires américains !

 

Un crash (plutôt isolé) en Haïti : le Beechcraft détecteur de boue

Si les gros bimoteurs tombés au Guatemala ou au Belize semblent avoir évité pour la plupart d’avoir joué aux détecteurs de boue, ce n’est pas le cas du cas isolé que représente un autre gros Beechchraft 200 qui s’est écrasé à Haïti, destination un peu abandonnée ces derniers temps par les trafiquants.  L’appareil immatriculé au Mexique est en effet retrouvé entièrement maculé de boue dans une pâture de St-Jean le 25 novembre 2019 . Encore un qui n’avait pas regardé la météo la veille, pour sûr !  Trois hommes, deux Mexicains et un Haïtien, sont arrêtés vers 20 heures le lendemain du crash, avenue Cartagena, dans la ville des Cayes. Il s’agit de Vargas Flores Andres, 42 ans, et de Villeda Avila Juan Jose, 37 ans, les deux pilotes de nationalité mexicaine, et un chauffeur de taxi-moto haïtien, Jimmy Archil le lampiste de l’affaire, à l’évidence. Très vite, on constate que les déclarations des témoins sur place ne semblent pas coller tout à fait avec la version qu’ils donnent de leur mésaventure : « le commissaire Richemond a expliqué que, selon les déclarations des deux pilotes mexicains, ils avaient décollé du Belize vers le Venezuela pour récupérer une cargaison de stupéfiants à livrer au Guatemala » (ils ont cité le poids de 900 kilos de coke !!!). Comme l’avion était à mi-chemin, le moteur gauche de l’avion est tombé en panne et a forcé le pilote à effectuer un atterrissage d’urgence en Haïti, l’endroit le plus proche sur la route ». Celle de l’Atlantique, qui « vise » effectivement en priorité Belize (et depuis peu le Guatemala également), jusque-là ça se tient encore. Mais ce qui cloche c’est que des témoins ont clairement vu des personnes débarquer des sacs, les mettre dans un pick-up non identifié avant l’arrivée des agents de la Brigade anti-drogue (BLTS).  Selon l’enquêteur, « L’engin qui contenait plusieurs boites a été pillé par les habitants de la localité », ce qui ne serait pas non plus surprenant, à vrai dire, vu l’état de précarité qui règne partout sur place. Comme il ne serait pas étonnant non plus que le BLTS aussi se soit servi, pour les mêmes raisons d’ailleurs : en somme, il vaut mieux ne pas s’écraser en avion en Haïti, pays démuni de tout ! Le lendemain c’est un squelette d’avion qui subsiste à la place !!! L’avion était-il bien attendu sur place, comme le clament certains, il ne le semble pas en tout cas !!!  Sur les deux mexicains auraient été trouvée une somme de 10 000 dollars américains, le responsable du réseau mexicain surnommé « Lobo » leur ayant promis 300 000 dollars à leur retour au Guatemala selon les enquêteurs…. Bref ce jour-là, Haïti avait été bel et bien le choix d’un atterrissage de diversion des pilotes après un ennui technique (un moteur en panne)… Affaire close..

Première intrigue sur l’île

Au début de l’année 2019, le 12 février, un petit avion privé immatriculé N18GC, un Piper Aztec s’était écrasé lui à Môle Saint-Nicolas dans le département du Nord-Ouest d’Haïti. Et là le cas était très différent. L’île avait bien été choisie cette fois pour faire l’objet d’un transfert de cocaïne. Les agents de la Police Nationale Haïtienne (PNH) accourus y avaient découvert de la drogue. La quantité n’avait pas été indiquée, mais l’avion était un Piper Aztec, dont on connaît la capacité d’emport élevée par rapport à sa taille plutôt modeste.

C’est le propriétaire de l’avion qui cette fois faisait lever le sourcil. L’appareil était immatriculé N18GC (ici à droite) propriété due Strong Tower Services, LLC Trustee (1). Autrement dit, un « anonymisé » par un de ces fameux « Trustee ». Le hic cette fois étant le propriétaire lui-même du Trustee, et son CV suspicieux. A savoir Daniel Piriano, ancien pilote de Delta Airlines engagé depuis longtemps dans les affaires douteuses en République Démocratique du Congo, dans la province du Katanga, notamment auprès de l’intriguant Moise Katumbi avec sa société « Ask, LLC » (on évoquait à son propos bien sûr du commerce illicite d’armes). Piriano affichant d’étranges liens avec le pouvoir là-bas. « Plus intrigant encore, l’une des autres entreprises de Daniel Piriano a conclu un accord de fiducie pour gérer un jet privé appartenant à l’épouse de Katumbi, Carine, qui faisait partie des bus armés de Raphael Soriano pour frauder en Zambie. Cet accord a permis à l’avion à 8 millions de dollars d’être réenregistré aux États-Unis en tant que N2SA, (un Gulfstream G-IV !) et de demander une couverture d’assurance ici ».

« Piriano a obtenu cette assurance, et par la suite le jet s’est écrasé le 12 février 2012, tuant un ancien gouverneur du Katanga (le même État où Katumbi était gouverneur),  Augustin Ktumba Mwanke. Ktumba était un allié très proche du président de la RDC, Joseph Kabila. » (ça baigne en tout cas pour Parain, à voir sa villa ici à gauche de Wilmington).

Pour en revenir à notre crash du jour, les deux pilotes de l’avion étaient eux, des Bahamas : Stephen Hanna Remington 46 ans et Taylor Michael 35 ans. A côté, un pickup Montero Mitsubishi de couleur noire, occupé par quatre hommes : Clerveaux Yvenson le chauffeur, un ex policier de la PNH, équipé sur lui d’un Glock 19 de calibre 9mm, Nelson Markenley 26 ans, un américain, et deux deux haïtiens : Henry Junior Petit 39 ans, et Lucien Junior 45 ans.  Surprise, deux jours plus tard est également arrêté le maire de la commune de Môle Saint-Nicolas, Christian Joseph, élu sous la bannière du Parti OPL (de Jovenel). A droite, il est ici en photo en campagne avec le président Jovenel Moîse… les vieux démons laissés par son infâme  prédécesseur sont bien toujours présents sur l’île !!! Un Jovenel Moïse bien cerné, désormais, et qui avait exprimé cette phrase en février dernier, qui sonne étrangement aujourd’hui comme quoi « il ne ne livrait pas le pays aux gangs armés et à des trafiquants de drogue« … Il est vrai aussi que lors d’une manifestation récente, un chef de gang recherché par la police, Arnel, avait défilé dans les rues avec ses partisans bien armés !!! Il avait adroitement essuyé d’un revers le cas de l’appareil qui s’était écrasé, en en faisant l’objet d’un complot contre lui : « selon le président, des gens ont profité des moments de troubles au pays pour faire passer au Môle Saint-Nicolas un avion transportant de la drogue, libéré des prisonniers dans le Sud, « utilisé des fugitifs internationaux pour tenter d’assassiner le président… ».  On verra ici un peu plus loin que ce genre de phrase pouvait être la clé d’une autre affaire étrange en effet survenue dans l’île au même moment

Un trafiquant heureux d’être extradé aux USA !!!

En juin dernier, étrange arrestation aux USA, à Fort Lauderdale (Floride) : celle de Joris Mergelus (ici à gauche), un ancien commandant de la Brigade de lutte contre le trafic de stupéfiants (BLTS) en Haïti. Il avait en sa possession la somme de sept-mille dollars, une vraie fortune dans l’île miséreuse. Selon le « Miami Herald », Mergelus aurait en effet reçu de l’argent venant des trafiquants, pour bloquer l’enquête sur le Manzanares, ce cargo arraisonné le 15 avril 2015 avec plus de 700 kg de cocaïne (10 fois plus que ce que j’avais indiqué au départ ici même !!). Surprise, car cela tranchait avec les propos de 2013 du même Mergelus qui s’était alors targué d’avoir arrêté, en vingt mois de présence à la tête de l’office antidrogue, 238 suspects de trafiquants de drogue et saisi plus de 2 000 kilogrammes illicites de drogue. « Sur 38 personnes arrêtées en août de cette année, 31 sont des femmes et 18 ont été extradées vers les États-Unis, les Bahamas et la République dominicaine » avait-il aussi présidé, faisant du trafic une organisation extérieur au pays, en quelque sorte. La vantardise affichée du responsable avoisinant un gros coup de cirage à son seul supérieur… le chef de l’Etat de l’époque : « Bien sûr, c’est un défi car les trafiquants de drogue ont de gros moyens, mais nous faisons des progrès dans la lutte contre le trafic de drogue en Haïti », a déclaré Mergelus. Le haut responsable de la lutte contre les stupéfiants a déclaré que son bureau et l’effort anti-drogue dans son ensemble avaient reçu un soutien sans précédent des plus hautes autorités politiques du pays et confirmé qu’une telle position constituait une source de motivation pour son équipe. « Depuis que je fais partie de l’unité anti-drogue, c’est pour la première fois que je constate une telle volonté politique de lutter contre le trafic de drogue », a expliqué Mergelus qui a intégré l’unité depuis sa création en 1997. « Le président (Michel) Martelly et le Premier ministre (Laurent) Lamothe nous ont personnellement demandé d’appliquer la tolérance zéro contre les trafiquants de drogue et ils nous ont donné des moyens supplémentaires pour faire le travail », a déclaré Mergelus ». Mouais. La suite des affaires allait ruiner cet argument comme on va le voir…

Le blocage par Mergelus de l’enquête sur le cargo, cela, on se doute de pourquoi en effet, à avoir ici suivi l’affaire de près : l’affaire remonte directement en effet à Olivier Martelly, le fils du président outrancier qui aura décidément tout raté durant sa mandature et ravagé son pays autant qu’un tremblement de terre et un ouragan réunis, comme j’ai déjà pu le dire ici. Le Manzanares, « un cargo appartenant société Nabatco, propriété des Acra, l’une des plus riches familles d’Haïti;  venue du Liban (lire ici un excellent reportage sur ces familles qui ont en fait toujours été du côté des dictatures » avais-je écrit. L’autre grande famille mise en cause étant celle des Mevs, propriétaire du terminal Varreux où le bateau avait été déchargé (voir ici un exemple de ces grandes familles ayant pillé l’île). L’homme visé principalement s’appelant Marc Antoine Acra, héritier de l’empire sucrier qui était alors associé à Grégory Georges, alias Ti Ketant, qui, curieux hasard aussi venait alors d’être extradé aux USA, le 3 mai précédent à bord d’un avion de la Drug Enforcement Administration (DEA) !!! « Ti-Ketant », étant un surnom pour Gregory Georges, en référence au célèbre roi de la cocaïne haïtienne, Beaudouin « Jacques » Ketant, qui avait accusé l’ancien président Jean-Bertrand Aristide d’avoir accepté des pots-de-vin liés à la drogue !!! Avant de réussir à être extradé, George avait réussi à éviter plusieurs tentatives d’assassinat sur place ; en voilà un qui, pour une fois, apprécie de pouvoir se rendre encore vivant dans une prison américaine…Visiblement on craint en effet qu’il ne balance pas mal de personnes ! Marc Antoine Acra, on le rappelle, ayant à l’époque accusé nommément Martelly père d’être le commanditaire du lot de cocaïne saisie sur son propre navire !!! Selon Global Security, il y a une dizaine d’années maintenant,  »

Les belles paroles de Martelly : du vent !

« Haïti est l’un des quatre pays les plus importants pour le transit de drogues vers les États-Unis. Haïti est un important pays de transit pour la cocaïne et la marijuana d’Amérique du Sud et des Caraïbes respectivement. En 2007, la contrebande aérienne de stupéfiants à destination du Haïti en provenance du Venezuela a augmenté de 38%. » Depuis, elle s’est beaucoup tassé ce qui est vrai … les « grandes familles » du pays, se voyant reprocher d’avoir elles aussi sombré dans le trafic : « dans le désordre des griefs qui leur sont adressés : un soutien sans faille aux dictatures duvaliéristes ou aux forces paramilitaires après l’élection de Jean-Bertrand Aristide en 1991 ; un retrait presque total des secteurs de production nationale au profit d’importations plus rentables et moins risquées ; parfois même une implication dans le trafic de cocaïne sud-américaine, qui transite largement par cette île où l’Etat, depuis presque trente ans, se définit par son absence. Plus encore, aux yeux de tous, ils seraient coupables d’accepter le gouffre toujours plus profond qui les sépare de l’immense majorité des Haïtiens (deux tiers d’entre eux vivent avec moins de 1 dollar par jour). La plupart du temps, ils préfèrent donc se taire. Mais n’en pensent pas moins » expliquait le Monde le 12 janvier 2012, avant de rencontrer Pascale Théard « héritière d’un fabricant de spaghettis local », qui détonne plutôt en regard de ce tableau négatif et poursuit sur une incroyable déclaration de Martelly qui comptait encore à ce moment-là s’acoquiner ces plus riches : « On a décrit les riches Haïtiens comme l’élite la plus répugnante au monde parce qu’ils ont délaissé le côté social, ils ont privilégié leurs intérêts et ont abandonné la population. Ils sont responsables de la misère dans laquelle nous vivons aujourd’hui, assène-t-il. Il est inacceptable que certains d’entre eux se contentent de faire venir du riz et n’investissent plus dans l’agriculture nationale. Il faut aujourd’hui favoriser la classe qui a été dominée depuis deux cent sept ans d’indépendance. Je suis le catalyseur de ce changement. » Or, pendant sa magistrature, il ne fera rien de tout ça ! Plus loin, le même s’en prendra aux ONG : « Depuis le 12 janvier 2010, nous avons vu débarquer des dizaines d’ONG qui ne répondent à personne, qui s’engagent où elles veulent même quand il n’y a pas de nécessité, qui s’achètent les plus grandes voitures et louent les plus belles villas. Il nous faut un Etat sérieux, un Etat décidé qui soit capable de contrôler ce qui se passe sur notre territoire. » Un des critiques du système résumant parfaitement la situation : « Maarten Boute (de Digicel Haïti) abhorre le système de l’aide internationale et des ONG : « La seule sortie possible pour Haïti, c’est l’économie réelle. L’argent de l’aide, c’est de la méthadone que l’on administre à un héroïnomane »… Le même se retrouvant impliqué dans des accusations d’escroquerie, celles de facturations indues favorisées par des sortes de loteries aguicheuses que ses services informatiques n’ont pas su freiner. J’avais expliqué ici les déboires de l’introduction trop rapide de ses fameux portables à trois francs six sous en Haïti, vendus par… Digicel  (et son PDG Dennis O’Brien) ! (2)  J’avais précisé alors »qu‘entre-temps, fortune faite depuis longtemps, O’Brien pouvait bien recevoir son tout nouveau jet privé, délivré le 21 novembre 2015 à Dublin même.  Un Gulfstream G650ER dernier cri, coûtant 60 millions d’euros… et inscrit bien entendu sur l’île de Man, tant qu’à faire.  En juin, en businessman avisé, il avait mis en vente le précédent acheté en 2013 (le G650 S/N 6032, M-GSIX, ici à gauche (mis en vente chez ADN par Ogara Jets). Le nouveau est immatriculé « MySix », autrement dit M-YSIX.  On le reconnait aisément à son petit drapeau irlandais peint sur la queue :

Historiquement, la drogue a toujours circulé en Haïti

C’est une piqûre de rappel ici que je vous propose avec ce texte de Leslie Péan écrit en 2014 qui résume parfaitement le cas de l’île, qui commence dans les années 70 sous Duvalier : « ainsi quatre tonnes de cocaïne par mois sont larguées par les petits avions des trafiquants colombiens et récupérés par leurs associés haïtiens qui les acheminent ensuite au Mexique et en Floride. Mark Fineman en discute à Aquin dans le Sud, et Joe Mozingo en parle aux Gonaïves « (à gauche ci-dessus le procédé habituel pour récupérer la drogue en Haïti ou aucune piste clandestine n’a été répertoriée : le lancer de paquet de coke en pleine mer !) « Vingt sept clans colombiens se font concurrence sur le territoire haïtien. Ils sont autour des hautes sphères du pouvoir depuis le régime de Jean-Claude Duvalier quand « les fructueuses affaires de Frantz Bennett, frère de Michèle Bennett-Duvalier, sont mises en évidence » avec son arrestation par la DEA. Depuis lors, la cocaïne est au cœur de l’activité politique en Haïti. Selon Gérard Pierre-Charles en 1999« l’État ne fonctionne pas et les barons de la drogue pourraient devenir les maîtres du pays« . Bref, au seul de l’an 2000 la drogue avait fait son nid dans l’île et cela n’a fait qu’amplifier avec le sinistre père Aristide : « en réalité, considérant que 70 tonnes de cocaïne, ont transité par Haïti en 1999, d’après le Département d’État, les trafiquants sont déjà les maîtres. Le journaliste Christophe Wargny dira en juin 2001 qu’on peut considérer « en Haïti, la drogue comme substitut au développement ». L’influence de la drogue dans la politique en Haïti est telle que Bruce Bagley, professeur à l’Université de Miami, qualifie le renversement du président Aristide le 29 février 2004 de « coup d’État des narcos » Depuis, la dérive n’a pas cessé. La dégradation continue, et le sujet de la cocaïne est devenu habituel. Selon Hillary Clinton, Secrétaire d’État américain, en 2010, la drogue transitant par Haïti serait d’un montant équivalent à 500 millions US. Un montant sous-estimé car, déjà en 1993, les recherches du député démocrate John Conyers indiquaient un trafic d’une valeur double, soit d’un milliard de dollars US sur le marché américain ». Bigre ! Sacré curé ce père Aristide ! Des bénitiers pleins de poudre blanche !!!

Et ça ne s’est pas amélioré, loin s’en faut, avec la baudruche élue à a sa place, l’ineffable Michel Martelly : « le mauvais pli s’affirme à nouveau comme au temps des militaires avec les colonels Jean-Claude Paul et Michel François. Depuis l’arrivée au pouvoir de Michel Martelly, surnommé également « Sweet Micky » comme le fameux colonel, les clans de la drogue voient arriver l’heure du recyclage de leur produit. Nombre d’anciens militaires se sont reconvertis dans le secteur privé et dirigent ou travaillent dans des compagnies de sécurité. Qui les payent mieux que l’armée d’Haïti. D’autres ont carrément viré dans la mafia, un peu comme les anciens du KGB ont fait leur reconversion dans la Russie des hommes à la gâchette facile. La prise du pouvoir par le chanteur-président, symbolisant l’absence de tout repère éthique, représente une occasion idéale pour cette engeance de redémarrer le juteux trafic. Le 23 février 2012, « 300 kilos de cocaïne estimés à 2,5 millions de dollars américains sur le marché haïtien ont été saisis lors d’une opération conjointe du Bureau de lutte contre le trafic des stupéfiants (BLTS) et de l’Agence américaine antidrogue (DEA) ». » Martelly, et son successeur, sa « doublure » selon le sénateur !!

Sous la présidence Martelly, en effet, le trafic va beaucoup s’intensifier comme je n’ai eu de cesse de le dire aussi ici : « ces mouvements des cargaisons de cocaïne se répètent à l’infini, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, comme dans les pot-pourris du musicien Sweet Micky ! Ce dernier, il faut le reconnaître, n’a jamais caché d’y avoir goûté et pris son pied. Sans faux puritanisme. Il dit s’en être démarqué comme un apprenti sorcier qui maudit sa première cuite. Sans donner des détails sur sa désintoxication. Il n’empêche que la cocaïne a planté ses racines assassines au cœur du terroir. Selon le Département d’État américain, les Rapports de Transactions Suspectes (Suspicious Transaction Reports (STR)) n’étaient que 49 en 2011 et 43 en 2012, tandis que les Rapports de Transaction en Espèces (Cash Transaction Reports) étaient de 244 297 en 2011 et de 264 099 en 2012. Avec une magie inépuisable, de nouvelles procédures sont constamment inventées pour blanchir l’argent sale. Dans un temps qui semble rester en suspens, les autorités monétaires haïtiennes n’ont pas vu les traits, pourtant d’une grande netteté, des 100 millions de US en espèces allant au Panama annuellement. D’ailleurs, les autorités américaines ont détecté ce dangereux entre-deux entre Haïti et le Panama en 2012. »

Le pays s’était encore plus enfoncé dans le trafic, avec des exemples pendables dont je vous ai aussi parlé ici, notamment celui, fort représentatif, d’Evinx Daniel  : « dans le cas de l’affaire de drogue à Port-Salut, Jean Renel Sanon, ministre de la Justice, est intervenu en personne pour libérer les deux trafiquants Woodly Ethéard, alias Sonson, et Evinx Daniel. Avec la superficialité de celui qui revendique la liberté de choisir ses amis comme bon lui semble, le président Martelly s’est associé au présumé trafiquant Evinx Daniel en s’exhibant avec lui au Dan’s Creek hotel de Port-Salut. Dans le collimateur du FBI pour trafic de drogues et blanchiment d’argent, ce dernier serait devenu, semble-t-il, une menace pour le pouvoir. Arrêté par le Commissaire du Gouvernement des Cayes Jean-Marie Salomon en septembre 2013, il est libéré sous les pressions du président Martelly qui en profite pour révoquer le magistrat. Cet acte irréfléchi a provoqué l’ire du FBI qui l’aurait amené aux Etats-Unis pour enquête. De retour au pays, il a disparu de la carte depuis le 5 janvier 2014« . Il l’est toujours depuis, et on envisage son assassinat comme seule solution à cette soudaine disparition : Martelly, cerné de toute part, serait-il allé jusque cette fatale extrémité ?

Deuxième intrigue : un Hawker  800 comme bus pour mercenaires

A Haïti il continue à se passer des choses étranges, même une fois Martelly parti (et remplacé par son double en politique, le côté nettement moins voyant en plus). Telle cette histoire très bien racontée par Jake Johnston de CEPR. Elle est longue et j’essaie ici de vous la résumer. A la base de l’aventure, il y a un… jet Hawker. D’où nôtre intérêt bien sûr !

Le 18 février 2019, la Police de Fort Lauderdale arrête 7 personnes, les  7 passagers qui descendaient d’un petit jet Hawker en provenance d’Haïti. On pense aussitôt à une affaire de drogue (rappel ici) et là aussi ça n’en est pas une pourtant…  puis on pense à une plus ancienne affaire d’avion (on va voir laquelle un peu lus loin). Parmi les sept personnes au total, il y en a deux Serbes d’origine, quatre sur sept sont donc des américains, il n’y a qu’un « vrai » haïtien dans le lot.  Ils n’ont pas l’air d’enfants de cœur en tout cas : ce sont tous d’anciens militaires affichant des CVs bien explicites. Ils s’appellent  par exemple Dustin Porte, c’est le beau-fils de l’ancien maire de Mandeville, ex « Patriot Group Services » il a l’avantage de parler le français et comprend donc l’haïtien) ou Talon Burton (« Director of High Threat Protection, Security Consultant »), il a en fait bossé pour… Blackwater en Irak  et travaille aujourd’hui pour Hawkstorm Global. Il y a aussi  Christopher Osman (ex Navy Seal), Kent Kroeker, un vétéran de la guerre d’Iraq, ici à gauche en civil, qui parle aussi le français, un grand fan de courses de voitures, dont les parents sont des missionnaires Mennonites qui l’ont élevé en RDC !

Mais également Chris Mark McKinley, ancien Seal lui aussi, ici à droite, affichant sur le net son goût pour les armes énormes : il utilise en fait un surnom car son véritable nom c’est Christopher Mark Heben, c’est un ancien de… Blackwater, lui aussi, qui a travaillé également pour Global Response Services, alias GRS, les gardes du corps de la CIA. Selon l’excellent site Recoil, il a un casier judiciaire car il s’est dopé aussi jadis aux stéroïdes anabolisants et a eu une affaire de police avec cet usage interdit !!! Ou encore Danilo Bajagic (en haut à droite, son passeport est ci-contre à gauche), Vlade Jankovic, et Michael Estera.

 

De vrais pieds nickelés 

Le site Recoil s’est permis un savoureux décryptage de la bande de loufoques qui avait été ainsi réunie pour monter dans le fameux Hawker. Le site n’hésite pas à en dresser un tableau affligeant et savoureux de bêtise, digne selon lui de l’Agences tous risques (« The A Team « aux USA) comme feuilleton ! Une vraie bande de pieds nickelés, plus à même de raconter de faux exploits guerriers que de les réaliser. Des gros bras, sans trop de cervelle, à l’évidence !!! Recoil a retrouvé par exemple la trace d’un des leaders du groupe, le vétéran Kroeker (ci-dessus en Irak), via les activités de son père : « le père de Kent, Mark Kroeker, a une longue histoire avec les contrats et Haïti. Il a eu une carrière de 32 ans avec le LAPD et en tant qu’entrepreneur, conseiller des Nations Unies et chef de police à Portland, Oregon. En tant que chef de la police, il a gagné de l’argent en tant que  contractant comme formateur de police au Libéria, dans les Balkans et en Haïti. En 1994, le haut fonctionnaire Kroeker a dirigé un groupe de sous-traitants de la police créant le plan de la Police nationale d’Haïti après le retour d’Aristide à la présidence haïtienne. Ce plan était un contrat fondateur, géré par DynCorp, pour fournir des États-Unis la police pour ne faire des soldats de la paix dans la nation en difficulté. »

Bien atteint, le gars !

Le plus atteint du lot semble en tour cas McKinley (et son autre nom de « scène », Christopher Mark Heben) devenu une vraie vedette de télévision avec un racontar pendable (et raciste) : « le 28 mars 2014, il a déclaré qu’il avait reçu une balle dans le ventre, tirée  par des hommes noirs en colère (il est blanc on le précise) dans un parking de Montrose du Mustard Seed Market dans le canton de Bath en Ohio. McKinley a affirmé qu’il avait refermé la blessure avec son doigt et s’était rendu sans assistance à deux milles et demi à la caserne des pompiers pour y être soigné ».  Ouah, un vrai dur ! A la télévision il avait raconté en effet « qu’après avoir été abattu, je les ai pourchassés et j’ai obtenu une bonne description du véhicule, mais aucune plaque n’était lisible… J’étais trop loin derrière une fois que je suis monté dans mon camion et que je les ai suivis. Ensuite, j’ai dû arrêter la poursuite… parce que je saignais trop. J’avais une main sur le volant et de l’autre, je devais mettre les doigts dans le trou de balle ». En réalité, il avait tout inventé :  « la police s’est rendue au Mustard Seed Market et a confirmé que personne n’avait entendu de coups de feu ce vendredi-là, qu’il n’y avait rien sur aucune des caméras de sécurité et qu’aucune trace de sang ou de douilles de balles n’avaient été trouvées. » Au pays des fake-news présidentielles, les auteurs de bobards sont devenus rois et passent en Prime Time ! A gauche, en haut, sa déposition télévisée avec sa fausse cicatrice exhibée… Pour parfaire son portrait ravageur, Recoil ajoute qu’il a été l’objet d’une plainte de son ex petite amie, qu’il a publié un livre appelé « Undaunted » (« Intrépide »), et qu’il s’est aussi essayé sans top de succès à la carrière de chanteur Country  avec le titre « American Patriot » (ça ne s’invente pas, ce n’est pas pire que du Charlie Daniels chantant l’Irak, par les connaisseurs du genre – qui préféreront – de loin – Daniels : on notera que dans son clip il chante sur scène… sur une bande sonore, sans musiciens !).  

A droite ici, le post Instagram déjà cité de Chris Osman, lors de son retour aux USA: il a été effacé depuis. Il y disait clairement qu’il avait été bien recruté  « pour la protection du président » Jovenel Moïse…

Estera, plus connu sous le nom de « Clifford », est donc le seul haïtien d’origine de cette équipe de forbans ridicules, le régional de l’étape en quelque sorte. Ce dernier est le pivot « local » de l’équipe : il a en effet épousé Claudia Saint-Remy, la belle sœur de Michel Martelly !!! L’incroyable président dévastateur alias « Sisisi » ou « Sweet Micky » (ici à gauche sur une de ses pochettes de disque) ! Le surnom choisi par l’ex président est lui-même douteux : lorsque Escobar avait en 1987 soudoyé des fonctionnaires haïtiens pour se faire construire une piste d’atterrissage à l’extérieur de Port-au-Prince, il avait choisi comme représenté sur place le lieutenant-colonel Joseph-Michel François, un soldat de carrière qui se faisait déjà surnommer «Sweet Micky» !!! Pour la seule année 87, « Sweet Micky » avait transféré 35 tonnes de coke et gagné ainsi 4 millions de dollars !!! C’est François (qui s’échappera plus tard au Honduras !) qui avait engagé ensuite Jacques Ketant pour décharger ses avions !

Débarqués en Hawker, mais pourquoi faire exactement ?

L’avion, un modèle 800XP LLC, immatriculé N500XP datant de 1999, a été acheté et enregistré en juillet 2017 en Floride par Daniel Lewkowicz, le président dExecuFlight, une compagnie charter privée basée dans le sud de la Floride. Le trajet qu’il préparait alors était un vol  Baltimore-Haïti, « le seul fait par cet avion pendant les trois derniers mois de l’enquête de notre journaliste« . Le vol démarré le 14 février consistera à décoller de Fort Lauderdale pour se rendre à l’aéroport international Luis Muñoz Marín de Porto Rico avant d’atteindre Exuma, aux Bahamas, vers 15 heures. Le lendemain, l’avion recolle a 17 h 38. en route vers Fort Lauderdale.

Trois heures plus tard il est à  Wilmington, mais repart aussitôt vers Baltimore juste avant 1 h du matin et ce n’est que le 16 au petit matin qu’il s’envole vraiment pour un vol direct vers Haïti. Une fois ses passagers déposés il va refaire le même trajet dans l’autre sens : direction les Bahamas pour une escale de 24 heures. Le lendemain il est donc à Porto Rico, avant de retourner à Fort Lauderdale (il y est, ici à gauche, pris en photo le 6 novembre 2019). A Port au Prince, les hommes sont attendus sur le tarmac par deux businessmen et édiles haïtiens, Josue Leconte (qui est de nationalité américaine en fait) et Gesner Champagne, ainsi que par Fritz Jean-Louis, un ancien représentant gouvernemental. Drôle de comité que celui-là : Champagne a déjà été arrêté en 1996 aux USA pour trafics divers et s’en est sorti avec un accord financier resté secret. Selon un blog, c’est sous la présidence de Préval, que Gesner Champagne et Serge Cantave « ont été arrêtés à Miami au moment où ils s’apprêtaient à expédier des armes et des munitions vers Haïti (CWS 1996, 5; Radio Métropole 12 avr. 1996) »Et c’est surtout un ami proche de Michel Martelly ! Et c’est aussi le neveu d’un ancien officiel au temps de Duvalier !!! Pourquoi donc d’anciens caciques sont-ils venus les accueillir on l’ignore ! Seraient-ils des envoyés « discrets » du président Moïse Jovenel, qui craignait alors de plus en plus pour sa sécurité vu l’ampleur des émeutes de rue qui sévissaient alors dans la capitale ? Cela paraît presqu’évident ! Aurait-on tenté d’exfiltrer discrètement Jovenel en cas de propagation des émeutes ? Laissant le pays à l’encan ? Ce n’est pas la première fois que des mercenaires auraient été recrutés par Jovenel Moïse : durant les émeutes, de bien étranges membres présumés de la police officielle, tenant à tout prix à dissimuler leur visage, ont été photographiés à plusieurs reprises (cf ici à droite).

Ici à gauche la photo, fort significative en fait, réunit Paul Maynard, le président Martelly, sa sœur Sophia à ses côtés – et la femme de Champagne, Prospère Avril et sa femme, et à l’extrême droite le dénommé Gesner Champagne.  Les armes, Champane les connait bien: en 2012, Le gouvernement Martelly-Lamothe aurait signé parait-il un contrat avec SIG SAUER pour l’achat de 15 000 armes automatiques P-250 via l’entremise de… Gesner Champagne, surnommé “Ti Geste ou Ti-Gès”… Les armes, une autre manne providentielle pour la corruption : on avait inculpé en 2018 le Directeur Général de la Haitian National Police Force (PNH), Godson Orelus (ici à droite) , accusé de trafic d’armes, pour avoir en 2017 illégalement tenté d’importer 166 fusils semi-automatiques et 30 000 munitions (3) retrouvés dans un caisson, dans un camion Mitsubishi. Ils avaient été achetés aux USA,  chez Global Dynasty Corp S.A. En 2017, en effet, sur le parking de la douane de St-Marc, la fouille d’un camion en provenance de Miami avait permis de saisir ce lot d’armes, de munitions et d’autres équipements militaires qui avaient été importées illégalement par Charles Durand (un un cousin de Joseph, parti en cavale). Klétex Laguerre, Nomy Saul Bata, Jimmy Joseph, et Sandra Thélusma (sa femme) avaient aussi été arrêtés dans cette affaire. Orelus avait également déposé dans le dossier Daniel Evinx qui avait été arrêté puis relâché… visiblement sur ordre, ce dont il s’était vivement défendu… Orelus, nommé par le Président Martelly en 2012, a finalement été libéré au bout de 4 mois de détention… (Sandra Thélusma l’étant elle aussi en mars 2019).  Le juge avait aussi « serré » Vladimir Paraison, ancien directeur de la police d’Orélus pour la région Ouest et « confident du président haïtien Jovenel Moïse » !!! dans l’affaire on notera au passage le prénom du secrétaire d’Etat à la Sécurité Publique venu expliquer tout cela à la presse : il s’appelle Himmler Rebu, le pauvre (et c’est un ancien duvalieriste) ! Il devrait songer à  changer de prénom je pense…

Lourdement armés

A peine arrivés, à Port-au-Prince les 8 hommes descendus de l’avion (et non pas 7 comme au retour !) filent en ville avec des voitures (comme des imbéciles, style Blackwater, on ne se refait pas !) et foncent vers la banque Centrale du pays, ce qui alerte aussitôt la police locale (pas mise au courant de leur venue), qui les arrête tous d’un coup (ici à gauche). Dans les véhicules, elle trouve une arsenal complet, composé de six fusils semi-automatiques, six pistolets, tous avec leurs numéros limés, deux drones, des téléphones satellites et d’autres équipements de type militaire : on vient d’arrêter des mercenaires, tout simplement !!! Fritz Jean-Louis s’est déjà fait la belle à ce moment-là : il a déjà quitté le pays. Sur Instagram, l’un d’entre eux a expliqué benoîtement (avant de retirer le post) qu’ils avaient été « recrutés par le gouvernement haïtien pour des questions de sécurité« . Il disent faire partie d’une entreprise appelée Preble-Rish Haiti (ce qui est exact), celle qui acheté les pick-ups avec lesquels ils ont circulé. A la banque, on semble bien  les connaître en tout cas : les aurait-elle recrutés ? Une des plaques d’immatriculation des voitures arrêtées (AA-47488, un Toyota Hilux 2013 ) est en fait celle d’un ancien candidat à la présidence sous la bannière du parti « Bouclier« , allié du régime Tèt Kale, Steeve Khawly, qui est un homme d’affaires dont les arrière-grands parents sont d’origine libanaise et qui a vu son père être assassiné le 6 décembre 2002.  Il est présenté comme « philanthrope ». Associé à Champagne, Steeve Khawly est aussi le créateur de la Fondation Seguin, une ONG axée sur le développement durable, créée en 2004. Il dira à a police avoir payé la voiture « car à l’époque Preble-Rish n’avait pas encore reçu sa carte bleue » : philanthrope, le gars, je vous le dis !

Trump mutique sur l’affaire

A l’annonce de leur arrestation, le gouvernement Trump fait le Bernard l’Ermite et rentre discrètement dans sa coquille sans rien dire de l’affaire : motus complet à leur propos. Ce qui a l’art bien sûr d’inquiéter plus qu’autre chose : Trump parle trop vite, normalement, là il ne dit rien, mais alors rien du tout sur le sujet ! Le consulat des USA s’occupe de ses ressortissants arrêtés et assure le minimum, sans plus. Blackout complet ! A peine si on a remarqué une visite (cf ici à droite), le 6 février, de Bocchit Edmond, ministre de l’intérieur à Marc Rubio, un climato-sceptique qui joue les hommes de l’ombre des actions extérieures pour Trump (et qui s’y croit dans le genre, toute l’équipe a un grain, à l’image de son mentor blond au visage orange). Il est favorable aussi… aux coups d’état téléguidés. A peine sorti, Haïti émet une résolution contre Nicolas Maduro, jusqu’ici soutenu par le régime (comme dans tout l’arc des Caraïbes !), une décision fort mal prise par la population (les prix du pétrole vont alors exploser !) qui demande le départ de Jovenel Moïse, ce que celui-refuse catégoriquement. L’idée (tordue) de Rubio est de solliciter l’aide du Qatar pour effacer la dette d’Haïti contractée au Venezuela, que ce dernier va invariablement réclamer après le retournement de veste politique (les amis et les proches de Jovenel ayant en effet pompé tout l’argent du pétrole subventionné par le Venezuela !) !!! Où donc Rubio avait-il été chercher cette idée fumeuse et contre quelle contrepartie auprès des Emirs (le silence sur un meurtre horrible ?), on ne le saura jamais sans doute. La bonne entente affichée avec « MBS » est à ce prix, il semble. Les ventes d’armes aussi on remarque ici sur la  vidéos  que Trump ne cite même pas les matériels proposés, mais leur tarif seulement  » billions dollars », prononcé presque façon Pentagon’s War, à entendre ici à 2’33 du début : « Billion, with a « B » !

Pour ce qui pouvait alors advenir de ces mercenaires, désormais, ce sont les armes saisies qui ennuyaient le plus les deux pays. Le gouvernement US rassure les haïtiens en clamant qu’il feraient bien face à des accusations de trafic d’armes à leur retour aux États-Unis, si on les libère rapidement et en même temps laisse répandre une rumeur comme quoi elles étaient déjà avant qu’ils n’arrivent, ces armes, alors stockées chez Preble-Rish ! Le gouvernement haïtien, sous pression US, décide donc de les libérer au plus vite, et tant pis pour l’opinion publique ! Cela provoque aussitôt une nouvelle émeute dans le pays ! Et Bing ! Echauffourées, blessés, policiers dépassés tirant au hasard : la routine sous Moïse !!! Les mercenaires repartent dans le même avion, donc … et sont cueillis à leur arrivée par la police américaine, selon la promesse faite de les inculper par détention illégale d’armes… (ils ne le seront même pas !). Retour au début de l’histoire ! On notera qu’au retour ils n’étaient plus que sept et non plus huit comme au départ : il manque en effet à l’appel Michael Philips, un ancien lieutenant-commandant du Navy SEAL qui a réussi à échapper à l’arrestation en fuyant vers la République Dominicaine, c’est celui qui avait contacté les serbes d’origine, Danilo Bajagic et Vlade Jankvic. C’est aussi Osman qui avait fait la gaffe en citant son nom à Associated Press lors de son retour…  Des Pieds Nickelés, je vous dit ! Dignes des troupes de Bob Denard !

Plus compliqué que ça : le fin mot de l’histoire

A noter que le fort sérieux journal du NavyTimes donne pour annoncer sa disparition une toute autre version de l’affaire, évoquant je cite que les mercenaires étaient «  en mission pour protéger un homme d’affaires signant un contrat de plus de 50 millions de dollars avec la banque centrale du pays » !!! Quel businessman donc, et pour quel contrat ? Ici l’on cite « un contrat pour évacuer de riches haïtiens » effrayés semble-t-il par l’ampleur des révoltes … selon The Intercept, « l’un des sous-traitants, le vétéran des Marines de 52 ans, Kent Kroeker, avait été informé que la mission devait escorter l’aide présidentielle Fritz Jean-Louis à la banque centrale haïtienne, qui le ferait par voie électronique. Transférer 80 millions de dollars du fonds pétrolier du gouvernement du Venezuela vers un deuxième compte contrôlé uniquement par le président afin de donner à Moïse un plus grand pouvoir sur les fonds limités du gouvernement. Osman a déclaré que le rapport ne correspondait pas à son expérience de plusieurs manières clés. Osman a déclaré avoir reçu un appel de Hawkstorm Global, une société de sécurité basée à Dallas, au Texas, au sujet d’un travail en Haïti pour assurer la sécurité privée d’un client de la Banque de la République d’Haïti pour 1000 dollars par jour. Il a dit qu’il ne connaissait pas le client jusqu’à son arrivée en Haïti sur un vol commercial le 16 février et qu’il a été présenté à Josue Leconte, un homme d’affaires haïtien-américain lié à l’administration Moise. La firme de génie civil de Leconte, Preble-Rish, a fait des millions de dollars d’affaires avec le gouvernement haïtien au fil des ans, selon Jake Johnston, associé de recherche au Center for Economic and Policy Research, basé à Washington, qui a récemment publié un rapport de trois semaines enquête sur le cas des entrepreneurs. Le partenaire de Leconte est lié par mariage à l’ancien président Martelly ».  On y est en revanche : derrière Moïse, il y a bien Martelly continue à tirer les ficelles ! Et c’était bien en revanche le détournement et le pillage individuel d’un versement d’argent d’Etat à Etat !!! (il faudra qu’on m’explique pourquoi Hawkstorm Global utilise un avion français comme image publicitaire de ses « contrats fédéraux » !!! Ils ne savent même pas distinguer un avion d’un autre, dans leur site d’une rare indigence)  ??? Et quel est donc leur lien avec Leviate, société de charter-broker (ex Horizon Air Charter) dont ils utilisent les bureaux pour tourner leur clip vidéo promotionnel ? Leviate, ex StarBase, qui en 2017 affichait déjà le même discours triomphant ? Celui de l’homme qui en janvier 2019 répondra à la question « quel est votre objectif » ? par « les hommes blancs de plus de 45 ans. Mais si cela a changé au cours des 10 dernières années pour davantage de femmes, de jeunes entrepreneurs et de personnes au début de la trentaine, comment le saurait-on ? »

Venus pour faire quoi exactement ?

Un dernier élément ressort quelque temps plus tard, avec la redécouverte de la création de Preble-Rish, rappelée ici. Une société créée en 2011 dont 99% à des Américains des parts est américaine et le reste haïtien (1%). L’enregistrement au Ministère du Commerce et de l’Industrie, haïtien n’a eu lieu que le 20 février 2013 avec en même temps la création de PRI Haiti-USA dans l’État de la Floride. Comme on le dit , » Kaleb Leconte, ne semble pas avoir eu grand chose à voir avec la compagnie. Il serait actuellement en Guinée où il travaille pour une nouvelle compagnie américaine, Headway USA, avec des collègues prestigieux dont un ancien diplomate américain ». Le but affiché de la société était la reconstruction du du Pont de Meyotte (financé par le Trésor Public haïtien): on en est loin… avec ces mercenaires !!! (le but véritable de départ étant de pomper les subventions gouvernementales haïtiennes, et pas de réparer !).

Epilogue

Un dernier point à rappeler : quand on arrête aux USA les personnes descendant de l’avion, on pense plutôt que cela concerne les suites d’un ancien accident survenu il a quelques années à la société ExecuFlight, qui a laissé derrière elle un mauvais souvenir aérien. Le 10 novembre 2015, un autre Hawker d’ExecuFlight (le N237WR) s’était écrasé en se fichant droit devant dans  un immeuble à Akron, Ohio.Il  y a avait eu 9 morts, dont les deux pilotes,. Le National Transportation Safety Board avait remis des conclusions terribles à l’encontre d’ExecuFlight. « De graves manquements à  la sécurité avaient contribué à l’accident » selon lui. Le débat reste ouvert à  propos de ce crash et des familles attendent toujours une décision pour la responsabilité véritable de la catastrophe ! Logiquement, selon ces manquements, la firme aéronautique de Lewkowicz n’aurait pas dû avoir son autorisation de voler renouvelée !!!

A ce jour, l’administration Trump, dont son sait très bien ce que ce dernier pense d’Haïti, et encore moins Marc Rubio, n’ont pipé mot de ce fiasco véritable en Haïti : « Make America Weak Again ! »

 

 

 

 

(1) *http://strongtowerservicesllc.com/

(2) *https://www.digicelgroup.com/fr/propos/leadership/denis-o-brien.html

(3) Soit « 50 fusils de calibre 12 ; 9 fusils de calibre 12 double canon ; 5 fusils M 4 ; 15 paires de menottes ; 10 paires de bottes ; 50 caisses de 50 unités de cartouches de calibre 38 ; 4 caisses de 1000 unités de cartouches 9 mm ; 10 caisses de 250 unités de cartouches de calibre 12 ; 7 étuis ; 50 boîtes de 50 cartouches 380 ; 2 boîtes de 250 cartouches 12 ; 7 chargeurs calibre 556 millimètres ;1 chargeur M14 ; 12 uniformes ( pantalon bleu, chemise noire) ; 5 gilets tactiques ; 1 pistolet Glock 9 mm BCB2761 et un chargeur sont parmi les objets trouvés ».

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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