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Coke en stock (CCLXXVI) : au Guatemala, les aéroports aux mains des narcos

Tous ces avions remplis de cocaïne se posent, on l’a vu, plutôt sur des pistes clandestines. Faut rester discret.  Sur les aéroports, c’est à une autre ballet auquel on assiste au Guatemala.  Là, ce sont des valses pleines d’argent liquide qui circulent, la monnaie d’échange des trafiquants étant le dollar américain, plus rarement la monnaie du pays. Dans le genre on a assisté à de beaux cas d’exemples ces dernières années. Un avion qui cachait ses billets dans le plafond de sa cabine, une ex star de la TV essayant de sortir discrètement un demi-million de dollars du pays, un entraîneur de foot avec ses millions, et toujours une corruption tous azimuts dans le pays.  En résumé c’est plutôt simple : la majorité des aéroports est aux mains des trafiquants !

Retour sur une vieille affaire

C’est bien cela en effet, des avions, transporteurs de cocaïne, qui se posent partout, car les trafiquants ont mis la main sur tout l’infrastructure aérienne du pays : « Les trafiquants de drogue pourraient même être à l’origine du meurtre d’un contrôleur aérien qui a empêché un avion chargé de cocaïne d’atterrir en 2007. Des sources de l’aviation civile ont assuré aux Américains dans le premier des deux câbles que «des officiers de l’aviation impliqués étaient impliqués dans le meurtre le 17 août 2007, le contrôleur José Emanuel Méndez, qui avait refusé l’autorisation d’atterrir à un avion chargé de trois tonnes de cocaïne et qui, après cinq tours à l’aéroport, a fini par tomber » (Mendez était aussi le fils de l’activiste des droits humains et ancien congressman Amilcar Mendez). « En représailles, Méndez aurait été tué », explique le câble, qui s’appuie sur l’aviation civile, la police et les autorités syndicales. (…) « Pour ce meurtre, son collègue Erwin Omar Gudiel Arias a été reconnu coupable par un tribunal. Le journaliste Andreas Bourke, ami de Méndez, a exigé le 22 juillet 2010 dans le journal que la paternité intellectuelle soit poursuivie. Et il s’est souvenu que Carlos Castresana, alors qu’il était le chef de la Commission internationale contre l’impunité (Cicig), a déclaré que la Commission avait trouvé des indications comme quoi  Juan Roberto Garrido, responsable de la sécurité de l’aéroport, avait été impliqué dans le meurtre. » Cet effort de nettoyage de l’aéronautique et des aéroports du Guatemala, pays qui compte le plus d’avions par habitant sur le continent, ne fait que commencer. » Il n’est pas allé loin, pour l’instant semble-t-il, hélas.

Les aéroports du pays aux mains des trafiquants 

En 2012, le site Cosecha Roja avait pourtant déjà alarmé sur ce qui se passait à La Aurora : « de nombreux avions ont atterri en provenance d’Amérique du Sud et sont stationnés sur la piste d’atterrissage abandonnée et incontrôlée de Puerto Barrios. Et même une partie est contrôlée par un trafiquant de drogue connu », dit le câble « 08GUATEMALA1360 » du 31 octobre 2008, signé par l’ancien ambassadeur Stephen McFarland, après une réunion avec les autorités de l’aviation civile. Un autre câble, « 08GUATEMALA1180 », a indiqué que cette piste de 2060 mètres de long avait été abandonnée par l’armée en 2004 (elle est bien visible ici sur Google Earth). Le câble en premier disait aussi ceci :  « Le commissaire Carlos Castresana était au courant de la situation à la suite de l’arrestation, en juillet 2008, de Luis Fernando Archila Lima, Chef de la sécurité de la Direction générale de la société civile Chef de la sécurité de la Direction générale de la société civile Aviation (DGAC) à Puerto Barrios, pour possession de drogue. Selon la presse, Archila Lima a été arrêtée bientôt après que les autorités ont perquisitionné une tour de contrôle de l’aéroport où deux des onces d’héroïne ont été trouvées dans son lit ».  Le chef de la sécurité de l’aéroport se droguait ! Un comble !

« Des cas d’atterrissages sur les pistes de Cobán et Zacapa ont été documentés. Par exemple, en décembre 2010, les autorités ont trouvé trois petits avions à l’aéroport de Cobán: dans l’un, il y avait 300 milles quetzals et deux autres n’avaient pas la permission d’entrer dans le pays. Tous trois étaient au service des Zetas, selon des sources des renseignements civils. Ils ont également utilisé un côté de la piste pour les courses de chevaux. Ces cas dans lesquels des trafiquants de drogue utilisent les aéroports nationaux comme pistes privées ont été étendus au port de San José, selon les câbles (…)  « en juillet 2005, l’ancien chef du secrétaire à l’analyse et à l’information contre la drogue (Saia), Adán Castillo, a déclaré que l’aéroport international de La Aurora était utilisé pour introduire de grandes expéditions de drogues dans le pays et que c’était la famille Mendoza de Izabal qui gérait l’essentiel du trafic de drogue (ils s’en occupaient toujours en 2019 selon Insight Crime et « anonguatemala » ). Quatre mois plus tard, Castillo a été capturé aux États-Unis pour avoir convenu avec les trafiquants de la prise en charge d’une cargaison de drogue. Il a été condamné en 2007 à dix ans de prison. »

A gauche, la famille Mendoza avec le politicien Mario Estrada aujourd’hui derrière les barreaux, devant son hélicoptère de campagne TG-MEO controversé. Ce trafic perdure : les deux photos ici sont celles diffusés dans un journal télévisé du matin en mars 2018 au lendemain de la découverte d’un Cessna incendié sur une piste clandestine au nord de Zacapa, visible ci-dessous (au 15° 4.902’N et 89° 40.490’O) :

 

Dans le plafond

L’argent continue à circuler : si en 2010 c’était une dame qui avait été pincée avec une valise pleine de billets, en mars 2019 c’est un avion au complet, un petit Cessna 340 reconnaissable à ses bidons de bout d’aile, sa vitre latérale de cockpit en demi-cercle, ses hublots ovales:  un avion immatriculé XB-FKB, venu du Mexique, donc, avec à l’intérieur un compartiment « secret », parfaitement dissimulé à l’intérieur du plafond de l’appareil qui allait surprendre les enquêteurs montés à son bord (il avait été soigneusement recousu sans laisser de traces !)

Dans cet espace inattendu et difficilement, détectable (à moins de disposer d’une information sur la modification faite quelque part sur l’appareil, ce qui à sans doute été le cas dans cette affaire) étaient dissimulés 64 400 dollars américains et 16 500 pesos mexicains, plus huit téléphones portables, un GPS et même un iPad. Une caverne d’Ali Baba, mais au-dessus de la tête !

Fait à noter, les membres d’équipage et les passagers avaient  été identifiés comme étant tous des jeunes, aucun ne dépassant la quarantaine : Jonathan Quezada Flores, 35 ans; Alejandro Galindo Benítez, 33 ans, Abraham Galindo Escamilla, 21 ans et Alexia Sarahí Herrera Inzunza, 24 ans, tous également de nationalité mexicaine. La nouvelle génération des trafiquants mexicains, certainement trop bavards sur le net…  Depuis, « leur » avion pourrit sur le tarmac de la Aurora (et ce n’est pas un Cessna 401 comme indiqué !). En vérité, l’immatriculation était certainement fausse. Aucune recherche ne pointe vers elle en effet.  L’avion est donné comme étant le 340A-0646 qui est celui du N8875K, annoncé comme invendu en avril 2017, et reversé à la Cessna Aircraft Company.

L’évasion de devises, le sport roi au Guatemala : sortir l’agent !

C’est Global Voices qui nous le confirme ici le 26 juillet 2014 : l’évasion de numéraire a pris des proportions inquiétantes ces dernières années au Guatemala et l’endroit principal par lequel cela se fait est l’aéroport de la Aurora. L’article débute par un exemple précis, celui de « la présentatrice de télévision María Magdalena Stahl Hurtado, par ailleurs mannequin et « psychologue » (elle a participé à la finale de Miss Equateur en 2005), une citoyenne américaine d’origine allemande » dont l’attitude avait interpellé un agent des douanes suspicieux. La belle, ici à droite, interrogée, finit par craquer devant le douanier : « après plusieurs heures de comptage, le ministère public a calculé qu’il y avait 435 762 dollars USD cachés dans les bagages que Mme Stahl s’apprêtait à emporter à Panama ». Elle avait tenté de dissimuler 1/2 million de dollars dans ses bagages !!! Un phénomène courant, nous apprend l’article :  « le dernier cas signalé est celui de M. Richard Alexis Preza Herrera, l’entraîneur de l’équipe de football Coatepeque qui a été arrêté pour le transport de 14,6 millions de dollars US. Lors de son procès, il a été condamné à une amende de 600 000 quetzales (7 750 dollars US) et il lui est interdit de quitter le pays. » Ces transferts interdits, les trafiquants les font aussi, mais de manière plus adroite à vrai dire : “La loi stipule que jusqu’à un montant de 10 000 dollars peut être transporté sans déclaration. Aussi y a-t-il des gens qui voyagent avec  9 700 ou  9 800 dollars, tout juste, pour rester dans la limite légale “, dit M. Rodenas. Au moins deux grands groupes de « courriers », chacun transportant un montant légal d”argent, ont été capturés transportant de ‘l’argent à Panama, la destination principale pour le blanchiment d’argent. Selon M. Rodenas, un autre moyen de transporter de l’argent était de prétendre que les courriers étaient des directeurs ou des employés d’entreprises qui voyageaient pour affaires ou faire des achats. Ensuite, après des mois d’enquête, on arrive à la conclusion que les entreprises n’étaient qu’une couverture et qu’elles n’avaient pas d’activités financières réelles. En fait, les trafiquants continuent à utiliser cette méthode. “Voilà comment ils exportent l’argent hors du pays. Ils font ce que la loi permet”, dit M. Rodenas, qui ne s’aventure pas à avancer une hypothèse quant aux montants totaux d’argent qui sont exportés hors du pays illégalement. “Il est difficile de donner un chiffre ; une étude devrait être réalisée”, dit-il.

Le mannequin finalement libéré

Au final, on obtient des chiffres hallucinants : « Le rapport de Global Financial Integrity (GFI) indique qu’entre 2002 et 2011, le Guatemala a représenté 10 pour cent de l’argent sale total de l’Amérique centrale, qui pourrait atteindre 14 milliards de dollars américains. Les flux financiers illicites en provenance du Guatemala, s’élevant à 1,3 milliard de dollars, se placent à la quatrième place après ceux provenant du Costa Rica (4,3 milliards), du Panama (3,9 milliards) et du Honduras (2,8 milliards). Les flux financiers illicites du Salvador s’élevaient à 1 milliards de dollars et du Nicaragua étaient de 700 millions de dollars. “Il y a deux ans, les agents de sécurité de l’aéroport ont identifié quelques 45 personnes qui voyageaient avec 9 800 ou 9 700 dollars sur le même vol à destination de Panama!” (…). Selon les registres de la police, 37 personnes ont transporté 7 500 000 dollars US par cette route. Certaines ont été contraintes de retourner au Guatemala, où elles ont été arrêtées à leur arrivée. “Nous coopérons avec les autorités dans ce pays parce que les gens essaient à plusieurs reprises d’exporter de l’argent là-bas,” dit M. Rodenas. La deuxième voie est celle du Guatemala vers la Colombie. Onze personnes, transportant des 1,2 millions USD, ont essayé d’emprunter cette voie. Le troisième est celle allant du Guatemala au Costa Rica, sur laquelle huit voyageurs ont été capturés transportant 224 000 USD. Il y a eu aussi une tentative de transporter plus d’argent au Venezuela, mais ce n’était qu’un cas isolé. Les autorités du Salvador ont lancé l’alerte après la capture de différents Guatémaltèques qui avaient réussi à glisser travers les mailles de la sécurité de l’aéroport de La Aurora, mais  avaient été identifiés au Salvador alors qu’ils tentaient de s’embarquer pour Panama. Sur les 67 personnes arrêtées, 37 pour cent venaient du Guatemala, 20 pour cent de la Colombie, et 10 pour cent du Mexique ». L’argent de la drogue, on peut le supposer à voir les destinations ! Quant à la  fameuse présentatrice, pour tout dire… elle n’a pas séjourné longtemps en prison, au contraire de trafiquants notoires  : « un autre groupe de trafiquants capturé par le Bureau du procureur s’appelait Véliz-Palomo (des noms de deux de ses membres). Le bureau du procureur a évalué qu’au cours d’une année, entre 2010 et 2011, ce groupe avait organisé 20 voyages par semaine pour exporter de l’argent vers Panama. En 2012, un tribunal a condamné 48 membres du groupe à des peines de 3 à 56 ans derrière les barreaux. Le tribunal, qui a lancé la procédure pénale pour blanchiment d’argent a envoyé Mme María Magdalena Stahl Hurtado à la prison. Quelques jours plus tard, le juge Adrián Rodríguez Rolando Arana, de la septième Cour criminelle, a remis Mme Stahl en liberté pendant que l’enquête se poursuit. Le 29 Mars 2011, le juge Rodríguez Arana a décidé de classer l’affaire indéfiniment et de remettre l’argent à Mme Stahl. La Commission internationale contre l’impunité a demandé une enquête sur cette action. » Il vaut mieux avoir été top model que trafiquant !

De l’argent qui file ailleurs, manifestement

Il n’y a pas qu’au Guatemala que des fonds s’envolent, littéralement. Le 13 mai 2012, un Cessna 210 Turbo Centurion s’écrase en Equateur, en volant manifestement de nuit trop bas, tous feux éteints.  Il a heurté violemment le sol et est parti littéralement en miettes. Erreur de calcul d’altitude manifeste, il volait alors moteur à plein régime. Il est immatriculé au Mexique XB-MPL, c’est le modèle 21062869 et nous sommes… en Equateur, sur une colline située à 600 m de la route Coaque-Penerales, dans la province de Manabí (sur la côte, à l’ouest vers le Pacifique). L’avion appartient à Martín Martínez Palomares, qui habite Guadalajara, Jalisco, au Mexique. Parmi les restes éparpillés de l’épave, pas de cocaïne, mais deux cadavres, ceux de Santiago Alfonso López Monzón, 22 ans (Santiago López Monzón, qui avait déjà été inculpé au Mexique en novembre 2008 d’importation sans permis d’armes à feu) et Cruz Alfredo Solís López, 36 ans, deux mexicains, tous les deux éjectés par la force de l’impact, et des centaines de billets volant au vent : il y en a pour 4 millions de dollars ! L’engin jouait à la Brink’s pour narcos, à l’évidence !!!  Oh cela ne représentait pas un très grand volume, il n’y avait que des billets de 100, soit un parallélépipède de 1 mètre de haut par 80 centimètres de large. L’incident s’était produit à environ 40 kilomètres d’El Matal, une station balnéaire du canton de Jama où on avaient déjà trouvé, en février 2006, plusieurs paquets de drogue flottants en mer, dont beaucoup avaient été récupérés par les habitants du crû. En décembre, on avait trouvé 1,7 tonne de coke dans une hacienda et trois tonnes de chlorhydrate de cocaïne en 2010 dans une autre située au bord de plage à Tabuga, toujours dans le canton de Jama. En complément, le ministre équatorien de l’Intérieur, José Serrano, annonce le lendemain que la police avait découvert un laboratoire de cocaïne près de l’endroit où l’avion s’était écrasé dans la zone près de San Vicente, une station balnéaire de la province de Manabí, près de Pedernales. L’image porte-bonheur du Christ qu’emportaient les pilotes mexicains ne leur a pas porté chance, en tout cas…

En 2013, l’étrange libération d’un des seigneurs du réseau

Il n’y a pas qu’El Chapo a s’être évadé tranquillement d’une prison. Un autre a fait de même. Un des seigneurs du réseau au Guatémala, Otto Herrera Garcia, alias « el ingeniero« , l’a fait aussi, en mai 2005. C’est lui qui avait fait du pays un véritable corridor à transfert de coke. Travaillaient une effet pour lui des gens comme Jorge Mario « le gros » Paredes Córdova, Otoniel « le fou » Turcios (nous reparlerons de lui), Byron Berganza , la famille Lorenzana, Horst Walther Overdick et Mario Ponce. Que du beau linge en effet ! Après avoir travaillé (honnêtement) dans sa jeunesse aux Etats-Unis, il était reparti s’établir au Guatemala, pour très vite se lancer dans un tout autre commerce florissant : « en 1998, Herrera, 33 ans, était déjà un trafiquant de drogue bien connu. Selon l’agent López de la DEA, l’une des premières photographies publiées dans la presse locale montrait Otto Herrera profitant d’une journée à la plage, une bière dans la main, avec une jeune femme en bikini – sa femme américaine, Sherry Blailey -. «À cette époque, Otto était un puissant trafiquant international en raison des contacts qu’il avait; il a conclu des accords importants avec l’armée guatémaltèque et avec certains représentants du gouvernement», explique Vigil, qui a pris sa retraite en 2004 et est consultant pour le cabinet international de conseil en sécurité Mission Essential Personnel à Washington D.C. « Otto opérait au niveau latino-américain et était connu pour sa capacité à acheter une protection. » En fait, un détective de la police a déclaré qu’au domicile d’un passeur dans la capitale guatémaltèque, les autorités avaient trouvé une lettre – datée de la fin des années 1990 – adressée à Herrera García et signée par un haut fonctionnaire du gouvernement. Le responsable a écrit pour le remercier de l’aide apportée à plusieurs communautés touchées par la tempête Mitch en novembre 1998, ajoute-t-il. » Recherché, il avait sa fiche sur Interpol (ici à droite).

Herrera était associé à « El Rey », autre ténor colombien fournisseur de coke : « Selon le dossier d’extradition colombien de Phanor Arizabaleta Arzayús, alias el Rey, au milieu des années 90, il était associé à Otto Herrrera et son frère Guillermo, alias Willy, Byron Linares Cordón, lieutenant d’Herrera et famille Lorenzana pour expédier des milliers de tonnes de cocaïne par bateau de la Colombie au Salvador, où elle était déchargée, inventoriée et cachée dans des camions chargés de bananes à transporter au Guatemala puis au Mexique où elle a été livrée au cartel de Sinaloa, qui l’a introduite aux États-Unis. . L’enquête de López révèle une note datée du 12 novembre 2010, établit qu’entre fin 1999 et début 2000, les membres de l’organisation dirigée par le roi Arizabaleta ont rencontré des membres de l’organisation d’Otto Herrera. En conséquence, les Colombiens ont accepté de fournir de la cocaïne à diverses structures de trafic de drogue au Mexique, via le réseau Herrera. Son travail consistait à transporter la drogue de la Colombie en Amérique centrale puis au Mexique. Cette association a fonctionné entre mars 1996 et juin 2007, selon le dossier d’extradition d’Arizabaleta, capturé par les autorités colombiennes en mars 2012 ». Herrera était bien un intermédiaire, un transporteur, avant tout. Et devait donc avoir croisé sur son chemin celui qui montait alors, à savoir « El Chapo Guzman », qui avait besoin d’une infrastructure aérienne de transport.

Otto Herreora, poursuivi, est repéré et arrêté une première fois dans son fief guatémaltèque : « le 2 avril 2003, la police guatémaltèque a fait une descente dans une maison située dans la zone exclusive 14 de la ville de Guatemala et, après avoir examiné une résidence adjacente, a trouvé 14,4 millions de dollars en espèces, la résidence faisant l’objet de la descente appartenait à Jorge Mario «el gordo». Les murs, où l’argent a été trouvé, avaient cependant été loués par Otto Herrera. Dans l’opération, la police a capturé deux Colombiens qui gardaient l’argent: Carlos Eduardo Rodríguez Monar et José Fernando «Zimber» Arizabaleta Lenis, neveu et émissaire du « roi » Arizabaleta, le dernier pivot central du Cartel de Cali, Colombie, selon López.  Cette capture a mis Herrera sur le radar de la DEA. Son organisation gérait de l’argent pour le cartel de Cali et pour le cartel de Sinaloa et envoyait de l’argent en Amérique du Nord et du Sud; Selon le dossier, devant un tribunal de district de Floride, entre octobre 2003 et juin 2006, le cartel de Sinaloa a effectué 35 virements électroniques pour 3,3 millions de dollars depuis des bureaux de change du Mexique vers les États-Unis. pour acheter des avions. Le dossier répertorie parmi les accusés Joaquín el Chapo Guzmán, chef du cartel de Sinaloa, le colombien Jorge Miltón Cifuentes Vila, Otto Herera et son frère Guillermo. » On y est : c’est bien Herrera qui a été à la base d’une bonne partie de la flotte aérienne d’El Chapo !

Un recruteur… d’avions

Un peu plus d’un douzaine d’avions ont été sélectionnés et achetés par lui.  » Ces transferts du cartel de Sinaloa ont permis d’acheter 13 avions à des sociétés américaines. Les avions ont été emmenés au Venezuela et en Colombie, où ils ont été chargés de cocaïne et dirigés vers l’Amérique centrale ou le Mexique. L’un des avions achetés par Herrera aux États-Unis a été saisi près de la rivière Usumacinta, au Guatemala, en janvier 2004, avec deux tonnes de cocaïne à bord. Cet avion a été acheté par le truchement du trust Powell Aircraft Title Services aux États-Unis (http://airtitle.com), ouvert au cartel de Sinaloa, selon des informations que le délégué en chef de la DEA au Mexique, David Gaddis, a envoyées au procureur général de la République (PGR). ). Ces avions je vous les avais présentés ici comme étant ceux d’El Chapo : sorti du tunnel, El Chapo a pris l’avion.  Il a toujours adoré les avions, en fait : il en acheté pas mal (est cité un peu partout le chiffre de treize exemplaires, rien qu’à titre personnel). Il avait démarré tôt ce goût pour les avions en En Colombie, le 11 septembre 2005, jour où l’armée de l’air colombienne avait détecté un appareil King Air 65-C90 immatriculé N193A, se dirigeant vers l’île de San Andrés, lieu où sera arrêté le pilote avec 300 kilos de coke à bord. L’avion avait été acheté 415 000 dollars, à Powell Aircraft Title Services, (1) par le biais de six transferts électroniques effectués par Angelina Huerta García, David Alejo Lázaro, Édgar García Roa, Esteban García Campos et Tania Martínez Rodríguez les 25 et 26 juillet 2005, par l’intermédiaire de la branche de la Casa de Cambio Puebla.  Les transferts d’argent avaient été envoyés au compte 00-28680-48493 de la succursale de Bank of America de New York !!!  Casa de Cambio Puebla allait tomber plus tard avec la gestion de d’argent pour l’achat d’avions américains pour le cartel de Sinaloa, après la saisie au Guatemala, en octobre 2003, de près de 2 tonnes de cocaïne à bord d’un avion Beach Craft King Air 200, numéroté N694FC, (ex Guatemalan Air Force, ici à droite) posé près de la rivière Usumacinta.  L’avion avait été acheté par par Jorge Milton Cifuentes Villa alias « Jota » ou  » J », par 20 transferts électroniques d’une valeur totale de 1, 289 million de dollars.  Les noms utilisés ayant été Juan Granados Patiño, Fernando Camargo López, Raquel Aguirre Reséndiz y María Aurelia Trejo Valle.  Le 19 août 2005, le N193A confisqué passait chez l’armée colombienne sous l’appellation FAC5730 (ici en haut à droite). A ses heures aussi, Herrera avait été pilote pour Elchapo, qui  possédait aussi un Falcon-20 bien connu, l’enregistré XB-IYK, vu aussi à  Campeche… resté célèbre en train d’attendre ce qu’allait faire le DC-9 rempli de 128 sacs de cocaïne qui avait fait couler tant d’encre (pour le rôle qu’avait joué la CIA dans l’histoire.  A bord devait monter le pilote, Otto Roberto Herrera Garcia qui, une fois déguisé en policier, était tranquillement sorti de l’aéroport, dans le Ford Lobo du chef des gardiens Alfredo Cazares. Otto Herrera était alors recherché aux États-Unis (par la DEA) qui offrait 5 millions de dollars en récompense pour sa capture (le gouvernement mexicain promettait 2 millions de dollars). L’avion, gris, est devenu tout noir (ci-dessus à droite)  sous l’immatriculation XC-HID (PF-203 ci-dessus à gauche), et appartient désormais à la Police mexicaine, après avoir été XC-DIP de la Banco Nacional de Crédito Rural et le fameux YB-IYK 

En 2004, donc le nouveau « seigneur du ciel  » tombe. En janvier 2008, ajoute le rapport de López, six mois après la saisie dans la zone 14, le bureau du procureur américain a accusé Herrera de trafic de drogue et a offert une récompense de 2 millions de dollars pour des informations qui permettent sa localisation et sa capture. Le 21 avril 2004, la police mexicaine a capturé Herrera en attendant sa petite amie Marcela González à l’aéroport international de Mexico. Le Département américain de la Justice a célébré la capture de « l’un des plus grands trafiquants de drogue en Amérique centrale » et qui était le résultat d’une enquête multinationale impliquant des agents de la DEA au Mexique, au Guatemala et au Salvador, et a lié Herrera et quatre autres accusés au transfert de cinq expéditions de cocaïne totalisant 6 500 kilos entre mars 1996 et octobre 2003. Ils ont également demandé son extradition rapide vers les États-Unis. »

Deux tonnes de coke par mois, en moyenne… et des pontes enrôlés dans le réseau

D’une efficacité redoutable avec ses avions, il arrivait en effet à transporter environ 2 tonnes chaque mois aux USA, à  l’époque de sa capture. « En 2004, l’USDOJ qualifiait Herrera de « l’un des plus grands trafiquants de drogue en Amérique centrale ». Son organisation a servi d’intermédiaire entre les restes du cartel colombien de Cali et du cartel mexicain de Sinaloa. Selon le Département d’État américain (DOS), il était responsable du transport de plus de 18 tonnes de cocaïne à travers l’Amérique centrale et le Mexique aux États-Unis à partir de 1998. Les dossiers montrent qu’il a également envoyé des millions de dollars en virements bancaires du Mexique vers les États-Unis, dont certains étaient utilisés pour acheter des avions à une société américaine. Il était lié à l’homme d’affaires et courtier politique guatémaltèque Gustavo Herrera (sans lien de parenté, ici à droite), qui aurait aidé l’organisation d’Otto Herrera à déplacer et à stocker des cargaisons de drogue ». Or en 2004, justement, alors qu’il venait d’être capturé au Mexique, et attendait une demande d’extradition vers les USA, il avait réussi à s’enfuir de sa prison… déguisé en policier, après avoir largement arrosé en dollars tout le personnel pénitentiaire (on parle de pots-de-vin allant de 200 000 à 2 millions de dollars !). Fait notable, l’intelligentsia politique guatémaltèque était de mèche directe avec lui : Gustavo Herrera était en fait le gestionnaire du Patriot Party (PP), dont il détournait allègement les fonds, en ne déclarant rien au impôts (IGSS) et en les plaçant dans une entité appelée Jekyll Properties, constituée à la fois aux Bahamas et au Guatemala, créée au départ par l’avocat Francisco Palomo, assassiné en 2015. Parmi la liste des personnes bénéficiant des transactions effectuées en sous-mains par Jekyll Properties figuraient Conrado Arnulfo Reyes (ici à gauche) – l’ancien procureur général et  Óscar Eugenio Dubón Palma (ici à droite)- ancien contrôleur général des comptes -, qui auraient reçu respectivement 100 000 et 350 000 Quetzals. Herrera, qui avait fui au Nicaragua, avait pompé à lui tout seul 350 millions de dollars de l’IGSS ! Tout le système politique du Guatémala était de mèche avec les trafiquants, qui devenaient grâce à eux intouchables !!!

Un général froidement éliminé

Recapturé (comme El Chapo) en 2007, à Bogota, en Colombie après deux années de cavale, il avait été finalement extradé en 2008 aux USA, où il encourait une très lourde peine avec ses 18 tonnes de coke transportées au total et son accusation pour blanchiment d’argent. Il en prendra en effet pour 30 ans, à effectuer au Rivers Correctional Facility en Caroline du Nord, pas vraiment un hôtel de repos… Or surprise, il sort de prison aux USA dès 2013, une annonce dissimulée par les autorités US pendant un an au moins.  Pourquoi les américains l’avaient-il aussi vitre relâché, mystère. L’idée de l’avoir « retourné » pour en avoir fait un informateur est un peu risquée à prendre, étant donné sa violence incontrôlable (une de ses cibles avait reçu 18 impacts de balle !)… Alors pourquoi, donc ? Un câble de 2013 (Confidencial Guatemala 001673) de leur ambassadeur, John Hamiltonresté célèbre depuis, nous donne une indication  : « L’ambassade a appris début juin que le juge Felix Eliseo Garcia Arenas (largement considéré comme un juge honnête) qui avait présidé le cas de Byron Linares (commandant en second de l’ organisation de stupéfiants Otto Herrera) et deux accusés colombiens dans une affaire de millions de blanchiment d’argent impliquant l’organisation Herrera, avait été remplacé par le juge Luis Alfredo Morales Lopez à travers une  procédure irrégulière. Morales était le juge qui a libéré un certain nombre de personnalités prétendument corrompues ayant des liens étroits avec le président Portillo – y compris le banquier Alvarado McDonald… » En somme les américains s’attendaient à voir d’autres narcos-trafiquants arriver de nouveau au Guatemala, systématiquement relâchés dans la nature par des juges corrompus...  » la capacité du GOG à poursuivre les principaux trafiquants de stupéfiants et toute l’action d’un juge pour libérer les accusés dans cette affaire serait une grave coup à la guerre contre la drogue au Guatemala »… Espérait-on en secret que les deux chefs de car s’étrillent entre eux, si Herrera ressortait plus vite que prévu ? La lecture ds messages hebdomadaires envoyés par l’ambassadeur Hamilton est édifiante, tel cet extrait étonnant posté le 17 décembre 2014 dévoyant un énième détournement au sein du gouvernement de Portillo : » Nous avons mentionné dans notre dernière lettre le cas mystérieux du colonel Raul Cerna, l’ancien chef des finances disparu de la sécurité militaire présidentielle (EMP) et témoin clé des efforts pour retrouver les 115 millions de dollars ou plus qui ont disparu dans des mains militaires sous l’administration Portillo. Alors que les Guatémaltèques placent toujours des paris entre eux sur le sort de Cerna (cf mort en 2004), les autorités ont exhumé un cadavre d’un cimetière. La presse a rapporté qu’un dentiste avait identifié le reste comme Cerna (ici droite), mais, pour être sûr, un échantillon d’ADN a été envoyé en Espagne pour voir s’il correspond aux échantillons fournis par le fils et le père de Cerna. »A son décès personne n’avait réclamé son corps, de là les autorités ! On avait découvert entre-temps qu’il savait que l’argent destiné aux repas scolaires avait disparu dans le parti de Portillo, l’ensemble des détournements présidentiel avoisinant les 2 milliards de dollars ! « Le colonel José Raúl Cerna Ramírez, qui était le directeur financier de l’EMP, était considéré comme le principal suspect, avec 13 autres personnes impliquées. Cerna collaborait aux enquêtes et son témoignage a été déterminant pour déterminer l’implication des suspects dans le détournement de fonds. Après sa mort, Juan José de León Pineda, Surama Payeras, Jorge Rivera, David Elías et William Rivera, anciens employés de l’agence, sont morts de causes mystérieuses » écrit ici Prensa Libre.  Dans un tel état miné de partout par la corruption, relâcher Herrera n’était-ce pas aussi envenimer encore les choses ? Et tenter de faire tomber Portillo pour trafic de drogue ? Pourrir davantage encore la situation pour se proposer ensuite en sauveur nimbés de tous les bons sentiments, voilà bien une technique chère… à la CIA !!!

Avec Herrera, une révolution s’était donc produite au Guatemala  ?

Après coup, il faut s’apercevoir de ce qu’avait amené le fameux Herrera au Guatemala : tout simplement une autre et nouvelle façon de faire (du trafic) indiquent ici fort judicieusement Ralph Espach, Javier Meléndez Quiñonez Daniel Haering, et Miguel Castillo Girón dans le superbe dossier « Criminal Organizations and Illicit Trafficking in Guatemala’s Border Communities » : « Avant 2008, le trafic local de drogues, d’êtres humains, d’armes et d’autres objets de contrebande était principalement contrôlé par des capos locaux, des individus et des familles ayant une longue tradition de propriété et d’influence au sein de leurs communautés. Non seulement les criminels, les capos étaient des propriétaires fonciers et des hommes d’affaires, des employeurs communautaires, des bienfaiteurs et des dirigeants dans une certaine mesure dont les opérations bénéficiaient d’une légitimité aux yeux des résidents locaux. Ils avaient construit des routes, des cliniques, des terrains de football; ils avaient fourni de l’argent aux citoyens locaux pour les fêtes de leurs enfants et pour les urgences médicales; et – comme le montrent les études de cas – ils avaient assuré l’ordre et la sécurité dans les rues afin que les résidents se sentent en sécurité dans leurs activités quotidiennes. Ils avaient pu mener ces diverses activités, licites et illicites, sous la protection fournie par leurs relations avec les militaires, les services de renseignement et les représentants du gouvernement. Cependant, le système de traite stable, contrôlé et relativement pacifique au Guatemala, dans lequel des groupes étrangers ont payé les trafiquants guatémaltèques pour un passage sûr et sécurisé et sinon les a laissés pour la plupart, a pris fin en 2008. Une partie de la rupture de ce système peut être attribué aux arrestations de « transportistas » guatémaltèques de haut niveau. Otto Herrera, considéré comme le contact principal du cartel mexicain du Golfe au Guatemala, a été arrêté en 2007 et Jorge Mario Paredes, lié au cartel de Sinaloa, a été arrêté en 2008. Ces arrestations ont déclenché une série de compétitions entre des groupes et des individus subordonnés, qui cherchait à établir le contrôle de certains territoires et à éliminer ses rivaux. Cela a provoqué des turbulences et de l’incertitude sur plusieurs itinéraires de trafic clés ». En somme, on avait toujours trafic au Guatemala, par définition zone de passage entre l’Amérique du Sud et les Etats-Unis, mais avant Herrera ça se passait à la bonne franquette, avec des trafiquants plutôt fondus dans la population et acceptés, car ce sont  eux qui empêchaient la violence (le pays ne disposant pas d’une police autre que corrompue !), un calme qui leur garantissait une circulation tranquille de leurs produits. Herrera a tout flanqué par terre, en amenant Los Zetas et leur violence intrinsèque. L’étape entre les « trafiquants à l’ancienne » et le nouveaux a été cruciale, et a été marquée par d’horribles massacres…

Le « tumbe », technique audacieuse mais mortelle avec les Zetas

« À cette époque également, divers « transportistas » guatémaltèques ont commencé à expérimenter une nouvelle tactique pour augmenter leurs revenus appelée tumbe : le vol de drogues en transit et leur revente. En 2008, le transportista Juan José Juancho León, chef de la famille Leon dont les opérations étaient basées dans les départements du sud-ouest de Santa Rosa et Tiapa, avait acquis une certaine notoriété en tant que tumbedor, et d’autres suivaient son exemple. En février 2008, Juancho a volé une cargaison sous la direction de la famille Lorenzana qui appartenait au cartel de Sinaloa. En mars, lui et dix autres personnes ont été abattus lors d’une frappe de style militaire à Zacapa, le long de la frontière hondurienne. Les Zetas mexicains ont mené l’assassinat, démontrant pour la première fois au Guatemala leurs prouesses en tant que force de frappe rapide paramilitaire et leur volonté de tuer même le plus haut grade de capos au Guatemala. Cette attaque a été suivie en novembre 2008 par un assaut de Zeta contre des partenaires de Sinaloa lors d’un concours hippique dans la ville du centre-nord de La Democracia, qui a fait environ 60 morts. La montée du tumbe a précipité la nécessité d’une réponse ferme de la part des cartels mexicains. Ce type de réponse était la spécialité du cartel paramilitaire Zeta, qui était à l’origine organisé et est largement formé par d’anciennes troupes d’opérations spéciales. L’année 2008 a donc marqué l’effondrement d’un système de traite relativement pacifique et stable, l’émergence d’une contestation violente sur le territoire guatémaltèque et les routes entre les cartels mexicains et leurs réseaux et partenaires locaux, et l’entrée prononcée au Guatemala des Zetas ».

Un million de dollars en deux jours

Les enjeux financiers derrière ce trafic étaient en effet  devenus énormes. On n’en veut pour preuve que cette saisie de décembre 2016. Rebelote en effet avec la saisie de deux Cessna dans un hangar déjà visité de la Aurora (la Zone 13). C’est suite à la saisie de pas moins de 630 960 dollars survenue le week-end précédent par les officiers de police chargés du  blanchiment d’argent ou d’autres actifs. Après une enquête démarrée le 11 du mois, et l’interception de Luis Fernando Barbillas Franco, 39 ans, Mario Vayardo Lennon López Dubuisson 28 ans, et Juan Sánchez Coc, 32 ans, tous les trois armés (dont un fusil visible ici à gauche), avec à bord de leur voiture deux localisateurs de satellites GPS , 10 téléphones portables et 86 munitions diverses. Bref, du matériel de trafic de coke par avion !

Le lendemain  même, le samedi 12, des hommes de la brigade anti-stupéfiants (SGAIA) arrêtent au kilomètre sur une autoroute menant à l’Atlantique à San Agustín Acasaguastlán, près d’El Progreso, une voiture cette fois à double fond dans laquelle Ángel Raúl Morán Elías, 23 ans, transportait 539 975  dollars : en deux jours la police guatémaltèque venait de récupérer plus d’un million !!!

Le chargement du pick-up du jeune délinquant arrêté (ici à droite) est vraiment impressionnant !!!  Des billets qui font automatiquement remonter les enquêteurs … dans un hangar de La Aurora, pour y saisir deux avions. Le TG-JAS un Cessna T210R Turbo Centurion II vu ici en vol au -dessus de Guatemala City en juin 2016  et le TG-CBZ. Les deux Cessna s’étaient vite retrouvés bardés de bandes adhésives indiquant une saisie, des scellés de la police. Les inspecteurs les avaient trouvés dans un hangar portant en son fronton le nom générique d’Aeromecanica (ici à droite). Le Hangar zone 13 est celui de Luis Francisco Roberto Valdes Zecena, impliqué ici dans les Panama Papers. Un de plus ! L’homme est le représentant et le distributeur officiel de chez Piper au Panama !!!  A la même adresse figure Ingreso Garita Aeroclub de Guatemala et ETP, « la primera Escuela de Aviacion que cuenta certificada para Instruccion de vuelo y tierra, dedicada a la capacitación Técnica Aeronáutica« . Toutes les photos de son Facebook sont empruntée à d’autres sites d’aviation… ou des galleries externes de photos ! (*)

Le 20 juin 2018, deuxième descente de police dans les hangars de la Aurora. Sur un des clichés, on aperçoit le N152WW, un Beechcraft 90, le LJ-654. L’avion était depuis 1998 (renouvelé en 2006) chez Excell Aviation LLC, Wilmington, Delaware, et il a été mis récemment en vente sur le net. On le trouve chez Contrôler.com ou bien comme ci-dessous chez AvSky. Si son prix n’est pas indiqué, on précise qu’il a bénéficié d’une conversion de moteurs Taurus  « qui lui donne d’excellentes performances à haut altitude. » Nul doute qu’il va en séduire certains, plus habitués en vrai à voler beaucoup plus bas pour éviter les radars :

Un témoin clé éliminé, des prisons chaotiques  

Il n’y pas que la drogue que les malfrats du pays et les Cartels convoitaient : l’argent aussi, et cette fois directement, disons. Le 8 septembre 2006, une bande prend d’assaut le camion non blindé devant acheminer 22 millions de dollars en billets aux Etats-Unis, et repart avec une partie de l’énorme butin (8 millions). Le fait divers pose tout de suite question : le véhicule n’était pas blindé, car il avait accès à une zone restreinte réservée aux véhicules gouvernementaux !!! La presse soupçonne des personnes haut placées d’avoir venu la mèche, tant la corruption règne dans le pays. Dix ans plus tard, l’élément revient à la surface de façon tragique. Alors que le « nettoyage » espéré avait commencé, une surprise de taille s’est invitée dans l’actualité : « le  samedi 26 février (2016)  à 6 h 30, le capitaine à la retraite Francisco Arana Barreda a été retrouvé pendu, sans vie, à une poutre de la prison de haute sécurité Fraijanes . Six jours auparavant, le système pénitentiaire (SP) avait autorisé son transfert car dans la prison de Puerto Barrios, Izabal (ici à gauche), avait provoqué des conflits en intervenant dans les affaires des détenus, ainsi que dans les trois autres centres où il avait précédemment séjourné. Prisonnier depuis 2009 pour sa participation présumée en tant que « cerveau » au vol de 8 millions de dollars à l’aéroport international de La Aurora (en 2006), Arana Barreda a ensuite proposé de témoigner contre des hommes d’affaires et des politiciens parmi lesquels il a évoqué d’anciens ministres et des hommes politiques. Désormais, les enquêtes menées par le ministère public (MP) viseront à déterminer si le chef du « vol du siècle » s’est suicidé ou a été tué. » Bref, on venait de réduire au silence celui qui avait annoncé vouloir tout balancer (toute similitude avec la disparition de Jeffrey Epstein n’est peut-être pas fortuite) !

Le 18 juillet, c’est Byron Lima (ici à droite) qui subit le même sort. La presse ironise aussitôt sur la mort d’« El Capitan »,  le surnom de Byron, dans la prison de Pavon, »puisque c’était son lieutenant, son chef de la sécurité à l’intérieur des prisons et sans lui il aurait été plus vulnérable... Byron le fier à bras fascisant,  était le meurtrier de l’évêque Juan José Gerardi (ici à gauche avec les populations indiennes), assassiné en 1998. Il avait écopé de 20 ans de prison (où il faisait régner la terreur !). Le problème majeur étant le fait que Lima avait tissé avant l’assassinat des liens avec l’ancien chef des renseignements, Otto Pérez Molina (2), celui-là même qui avait été élu président du Guatemala en 2012 !!! Quel tableau ahurissant !!!

Le vrai problème : celui des jets non taxés des riches industriels

La « vérification » des avions est donc passée elle à côté de son sujet : aucun Cessna 208B, par exemple; n’a été passé au crible. Le vrai sujet, c’est en fait le détournement par les plus gros industriels du pays des autorisations à détenir des avions privés, sans que ça ne leur coûte quoi que ce soit en taxes. C’est un article retentissant de qui, le 11 juillet de l’année suivante (en 2017 donc), met le feu aux poudres pour expliquer que la visite des avions de 2016 avait oublié certains avions et pour cause. Leurs propriétaires se sont faits forts discrets pour eux. Et parmi ces engins, nos fameux Cessna 208, de gros porteurs coûteux. L’article débute ainsi sur les chapeaux de roue : « au Guatemala, 236 propriétaires de grandes entreprises propriétaires d’avions ont préféré profiter d’un trou légal approuvé par Efraín Ríos Montt en 2000 pour éviter de payer des impôts. Il y a quelques semaines, la SAT les a avertis qu’ils avaient découvert l’astuce et Nomad a enquêté, à travers des listes de Civil Aeronautics, qui étaient les propriétaires qui avaient préféré les déclarer comme des avions loués à leurs propres entreprises au large des côtes. Ce sont les 3 noms des célébrités trouvées et leurs réactions face à la réalité imminente du paiement des taxes à l’importation et de la TVA pour leurs avions« . C’est un peu le pot aux roses que vient de découvrir Tobar, qui dénonce trois gros industriels guatémaltèques : « Le mécanisme pour éviter les taxes fonctionne comme ceci: les grands hommes d’affaires ou les grandes sociétés achètent des avions (avions, avions ou hélicoptères) mais au lieu de payer les taxes à l’importation et la TVA comme c’est le cas avec les voitures de la classe moyenne, déclarent-ils à la SAT, ils ne font que les louer. Le détail est qu’ils les louent à leurs propres entreprises, enregistrées dans des paradis fiscaux (off-shores) où ils ne paient pas non plus d’impôts. Les listes de locataires délivrées par l’aviation civile en vertu de la loi d’accès à l’information ne disent que les noms des sociétés; Beaucoup sont offshore. Mais après avoir examiné dans des pages de données ouvertes sur les côtes, Nomad a trouvé trois noms d’hommes d’affaires célèbres au Guatemala:

1) « Mario López Estrada, propriétaire du téléphone Tigo et le seul milliardaire d’Amérique centrale considéré par le magazine Forbes ». On sait que depuis, cet ex-candidat à la présidentielle du pays passe ses nuit en prison pour corruption.

2) « José Luis Gabriel Abularach, qui a été directeur de la banque industrielle et propriétaire de la société Aceros de Guatemala, qui a été accusé par la SAT d’évasion fiscale et a payé 100 millions de dollars US en arriérés d’impôts en une journée ». Son cas à lui aussi a été réglé par son arrestation le 5 mai 2016 pour fraude fiscale de quelque 500 millions de quetzales, dénoncée par la Surintendance de l’administration fiscale (SAT). Avec José Luis Gabriel Abularach (ici lors de cette arrestation) ont été arrêtés María Eugenia Valdés Gómez, ainsi que le représentant légal Pedro José Raúl Paiz Valdez. Sa spécialité : fabriquer des fers à béton pour la construction, avant de devenir un véritable conglomérat dans le pays.  Ici un excellent résumé de la société crée en 1954 et de la famille Abularach (3). A gauche, le Learjet 31 TG-MYS d’Aceros de Guatemala se posant à Fort Lauderdale. Sans surprise, l’avion passe son temps à voler entre le Floride et le Guatemala : ici son vol récent du 23 février dernier, de Houston (Texas) à Guatemala City :

3) « Richard Callaway Ayau, un entrepreneur qui possède des avions et son entreprise se décrit comme «leader sur le marché national» de la location d’avions. De plus, il est le neveu de Manuel Ayau, fondateur de l’université libertaire Francisco Marroquín ».

L’empire aérien ARM

« Callaway Ayau est le président et directeur de Mesoamerica Air Services S.A., une société offshore établie au Panama qui loue des avions et des avions légers à ses propres sociétés enregistrées au Guatemala. En pratique, il joue deux rôles: il est locataire et bailleur de son propre avion. Son offshore panaméen loue 15 petits avions à ses compagnies guatémaltèques, mais principalement à ARM Aviation S.A., selon le National Aeronautical Registry. Sur son site Internet, «l’entreprise familiale» présente plus de 35 ans d’expérience et un pionnier de l’aviation civile au Guatemala, actuellement «leader sur le marché national». L’entreprise, qui compte entre 50 et 60 employés, propose des vols privés et charters, le transport de fret et de courrier, le parachutisme, l’ambulance aérienne et la fumigation. Et dans sa flotte, huit avions différents sont présentés au service de sa clientèle. En fait, dans le passé, il a même loué des avions au ministère de l’Intérieur, comme le montre une note de Soy502.com. Pour importer leurs avions et les nationaliser avec l’immatriculation TG, Richard Callaway n’a pas eu à payer le tarif d’importation et la TVA, car l’article 41 de la loi sur l’aviation civile lui donne cette possibilité. Par conséquent, l’homme d’affaires dit que tout ce qu’il fait est légal… » Récemment encore, Ayau s’est fait prendre dans la nasse électorale du pays : « le financier électoral du président élu Alejandro Giammattei, a un bilan peu orthodoxe. Il s’agit de Richard Callaway Ayau, qui a fait état de dons de vols privés de 129 000 Q $ (16 000 $ US) en mars 2019 ». On peut voir ici deux Cessna de ARM en pleine activité dans le secteur de Mina.

C’est ici le site nomade qui donne le dernier coup de poignard concernant ARM Aviation, avec la description d’une collusion évidente avec l’actuel président Alejandro Giammattei, comme quoi rien n’a vraiment changé dans le pays : « Il  s’agit de la société ARM Aviation qui a fourni 24 services en mars. Au total, le parti a évalué ces dons non monétaires à Q129 000 (environ 16 000 $ US) uniquement sur des vols privés pour la campagne de Giammattei, où il était sans faute d’atteindre l’intérieur de la république par hélicoptère. Après ce rapport, en avril, le parti a cessé de publier des vols privés sur lesquels Giammattei s’est déplacé pour ses rassemblements. En mai, ils ont commencé à publier les vols, mais cette fois-ci en tant que dépenses en espèces, c’est-à-dire que le parti les a payés. En mai et juin, ils ont omis le nom de l’entreprise qu’ils avaient payée pour le service. En moyenne, pour chaque voyage, un coût de 5 000 Q par transfert a été signalé. Comme l’a déclaré le parti devant le Tribunal électoral suprême, Vamos a dépensé 284 740 Q en vols aériens en 5 mois ». Ci-dessous une image parlante d’un voyage effectué en février dernier encore à Santiago Sacatepéquez par Alfonso Alonzo le Ministerio de Ambiente y Recursos Naturales, déposé sur place par le TGHRP de Arm Aviation, une découverte de Prensa Libre. L’hélico (un Eurocopter EC 130B4) transporte le ministre quand il ne fait pas dans le tourisme arboricole… à  » Q72 mil por 10 horas de vuelo »…


A droite, un des Twin Otter de Arm. Ici en vidéo leur TG-JCA se posant sur de l’herbe à Aguas et là à Tortugas, là le TG-JOC se posant sur une piste de terre. « En février, le donateur était Transportes Aéreos de Guatemala S.A et en mars ARM Aviation, les mois suivants ne montrent le nom d’aucune entreprise. ARM Aviation a conclu 164 contrats avec l’État en 9 ans et est l’un des plus grands prestataires de transport aérien du gouvernement. Au total, il a facturé 212 millions de dollars en voyages uniquement. ARM Aviation est la deuxième entreprise la plus sous-traitée pour ce service, seulement après Helicopteros de Guatemala Sociedad Anónima qui a fourni des services pour plus de Q340 millions ». Ici à droite, un des LET d’ARM Aviation qui fait double emploi, car il sert à transporter des touristes mais aussi à disperser les pesticides !!! Exemple ici dans le site lui-même de la société, qui le montre en lien « fumigacion » (c’est le TG-TJH ex Tika Jets) : à ma connaissance c’est la première fois qu’un appareil de ce type sert à ça !!!

« L’autre société de Callaway, Inversiones 777, a également reçu deux contrats d’une valeur de 1,8 million d’euros. Et les récompenses peuvent continuer de croître au sein du gouvernement Giammattei. Parmi les services les plus controversés fournis par cette société figure la sous-traitance des services du ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles à la société ARM Aviation. L’actuel ministre du portefeuille, Alfonso Alonzo, a loué un hélicoptère payé avec l’argent de l’État pour aller voter lors de la consultation populaire. Le transfert a été effectué du Guatemala à Santiago Sacatepéquez. Alonzo a été interrogé au Congrès et a déclaré qu’il ne connaissait pas les questions environnementales, mais il n’a pas perdu sa position au sein du cabinet. Selon une enquête menée par Soy502, le pilote Otto Fernando Gramajo, d’ARM Aviation, était lié au cercle militaire qui entourait Mauricio López Bonilla, ancien ministre de l’Intérieur (condamné à 8 ans et 6 mois pour fraude dans l’affaire Armored et 12 ans 9 mois pour l’affaire Patrullas II pour fraude et spéculation) sous le gouvernement d’Otto Pérez Molina. Parmi les conclusions présentées par les médias, il est décrit que le pilote a agi en tant que conseiller du gouvernement tout en travaillant avec ARM Aviation (entrepreneur d’État à cette date). Gramajo a écrit des chèques pour des chiffres volumineux alors qu’il travaillait « ad honorem » pour le ministère de l’Intérieur à l’époque de l’ancien ministre Eunice Mendizábal ». Ci-dessous une des destinations favorites du Twin Otter de ARM Aviation (le 3 février 2019) : le Belize (on va y venir ) ! (photo Tomasz Kozakowski)

Des pilotes à double casquette

Dans un tel pays, où les avions sont si importants pour l’économie souterraine, disons, pour rester poli, leurs pilotes sont donc naturellement choyés ou écoutés jusqu’en plus haut lieu. Dans le genre, le site d’opposition « chapinesunidosporguate » en a trouvé un bon d’exemple du genre. Des photos individuelles à l’appui mais aussi celles des obligations contractuelles signées entre la société ARM et l’Etat. « Dans le document, le représentant légal d’ARM Aviation, Richard Callaway Ayau, déclare que le gouvernement guatémaltèque encourt «un défaut de paiement des services mensuels contractuels» pour l’entretien des hélicoptères, ce qui rend difficile le respect de ses obligations. » Ci-dessous le Cessna 208D TG-APG tout blanc de ARM Aviaçon :

« Les mensualités doivent être élevées, car le contrat s’élève à 196 millions 871 mille 739 quetzals pour 24 mois. M. Gramajo, au nom de la société «Conception d’espaces et d’objets, société anonyme», s’engage à contribuer «au montant total des dépenses engagées par l’entité ARM Aviation» pour la maintenance et l’exploitation des hélicoptères depuis le 22 du Novembre 2014 jusqu’à la fin du contrat. Cet argent serait remboursable au moment de la réception des paiements officiels. Pour ces services, M. Gramajo recevrait une rémunération de 2 000 quetzals par mois. Le contrat, rédigé par l’avocat Enio Ismael López Beyer, souligne dans sa clause numéro 11 que tout son contenu est confidentiel, bien qu’il s’agisse d’un service essentiel fourni au gouvernement guatémaltèque. Étrangement, M. Gramajo a également reçu une offre d’emploi de la société ARM Aviation le 31 octobre 2014, 18 jours avant la signature du contrat de maintenance des hélicoptères. L’offre reçue par M. Gramajo était extrêmement généreuse: pour le poste de directeur des opérations, l’entreprise lui a offert un salaire annuel de 151 mille 200 dollars en franchise d’impôt (environ 1 million 157 mille quetzales), plus une prime annuelle de 7 mille 560 dollars (environ 58 mille quetzales), plus le paiement de votre téléphone portable et une assurance médicale » (…) « Gramajo, cette fois au nom de l’entité «Comercial Futura», s’engage à assumer toutes les «dépenses et services » engagés par Hélicoptères du Guatemala, en échange de« bénéfices nets après impôts », résultant de l’exécution du contrat ».

L’hélicoptère des sicaires

Des avions mais aussi des hélicoptères, forts répandus au Guatemala comme on l’a vu ici déjà : le bel hélicoptère ici à gauche, immatriculé TG-ALG, modèle Aérospatiale AS 350B Ecureuil, numéro de série 1933, a été saisi en avril 2018 par la police alors qu’il était utilisé par une bande de kidnappeurs, surnommés « Los Reyes de la Carne » (« les rois de la viande ») , le kidnapping étant la deuxième grande ressource des malfrats après le trafic de coke.  Son leader étant José Luis Jiménez Echeverría alias « el Talibán », secondé par Sheila Johana Wing López alias « la Patroncita », arrêtés tous deux le 23 avril à Tiquisate, près d’Escuintla,!!!  Les autres étant rattrapés dans la finca El Paraíso, à Cobán, avec trois fusils d’assaut K-47, deux AR-15, deux fusils simples dont un à lunette de visée, des munitions à profusion et tout un lot de téléphones portables divers (ci-dessous à gauche).

Le gang avait kidnappé l’avocate Kattyna Elizabeth Acuña Jerónimo en août de l’année précédente. C’était la conseillère juridique de la communauté de Villa Nueva. La raison de son enlèvement par ses sicarios véritables, c’était la découverte qu’elle avait faite de tout un réseau financier qui consistait à ce que certains propriétaires louaient les lieux à des tiers pour un prix plus élevé que le montant versé à cette commune : un blanchiment d’argent évident ! Or, on découvrait alors que le fameux hélico employé par ses ravisseurs appartenait à la société Entrenamiento de Vuelo Aéreo, S.A d’Edson Ramón Francisco Pinelo Ochaeta S.A. qui est aussi l’assistant du député Julián Tesucún du Frente de Convergencia Nacional (FCN−Nación). Un lien gênant avec un politicien, un de plus. Ochaeta étant lui repéré financièrement au Panama… Ce dernier selon Soy502, que je reprends ici, dira à la presse : «Je connais Edson, sa famille depuis plusieurs années. Ce sont des peteneros (habitants de Peten) comme moi, je n’en savais rien. Il n’a pas suffisamment de revenus pour justifier la possession d’un hélicoptère », avait expliqué le député. Une autre recherche a été faite auprès de la société Entrenamiento de Vuelo Aéreo, S.A. et son second propriétaire, Abdiel Jimenez Echeverría. « En 2014 », selon Soy502, « elle avait obtenu un contrat avec le ministère de l’Intérieur (Mingob) pour un montant de 72 mille quetzals pour la location de trois véhicules blindés au service du premier vice-ministre. Sa représentante légale, Leslie Karina Agvik Gruest, étant liée selon le journal à l’affaire «Blindados Fase II», pour avoir prétendument fourni un service de location de voitures blindées sans pouvoir se conformer aux dispositions du contrat ». Le propriétaire affirmera devant les policiers ne rien savoir de la location de son hélicoptère par les malfrats…. Ochaeta parlant lui de « falsification« … Depuis, l’Ecureuil a tout simplement été intégré à l’aviation guatémaltèque, en devenant le « 153 », vu ici le 29 juin  2019… à La Aurora ! Pour la justice, ses propriétaires avait bien été indélicats !!!

 

 

(1) La firme dirigée par Kim Thompson, ici à droite, se chargeait de tout, y compris de réinscrire l’avion comme elle l’explique encore aujourd’hui candidement sur son site : « Environ un tiers des 357 000 appareils immatriculés aujourd’hui ont des dossiers inexacts. Au moins 100 000 d’entre eux ne devraient pas se réinscrire. Une notification rapide d’un changement de propriétaire, d’adresse postale ou de destruction d’un aéronef est depuis longtemps exigée par les règlements d’immatriculation. Sans ces rapports des propriétaires, les dossiers de l’avion n’ont pas pu être mis à jour. Le Registre a révoqué les enregistrements en raison de modifications non signalées; Cependant, ce processus est lent et coûteux. Dans de nombreux cas, l’immatriculation serait révoquée, mais les propriétaires dont les avis ne pouvaient être délivrés ne le savaient pas et continueraient d’utiliser leur aéronef non immatriculé. Le réenregistrement des aéronefs admissibles a lieu entre le 1er octobre 2010 et le 31 décembre 2013, mettant à jour les États-Unis le registre des aéronefs civils avec les données actuelles dérivées des contacts récents avec les propriétaires d’aéronefs. Le renouvellement de l’immatriculation tous les trois ans, avec d’autres nouveaux outils, permet à la Direction de l’immatriculation des aéronefs (Registry) de tenir à jour les informations d’immatriculation des aéronefs. « Ces améliorations nous permettront de mieux connaître l’état de l’industrie aéronautique, en particulier l’aviation générale », a déclaré Randy Babbitt, administrateur de la FAA. « Nous répondons également aux appels des forces de l’ordre et d’autres agences gouvernementales pour des données d’enregistrement plus précises et à jour. » Le réenregistrement, le renouvellement et l’expiration effaceront les avions inactifs de la base de données. La disponibilité du traitement en ligne pour de nombreux propriétaires, et des rappels périodiques de la FAA pour renouveler le certificat, devraient maintenir les gains en précision et en actualité. Cela est essentiel à la sécurité, à l’application des réglementations et à tous les niveaux de l’application des lois ». Comment donc, malgré cette belle présentation, et ces belles intentions a-t-on pu vendre un avion de cette taille à un trafiquant notoire ? Quelque chose a échappé là à l’administration US ! Thompson, elle aussi, est membre de la NAFA (https://www.nafa.aero/profiles/kim-thompson-1), la National Aircraft Finance Association, une association qui fait le pont avec le secteur bancaire par financer les achats d’avions. C’est là aussi qu’est le problème ! Dans les banques, bien sûr, qui profitent du système !

(2) décrit sans ménagements ici : « Discret, M. Pérez Molina l’est enfin sur ses liens avec le crime organisé. Issu de la promotion 1973 de l’Ecole polytechnique d’où a surgi « le syndicat » — une organisation accusée d’activités criminelles de contrebande et de trafics en tout genre —, il en serait l’un des membres actifs, selon les Archives de la sécurité nationale (NSA), un centre de recherche basé à Washington. Dans le cercle proche de M. Pérez Molina ainsi qu’au sein du PP, on compte nombre de personnalités accusées de participer à des structures criminelles. C’est le cas du chef de campagne de l’ancien militaire, le lieutenant Héctor Lopez Bonilla, proche de feu Jose Luis Ligorria, lui-même accusé d’être l’un des dirigeants du groupe de narcotrafiquants Zetas C’est également le cas de M. Jorge Hernandez, ancien membre des services de renseignement militaire (où il œuvrait sous les ordres de M. Pérez Molina), responsable présumé d’une vague d’assassinats de chauffeurs de bus, en 2008, laquelle avait permis la promotion du message sécuritaire de M. Pérez Molina. Ce dernier assure ne pas vouloir « négocier avec les narcos » et ne recevoir aucun financement issu d’activités criminelles. Pourtant, dans le câble diplomatique précité, M. Pérez Molina reconnaît être en contact avec l’une des plus importantes familles du narcotrafic : les Mendoza. Mais seulement avec le « petit frère Mendoza, le plus honnête » »…

(3) une expansion galopante vers le Honduras, le Mexique et le Brésil, pays qui lui a valu des déboires financiers là aussi: « En 2006, elle a racheté la marque «Premium, celle de la Star» à la société IMSA de México (Industrias Monterrey S.A. de C.V.), opération qui sera suivie en 2008 d’une «alliance stratégique» avec l’entreprise familiale brésilienne Gerdau. Avec le groupe Gerdau, Aceros de Guatemala est renommée Central American Steel Corporation en Amérique centrale. Avec une participation de 180 millions de dollars US (environ 1 333,71 millions d’euros), la société brésilienne acquiert 30% des actions de la société guatémaltèque. «L’alliance avec la Central American Steel Corporation positionne le groupe Gerdau comme l’un des plus grands acteurs d’Amérique centrale et des Caraïbes. L’Amérique centrale est une région stratégique et devient une opération importante, avec les unités du Mexique et de la République dominicaine, pour répondre aux demandes du marché local. En outre, l’Amérique centrale a connu une croissance économique excessive ces dernières années », a déclaré André Gerdau Johannpeter, PDG du groupe Gerdau, dans un communiqué interne de l’entreprise concernant cette acquisition. Dans un jeu de symétrie ironique avec son frère cadet, Grupo Gerdau, l’une des principales entreprises sidérurgiques d’Amérique latine, il a été confronté trois mois après le scandale d’évasion d’Aceros de Guatemala, sa propre accusation de fraude fiscale et de pots-de-vin aux fonctionnaires de l’État. L’accusation du procureur brésilien dans cette affaire estime une fraude de 429 millions de dollars américains (environ 3 178,67 millions d’euros) au milieu d’une enquête appelée « Opération Zelotes », qui traque certains des principaux hommes d’affaires brésiliens pour des cas de fraude estimés à 6 milliards $ US (environ 44 457 millions $ Q, plus de la moitié du budget national du gouvernement guatémaltèque en 2017).

*https://fr-fr.facebook.com/ETAPGT/photos/a.197575490271185/701494246545971/?type=3&theater

 

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