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Coke en stock (CCLXXV) : en 2016, une première prise de conscience… sans grand lendemain

Une tentative de s’attaquer au trafic en son fief de l’aéroport de La Aurora, dans la capitale guatémaltèque, a bien eu lieu en 2016, à la suite d’un changement de gouvernement, le nouveau président d’alors, Jimmy Morales, ayant promis de s’y attaquer.  C’était une première, alors que depuis des décennies on le savait que cet aéroport et un bon nombre de ses hangars abritaient des sociétés douteuses. Plusieurs seront visités, dont un en particulier dont nous allons décrire aujourd’hui en détail le contenu.  Des hangars dont les avions effectuaient régulièrement des visites au Mexique, les avions provenant eux-mêmes du continent américain.  Deux endroits particulièrement revenaient comme fournisseurs : les Etats de Floride et du Texas. Là encore, c’était sans surprise : nous avons déjà évoqué ici cette provenance particulière (1) et le rôle « historique » de Miami, avec Fort Lauderdale et Opa-Locka notamment…

En 2015, au Guatemala, on change de président : c’est le populiste Jimmy Morales qui est élu, au lieu de Sandra Torres sa rivale de gauche. Le pays venait d’être secoué par la démission en mai de la vice-présidente Roxana Baldetti, accusée de corruption, qui avait embarqué avec elle toute une clique tournant autour du président Otto Pérez Molina. La classe politique avait été secouée, certes, mais c’est le peuple surtout qui réclamait un coup de balai. Jimmy Morales, pas très chaud au départ, se voit donc contraint de commencer à épurer le pays des corrompus notoires et de demander à ses différents ministères d’effectuer un nettoyage de fond. La drogue étant un des sujets et un des objets fondamentaux de cette corruption, l’accent est mis sur les vecteurs d’arrivage de cette dernière. Cette drogue s’invite en effet dans toutes les campagnes électorales depuis 1986, comme on le fait remarquer ici. En ligne de mire, le soutien de Los Zetas au Partido Patriota et les affaires autour de la longue piste semi-clandestine de Playa Grande et les trois morts récemment parmi les soldats faits prisonniers par les trafiquants, alors qu’ils venaient de surprendre à El Estor un déchargement de cocaïne d’un avion clandestin. Des armes, des fusils à pompe, avait été retrouvés à proximité du triple assassinat, le président en personne s’étant rendu aux obsèques pour porter l’un de cercueils (une image forte s’il en est)…

Des avions perquisitionnés et vérifiés

Des ports sont donc inspectés mais aussi un aéroport, le principal situé dans la capitale, El Aurora, soupçonné depuis longtemps d’être la plaque tournante du trafic de coke.  En 2016, les autorités décident donc dans un premier temps d’inspecter 42 avions réputés douteux à la Aurora. Un joli nombre comme on le voit. On affiche dans la presse une série de vignettes minuscules les présentant, sans préciser leur propriétaire. Pour rassurer la populace, visiblement (on s’apercevra plus tard que les promesses de Morales étaient plutôt du pipeau et que lui-même était corrompu !).  Dedans, il y a même un hélicoptère (noir à immatriculation rouge, au milieu ici, parmi un beau lot de Beechcrafts) :

Au final, 17 engins sont immobilisés pour des erreurs de déclaration administratives, 3 pour infractions pénales et 1 pour une irrégularité d’enregistrement. Rien de transcendant donc, pas de détection de traces de cocaïne menée à l’intérieur des aéronefs. L’Etat comptait ainsi faire un exemple et montrer qu’il agissait. Sans plus ajoutera-t-on. La presse du moment se régale de la décision, l’Etat lui-même étant mis en cause par son laxisme précédent : « les coups portés au ministère public continuent de révéler les réseaux entre le légal et l’illégal. Cette fois, plusieurs avions ont été retenus dans des actions conjointes qui avaient le soutien des États-Unis. Les informations fournies par le député (à la sécurité) ne détaillent pas l’immatriculation ou la propriété des avions arrêtés. Mais sur les photos présentées lors de la conférence de presse, il est possible d’identifier certains avions. Le CMI a trouvé des informations sur certains d’entre eux dans les bases de données d’immatriculation des avions. Lors d’une conférence le 21 octobre, le ministère public et d’autres instances de l’État ont annoncé que 21 avions, pour la plupart de petits avions, avaient été retenus pour irrégularités à l’aéroport international de La Aurora ».

Le pari

L’idée première, aujourd’hui, est donc aussi un pari : celui de retrouver tous les appareils « irréguliers » montrés en images plus ou moins floues et de les examiner en détail, pour savoir si on avait affaire à de l’esbroufe ou pas. Pari tenu, pour la reconnaissance, comme vous allez le constater… Voici en attendant la déclaration du ministère public annonçant l’enquête : » «Dans une stratégie commune menée par le ministère de l’Intérieur à travers les unités de la police civile nationale, la SGAIA et DIPAFRONT, le ministère public et l’aéronautique civile, une série d’opérations régionales, appelées« Buen Viaje III », ont été menées dans le L’aéroport international de La Aurora, où l’immobilisation de 21 appareils présentant des irrégularités a été réalisée. » L’opération s’est déroulée du 18 au 21 octobre, dans une coordination internationale du Panama au Guatemala, assurant la couverture et le suivi d’informations spécifiques sur les événements précédents, dans le but de détecter différents délits tels que: blanchiment d’argent, trafic de drogue et attaques sécuritaires aérien. Les résultats qui ont été suivis montrent des personnalités importantes de la politique et du monde des affaires du pays. Ceux qui ont été soulignés :

« Dans le cas de l’avion immatriculé sous le numéro N73RE, (un Piper PA-31P Navajo de 1975) il a été constaté qu’il était au nom de Group Solid of Florida, basé à Doral, en Floride, aux États-Unis. Le groupe est présidé par les Guatémaltèques Melanie Ascoli Montano et Michael Edward Ascoli Girón. Le Solid Guatemala Group s’enregistre sous ce nom à Guatecompras et a comme représentants légaux, entre autres, le groupe familial Ascoli. Le Groupe Solid est reconnu pour sa marque et ses magasins commerciaux (proposant de la peinture), vendant des tableaux de La Paleta. Selon le député, l’avion en question fait partie d’une enquête, mais n’indique pas de quel type ».  Premier chou blanc, en quelque sorte.

« L’avion léger N8277K est immatriculé au nom de Herbert Leopold Hauser, propriétaire de la société guatémaltèque Solar Technology Engineering, basée à Antigua Guatemala ». Au 24 juillet 2018, ici à gauche, il semblait abandonné… derrière un hangar de La Aurora. Celui-là, en train de se détériorer, semble ne pas pouvoir revoler avant longtemps.  La visite des inspecteurs de l’administration semble lui avoir été fatale. Il n’a plus volé depuis.

Le petit N4120W, un Piper PA-32-300 Cherokee Six très coloré, ne pose pas vraiment problème, il a été vu sur l’Aeroclub d’Iztapa, au Guatemala, alors que son propriétaire demeure texan (à El Paso). C’est certainement ici une vérification de sécurité, sur l’imagette publicitaire l’appareil semblant en révision dans son hangar. On l’imagine mal servir de transport de coke avec un livrée aussi repérable, remarquez…

Mais laissons donc nos enquêteurs poursuivre : « enfin, jusqu’à présent, il n’a pas été possible d’établir l’origine de l’avion immatriculé N239TT, détenu aux États-Unis, qui est immatriculé au nom de deux sociétés au Guatemala et la représentation de M. Carlos Castañeda, une situation qui pourrait être vérifiée grâce à la coordination interinstitutionnelle avec l’ambassade américaine,
comme l’a commenté le vice-ministre Dávila.
En  2012 il affichait fièrement un drapeau texan sur son empennage.

Le 19 avril 2017, après ces vérifications, il était devenu TG-MAM et avait été complètement repeint (ici à gauche)… auparavant, encore sous l’appellation N239TT.  Il avait effectué son vol d’arrivée au Guatemala en provenance de Miami le 6 décembre 2016. A droite ci-dessus il visitait le Costa Rica le 22 avril 2016.

« Selon l’immatriculation des appareils aux États-Unis, l’avion appartient à Caslem Corporation et à EzFly, basées au Delaware, aux États-Unis. En attendant de plus amples informations du ministère public, une série de questions entourent les autorités qui contrôlaient l’aéroport international de La Aurora. » Le  20 avril 2017 la FAA annonçait l’annulation de son inscription à la FAA en raison de sa vente à l’export... au Guatemala ! Rien en revanche sur sa saisie aux Etats-Unis proclamée par les autorités guatémaltèques.  Caslem possède bien d’autres avions, dont un Cessna 172 (N2234E) et un Beech Baron B55 (N246RC) et un Piper PA-34-200T (N3017Q) : or ils ont tous été exportés au Guatemala !!! Ci-dessous le Beech Baron N246RC (TC-801) en train d’effectuer le trajet Key West, Floride, vers Cozumel, au Mexique, le 31 août 2014…

Le beau Cheyenne bleu et blanc N901TK, dans la liste suspecte aussi, aurait dû aussi davantage attirer l’attention : celui-là a réussi l’exploit de renouveler le 17 janvier dernier son inscription anonymisée chez le désormais célèbre Aircraft Guaranty Corp Trustee, alors qu’il l’avait déjà fait trois ans auparavant le 3 juin 2017, au siège de la société qui était à Onalaska et qui vient de s’installer en Oklahoma, après la mort  de son fondateur (j’y reviendrai bientôt). Cette inscription, on le sait, est pourvoyeuse d’envois d’appareils à des trafiquants, ces publicités (on va y revenir) évoquant même le fait que cela permet les saisies des avions par la DEA !!! Un comble ! Les trajets de l’engin ne sont pas non plus pour rassurer : le 20 décembre, ainsi, il effectuait le trajet Miami-Guatemala-City  (il est en photo en vol en train de de décoller de la Aurora le 21 juillet 2018).

Le N312DE est lui un gros Beechcraft  300 Super King Air, numéro de  fabrication FA-49 049, de 1985. Particularité, en 2011 il était devenu un temps mexicain chez Tractoavion Ventas y Soluciones en Transporte SA de CV (en 2011), un vendeur de camions, avant de redevenir américain en 2013 sous le nom de Mor Aircraft Company dont on ne sait rien à vrai dire. Le flou total.

C’est en fait un ancien appareil des forces aériennes guatémaltèques de 1991 (TG-CPG, devenu 751 dans l’armée vu ici  en 2009 amenant Alvaro Colon à un sommet à San José) !!! Mieux encore : c’était l’ancien avion présidentiel !!! Le voici le 17 novembre 2014 en train d’effectuer le trajet Orlando (Floride) vers Tuxla Gutiérrez (Mexique), la capitale de l’Etat du Chiapas, la terre des indiens Zoque.  Soupçonner l’ancien avion présidentiel , ça donne une idée de la déliquescence des institutions au Guatemala !!!

Des Beechcraft 90 qui volent toujours depuis

Le beau N40NXJ, décoré aux couleurs de Jaguar, est un Beechcraft C90A King Air de 2001 (LJ-1640).  Il appartient à la non moins célèbre Wells Fargo Bank Northwest NA Trustee depuis le 25 mai 2017. De 2001 à cette date il appartenait au Wells Fargo Bank Northwest NA Trustee.  Autrement dit, on ignore son véritable propriétaire depuis toujours, qui s’est arrangé pour changer de Trustee après qu’on lui a cherché des poux au Guatemala, où l’avion circule tous les jours en fait, ou presque.  Il est ici photographié récemment le 26 janvier 2019 au Salvador, sur le San Salvador Ilopango Int.

La plus floue des imagettes, de surcroît déformée, est celle d’un autre Beech 90 king Air, un modèle E90 cette fois quadripale (ici à gauche). C’est en réalité le LW-203 immatriculé N203RD qui vole toujours de nos jours au Guatemala : il est ici en photo au-dessus de Guatemala City, en train de décoller le 5 janvier 2019. Lui aussi est un habité des vols direct Miami-Guatemala City, comme le prouve ce vol en date du jeudi 28 novembre 2019 :

Le N114DB est un autre Beechcraft 90 King Air.  C’est un vétéran datant de 1984, depuis 2004 chez Sump Ltd dont on ne sait strictement rien en fait comme société. D’où les inquiétudes compréhensibles des autorités. L’appareil, le LJ-1097 a un beau parcours : c’est l’ancien OY-JAJ, d’une société danoise –Alpha Air-  effectuant des trajets vers le Groenland, l’ex N69261 d’Essex Invest, JA8838, OY-JAJ, N114DB, N757BA qui a été récemment racheté par Baker Aviation LLC de Forth Worth (le 12 avril 2019) pour devenir N757BA, et être revendu quelques mois plus tard 945 000 dollars à l’obscure BT Squared LLC, Amarillo au Texas le 9 octobre, un tarif qui le place hors de portée des candidats à devenir kamikaze à coke. Tout cela sans jamais avoir changé de livrée depuis 1984, un vrai record (mais avoir néanmoins changé de moteur chez Alpha Air en s’équipant de kits d’upgrade PT6A-66B Blackhawk -135A) !

En mission pour le seigneur

Le plus surprenant, c’est ce Cessna bleu et blanc à filets ondulés dorés montré dans la liste et d’une autre catégorie : c’est le N7144Q (1975 un modèle U206F de 1975 appartenant à des missionnaires du Jungle Breezes Youth Ministries. Ici un de ses pilotes nous fait la visite façon selfie, le sourire béat et satisfait des missionnaires aux lèvres. La photo de l’interview des créateurs de la mission (ici à droite) un couple bien classique de missionnaires renforce l’idée, le sourire contemplatif toujours aux lèvres (ici à droite). Dieu les habite, c’est sûr ! Mais l’appareil effectue lui aussi des trajets forts prisés des trafiquants, tel celui du 17 février 2016 reliant Marathon en Floride à Cozumel, au Mexique. Pourquoi donc Cozumel et non directement le Guatemala, on laissera cela sur la portée du Cessna 206, chargé de matériel… ou de nouveaux missionnaires. On rappelle au passage que le cas de pilotes jouant entre deux trajets de mission aux pilotes de cocaïne n’est pas à exclure. Je vous avais retrouvé le cas du pasteur évangéliste américain, chirurgien de formation, Jefferson McKenney, le fondateur de Cornerstone, et de son malheureux pilote devenu narco… tombé dans la Mosquitia au Honduras. Accidenté et gravement brûlé, il était mort à l‘hôpital de Loma de Luz.

Parmi les plus inquiétants

L’autre Cessna de la liste, un modèle 172 plus petit, aperçu il y a une dizaine d’années, enregistré au Texas chez Horizon Benefits LLC à Garden Ridge, une société dans laquelle apparaissent deux noms, Shawn Osborne de San Antonio et Thomas J Snyder de Garden Ridge tous deux du Texas. Il est aussi à la tête de Colonial Life and Accident Insurance Co.  A la même adresse on trouve Spencer Productions LLC, et My Skins Game LLC. Le hic c’est que l’une des adresses de l’entreprise est celle d’un parc à caravanes… jouxtant des bâtiments loués !!! Bref, celui-là en particulier semblait bien suspicieux.

 

Un autre du même genre est découvert plus tard : le  30 mars, c’est au tour du N601RG d’être inspecté (il ne figure pas dans la liste de départ). C’est un vieux Piper Aerostar 601P resté dans son jus et ses couleurs des années 70. Il est dans un état déplorable, dépourvu de moteurs et sans gouvernail de queue. Il traînait déjà dans cet état (les moteurs en plus) en 2006 au Costa Rica : comment est-il arrivé-là, mystère ! Il est retiré d’un hangar est définitivement mis au rebut. Un de moins comme candidat à un dernier voyage chargé de poudre blanche ? Derrière lui on distingue le TG-KEL, une autre épave agonisante.

L’avion de la confusion et l’hélicoptère fantôme

Reste dans le lot un cas délicat dont on a déjà parlé ici. Un avion qui a été mêlé à un transfert de coke, celui-là. Enfin lui, ou son clone…  « Dans le cas de la l’immatriculation N895AC, il est enregistrée au nom de Direct Global Ventures, basée au Delaware, aux États-Unis. Cette société est dirigée par Michael Zureikat. Zureikat est membre du conseil d’administration de Unisource Holding Group (GUH), un groupe enregistré à Miami, en Floride et au Guatemala, qui est également propriétaire de l’avion » (c’est un énorme conglomérat agricole incluant Industria Chiquibul S.A. qui fait dans l’huile de palme).  Zureikat est en effet membre du conseil d’administration de Unisource Holding Group (GUH), dont le président est Suhel Thurjuman, et Chiquibul Timber Industry est propriétaire de vastes superficies de palmiers africains notamment à Raxruhá, Chisec et Alta Verapaz, des endroits où l’on trouve des pistes dissimulées dans les plantations comme on l’a vu. À ce groupe appartient Mayafert ou Fertilizantes Maya, l’un des principaux fournisseurs d’engrais de l’État. « Zureikat est arrivé au Guatemala pour clarifier la situation de son avion au parquet et le vendredi 25 novembre, il a envoyé au bureau du Nomad un document du député certifiant que son avion est propre et qu’il ne fait pas l’objet d’une enquête. Le lundi 28 novembre, le Nomad s’est entretenu avec le directeur de l’aviation civile, Carlos Velásquez, pour lui poser des questions sur le cas de l’avion de M. Zureikat et voici sa réponse:- L’avion N895AC a été immobilisé (comme annoncé lors de la conférence de presse) en raison de problèmes de maintenance mettant en danger la sécurité de l’État et de l’espace aérien national. Il a été immobilisé à la demande de la FAA (United States Civil Aeronautics). Quelques semaines plus tard, la FAA a certifié que les problèmes avaient été résolus et l’avion relâché ». Le problème en effet c’est qu’un autre N895AC de Direct Global Ventures, Inc a déjà été retrouvé trois ans auparavant incendié le 28 octobre 2013 au Honduras. Je vous l’ai expliqué ici à l’épisode CCLXIV : c’était en effet l’avion choisi par le trafiquant Chang-Monroy : « le 27 octobre 2013 ou vers cette date, le King Air C90 s’est envolé pour l’Apure, au Venezuela, où 1000 kilogrammes de cocaïne ont été chargés dans l’avion, puis transportés avec succès à Limon, au Honduras ». L’appareil avait été retrouvé incendié, complètement détruit (ici à gauche). La première immatriculation était donc fausse, ça n’était donc pas le sien.  Mais pourquoi donc les deux avions étaient-ils décorés de la même  façon, à l’exception du dôme avant en composite, non peinte, du second ? Les trafiquants auraient totalement copié le premier (elle était plutôt standard, il est vrai : deux appareils d’une série voisine auraient très bien pu posséder la même en effet !).

C’est cet avion qui est le nœud du problème comme on va le voir, car l’examen de son propriétaire déclaré est plein d’enseignements. L’appareil est en effet au nom d’un certain Carlos Castaneda, dont l’adresse de travail est celle d’un hangar récent et peu profond de la Aurora, édifié entre 2013 et 2015 (selon Google Earth)  : « Aeromotores y Transportes, SA Aeropuerto » (c’est situé exactement Avenue Hinapie y calle 18, Hangar L-24, Zona 13). Une première photo disponible sur leur site montre deux appareils. C’est à l’Est de l’aéroport, longeant la piste principale de La Aurora. Le nom a été inscrit sur le toit du bâtiment, ce qui se repère facilement sur Google Earth. Cette première photo montre un Hawker, le N1645 de Dial Aircraft Co appartenant à Rito Rodriquez et dont le pilote Oswaldo Porres Hrstka, ancien pilote de Citation chez Unipharm et de Taca Airlines (à gauche, le Hawker 800XP n°258376 est photographié à Fort Lauderdale le 24 février dernier par le spotter « Badges » (c’est tout récent). L’homme l’est aussi chez Dialum, une société de céramique de Miami mais d’origine chilienne. L’avion effectue souvent le trajet Miami-Fort Lauderdale, comme ici encore le 22 février dernier pour un vol de 1 719 km et 2h 19 minutes. Le second à sa droite est un avion (très) récent, un Bombardier Challenger 350 repérable de loin grâce à sa livrée peu commune et ses ailes bleu-gris, visible sur Google Earth. C’est le N501BZ, en fait le prototype de l’appareil celui de démonstration !!! On peut observer que les hangars qui jouxtent ceux d’Aromotores font le plein.  En face d’eux de vieux bimoteurs parqués depuis un bout de temps, surtout depuis 2014 et qu’en 2015. On retrouve dans le lot  notre fameuse épave de N601RG …  et le Navajo refusé et abandonné par l’armée, alors qu’il avait été saisi en bon état pourtant (voir l’épisode CCLXV).  Aeromotores en avait deux autres de jets, de stockés à l’air libre en 2015 (ici à droite), dont un plus grand que l’autre. Au plafond du hangar est accroché un drôle de zinc version « canard »: on reconnait assez vite un rare Velocity, qui a été photographié à l’intérieur du hangar ici. C’est le TG-GRC. Il est indiqué comme ayant appartenu à John Travolta, mais je n’en ai trouvé aucune preuve. L’avion de l’imagette, le fameux N895AC, on le rappelle, a été « bloqué pour problème de maintenance », ce qui peut paraître un comble quand il sert de publicité à un hangar du même nom…

Le site d’Aeromotores est plutôt indigent et son programmeur a pris soin de ne pas tout nous montrer en page d’accueil : une photo, en particulier, repêchée au fond des pages web, est bien plus parlante que la première.  La voici à droite exhumée de ses pages html. On reconnaît au plafond le Velocity mais aussi sept nouveaux appareils, dont trois indéterminés : un bimoteur à hélices, à gauche,  un Cessna 208B, au milieu, un biréacteur lui aussi indéterminé (sur la droite) et notre Hawker 1645 déjà décrit, plus un Beechcraft 200 immatriculé N106PA qui vole toujours du côté de Miami. C’est le numéro de série BY-11 l’ancien TG-NEL depuis 2010 chez une mystérieuse « F International Inc » enregistrée (bien sûr) à Wilmington dans le Delaware. L’engin a donc déjà été guatémaltèque. A sa gauche, on retrouve un engin connu : notre fameux vrai-faux N895AC, muni de son dôme avant peint, celui appartenant à Direct Global Ventures du non moins fameux Michael Zureikat ! On remarquera que dans le site on s’est arrangé pour ne pas montrer cette immatriculation… plutôt gênante. Mais c’est un autre appareil qui nous intéresse, caché dans le fond du hangar d’Ali Baba d’Aeromotores : un petit Beech Baron rouge et blanc dont nous avons déjà évoqué ici à deux reprises l’activité le 21 février dernier dans l’épisode CCLXII – le 262 éme !). Le « copain » remplaçant du fameux TG-MCA de Jaime Ramón Aparicio, venu prêter aide au gros Beechcraft 300 (Fa-137, ex N467JB, ex C-FTLB) coincé sur une route à Belize le 13  novembre 2010 avec son chargement de coke ! Rappelez-vous donc ! Un avion revendu par, Hector Schneider, d’Eagle Support Corp, installé à Doral, en Floride soupçonné depuis longtemps d’être un aviseur de la DEA (et de la CIA)…  L’engin contenait 2 604 kilos de cocaïne de première qualité (soit pour 57 millions de dollars !)… dans des ballots déposés partout sur les sièges (ici à droite) : pour une fois on avait pas détruit l’intérieur de l’appareil ! Le hangar abrite toujours deux avions fort suspicieux !!! Et pour compléter ce tableau inquiétant, on remarque que ni Carlos Castaneda, ni EzFly Corp ni d’ailleurs aussi Arturo Barillas propriétaie du Beech 90 N312DE n’ont de secrétariat sur place pour gérer leurs affaires : leur gestion est confié à un Business Filings, Inc., une société de courtage faisant partie d’un groupe connu dans le genre, Wolters Kluwer, dont BizFilings est la marque propre :

C’est un paravent complet via CT, en effet : « CT Corporation (ou Corporation Trust Company) est une filiale de Wolters Kluwer, acquise en 1995. Cette société fournit des logiciels et des services d’expertise, notamment juridiques, aux entreprises. C’est aussi la plus grande société boîte aux lettres (registered agent service firm en anglais) au monde. Elle possède le Corporation Trust Center, au 1209 Orange Street à Wilmington, dans l’État du Delaware, État souvent considéré comme un paradis fiscal en raison de sa législation fiscale complaisante. Ce seul bâtiment sert d’adresse légale à plus de 285 000 entreprises » nous rappelle Wikipedia. Pour EzFly, c’est pire encore, car on découvre que ses bureaux déclarés à Miami sont du vent complet : c’est en fait une entreprise d’impression de flyers et de logos, située dans un coin de hangar !!! Leurs numéros de téléphone sont identiques !!! L’exemple vient d’en haut, remarquez : Donald Trump possède 378 sociétés enregistrées dans le Delaware !!! Coïncidence, je vous avais retrouvé en 2016  la même adresse en cherchant un propriétaire de Mig !!! Pour parfaire le tout, on constatera que le site d’Aeromotores fait aussi dans le fake le plus complet, en présentant une photo de hangar qui n’est manifestement pas le sien et dont on pris soin d’effacer toutes les immatriculations d’avions présentés : bref, ces propriétaires de hangar sentent le soufre en effet !!!

 

La suspicion continue avec le seul hélicoptère, fort discret, de la publicité de l’agence de l’air guatémaltèque (ici à gauche). C’est en fait le N29KH, un bien bel hélicoptère de type Bell 222 datant de 1981 (construit à 200 exemplaires) appartenant alors à l’obscure société « GW360V Inc » de Miami en Floride dont on ne possède aucun renseignement (sinon l’adresse d’une maison à 400 000 dollars de Doral, au nord ouest de Miami, dans un lotissement aux maisons très serrées les unes contre les autres). Il a été racheté en 2018 par un Trustee, celui d’International Air Services (3), déguisant ainsi son véritable propriétaire pour 495 dollars (la première année (et 100 dollars seulement pour l’enregistrement à la FAA) . C’est Robert Garretson, qui l’a créé, ce Trustee-là. Aujourd’hui c’est à l’adresse de bureaux… vides. On comprend l’inquiétude du gouvernement guatémaltèque avec un tel palmarès !!! L’engin vaut toujours plus d’un million de dollars, tel ce N222EX annoncé à 1,3 million par son propriétaire âge de 92 ans ! On le voit, même si le bilan véritable de la perquisition n’est pas folichon, de fortes interrogations demeurent sur les propriétaires de certains appareils nichés à La Aurora…

Une étrange apparition

Il en reste un, dans le lot, et c’est peut-être bien le plus étonnant comme vous allez le constater. En conférence, le Procureur Général (MP), Pahola Ovalle, présentant cette première action de la police du pays depuis des années donne des précisions indiquant que dans certains avions ont été constatés « des changements dans le réservoir de carburant, des changements de moteur pour des plus puissants qui, selon l’expérience, sont utilisés pour le transfert de drogue ». On n’indique pas lesquels ont été modifiés, mais on cite alors, en plus du lot, le N827K parmi les avions « américains » visités, qui est en fait l’ancienne appellation du N19WF (LJ-327) de JOTA Aircraft Leasing (depuis seulement le 21 février 2019) et l’ex G-JOTA, racheté en 2011 à Win Win Aviation (alors N902WW). C’est un King Air 90, un de plus, un ex-danois lui aussi, (OY-JRO), un ex version passager transformé en avion de fret. Un (très) vieil avion : on le retrouve dans une publicité des années 60 (ici à droite) le montrant.  L’avion sorti effectivement en 1967, n’est pas vraiment donc de première jeunesse… Devenu donc N139WF, ce qui est sa nouvelle immatriculation. Elément dérangeant supplémentaire : il est devenu anglais, mais a gardé son immatriculation en « N » en se plaçant sous le régime d’un Trustee: le désormais « fameux » Southern Aircraft Consultancy Incorporated Trustee installé à Bungay, dans le Suffolk. Oui, vous ne rêvez pas, celui qui hébergeait le Piper Malibu N264D, l’avion dans lequel a disparu Emiliano Sala… Etonnant, très étonnant !!! Mais c’est ce qu’il est advenu après qui va nous intéresser.

Ci-dessous, l’avion qui était basé à Southend (Rochford ici à gauche, un aéroport qui nous rappelle quelque chose en effet (4)), il est photographié ci-dessous en plein vol le 11 juin 2019… si on sait qui l’employait, on ignore ce qu’il transporte aujourd’hui !!! On notera que le patron de Jota est Simon Dolan, qui est aussi un ancien coureur automobile ayant remporté les 24 Heures du Mans en 2014, en catégorie LMP2, pour Jota Sports, sur la Nissan N°38 Zytek, aux côtés d’Oliver Turvey et Harry Tincknell. Voilà qui nous rappelle les frères Whittington (et ceux-là n’avaient pas vraiment bonne réputation (2)!!!

Le cas de l’ex propriétaire de l’appareil est intéressant, on va s’y arrêter quels instants. D’abord ce n’est pas un mais deux Beechrafts cargos qu’il possédait comme l’a relevé ici le magazine Air-Britain de juillet 2019 à Southend, dans l’Essex :  « Les deux anciens Jota Aviation King Air 90 N139WF (à droite son cockpit) et N143WF étaient toujours là,  à la fin de mai et semblent réticents à partir. «  Le second cité étant le KingAir volant le plus vieux au monde : il affiche 52 ans au compteur. Un avion aussi inscrit chez Southern Aircraft Consultancy Incorporated Trustee !  Dolan est ici présenté comme exemple de réussite industrielle « multi-millionaire » avec la vente en 2014 pour 100 millions de livre de sa première société en « private equity«  à Sovereign Capital. Sa société s’appelle aujourd’hui SJD Accountancy et elle est installée à Berkhamsted, à 26 miles seulement de Londres (les trois plus gros aéroports anglais sont à moins de 50 km). Mais le mieux c’est d’apprendre où il réside désormais : « En 2013, M. Dolan a quitté le Royaume-Uni pour Monaco, un paradis fiscal, où il vit toujours avec sa femme et ses deux fils, âgés de 13 et 16 ans. «Notre maison a été cambriolée et c’était désagréable. J’ai une jeune famille et je ne voulais pas vivre dans un endroit où je ne me sens pas en sécurité. J’ai donc commencé des recherches et j’ai découvert que Monaco était l’un des endroits les plus sûrs où vivre. Cela n’avait rien à voir avec la taxe mais c’est un joli sous-produit. » De là à devenir le voisin de Wilie MacKay, qui lui aussi avait un avion chez Southern Aircraft Consultancy Incorporated Trustee il n’y a qu’un pas…  Fichu dehors de l’école à 16 ans, Dolan vend aussi son livre façon Trump : « How to Make Millions Without a Degree » !! Il avait acheté en 2002 la maison d’1 million de livres du footballeur devenu acteur Vinnie Jones, le fameux « Bad Boy » du foot anglais, en vantant d’avoir obtenu un rabais de 200 000 livres. Après en avoir changé, pour une à 3 millions à Gerrards Cross, Buckinghamshire, il convoitait en juin 2011 une énorme maison de Wentworth Estate à Virginia Water, dans le Surrey au tarif de 12,5 millions de livres (ici à gauche c’est la salle de bains). Comme Trump, il a fait de Twitter le roi de sa stratégie commerciale (et non politique).

Si le N139WF n’est plus le sien, il n’est pas non plus en Angleterre, désormais. Ce sont les canadiens du CADORS (Civil Aviation Daily Occurrence Report System), sorte d’observatoire des incidents aériens dans le pays, qui nous signalent que le 7 juin, venu de Goose Bay, en direction de Bangor, il a demandé à retourner à Goose Bay en raison d’une fuite de kérosène à l’aile droite. Dès le lendemain 8, il reprenait son voyage vers… Corpus Christi au Texas, en s’arrêtant le matin à Magniola, dans l’Arkansas (ici à droite). Mais c’est ce qu’il a fait après qui est beaucoup plus intéressant :

Le samedi 8 juin en effet, il repart vaillamment malgré son grand âge (plus d’un demi-siècle !) … vers Laredo, s’incline l’aile sur la gauche dès qu’il passe au-dessus et s’en va se poser à… Monterrey, c’est à dire au Mexique ! Notre avion anonymisé à donc traversé l’Atlantique, grâce à ses réservoirs supplémentaires incorporés (et si c’était Dave Henderson aux commandes, lui qui pilotait pour  Southern Aircraft Consultancy et a fait de nombreuses fois des traversées de l’Atlantique ?)  D’ici à ce qu’on le retrouve bientôt incendié quelque part au Guatemala ou au Belize après avoir fait un dernier vol au départ du Venezuela ou de Colombie…

L’article conclut que « les problèmes de l’air guatémaltèque sont un secret de polichinelle. Des câbles américains publiés par WikiLeaks ont permis de savoir que le gouvernement de Washington considère une menace pour la sécurité internationale que les trafiquants de drogue peuvent opérer tranquillement dans les aéroports du pays, y compris Guatemala City, comme publié en 2012: «Des sources de la présidence du gouvernement d’Óscar Berger ont déclaré en 2007 avoir découvert un sous-enregistrement des atterrissages et des autorisations de l’aéroport de La Aurora, sans aucune réaction du gouvernement. (…) » Ah voilà donc le nœud du problème du pays ! Les avions de la coke ! Comme celui du président, aussi : lors du procès alors en cours contre l’ancien président Molina, le juge Miguel Ángel Gálvez avait exhibé la maquette à l’échelle en bois du biréacteur surnommé «La Balita» (ici à gauche) qui lui avait été remise par le pilote d’Otto Pérez Molina, un ancien auditeur de l’aviation civile. La réplique du N371CF, un Beechcraft 400A d’une valeur estimée à 6 millions de dollars.

 

 

 

(1) notamment avec la société Eagle Support Corp, qui avait fourni un appareil, un Beechcraft King Air 200 (ici à gauche)  « El Loco » Barrera. L’avion avait sa coke dissimulée dans ses réservoirs, qui avaient suivi un modification au Venezuela. Lire ici les détails du deal. Eagle Support Corp et son directeur Alfonso Schneider ont toujours été soupçonnés de travailler pour la DEA, voire la CIA…

(2) ils ont fondé après World Jet, compagnie d’aviation installée… à Ft. Lauderdale. Cela fait des années qu’ils défrayent la chronique judiciaire aux USA. Bill s’est pris 18 mois de prison en octobre 2018, mais pour fraude aux impôts… via son gigantesque « Spa » et sa gestion pour le moins calamiteuse. Lire ici la partie « drogue » de leur carrière. Le pilote de World Jet, Gregory Dean Smith, étant un « pilot of interest » dans les transferts de coke selon la DEA. Le Springs Resort étant au nom du Gulfstream Group, à Albuquerque !!! Le pilote Gregory Dean Smith était celui qui, avec Clyde O’Conner avaient demandé à Joao Malag0, bien connu ici de leur fournir le Gulfstream qui finira par s’écraser en 2007 dans le Yucatan (déjà !) rempli de sacs de l’armée US pleins de cocaïne… «Clyde O’Conner et Greg Smith étaient depuis longtemps la cible d’enquêtes de la DEA pour trafic de cocaïne d’Amérique du Sud vers l’Amérique centrale et le Mexique», indique la déposition . «De plus, Gregory Smith travaille actuellement comme pilote sous contrat pour World Jet. Don Whittington et World Jet ont été impliqués dans la vente du N987SA de SA Holdings LLC à la société d’infiltration Donna Blue Aircraft. » Le point de départ de pas mal de choses que ce crash, en effet, quand on y songe.

Ici un article éloquent sur les Whittington et la drogue : « La DEA en Floride enquête sur World Jet depuis plus d’un an. La dépositon d’Amell détaille un plan dans lequel la société vendrait des avions à des prix gonflés aux trafiquants de drogue mais conserverait le titre, soit au nom de World Jet ou d’un tiers. Lorsque les contrebandiers auraient fini avec les avions, World Jet les « reprendrait ». Le mandat énumère plusieurs ventes d’avions par World Jet à des trafiquants de drogue connus ou présumés, notamment:

Un jet Hawker 700 qui, selon des sources DEA, a été utilisé pour transporter de la cocaïne du Venezuela au Honduras. Les autorités vénézuéliennes ont saisi l’avion en mai (2017).

Un Gulfstream II acheté en mai, prétendument pour faire passer de la cocaïne d’Amérique du Sud vers l’Amérique centrale pour l’organisation de trafic de drogue Camilo McAllister-Maldonado en Colombie. Une source confidentielle DEA a négocié la transaction et 187 000 $ ont été transférés sur un compte secret de la DEA, après quoi World Jet a transféré l’avion à la source confidentielle, selon la déposition. (à gauche et à droite les deux jets de World Jet : Le Hawker N49RJ, ex N54WJ, et le Gulfstream N128C). Coïncidence, le Hawker avait croisé le Gulfstream d’Epstein devenu YV569T à Puerto Ordaz en mars 2016.

« Un Piper PA-31, que la police colombienne a saisi en 2009 avec plus de 1 700 livres de cocaïne à bord. L’avion est enregistré auprès de World Jet depuis 2008, selon FlightAware, une société qui suit les données de l’aviation ».

L’article oublie au passage le Beech King Air 300, immatriculé N711VN, revendu à Elyahu Smadja, cible d’une enquête DEA de blanchiment d’argent, de trafic de stupéfiants et de ventes d’armes illégales. On l’a retrouvé en mars 2018 stocké au Nairobi-Jomo Kenyatta Int’l Airport (il était ici à Durban en Afrique du Sud en 2014) !!!

La DEA a saisi 645 000 $ de World Jet après que l’avion eut été arrêté en Colombie. Whittington a déclaré aux agents de la DEA à l’époque qu’il n’était pas nécessaire de saisir l’argent, car il l’aurait remis volontairement s’ils l’avaient demandé, selon la déposition (ici à droite la saisie par la DEA de la base des Whittington, l’avion sur la gauche est le N49RJ).

On oublie aussi le vieil Israel Aircraft Industries 1125 Astra N666KL de World Jet (ici à gauche), qui était chez Congo Mining en 2012, retrouvé en train de pourrir ici en 2018… au Panama !!! Son dernier vol remontait en effet au 6 septembre 2015, de Fort Lauderdale vers l’aéroport Internacional Marcos Gelabert situé au Panama !!!

Comment est-il arrivé là et pourquoi l’avoir laissé dépérir ainsi, bonne question !!!

L’avion avait été vendu à un dénommé Robin Ceravaldo de Gordon/Ceravalo LLC (et C & R LENDING LLC) à l’adresse 1301 East Sunrise Bd, Fort Lauderdale, le 28 septembre 2012. L’adresse d’un vendeur de voitures de luxe, celles si prisées par les trafiquants !

« Trois avions vendus à Congo Mining & Services, qui selon la déposition fait l’objet d’une enquête pour blanchiment d’argent provenant du trafic de drogue et d’armes en Afrique vers les États-Unis ». « Congo Mining a plaidé coupable d’avoir volé un avion non enregistré et a accepté une amende de 75 000 $ devant un tribunal fédéral en Floride en février. L’accord de plaidoyer cite un vol le 14 octobre 2012 de l’aéroport de Fort Lauderdale Executive à la Barbade ».

 Un Gulfstream 3 a été vendu le 10 octobre 2012 à Congo Mining & Services, et le 19 avril 2013, il a été enregistré auprès d’une fiducie de R.D. Whittington Jr., selon FlightAware. » Cela-là c’était le N550PP, vu ici en transit à Lanseria en Afrique du Sud en juin 2013.  Relire l’article sur les « deux lascars du NASCAR ».

(3) *https://internationalairservicesinc.com/contact#tab1

(4) Le 27 novembre 2002 c’est sur cet aéroport précisément qu’avaient été saisies 271 kg de chaîne sur un avion de Koda-Air Cargo, alors loué par Avistar, le Boeing 707 de Christopher Barrett-Jolley, 55 ans, de Wellington dans le Somerset et son beau-frère, Peter Carine, 50, d’Hensall, dans le North Yorkshire. L’avion avait été rebaptisé Phoenix (ici à gauche).

Selon ce site, l’affaire aurait de plus été précédée d’une véritable exécution, celle d’une présentatrice de TV de l’émission Crimewatch, Jill Dando (ici à droite), le 26 avril 1999, par un tueur serbe engagé comme garde du corps par… Christopher Barrett-Jolley (ici à gauche). Le tueur en contact avec la pègre de West Midlands, avait fait des confidences dans au bar de l’hôtel Portobello à Belgrade.
On avait accusé auparavant un excentrique, Barry George ; il avait effectué 6 ans de prison.  Selon cette source, le tueur avait été envoyé par Arkan, le leader du groupe paramilitaire des Tigres, venu de Yougoslavie en passant par l’Allemagne, et la France. Christopher Barrett-Jolley avait auparavant en effet transporté pas mal d’armes via les pays de l’Est. Le Boeing lui-même avait été remis à neuf à Belgrade. L’un des pilotes de son équipe était le belge Ronald Desmet, autre trafiquant notoire. Tout cela est expliqué ici : « Le vol dont on parle aujourd’hui a démarré de Belgrade le 11 octobre 2001 (juste après les attentats du 11 septembre,qui l’avaient retardé !). L’avion a fait de l’essence aux Iles Canaries, puis a volé jusque Montego Bay en Jamaïque. Là on y a chargé des « documents spéciaux » selon les déclarations en douane : des valises et des sacs de voyage, contenant 271 klos de cocaïne pure (22 millions de livres). Puis l’avion est reparti dans l’autre sens, en ayant bien pris soin de mettre davantage de kérosène qu’à l’aller. Arrivé au dessus de Las Palmas, aux Canaries, il annonce qu’il a « des problèmes techniques » et se détourne tranquillement vers « son » aéroport de Southend, dans l’Essex, en Angleterre. Tout se passe parfaitement à un détail près : le comité d’accueil qui l’attend à Southend ce 16 Octobre 2001 n’est pas tout à fait celui espéré : son garde du corps serbe l’a trahi, et a donné le filon à la police. C’est la fin de la carrière famboyante de Barrett-Jolley,à 55 ans seulement. Verdict : 20 ans chacun pour les deux hommes, lui et son beau-frère. Barrett-Jolley, sans le savoir, vient en 2001 de montrer la voie à suivre pour les transports importaynts de drogue.
C’est lui aussi qui a inauguré le coup de la panne pour changer d’aéroport au dernier moment. Lui aussi qui a songé au poisson pour masquer la drogue au retour. Lui aussi qui a mélangé livraison d’armes et de drogues. Ce qui l’a trahi, ce sont aussi ses mails avec son beau-frère, qui étaient décortiqués par la police et le MI6. Un très bon pilote, certes, mais bien trop bavard ! »
Jolley avait aussi fourni en 1995 le BAC-111 EL-ALD au général sanglant afghan Dostum, qui s’en était servi pour transporter des armes à sa façon.. sur les sièges (ici à droite) ! Il avait été stocké ensuite à Malte. L’avion était arrivé en Afghanistan avec des papiers qui indiquaient qu’il était bon déjà pour la casse… c’était en effet celui-ci, le EI-BWK, un ancien de la Braniff, retapé pour British Air Ferries qui l’avait revendu ensuite au Sénégal, en 1993. Retrouvé plus tard au Rwanda devenu 9XR-RA, il a (enfin) arrêté sa carrière en 1998 à Lanseria.

 

 

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