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Coke en stock (CCLXXI) : au paradis (ou l’enfer) des brokers, les avions fantômes

 

Et puis derrière toutes ces arrivées d’engins chargés de cocaïne, il y a des vendeurs : outre les trafiquants eux-mêmes, les principaux responsables du fléau. Peu soucieux de vérifier l’identité de leurs acheteurs, ils confient de vieux coucous à des « fiducies« , des sociétés créées exprès pour masquer le véritable propriétaire et les protéger en cas de saisie (je reviendrai un peu plus loin plus en détail sur ce sujet qui est le nœud du problème du trafic aérien).

 

Je vous ai retrouvé deux exemples plus étonnants encore, mais aussi un énième exemple flagrant de cet état de fait.  Encore un Hawker, retrouvé en train de brûler au lendemain de son achat « anonyme’ !

 

Le cas étonnant du Beechcraft XA-RDJ, acheté sans pouvoir s’en servir

Cet avion mexicain, un Beechcraft 200 N°BB-1907 de fabrication, présente un CV passionnant : en 2013, il se fait saisir par les autorités fédérales mexicaines, car selon elles, il a été acheté en 2005 par Francisco Antonio Colorado Cessa, (ici à droite), un homme d’affaires mexicain qui vient d’être reconnu coupable de blanchiment d’argent au profit du groupe violent de  « Los Zetas », pour une sombre affaire de tripatouillages de chevaux de course (il travaillait pour Miguel Treviño Morales (alias « Cuarenta” et “Z-40, qui possédait d’ailleurs ouvertement un ranch en Oklahoma)). Colorado possédait aussi une compagnie pétrolière, ADT Petro­ser­vi­cios, repérée en 2012 par le dépar­te­ment du Trésor améri­cain, pour avoir pompé de 100 millions le géant Pemex, l’en­tre­prise publique pétro­lière mexi­caine !!! Il était aussi en relation proche avec le gouverneur de Veracruz Fidel Herrera. Colorado avait de l’entregent en effet : le 16 mai 2013, la candidate à la présidence du parti Parti action nationale (PAN) Josefina Vázquez Mota, sera vue à plusieurs reprises emprunter ses avions. Elle démentira l’avoir fait, parlant « d’avions taxis », loués. Le 17, c’est le célèbre Miguel Ángel Yunes Linares, le gouverneur (passé du PRI, longtemps resté au pouvoir au PAN) de Veracruz qui fera de même alors qu’il déclarera juste après qu’il ne connaissait pas l’homme d’affaires, bien entendu. Linares sera accusé en juin 2019 d’avoir détourné 1,8 milliard de dollars !!! On voit ici en 2006 l’appareil cité effectuer le trajet Houston-Toluca (il était alors encore immatriculé aux USA, via le WFBN Trustee, en fait la fameuse Wells Fargo Bank Northwest, en N37307):

Pour aggraver son cas, Colorado n’avait en effet rien trouvé de mieux que d’offrir 1,2 million de dollars pour soudoyer le juge fédéral chargé de son affaire !!! Condamné en 2016 à 20 ans de prison fédérale dans l’est de la Virginie, Colorado est par la suite mort en prison en 2018 (à 57 ans seulement). Ses biens saisis, dont son avion, ce dernier avait donc été proposé à la vente aux enchères, comme le Mexique en a pris l’habitude, ré-alimentant parfois ainsi le trafic de cocaïne sans s’en apercevoir !!! C’est là qu’intervient alors un businessman américain, Ben (Benjamin) Rawert, responsable d’American Aviation, qui propose en ce moment une offre alléchante pour les narcos : un Cessna 414 RAM Series IV Conversion, à 179500 dollars… c’est le N414AW , qu’il conviendra donc de surveiller…  car son prix est plutôt bas, mais il y a une raison à ce tarif « léger » (ici à droite). Rawert emporte donc la mise, ce jour-là, pour parait-il environ 2 millions de dollars. Désireux de l’immatriculer aux USA, il se retrouve alors confronté à une situation ubuesque, la Direction générale de l’aviation civile du Mexique lui refusant de le faire, sans trop de raisons autres que celle de laisser une petite rallonge au passage, de 250 000 dollars : de la corruption évidente, qui verra son tarif ramené à 150 000, sans que Rawert ne fléchisse, par principe dira-t-il. Mal lui en avait pris : les mexicains bloquant toujours son avion pourtant bel et bien réglé à l’administration mexicaine. Les anciens propriétaires, ou la famille de Colorado serait-elle derrière ce frein  à l’exportation ? Les influents Zetas feraient-il encore pression pour empêcher leur bien de circuler ? Résultat, en tout cas, le brocker n’a toujours pas pu récupérer son appareil dûment payé pourtant : on en était encore à ce stade en octobre 2019, quand le Washington Post a révélé l’étonnante affaire.

Le Beechcraft N270BE, devenu trafiquant et revendu par les douanes US

En décembre 2018, un autre Beechcraft 200 se retrouve coincé, mais pour une autre raison. C’est le N°BB-1017, un bimoteur construit en 1982. Une indiscrétion extérieure arrivée sur l’un des bureaux de la DEA, celui de l’agent Ryan Petrasek, avait indiqué qu’un avion bien précis avait subi une modification illégale, susceptible d’augmenter son rayon d’action. Le principe même utilisé par les trafiquants de coke comme on le sait. Ce dernier décollait justement du Guatemala le 15 juin  2019 pour se poser sur l’aéroport de Fort Lauderdale Executive en Floride, aux États-Unis, où un accueil particulier l’attendait automatiquement de pied ferme : des agents de la DEA, qui s’empressent de le glisser dans un hangar et de commencer à le démonter. Très vite ils repèrent une manette derrière un siège, qui permet l’usage d’un réservoir de carburant supplémentaire dissimulé dans l’avion, ce qui n’est pas autorisé par l’agence de l’aviation américaine. « Un système de carburant non approuvé qui permet le stockage et la distribution de carburant de l’intérieur de l’avion vers le système de carburant principal », (cf ici à gauche) selon le document officiel des enquêteurs. Bref, un système fort apprécié par les trafiquants de coke !!!

Les enquêteurs, dont Ryan Petrasek apprennent alors que l’avion est enregistré chez Three Hundred Sixty Degrees LLC basé aux États-Unis, un Trustee qui immatricule les avions pour en dissimuler le véritable propriétaire. Mais la ténacité de Petrasek finit par payer : il a appris entre-temps (et on ne sait par quelle indiscrétion) que le fameux propriétaire s’appelait Luis Pedro Chang et l’agence antidrogue ayant repéré que son siège social chez Teams of the Port, la société de Chang. Or le 5 mars 2016, l’avion avait déjà été saisi au Guatemala à la demande du Tribunal pénal de première instance de Santa Lucía Cotzumalguapa, et immobilisé dans le hangar K-2 de l’aéroport international de La Aurora, à Guatemala City, pour un simple litige juridique qui n’avait rien à voir avec un quelconque chargement de drogue. En fait la société est alors grande pourvoyeuse d’argent pour les partis politiques en vue : elle finançait avant les années 2000 les partis politiques du National Advanced Party (PAN), du National Hope Unit (UNE) et même la Gran Alianza Nacional (Gana) en leur offrant des vols d’hélicoptère, ou du carburant pour leurs avions. C’est un échange de (mauvais) procédés : le PAN avait récompensé en échange Chang en lui accordant des facilités dans le port de Santo Tomás de Castilla (appelée Empornac, la société portuaire de Chang), notamment l’usage de grues pour décharger le cargos. Mais à l’arrivée d’Alfonso Portillo, en fait, l’entreprise de Chang a fait de moins en moins de bénéfices et il a fallu baisser la voilure, ou songer à d’autres profits pour la renflouer. La coke, bien entendu, grâce à cet avion équipé pour longue distance capable de voler jusqu’à Aurora, en partant de Colombie ou du Venezuela !!! C’est Alfonso Portillo qui payait en fait les frais connexes à l’entretien de l’avion : « Luis Pedro Chang a loué au gouvernement d’Alfonso Portillo deux hangars à l’aéroport international de La Aurora pour lesquels il paie une redevance mensuelle de 1 554 quetzals« . Pendant ce temps, la société s’enfonçant un peu plus dans les dettes devait 13 mille 394,02 quetzals de retard de paiements à la sécurité sociale du pays… Hélas patatras, lors des nouvelles élections, les trois partis traditionnels cités s’effondrent et Chang se retrouve le bec dans l’eau, le nouveau gouvernement Berger débarqué en 2003 décidant en plus de déclarer caduc le contrat entre Empornac et Port Equipment. Les sociétés de Chang s’effondrent d’autant plus vite qu’au Guatemala, la corruption remontre très haut dans la direction du pays :  « un réseau d’entreprises finançant le Parti Patriote s’est accaparé 450 marchés publics et a déterminé les priorités de plusieurs grandes administrations (tels les ministères des Communications, des Infrastructures et du Logement). Il a ainsi pu mettre en place les programmes et échéances financières qui permettaient d’optimiser la distribution d’argent public aux entreprises qui lui étaient associées. En outre, un système de fraude aux douanes fit perdre 280 000 par semaine à l’État guatémaltèque. Le président et ses ministres bénéficiant pour leur part de larges rétrocommissions : une nouvelle enquête est ouverte en 2016. « Nous en avons déduit qu’il ne s’agissait plus tant d’un gouvernement dont les membres commettaient des actes isolés de corruption que d’une structure criminelle mafieuse qui avait acquis le contrôle de l’Etat par la voie des urnes (…) et dont les principaux dirigeants étaient Otto Pérez Molina et Roxana Baldetti», annonce la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala ». Au final, le bon vieux Beech de 1982 sera remis aux enchères par les domaines américains (« Marshalls ») et adjugé 341 000 dollars le 8 avril 2019 (cf ici à droite). A qui, cela est étonnant : le voici le vendredi 15 juin 2018 en train d’effectuer un vol de Guatemala City à Fort Lauderdale :

Non, vous ne rêvez pas : le Beechcraft est bel et bien retourné chez son ancien propriétaire : Three Hundred Sixty Degrees LLC !!! Sidérant !!! Comment l’administration américaine a t-elle pu laisser passer pareille bévue laisse pantois ! Le 1er mai 2019, Three Hundred Sixty Degrees LLC l’a même revendu à Greg Nardi, de Titusville en Floride… le patron de Skydive Space X et d’autres société baptisées également « Skydive ». Celle de Skydive Space X est celle d’un hangar situé en bordure de l’Arthur Dunn Airpark, en fait le petit aérodrome de Titusville, ancien « auxiliary outlying field » (OLF) de l’U.S. Navy.

Toujours l’anonymisation en cause

On notera que Three Hundred Sixty Degrees LLC  détenait aussi le NA0281, un Hawker 125-700A, datant de 1980 (ici à droite à Toluca en mars 2018), et exporté le 24 janvier 2019 en République Dominicaine... immatriculé N101LT (ici sa fiche d’annonce de vente). Visiblement, il connaissait déjà bien le chemin :

Il ne faudra pas attendre longtemps pour qu’il fasse parler de lui…au Venezuela. Dès le 25 juin, on s’inquiétait de ce qu’il était devenu : « Les autorités zuliennes (de l’Etat de Zulia, donc) ont entamé lundi la recherche d’un jet d’immatriculation américain N101LT qui est parti de la République dominicaine vers le Venezuela, mais n’est pas arrivé » affirmait un communiqué lacunaire.

« Le journaliste Javier Mayorca a publié les informations sur son compte Twitter, notant que l’avion avait décollé de l’aéroport international Presidente Juan Bosch, à Samaná. Selon l’application FlightAware, on peut voir que l’avion est parti le dimanche 23 juin de l’aéroport de Santiago de Querétaro, au Mexique, vers la République dominicaine, et a atterri à 19h14 (heure de l’AST) après un vol de 5 heures et 14 minutes » (cf ci-dessus). « De même, l’enquête montre que le propriétaire de l’avion est la société Three Hundred Sixty Degrees LLC (« trois cent soixante degrés ») et qu’il s’agit d’un avion de type Hawker Siddeley HS.125 série 700A de 1980, numéro de série: NA0281 (257114). La société est enregistrée à Glendale, Californie, États-Unis au 200 West Wilson Avenue # 2203, elle a été créée en 2016 et les estimations actuelles montrent que l’entreprise a un revenu annuel de 1 300 000 dollars et emploie un personnel d’environ trois personnes, selon le portail Manta » (ci -contre à droite l’entrée de l’immeuble où elle était déclarée). Rappelons que l’avion cité, à part deux maigres filet noir et doré et une strie rouge, est entièrement blanc…

Un Hawker, le lendemain même …

Coïncidence, le lendemain même de la disparition du 23, le 24 juin donc, la police guatémaltèque fait part d’un communiqué alarmant. Un avion biréacteur « tout blanc » a été filmé par un de ses hélicoptères encore en train de brûler après s’être engoncé dans des taillis, au milieu d’un piste clandestine (ici à droite). Ça s’est passé à El Pajeral dans le Parc National del Tigre, encore une fois. On précise que c’est dans le village de Chichipate, plus précisément dans la Finca Mallorca. Un homme a été retrouvé mort à proximité, il s’appelle Jorge Flavio Monzón Ba, et il est âgé de 50 ans : une fusillade a eu lieu lorsque la police est arrivée sur place, au sol, et il a été touché à la jambe gauche. Les policiers avaient tenté de lui faire un garrot (ici à gauche). A côté de l’avion sont retrouvés un pickup mais aussi une pelleteuse de type Case (cf à droite ici). De l’avion il ne reste plus que l’empennage (blanc) d’intact : celui d’un Hawker 125 récent (d’après le diamètre visible de ses réacteurs). Selon la police, l’avion avait tenté d’abord d’atterrir à El Estor, où on le sait un aérodrome « long » en dur existe : celui de l’entreprise des mines déjà citée dans ces colonnes.  Si l’on ignore toujours, s’il s’agit bien du N101LT, l’avion en tout cas était bien un Hawker 125, plutôt du type 700, d’autres photos d’appareils de ce type incendiés également au Guatemala présentant de séreuses similitudes.

Un broker spécialisé dans les ventes à des mexicains !

On finit par se dire en effet que certains revendeurs (brokers) se fichent un peu du monde et de savoir surtout quel est le destinataire final de leurs ventes. On (re) commence donc par un exemple tout aussi représentatif : retour en arrière au 15 juillet 2017, un gros bimoteur se pose sur l’aéroport Juan Manuel Gálvez de Roatán, sur l’ensemble des îles honduriennes de Bahía (Roatan), autrefois hantée par des pirates et boucaniers français (il en reste « French Harbor » par exemple sur place). En descendent les deux pilotes, José Manuel Lara Bárcena et son copilote Efraín Bañuelos Mendoza (40), tous deux de nationalité mexicaine. Comme passagers à bord, il y avait Jaquelin Barrera Tellez (19 ans), Valery Alondra Rodríguez Palacios (22 ans), Alejandra Hernández Millán (46 ans) et Francisco Javier Vergara Neri (54 ans), tous des « commerçants » de nationalité mexicaine. Vergara Neri présentant un CV déjà chargé : il avait été arrêté au Costa Rica en 2003, pour trafic de drogue.  On l’avait retrouvé avec trois autres hommes José Roberto García González, Jaime Hernández Martínez et Carlos Alberto Solís, près d’une piste d’atterrissage dans le sud du pays, avec 380 kilos de cocaïne, à l’endroit où s’était posé leur avion arborant une fausse immatriculation. Garcia, inculpé, avait réussi à fuir, les trois autres avaient négocié une peine plus légère pour être libérés plus tôt, puis en 2006 tous avaient été absous en raison de « doutes » exprimés lors de leur interpellation. Bref, c’était quand même bien un trafiquant ! Cette fois encore, les autorités honduriennes et américaines le suivaient de près… mais sans réussir une nouvelle fois à le coincer. Le voila reparti libre avec ses collègues (ou complices). Leur avion était le XB-OUK, N°BB1342, ex N304DM qui a été kenyan et danois durant sa longue carrière, mais qui venait d’être le vendu le 3 mars précédent par le broker Manuel Melendez, de Technical Aviation LLC. La société de Melendez est suspecte en effet : c’est lui aussi le patron de…. Three Hundred Sixty Degrees LLC  !!! Parmi ces 14 avions, on trouve par exemple le N101LT, serial NA0281 qui a été exporté en République Dominicaine via l’intermédiaire de Three Hundred Sixty Degrees LLC  … très certainement, on vient de le voir, l’avion qui s’est crashé El Pajeral dans le Parc National del Tigre, comme  on vient de le dire dans le chapitre précédent…

L’avion qui s’était arrêté in extremis

Le 18 mais 2019, autre épisode et autre exemple encore. Une photo en atteste : un gros Gulfstream a failli rentrer dans un bois, au terme d’un long atterrissage (certainement trop chargé, à voir les imposantes traces de pneus qu’il a laissées derrière lui) sur une piste clandestine de Chico de Chamorro, Retalhuleu, au Guatemala.

La scène vu de loin est saisissante (ci-dessus à gauche). Quand les policiers se rendent sur place, l’avion est encore fumant (lorsqu’il est aperçu d’hélicoptère, ci-dessous) : les trafiquants l’ont incendié, comme à leur habitude.

 

Très vite on n’a aucun doute sur le type d’avion dont il s’agît : cette fois c’est bien un Gulfstream, type II d’après ses réacteurs de type ancien et ses hublots ovales caractéristiques. Les images qui proviennent progressivement après son crash indiquent plusieurs choses : en premier, que son côté gauche montre les vestiges d’une cabane qui a complètement été carbonisée par l’incendie de l’appareil. A quoi a-t-elle servi, on l’ignore, mais on peut penser légitimement qu’elle a été bâtie à la hâte après l’atterrissage, certainement pour protéger la collecte de cocaïne, en se protégeant de la pluie. La seconde c’est que les flancs et l’arrière de l’appareil nous révèlent une décoration bien spécifique, faite de deux bandes noires incurvées qui courent en parallèle tout le long de l’avion et se terminent en filets minces à l’arrière (et certainement aussi à l’avant, mais celui-ci à disparu dans le sinistre). Ses fameuses bandes noires nous permettent de retrouver très rapidement (le jour même !) l’engin qui est à l’origine de ce crash: indubitablement, c’est le Gulfstream N213X, ce qui est plus « amusant » encore, car c’est un des appareils revendu par notre mormon favori ici, le fameux Marc Didier, de Best Aircraft Deals LLC, à la date du 3 janvier 2019…  et c’est bien celui retrouvé crashé à Chico de Chamorro, Retalhuleu, au Guatemala le 18 mai 2019, à peine 4 mois et demi après avoir changé de mains !!! Vendu lui aussi à Technical Aviation LLC, à Los Angeles en Californie, le 3 janvier 2019 !!!

A noter qu’auparavant Marc Didier, l’avait lui-même acheté à Royal Air Museum Inc de West Palm Beach le 29 juillet 2018. En tout cas pas de doute, c’est bien-être appareil !

Le Royal Air Museum Inc, appellation ronflante, nous replongeant dans un autre pan de ces brokers surprenants car il s’agit là de Mark Daniels, (ce n’est pas sa seule carte de visite) dont nous avons beaucoup parlé ici déjà… le « fameux » Mark Daniels dirons nous… ses rêves de pilote de chasse et ses avions… douteux, dont le « célèbre N951RK, un autre Gulfstream à histoires (le célèbre revendeur de Ferrari !!!). L’ex avion en France de l’ineffable « Jack » !!! Que ce monde de brokers et de profiteurs se refilant mutuellement leurs bébés est donc petit !!!

L’intervention d’une société de « ferry ».

Le trafiquants ne sont donc pas du genre à s’embêter : il achètent à bas prix de vieux coucous comme ceux de Marc Didier et les font venir chez eux, au Mexique, ou au Guatemala, pour s’en servir comme avion à usage unique comme on le sait. Ils font vivre tout un pan de la société commerciale US, les banques également qui sont ravies de l’aubaine avec ces transaction à plusieurs zéros alignés sur les chèques, mais aussi une troisième espèce, dans le domaine, celle des pilotes acceptant de livrer ces avions sur place, parfois en devant traverser l’Atlantique pour livrer en Europe, tel Dave Henderson, comme on avait pu le voir tragiquement avec le cas de l’avion d’Emiliano Sala, que personne n’a oublié depuis. Cette fois, c’est une livraison Floride-Guatemala, ou plutôt deux qui nous intéresse. Deux Piper Navajo expédiés par la même société  de convoyage appelée National Pilot Services LLC, dirigée par Andrew Payne, qui a commencé sa carrière au Production Test Department de la Raytheon Aircraft Company (Beechraft et Hawker). Le premier est le N33DL, transféré le 28 juillet 2018 il semble bien de Key West à Guatemala City (il est vu ici à la Aurora peu après le 29 août). le second le N3530B (ici en Floride) et là au pays… le 14 septembre 2018. Va-t-on eux aussi hélas bientôt les retrouver carbonisés quelque part après un transport de coke ? Car à qui donc  appartient ce fameux N3530B ? Au même broker, vous l’auriez deviné : Three Hundred Sixty Degrees LLC, de Manuel Melendez !! Encore lui !!!

Ci-contre voici la liste des dernières transactions le concernant : on note deux avions vendus au Mexique, l’ex N350PL, dont on ignore le devenir au Mexique, et le N299WB dont l’un des derniers vols (Monterrey-Toluca) remonte au 13 juillet 2019, juste avant le transfert de propriété le 19 juillet. Ce qui le rend suspicieux. Et deux avions devenus « dominicains », le N100LT qui s’est crashé, comme on l’a dit déjà à deux reprises ici et le N422X qui lui a disparu… le 23 novembre 2018 de Maracaïbo, en direction de Curaçao (ici l’annonce sur Twitter à gauche) Comment donc un avion « disparu » a-t-il pu être revendu 4 mois plus tard, le 1er mars 2019, ça reste fort surprenant….  tout cela ne plaide pas en faveur de Manuel Melendez, qui a aussi sur le dos le cas du Beechcraft  N270BE comme on l’a vu, vendu à Luis Pedro Chang …

Le cas d’école : le Hawker de Las Pinas

Mais attendez ce n’est pas fini ! Le 7 août, comme je vous l’ai déjà indiqué dans un épisode précédent, un énième Hawker a atterri à Las Pilas, Champerico, attendu par un quarteron de picks-ups tant il devait être chargé. La saisie de drogue effectuée sur place par les militaire est mince, en rapport de ce qui pouvait être attendu : d’autres véhicules encore devaient être à l’affût et sont partis avec la majeure partie du chargement. On a retrouvé l’avion, un biréacteur, presque complètement incinéré (cf ici à gauche), ce qui au départ ne devrait donc pas faciliter sa reconnaissance. Mais toujours armé de la même patience, c’est l’examen attentif des photos du crash qui va nous mettre sur la seule et bonne piste possible, qui encore une fois va nous mener au même broker !!! D’abord c’est un Hawker, ce qu’indiquent les ailes, encore intactes, le nez, dont il ne reste qu’un peut bout de carénage, déformé et éclaté par la chaleur, les entrées d’air des réacteurs qui indiquent un modèle plus récent de la gamme que les vieux 125, type 700 plutôt, sortis quand même il y a … 40 ans, ainsi que le petit décrochage visible de l’empennage horizontal qui indique la même chose. Des photos prises de l’arrière nous apportent davantage de renseignements sur la décoration extérieure de l’engin restée visible sur les capots moteurs et l’embase de l’empennage vertical, faite de lignes combinant le gris acier avec le bleu foncé, de manière alternée (cf ici à gauche et ci-dessous). Le petit bout de cône avant ne montre qu’une seule ligne bleue qui s’amincit progressivement.

Une recherche première sur un lot d’avions mexicains (par défaut c’est vers quoi l’on cherche en effet) nous oriente assez vite sur un modèle immatriculé  XA-NEM le HS.125 Series 700A, de série 257158, construit en 1981, appartenant à Aero Rey S.A. de C.V. San Pedto Garza, mais le cliché date de 2008 (ici à gauche).

Une deuxième recherche sur les indispensables Plane Logger, Scramble ou RzJets nous rassure : l’engin a continué à voler depuis et à même pas mal de fois changé de propriétaire pour devenir N813NA dès le mois de mai 2014, notamment chez Nebrig&Associates, dont on retrouve aussi facilement la publicité de mise en revente (ici à droite).

En octobre  de la même année, c’est Projets Inc qui l’acquiert, pour le céder deux mois plus tard à l’incontournable NetJet, qui le garde lui 10 mois, l’avion partant après chez TAC Trust.

Durant cette période de quatre ans, de 2014 à 2018, son immatriculation US  n’a pas changée : c’est toujours N813NA. C’est sous cette appellation qu’il est racheté en août 2018 par… Three Hundred Sixty Degrees LLC, et oui, toujours lui !!! Incroyable !!!

Nous revoici revenus sur le même brocker !!! Incontournable vendeur d’avions en fin de vie destinés aux trafiquants !!! L’avion de Pilas, là aussi l’ASN pourra le rajouter, est bien le N813NA vendu une nouvelle fois encore par Manuel Melendez à des trafiquants (à droite ici l’acte de vente signé par Melendez) !!!

Ci-dessus le registre des 7 derniers vols de l’appareil, tous réalisés au Mexique !!!

Les banquiers mouillés dans l’affaire 

A noter qu’un autre larron est intervenu dans cette affaire : il s’appelle Nassir Assimi (1), il travaille à la National Aircraft Finance Association (“NAFA”) une « une association professionnelle qui « , je cite, « facilite l’échange d’idées et de capitaux qui financent les avions d’aviation générale et d’affaires du monde. NAFA fournit un forum pour la discussion des questions ayant un impact sur l’industrie, l’exploration des meilleures pratiques et l’examen des stratégies d’atténuation des risques, en plus de ses autres missions essentielles de formation professionnelle, de réseautage et de promotion de l’industrie ». Les banques et les banquiers aussi, dans ce cas d’école sont donc aussi fautifs !!!

On notera également que l’on retrouve à la tête de NAFA un gars comme Tobias Kleitman, de la société de courtage aéronatusue TVPX, (dont on a déjà parlé ici et) qui fait office de trésorier, ou bien Debbie Erwin-Mercer de Wright Brothers Aircraft, dont nous reparleront très bientôt ici…  à coup sûr.

A gauche ci-dessus et ci-contre à droite, et ci-dessous également une petite idée intérieure et extérieure de ce qui a fini en cendres au Guatemala, ce que ces banquiers pouvaient difficilement ignorer, sachant à qui ils s’adressaient, comme intermédiaire auprès des trafiquants, car il était encore pas mal, ce bon vieil Hawker !!! On en trouve encore pas mal en vente, tel le fameux N18LD, celui dont le l’immatriculation est devenue générique chez ces trafiquants. Valeur moyenne de l’engin : 500-600 000 dollars, voire moins, comme pour celui-ci 350 000 dollars, seulement, pour cet exemplaire (N237DX) mis en vente à … Mexico, et qui a fini, on le sait, exporté au… Mexique, le 8 novembre exactement pour venir se poser et être incendié, lui aussi le 11 novembre 2019 au Guatemala. Rien, donc, peanuts, à vrai dire, en comparaison des 2 tonnes de coke (à 25 000 dollars le kilo) qu’un avion similaire peut facilement emporter (il peut en fait transporter 11 337 livres (5,1 tonne) : ce qui représente 50 millions de dollars sur le marché !!!

 

(1) Roatan ayant été le lieu de pas mal d’affaires d’avions bourrés de coke, on peut le rappeler… comme exemple, le beau Beechcraft retrouvé planté sur une plage du fameux French Harbour, ici à gauche.

Ou bien les trois appareils saisis sur place et laissés à l’abandon depuis : un Beechcraft 90, un Gulfstream (le N707KD) et un Hawker (N545GM), le trio de choc des transferts de coke longue distance… lire ici le rôle d’El Chapo à cet endroit.

 

 

 

 

(1) *https://www.nafa.aero/profiles/nassir-salami

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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