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Coke en stock (CCLXVII) : de gros bimoteurs aussi et un enterrement à la sauvette

De plus gros avions sont bien sûr apparus aussi au Guatemala, chargés de cocaïne. De gros bimoteurs à hélices genre Beechraft 200 ou 300, ou les fameux jets à réaction Hawker ou Gulfstream décrits ici déjà dans cette série (on n’en a pas terminé !). 

 

Avec ces gros engins, un nouveau problème s’est posé aux trafiquants : comment s’en débarrasser sans que leurs restes ne demeurent trop  visibles à l’air libre, le temps pour eux de s’échapper ?

 

Plein de ressources, comme vous allez le voir, ou plein d’imagination, ils ont trouvé des solutions… parfois surprenantes, se transformant parfois en entrepreneurs de chantier !

 

Les gros bimoteurs à hélices de la partie également

 

Des engins plus gros encore et toujours à hélices sont apparus au Guatemala a-t-on dit. Le 18 février 2019, c’en est un exemple frappant avec ce qui est retrouvé encore fumant au sol. Les images impressionnantes montrent en effet un gros bimoteur qui s’est posé sur une large piste (double il semble bien, et longue de 5 km !) et qui a été brûlé ensuite sur place une fois déchargé, comme c’est la coutume. Il a été découvert dans la Finca El Calvario, à El Manchón, dans la municipalité de Champerico (c’est sur la côte sud du pays, là où arrivent aussi les « lanchas » (barques rapides) pleines de coke, voire les semi-submersibles !).  L’emplacement été géolocalisé: c’est au N 14°25′14″ W 91°58′37″. De l’arrière des débris, on aperçoit une queue en T et des emplacements de hublots, ceux des Beechcraft 200 et 300 (plutôt un modèle 300 ici), ce que confirme l’avant. Le peu de détails des vestiges fumant révèle un modèle à la décoration ancienne, plutôt sobre, avec des capots moteurs sans extensions et une quille unique. Le dessin décoratif des capots moteurs semble unique, en tout cas !!!

La piste clandestine d’El Manchon n’est pas une nouveauté, puisque c’est là que, le 25 novembre 2017, on avait retrouvé un autre Beechcraft 300, dissimulé dans des fourrés et sous des filets, immatriculé N300DU, ce qui semblait être pour une fois n’est pas coutume sa vraie appellation (quoique : l’avion pris en photo en décembre n’avait pas de serial indiqué, c’est celui ramené de la brousse !).  Il avait fallu deux 4×4 militaires pour l’extraire des fourrés. L’engin était rempli de bidons divers dont on ignore si c’était de l’essence ou de la coke sous l’état liquide (le chlorhydrate de cocaïne). Le coin s’y prête en effet : en septembre 2019, des recherches de police près de la Communauté Victoria III (tout près de la piste découverte) ont trouvé des morceaux d’avions et le cadavre enterré d’un pilote : celui de Víctor Castañeda, l’infortuné pilote d’un Hawker immatriculé XB-PTW tombé près de Nueva Cajolá (j’y reviendrai bientôt) mais aussi deux pistes de plus de 1 400 mètres de long par 15 mètres de large, et une troisième de 400 mètres de long sur 20 mètres de large. A peine à un kilomètre de l’endroit où se serait posé le gros Beechchraft incendié, on découvre sur Google Maps une superbe piste en effet (elle fait 800 mètres de long !), dissimulée au milieu des palmiers à la frondaison reconnaissable :

Confisqué et incorporé l’année suivante dans l’aviation guatémaltèque

Le 16 février 2017 auparavant, un appareil similaire avait été découvert abandonné et dissimulé sous des branchages à Retalhuleu, Champerico, dans la propriété de Manchón Guamuchal : un Beech 90 cette fois, visiblement plus petit :

Le

On notera qu’à l’origine, lors de sa capture, l’avion portait une immatriculation en N890NC, la même que celle du Beechcraft retrouvé chez les Mennonites en juillet 2017 !!! Les trafiquants réutilisent bien des immatriculations « tournantes », qui correspondent même parfois à des engins qui ont déjà été saisis !!! Surprenante attitude (ou preuve qu’ils utilisent entre eux des bases de données uniques ? Ou bien que ce soit le même gang qui soit à l’origine des deux affaires différentes !!!

Le 9 mai, c’est à la frontière Mexique-Guatemala, au milieu du pays vers l’ouest, que l’on retrouve sur le bord d’une route un énième appareil, dont les tons de la livrée indiquent son ancienneté. L’engin a été incendié, une fois posé.  Ne restent visibles que les moteurs (à turbine) et la queue.  Ces maigres indications penchent vers un modèle Cessna de la série des Conquest, équipé d’hélices quadripales de type McCauley. L’engin préféré des trafiquants (grâce à sa très longue cabine) il y a une dizaine d’années : avec ça ils ont même tenté (et réussi) à traverser l’Atlantique !!! On songe notamment au Cessna 441 de Skyways, qui était en fait le N12DT, fourni par notre désormais célèbre broker Joao Malago de North Atlantic Aircraft Service. En étudiant les photos des deux côtés du fuselage, on reconstitue l’immatriculation qui en est N441RS et qui semble fausse bien sûr, mais l’engin auquel elle réfère est un Conquest II de 1981, existant bel et bien (le 441-0221) et qui volait toujours en juin 2018 aux USA… en Californie semble-t-il.

Le Beechcraft sous-marin

Parfois c’est plus difficile à trouver ce genre d’avion, même quand il est plus imposant qu’un C-90.  Le 13 juin 2019, surprise, on trouve un gros Beechcraft 200 à qui a pris l’envie de jouer au sous-marin !!! Il baigne en effet sous quelques mètres de fond dans le Río Chixoy, (le Río Negro) à La Máquina (Ixcán). On ne l’a pas trouvé tout de suite, à vrai dire, car il a été entièrement enrobé dans un emballage noir, une bâche épaisse. Il a sombré tout juste au bord du fleuve,  comme si on l’y avait tout simplement balancé… après usage. Pour une fois, remarquez, on n’a pas incendié un avion parti transporté de la drogue (faute de carburant sur place, ou en raison d’une météo pluvieuse empêchant tout départ de feu ?). L’emballage noir était en tout cas pour le rendre moins visible du ciel, sans aucun doute, le fleuve n’étant pas très profond à cet endroit ! C’est tout ce qu’on apprendra ce jour là… et on n’en sait toujours pas plus aujourd’hui !!! L’avion a bien servi selon les enquêteurs dépêchés sur place à transporter de la drogue, mais on ignore totalement combien et ce qu’il a pu advenir de son équipage. En tout cas, il n’a pas été balancé à l’eau entier, son aile gauche est manquante et son empennage semble absent, preuve qu’il a peut-être eu un souci avant d’être mis à l’eau gravement accidenté en plusieurs morceaux.. Un Bell Ranger de la Fueraza Aérea Guatemalteca qui  survolé l’endroit n’a rien trouvé de spécial. On ignore même si depuis ces vestiges ont été remontés à la surface ! A proximité de où il gît, on ne remarque pas de traces d’atterrissage périlleux : bref le mystère reste entier avec celui-là !! En tout cas, on repère l’emplacement sur Google Earth, au cas où d’aucuns voudraient le repêcher : c’est au 16° 0.194′ N et 90° 32.607’O pour l’avion et, pour la piste, au 16° 0.340’N et 90° 32.520’O :

Plusieurs méthodes pour faire disparaître des avions

Balancer un gros Beechcraft ayant servi dans un fleuve est une méthode. Au Costa-Rica, où, on l’a dit, les avions sont en général plus petits, on a essayé une autre méthode.

Avec cette foi comme prototype un avion moins imposant en effet, un Piper Seneca II colombien immatriculé HK4567 (leN° 34-7770328, ici à droite).


Celui-là a été retrouvé à côté d’une pelleteuse dans un champ de la finca 20, à Sierpe, près de Palmar Sur de Osa, à Puntarenas, auprès d’une piste clandestine. Les trafiquants s’activaient alors avec la fameuse pelleteuse à tenter de l’enterrer entièrement, dans une tranchée qu’ils avaient creusée, après qu’il ait semble-t-il raté son atterrissage et se soit accidenté. Après la noyade, l’enterrement !!! 

Du cimetière à l’océan, au Nicaragua

Si on a découvert d’autres « enterrements » d’avion de petit format monoteurs ou bimoteurs, tel celui-ci encore, il existe aussi la même façon de s’en débarrasser pour les plus gros, dont le fameux jet, qui, une fois démembrés sont ainsi dissimulés au regards des avions de surveillance, voire des satellites, qui les auraient sinon repérés. Tel celui crashé à Quepos au Nicaragua.  Un autre la même semaine accidenté à Nicoya venait d’Hidalgo del Parral, l’une des 31 municipalités de Chihuahua. Ses pilotes décédés s’appelant José Ramiro Carrillo et Iván Sánchez (ici à gauche et à droite l’épave de leur appareil, redécouverte à la pelleteuse ce que montre le cliché ici à droite). Pas loin de l’avion broyé, on retrouvera 18 paquets pour un total de 350 kilos et une mitraillette UZI. Le 7 avril, même chose avec un avion similaire écrasé à Nosara (Guanacaste, au Costa Rica), avec deux pilotes carbonisés et 60 kilos de cocaïne retrouvés.

Un procédé utilisé au Honduras (et revenu récemment à la surface)

Enterrer des avions, pour s’en débarrasser, rappelez-vous on en avait déjà entendu parler… au Honduras:  dans la propriété d’un grand industriel aujourd’hui disparu, Miguel Facussé Barjum. Il avait été à la tête de l’APROH, un « groupement d’extrême droite des milieux d’affaires et des membres des forces armées » du début des années 1980 à au moins 2001 selon Wikipedia. J’avais évoqué cela en 2013 : « Les avions brûlés et leur débris enterrés décrits par Wikipedia n’étaient pas des racontars. A El Guayacán, au pays du cigare, les paysans avaient raconté un jour d’avril à la police qu’avion venait régulièrement se poser mais qu’un soir il n’avait pas pu redécoller et que ses utilisateurs l’avaient brûlé sur place, ou qu’il se soit même écrasé à l’atterrissage. Il faudra plus de trois mois aux autorités pour réagir et effectuer des recherches dans le secteur le 18 juillet 2012. Ils finissent par trouver un terrain remué il y a quelques mois, dégageant une forte odeur d’essence. En dessous, les vestiges d’un bimoteur Cessna arborant le drapeau vénézuelien ! L’article de presse ajoutant une marque macabre : « Dans la zone où l’avion est tombé, une odeur de la chair brûlée se sentait, ce qui suggère que les deux pilotes sont morts dans l’accident et ont été enterrés par les personnes qui ont recueilli une partie du métal et de la drogue, calculé comme devant se situer entre 600 et 900 kilogrammes »… L’enquête de la police découvrira autre chose  : « en effet, la semaine dernière, on a dénoncé aussi la présence d’au moins 10 citoyens de la Colombie, qui logeaient dans un hôtel dans le village et que l’on a dit être arrivés d’une manière mystérieuse, et qui avaient été vus en train d’exécuter certaines inspections physiques des lieux de pistes de narcotrafiquants (…) Compte tenu de la quantité de « narcopistas » trouvées dans la vallée de Agalta, qui dépasse les 40, il n’est pas exclu que, dans ce domaine ont y fait des déchargements de drogue » conclut le journaliste. Il y a bien une organisation colombienne, derrière ces envois. » Or ces fameux débris d’avions sont remontés à la surface à la suite d’une enquête récente sur un autre industriel de la famille Rosenthal, cette fois, et une propriété de San Andrés, à Río Coco, dans le département d’Olancho, leur appartenant depuis l’année 2008. Rosenthal, avait dit un procureur, et son Grupo Continental, ou Continental Group, « a cherché à blanchir de l’argent en achetant des biens immobiliers aux USA, en faisant des contributions politiques au Honduras et même en investissant dans le club du C.D. Marathón » (voir ici le détail). Surprise, on y a retrouvé un avion, mais également les corps des deux malheureux pilotes enterrés avec ! Les images des vestiges retrouvés lors des recherches révèlent en fait deux types différents d’avions : un Piper type Warrior monomoteur  (à train rentrant, ici à gauche) et un Beech Baron bimoteur (à droite) !!! J’avais précisé que « le 15 octobre 2015, durant la procédure, les policiers s’étaient rendus dans un hangar bien particulier appartenant aux Rosenthal au Guatemala (on notera le pays). Celui qui hébergeait leur Beechraft TG-OBP (l’avion est enregistré au Guatemala et non au Honduras).  Ils l’avaient passé aux chiens renifleurs mais sans rien trouver. L’opération ressemblait plutôt à une évaluation des biens des Rosenthal à saisir… dans les mois à venir !!!  Les Rosenthal possèdent aussi un  Cirrus SR20 N464AC et un Cessna 208 N208FL ». Rappelons que le 7 octobre 2016, la justice américaine avait inculpé Jaime Rosenthal, ancien vice-président de la République (de 1986 à 1990), considéré comme l’une des premières fortunes du pays d’Amérique centrale (décédé depuis), ainsi que son fils Yani, ancien ministre (de 2006 à 2009), et son neveu Yankel, interpellé le 6 octobre 2016 à Miami. Yani à été condamné en 2017 à 3 ans de prison. La famille était liée au gang des  Cachiros.

Une véritable infrastructure de travaux publics et de transport !

En juin, c’est l’autre bout de l’organisation que l’on découvre : elle va de l’avion aux bateaux, de plusieurs sortes (il y en a plus de trente de saisis, parmi les bateaux de pêche ). Il y a deux mois à peine, on finit par débusquer toute une organisation de terrassement responsable de l’aménagement de pistes clandestines au Costa-Rica, un lot complet de trafiquants sont arrêtés. « Les enquêtes ont déterminé que le groupe de 17 détenus avait fourni des services logistiques à des groupes internationaux de narco pour transporter des drogues par voie aérienne à partir de voies clandestines. Ce groupe a vendu du carburant et fourni des services de stockage de fret aux organisations qui en avaient besoin. Les raids ont eu lieu à Santa Cruz, Nicoya, Libéria, Quepos, Parrita et dans d’autres parties de la capitale » nous apprend la presse en exhibant les engins de chantier de l’entreprise. Le journal télévisé du Nicaragua du matin nous donne pour cela à voir d’abord le survol au ras des pâquerettes par un hélicoptère d’une piste située en bord de mer, équipée de deux pelleteuses et d’un camion à carburant jaunes et rouges. Selon la presse ce n’est qu’un bout d’une plus vaste organisation très structurée : les engins de chantier servent en effet à préparer les pistes clandestines !

On cite l’exemple dans l’article d’un faux fermier, payé par les narcos pour planter du riz et surtout pour entretenir un terrain avec un hangar à avion et de quoi installer une piste clandestine à côté. « Lors d’une conversation avec cette intermédiaire , le travailleur du sud déclare qu’à Golfito, de nombreux agriculteurs sont contactés de cette manière. Ils reçoivent des sommes d’argent importantes pour que leurs propriétés soient utilisées comme point d’arrivée de la drogues, et comme avantage, ils procèdent à l’achat d’équipement, de terrains ou de production ». Ils entrent alors dans un cricrtuit infernal :« Le problème est très compliqué, car j’ai rencontré des gens qui disent – oui – une fois, et ensuite ils ne peuvent pas refuser, voire conditionner les choses qu’ils ont dépensé l’argent qu’ils ont reçu et donc, parce que pratiquement leurs entreprises sont vendues » , dit notre témoin. L’article montre, sous un abri de tôle ondulé et divers bateaux dont un go-fast (ici à gauche), un Cessna immatriculé TI-NPR, un Cessna 210L Centurion II qui avait été photographié en fort mauvais état en 2012 sur le côté de l’aérodrome de San Jose Tobias Bolanos au  Costa Rica. Visiblement on l’avait reficelé à bas coût !

Le 31 janvier dernier, on a subtilement volé semble-t-il un Cessna182R, le TI-ANK .  Cela s’est produit à 14 h 44 entre Punta Murciélago et Punta Georgina, dans le golfe de Nicoya. Trois costaricains, González Quesada, González Alvarado, Quesada Cruz et un colombien Salgado Cuellar sont interrogés sur l’avion disparu. Il est présenté comme étant tombé à l’eau. Le 1 er février même son de cloche avec un autre avion : un appareil immatriculé TI-AWR appartenant à une école d’aviation, aperçu à Punta Burica où travaillait le  pilote Costaricien Ureña Castillo est retrouvé. Il s’est écrasé au Nicaragua avec plus de 100 kilos de cocaïne à bord. L’avion se serait auparavant dirigé vers… la Colombie. Le problème étant que le patron de l’école d’aviation Campos avait eu des antécédents lors d’un accident d’avion au Nicaragua, déjà, avec cette fois un avion lui appartenant chargé de plus de 100 kilos de cocaïne, découvert par la police nationale du pays. Il avait raconté à la police « avoir été kidnappé par un groupe de personnes d’origine colombienne, qui l’avaient laissé pieds et poings liés aux alentours du tunnel de Zurquí. »

Le cimetière des éléphants

Et c’est alors que l’on tombe sur un magnifique cas d’espèce, dans le genre enterrement. Le 17 août 2019, la presse guatémaltèque nous renvoie quelques photos d’une opération de police menée en nombre avec force 4×4 déployés à Playa Grande, Ixcán (Quiché), elle-même mise en ligne sur Twitter dans la foulée. Les informations sont succinctes, comme sont petits les clichés retransmis via Twitter. Voilà qui ne nous aide pas vraiment !

Partis en 4×4 pour inspecter trois pistes clandestines, les policiers sont tombés sur un étrange site : dans un endroit où un bon nombre de palmiers ont été abattus, dont quelques uns fauchés à un ou deux mètres de haut, et où le sol semble avoir brûlé sur une paire de centaines de mètres carrés, un tas de feuillage recouvre une sorte de vestige d’habitation de parpaings, rasée au niveau du sol. Sous les feuilles on voit vite apparaître, dans un nuage de poussière, des morceaux d’avions, de gros morceaux d’avions. Celui que l’on a enterré à la va-vite n’est pas un petit modèle en effet. Ses éléments de train, quasi  indestructibles, sont larges, bien larges. Le train principal composé de deux fiches principales liées par un axe transverse, laissant entendre qu’il s’agit d’un gros Gulfstream et non d’un Hawker (image ci-dessous). Les deux ailes bien plates sur l’intrados au niveau de leurs extrémités, qui les dissimulent, laissent aussi augurer d’un Gulfstream. Mais l’identification va être difficile avec ce peu d’éléments se dit-on : les forces armées et la police guatémaltèque on déjà abandonné, en déclarant l’avion comme étant « de type inconnu ».

C’est compter sans vos fins limiers : Falcon et moi.  On ne ne mettra que deux jours à retrouver la bête. En recherchant des liens sur des photos plus grandes d’abord, en épluchant tous les vols de Gulfstream partis du Mexique à ce moment de l’année et en examinant de plus près le quelques maigres clichés disponibles. C’est d’abord un bord de Winglet, à bord d’attaque chromé, qui va nous permettre un premier tri : celui de notre engin possède une embase perpendiculaire à l’aile sur le bas de son attache (ici à droite), le Winglet et attaché à l’aile avec un angle fort prononcé avec un raccord, droit sans courbe, les autres modèles ont un bord d’attaque qui fuit tout le long de la courbe de la fixation (ici à gauche), qui est lui courbe. En voilà une bonne paire d’éliminés, de Gulfstream ; le nôtre est donc… plus ancien, c’est un modèle G-1159B (G-IIB). L’idée de s’attacher à la recherche de ce type de Winglet est la bonne. On peut prendre comme modèle déjà le N°48 de la série des Gulf IIB… ce genre de Winglet « droit » est sorti en  effet juste avant 1970 !!! Notre appareil doit être de la même décennie et non des années 80 !!! Surtout quand on trouve derrière le lots de jambes de train un élément intact ou presque de winglet qui nous révèle deux teintes de bleu bien distinctes (ici à droite) ! Enfin un élément de recherche à suivre !!!
Nous revoici dans la quête des deux tons de couleur de l’entrée d’air du Hawker voici cinq ans déjà !!! C’est la bonne piste en fait !

Si l’on trouve l’avion, l’ASN va être à nouveau enrichie (pour l’instant elle n’a rien indiqué, même pas la découverte de l’épave comme on peut le voir ci-dessous).

Pour le winglet trouvé dans la fosse aux débris,  on a la deuxième teinte, plus affadie, comme filet sur l’avant et l’arrière de l’engin, selon les découpes diverses observées sur les morceaux déchiquetés.

Après bien des recherches, vous l’imaginez, on finit par retrouver un winglet capable de correspondre, c’est celui d’un avion immatriculé il y a quelque temps encore N477GG (ci-dessus). On se dit qu’on y est… déception : l’avion vole toujours, quand on le vérifie… Mince, raté, se dit-on. Heureusement, l’ami Falcon compulse ses registres et détecte l’information primordiale : le N447GG a changé récemment de propriétaire et son matricule a été repris par un autre Gulfstream plus récent : c’est devenu celui du modèle G-IV- numéro de série 1032 (ex N2F, N254GA), de Gérard Guez, de 477 Aviation, LLC. Tout ceci s’est passé au sein de la même firme, ce qui a eu l’art de brouiller pas mal les pistes, en effet. La société, en résumé, a changé d’avion, en gardant la même immatriculation : c’est l’ancien qui s’est vu affublé d’un autre registre !!!

Le GIV est un appareil qui n’a pas bien sûr les mêmes winglets (et pas les mêmes réacteurs, le N471GG étant encore équipé des vieux « Spey » si bruyants et tant polluants)  comme on peut s’en apercevoir ici :

Un jet et des jeans

Le N477GG type GII N°155 est lui devenu le N471GG, donc, sans subir la moindre modification extérieure comme on a pu le voir ci-dessus.  Les trafiquants qui l’ont racheté ne se sont pas beaucoup foulés et n’ont en rien cherché à le repeindre ou le déguiser (pour l’immatriculation on ne sait pas, elle n’était plus visible dans les débris). Encore plus intéressant, on retrouve son dernier vol enregistré : le 3 août 2019, quatorze jours avant la découvert de ses vestiges, il a effectué un vol plutôt questionnant, à savoir  Cozumel (Mexique) – Flamingo, destination qui est située comme on le sait sur l’île de Bonaire, dans les Antilles néerlandaises, un autre fief narco comme on le sait aussi (avec Las Roques) !!! Ce qui pourrait placer la date de son crash ou de son incendie peu après, vers la mi-août 2019. Ironie du sort, on découvre après coup aussi que ce N477GG aussi était un temps… mexicain (sous une autre robe), sous l’étendard XA-GAC, photographié ici à droite en Espagne, lors d’une visite en Palma de Majorque en 1996 !!! Ci-dessous « l’ancien » N477GG, futur N471GG, aperçu au Los Angeles Intl en 2008, ressorti de sa tombe guatémaltèque :

Le plus étonnant de toute cela, c’est la firme vendeuse et acheteuse, à savoir 477 Aviation, LLC, dont l’adresse pointe sur un appartement d’un quartier hyper huppé de Los Angeles. Mieux encore avec l’adresse de contact qui renvoie à une entreprise de mode vendeuse de jeans appelée « TAGS » pour « Tarrant Apparels Group« , dirigée par Gérard Guez et Joseph Mizrachi, qui possède 250 employés, et dont la figure sur le web est Jackie Rose, une fashionista de longue date. Le « GG » de l’avis signifiant en ce cas Gérard Guez, qui est un industriel pied-noir né en Tunisie.  Ses fameux jeans sont fabriqués à Puebla, au Mexique (d’où ses nombreux voyages là-bas) ! Tarrant (devenu Sunrise Brands depuis 2009) a signé en janvier dernier un accord avec le français Alain Weiz.  Le monde des spotters ne rate aucune occasion de suivre ses déplacements (ici la traversée des USA d’Est en Ouest le 14 février dernier) : voici son arrivée en G-IV à Tel-Aviv le 22 mai 2019, repéré par Avi Scharf (l’illustration à gauche n’est pas la bonne : c’est notre ancien GII photographié en 2006 à Las Vegas !)

La société possède un troisième vieux Gulfstream  le numéro N450BD , N° de série 412, fabriqué en 1983 (et ici au – bruyant- décollage). L’avion est basé à Fort Lauderdale en Floride. Il est surpris ici à faire le trajet Culiacan – Monterrey le 14 janvier dernier :

Un vieil avion encore (c’est un G-1159A Gulfstream III, le N°412) resté très voyageur, aperçu ici en 2011 au Liban, à Beyrouth !!! Ou là en avril 2010 à Shannon (Irelande) après une traversée de l’Atlantique (ou un départ vers les USA en provenance d’Europe !), ou à Genève en février, ou bien encore à Pise, en Italie en juillet 2015, et ici en Grèce, à Athènes, en juillet 2016. La photo ci-dessous prise au décollage à Calgary par le spotter « Andrew_YYC » montrant ce que l’on a constaté avec celui enterré au Guatemala, à savoir la platitude extrême de l’intrados des ailes de ce modèle (un GIII, extrapolation du GII, une caractéristique des Gulfstream gardée jusqu’au modèle 600) :

Pour ce qui est du propriétaire du N471GG, il risque désormais de gros ennuis, car la FAA lui a écrit le 1er octobre 2019 pour lui dire que le certificat de navigabilité de son appareil avait expiré le 31 août (aux alentours de la date à laquelle l’avion a été enterré, très probablement), ce à quoi il n’a pas répondu : résultat l’avion a donc été radié de ses listes le 29 novembre 2019. Si l’avion n’a pas été vendu entre temps, c’est donc bien son propriétaire qui sera accusé de transport illicite en qualité de toujours propriétaire de l’appareil, au moment des faits, même si effectivement il utilise désormais le suivant portant la même immatriculation (N477GG). Celle-ci a-t-elle été choisie sciemment, pour brouiller les pistes, une fois l’avion d’origine démantibulé et enterré ?  On comprend mieux aujourd’hui en ce cas pourquoi avoir tant voulu faire disparaître le fameux Gulfstream en l’enterrant ainsi !

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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