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Coke en stock (CCLXVI) : des jeunes trafiquants et des vieux souvenirs

 

Le conflit des générations, ce n’est pas réservé qu’aux familles. Chez les trafiquants aussi, les jeunes poussent la porte pour prendre la place de leur aînés, apportant avec eux d’autres méthodes (il sont plus tournés vers l’usage d’outils électroniques, notamment) mais aussi une violence encore accrue.

 

Aucune inhibition chez eux, aucun code d’honneur mafieux à suivre (1). Mais ici, ils ne font que réutiliser de vieilles recettes déjà décrites il y a plusieurs années.

 

En recyclant les mêmes petits vieux coucous, les « grands anciens » utilisant des jets énormes comme on vient de le voir et comme on va encore le découvrir bientôt…

 

D’autres engins se sont posés au Guatemala, dont des inévitables Cessna, bien sûr, mais pas n’importe lesquels non plus. Plus rares sont les habituels appareils de ce type aperçus sur place. Le 17 août, à Estrella del Norte, dans la Laguna del Tigre,  c’est un classique Cessna  Turbo Centurión II  qui s’est posé de façon impeccable sur une piste clandestine. Il était immatriculé N6782R (un appareil sous cette immatriculation existe vraiment, c’est un T210F). Mais ce jour-là, pas de chance pour les trafiquants,
l’armée les attendait et elle a réussi a arrêter tout le monde, à savoir les pilotes mais aussi ceux venus décharger l’appareil, exhibés ici tenus en respect à plat ventre près de ce dernier (ici à droite). Ce sont 11 mexicains et un colombien ! Pour ce faux N6782R, la pêche est effectivement bonne : il y a 422 paquets de coke à décompter enfermés dans 8 gros sacs de toile, à se demander comment ils ont réussi à mettre tout ça dans un aussi petit avion (ici à droite la prise étalée dans le hangar de l’armée). Ce genre d’engin qui avait du mal déjà à atteindre le Honduras en partant d’Amérique du Sud a été remplacé, on vient de le voir, par les bimoteurs dont on vient de parler. Viendrait-il de plus près ?

Les avions d’une bande de jeunes ?

En 2018, le Guatemala avait intercepté 17 897 kilos de cocaïne (18 tonnes !), l’année précédente ayant atteint 13 659 kilos (treize tonnes !). L’année précédente en effet, par exemple, 300 paquets de coke avaient été découverts dans un Cessna dissimulé sous des branchages au bout d’une piste de deux kilomètres de long, 250 mètres de large près du territoire mexicain.

La fin de la piste était effectivement recouverte de végétation et d’arbres, pour cacher l’avion blanc et bleu, immatriculé TG-NGI, qui n’avait pas réussi à redécoller en raison supposée des mauvaises conditions météorologiques qui régnaient alors sur la région. L’engin, ramené à bon port, marchait pourtant très bien et a été remis en vente l’année suivant au profit de l’Etat… (il est ici à droite).

L’avion était lié à une bande de trafiquants (plutôt jeunes !) qui est révélée ici. Elle utilisait également un autre appareil, un bimoteur (ci-dessus) peu rencontré jusqu’ici : un puissant Piper Cheyenne II (faussement) immatriculé YV2751, lui aussi dissimulé en partie sous des frondaisons. L’appareil était positionné près de Las Ruinas, à El Naranjo, dans le Petén, haut lieu touristique Maya. Le Cheyenne avait été vidé de ses sièges et des tuyaux de plastique pour l’essence et des cordelettes pour maintenir les bidons de coke ou de kérosène ne laissaient aucun doute sur sa fonction primordiale : transporter de la coke, comme son collègue de trafic le Cessna saisi lui aussi. Un Cheyenne, type I ou II emporte un peu moins de 2 tonnes et le fait voler à 400 km (525 en pointe, sur 2,739 km de distance !) : avec ses deux Pratt & Whitney Canada PT6A-II pour les premiers à la place des moteurs à pistons des Navajo dont il est issu). L’arrière de l’avion stockait des bidons bleus réservés à la coke (photo ici à gauche), et à l’avant les blancs reliés au tuyaux d’alimentation en essence. Des pickups étaient aussi présents sur place, dont un équipé d’un remorque, et des armes aussi, notamment un AR15, un vieux fusil indéterminé à crosse sciée, chargeur droit et bois sculpté « maison », et trois armes de poing de type Colt (l’un semble être un Glock 17 type IVeme génération, les trois étant marqués de ruban adhésif blanc).  Les jeunes (tel le responsable ici, arrêté) n’étaient visiblement pas des enfants de chœur…

Un souvenir vivace

La dernière fois que l’on avait vu un Cheyenne modèle plus grand à empennage en T (Cheyenne III, PA-42 et non PA-31) comme transporteur de coke c’était déjà à… El Manchon, au Guatemala (sur la côte Sud) : rappelez-vous je vous l’avais dit il a bientôt trois ans déjà : « plus récemment, en février dernier (en 2017 donc), c’est un Raytheon Beechcraft biturbopropulseur plus imposant encore, un C90 King Air, immatriculé N890NC, visiblement une immatriculation recopiée d’un autre appareil existant, qui avait été découvert au Guatemala à El Manchón, dans le Champerico,  près de Retalhuleu.  On rappelle rapidement ici que Retalhuleu est un endroit bien connu des historiens :  c’était  dans les années 60 la base arrière des opérations de la CIA en Amérique du Sud, d’où étaient partis les B-26 Invader pour aller bombarder la Baie des Cochons ! Le N890NC serial LJ893 est toujours en vente en ligne, mais il se présente effectivement sous une autre livrée. Le reportage de la télévision locale montrait que l’appareil avait sagement été reculé sous les frondaisons, avec à ses côtés un nombre impressionnant de bidons, de tuyaux et même un générateur électrique à moteur à essence de marque Honda. Des câbles électriques en nombre laissaient entrevoir un éclairage de piste « volant »… posé par les trafiquants.  Devant lui, s’ouvrait un terrain qui lui avait servi pour se poser et dont il espérait se resservir pour redécoller.

En 2012, déjà, pas loin de là, c’était un autre avion, un imposant Piper Cheyenne PA-42 (ci-contre à droite) qui avait été découvert avec bidons de kérosène près à remplir ses réservoirs et une cargaison de coke encore à bord.  L’avion s’était posé de nuit sur une propriété appartenant à Pantaleon SA, une entreprise sucrière, un atterrissage nocturne bien aidé par tout un système d’ampoules de type domestique, disposées au sol – on en compte plus d’une vingtaines- et reliées par de gros câbles, montrés en gros plan à la télévision (ici à gauche) : le dispositif réutilisé 5 ans plus tard avec le Beechcraft, il semble bien ». Ici le reportage télévisé de l’époque montrant l’imposant appareil, arrivé sur la finca appartenant à Inversiones Caballo Blanco, Pantaleon SA comme l’indiquait un panneau aux ailier du reportage (cf ici à gauche).  Nota : l’avion avait son intérieur intact, en revanche.

Une sorte d‘autre cartel encore : celui du sucre. Un cartel qui ne s’embête pas trop à emprunter l’eau qui lui est nécessaire, comme ici avec le cas du Rio Madre Vieja, complètement détourné pour ces besoins agricoles ! Des terrains qui dissonaient tous d’une piste pour avions d’épandage, comme celle ici visible en 2012 pas loin de l’usine Pantaleon au 14° 2.972’N et 91° 8.756’O, avec en-dessous l’usine elle-même, gigantesque…

 

 

Pour vivre tranquille, vivons cachés

En mars 2018 à Sayaxche (ville du Peten, au nord-ouest, située sur le fleuve Río de la Pasión) on avait découvert dissimulé sous des feuilles de palmier lui aussi un autre Cessna, modèle Centurion 210, au bout d’une autre piste clandestine.

Il était immatriculé HI-JTS (de République Dominicaine, visiblement fausse et en train de se décoller déjà) alors qu’il portait toujours sur le capot avant un petit drapeau mexicain,
l’avion étant de couleur blanche mais arborant un mélange étonnant d’apport de noir (sur le dessous) et de bordeaux (sur le dessus) avec de minces filets jaunes.

Il était en parfait état de fonctionnement, l’armée le faisant redécoller sans problème comme on peut le voir ici.

 

 

De plus gros engins à hélices avaient déjà été repérés à la même époque au Guatemala (même si c’est au Belize qu’on en recouvrera le plus). De gros Beechchaft King Air, tel celui retrouvé ici en décembre 2018 dans la zone montagneuse d’El Corozo près du rio Sarstún, à Izabal, près de Livingston, à la frontière avec le Belize. Dissimulé au pied d’un grand arbre et sous des branchages (un peu la spécialité locale il semble), il avait été incendié alors qu’il semblait en très bon état et récent, ce King Air 200 noir, rouge et blanc.

Un plus gros pas loin, et d’autres Cessna

Autour de lui des bidons de combustible vides attestant de son usage comme avion des « narcos ».
Dans un des appareils retrouvés sur place (il y en avait deux) avait été retrouvé aussi trois porte-documents, dont un contenant un compartiment avec 1,3 million de dollars américains…

Pas loin du beau Beechcraft détruit un autre avion, plus petit, est découvert, lui aussi dissimulé sous des feuilles de palme : un énième Cessna noir et blanc aux stries gris argent. Il porte une immatriculation en autocollant marquée de façon fantaisiste N147CDM. L’appareil semble avoir été l’objet de réparations et avoir pas mal souffert, l’épaisse couche de peinture masquant à moitié ces défauts flagrants.

Le procédé consistant à dissimuler des avions dans l’attente d’une réparation, de l’apport de carburant ou plus prosaïquement pour échapper à une découverte visuelle, vu d’avion ou d’hélicoptère, est une constante désormais : on l’a rencontré au Suriname (voir ici) comme au Venezuela (ici en novembre 2017 avec un gros Beechcraft 350 dont on va reparler pour sûr), où un Hawker en état de marche a été découvert, on le rappelle. Le faux N818LD, ex XB-PPD et vrai N°257129 d’origine !

Là aussi c’était une épidémie en cours, car en mars 2018, un autre Cessna rongé par l’humidité avait été découvert caché sous une bâche noire à l’orée d’un bois.  C’était dans le « Parque Nacional Sierra del Lacandón », à La Libertad, dans le Petén (décidément !). La piste adjacente à sa retraite faisait 1 km de long sur 100 mètres de large. Pas loin il y a la colonie « illégale »(?)  d’Estrella del Norte, dans la Laguna del Tigre, qui  est située à trois kilomètres de la frontière mexicaine. On est toujours dans le même secteur il semble bien. Celui dans lequel El Periodico a noté plusieurs atterrissages illégaux (ici à gauche)

Lui affichait un code vénézuélien en YV-1340  et il avait été découvert en même temps dans le Parque Nacional Sierra de Lacandón, à La Libertad, le 24 mars 2018, quel Cessna 402 vautré et dissimulé sus des feuilles. On ignore si elle était vraie, mais on peut logiquement poser qu’elle était inventée ou recopiée d’une existante. Les trafiquants prennent un malin plaisir à utiliser des immatriculations qui sont celles soit d’avions existants, soit d’avions ayant déjà sévi ailleurs (pour déstabiliser les recherches policières selon leur code).

Le Guatemala, patrie des Aztec  (ou des Seneca) ?

Non, il n’y a pas de faute d’orthographe. Si nous avons parlé dans l’épisode précédent des Piper Navajo et plutôt dans celui des Cessna, Centurion ou 210, il ne faudrait pas oublier la contribution d’un autre mule aérienne, j’ai nommé le Piper Seneca. L’engin robuste, doté d’ailes ressemblant plus à de larges portes d’armoire normandes qu’à autre chose, possède en effet une capacité d’emport étonnante pour sa taille. D’où son usage immodéré, on l’a déjà vu un peu partout ici, par les trafiquants de tous bords. Le 8 octobre 2017, un beau Seneca PA-34  bleu et blanc à large strie dorée sur le fuselage, immatriculé N6621Y  (fausse, c’est celle d’un modèle Atec, justement, plus ancien !) est retrouvé parmi les plastiques transparents bien alignés couvrant des… melons. L’avion, qui fait la une le lendemain, de TN23,  est tombé un dimanche en pleine plantation, dans le département de Jutiapa.  Plusieurs sacs à bord ont été trouvés: pas moins de 383 kilos de cocaïne, (cf à gauche). L’avion est aussi rempli de bidons d’essence, la plupart vides : il devait venir de loin. Dans les buissons alentours sont trouvées deux Mexicains (ici à droite)  le pilote et le copilote de l’avion identifiés comme José Emiliano Maldonado Gutiérrez, 40 ans, originaire de Sinaloa, et Julio César Rosales Loya, 41 ans, de Tepic Nayarit au Mexique. Et de leurs sac à dos, on sort un téléphone satellite, un GPS 496 Garmin, terrestre et marin, (il a donc survolé l’océan, ce qui renforce la thèse d’une venue lointaine) de deux téléphones portables, d’un chargeur de téléphone portable : bref la parfaite panoplie du trafiquant transporteur aérien ! La police annonce le lendemain qu’en deux jours à peine elle a saisi près de 2 tonnes de coke : les 700 premiers kilos de cocaïne ont été saisis auprès de trois Équatoriens non identifiés, à bord d’une de ces « lanchas » (barques rapides) auxquels ont a ajouté  40 « tulas » (bidons) sur la côte avec 800 autres kilos dissimulés plus les 383 kilos de cocaïne, pour un total de 1 982 kilos exactement.

Le 13 novembre 2018, à La Internacional, au nord du parc Laguna del Tigre, Flores, Petén, en bordure du Chiapas, une brigade d’opérations spécialisée a entendu au-dessus d’elle un avion qui volait très bas, et l’a suivi au sol.  Une fois l’avion posé, non sans difficultés dans un champ, les militaires guatémaltèques ont entouré l’avion et ont aussitôt été attaqués par des hommes armés descendus de l’avion qui déchargeaient alors de la drogue sur un véhicule tout-terrain à proximité. En riposte, deux trafiquants de drogue présumés sont tués, et une troisième personne arrêtée, le reste ayant fui dans la jungle.

Des pick-ups sont découverts pas loin dont un contenant des sacs de toile bien connus, ceux contenant les pains de coke, ainsi qu’un fusil automatique et des téléphones cellulaires. A bord de l’avion, (un Piper Seneca V), il y avait effectivement 258 kilos de coke retrouvés dans le pick-up, répartis dans 9 sacs (« Tulas » ici à droite).

Les photos qui suivent révèlent l’ampleur des dégâts chez les narcos : ils ont bien deux tués et un des leurs est fait prisonnier, menotté rapidement par les policiers (ici à gauche).

 

 

Un plagiste pour terminer 

Et comme les anciens ne chôment pas, même aux mains des jeunes, c’est cette fois un Piper 23-250 Aztec à montant central de pare-brise), que l’on retrouve pour débuter  l’année 2020 au Guatemala, transportant à nouveau de la coke. Celui-là on l’a retrouvé posé sur le bord d’une plage à Tulate, Retalhuleu, sur la côte Pacifique. L’appareil, abandonné, ne portait aucune immatriculation cette fois ! Avant lui, l’année précédente, c’est une cinquantaine d’appareils qui ont été ainsi abandonnés (quand ils n’ont pas été détruits !).

(1) on sera amené à parler bientôt des nouvelles terreurs du Cartel de Jalisco, alias Jalisco Nueva Generación ou CJNG, fondé en 2011… dirigé par Nemesio Oseguera Cervantes, alias « El Mencho ». Les auteurs d’horreurs sans nom… un groupe qui recrute désormais aussi chez les filles… des « narcomodelos », fans de Twitter et de selfies telle la dénommé « Maine C » (alias aussi « Maine de la Cruz ») !!!

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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