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Coke en stock (CCLXV) : une nuée d’avions à hélices aussi…

Nous avons parlé ces derniers épisodes de gros porteurs, ces biréacteurs porteurs de plus d’une tonne de cocaïne venus atterrir pour les plus chanceux au Guatemala (nous verrons le cas de Belize un peu plus tard).

 

Mais il n’y a pas que ce type d’avion qui vient de loin. Certains, plus petits, viennent des pays voisins qui servent d’étapes et de relais au deux pays fournisseurs essentiels (Venezuela et Colombie).  Des avions bien connus, de petits bimoteurs de type Navajo (ou Embraer), des plus gros comme le Beech 90, sans oublier la mule aérienne que représente l’éternel Cessna à aile haute, dans sa version à emport maxi et à plus long rayon d’action, le modèle 210.

 

Récit de leur utilisation ces derniers mois au Guatemala.

 

Il n’y a pas que de gros jets à réaction type Gulfstram ou Hawker qui sont venus déverser leur lot de coke au Guatamela ces derniers mois. Il  y a aussi les participants plus classiques du trafic, ceux à hélice, nous venons de citer (dans l’épisode précédent) les petits bimoteurs de type Navajo-Chieftain, dont la version longue cabine permet d’emporter eux aussi des tonnages conséquents.  On les avait croisés au Honduras, précédemment… preuve qu’ils allongent leur trajet, désormais (il se réoriente plus au nord, encore une fois comme on le constate).  Cela a été le cas de ce cet appareil, faussement immatriculé XB-ORZ (les lettrages ont été faits à la bande adhésive ordinaire !), retrouvé le 28 septembre 2019, tout ruisselant encore d’humidité dans la Finca Cabañas, située près du village de Mopán, lieu touristique grâce à ses cascades, à Dolores, dans le département du Petén, lieu d’arrivée privilégié du moment… Ses couleurs métallisées évoquent une origine plutôt brésilienne, le pays étant aussi, on le rappelle, le lieu de production sous licence de l’appareil sous la marque Embraer (comme ceux retrouvés ici écrasés au Venezuela). Sa cabine avait été comme à l’habitude vidée de ses sièges passagers et l’engin était bourré de bidons d’essence nécessaires à un long voyage. Deux occupants mexicains ont été arrêtés, ceux visibles ici à droite assis sur l’arrière du pick-up de la police.

Navajo Express

Ce n’était pas et ce ne sera pas le premier du genre. Le 7 octobre suivant, un autre appareil calciné à été retrouvé entre Rosa Jamaica et Las Pacayas de Sayaxché, dans le Petén toujours, décidément. A bord des paquets de drogue (26) sont découverts et analysés sur place et déclarés positifs à la coke bien sûr. On suppose qu’il y en avait davantage.  D’après les fuseaux moteurs encore reconnaissables, c’est à nouveau un Piper Navajo qui porte encore en bout de queue sa décoration classique et d’origine : c’est donc un modèle ancien, datant des années 80 à bandes alternées bleues (doubles) et rouge (unique). Un appareil de ce type se trouve à moins de 200 000 dollars… celui proposé (N101MA, ici avec sa déco d’époque) insistant sur sa capacité d’emport de « 2445 rounds » soit… un peu plus de 1100 kilos (il a été racheté depuis par Moyer Aviation semble-t-il.

A cours d’essence, il rate l’aérodrome

Sur Google Earth (au 5° 40.131’N et 88° 57.752′), on retrouve cette localisation : la piste 12 de Dulce est celle dans le sens NO-SE, au bord du lac, donc, dans l’autre sens c’est la 30…

Pour l’aérodrome (destination ratée cette fois) de Rio Dulce, s’était une redite. En 2014, un Piper Seneca blanc à liserés bleus et noirs  immatriculé TI-NSV (fausse), et donc soupçonné d’être venu du Costa Rica, s’y était posé de nuit avec à bord 491 kilos de cocaïne. A se demander comment ils avaient fait pour embarquer tout ça, encore une fois ! Les deux pilotes, Marvin Ernique Hernández Alay, âgé de 35 ans et Edwin Arnoldo Aroche Orellana, de 30, avait été appréhendés. Ils étaient guatémaltèques. Selon la police l’avion (ci-dessous) provenait plutôt du Venezuela…

 

 

Un Senaca fort prisé des trafiquants : en février 2018, en pleine nui, et à nouveau près d’Izabal, encore dans le même secteur, un énième Piper Seneca atterrit tranquillement sur un long terrain herbeux jouxtant le lac : c’est sur la piste clandestine de la côte de Mariscos, près Izabal,.  L’attendait sur place un gros SUV Toyota gris foncé dans lequel la drogue est aussitôt enfournée  Elle remplit le coffre à ras bords. L’avion est (faussement immatriculé N742MC. Un fusil AR-15 est retrouvé dans l’herbe, mais aussi une grenade à fragmentation, ce sont un chargeur de carabine, 2 housses d’armes à feu, 2 fusils, un pistolet Beretta et un autre de type Arcus (bulgare !), une machette, un téléphone satellite, 3 émetteurs radio, un fusil de chasse de calibre 12, qui sont également saisis. Plus 3 téléphones de navigation, 2 tenues militaires de camouflage et 1 harnais moyen, vert olive. Quatre hommes sont arrêtés (ici à droite). La piste, à vrai dire, située au 15° 24.169’N et 89° 11.229’O était… inratable (je vous l’ai déjà dit ici), même de nuit, en survolant le lac vers le sud :

Planté  après avoir oublié de freiner !

Le 13 avril précédent, on en avait retrouvé un autre planté après avoir raté son atterrissage sur une piste clandestine à Chiquimula, près de Sayaxché, toujours dans le Petén. L’avion piloté par Rodrigo Ibargüen avait raté son atterrissage,plongeant ensuite dans un ravin, en oubliant de freiner à la fin, en blessant son pilote (il décédera peu après) et tuant immédiatement  le mécanicien et copilote, Pablo Guillén. Ils avaient été pourtant secourus par des pompiers venus en voisins d’un circuit de voitures de Pedro Cofiño, où se tenait un championnat. L’appareil portait une énième fausse immatriculation, américaine cette fois en N284YC.
Si l’engin ne contenait pas de drogue, il emportait 40 000 dollars US en billets de 20 (ici à droite)… et des téléphones satellitaires encore emballés

L’avion était vide, à l’intérieur, ses sièges avaient été arrachés et il ne restait dedans que des cartons et un sac bleu. Difficile de croire que ses occupants était venus pour voir la course seulement !! Un avion sans sièges passagers ! Fait étonnant des gens de la région l’avaient vu auparavant de poser sur une route discrète de Chiquimula menant au ravin, et avaient même réussi à le filmer en train de le faire, comme le montre cette image ici à droite. Un avion de trafiquant se posant ainsi en plein jour le fait est assez rare pour être cité… il s’était au final planté en oubliant de freiner, ou sur défaillance mécanique, les riverains l’ayant suivi en voiture en direct, dans son plongeon, dans la vidéo (ici à gauche)  !!! Ils avait même surpris deux personnes en train de s’échapper de l’épave encore fumante, noyée dans un nuage de poussière, comme si de rien n’était, laissant leurs deux collègues (mort et blessé) dans les débris ! Incroyable scène !! Ceux-là avaient donc voyagé sans les sièges en tout cas et s’en étaient sortis on ne sait comment !

Le même jour c’était un autre Piper PA-31-350 Navajo Chieftain, immatriculé (faussement, c’est un simple bout de papier collé) N2613 qui s’était écrasé lui aussi à Sayaxché dans le Petén, dans la jungle de Petenera et exactement dans la ferme de Sepens. Selon la police, l’arrivée massive de curieux après le crash a fait que l’enquête sur un possible trafic de drogues a été impossible à faire : le chargement présumé avait disparu !

Pillé par la population locale, selon la police.. Ce devait être le cas : un des clichés montre un plancher vide et un tas de cordages qui le jonchent…

Des mexicains ratent leur atterrissage

Le 9 août, autre décès d’un pilote et de son copilote, eux aussi, (Miguel de Jesús R. y Octavio L., des mexicains) restés tous deux coincés sous leur avion retourné à Genua Costa Cuca, Quetzaltenango, près de Suchitepéquez (et Retalhuleu) avec un autre bimoteur, cette fois un Cessna 421 Golden Eagle immatriculé (faussement N113FT – c’est celle d’un Piper Malibu Meridian PA-46-500TP aperçu au Guatemala en 2018 !). L’avion, un des préférés des trafiquants on le rappelle, était tombé exactement dans la Finca Hacienda Santa Rosa Coronado, de Génova.  Sa décoration du moment fait penser au N421RX de Fresh Air LLC ayant effectué un décollage raté le 22 novembre 2017 et depuis stocké démonté dans un garage puis revendu à Dodson comme pièces détachées (l’avion ayant fort souffert mais les trafiquants ont réussi à faire renaître d’autres épaves, on le sait). A bord de celui du Guatemala, un chargement de 171 bidons de méth et non de cocaïne cette fois, et de l’argent US et local a été découvert. 

Complète dissimulation

Des appareils apportent ou emportent de la drogue et certains en attendent, restés en réserve dans un autre coin perdu. Une semaine auparavant, le 7 avril, la police en avait retrouvé un intact de Navajo, à El Manchón Guamuchal, près de Retalhuleu encore (le même jour que la découverte à Escuintla du fameux Hawker métallisé).  C’est situé dans le fameux Parque Nacional Laguna del Tigre où pas mal de choses ont commencé, rappelez-vous. Immatriculé (faussement, vous vous en doutez) YV2578, c’est un Piper PA-350 « de sport » car doté d’une conversion réputée nommée « Colemill Panther II » à winglets hélices à 4 pales Hartzell Q-tips et entrées d’air agrandies, un procédé et une modification tant appréciés on le sait par Pablo Escobar en personne. L’avion est intact cette fois et dissimulé sous des branchages à l’orée d’un bois.

L’intérieur est bien celui d’un avion de trafiquants : il a été dévasté, tout a été enlevé, jusqu’à la moquette et les cloisons de fuselage, jusqu’à hauteur des fenêtre, le but étant bien entendu d’alléger l’avion au maximum (ici à gauche). L’engin, robuste, et produit en quantité notamment sous licence par le brésilien Embraer, peut emporter un peu moins d’une tonne de charge, grâce à ses deux Lycoming TIO-540 à pistons s’alimentant au carburant classique et non celui pour turbines, d’où un usage facilité. Il a été en définitive brûlé sur place par les autorités. En juin le 6 exactement, de l’année 2018, on en avait trouvé un autre de bimoteur, de type Beechcraft celui-là, Un C-90 dissimulé lui aussi sous les branchages dans le Peten encore une fois.

Il fallait le trouver, celui-là

Le 8 juillet, près du village de Village d’El Manchón Guamuchal, au sud-est du pays, un taillis bien serré révélait en effet une surprise aux militaires venus inspecter la zone : un avion inconnu, complètement dissimulé sous les branches et les feuilles, le dessous caché par une bâche noire, rendu totalement invisible : seuls les roues dépassaient il fallait se mettre au niveau du sol pour s’apercevoir qu’un avion était présent, attendant son tour de chauffe à venir. La bâche dissimulait aussi des bidons bleus d’un modèle habituel, supposés contenir son carburant.

Il fallait extraire l’engin de sa cache pour s’apercevoir que c’était un Beechcraft cette fois, de type C-90, blanc avec des stries bleues et rouges, celles d’une décoration de type très classique (mais pas d’origine pour ce vieil appareil, ressemblant à la disposition de ce C90 mexicain de 1972 vendu en 2011 550 000 dollars).

L’appareil d’El Manchón Guamuchal s’était posé au bord de taillis jouxtant la forêt de mangroves, une zone protégée de biodiversité, victime elle aussi récemment d’un incendie. Le village est en effet au bord du Pacifique, aussi est-ce sans surprise que la police guatémaltèque découvre à proximité du site une de  ces fameuses « lanchas« , barque rigide munie en ce qui concerne celle-là de deux moteurs Yamaha de 75 cv (un reportage TV en cite trois !). Le Beechcraft devait servir de relais, manifestement, au transfert de la drogue pour l’amener ensuite au Mexique. Au passage, la police arrête non loin de là trois hommes de nationalité équatorienne qui transportaient en pick up 959 paquets de drogue d’un valeur estimée à 98,5 millions de quetzals (11 776 882 dollars). Le C-90, muni de ses deux puissantes turbines Pratt & Whitney Canada PT6A-21 peut, on le rappelle, en transporter plus de deux tonnes… le double d’un Piper Navajo !

Et celui-là aussi !

La propension a vouloir dissimuler les avions dans l’attente de leur activité (chargement d’essence ou de coke) est devenue forte, les exemples de ce type abondent. En septembre 2018, on en avait découvert un près du rio Samalá, entre les villages de Nueva Candelaria et El Pilar, dans le département de Retalhuleu. L’engin avait exactement été trouvé dans la finca El Cafetal de Retalhuleu. Extérieurement, il semblait avoir reçu des réparations, des plaques rivetées apparaissant nettement sur son fuselage, vers l’avant, sous la vitre gauche du cockpit et à côté du compartiment à bagages avant. Lui aussi avait été rendu invisible sous des branchages.  C’était un énième Piper Navajo (ou Embraer) de type classique marqué N114L, de façon assez ridicule sur l’arrière du fuselage. Sa décoration semblant une simple modification apportée à une bien classique existant depuis des années. L’immatriculation existe bien aux USA mais c‘est celle d’un Lancair, totalement différent (ici le NX114L).  

Plus facile… et une récidive trois ans plus tard

Parfois c’est quand même plus simple à détecter pour les policiers : ainsi en 2016, avec un avion déjà repéré en 2015 (exporté à cette date) parmi les hangars du Círculo Aéreo de Guatemala, une école d’aviation, en réalisant une inspection on découvre des traces de cocaïne à l’intérieur du Piper Navajo de l’école, immatriculé N813M, (N°317612036) en très bon état, un avion converti en Panther fort prisé pour sa vitesse. L’avion est immédiatement saisi et versé aux domaines, récupéré ainsi par l’armée qui profite de l’aubaine. Il ne semble pas avoir séduit pour autant les militaires : en 2017 il traînait semblant abandonné à la Aurora.

On croit l’histoire terminée, mais trois ans plus tard en août 2019, la police financière refait une descente dans la même école, indique ici Twitter. Des villas individuelles sont également fouillées, indique-t-on. En fait c’est un gros coup de filet qui vient de se produire, explique ici hoytamaulipas : « Environ cinq employés de la Direction générale de l’aviation civile et du cercle aérien guatémaltèque ont été arrêtés, lorsqu’ils étaient liés au transfert de drogue, après 13 procédures dans les bureaux de cette zone, des hangars et des résidences privées. Les détenus sont: Mauricio Antonio Cruz Estrada, Walter Giovani Herrera Gamarro, Mario Arnoldo Fernández Barrios, Mynor Josué Chin Lima et Oscar Adolfo Méndez Muñoz, accusés de manquement à leurs devoirs et d’atteinte à la sécurité du transport maritime, selon des rapports du ministère public. Il a expliqué que les procureurs de la drogue avaient effectué diverses perquisitions au siège de la Direction générale de l’aviation civile dans le cadre d’une enquête concernant le contrôle des aéronefs et des cellules criminelles dédiés au transport de stupéfiants, selon un bureau d’information du portail électronique pré-sel. com.  Lors de l’opération, des agents de la Direction générale de l’analyse et de l’information anti-stupéfiants de la Police nationale civile ont participé, pour suivre un cas signalé à Quetzaltenango, en mai 2018, lorsque l’accident d’un avion chargé d’amphétamines a causé la mort de deux personnes » . L’avion (le faux N113FT,) était celui décrit plus haut des deux mexicains restés coincés dedans, décédés dans l’avion retourné…  L’avion avait pour destination Izabal.

Des industriels et des politiques impliqués 

Dans ce cas, la police découvre le Pérou il semble, tant on sait que ces hangars abritent un trafic bien réel !!! « Les autorités ont détecté que des installations sont fournies pour le vol de narcoavionetas » dit sobrement le communiqué d’août 20199 ! Il est temps de s’en rendre compte ! « Au total, 14 raids ont été effectués, entre les bureaux de la DGAC et des hangars du cercle aérien, dans l’un desquels 12 000 dollars ont été saisis, a indiqué le député. La police civile nationale a déclaré que la découverte de l’argent avait eu lieu dans le hangar K02, dans les bureaux des services d’information aéronautique »  indique-t-on, ce qui est peanuts par rapport à ce que rapporte la coke !

En 2014, on avait retrouvé un Piper Navajo enfermé dans une propriété aux bords de  l’aérodrome de Salamá, à Baja Verapaz : seul son empennage dépassant du muret de son garage ouvert (ici à gauche). Il était de plus dissimulé sous un filet (ici à droite) ! Un Piper Navajo immatriculé TG-NAV (vu ici en 2007 sous une autre décoration). Il avait été vidé entièrement et s’apprêtait certainement à faire dans l’illicite…Or il affichait un beau palmarès, ou plutôt son propriétaire raconte ici le CMI : « il est la propriété de la société Desarrollo de Inversiones Alcuvinac, S.A. Selon Guatecompras, cette entreprise est représentée par Luis Raúl Sánchez Calvillo et a pour siège le Triangle Building, zone 4, appartenant au groupe Campollo. Sánchez Calvillo est auditeur lié au groupe Campollo. Au cours des derniers mois, Sánchez Calvillo a été lié par le procureur à une affaire de fraude fiscale millionnaire par Inversiones y Exportaciones Tzarab, S.A. également du groupe Campollo. Sánchez Calvillo figure également dans les Panama Papers liés à la société Kameldale Trading, enregistrée dans les îles Vierges britanniques, et basée au Guatemala où sont concentrées les sociétés du groupe Campollo, selon Panama Papers. De même, Desarrollo de Inversiones Alcuvinac, propriétaire de l’avion, est documenté dans les Panama Papers en relation avec une société financière du groupe Campollo et lié à la Atlantic Petroleum Company détenue par le groupe ».

Le 6 avril 2019, c’est un hélicoptère qui est saisi dans le Hangar K-1 de Círculo Aéreo, Zona 13, à l’Aeropuerto Internacional La Aurora. C’est le TG-MEO, un Eurocopter AS 350B2 Ecureuil, qui a tant servi, on l’a vu aux campagnes électorales des candidats à la présidentielle…

Le délinquant récidiviste perd son avion

Le 8 juin encore, un avion bimoteur avait été localisé par l’armée sur une piste clandestine à Laguna del Tigre, Petén. Apparemment, il avait été abandonné-là par des trafiquants de drogue, mais cette fois, ils ne l’avaient pas brûlé. C’était un Piper PA-31P-350 Mojave cette fois, immatriculé N454SC (31P-8414024), toujours enregistré à Clark, dans le Nevada, depuis 2017, chez Progressive Concepts of America LLC. Il s’était littéralement « planté » (de nuit cf ici à gauche !) sur la piste, ou dans la piste plutôt, train avant replié et nez dans la boue. L’avion n’avait pas été exporté, mais la société n’existe plus depuis… l’appareil était particulier disons car en novembre 2017, trois de ses occupants, Nikolaos Koutsos, James Horrisberger, et Lai Saechao avaient été arrêtés en possession de marijuana (248,26 livres à bord, 112 kilos), en traversant tous les Etats-Unis avec (en volant plus bas que la normale, ce qui les avaient fait repérer !) : partis d’Oroville, en Californie, ils avaient ravitaillé à Los Alamos, Nouveau-Mexique pour rejoindre Hattiesburg, dans le Mississippi pour se poser au Copiah County Airport. Un hélicoptère détaché du Department of Homeland Security avait dû se poser devant eux, sur la piste, pour les empêcher de redécoller !!! Nikolaos Koutsos (ici à gauche en tenue de prisonnier), avait déjà été impliqué de surcroît dans d’autres affaires de trafic de drogue par avion et avait été impliqué dans une autre affaire de non paiement de pension alimentaire (au 25 avril 2018 il devait 27 244,00 dollars). C’était en réalité un délinquant notoire depuis la plus tendre enfance !! (il  avait fait un séjour en prison en 2013 et avait été déjà arrêté en 2010, à 21 ans) ! « L’AMOC (U.S. Air Marine Operations Center) a préparé et envoyé à NOAMB (l’U.S. Customs and Border Protection Air and Marine Operations, New Orleans Air and Marine Branch) un rapport indiquant que le propriétaire du Piper était « lié à d’éventuels narcotiques et à un trafiquant de devises ». Le propriétaire était une société, et Nikolaos Koutsos (ici à droite en 2013) était son agent enregistré. Le rapport de l’AMOC a également déclaré que Koutsos était lié à deux autres avions soupçonnés de contrebande aérienne. En mars 2016, des agents ont saisi plus de 52 000 dollars à Koutsos à l’aéroport international d’Orlando. En décembre 2012, Koutsos a également été « l’objet d’un échange de devises en vrac » au cours de laquelle 34 000 dollars ont été trouvés dans ses bagages de cabine à l’aéroport international de Tampa »… »
Ses biens ont été saisis.. et donc l’avion aussi, qui lui appartenait. Kutsos avait tenté en mars 2017 de revendre lui-même l’avion. Le voir revenir au premier plan signifie donc que les domaines US (« US Marshalls ») ont encore une fois réalimenté la machine en la revendant à des trafiquants ! (Nota : Koutsos est depuis sorti de prison il est apparu il semble bien au mariage archi conventionnel d’Alexander Koutsos (son frère ?). En attendant un autre avion et d’autres expéditions ?). Des domaines qui avaient par exemple revendu en 2014 le N27478, le Piper PA-31-350 Chieftain de 1977 (31-7852026) pour une bouchée de pain : 98 875 dollars. Il appartenait en 2013 au Situs Cancer Research Center et est aujourd’hui la propriété de Hughes Ronnie D de Cesar Park ! Le Piper de Koutsos, lui, ne risque pas de revenir se poser aux USA ou ailleurs : l’armée guatémaltèque l’a incendié le lendemain de sa découverte (cf ici à droite) !!!

L’échappé de chez Maduro, connaît  une fin tragique

Des pilotes mexicains, mais aussi des vénézuéliens participent à la volée de moustiques à moteur déferlant sur le Guatemala. Vu l’état de leur pays d’origine, on arriverait presque à les comprendre. On compatit, même si quitter un narco-état pour participer au trafic n’est pas vraiment une solution ! Le 25 novembre, un autre avion s’émiette littéralement dans le parc national Laguna de Lachuá, à Ixcán, près de Quiché. Il ne reste en effet de lui que des petits morceaux de l’avion, difficilement reconnaissable, les deux pilotes n’ont pu s’en sortir et ils sont morts broyés et carbonisés. L’avion a en effet explosé et brûlé en heurtant le sol violemment, juste à côté d’une énorme piste clandestine (cf à gauche ici), qu’il a donc ratée à l’atterrissage (en heurtant les arbres, sans doute). Il était bourré de cocaïne, retrouvée partout sur place par les enquêteurs (voir le test de dépistage virant au bleu). C’est semble-t-il un petit… bimoteur. Le loquet de fermeture d’emplacement de bagages indique en effet fait d’abord pensée à celle d’un Piper Aztec plutôt, mais c’est bien celle d’un Piper Navajo (Piper réutilisant de modèle en modèle des systèmes éprouvés, on le sait). Un téléphone satellitaire Motorola et des documents sont retrouvés sur place. La panoplie est complète, ne manquent que les armes. Parmi eux, par chance, la carte d’identité du pilote, à demi carbonisée (ici à droite). Il s’appelle Lino Nevado Sthormes, il vient du département de Zulia au Venezuela et c’est un… ex-pilote de l’armée de l’air bolivarienne !!! Sa famille réside au nord de Maracaïbo, où les pistes clandestines de décollage ne manquent pas et l’on a appris après coup qu’il avait été récemment expulsé de l’armée de l’air, pour des raisons indéterminées. Le nom du pilote est souvent lié à l’accident du Hawker survenu a proximité, or les papiers calcinés portant son nom ont bien été retrouvés dans le Piper accidenté.. à un emplacement localisé au 15°47’7.14 N et au 90°35’32.40 O (c’est dans l’Alta Verapaz). Comme c’est en effet le cas dans celui de crash consécutifs, le nom du pilote est hélas un peu trop rapidement associé par la presse à celui de ce Hawker biréacteur tombé pratiquement au même endroit, ou presque. Or c’est bien dans le Piper Navajo que l’infortuné soldat est décédé. 

Et toujours du succès pour le préféré d’Escobar 

Le 14 octobre dans le Peten c’est un énième appareil bien connu qui a été retrouvé incendié, encore une fois, à San Luis, sur une longue piste clandestine où il avait réussi à se poser avant qu’on y mette le feu. C’est une bimoteur aux entrées d’air reconnaissables car agrandies (ainsi que par ses hélices quadripales particulières et ses winglets de bouts d’ailes) : c’est bien un Piper Navajo type Panther, encore un, (comme celui-ci).  Il arbore un matricule fantaisiste (« TVG 113 »), fait en papier ordinaire coté à la va-vite à l’arrière, sur l’empennage. Bien entendu, on y a trouvé des restes de cocaïne à bord. L’avion de type Panther, on le rappelle était le préféré d’Escobar :

L’échappée belle finit tragiquement

Les monomoteurs aussi tombent au sol au Guatemala : ceux-là, on le sait, habituellement viennent de moins loin que leurs confrères à réaction. Confirmation le 9 août 2019, lorsque les autorités du pays annoncent avoir découvert le même jour deux avions différents au même endroit ou presque. Le premier trouvé dans la finca Tecales de Rancho Dulce, municipalité de Santo Domingo (près de Suchitepéquez) est reconnaissable, quoique d’aspect surprenant : il est complètement aplati, comme s’il avait chuté de très très haut complètement à plat. Il semble s’être enterré tout seul dans un sol meuble et boueux, seules les ailes n’ayant pas réussi à le faire.

Une autre photo ici  à gauche montre que ce soir là en effet, toute la région venait de recevoir des déluges d’eau qui avaient tout noyé, y compris les pick-ups attendant l’arrivée d’un autre appareil transportant de la coke (un biréacteur) : les trafiquants, visiblement, pris en train de s’échapper comme on va le voir, ont été surpris par la météo qui leur a été fatale. On perçoit à peine que c’est un Cessna blanc décoré de bandes bleues et grises dans un schéma de peinture qui semble bien ancien.

Bien entendu les deux pilotes à bord n’ont pas survécu (noyés et broyés, la double peine !). On retrouve les papiers de l’un d’entre eux, il s’appelle Miguel Jesús Ramírez Aguirre, son collègue Octavio León Pinto, tous deux mexicains, et tous deux morts écrabouillés et réduits en bouillie !

Très vite, en effet, on relie la chute doublement mortelle de cet avion à une course poursuite survenue le même jour et qui avait démarré dans la région de Pijije de Bagaces, au Costa-Rica, où le Cessna 210 Centurion d’ l’immatriculation N6456U avait atterri avant de redécoller et de fuir à toute allure vers la frontière du Guatemala, une fois détecté par l’aviation militaire.

La scène de la poursuite avait été longuement filmée (voir ici) par un avion des forces costaricaines, non armé (un Beechcraft F90, semble-t-il d’après ses petites cloisons en bout d’ailes et ses déperditeurs électrostatiques, cf la photo un peu plus loin ici).

Une des rares du genre (avec celle du Cessna LV-HBB, un avion volé des mois auparavant, à la fausse immatriculation, celle d’un avion s’étant déjà crashé et fuyant le Paraguay, poursuivi – de très près- en janvier 2019 par les « Pampas » de la Fuerza Aérea Argentina). Dans les restes de l’avion guatémaltèque on a découvert 171 kilos de cocaïne qui ont lesté ainsi sa chute catastrophique. Trafiquant est une occupation à risques, ont le sait… et en voit ici une preuve… écrasante !!!

Chassé par un ancien avion de trafiquant !

Le Beech F90 costaricain aperçu est le seul appareil qui était capable de rattraper le Cessna car le pays est fort démuni question avions : il n’a même pas de force armée aérienne ! Cet appareil est particulier, car c’est lui-même un ancien avion de narcos : le 16 décembre 2013 en fin de nuit, le Beechcraft F90 Tango Golf Hotel Oscar Sierra (TG-HOS), parti de Colombie avec à bord une tonne de cocaïne s’était fait prendre, une fois posé au Costa-Rica, à Valle La Estrella de Limón. Les deux pilotes  du Beechcraft F90 étaient le père (Barrientos) et le fils Cruz, et ils étaient … guatémaltèques. Mis au secret dans un hangar de l’aéroport de Pavas, l’avion, d’une valeur d’un million de dollars, avait été remis entre les mains expertes du chef mécanicien de la flotte militaire costaricaine (ici à droite). Après avoir obtenu sa documentation, l’avion, six mois plus tard était prêt à devenir… l’avion présidentiel de Luis Guillermo Solis (qui a succédé en 2014 à Laura Chinchilla Miranda, un des rares chefs d’Etat à ne pas posséder le sien (1) !!!  Il a donc arboré, pendant plusieurs années après, les symboles de la présidence, avant de prendre une livrée plus militaire, devenu le MSP 0020. En 2017, l’avion a reçu un coup de main du gouvernement des États-Unis avec le versement d’un million de dollars d‘équipement et de maintenance. L’appareil était depuis régulièrement utilisé dans la lutte contre le trafic de drogue, les missions humanitaires et opérationnelles, ainsi que dans la protection de l’environnement  notamment la patrouille sur l’île Coco. Depuis le Costa-Rica s’est (enfin) muni (en décembre 2019) d’un autre appareil plus gros : un rutilant Beechcraft 200 (BY-349), acheté 7 millions de dollars plus 6 millions d’équipement offerts par les USA.des DC_3 !

L’avion est un appareil de patrouille maritime efficace (Maritime Patrol Aircraft) qui a été assigné à l’Air Surveillance Service, l’appellation contrôlée là-bas, car, fait à noter, il n’y a officiellement aucune force aérienne du Costa Rica et aucun avion militaire armé dans le pays !!! Le pays ne disposait jusqu’ici que de quelques Cessna 210, Cessna 206, des Piper PA-31T Cheyenne des, Piper PA-34 Senecas et des hélicoptères Hughes 500 (369E), et MD Helicopters MD 600 plus modernes, ceux-là. En 2016, les hélicos guatémaltèques offerts par les USA sous Obama (6 hélicos Huey datant de l’époque du Viet-Nam) avaient dû être maintenus au sol en raisin de leur mauvaise maintenance…. déroulant un superbe tapis rouge aux trafiquants !!! J’avais écrit (ailleurs) qu’en 2014, « le Costa Rica est sur la (très) mauvaise pente »… En photo à droite le genre d’avion que l’on rencontre encore souvent là-bas : des DC-3 !!!

Celui-là venait donc du Costa-Rica. L’autre tombé le même jour est d’une toute autre catégorie puisqu’il s’agit d’un Hawker 600 ou 700, reconnaissable à sa petite arrête verticale en avant de la jonction du gouvernail de queue avec celui de profondeur (légèrement avancé sur ce modèle). Etrangement, il présente deux types de décoration à la fois : de petites stries très proches les unes des autres et deux plus larges noire et dorée remontant vers l’arrière jusqu’à la première charnière du gouvernail. Il est tombé à San Luis Frontera, municipalité de San Andrés Petén et où l’on a arrêté un homme armé appelé Francisco Manuel Morales Brenes, âgé de 37 ans. Sur place, sont découverts abandonnés deux pick-up (équipés de grilles de ramassage pour la canne à sucre), des téléphones satellitaires, de marque Kenwood, une carabine et un superbe pistolet Glock, N°VVX477 note la presse, qui ne précise pas hélas la nationalité du prisonnier fait sur place. Pour ce qui est de l’appareil lui-même, on va en reparler bientôt, si vous le voulez bien…

La cocaïne à dos de mule ?

Le 26 août au même endroit, à savoir à peine à 15 km de la frontière mexicaine !), les vestiges d’un monomoteur calcinés avaient été découverts, un de plus. La télévision nous localise l’endroit exact le lendemain matin (17°23’14.18 N et 90°32’52.45 W). Un Cessna a train rentrant (l’espace réservé à la tour avant est visible sur les photos du bloc moteur, seule partie restante de taille conséquente, cf ici à droite) avec la cloison pare-feu bien visible elle-aussi. Les sacs de toile de jute contenant la drogue qu’il transportait ne sont pas loin. De plus petits appareils participent à l’approvisionnement du Mexique, encore faut-il après rejoindre la frontière, ce qui se fait par route habituellement, mais pas toujours comme on va le voir.

Ce sacs sont en effet portés par un pauvre canasson (une mule ?) abandonné par ses propriétaires à la vue des soldats. Un cheval sellé et harnaché attendait lui aussi, pas loin, porteur semble-t-il d’un étui à fusil (à moins que ce ne soit qu’une simple toile roulée, celle des campesinos devenus cavaliers pour préparer le bivouac du soir).

C’est la première fois il semble que l’on surprend sur le fait cet autre mode de rupture de charge version équine (rustique ou old style ?) : habituellement en effet ce sont de lourds pickups qui attendent sagement l’arrivée des avions cargos de drogue !!!

Mais là, il est vrai, il n’y a plus que 15 km à faire pour rejoindre l’Eldorado des trafiquants : le Mexique bien entendu !!! Autant les faire en sabots !

 

 

(1) l’ex présidente du Costa-Rica, Laura Chinchilla a en 2013 volé dans un jet qui ne lui appartenait pas et qui avait été prêté par Gabriel Morales Fallon, un homme d’affaires colombien, soupçonné d’être en cheville avec des narcotrafiquants (tel « Chupeta » Luis Carlos Ramirez Abadia, bien connu ici pour sa chirurgie esthétique désastreuse ; lire ici également). L’affaire avait coûté leur postes respectifs à trois fusibles politiques, Mauricio Boraschi, à la tête du service de sécurité présidentiel (et aussi de la lutte antidrogue !), et  au ministre des Communications, Francisco Chacon et également à l’aide personnelle de la présidente, Irene Pacheco, tous » démissionnés » !!! L’occasion ici pour RFI de rappeler que le pays n’avait toujours pas d’avion présidentiel officiel. L‘avion incriminé était celui de Thorneloe Energy (THX Energy), le N93CW, un Cessna 525B CitationJet 3. Lire ici la suite de l’affaire THX et l’étrange transfert des 23,7 tonnes de coke par C-17…

Nota  : l’actuel président (depuis 2108) s’appelle Carlos Alvarado.

 

 

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