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Coke en stock (CCLXIX) : des appareils anonymisés, l’épidémie de Hawker qui se poursuit

Et pendant ce temps, l’année dernière, les avions ont continué à se poser au Guatemala et à y être régulièrement incendiés après usage. De vieux Gulfstream (type II) et surtout des Hawker 125, type 700, vendus aujourd’hui environ un demi-million de dollars maxi (le plus souvent c’est vers les 350 000), des biréacteurs emportant pour la plupart plus d’une tonne de cocaïne à l’intérieur et faisant passer le trafic dans une autre dimension, avec cet imposant chargement à chaque coup.  Des avions considérés comme jetables, abandonnés ou incendiés après avoir servi, si ce n’est même enterrés pour certains comme on a pu déjà le voir ici. La traque de leurs propriétaires aboutissant invariablement à des surprises, à savoir des gens n’affichant pas le train de vie de millionnaires, loin de là, ou des personnes restées transparentes derrière le rideau des fameuses fiducies qui rendent anonymes les propriétaires de jets.
Des avions le plus souvent venus du Venezuela et de la région autour du lac Maracaïbo, dans l’Etat de Zulia notamment (1), qui regorge de longues pistes en dur permettant leur envol.
Un avion bien réel et un propriétaire virtuel
Dans l’article énumérant les arrivages, trois photos d’un énième gros porteur biréacteur qui avait réussi à se poser le 27 octobre dernier à Vista Hermosa, près Ixcán juste à la frontière du Chiapas (Mexique), et avait été incendié après. Lorsque les policiers sont arrivés, il brûlait encore visiblement. On pouvait voir les flammes lécher encore son fuselage. Le lendemain matin, tout était fini :
D’autres photos parvenues plus tard nous expliquent autre chose encore : l’avion a tenté et réussi à se poser sur une voie bien étroite, d’abord. Cela se distingue sur ces photos prises de devant et de derrière. Pour réussir à trouver l’emplacement précis, celui d’une plantation indéterminée qui venait juste d’être fauchée, les trafiquants avaient utilisé des cartes immenses et non des GPS (ou plutôt les deux on pense). Et un élément troublant est visible à quelques mètres de l’endroit où il s’est posé : un grand trou a été creusé, dont le fond est déjà rempli d’eau et dont une partie a déjà été recouverte de feuilles de palmiers : l’endroit, très certainement, où les trafiquants avaient pensé pouvoir enfouir les vestiges calcinés de l’appareil, les deux plus grands éléments subsistent étant les ailes, facilement séparable ou tronçonnables désormais. Au bord du trou, on peut voir déjà un des volets mobiles de l’aile gauche, démonté et prêt à y être jeté. En somme, tout avait été prévu pour le recevoir… et le faire disparaître (nous avons déjà vu cette technique d’enfouissement précédemment dans notre étude avec le cas du N471GG) !
L’avion, en rien déguisé ou repeint, était bien le N530GA, comme l’attestait sa décoration extérieure vieillie et fort reconnaissable (il datait de 1979 c’était un Golf II SP G-1159). Il appartenait à un Trustee (EG AIR LLC) depuis 1998. Construit sous le numéro 247, il a changé de mains le 3 février 2018, acquis par un broker appelé Carlos Villaurrutia, bizarrement sous l’immatriculation N949CL (celle, existante, d’un Hawker 125 !). Villaurrutia, qui vit à McAllen au Texas, semble apprécier les vieux Gulfstream car le 26 mai 2015 il avait effectué un atterrissage d’urgence à Hermosillo (l’Ignacio Pesqueira Aiport) en provenance de… Toluca, à bord d’un Gulfstream immatriculé N39LF (ici à gauche), datant de 1984. Ses deux réacteurs s’étaient arrêtés en plein vol à 40 000 pieds d’altitude ! L’avion volait encore en 2014 pour l’United States Department of Justice !!! Il avait été saisi en fait en  2012 à Starwood Management (avec un autre  Gulfstream) à la société de l’industriel Christian Eduardo Esquino-Nunez, suspecté par la DEA d’appartenir à un gang ultra violent de Tijuana. Revendu par la justice US  (à Villaurutia), il sera saisi à nouveau en novembre 2015 à trois mexicains dont un mexicano-américain et un mexicano-espagnol) qui avaient débarqué venus du Chiapas sur l’aéroport international de Jacinto Lara (c’est à  Barquisimeto dans l’État de Lara… au Venezuela !!!), annonçant voulant le vendre à nouveau. L’avion inspecté s’était révélé positif aux traces de cocaïne ! Le N530GA avait fini chez TWA International Inc, dont l’adresse est à Cheyenne dans le Wyoming. Enfin presque, puis qu’au 1712 Pioneer Avenue, Cheyenne, WY 82001 il n’y a qu’un « bureau virtuel« , à louer pour 99 dollars par mois ! TWA International Inc, je vous en ai déjà parlé ici en mai dernier. Le 22 mars 2019 un vieux Sabreliner 60 immatriculé N990PA, un vénérable ancêtre de 1976 (44 ans !) s’était écrasé en effet sur une piste clandestine près la plage située entre Bajamar and Punta Sal, au Honduras. Il avait décollé la veille de Chetumal, au Mexique, revenu du Venezuela ou de la Colombie. « Il avait été revendu (le 9 mai 2018) par Sheperd Aircraft Holdings LLC de Peter Levine à l’obscure TWA International Inc installé à Cheyenne dans le Wyoming » avais-je écrit…, Le 27 septembre 2019, le N530GA avait quant à lui effectué un vol Merida (Mexique)-Aruba (Antilles néerlandaises) fort suspect :

Une confusion bien pratique 

Je viens de vous le dire, il existe un Gulstream immatriculé N949CL. La preuve ici dans son certificat de vente. C’est le N°247 de fabrication, un G-1159 qui est en fait aussi… le Gulfstream répertorié N530GA et incinéré au Guatemala le 27 octobre 2019. Or cette immatriculation est aussi celle d’un autre avion : un Hawker 125-700 bien reconnaissable avec ses fines lignes tricolores comme seule décoration extérieure. Il volait ici le 23 avril 2018 au dessus de Philadelphie. C’est le modèle 257088 de série, laissé longtemps à l’art après avoir connu 9 inscriptions dont 4 immatriculations différentes réellement. Il a été racheté récemment par TWA International (on y revient) puis a été vendu au Mexique le 21 mars 2017 selon ce qu’on en sait. Et depuis plus rien. On le photographie néanmoins le 30 octobre 2019  à Toluca, en parfait état.

Or le 1er décembre 2019, on retrouve les vestiges d’un biréacteur incendié par les trafiquants après s’être posé sur une piste de terre à El Picudo, prés de San Andrés. L’appareil est complètement calciné, ne restent de reconnaissables que l’aile gauche et l’empennage.  Le nez est complètement écrasé, mais d’après leur taille, leur forme et les réacteurs, on se doute que c’est bien un Hawker 700.

C’est l’empennage qui est le mieux en état et va nous renseigner. Il porte en effet les mêmes couleurs que le Hawker N949CL (à l’identique !)…  qui portait effectivement et exactement la même livrée.  C’est le Hawker 700A N949CL, numéro de fabrication 257204, datant de 1983, toujours enregistré chez Aircraft Holding Solutions Limited Liability Corporation, à San Antonio au Texas. Or le N949CL numéro de série 257204 a été vendu le 1er mars 2019 par Aircraft Holding Solutions à Victor Perez Vega, en nom personnel. Il a effectivement  décollé de Las Vegas vers Toluca (Mexico City) il y a 14 jours de cela, puis est reparti ensuite de Cozumel vers la Maiquetia au Venezuela le 23 novembre, mais il n’est jamais arrivé à destination. L’engin présente une valeur actuelle d’environ 408 000 dollars.

L’examen attentif de l’empennage montre bien qu’il s’agît de lui en effet :

Un commentateur sur le net, et sur Instagram, qui suit de près les trajets des avions de la drogue, conclut avec humour : « trouvé le 1 décembre 2019 à San Andres Guatemal, après un autre voyage de drogue réussi. PS: choisissez un Hawker avec une queue blanche la prochaine fois .. belle piste ! »

Des Hawker à répétition 

Le 11 novembre, même scénario : près de la frontière mexicaine, mais toujours au Guatemala, dans le Peten toujours, un autre appareil est retrouvé complètement calciné (ici à gauche).  Les trafiquants ne tiennent pas à laisser de traces et incendient quand ils en ont le temps, un scénario tel que celui que l’on avait observé déjà au Venezuela où le pouvoir de Maduro, invariablement, essayait de faire croire qu’il les avait abattus ! Cette fois un détail déjà décrit ici suffira à notre bonheur pour retrouver l’engin de départ : outre la forme des ailes et l’ouverture des nacelles de réacteur, c’est la décoration de l’empannage arrière de l’avion (ici à droite), partie qui résiste souvent à l’incendie du corps de l’appareil, heureusement pour nous. Comme je vous l’ai dit déjà ici, l’avion possède une déco rarissime, celle de deux types de dessin se croisant au niveau de l’embase de l’empennage, particularisme que le feu a laissé intact, heureusement. Une rapide recherche nous permet de cerner la bête, visible ici en mars 2009 en train de se poser sur la piste 32 du Pittsburgh Int’l Airport :

C’est bien le N237DX, en effet, c’est indéniable : le Hawker 700A numéro de série 257148 (un autre vétéran des airs construit en 1981) de chez Global Jets (à Houston), ex AFC Management LLC, qui a été exporté fort récemment au… Mexique, 8 novembre exactement. Son acte de vente entre Michael Marcos de Global Jets LLC spécifie comme adresse de l’acheteur un individu et non une société : Mayela Del Socorro Gomez Trujillo, dont l’adresse est C Lago Agua Brava 206 Fracc. Cumbre Del Lago à Queretati (Etat de Queretaro), au Mexique. C’est une banlieue récente faite de maisons en parpaings destinées à une classe relativement aisée mais sans trop d’ostentation (ici à droite). On est loin d’imaginer dedans un propriétaire de jet privé… On en avait proposé 350 000 dollars à Monterrey au Mexique, alors qu’il était dans un état intérieur très correct (ici à gauche). Il lui a fallu moins d’un mois pour qu’il ne soit réduit en cendres, celui-là !

L’épidémie de Hawker 125 s’amplifie

Près de Champerico-Retalhuleu, à Nueva Cajolá, au Guatemala toujours, le 2 septembre 2019 les militaires découvrent, en survolant une zone où s’est déclaré la nuit un incendie intense, les restes d’un biréacteur avec deux cadavres calcinés encore à l’intérieur, la queue s’est séparée de l’appareil sous le choc de l’impact et le reste est en miettes. L’avion porte une immatriculation mexicaine qui est sans doute fausse, XB-PTW. On retrouve son point de départ et qui il est. Un plan de vol avec trois personnes à bord avait été drôle, il en manque une : aurait-elle échappée par miracle au terrible crash ?

Cela semble fort peu probable ! L’avion avait été aperçu deux semaines avant à… Toluca, épicentre du départ des vols de drogue. L’appareil entièrement blanc présentait  sur ses réacteurs une simple ligne noire en oblique, qui a permis facilement de retomber sa livrée plutôt rare, ou peu commune : c’est celle du Hawker N125CJ, ex N125AH et N100Y, à se débuts, en 1980, chez Purolator Inc et qui portait donc le numéro de série 257083.
Ci contre à droite sa fiche de demande d’exportation d’origine TVPX ARS Inc, supervisée par la FAA de son bureau d’Oklahoma City.Or le nom de TPVX reporte une nouvelle fois vers une société d’anonymisation d’appareils volants pour clients étrangers désireux de mettre l’immatriculation en « N » mais sans avoir à décliner leur nom. Elle a été fondée en 2002 par Tobias Kleitman. Le problème étant la flotte déclarée par TPVX : Plane Logger, ici, en recense pas moins de 60, dont le fameux N125CJ… j’y reviendrai bientôt, soyez en sûr !

Un nid de Hawkers au Venezuela

Les biréacteurs inventés en Angleterre chez Hawker ne meurent pas tous au même endroit. Certains grands oiseaux se cachent pour mourir, c’est bien connu ! Certains, en Amérique du Sud, meurent en effet près de leur lieu de naissance, ou plus exactement à l’endroit qui les voit s’envoler vers d’autre cieux chargés de substances toxiques. Et comme tous les morts, ils ont droit à un enterrement, qui chez eux est obligatoirement discret, comme on l’imagine. Un Hawker, même crashé demeure visible des cieux, notamment des avions observateurs de passage ou des satellites, et il vaut mieux oublier au plus vite sa perte et effacer ses traces. Les trafiquants l’ont bien compris. C’est pourquoi on a le droit à ce genre d’article ici dans Noticia AlMinuto du 4 octobre 2108, qui décrit la découverte presque « par hasard » de morceaux d’avions « inconnus » dans une propriété agricole de Los Mangos, dans la municipalité de Rosario, à Perijá, le long de la route Machiques-Colón. « On a appris qu’un ouvrier agricole faisait son travail quotidien, quand il a constaté qu’à la fin d’une piste d’atterrissage utilisée par les propriétaires de la ferme, à l’intérieur d’une tranchée se trouvaient les restes d’un avion, envahi par le sable et mauvaises herbes typiques de la région. Des alarmes ont été déclenchées et l’organisme d’enquête de la police a été informé et la plainte a été confirmée. Les fonctionnaires ont utilisé une machine rétro-excavatrice pour dégager la zone, trouvant plusieurs pièces de l’avion, notamment: deux turbines, une partie du train d’atterrissage, une partie du fuselage de l’avion et d’autre morceaux de ferraille. » Ok pour l’explication, mais ce qui est ressorti est plus impressionnant encore.  En fait de « turbines » ce sont deux réacteurs et l’une des rares photos de ce qui a été excavé est sans contestation aucune: c’est bien le train avant… d’un Hawker 125 d’une gamme indéterminée (125, 400, 600,700, 800 ou même 900). C’est la phrase de fin de l’article qui nous inquiète davantage : « L’affaire a été renvoyée aux autorités compétentes« . Connaissant l’implication du pouvoir dans le trafic, c’est pas demain la veille que l’on va retrouver notre Hawker extrait de sa sépulture de terre. !!!

Le 20 juillet précédent pourtant, le même journal était fier de nous monter l’arrestation de cinq lampistes, soi-disant responsables de la création d’une superbe piste (ils nient tous les faits), faite de terre nivelée par un engin de chantier, Caterpillar, une niveleuse (scrapper) modèle « Patrol », pas vraiment de première jeunesse, ma foi (ci-desssus à droite). Le résultat de son travail  en tout cas est là, bien visible  (ici à gauche). C’est plutôt long… très long, au point que l’on se dit que ça ne doit pas être en plus très difficile à retrouver sur Google Earth… Bingo, en quelques secondes en tapant le nom du village de Rosario de Perija, on tombe à 7,5 km à peine au sud-est sur un long trait blanchâtre qui fait ses 18 mètre de large sur… 1600 mètres de long !!! Incroyable !!! Comment ne pas VOIR ça !!! Maduro n’utilise pas Google Earth, produit satanistes on suppose chez lui ? Une piste qui semble avoir connu des échecs d’atterrissage. L’article de presse qui nous explique sa fabrication par les personnes interpellées est enrichi en effet d’une autre photo de vestiges d’avions (ici à gauche), qui semblent ceux d’un appareil à hélices cette fois… De quoi permettre à un Hawker de se poser, en tout cas, et même de facilement redécoller :

C’est tellement flagrant sur Google Earth qu’on se demande comment un gouvernement a pu passer à côté de cette balafre récente car encore inexistante en 2014. A moins, comme on l’a déjà dit ici moult fois qu’il sait, puisqu’il y participe … car il n’y en a pas qu’une seule, de balafre de terre ou même des bitumées : à une quinzaine de km au sud, une hacienda appelée El Calvario ( 9° 53.731′ N, 72° 33.011′ O) possède la sienne, qui était bitumée en sus, et qui depuis a été interdite par le versement de gros tas de sables dessus (ce ne semblent pas être des cratères). Tiens, celle-là a été fermée : le propriétaire ne devait plus s’entendre avec l’équipe de Maduro, pense-t-on automatiquement ! 

Et sans trop chercher encore, on en dégote une autre, liée semble-t-il à une extraction minière ou une cimenterie (au 10° 19.727’N et 72° 28.830’O):

Et encore une autre, appelée Los Andes, située elle aussi dans le même secteur, dans un rayon de moins de 100 km :

Une autre de 1800 m  encore, en dur cette fois, située au 10° 5.348’N et 72° 33.258’O

Bref, c’est simple, le Venezuela regorge de pistes praticables pour des avions gourmands en distance d’atterrissage ou de décollage. Le nid des Hawkers à coke est là, dans la région de l’Etat de Zulia, à l’est du lac Maracaïbo, et pas très loin de la Colombie… une localisation idéale, et des atterrissages beaucoup moins risqués que sur l’herbe, en pleine Apure….

Du surf sur les cannes à sucre

On revient au Guatemala. Le 2 décembre 2019, dans la « finca » La Laguna de San Andrés Villa Seca, Retalhuleu, dont les champs sont couverts de canne à sucre, un énième appareil à tenté de se poser dans une des allées d’un de ces immenses champs de canne à sucre. L’envergure faisait tout juste la largeur de l’allée : résultat, ça n’a pas manqué, l’avion est parti en glissade sur la gauche et a fini en tête à queue, train d’atterrissage arraché et aile droite retrouvée noyée sous les feuilles arrachées. Atterrir à cette endroit était tout simplement impossible : pour quelles raisons les pilotes l’ont-ils tenté, on l’ignore : panne d’essence, erreur de GPS, cartes pas à jour sur la hauteur de la pousse des plants de canne à sucre… on se perd en explications…

C’est le journal télévisé de TN23 qui nous donne une idée de cette tentative d’atterrissage vouée à l’échec (la piste était bien top étroite !) en survolant le champ dévasté et l’énorme selon laissé par le Hawker en perdition.
L’avion porte une immatriculation visible, XB-PGP, qui correspond à un avion existant, l’ex XB-JAI et XA-TYG récemment recruté par Medex Servicios Aéreos S.A. de C.V. selon Scramble. Extérieurement, ça ne concorde pas, mais un coup de peinture et vite donné. Heureusement, des fans du Hawker ont posté sur le net un trajet effectué par le XA-TYG et son atterrissage en Floride. On peut en apercevoir l’intérieur à la fin du film.

Ça ne correspond pas à la photo de celui dévasté montré par les enquêteurs : ce n’est donc pas celui de Medex. Mais c’est bien la preuve que l’avion surfeur de canne à sucre était en mission spéciale pour transporter de la coke et non des passagers ! Question déco, les lignes sur le fuselage évoquent en effet celles de l’ex N78MM, vu ici à Toluca en août 2019 (ex N700CE de Aircraft Holding Solutions LLC Trustee) le Hawker 700 A de 1984 N°257213 immatriculé chez JetNet (à Wilmington, Delaware) appareil tentant, car avant de s’intituler ainsi il s’était fait saisir par les douanes en Colombie à l’été 2017, comme l’attestait sa porte d’accès bardée de collants d’interdiction d’entrer (avion « immobilisé »). Il portait alors encore une autre décoration extérieure comme on peut s’en apercevoir… sur l’image supérieure ci-dessus. Son contrat de vente en date du 28 août 2018, visible ici à gauche, est signé de Michael Marcos, le représentant de Jet Net Llc et du dénommé Marcelo Zempoalteca Hernandez, représentant de la société mexicaine Confaero S.A. de C.V.

L’avion était d’autant plus suspicieux que le fameux Trustee était aussi détenteur du N600AE, un Hawker HS-125-600A datant de 1976 (ex Starwood Management et ex M2 Aircraft Group Inc en 2012 !) dont je vous ai déjà parlé ici. Arrivé en express le 11 juillet 2014 en République Dominicaine avec un bord un groupe de businessmen du Honduras, du Mexique du Venezuela et des USA, l’avion avait été déclaré en panne mécanique, en provenance du Venezuela.

Les hommes seraient venus assister à un combat de coqs, sport très prisé sur place… par les mafieux. Ce n’était pas la première fois.  Il aurait fait une dizaine de vols déjà de la sorte, le vénézuélien se présentant comme un proche de Nicolas Maduro. Les deux pilotes, Fabio Urbino et Hector Rios (Hector Rios Mora) étaient Vénézuéliens.  (lire ici). Une fois prétendument réparé, l’avion s’était envolé vers Punta Cana, alors qu’il devait effectuer un simple vol d’essai : la tour de contrôle avait perdu sa trace à 60 miles nautiques à peine de l’aérodrome. Depuis lors, nul ne l’a jamais revu. Le vieil appareilG-BDZR était le 256068 qui avait débuté sa carrière avec une toute autre livrée (d’époque !)… A ce jour le mystère de l’avion qui a tenté de surfer sur les cannes sucre reste entier.

Le beau cas d’espèce de Sipacate

Les deux lichés ci-contre en disent long : le 4 avril 2019, le pilote qui s’était posé sur un chemin traversant une plantation de cannes à sucre en train de pousser (mais là les plants sont encore courts !) à Finca San Fernando », qui est située à Sipacate, près d’Escuintla (c’est sur la côte Sud du pays) , avait réussi une belle prouesse. Le chemin était plus étroit que l’envergure de son avion (47 pieds, 14,32 m !), et il s’y était posé, de plus, de nuit. Belle prouesse de pilotage (2) ! J’avais raconté comment ça s’était passé : « les autochtones interviewés racontent que l’aéronef a survolé la région vers trois heures du matin, avant de finir par se poser. Aux pieds des policiers accourus pour l’inspecter (ici à droite) on remarque une tâche jaune : celle d’un dinghy (???) emporté dégonflé dans l’appareil, ses occupants ayant à l’évidence prévu de voyager au-dessus des eaux pour rejoindre le Guatemala ! La police a également trouvé des « lampes improvisées » sur le bord de la piste et une ligne blanche dessinée au centre de la route, ce qui a l’air de faire sourire les commentateurs dans la presse, qui n’ont pas hésité à parler de « ligne de coke » !!! Bien entendu l’intérieur de l’avion a été dévasté pour laisser place au maximum de volume pour les sacs de coke. L’avion était immatriculé XB-PMW (il avait été masqué à grand coups de bombe à peinture dégoulinante) et il venait d’être vendu le 27 février 2018 par ABC Elite Aviation, à un dénommé « Miguel Ramirez, résidant à Mexico » . C’était l’ancien N225BJ, datant de 1980, le numéro de série NA-0231. On retrouve sur Gogle Earth la longue ligne droite que l’appareil a utilisée, au milieu des cannes à sucre. Elle s’étend sur… 4 kilomètres et elle fait effectivement à peine 9 mètres de large ! (elle se situe au 13° 58.181’N et 91° 11.325’O)

 

Le 7  août 2019, un énième Hawker se pose à Las Pilas, Champerico, Retalhuleu :  » des radars militaires ont identifié la nuit du 7 août une violation de l’espace aérien guatémaltèque et ont déployé des forces aériennes et navales, qui ont trouvé l’avion en feu. De plus, une trentaine de colis contenant éventuellement de la drogue, quatre pickupss, une camionnette agricole, un tracteur et du matériel d’éclairage ont été trouvés au même endroit ». L’avion était visiblement attendu et devait emporter pas mal de marchandises, vu le nombre de véhicules pour l’attendre. Pris dans la tourmente de pluies diluviennes, ce soir-là, deux pickups sont retrouvés à demi-noyés. Visiblement, l’appareil n’a pas pu être incendié le soir-même !!!! Celui-là, nous allons y revenir très bientôt, tant il représente un cas d’école dans le domaine…

 

Nota : ci-contre à gauche la liste ci-dessous des avions gérés par Carlos Villaurrutia au nom de TWA International Inc : on relève les prochains candidats aux vols douteux : le N828PJ, N°257005 un Hawker 125-700A toujours chez TWA Intl Inc (soupçonné déjà ici), et le Hawker 125-700A N°257088, ex N224EA, ex Vica Aviation de septembre 2018, déjà devenu mexicain XA– (???) depuis. L’adresse elle-même de Carlos Villaurrutia indiquée officiellement à la FFA est aussi douteuse : c’est dans un immeuble bas longeant Buddy Owen Bd, à MacAllen, au nord de Reynosa (ville mexicaine), à la frontière donc, dont l’entrée n’est même pas siglée sur le bord de la route. Des bureaux « low-cost », à l’évidence. Ci dessous, le Hawker N224EA, devenu depuis mexicain depuis le 16 janvier 2019

(1) de gros bimoteurs à hélices en partent aussi. Et brûlent quand on n’arrive pas à les faire redécoller... comme ci-dessous à Sur del Lago de Maracaibo.

A quelques dizaines de km de là, si vous interrogez Waze, célèbre GPS gratuit, il vous donne la direction de l’aérodrome Dr Miguel Angel Urdaneta Fernadez, la longue piste en dur de Sans Carlos de Zulia : elle fait 2700 mètres de long et n’a bien sûr aucune tour de contrôle ni de surveillance…. mais 6 emplacements de parking dont un pour hélicoptères, plus trois autres au nord de la piste… un peu à l’ouest il y a celle d’Incontrados qui fait 1300 mètres en dur aussi et, encore plus au sud, celle d’El Guayabo, la municipalité de Veroes dans l’État d’Yaracuy qui fait 1 km… en terre celle-là.

Les amateurs de vol virtuel peuvent s’exercer à se poser grâce à ce dossier de FSX. Parfait pour les trafiquants en herbe ? Pour mémoire c’est là qu‘avait atterri en septembre 2017 le Navajo Panther N338LC piloté par deux colombiens accompagnés de deux vénézuéliens, qui avait été détectés comme ayant transporté de la drogue (non retrouvée, mais connaissant les autorités là-bas, on peut imaginer qu’elle a « fortuitement » disparu..)

En 2016, l’année précédente, on avait trouvé 200 kilos de coke fixés sous des tôles du chasses d’un camion qu’il avait fallu découper à la meule pour y accéder (images ci-contre). La drogue destinée à être emportée par avion est en effet acheminée par la route vers le lieu de décollage, provenant des hauteurs alentour et de la Colombie..

(2) je vous en rappelle un autre : l’atterrissage d’un Hawker 700 au milieu d’une forêt, doublé d’un second exploit : son redécollage, effectué par un pilote émérite de l’armée guatémaltèque, salué ici.

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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