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Coke en Stock (CCLVIII) : direction les Canaries

Aujourd’hui, on poursuit notre liste des traversées de voiliers amenant la cocaïne en Europe et notamment en Angleterre, en Espagne et en Italie. Tous passent ou presque par les Canaries comme relais, certains transvasements de navires différents s’effectuant sur place, la drogue arrivant en lots importants pour être découpée en parts plus petites avant de rejoindre l’Europe. Les procédés pour camoufler les chargements sont variés, je vous en ai retrouvé un inventé par des hollandais qui a consisté à faire traverser un gros yacht sans qu’il ne se mouille… demain, nous étudierons le cas du précurseur anglais de tout ce système.

Les Canaries comme plaque tournante

Reprenons notre listing à rebours des traversées par voilier commencé à l’épisode précédent, avec un cas bien caractéristique encore. « Le 27 août 2017; à Lanzarote, sur une des îles des Canaries, les douaniers visitaient sur les quais un petit voilier arrivé juste la veille » vous avais-je dit en octobre 2018. « Un petit bateau visiblement dans le collimateur à la fois de la DEA et d’Europol, qui l’avaient suivi tout au long de son périple. Venu d’Amérique du Sud, il avait en effet navigué quelques mois auparavant dans les Caraïbes, où les autorités douanières françaises l’avaient suivi et observé, et il avait chargé la drogue d’un autre navire près de la côte du Venezuela, le 6 août.  A son bord, 470 kilos de coke (soit une valeur de 17 millions d’euros ou 20 millions de dollars) et avec à sa barre un argentin, « membre d’un important cartel de la drogue péruvien, qui possédait trois fausses identités et était déjà recherché pour trafic de drogue », selon la presse.  Un bon client en quelque sorte… »

« Ses complices espagnols étant cinq, dont celui âgé de 29 ans seulement, celui qui avait acquis à Tenerife en février dernier le voilier, et qui avait également acheté un bateau avec deux gros moteurs pour amener à Tenerife la cocaïne, sur la côte de La Santa comme il était prévu au départ avant que la police ne s’empare de la presque demi-tonne de coke à son bord.  Les sacs de sport la contenant montrant des pains de coke estampillés « 100% puro »… » Les trafiquants avaient évolué comme on le prévoyait : «les agents ont découvert que le bateau avait passé une longue saison dans la région antillaise des Caraïbes et avait ensuite transféré via un autre bateau se trouvant à proximité de la côte vénézuélienne, notamment au début de la matinée du 6 août. Ensuite, son équipage a regagné les îles Canaries et, en haute mer, avait transféré la drogue du voilier aux bateaux (à moteur) en fibre de verre, qui l’a ensuite transféré sur la côte de La Santa, dans la municipalité de Tinajo (Lanzarote) ». 

En 2015, c’est le Golem, un grand voilier de 56 pieds, un sloop de type Nordia qui est arraisonné en face de l’estuaire de Rye, avec deux marins hollandais à bord. Raymond Aalders, 47 ans et le skipper and skipper, Hendrik Brugmans, 69 ans, qui a reçu 1,2 million d’euros du premier, marin inexpérimenté, pour faire le trajet. La drogue était cachée un peu partout dans le voilier, qui avait donc été spécialement préparé : il en était truffé.  Il provenait de Curaçao au sud des Caraïbes. Curaçao, où l’on avait retrouvé en 2009 des membres du Hezbollah liés au trafic de drogue, trafiquant par cargos et conteneurs du Venezuela et la Colombie vers l’Afrique puis l’Europe. De Curaçao, on retient aussi ce beau Challenger 601-3A/ER de 1989 (N°5056) bloqué par les autorités pour trafic de coke et qui n’a pas trouvé preneur à la revente, démarrée à un tout petit 100 000 dollars, pourtant. Finalement, il semble avoir été emporté 680 000 dollars.  L’engin avait été saisi en 2017 à son propriétaire turc avec 289 kilos de cocaïne à bord.  Il était immatriculé N545SD, et s’était fait coffrer en revenant de… l’île de Santa Maria, une des neuf îles des Açores (décidément !) !!!  Derrière le propriétaire , l’inévitable Aircraft Guaranty Corporation, de Connie Wood, décrié très souvent ici :  ce Trustee qui permet de garder une immatriculation US pour un propriétaire étranger (lire ici le détail de son Trustee).  » Aircraft Guaranty Corporation, qui a permis et permet toujours (la preuve aujourd’hui) à des citoyens non-américains de bénéficier d’avions inscrits à la FAA sous la lettre « N » (dit « November »), réservée au départ aux seuls citoyens américains ».  Ou de dissimuler les avions de la CIA en Libye !!! Le Golem lui a été mis en vente en août 2016. Il a atteint 95 000 livres seulement, pour une valeur estimée de 330 000.

 

Les sous-doués du trafic

En 2014, c’est encore un grand voilier, le Makayabella, un 62 pieds (18,9 m, c’est un côtre en aluminium de chez Georges Auzepy Brenneur, datant  de 1986), ancien charter dans les Caraïbes, qui se fait pincer par le Lé Niamh (P52), un patrouilleur irlandais avec trois anglais à bord : Jonathan Powell, Benjamin Mellor (34 ans sous deux) et Thomas Britteon (28 ans).  Ils convoyaient 1 025 blocs de coke colombienne extra-pure dans 41 sacs, ayant une valeur totale de 225 millions d’euros. C’est le fils de Powell, Stephen, de Guisely dans le West Yorkshire qui avait tout organisé. Le voilier avait été acheté 140 000 livres en 2013 à un charter réputé dans les Caraïbes (Sea Breeze);  quatre autres trafiquants avaient été arrêtés après : Dawne Powell, 56 ans, James Hill, 31 ans, David Webster, 44 ans, et Philip McElhone, 29 ans.  Les marins étaient partis en avion, et un autre bateau avait été découvert lors de l’enquête. Il devait servir à transvaser les sacs selon la technique connue, permettant au Makayabella d’accoster à vide en Irlande. Ce deuxième du même gang, était un yacht à moteur de 7.6m appelé Sea Breeze, qui était basé à Pwllheli, au Pays de Galles, qui servait donc à transvaser les ballots de coke du Makayabella. Le gang sera condamné à 73 années de prison au total et le bateau revendu  70 000 livres seulement aux enchères par Dominic J Daly & Co. Auctioneers,  alors qu’il pouvait être estimé à plus de 100 000 encore, faisant un heureux qui devra quand même devoir racheter des voiles… c’est le Sea Breeze qui avait donné l’alerte en fait, en raison de la maladresse de Stephen Powell, qui l’avait drossé sur les rochers, obligeant les sauveteurs à venir le décoincer :  il avait oublié de remplir son réservoir et était tombé à sec en pleine mer !!! Les enquêteurs ont pensé un temps avoir affaire à des sous-doués : faute de carburant, ils n’avaient donc pu rencontrer le Makayabella, et deux jours plus tard, Powell et le dénommé James Hill avaient demandé à un neuvième larron, Wayne Bush, 45, ans d’acheter un autre bateau dans une marina de Milford Haven, dans le sud du pays de Galles.  Mais là encore ça n’avait pas marché.  Lorsqu’ils ont su que le navire principal avait été arrêté, les trois ont abandonné leur voiture, une Peugot 307 bleue, dans un parking de l’aéroport de Cardiff.  Elle contenait six bidons de diesel coloré en rouge bien visible dans son coffre, avec leurs empreintes partout dessus, y compris sur les papiers de tentative d’achat dans la marina !!!  Le dernier larron (Bush) a pris 6 ans de tôle.

Le 7 novembre 2014, ce sont les français avec eux navires des douanes, qui au large de la Martinique, ont intercepté l’Hygeia of Halsa, un autre grand voilier avec deux anglais à bord de 57 et 42 ans, originaires de Jersey. Un beau Halberg Rassey de 42 pieds de 1988 qui venait d’être remis à neuf chez Woodford, installé comme par hasard à Pole, dans le Dorset, avec son superbe pont de teck refait en priorité. A bord des sacs contient 200 kilos de cocaïne.

En juillet 2013, c’est un autre yacht, le Maid of Orleans (du nom d’une chanson d’Orchestral Manoeuvres in The Dark), acheté en 2010 en Angleterre et basé à Cork en Irlande ou plus exactement  à Crossheaven qui fait la une des journaux.  Son propriétaire, un irlandais nommé Kenny Coalter, mécanicien de bateau de profession, ne semblait pas avoir l’argent pour acheter un tel bateau selon les policiers anglais, rendus méfiants car ils avaient reçu des USA un dossier sur ses deux accompagnateurs, deux américains dont un était le skipper du voilier (il était charpentier de profession, originaire de Rhode Island). – En fait Coalter avait fait des affaires durant sa vie, avait revendu des entreprises et vivait depuis plusieurs années dans les îles Canaries où il avait acheté et revendu également un bar florissant.  Les policiers en tout cas s’étaient-ils inquiétés de voir partir seul le skipper, en octobre 2010, pour Las Palmas, dans les Canaries. Bien leur en a pris, mais ils n’avaient pas eu à lui courir après :  face au mauvais temps, le skipper  avait déjà rebroussé chemin pour renter à Cork, mais, arrivé en face du port, il avait perdu son gouvernail et avait dû être remorqué  jusque Crosshaven par le bateau de sauvetage de la station de Ballycotton. Son inspection sur place fin 2010 par la police n’avait rien donné.  Les policiers anglais, avertis par la police US qui détenait des informations sur sa possible implication dans un trafic de drogue avaient ensuite dressé l’inventaire de ses excursions suspectes entre 2010 et 2013, qui l’avaient en fait mené au Cap Vert, en Angola et dans les Grandes Canaries, le rendant encore plus suspect ! Une fois reparti en 2013, ordre avait donc été donné aux policiers espagnols de l’intercepter, s’il s’aventurait ailleurs que prévu, ce qui sera fait entre le Cap Vert (où il venait de faire escale (2) et l’Angola. L’inspection de ses entrailles avait alors révélé la présence de 500 kilos de cocaïne à bord, bien dissimulés sous un faux plancher. Les soupçons américains étaient confirmés. Le navire étant alors amené dans les Grandes Canaries, où Coalter (qui n’était donc pas à bord ) et deux espagnols complices avaient été arrêtés, ainsi qu’une australienne, interceptée elle à Tenerife.  Sur place avait été trouvée une belle panoplie de trafiquants, avec trois pistolets Derringer (des engins de poche), un semi-automatique et un fusil d’assaut, tous cachés dans un vieux juxe-box, plus 2,6 kilos de bijoux, des lingots d’or pour une valeur de 135 000 euros, 40 000 en cash, et des téléphones satellite de communications et même deux Harley-Davidson (la passion de Coalter mais aussi des deux américains) et bien sûr aussi un lot de voitures de luxe.  On avait bien affaire à un gang !  Selon la police, le voilier était venu prendre la drogue apportée par un autre navire au Cap Vert, en provenance du Brésil, la coke étant colombienne d’origine. Elle y était divisée en plus petits lots pour être distribuée en Angleterre.  Trois autres bateaux avaient été confisqués, dont un appelé le Mistral of Ireland, un 32 pieds, ici à droite devant lequel pose Kenny Coalter, qui effectuera deux ans à la prison à Salto del Negro à Las Palmas sans avoir été jugé encore en 2017.  En 2015, il fait annoncé avoir déménagé à Las Palmas et vivre désormais sur son bateau évalué à 30 000 euros seulement (le Mistral of Ireland ?). Le bateau lui avait été effectivement confisqué, mais il lui avait été rendu cette année-là.  Depuis 2017, impossible de trouver des nouvelles à son propos :  son implication demeure tout ce qu’il y a de plus floue et on ne possède aucune nouvelle surtout de ses deux compères américains !!!

Direction l’Italie maintenant… et la Camorra napolitaine

L’un des plus beaux exemples a été observé le 23 juillet 2014, grâce à l’action de direction italienne Antimafia qui a permis la saisie d’un lot énorme de cocaïne dans la région d’Aguilas (en Espagne, sur la côte Est entre Alicante et Almeria). La drogue fut trouvée dans un voilier, chargé de 600 paquets remplis de cocaïne, d’un poids total de 679,80 kilos. La plus grande quantité de drogue découverte alors en Murcie !!!. Le bateau, acheté à peine 20 000 euros par un marchand appelé Bartolo Di Massa, s’appelait le Scugnizza, il en avait confié la barre à un vieux loup de mer local appelé Francisco López Silvente ou Anthony Frank Silventy, car ce dernier était austral-espagnol. Le faible tarif concédé et son paiement plutôt flou, essentiellement en liquide, avait alerté la Direzione Distrettuale Antimafia, qui avait décidé de le suivre à la trace en lui accolant discrètement une balise GPS pour mieux suivre ses mouvements.  La suite est racontée ici :  » le 22 mars (2014), Francisco a quitté Águilas avec à son bord deux de ses frères, dont l’un réside aux Canaries. Telle était apparemment la destination finale du voyage. Seulement en apparence, car c’était en réalité la première étape d’une aventure beaucoup plus longue et infiniment plus risquée. Il a amarré le navire dans la marina Pasito Blanco, au sud de Las Palmas de Gran Canarias, fait ses adieux à ses frères et a attendu l’arrivée de Di Massa, qui s’est rendu en avion dans les îles. Bien que les Italiens et les Espagnols soutiennent que personne ne les a accompagnés pendant le voyage, les enquêteurs ont appris que deux hauts responsables de l’organisation criminelle italienne de la Camara se sont embarqués à bord du «Scugnizza», ceux que Francisco avait autrefois appelé «  les patrons ». Le navire s’est arrêté à La Martinique, au milieu de la mer des Caraïbes, puis à Curaçao (dans les Antilles néerlandaises), où il est resté environ dix jours. Ils se sont bronzés, ont loué des excursions dans une voiture de location, sont allés dîner … comme de riches touristes qui ne se soucient pas davantage que de profiter de la «dolce vita». Le premier revers d’une certaine importance s’est produit lors du voyage en République dominicaine, alors qu’ils arrivaient à Samana et que la barre était tombée en panne et qu’ils ne pouvaient plus la réparer avant une semaine. C’était la dernière de leurs destinations dans les Caraïbes, car peu après leur départ, ils étaient partis pour un voyage retour. À ce moment-là, quel que soit le choix du trajet, le navire voyageait déjà avec un lest de 670 kilos de poudre blanche » (à l’intérieur d’un double fond spécial). « La navigation vers les Açores a de nouveau subi une panne, cette fois dans les injecteurs de moteurs, de sorte qu’ils sont arrivés au port de Horta (dans les Açores) pour le résoudre. C’était l’endroit où les deux supposés «  gros bonnets» ont quitté le navire, sachant que le dernier itinéraire est toujours le plus risqué. Ils avaient raison, car dans le port d’Águilas, les attendait déjà un grand comité et ils n’étaient pas vraiment les bienvenus. Francisco López Silvente et Bartolo Di Massa ont été arrêtés le 23 juillet, ainsi que deux voisins d’Águilas (cf Aldo et Francisco Lopez,) qui étaient venus à bord du navire pour recevoir les marins et pour savoir s’ils souhaitaient de l’aide pour décharger le chargement. » La drogue déchargée en Espagne devait en effet être reconditionnée en paquets plus petits d’environ 1,1 kg de cocaïne, destinés à la région de Naples : il y en avait pour 115 millions d’euros. En Italie, on dévidera ensuite (en 2017) l’écheveau : « Les enquêtes ont révélé le rôle stratégique joué dans le trafic de stupéfiants par les sujets arrêtés aujourd’hui: les frères Raffaele et Giuseppe Maurelli, respectivement âgés de 46 et 44 ans, entrepreneurs originaux insoupçonnés et non fichés de Castellammare di Stabia mais résidents de Scafati et Del Sole Paolo, 39 ans, originaire de Torre del Greco et propriétaire d’une concession automobile à Scafati ».
« Les frères Maurelli, propriétaires d’un tabac à Torre Annunziata, sont également propriétaires de diverses sociétés situées à Scafati, San Giuseppe Vesuviano et Torre Annunziata, principalement dans le secteur de la construction. Les mêmes, comme les enquêtes menées, sont en contact avec des représentants du crime organisé opérant dans la région de Stabia. » Ici la visite des carabiniers dans l’impressionnante villa des malfaiteurs (cf ici à droite). « Sont également saisis des biens et des immeubles d’une valeur totale d’environ 10 millions d’euros: entreprises de construction, activités commerciales, appartements, garages, entrepôts, villa, terrains, voitures et motos. Tous situés entre Scafati, Torre Annunziata, Pompéi, Castellammare di Stabia, San Giuseppe Vesuviano, Pollica et Montecorice. Le 19 avril au matin, l’équipe mobile effectue de nouvelles recherches. À Pompéi, dans une pièce attribuée aux Maurellis, les agents trouvent deux coffres-forts contenant des valeurs très élevées: bijoux, lingots, plus de soixante montres entre Rolex, Adam Piguet et Philippe Patek, pour une valeur estimée à environ un million d’euros et une plus de 200 mille euros.
Les policiers  arrivent également à Pompéi, où dans une boîte, il y a sept bombes de guerre fabriquées dans l’ex-Yougoslavie, toutes prêtes à être utilisées »
 (ici à droite)  « L’histoire, cependant, est loin d’être terminée. Dans une note, le substitut du procureur d’Antimafia Filippo Beatrice souligne que les frères Maurelli « sont, comme les enquêtes menées, en contact avec des membres du crime organisé ». Cinq groupes de clans de la Camorra actifs à Castellammare, Pompéi, Scafati et Torre Annunziata seraient inclus dans la série de vente de drogue: les Cesarano, les Omobono-Scarpa i Gionta, les Gallo-Cavaliere et les Omobono-Scarpa. «

Dans les Açores encore, en 2015 et à Horta, cité ci-dessus, un long voilier sans cabine apparente appelé Martella, un Baltic 81 de 1989, avait été appréhendé. Il faisait 24 mètres de long (79 pieds !) et était plutôt destiné à la régate, genre de sport auquel il avait déjà participé (cf ci-dessus à gauche).  A bord, il y a avait cinq hommes d’équipage (quatre de nationalité serbe, et un allemand). L’engin emportait 1 150 kilos de cocaïne (visible ici sur le quai, à droite sur la photo empruntée à un journal local !  Le Martella avait pour base charter pour la location Trinité et Tobago !! Les cinq marins avaient donc traversé l’Atlantique dans ce bateau de course sans cockpit, dans l’inconfort le plus complet !!!  A mon sens, c’était la première fois qu’un voilier de course servait à transporter de la cocaïne.

Le Cap-Vert aussi comme relais avec un autre incroyable histoire

Le Cap-Vert est un autre relais de l’Atlantique, pour les jets comme pour les navires, sur la route de la coke vers l’Europe (et pour des cargos comme l’Artic-Sea, souvenons-nous aussi !  Cela donne aussi parfois des cas pendables, comme celui raconté ici par l’excellent Philippe Reltien, avec qui j’ai eu la chance de travailler (il y a bien longtemps). C’est celui d’un marin français, Olivier Thomas, venu tenter sa chance à bord d’un bateau sans savoir que celui-ci avait été truffé de cocaïne avant qu’il ne mette un pied à bord. Le yacht avait fait le trajet de Natal au Brésil (initialement il était parti de Salvador de Bahia et avait subi de lourdes modifications à Bahia, pour un montant élevé, plus de 3 fois sa valeur marchande !) jusqu’à sa destination de l’île de Madère au Portugal en passant par le Cap-Vert, dans le port de Mindelo.  La vieille cabine de bois avait effectivement été remplacée par une en résine, notamment, ce qui se distingue très bien ici.  Le travail de modification avait été long.  Le voilier était entré dans la Marina d’Ocema à Salvador da Bahia le 16 juin 2016 pour ses modifications.  Il en était ressorti qu’en mars 2017.  La police semblait déjà le suivre de près et il avait été fouillé de fond en comble le 18 juillet 2017, avant son départ, mais la police fédérale brésilienne n’avait alors trouvé aucune drogue à bord.  Dans les déclarations au programme Fantástico, le délégué de PFB reconnaîtra qu’elle n’était pas (assez) compétente ce jour-là pour détecter la coke profondément dissimulée dans le bateau. Le réservoir d’eau placé au-dessus de la cocaïne avait détourné l’odorat des chiens renifleurs !

Arrivé au Portugal, il y est de nouveau fouillé le 20 août, à Porto Grande .. à la tronçonneuse, cette fois (les policiers avaient donc des renseignement précis avec eux, mais on ignore qui les avait indiqués) : « sous le réservoir d’eau, il y a trois trappes recouverte d’une plaque en acier boulonnée. Chaque boulon est découpé à la meuleuse électrique. Ça fume de partout, on se croirait dans un atelier de métallurgie. Les policiers sont en sueur. L’air devient irrespirable. Le dernier boulon saute. La lourde plaque d’acier pivote et là tout s’écroule : des paquets entourés de plastique sont à l’intérieur. Sur le coup, je pense à des blocs de polystyrène pour flotter en cas de naufrage. Les policiers exultent de joie. Je n’y crois toujours pas, jusqu’au moment où un policier tire une aiguille de sa mallette et pose de la poudre pour la tester : ça vire au vert… Le verdict est là, devant mes yeux : de la cocaïne pure. À ce moment-là, je réalise : on s’est fait baiser en beauté. Comment ai-je pu être aussi imbécile… C’est comme si je tombais de 10 étages ! » Le bateau, plutôt ancien (c’est un bateau à deux mats, un schooner, autrement dit une goélette) s’appelait le Rich Harvest et contenait en effet 1 157 kg de cocaïne.  Tous les membres d’équipage, dont Thomas; avaient été condamné à 10 ans de prison.  En février 2019, sa peine a été cassée en appel pour vice de forme. L’un des propriétaires du bateau, était britannique, il s’appelait James Delbos avait été arrêté en Espagne à la mi-2018. Il avait acheté avec Matthew Stephen Bolton le vieux schooner de 72 pieds (22,15 m) pour 123 000 euros seulement. Le troisième larron de l’affaire s’appelant George Saul. Le navire (ici à droite) appartenait jusqu’alors à Phil Berriman et Nicola Short et avait circulé auparavant en charter à Gibraltar, avec à bord un scanner de fond pour repérer les épaves et un ROV à bord. Le ROV aurait été prêté au Don Inda et s’était rendu célèbre en retrouvant l’épave du Nuevo Pepita Aurora, un bateau de pêche disparu en 2007 au large de Cadix.

En fait de « chercheurs d’épaves », les dénommés Phil Berriman et son associé du moment Trevor Lyons en avaient fait de belles avec leur goélette.  Ancrée au large de Hartlepool, à 13 milles de la côte britannique, ils vendaient détaxés des alcools, des spiritueux et de cigarettes au nez et à la barbe des douaniers, un procédé appelé « Offshore Off-Licence » devenu depuis phénomène historique.  La limite légale des eaux étant en effet de 12 milles ! Les policiers, vexés, avaient quand même investi le schooner et raflé tout son son contenu… Auparavant, Berriman (ici à gauche) avait déjà été arrêté en 1994 pour avoir amené dans son yacht 3,5 tonnes de cannabis importé, le record de l’époque au Royaume-Uni, toujours à bord du même bateau !!!  Berryman avait tout raconté en 2015 dans un e-book appelé «  The Baccy Boat », devenu film fort (fort) édulcoré sur You Tube. Bref, le fameux Rich Harvest avait déjà un lourd passé (l’incorrigible Berryman avait récidivé son off-shore licence avec le Cornish Maiden) !!!

Fait intriguant, cette fois, si les réparations coûteuses avaient effectivement bien eu lieu à Bahia, c’est dans la baie d’Aratu, notamment dans la Marina OCEMA, dont le propriétaire est, surprise, un français : Pierre Prigent.

La police (et le coordonnateur de la Police de la Répression des Stupéfiants (CGPRE),) avait en effet noté « qu’en juin 2016 bien, nous identifions la société CHANTIERS SERVICES RAOCE nautique eT LTDA – ME, dont propriétaire est Axel Marin Pierre Prigent, ce qui coïncidente avec l’adresse indiquée рог Pierre (Prigent), ce qui laisse supposer que Axel est le fils de Pierre ». La même police avait écrit que « le 4 mars 2017, la Capitainerie des Ports de Salvador enregistre le départ de Rich Harvest à Rio de Janeiro. Trois jours plus tard, le 17 mars, le bateau a un problème mécanique, le premier d’un grand nombre qui va vérifier à l’arrivée à l’île de São Vicente, près de Ilheus et retourne à Marina Ocema à Salvador da Bahia ».

« Plus d’un mois plus tard, le 20 avril, il enregistre une nouvelle sortie. Maintenant, en direction du sud, pendant 32 jours, il n’y a aucun enregistrement du voilier. Il n’y a aucune preuve de l’endroit où il est allé et de ce qu’il a fait ».  En tout cas, en février 2017, il y était encore au chantier Prigent, ce que l’un des satellites de Google Earth avait très bien constaté (ci-dessus)…  On l’avait oublié, celle-là…

Des marins de Mourmansk à Curaçao ?

Et ça continue : au Cap-Vert, le 2 février 2019, 9,5 tonnes de cocaïne (soit 260 ballots) ont été saisies, au port de Praia sur un navire battant pavillon panaméen, depuis le 6 novembre 2018.  C’est un cargo de 99 mètres de long et 3 800 tonnes, l’Eser assez voisin de l’Aric Sea.  Pour ce  qui est de son propriétaire, ça reste flou : « Le cargo ESER a 34 ans depuis qu’ il a été construit, il s’appelait « Sainte-Hélène » et jusqu’en 2013, le drapeau allemand y était affiché. Les six dernières années ont été confiées à une société turque au nom infini: Gemiciler Denizcilik Nakliyat Track Yapi Tesisleri Sanayi ve Ticaret Ltd Sti. La société de transport, c’est-à-dire l’exploitant du navire, est une autre entité juridique, en source ouverte, c’est-à-dire la société panaméenne Step Shipping Corp. Immatriculer des navires étrangers sous pavillon panaméen est une pratique courante, car le registre en haute mer vous permet non seulement d’éviter les taxes, mais également de masquer le nom du destinataire. Selon la loi panaméenne, seuls les noms des représentants nommés de la société sont soumis à un enregistrement obligatoire auprès du registre des sociétés de l’État. Dans notre cas, les administrateurs figurent sous les noms apparemment fictifs de Haluk Buzluk et Huseyin Turkmen. »

Surprise (ou pas ?) tous les membres de son équipage, soit onze personnes sont… russes !!! « Le cargo venant d’Amérique du Sud avait pour port de destination Tanger (Maroc) mais s’est arrêté au port de Praia pour se conformer aux procédures judiciaires liées au décès à bord d’un membre de l’équipage« , a précisé la police. « Mais avant l’arrivée du bateau au port de Praia, la police était déjà en possession d’informations indiquant qu’il s’agissait d’un navire soupçonné de transporter une quantité indéterminée de stupéfiants« .  Archipel constitué de dix îles, le Cap-Vert fait partie des pays ouest-africains utilisés par les trafiquants comme points de transit de la drogue en provenance d’Amérique du Sud à destination de l’Europe » avait-on pu lire..  A gauche un des marins de Mourmansk appelé Vadim Yamnov: il était arrivé à Panama par avion, après avoir signé un contrat à Mourmansk.  La police anglaise, qui suivait également l’engin, soupçonnait fortement que la drogue avait été commandée par le cartel irlandais de Kinahan, créé par ‘Dapper Don’ Christy Kinahan mais aujourd’hui dirigé par son fils Daniel.  La mafia russe est aussi citée, en priorité vu l’équipage, bien entendu (à droite un des paquets de cocaîne en détail avec une inscription en arabe dessus). Pour ce qui est du pourquoi des marins russes, justement, la réponse est simple : « pourquoi les marins de Mourmansk – la ville portuaire – sont obligés de louer des navires sous les drapeaux de sociétés offshore, on le sait. Les flottes de pêche et de commerce russes ne sont pas vraiment sorties de la crise au début des années 90, il y a peu de navires, il n’y a pas assez d’emplois. Le salaire du marin sur un vraquier retenu au Cap-Vert n’était que de 1 100 dollars par mois. Sans déplacement, indemnité journalière, etc. La même somme est reçue à Mourmansk par un modeste officier contractant à un poste de contrôle. Mais cet argent pour les marins, dont la profession était considérée il y a 30 ans comme la mieux payée et la plus prestigieuse du Nord, est maintenant une chance. Bien entendu, il ne faut pas rechercher les garanties sociales et respecter le droit du travail devant les tribunaux offshore. C’est un travail d’esclave. Et la mort du secouriste d’Eser lors du vol n’est pas du tout un cas exceptionnelle. »

Une drogue qui était destinée ailleurs, en fait : « dans le cas particulier des drogues saisies au Cap-Vert, un spécialiste international de la sécurité estime que l’Eser n’avait pas pour destination les îles du centre du littoral de l’Atlantique. La destination était le Maroc, où il allait transférer la drogue sur un autre navire et les emmener en Europe. Il souligne que la mafia russe est un trafic international de drogue et de blanchiment d’argent. De plus, elle est considérée comme l’une des plus « violentes » par les moyens qu’il utilise pour dissiper quiconque de passer sur sa route, n’ayant pas peur de tuer qui que ce soit « . Pour preuve, on a aussi cette levée de fonds réalisée à … Mourmansk pour libérer les marins russes emprisonnés. Une initiative signée Yury Krokhmal, à la tête de la Murmansk Foundation, et par Aleksei Borisovitch Veller (ici à gauche), ancien maire de la ville de Murmansk et désormais avocat pour la Duma (l’actuelle étant Tamara Pryamikova).  Veller viendra raconter aux autorités du Cap-Vert que les marins de l’Eser avaient été « approchés par trois bateaux avec des hommes armés » qui auraient obligé « de monter la cargaison à bord du cargo » !!!  En somme, que ce sont des pirates qui auraient apporté la drogue !!!  Voilà qui était gros, très gros !!!  Quel fabuliste ! Le 5 décembre précédent, l’Eser état déjà venu de la ville autonome de Ceuta, en Espagne, mais ayant une frontière directe avec le Maroc, pour remonter vers Praia… mieux encore lorsqu’on découvre ses autre trajets et pourquoi il avait été ainsi pisté : « le séjour du navire dans les Caraïbes pendant plusieurs jours, enregistré pour la dernière fois le 11 janvier, avec d’étranges mouvements au large entre Aruba et Curaçao, a renforcé les soupçons d’Interpol ».  Les russes aussi s’approvisionnent à Curaçao !!!

Des procédés parfois tortueux

D’autres encore ont tenté leur chance : l’un des cas les plus surprenants est celui de ces deux paisibles retraités anglais, appelons-les Roger, et Sue, 72 et 70 ans respectivement, jetés en prison au Portugal après que l’on ait découvert de la coke dans leurs valises. Ils étaient partis faire une croisière de 33 jours, au départ de Tilbury (ils habitaient en fait en Espagne) à bord du Marco Polo, un paquebot de croisières à touristes. Après un arrêt à Horta, aux Açores, le navire s’était rendu à sa destination de Saint-Lucia, où là Roger avait étrangement « acheté à bas prix » selon lui deux gosses valises supplémentaires. Arrivés au Portugal, destination finale de la croisière, ces dernières avaient été débarquées et inspectées : il y avait dedans, caché dans un double fond, pour 2 millions de livres sterling de coke (soit 9 kilos). A bord, Roger s’était il est vrai fait quelque peu repéré : il payait tout en cash avec des rouleaux de billets sortis de ses poches !!  Pour les enquêteurs portugais, c’est certainement un gang de la Costa del Sol qui leur avait passé  commande de la cargaison…

Les trafiquants utilisent souvent des moyens plus sophistiqués que des retraités pour que leurs chargement ne soient pas découverts, on l’a vu. Parfois en évitant de façon surprenante le passage par les Açores. Voici l’un des plus tordus. En 2011, c’était un bateau à moteur qui avait été pisté par les enquêteurs anglais :  le Louise, un yacht  à moteur de 44 tonnes (quand même !).  Fait étonnant, celui-là n’avait pas traversé lui-même l’Atlantique. Non, il s’était fait tranquillement  porter jusqu’en Angleterre, installé par une grue portuaire à bord du Snoekgracht, de chez Seven Stars Yacht Transport, une firme spécialiséequi en a vu d’autres et en a même transporté 30 de plus ce jour là (et même aussi  un hydravion, le N42MY !).  Le yacht avait paraît-il été envoyé en Europe pour y être « remis à jour ».  En fait de mise à jour les trafiquants y avaient patiemment dissimulé une tonne de cocaïne, un travail de fond selon le Daily Mail : «La cocaïne prenait environ quatre mètres cubes et avait été soigneusement insérée sous la plate-forme de plongée à l’arrière, avec un accès depuis la salle des machines. Il fallait de très bons panneaux d’obturation pour les cacher et c’était ingénieux », a déclaré un porte-parole. La cachette était si belle qu’il a fallu six jours à des officiers spécialement formés pour retrouver les balles. La dissimulation était un travail professionnel. Il faut être méthodique pour le trouver », a déclaré Doug McLellan, responsable des opérations maritimes à la UKBA ».  Derrière il y avait un gang… hollandais.  Le propriétaire du bateau, 61 ans, Klaas L, habitait Meppel, à environ 140 kilomètres au nord-est d’Amsterdam. Ses « assistants »  avaient pour noms Mohamed Z, gérant l’agent du gang, propriétaire d’un gymnase, et Robert L-  le fils du propriétaire. Chez Mohamed Z, les policiers ont trouvé 1,5 millions d’euros, deux Harley et des armes à feu, l’un avec silencieux, l’autre étant une mitrailleuse. A l’origine du trafic, il y avait en fait la déconfiture d’un chantier naval familial (celui de Klaas L, il s’agissait de Triton Jachten B.V à Waalwijk) qui s’était trouvé dans une « situation financière délicate » (en faillite après qu’un client se soit plaint de ne pas être remboursé d’un travail non terminé sur un bateau de 27 mètres acheté 600 000 euros à World Chartering SA. la facture réclamée à Triron était d’un montant de 2 453 780 euros pour achever le navire)..  Le transport du Louise n’avait coûté lui que 60 000 euros.  Le bateau avait été truffé de coke à Porlamar, sur l’île vénézuélienne de Margarita, qu’on ne présente plus ici… celle du fameux trafiquant Carlos Llorca ! … qui avait débuté sa carrière à… Marbella !!!

 

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