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Coke en Stock (CCLV) : l’Uruguay, comme un goût de déjà vu

L’été 2019 a été chaud, je vous le concède (je reprends ici une série interrompue le 20 août dernier avec cet épisode)  mais pas seulement en température:  en actualité aussi, ici en France, avec la découverte de plus de 600 kilos de cocaïne à bord d’un avion qui s’était posé à Bâle-Mulhouse, après avoir précédemment visité NiceEncore un chaînon manquant, celui-là, car il va nous emmener en Uruguay (sa provenance) mais aussi dans les Balkans (d’où sont originaires ses réceptionnistes) et même encore ailleurs, mais cela nous le garderons pour le dessert si vous voulez bien : le plat s’annonce copieux.  Les liens entre la ‘Ndrangheta (la mafia calabraise) et les Balkans sont connus et répertoriés, comme l’est l’installation de la mafia serbe en Uruguay :  ce n’est donc qu’une demi-surprise au départ.  J’ai évoqué cela ailleurs, il y a huit ans déjà (1). Mais l’un des réceptionnistes de l’appareil, ainsi que l’avion lui-même, va nous montrer que le trafic de cocaïne par jets privés est vraiment une histoire surprenante comme vous allez le voir.  On commencera cette fois par effectuer un rappel de ce qui se passe aujourd’hui en Serbie et qui n’est pas vraiment pour nous rassurer…

Le Gulfstream débarqué à Mulhouse, immatriculé dans l’île de Man (en « M » donc), avait déjà sillonné l’Europe des mois auparavant.  On avait pu le photographier à Londres en 2017, il y a deux ans à Ostrava (Tchéquie) par exemple ou en 2016 en Italie sur le Verona Villafranca Airport (ici, assez majestueux, il est en train de se poser à Tallin en Estonie, le 25 mai 2018).  Une base de données connue l’avait enregistré effectuant un vol de Nice à Moscou qui aujourd’hui, comme on va le voir, présente davantage encore de questionnements.  L’engin avait changé d’immatriculation en 2016.  Auparavant c’était le N33XE. Enregistré à Prague, il était basé à Ostrava, en Tchéquie, sur l’aéroport Leoš Janáček (il y est ici à gauche le 3 janvier dernier (photo Miroslav Kostelník ) ) .

C’est un Gulfstream V, autrement dit une bien belle bête, un gros avion pouvant emporter jusqu’à 18 passagers : c’est un des premiers « ultra-longs courriers » sortis (un avion capable d’effectuer 6 000 milles nautiques, soit 11 000 km d’affilée grâce à ses deux gros BR 710-A1-10 Rolls-Royce , munis de soufflantes faisant 1,20 m de diamètre !).

Sorti au milieu des années 90, il se vend aujourd’hui dans les 10 millions de dollars. Celui-là est apparu en 1997, sous l’immatriculation N506GV chez Aviation Business Jets de  Teterboro (aujourd’hui revenu dans le giron de General Dynamics ).  C’est une firme Suisse installée à Basel au départ. Je reviendrai plus loin sur son historique propre, car l’avion lui-même -et son véritable propriétaire – présente un intérêt, bien sûr.  Il s’était posé le 16 mai dernier à Bâle, lesté de 603 kilos de cocaïne et on a appris cet été, soit deux mois plus tard, ce dont il s’était rendu coupable, le temps de démêler tout le réseau de cette affaire tentaculaire. Le voici ci-dessus ici le 23 mai 2018 en train de survoler… Moscou (Vnukovo, photo signée Aktug Ates), l’une de ses destinations favorites avec Ostrava ou Prague (on l’a aussi aperçu à Petropavlovsk-Yelizovo… (c’est dans le Kamtchatka, la patrie de l’immense crabe royal.. vendu 270 euros le kg en France, à en faire pâlir François de Rugy et ses homards bien petits en comparaison !). Bref, un bel oiseau aimant la pêche et le poisson , comme son nom l’indique…

Le récit de l’été !

Le Parisien raconte le 26 juillet dernier, pendant que vous étiez en vacances, ce qui s’est passé : « moins de deux jours avant cette saisie historique, les gendarmes strasbourgeois et marseillais sont avisés par leurs homologues tchèques qu’une énorme livraison de cocaïne doit transiter en France. Selon le plan de vol, un jet privé doit partir d’Uruguay, se poser à Nice avant de redécoller pour l’aéroport de Bâle-Mulhouse, qui a la particularité d’être en intégralité sur le territoire français mais de compter des zones douanières suisses. « Ces zones permettent d’avoir accès directement à la Suisse, confie une source proche du dossier. L’objectif des trafiquants était d’entrer en Suisse, et ils espéraient être plus discrets en arrivant depuis Nice, sur un vol intérieur qui ne nécessite pas de plan de vol. » Sauf que le jet privé est pisté par les enquêteurs, convaincus que le bimoteur est chargé de cocaïne. Les trafiquants tentent de brouiller les pistes et « utilisent de faux passagers pour rendre crédible leur vol en direction de la France, confie un bon connaisseur de l’affaire. Ils avaient visiblement retenu les leçons du raté « Air cocaïne », cet avion piloté par deux Français et stoppé à Punta Cana (République dominicaine) avec plus de 700 kg de cocaïne à bord. Quand il atterrit à Nice, le bimoteur venu d’Uruguay est attendu. Mais, seuls les passagers descendent et l’avion repart pour Mulhouse. Il se pose sur le tarmac à 17h30, sous le regard de dizaines de gendarmes de la SR de Strasbourg et de la gendarmerie des transports aériens en planque. Les deux pilotes abandonnent leur engin sur la piste et partent louer deux véhicules. Ils reviennent décharger des dizaines de valises remplies de cocaïne. « L’objectif de la justice française était de ne pas les interpeller à l’aéroport, mais de les laisser partir en Suisse où ils étaient attendus, confie un proche de l’enquête. Les gendarmes français étaient là pour surveiller la livraison et accumuler les preuves, notamment grâce à des photos ». A gauche l’avion empêché de redécoller par les gendarmes qui ont mis devant son diablo avant un beau bloc de béton.

Le plan de la police française était en effet bien au point, bien coordonné avec celui de la Suisse : elle n’interviendra pas en effet ! L’appareil avait été suivi par la DEA depuis son décollage en Uruguay !!!  « Les gendarmes ont pour consigne de ne pas lâcher la drogue des yeux. D’autant qu’ils ont repéré, à proximité de l’aéroport de Mulhouse, le principal donneur d’ordre du trafic, un Serbe pourchassé depuis plus d’un an par des services du monde entier. Vers 23 heures, les pilotes, le commanditaire et un complice quittent l’aéroport à bord des deux voitures. Ils roulent le long de la frontière, suivis à la trace par les gendarmes, en lien permanent avec la police suisse, prête à intervenir. Après quelques minutes, les trafiquants abandonnent les véhicules sur une route douanière. Les autorités suisses passent à l’action et interpellent le donneur d’ordre, un pilote et un complice ».

Laisser filer et attraper plus tard : la consigne respectée par les français

La patience des policiers français a en effet été récompensée, ce que l’on apprend lors d’une conférence de presse qui se tient… à Zagreb, en Croatie, car, on l’a déjà bien compris, la drogue était destinée aux trafiquants des Balkans.  Nous revoici en terrain connu : on avait commencé à en parler ici en février de cette année avec souvenez-vous de cet autre Gulfstream pris en photo à… Zagreb, justement (ici à gauche) ! !  Si bien que l’on se retrouve des années en arrière, avec pas mal de souvenirs en tête… et pas mal de noms aussi. Auparavant, savourons la vue du paquet de valises découvertes pleines de coke qui aurait pu faire saliver des pilotes tels Odos et Fauret, condamnés ici en France à 6 ans de prison en avril dernier.  Leur Falcon regorgeait aussi de valises il est vrai… (2)

Le Point nous le précise : « L’arrestation de trois passagers, un Tchèque, un Croate et un Monténégrin considéré comme le chef du réseau, marque l’épilogue d’une enquête lancée en octobre 2018, quand un million d’euros avait été découvert dissimulé dans une voiture en Croatie, a expliqué jeudi à Zagreb lors d’une conférence de presse, Alen Barta, responsable du volet croate de l’enquête.  Agé de 60 ans (nota : il en a en fait 65) et désormais détenu en Suisse, le Monténégrin est une « figure » du milieu, surnommé « Majk » ou « Majkl », selon le quotidien croate Jutarnji List.  Né Ilmija Frljuckic, il est dans les radars policiers depuis les années 1990, sous de nombreux alias, Michael Dokovich, Michael Bugatti, Michael Illyriani ou plus récemment Zivko Jovic et Radovan Trzin. Il s’est marié en 1994 aux Etats-Unis avec la fille d’un policier de Floride, rapporte Jutarnji List. »  Sur ce véritable phénomène, je reviendrai bientôt. L’argent dont on parle, ce n’est pas en Croatie qu’on l’avait découvert, mais plutôt en Albanie, à Durrës, près de la capitale Tirana, quand deux véhicules (des petites Toyota Yaris) disposés sur un camion transporteur en emportant 9 avaient été trouvés dissimulant 3,4 millions d’euros, le camion les transportant les ayant embarqués en Belgique.  Les deux hommes étant deux frères albanais, Alfred et d’Elvis Vladi. En Belgique on avait alors demandé quelques éclaircissements à l’ancien ministre albanais des Affaires étrangères, Lulzim Basha, qui avait annoncé publiquement à l’avance « qu’une importante somme d’argent était en route pour l’Albanie » et qui avait au passage accusé le leader socialiste albanais Taulant Balla d’être impliqué dans ce trafic. Mais revenons-en à sa voisine la Serbie, fief des Balkans, et ses trafics si lucratifs…

Un remake aérien de 2009 ?

Cette histoire de coke venant d’Uruguay et d’argent, cela rappelait étrangement un autre épisode en effet : en 2009 (le 16 octobre) dans un d’un yacht ancré dans le port de Santa Lucia, à seulement 25 kilomètres de la capitale uruguayenne Montevideo, avaient été découvertes plus de deux tonnes de cocaïne (2,7 tonnes exactement).  Le bateau incriminé, un petit yacht à moteur, s’appelait le «  Maui » (ici à droite). « Le raid de la Police a eu lieu en même temps à Buenos Aires et à Belgrade, trois suspects ont été arrêtés.  Plus de deux tonnes de drogue ont été découvertes à bord.  L’Argentine est depuis longtemps un point de transvasement pour le trafic de drogue en provenance d’Amėrique Latine vers l’Europe ou les anciennes républiques soviétiques » ajoute l’agence russe (devenue depuis Sputnik) relatant les faits. « Le bateau de Santa Lucia (ici à gauche sa marina) avait été acheté quelques mois auparavant 265 000 dollars à Santiago Vazquez par des serbes. Le 25 novembre, la police argentine saisissait 492 kilos de cocaïne dans les faubourgs de Buenos Aires, à Núñez.  Deux serbes Cetinje Mark et Daniel Tatar Radonjic et un croate Marian Blazevic, avaient été arrêtés :  c’étaient les occupants du yacht de Santa Lucia.  En liaison avec cette arrestation, Interpol arrêtait le 19 novembre un des leaders du trafic… en Slovenie dans le port de Koper.  Les autorités le nommant “GD” et le présentant comme « un croate de 34 ans portant un passeport serbe ». Les autorités serbes lançant aussitôt des mandats d’amener pour Nenad Novakovic, Draško Vukovic, Boris Laban (arrêté le 30 octobre 2010 à Bérane), Marko Pandrc et Igor Stijepovic, tous soupçonnés de faire partie du trafic. » Le jeune Anastazije Martincic (ici à droite), lui aussi pris dans la nasse, avait été ensuite condamné en Uruguay à 15 ans de prison et on parlait alors en 2013 de l’extrader cette année-là vers la Serbie. Pas vraiment un service à lui rendre, selon lui-même, car après plus de sept ans de détention, en 2017, il finissait par lâcher le morceau, en nommant son commanditaire déclarant  que « je ne veux plus le protéger.  Je suis resté silencieux pendant sept ans. Maintenant, je veux tout dire devant le tribunal, en tant que témoin protégé. La Serbie ne peut plus le défendre et ne peut lui promettre la liberté. Ils ne peuvent pas le faire même après qu’il les ait payés, car ce n’est qu’en Serbie qu’il aura 40 ans pour tout ce qu’il a fait. Lui et moi, mais je fais ce que j’ai fait » (…) avait déclaré Martincic au journaliste du magazine Vijesti venu le rencontrer dans sa cellule (ici à droite lors de son interview en prison). Il prétendait alors que Saric était intouchable parce qu’il manipulait des millions. « Darko envoie le plus de drogue en Amérique et en Europe. Les ports les plus importants de la région sont Koper et Rijeka, qui mélangent de la cocaïne de un à trois. Sur les 2,2 tonnes de cocaïne dont j’ai été reconnu coupable, je recevais en fait 600 kilos sur 6 tonnes, ce qui représente un bénéfice de 660 000 000 d’euros. Nous gagnions des milliards, gagnions plus d’argent que Coca-Cola, plus que Google … « , a-t-il déclaré.  Un ancien proche collaborateur de Saric affirme que Saric a payé son silence pendant des années ».  Martincic, dépité, usé par l’incarcération, concluant amèrement son interview en répondant à la question sur son avenir par un « je me marie et reste ici, ils me tueraient en Croatie! » sans équivoque !

Prague comme base arrière du commerce mafieux serbe

Lorsque Martincic parlait, en 2017, cela faisait alors 3 ans que son mentor était comme lui en prison, capturé ou plutôt arrivé de son plein gré comme on va le voir. Un Darko Saric qui avait été en effet partout désigné comme le cerveau derrière le puissant groupe du crime organisé des Balkans. Jusqu’alors fort discret, alors qu’il était déjà devenu propriétaire au début des années 2000 d’immeubles, de cafés, de discothèques, de restaurants et de plusieurs sociétés en Serbie.  La police internationale le suivait déjà à la trace, lui et son frère :  dans un premier temps, il s’était réfugié au Montenegro voisin nous avait-on dit : « Le 17 novembre 2010, Srpko Gorge et Vito Bajic, deux proches de Saric se faisaient pincer sur le territoire, à Podorica même, la capitale du Monténégro. Le lendemain, la presse serbe titrait toujours sur un Saric en fuite… caché au Monténégro. 80 personnes avaient été arrêtées lord du coup de filet… mais pas Darko Saric. Duško, le frère de Darko Šarić, ayant lui été interpellé auparavant au Monténégro. Un mois à peine après l’arrestation du gang, la police italienne saisissait un container contenant une tonne de cocaïne pure, représentant 250 millions d’euros, dans le port de Bari, à Gioia Tauro. Le container venait du Brésil, transportée par le MSC Gemma (vu ici à droite à Fos-sur-Mer, retenons le nom du transporteur, svp !)La drogue était dissimulée dans quatre SUV : l’œuvre de la mafia calabraise, la Ndrangheta ».  On savait au moins pourquoi travaillait Sari, désormais !!!  Saric, qui tenait salon souvent aussi à Prague, son second fief et une ville fort prisée par les truands serbes selon le magazine KRIK.  Le magazine a retrouvé Milka Štěpánková  qui avait signé les papiers de création d’une société fantôme, limba Z. M. a Prague, à une adresse inexistante en fait, un paravent tchèque fort pratique pour Saric, bien aidé par son avocat Radovan Strbac.  D’autres sociétés étant enregistrées dans le quartier de Modřany, gérées par un homme de main, Goran Soković, créateur de TIM Trade Praha.  Un autre agent encore, Vitomir Bajić était à la tête de Man-Co, Prague était bien à l’évidence la base arrière de Saric !!! Un autre phénomène encore est arrivé dans la capitale tchèque, avec un lourd CV d’assassin notoire : « Andrija Draskovic (ici à droite) est une autre célébrité des syndicats du crime des Balkans ayant des liens avec Prague. Il a été inculpé en Italie pour son implication dans un projet de contrebande de cigarettes au Monténégro impliquant le Premier ministre monténégrin Milo Djukanovic et un certain nombre de groupes criminels italiens bien connus, notamment les familles criminelles Sacra Corona Unita et Camorra. En 2001, il a été reconnu coupable du meurtre de Zvonko Plecic, un autre criminel, dans un restaurant de Belgrade et condamné à neuf ans et demi de prison. Draskovic a été libéré en appel en 2004, mais n’a été tué que par un tir de mitraillette automatique lorsqu’un gang de la criminalité rival aurait attaqué sa Jeep en armure, tuant un garde du corps. Draskovic a de nouveau été condamné dans la fusillade de Plecic lors d’un deuxième procès en 2010; il a finalement été libéré en octobre 2013. Draskovic a de nouveau été emprisonné en Croatie en juin 2015, sous mandat de la Belgique. Les forces de l’ordre belges enquêtaient sur lui pour son rôle dans l’assassinat d’un activiste politique albanais en 1990. Après avoir versé une caution de 100 000 € (110 000 USD), les autorités croates l’ont autorisé à attendre l’extradition dans un hôtel de luxe croate. Draskovic s’est rapidement enfui de Croatie en Serbie. Son avocat a déclaré à KRIK qu’il ne pouvait pas être extradé de Serbie vers la Belgique en raison de l’accord d’extradition conclu entre les deux pays. À Prague, Draskovic a enregistré une société appelée Mizzora. Selon Ivana Šimková, une femme qui a enregistré d’autres sociétés dans le gang de Šarić, le membre de la criminalité a montré peu d’intérêt pour la société. » En février dernier, il a été victime d’une attaque mais s’en est sorti. Le mois précédent, il avait été acquitté du trait de cigarettes par le tribunal de Bari, 18 ans après les faits !

L’empereur Saric, parti se réfugier en Uruguay

Un véritable empire avait été bâti par ses soins, ayant des liens avec des sociétés déclarées aux USA comme « Trustees », si intéressants pour dissimuler les propriétaires : « d’après le site officiel d’Interpol, au sommet de la pyramide de Saric figuraient trois sociétés domiciliées dans l’Etat américain du Delaware : Mateniko LLC, Durabilly LLC et Financial Angels. Elles ont créé à leur tour quelques 40 sociétés, même une garderie d’enfant, et ouvert plusieurs bars et hôtels. Neuf sociétés ont été établies au Monténégro, deux à Rovinj (en Croatie), une à Prague (en République Tchèque) et 25 en Serbie, dont 16 en Voïvodine (la province au Nord de la Serbie), où les affaires de Saric étaient les plus développées. Parmi les plus connues figure la Maison de conseil Municipium S, qui apparaît dans la structure de propriété de nombreuses entreprises sous le contrôle du baron de la drogue.’ ». A noter que c’est aussi le nom d’un site archéologique monténégrin (près du village de Komine) !  On ne reviendra jamais assez sur ce rôle néfaste des Trustees, jamais contrôlés car incontrôlables selon la législation US, qui permettent toutes les malversations… on le sait bien dans le domaine aéronautique (le dernier exemple étant celui du propriétaire de l’avion d’Emiliano Sala).

« La police serbe a déjà mis à jour le fantastique réseau de blanchiment d’argent mis en place par le trafiquant et portant sur 1,7 milliards d’euros. Les sommes passaient par deux fonds d’investissements basés à Amsterdam qui consentaient des prêts particulièrement avantageux aux entreprises serbes (moins de 1% de taux d’intérêt annuel). Par le biais de ces fonds, liés à des banques occidentales, Hypo Alpe Adria et la Raiffeisen Bank, Darko &ari! aurait contribué au financement de près de 600 entreprises en Serbie – notamment le port de Belgrade ou les projets immobiliers de Novi Beograd. Cependant, son principal partenaire demeurait le holding Delta de Miroslav Mi#kovi!. » écrit ici Jean-Arnault Dérens, de la Délégation aux Affaires stratégiques dans son mémorandum « La Serbie, un pays « européen » à la dérive ? » (2013)

Saric s’était ensuite réfugié après la saisie en Uruguay en janvier 2010 et la Serbie avait lancé un mandat d’arrêt international à son encontre.  Une rencontre entre Ivica Dacic et le ministre de l’intérieur uruguayen Eduardo Bonomi avait scellé l’accord . « Entre 2010 et 2012, les procureurs ont déposé huit accusations à son encontre », explique ici l’OCCRP , « l’accusant de blanchiment d’argent et organisant la contrebande de 5,7 tonnes de cocaïne. Saric a été en fuite pendant quatre ans jusqu’en mars 2014, date à laquelle il s’est rendu volontairement. Selon le ministre de la Justice, Nikola Selakovic, Saric a appris que les autorités serbes étaient sur sa lancée et a décidé de se rendre pour éviter un éventuel bain de sang. Cependant, Saric était en discussion avec le gouvernement pendant un certain temps avant de se rendre. Au cours de son procès pour trafic de drogue, Saric a maintenu que les accusations étaient motivées par des considérations politiques, l’ancien gouvernement serbe voulant le mettre à l’épreuve contre le Monténégro, et des documents obtenus par l’OPCRP révèlent qu’il était le premier déposant de la Première banque du Monténégro, contrôlée par la famille du Premier ministre monténégrin, Milo Djukanovic. Il a également obtenu de très bonnes conditions de prêt auprès de la banque familiale du premier ministre. » On verra même surgir un temps un étrange blog présenté comme rédigé par des « journalistes indépendants » montrant une longue, très longue diatribe pour insister sur cette thèse de la « politisation » anti-Monténégro de son arrestation… une sorte d’OVNI resté sans suite, sans références exactes. A l’époque, on pense que le fringuant ministre de l’intérieur aux dents longues, l’hériter direct de Milosevc, cet ex-trafiquant, était résolument parti en guerre contre la mafia, l’obligeant à faire protéger de près sa famille proche, surveillée 24h sur 24 par peur d’un attentat. On déchantera bientôt cinq ans après… en 2015.

Une compromission évidente en plus haut lieu avec la mafia serbe

Cinq ans après, on apprenait en effet que Saric se serait livré, après une longue négociation avec le pouvoir en place… et des « discussions » sur une possible reddition !!!  Cela semble surprenant, mais pas vraiment… Des « discussions », en effet, car le gouvernement serbe n’est pas alors plus exempt de reproches à son égard. Tout le monde se doutait que le premier ministre, l’ex ministre de l’intérieur Ivica Dacic, ancien favori de Milosevic, était lui-même noyé depuis longtemps dans le trafic (comme son  ancien mentor qui avait commencé par le trafic de cigarettes, et comme la majeure partie de la vie politique en Serbie !).  On en découvrait la preuve avec effarement en 2015, avec des vidéos accusatrices révélées par la presse qui mettaient aussitôt mal à l’aise.  Celles entre Ivica Dacic et Rodoljub Radulovic, un des lieutenants directs de Saric en train de tranquillement discuter, alors que le second était partout recherché  : « les réunions ont été enregistrées avec des caméras cachées par des agents des services de renseignement serbes, le Bezbednosno-Informativna Agencija (BIA), qui ont surveillé les activités de Radulovic en tant que membre d’un clan du trafic de drogue au cours de l’opération Most (pont). Les vidéos n’ont pas de son. Les réunions se sont déroulées de novembre 2008 à avril 2009 à Belgrade dans des restaurants, des cafés, un parking et un parc. Outre Dacic et Toncev, les vidéos montrent que Radulovic a également rencontré Branko Lazarevic, alors chef de cabinet de Dacic, et Vanja Vukic, chef de cabinet adjoint. Au moment des réunions, Radulovic préparait une cargaison de 1,8 tonne de cocaïne en provenance d’Amérique du Sud et à destination de l’Europe, utilisant ses navires « Golden » et « Verty ». Or  à l’évidence, Ivica Dacic (depuis premier ministre !) connaissait les liens entre Ivica Toncev et la mafia des balkans et notamment ceux « avec Milutin Marković, surnommé « Puta », un distributeur international  de drogues, ayant des liens avec Dragoslav Kosmajac » selon un rapport qui lui avait été transmis,. Kosdmajac, c’était de notoriété publique, fournissait en effet en drogue Ljubiša Buha et Dušan Spasojević, les deux leaders des deux plus grands groupes mafieux du pays, le gang des Surčin et celui des Zemun. !!!  « Les procureurs disent que Radulovic (ici à droite) travaillait pour Saric, le baron des stupéfiants des Balkans, récemment reconnu coupable de contrebande de 5,7 tonnes de cocaïne en provenance d’Amérique latine et condamné à 20 ans de prison. Radulovic a également été condamné dans cette affaire à 12,6 ans pour son rôle dans le trafic illicite de migrants, mais a pris la fuite et on ignore où il se trouve. Les réunions et l’expédition de drogue de 1,8 tonne ont eu lieu en avril 2009, lorsque la cocaïne avait été dissimulée dans des cargaisons de soja en provenance d’Argentine et à destination de l’Europe » (en mars on avait déjà découvert 450 kilos de coke provenant d’Argentine). « Un groupe de travail spécial composé de policiers serbes, de responsables des services de renseignements serbes et d’agents de la Serious Crime Organized Crime Agency du Royaume-Uni surveillait le groupe et comptait saisir la drogue en Grèce. Grâce à une fuite de la police, le gang a été mis au courant de l’enquête et a déchargé la cocaïne sur la côte espagnole ». Fait notable, pour blanchir l’argent, Saric avait donné 505 000 € à un industriel appelé Krlovic, possédant déjà la société Novi Tamis, pour racheter la société agricole serbe Topiko (une ancienne société d’État) et se lancer dans la volaille et l’élevage de porcs !  De la coke aux cochons il n’y a qu’un pas en Serbie !  La femme de Krlovic, Ljubinka, se voyant octroyer une ancienne usine de textile de 5 200 m² (ici à gauche) située près du centre de Pancevo, dont elle espérait faire un hôtel (ici à droite) !!!  « Introuvable » en Serbie, Radulovic vivait en fait… en Floride, aux USA, dans deux villas cossues (ici à gauche). Au grand jour, pourrait-on même dire :  selon  l’OCCRP et CINS, écrit www.reportingproject.net, « Radulovic, qui a vécu en Floride pendant des années, a gagné des dizaines de millions de dollars en manipulant des actions américaines et par fraude. Les documents judiciaires recueillis par CINS et OCCRP montrent que Radulovic a créé des sociétés offshore et des comptes bancaires dans le but de canaliser l’argent volé vers lui-même et ses collaborateurs. Radulovic avait un certain nombre de partenaires commerciaux influents. Radulovic a travaillé en étroite collaboration avec Dudić et, à un moment donné, en 2006, a transféré 90% de la propriété de sa société immobilière « Trecom », comme indiqué précédemment par OCCRP et CINS. Les autres partenaires commerciaux de Radulovic étaient, entre autres, le célèbre cinéaste local Maksut Catovic (producteur d’Emir Kusturica, et le proprio de Komuna, une firme de disques dont j’ai retrouvé la trace grâce à mon admiration pour Ian Anderson et Jethro Tull !) et Milan Zukanovic, propriétaire de Koling, l’une des plus grandes entreprises de construction serbes. En outre, l’homme d’affaires controversé Milomir Joksimovic, alias Misha Omega, était le copropriétaire, avec Radulovic, d’une société qui importait des bananes. Le célèbre homme d’affaires serbe Bogdan Rodic est le partenaire de Radulovic dans « Invest Sign » et dans des investissements immobiliers d’une valeur de 1,2 million €, selon des documents acquis par l’OCCCRP et la CINS. »

Victimes collatérales

Et comme d’habitude dans le milieu, des hommes au courant de certaines choses depuis sont tombés, assassinés comme il est de règle dans le milieu, comme le rappelait ici le magazine Kurir en 2013 : « Le témoin clé des relations commerciales et de toutes les transactions des patrons de la drogue en fuite Darko Saric et Rodoljub Radulovic, alias Miso America (ou Misha Banana ou Misha America : ), était Dragan Dudic Fric, tué dans des circonstances mystérieuses en mai 2010. Darko Saric a passé un contrat d’achat de cocaïne à travers l’Amérique du Sud par l’intermédiaire de membres du clan, tandis que Rodoljub Radulovic organisait le transport de cocaïne de janvier à mars 2009 avec ses navires océaniques Verty et Golden. Pour camoufler le transport de drogue, Radulovic avait contracté, par l’intermédiaire de sa société offshore « Man Mare », le transport de soja d’Argentine en Espagne. Radulovic et Saric n’étaient pas en contact direct en matière de contrebande de cocaïne et le seul à les avoir contactés en même temps et au courant de toutes leurs affaires était Dragan Dudic Fric – a déclaré l’interlocuteur de Kurira proche de l’enquête ». À cause de ses connaissances, Fric aurait pu être un témoin à charge contre Radulovic et Saric. Cependant, il n’a pas pu partager ses connaissances avec qui que ce soit puisqu’il a été tué le 30 mai 2010 alors qu’il était assis dans le jardin du café Moka à Kotor. Il existe deux versions différentes de sa mort. Selon le premier, la liquidation était la vengeance de Saric, car Dudic avait apparemment prévu de parler de tout ce qu’il savait. Selon une autre version, Fritz aurait été tué par ceux qui auraient appris que Dudic négociait la reddition au nom du responsable de la drogue. Il est peu connu que Dudic ait rencontré des agents des services de sécurité à Zlatibor juste le jour précédant sa mort pour négocier les termes de la reddition éventuelle de Saric – les sources de l’enquête ont révélé. » En janvier dernier, le sujet était revenu dans les unes de journaux serbes, les enfants de Dudic Fric ayant été autorisés par le tribunal d’Athènes a garder un appartement, les 65 000 euros et la voiture de leur père  (et leurs comptes bancaires débloqués), ce que la justice serbe leur réclamait !!

Par avion aussi

Jusqu’ici on n’avait évoqué que le trafic via des bateaux, mais un serbe s’est aussi lancé dans le trafic par avion : Miroslav Anicic, (un croato-canadien) qui traversait l’Atlantique en avion privé en provenance des Bahamas pour approvisionner Zagreb.  Dans le groupe derrière lui, on trouvait Nikola Katic, Gordon Covicic, Milan Stevanovic, Davor Matic, Zeljko Kostic et Ivan Maric.  L’homme (et sa jeune – et plutôt jolie- compagne Marina Gaspar) aurait pu servir de modèle à ce  qui vient de se produite à Bâle, en y réfléchissant un peu : « le groupe de trafic a été démantelé en avril dernier (nota : en 2012) lorsque la police autrichienne a arrêté et a contrôlé un véhicule loué conduit par Anicic et l’un des autres suspects. Les policiers ont trouvé plus de 100 kilogrammes de cocaïne, d’une valeur estimée proche de 4 millions d’euros (5,2 millions de dollars). La drogue était arrivée en Europe via l’aéroport de Stuttgart, où Anicic et son coaccusé l’ avaient transférée dans une voiture de location. Selon l’acte d’accusation, le groupe a acheté 74 kilogrammes de cocaïne aux Bahamas et en République dominicaine en janvier de l’année dernière, puis a fait voler la drogue dans un avion privé à destination de Zagreb ». « Deux des accusés ont alors vendu au moins 59 kilogrammes de cocaïne expédiée en Croatie et en Slovénie. La valeur estimée de ces médicaments était de 1,9 million € (2,5 millions $ US). Les vendeurs ont gardé une partie du produit pour eux-mêmes, tandis que le reste de l’argent est allé à « l’organisateur » de la chaîne de trafic. USKOK a également déclaré qu’Anicic et ses associés en Colombie avaient organisé un certain nombre d’achats de cocaïne, avec 150 à 200 livres de cocaïne par envoi. D’autres membres du groupe se sont rendus en Colombie en mars, en rapportant 400 000 euros (520 972 dollars des États-Unis). Cependant, ils ont été arrêtés avant la fin de la transaction. Parmi les accusés se trouve un employé de l’aéroport de Zagreb qui travaillait avec des gangs de la drogue et des employés des aéroports de Salzbourg (Autriche) et de Stuttgart (Allemagne) qui ont aidé à contourner le contrôle du fret pour les vols transportant la cocaïne. » (à droite ici c’est le Gulfstream  G-IV/HI-1040 (et dominicain, donc) se posant à Puerto Rico le 26 août 2018, photo Christian Lopez).

Sur le même schéma de vol, huit ans après !

 Lors du procès d’Anicic, la DEA américaine, appelée à témoigner, avait fourni l’image d’un mystérieux «  Molina », un colombien, qui aurait dicté sa conduite en le menaçant, preuve que la DEA suivait l’affaire depuis toujours, et que le Molina sorti du chapeau, qu’Anicic n’avait pas reconnu, avait peut-être bien aussi était un appât idéal, comme les américains ont coutume de le faire, leur législation l’autorisant. Autrement dit un agent déguisé de la DEA. Un autre serbe, Simi Canchar, détenteur d’un faux passeport, et venu lui aussi à Zagreb avait également été cité mais il n’ avait pas été présent lors du premier procès car entre-temps, il a été arrêté aux Pays-Bas sur mandat d’arrêt, et extradé vers Zagreb après un an d’attente.  Après deux procès consécutifs, le groupe héritera d’un total de 73 années de prison (13 ans pour Anicic, 10 pour Nikola Katic Milan Stevanovic, Marina Gaspar, Davor Matic, Gordan Covcic, Zeljko Kostic, Ivan Maric et Simo Cancar étant condamnés de quatre à onze mois d’emprisonnement.

Mais mieux encore quand on découvre comment s’était passé le vol amenant les fameux 100 kilos de coke par avion:  tenez vous bien : «  il a été confirmé qu’une action très bien coordonnée de la police croate, allemande, autrichienne et slovène, baptisée « Spider Web » (Spider’s Web), avait révélé un groupe qui s’était lancé dans un trafic très ambitieux de contrebande de cocaïne d’Amérique centrale vers l’Europe. La drogue était dissimulée dans un avion loué, un Gulfstream – G-IV de la République dominicaine, transportée à l’aéroport de Nassau aux Bahamas, puis à Nice, en France. Un vol à destination de Stuttgart, en Allemagne, a suivi, où un pilote,  un américain, engagé pour transporter de la drogue a été arrêté. Il a également loué des voitures pour poursuivre la contrebande. »  Bref, l’exacte répétition du vol de cet été, un Gulfstream V remplaçant un Gulfstream IV !  On notera en effet le même passage intermédiaire à Nice, pour moins éveiller les soupçons… (comme le M-FISH en 2018 et en cet été) ! Huit ans après, le même procédé avait donc été re-tenté !!! Etrange découverte, celle d’un laxisme évident côté uruguayen comme serbe !

Hypocrisie à tous les étages et admiration pour… Trump

Une hypocrisie sans nom règne donc dans le pays avec l’ancien ministre de l’intérieur Ivica Dacic devenu entre temps premier ministre (et ayant gardé le même portefeuille). L’homme affiche clairement des options politiques, en déclarant par exemple avant l’élection américaine « qu‘il fera tout pour faire élire Donald Trump,«  en mobilisant notamment la (maigre) diaspora serbe aux USA. Voilà qui résonne étrangement, aujourd’hui que le bouffon blond a été élu président. Pour mémoire son propre président, Tomislav Nikolic est issu de l’extrême droite nationaliste, rappelons-le.  Il s’est affiché quand il était ambassadeur aux USA avec ce même Trump mais aussi avec John Bolton, ce qui en dit encore davantage sur ses goûts politiques.  Farouchement opposé à l’indépendance du Kosovo, il avait un jour en tant qu’ambassadeur aux USA griffonné « Kosovo je Srbija », « Le Kosovo, c’est la Serbie » sur un billet de 100 dollars, s’attirant les foudres de l’administration US (alors sous Obama).  Il a récidivé récemment en insultant à l’ONU la représentante du pays. Il est allé jusqu’au cirage de pompes évident auprès de Trump en septembre 2017, lors d’une séance de préparation à l’ONU.
Le sommet de cette duplicité ayant été atteint lors d’un voyage à New-York en 2010, où il avait déclaré vouloir « coopérer en matière de crime organisé, de trafic de drogue et de terrorisme « (3).  Le 22 mars 2018, il proposera même ses bons offices pour organiser à Belgrade une rencontre Poutine-Trump... un lobbying auprès de Trump qui avait fini par payer, ce dernier lui emboîtant en effet le pas en déclarant que « le Monténégro est un petit pays avec des gens très agressifs »,  le 18 juillet suivant !!! De quoi enflammer les supporters serbes de Trump, comme ceux du Serbian Radical Party de Vojislav Seselj, grand partisan des crimes de guerre passés oubliés… Seselj, inculpé de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, avait bien été acquitté dans un premier temps, le 31 mars 2016, mais il a été au final condamné le 11 avril 2018… (4) Trump a bien des criminels comme admirateurs !

La phrase surprenante de Trump nous rappelle aussi sans hésitation le formidable film sur la manipulation des masses avec deux acteurs fantastiques : des Hommes d’Influence (Wag the Dog) encore un peu, et les USA de Trump déclaraient la guerre au Montenegro (dans le film c’est à l’Albanie, et Willie Nelson, invité surprise du casting a bien du mal à faire rimer le nom du pays dans sa chanson !), en montrant une jeune paysanne courant après son chat dans des ruines, pour se rappeler la séquence la plus hilarante du film !!! Trump de toute façon, ne distinguant pas l’Albanie du Montenegro… ou confondant les deux avec le Groenland !

 

Une guerre des gangs à distance qui continue

On pense qu’on en a terminé mais au printemps 2019, une étrange affaire surgit à nouveau.  En Roumanie, les enquêteurs viennent de retrouver, le 22 mars, dans une embarcation chavirée dans le Delta du Danube, près de la localité de Sfantu Gheorghe, une tonne de cocaïne colombienne d’une grande pureté. Un paquet d’un kilo tombé d’un camion la semaine précédente avait alerté la police sur l’éventualité d’un plus gros chargement. Un bien plus gros, car le 8 avril ce sont 200 kilos de coke qui sont retrouvés en plus sur la côte, près de Costanza. Le trafic est toujours aussi intense, et tout se fait par tonnes désormais et non plus par kilos !

Deux ressortissants serbes sont alors arrêtés. Or a Medelin, pratiquement au même moment, on apprend la mort d’un certain Vladimir Vidakovic (par overdose). Cela ne vous dit rien, sans doute mais c’était le frère de Milos Vidakovic (ici à droite),  pas vraiment un enfant de chœur, celui-là, il est mort assassiné de trois coups de feu à bout portant en 2013 à Budva devant l’hôtel Mogren… au Monténégro tiens quel exemple.  A côté de lui, il y avait le grand joueur de basket et ami Ivan Koljevic (Vladimir ayant montré jeune de bonnes dispositions pour ce sport). Un an après le meurtre, un certrain Milos Delibasic avait été arrêté, il avait loué un appartement et un garage dans la banlieue Lookout de Budva, des véhicules et y avait amené des armes pour ses complices Milos Vujinovic et Slavisa Novakovic qui auraient conduit à moto et liquidé Vidakovic. On lui attribuera également le meurtre de Nikola Bojovic (39 ans), le frère de Luk Bojobic, assassiné le 29 avril dernier au centre de Belgrade. Or celui-là, justement, c’était le frère du chef du célèbre clan des Zemun, dans la banlieue de la ville… Milos Vujinovic et Slavisa Novakovic avaient reçu 50 000 dollars du parrain de Vidakovic, Strahinja Stojanovic. Celui-ci, collaborateur du clan des frères Saranovic avait failli mourir en 2008 quand son Audi, garée rue Svetozar Papic à Galenika, a sauté en l’air, une charge explosive placée sous elle. A bord c’était un ami ressortissant espagnol qui a survécu à l’attaque (un vrai miracle à voir son état ici à gauche) !). Une fillette avait été blessée, une ressortissante espagnole, retrouvée à côté de la voiture. Craignant d’être à son tour lui aussi assassiné, Slobodan Saranovic lui-même a fini par se rendre aux autorités en octobre 2018 (photo ici à droite).

Pour beaucoup, cette résurgence de période trouble était le signe de la recrudescence évidente d’un guerre des clans entre pays voisins. Une guerre qui continue aujourd’hui encore, il semble bien.  Selon RFI en effet « Milos Vidakovic a été exécuté en 2013, mais son frère est mort ces jours-ci en Colombie. Depuis cinq ans, il y a eu 98 meurtres de style mafieux en Serbie et au Monténégro, et la raison en serait la lutte entre les clans serbes et monténégrins pour le contrôle du trafic européen de la cocaïne. Des enquêtes ont déjà montré que des Serbes ou des Monténégrins approvisionnaient la Hollande, c’est-à-dire la plaque tournante du trafic pour le nord de l’Europe. » Belgrade étant devenu la « plaque tournante du trafic de cocaïne en Europe », ce qui n’est pas vraiment pour nous étonner… ni nous rassurer : le terrible documentaire sur les armes et les milices (« Serbie, les miliciens du crime ») , de Jérôme Pierrat et Olivia Mokiejewski, montré le 19 mars dernier sur la TV française est là pour le confirmer, hélas ! Là où il y a de la drogue, il y a aussi des armes, on le sait ! Ou des étonnants réceptionnistes d’avions bourrés de coke, comme on va le voir bientôt, si vous le voulez bien…

 

(1) c’est une vieille histoire en effet « les premiers contacts entre les cartels colombiens et le crime organisé Serbe remontent à ceux que Pablo Escobar et Radojica Nikcevic (ici à droite) ont pris au début des années 90. Les désaccords du passé entre les deux groupes perdurent toujours aujourd’hui. Le baron de la drogue Escobar a été tué par la police en 1993 et Nikcevic a été descendu par des assaillants inconnus la même année à Belgrade ». » Il faisait partie d’une série de meutres ayant emporté Knezevic Knele, Georges Stankovic et Goran Vukovic, série débuté par l’assassinat de Branislav Matic Beli en 1991 (ici à gauche). La violence a toujours été de mise à Belgrade et son métro le lieu d’un bon nombre d’exécutions sommaires entre mafieux. A l’origine, il y avait le trafic de cigarettes  (qui perdure) : « Selon Courrier International, l’arrivée de la coke est la suite logique de l’intense trafic de cigarettes qui avait précédé : « Il y a quelques années, Milo Djukanovic a avoué sans trop de gêne que le Monténégro prélevait une taxe sur le trafic des cigarettes, qui servait à colmater les trous dans le budget de l’Etat. Aujourd’hui, on suppose que c’est la même chose, à la différence près qu’il ne s’agit plus de cigarettes. D’après Slobodan Homen, secrétaire d’Etat à la Justice à Belgrade, le groupe criminel de Darko Saric réaliserait un chiffre d’affaires annuel d’au moins 1 milliard d’euros [la presse serbe parle de 2,5 milliards]. Il s’agit de chiffres qui dépassent le produit intérieur brut de plusieurs dizaines d’Etats membres des Nations unies. Par quel miracle un gars originaire d’une petite bourgade monténégrine a-t-il pu monter un business d’une telle ampleur en quelques années seulement ? D’après les procureurs italiens, il n’y a pas de miracle. Saric a tout simplement repris l’infrastructure du trafic de cigarettes des années 1990 et s’en est servi pour le transport de la cocaïne en provenance d’Amérique latine. La branche italienne du clan de Saric s’est ainsi appuyée sur ses anciennes relations dans la péninsule et au Monténégro : mêmes ports, mêmes postes frontière, mêmes douaniers… » 

(2) on notera que les trafiquants restent souvent bien « classiques » dans leurs décorations de pains de coke, même si cette fois ils dérogent, car il n’y a ni Messi ni Ronaldo pour y figurer. Cette fois on a affaire à des cinéphiles et des amateurs de mode  !!!  Voilà qui nous change un peu !!!  Dans l’une des valises saisies, les pains arborent en effet à l’évidence la photo de Al Pacino dans le film Scarface de Brian DePalma, écrit par Oliver Stone !!!

La profession serait-elle en tain de s’intellectualiser ? Pour plus de commodité, j’ai ici retourné la photo de la baie de la valide incriminée…

Chez la petite amie du réceptionniste de Mulhouse, au moins deux fois plus jeune que lui, les pains de coke de sa valise sont décorés du logo de l’Aphrodite bien connue de la marque Versace… charmante attention non ? Quant aux pains eux-mêmes, ils portent l’appellation JC… ou TM, comme ici à droite, saisis en plus des habituelles montres de valeur – des Rolex –  et des pistolets de rigueur chez les trafiquants, pourrait-on dire.

Dans les mêmes valises, ou dans l’avion lui-même, on découvre aussi des armes. Trois sont montrées : s’il y a bien un Glock, ultra répandu partout, mais on a bien affaire à la mafia des Balkans, car l’une des trois armes saisies est un pistolet FEG AP-63 Makarov, à corps d’aluminium, fabriqué en Hongrie, un 9 mm (9×18 mm) issu de la copie des Walther PP, modèle de 1063, donc, comme son nom l’indique. Du gros calibre…  ici un test complet du bazar. L’engin est un des moins chers du marché. Ici son manuel et ses versions  : celle des trafiquants est la vision 4, à poignée «  ergonomically shaped grip design » qui a été mise en service en 205 seulement ! Le munitions sont… serbes, fabriquées depuis 80 ans par la société Prvi Partizan… c’est la balle classique des forces armées russes (et au départ celle créee en 1936 par Gustav Genschow & Co pour la  Luftwaffe) ! L’arme elle-même été le pistolet standard des forces armées russes !

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(3) selon Wikileaks « Dacic a décrit son voyage aux États-Unis du 28 janvier au 6 février comme politiquement historique et prospère, notant qu’il a été le premier fonctionnaire du SPS autorisé à se rendre aux États-Unis pour près de deux décennies. Il a dit qu’il voulait construire sur ses réunions avec l’État, la justice, le FBI et le NYPD pour favoriser la coopération. Il a noté un intérêt particulier pour la coopération en matière de le crime organisé, le trafic de drogue et le terrorisme. En outre, il a déclaré qu’il était intéressé par l’amélioration des techniques serbes en matière de témoignage protection et saisie des avoirs. Il a suggéré de trouver des moyens de faciliter les échanges de police, y compris avec le FBI et la NYPD. Dacic a déclaré que lors de sa visite, il avait personnellement invité l’avocat Le général Holder, le directeur du FBI, Mueller, et les responsables de la police de New York à Belgrade. Dacic a dit qu’il donnerait suite à ces invitations verbales avec des dates plus précises ». Au passage, Dacic avait promis de s’occuper du cas délicat des attaquants de l’ambassade US en 2008 qui avaient causé la mort d’un jeune de 20 ans.  Trump ne sera peut-être pas ravi de lire qu’ils ont été complètement amnistiés le 17 janvier 2019 par un tribunal serbe…

(4) Un beau cas d’espèce aussi (selon Wikipedia) : « Lors de son incarcération, il écrit plus de 200 livres, principalement centrés sur une critique virulente des dirigeants internationaux de l’époque ou des juges du tribunal de La Haye. Certains de ces ouvrages sont intitulés « Une banane pour Kofi Annan », « Le traître-gandin gaulois Jacques Chirac » « Le maniaque sexuel Bill Clinton », « La tapette anglaise flatulente Tony Blair », « Le meilleur partisan d’Hitler Helmul Kohl », « L’apprenti du diable et pape criminel romain Jean-Paul II », « La curie romaine assoiffée de sang serbe (en référence au Vatican) ». Condamné à 10 ans de prison, il est pourtant toujours présent au parlement serbe... c’est lui aussi un trumpiste forcené : « lors de la campagne législative de 2016, il explique qu’il érigerait un mur pour empêcher tout afflux de migrants: « C’est ce que vous faites si votre frontière est menacée (…) et si les barbelés ne suffisent pas, vous mettez des champs de mines ».  Trump, lui, n’a pas encore parlé de poser des mines, bien que ce ne soit peut-être une question de temps …

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

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