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Coke en Stock (CCLIX) : l’inventeur du trafic évincé par les russes

Les voiliers passant par les Açores, les Canaries ou la Cap-Vert participent beaucoup du trafic de cocaïne, au même titre que les jets privés traversant l’Atlantique et dont le dernier exemplaire en date est le M-Fish sur lequel nous allons revenir (1). Tout ce circuit a été mis en place il y a bien longtemps déjà par un seul homme, un gangster anglais réfugié à Ténérife après un fort audacieux hold-up.  L’homme a fait une deuxième fois fortune en créant la spirale des appartements partagés sur la côte espagnole.  Une escroquerie qui lui a rapporté gros très gros, mais qui lui a aussi valu de se heurter à une mafia indéboulonnable, la mafia russe, qui a fini en 2015 par lui faire payer le prix fort de s’être mis en travers de sa route…

Le saisissant précédent des Açores en 2001

Toute cela n’est en fait rien de nouveau, ces plages où fleurissent tout à coup des ballots de cocaïne. Un saisissant article du Gardian de , sorti le 10 mai 2019 nous a rappelé que cette arrivée de voiliers pleins de coke n’étaient pas une nouveauté : il y a vingt ans ou presque, le 7 août 2001, on avait aussi eu droit aux mêmes paquets repoussés par les vagues sur les rochers de… Pilar da Bretanha, sur l’île de São Miguel, qui est la plus grande des Açores.  Ils s’étaient échappés d’un voilier de 40 pieds (un Sun Kiss 47; c’est un assez grand voilier, comme celui ici à droite datant de 1988) parti à vide des Canaries direction le Venezuela, le retour devant se faire en Espagne directement.  Mais la traversée dans l’autre sens avait abîmé son safran et le yacht avait eu bien du mal à se diriger vers la côte de l’île pour se débarrasser en eau peu profonde de son chargement (une demi-tonne de cocaïne !), en l’attachant dans un filet proprement cadenassé et retenu au fond de l’eau par une ancre le voilier. ayant ensuite rejoint le petit port de Rabo de Peixa pour tenter de réparer son gouvernail cassé.  Mais les courants avaient vite déchiré le filet, laissant s’échapper les balles de coke… un premier lot de 270 paquets de cocaïne de 290kg avait échoué, puis un second de 158 sur une autre plage, puis un autre plus petit (15 kg de cocaïne)…  Les policiers, patients, qui subodoraient le rôle du yacht dans la découverte des paquets sur les plages,  avaient attendu à l’aéroport l’arrivée d’un passager, monté dans une petite voiture Micra pour aller dépanner le bateau :  son conducteur s’appelait Vito Rosario Quinci, originaire de Trapani. « Les procureurs espagnols allégueraient plus tard que Vito Rosario était le lien entre Quinci et l’organisation espagnole non nommée qui gérait l’opération de cocaïne.  Selon des documents judiciaires espagnols, quatre mois avant l’arrivée de Quinci aux Açores, le responsable du réseau de contrebande avait acheté un yacht Sun Kiss 47 âgé de 11 ans pour 156 000 euros à Puerto de Mogán, dans les îles Canaries, et l’avait transféré à Quinci, sous un pseudonyme. 
Il a été découvert par la suite que le yacht de Quinci n’était qu’une partie d’une opération plus importante. Deux autres bateaux, transportant chacun plus d’une demi-tonne de cocaïne, étaient destinés à différents ports en Espagne. (Vito a par la suite été reconnu coupable d’implication dans cette opération de trafic de drogue et condamné à 17 ans de prison en Espagne. Cependant, en 2007, la condamnation a été annulée après qu’un appel eut révélé que la police avait utilisé des écoutes téléphoniques illégales pour rassembler des preuves du trafic de drogue.) ».
Le temps de le retrouver, le yacht, vite réparé, avait déjà quitté le quai direction Ponta Delgada où les policiers feront leur raid.  Il restait une brique de 960 grammes de coke à bord. Arrêté, Quinci se fera la belle de la prison en escaladant les barbelés les poignets protégés par des morceaux de draps enroulés, alors qu’un garde lui tirait dessus.  Pendant ce temps, l’île était en proie à une épidémie de crises cardiaques, certains ayant répandu un peu partout les 200 kilos de coke (très pure) restantes… la coke était partout : à un moment, on a même entendu des rumeurs selon lesquelles les femmes au foyer faisaient frire du maquereau dans de la cocaïne, pensant qu’il s’agissait de farine, et que de vieux pêcheurs le versaient dans leur café comme du sucre !!!  Quinci sera condamné à 11 années de prison, réduits en appel à 10. Incorrigible, à peine en prison il avait réussi à maintenir le contact avec les autres membres de son organisation en Sicile via des téléphones portables qui seront retrouvés dans sa cellule !!!  En 2011, en appel, Quinci père (55 ans) et fils (33 ans) se voyaient condamnés à 18 ans et 2 mois et à 18 ans et 10 mois d’emprisonnement respectivement… (le frère de Vito, Antonino Quinci, étant incarcéré alors à part dans une prison portugaise).  Ils avaient été rattrapés après une vaste opération de septembre 2010 visant Palerme (et donc Cosa Nostra), Syracuse, Mazara del Vallo, Naples et Rome, appelée  «Bâtiment 8». L’article se termine par un effrayant « en septembre dernier, un catamaran sous pavillon français a été saisi près de l’île de Faial, dans les Açores, avec 840 kg de cocaïne à bord » . Il était parti des Caraïbes…  Comme quoi ça ne s’est jamais arrêté !!!

Palmer, le précurseur, alliant coke et grand banditisme

Historiquement, c’est en fait un anglais qui avait en réalité mis en place tout le système : il s’appelait John Palmer, décrit par l’ouvrage fondamental sur la question intitulé « Killing Goldfinger: The Secret, Bullet-Riddled Life and Death of Britain’s gangster number one » de Wensley Clarkson. L’ouvrage est sorti il y a deux ans maintenant. L’autre ouvrage sur la vie des gangsters est celui écrit par sa femme Marnie : « Goldfinger and Me: The Real Story of John Palmer, Britain’s Most Powerful Gangster » sorti en 2018. Celui-là a tout inventé, en fait.  C’était un véritable gangster, qui, après avoir détourné une somme considérable en novembre 1983 en attaquant à plusieurs un entrepôt (mais sans tirer un seul coup de feu), celui de la Brink’s-Mat dans l’Unit 7 du Heathrow International Trading Estate, près de l’aéroport d’Heathrow, s’était fait la belle pour se réfugier incognito à Ténérife.  Et oui, voilà la clé de tout le fonctionnement qui perdure !!!

Le butin fait était colossal :  26 millions de livres sterling et 3 tonnes d’or en lingots (6800 éléments !!!), plus des diamants !!! L’équipe qui avait effectué le raid dans l’entrepôt Véritas n’était pas composée d’angelots.  L’un d’entre eux, Kenneth Noye arrêté en 1983, condamné l’année suivante à 14 ans et libéré au bout de 7, avait tué au couteau deux ans plus tard (en 1996) un motocycliste de 21 ans (Stephen Cameron) avant de fuir en Espagne, d’y être retrouvé et d’être cette fois condamné à vie (sa compagne avait témoigné contre lui, on lui a depuis refait une autre identité) !  Il vient d’être libéré fort discrètement, le 6 juin 2019.

Il figure dans les Panama Papers

On retrouvera bien plus tard la trace du blanchiment de l’or fondu et revendu dans les Panama Papers, avec le dénommé Gordon Parry, créateur d’adresses fictives dans l’île de Man, en Suisse, au Liechtenstein, et à Jersey (à droite c’est la surveillance vidéo de l’entrepôt montrant les malfaiteurs emmenant les valeurs dans leur camion) : « Parry a utilisé les sociétés offshore et recyclé les fonds, via des transactions portant sur des terrains situés dans les Docklands de Londres 400 000 £ pour sa famille et lui-même – Crockham House, près de Chartwell, dans le Kent »  Ils avaient vraiment tout inventé, je vous dis !!!  L’attrait de l’or avait attiré beaucoup de gens, dont certains établis sur la côte espagnole, pendant la grande période décrite ici en détail (je vais finir par croire que tout, historiquement, vient de là (2) !!).  C’est ainsi qu’en 1990, Charlie Wilson, l’un de responsables de la non moins célèbre attaque du train postal Glasgow-Londres, s’était installé à Marbella (lui aussi !), pour faire dans le trafic de drogue, florissant on l’a vu à cet endroit.  Chargé lui aussi de recycler l’argent de la Brink’sMat, il avait eu le tort « d’égarer »  3 millions de livres sterling des malfrats investisseurs.  La sentence n’avait pas tardé :  le  23 avril 1990, il avait été abattu !!!  En 1987, surprise, Palmer évite d’être condamné en reconnaissant avoir fondu des lingots, car on n’a pas réussi à en définir l’exacte provenance. Lors du procès, il avait en revanche gagné le sobriquet de « Golfinger » du nom du roman de Ian Fleming devenu film culte en 1964.

Nouvelle vie… dans le trafic de coke

A Tenerife, acquitté, Palmer pouvait donc déjà refaire tranquillement sa vie et se lancer dans un commerce lucratif à Tenerife : celui de la coke alimentant l’Espagne et… Marbella. En commençant à investir aussi dans la pierre, ou plutôt en escroquant des investisseurs menacés à coup de battes de base-ball quand il venait se faire rembourser !!!  On comptait jusque 17 000 pseudo-propriétaires de villas à occuper à temps partiel  (la grande folie de l’époque) qui ont été escroqués !!!  C’est l’époque en effet du « timeshare » qui  consiste à acheter un appartement en temps partagé dans un complexe immobilier, généralement en Espagne, et d’en bénéficier quelques semaines par an, avec possibilité d’échanger pour d’autres destinations. Dans les faits, le bien revient très cher et impossible à revendre » avait écrit un jour France-Soir.  Bref, l’un des plus beaux pièges à gogos jamais créé !

Mise en place du circuit de coke

La description de sa nouvelle activité, effectué par Wensley Clarkson est assez sidérante : « John Palmer connaissait deux criminels appartenant à un gang britannique de cocaïne en Espagne, qui affirmaient dominer l’industrie européenne de la drogue avec plusieurs millions de livres. Ils ont dit à Palmer que les bénéfices de la drogue étaient phénoménaux. Le cannabis, par exemple, coûtait 250 £ le kilo en Afrique du Nord et pourrait être revendu au Royaume-Uni à plus de 4 000 £. Un investissement de 20 000 £ dans une cargaison de cocaïne rapporterait 160 000 £. Habituellement, quatre investisseurs travaillaient ensemble pour acheter 100 kilos à la fois ». (…)«  Cependant, Palmer était tenté par un accord impliquant un gang colombien entièrement basé à Tenerife – et non en Espagne continentale – en raison de la longue étendue de l’Océan Atlantique entre lui et l’Europe. Certes, Palmer commençait déjà à accumuler d’énormes sommes d’argent provenant de la multipropriété (celle gérée de la façon musclée décrite ici un peu lus haut), mais il ne pouvait résister à la nouvelle excitation suscitée par une telle entreprise criminelle. Dans la capitale de Santa Cruz, à Tenerife, Palmer a rencontré un cartel colombien qui a expliqué comment ils utilisaient souvent des avions légers pour parachuter des chutes de cocaïne pouvant aller jusqu’à 600 kg par jour pour les bateaux en attente (3). Les petites vedettes rapides emporteraient ensuite les produits à terre. Les yachts de haute mer et autres grands navires dans les Caraïbes, au Venezuela et en Afrique du Sud étaient souvent utilisés pour des voyages long-courriers. Les Colombiens se sont vantés d’utiliser un système de positionnement global très sophistiqué et informatisé pour organiser des transferts de drogue d’un yacht à l’autre, appelés « coopering ». Ces transactions pourraient avoir lieu au large de n’importe quel littoral. Le processus de « coopération » signifiait également que les gangs de la drogue pouvaient effectuer des contrôles lorsque leurs navires transatlantiques arrivaient au port. Palmer a déclaré à la représentante que Tenerife était un point de départ idéal pour leurs yachts à travers l’Amérique centrale et les Caraïbes, ainsi que pour leurs avions. Grâce à ses contacts nouvellement développés à Tenerife, Palmer pourrait garantir que ses envois de cocaïne seraient aussi sûrs que possible ». Et ce devint très vite autre chose qu’une petite entreprise à la Bashung (il a vraiment tout inventé) : « l’ accord de Palmer avec les Colombiens passé, il a rapidement commencé à utiliser des « institutions financières » sur le continent. Palmer a découvert qu’il y avait des banques à Tenerife où il pouvait arriver avec un demi-million de livres et personne ne s’en souciait » (ci-contre à droite sa Porsche 924, fruit d’une alliance -poussive- Porsche-Wolskwagen sortie en 1985 elle était alors présentée comme le véhicule sportif qu’il fallait posséder quand on avait de l’argent :  enfin pas trop car elle avait pour surnom la Porsche du pauvre.  Ici elle est dans sa propriété en Angleterre) « À l’époque, les autorités espagnoles ont officieusement encouragé un prétendu marché noir, car elles avaient besoin de pouvoir pour aider leur économie. En tout état de cause, les Espagnols avaient été très méfiants vis-à-vis des banques et de nombreux citoyens conservaient encore des liquidités sous leur matelas. Cela a ensuite permis à Palmer de réinvestir son argent dans d’autres contrats de multipropriété à Tenerife. Il a délibérément blanchi une partie de ses gains criminels par le biais de petites entreprises telles que la vente de voitures de luxe d’occasion venues d’Allemagne. Les Mercedes, Audi et BMW (et des Porsche 924 ?) étaient traditionnellement beaucoup moins chères ici qu’en Espagne – en particulier sur une île comme Tenerife où l’évaluation a également été ajoutée à chaque véhicule. Les hommes de Palmer allaient en Allemagne, achèteraient trois ou quatre voitures en toute légalité, puis les achemineraient à Tenerife avant de les revendre à bon escient ».  Quand je vous dis qu’il avait tout inventé :  le Hezbollah blanchit de même le fruit des ventes de l’héroïne en organisant un trafic de voitures d’occasion européennes envoyées pour être revendues en Afrique : elles ont envahi les quais de Cotonou au Bénin... comme on peut le voir ici :

La vie courante de la jet-set d’aujourd’hui, vingt ans avant :  yacht géant, jet privé et même un château normand !!!

Et quand je dis tout inventer… « Pendant des années, Palmer a jeté une ombre portée sur le ventre de la gangland britannique. Après des débuts modestes, il est devenu le type de criminel en forme de jet-set décrit dans les livres de poche du crime organisé. Bronzé et drapé autour de femmes magnifiques, à la fin des années 1980, Palmer était l’heureux propriétaire d’un Learjet, de deux hélicoptères et d’un yacht. Il avait également atteint la liste des riches du Sunday Times, partageant la 105ème place avec la reine » (?).  Son CV d’enfer comprenait des relations de travail avec la mafia russe, des liens avec des mafieux roumains et l’élite de la pègre britannique. Ses liens soviétiques étaient forts. En 1999, le journal national Kommersant a annoncé que l’avion privé de Goldfinger se rendait en Russie «pratiquement chaque semaine depuis Tenerife ou Bristol». Selon les rumeurs, son garde du corps serait un ex-KGB. Palmer était clairement un acteur international à très grande échelle. Une grande partie de son style de vie en jet-set a été fondée sur des rackets brutaux sur le temps partagé à Tenerife.  Ses musclés de la Méditerranée étaient connus sous le nom de «clumpers», des opposants armés de base-ball dont les méthodes sans compromis garantissaient des retours exceptionnels dans une station ensoleillée. Ils ont « resserré » l’opposition. Les rivaux qui s’installaient sur leur territoire payaient un lourd et un douloureux prix. Son arnaque de multipropriété était simple. Les investisseurs  – et ils étaient au nombre de 17 000 – repartaient avec des dépôts pour des contrats d’appartement qui ne valaient rien. En 2001, Palmer a été emprisonné pendant huit ans – et a continué à diriger son empire derrière les barreaux de sa cellule de Worcestershire. » Comme avion, Palmer s’était trouvé l’un des premiers apparus sur le marché, un Learjet 55 immatriculé N104BS, qui fera une belle carrière après lui encore. Il est ici à droite en train de se poser à Faro au Portugal le 11 juin 1994 et à gauche à Palma de Majorque le 31 mai 1995. A gauche ici sa longue carrière, débutée en 1982. En 2017 il était encore chez « Something From Nothing 2 LLC« , un Trustee au nom bien surprenant.  Palmer s’était même offert un château, à retaper il est vrai, en Normandie, dans lequel il avait commencé à faire des travaux avec une piscine creusée, deux terrains de tennis aplanis, un golf avec caddies, une Jeep Wolkswagen Iltis, et un camion Unimog (U1300) oubliés, des détritus anglais, et des petites villas pour recevoir ses invités (il y en a 24 !) C’est l‘ancien château de la Poupelière, situé à Sainte-Honorine-la-Chardonne, dans l’Orne. On y mettait en bouteille un vin à son nom (ici à gauche): un vin de table, pour buveurs de thé !  Il est aujourd’hui complètement à l’abandon, hélas, dans l’ignorance d’un Stéphane Bern trop bouleversé par l’incendie de la cathédrale de Paris, on suppose.  Remarquez, il y a du boulot, à voir les tristes images …. le château avait fait une dernière fois la une des journaux le 22 juillet 2011, dans un article rageur de France-Soir qui dénonçait la décision scandaleuse de rendre le bâtiment à ses propriétaires alors qu’il avait été saisi pour blanchiment par Tracfin (mais on n’avait perdu la trace des documents, suivis jusque Hong-Kong ou dans la myriade de paradis fiscaux choisis par Palmer ! Parmi les ex propriétaires, Dennis New, 55 ans, ancien boxeur, celui qui venait menacer les gens pour les faire payer en Espagne !!! Sur Google Earth je vous ai retrouvé la photo de l’ensemble des 50 hectares, en bon état encore en 2006.  On y distingue parfaitement les aménagements faits (le château est à gauche en haut).  La localisation exacte est au 48°49’52.77 N et 0°29’39.64 » Aujourd’hui, tout a été saccagé, la végétation a tout envahi (ce que montre aussi Google Earth).  Un désastre ! »

Délogé au final par la mafia russe !

Le retour à la réalité de Palmer va être terrible.  Dans ce milieu, qui perd sa place… est vite remplacé et dépouillé de tout pouvoir.  A droite, ironiquement, la devise au mur de la cheminée du fameux château est « Aimez-vous les uns les autres !!! « . Lorsque Palmer est revenu à Tenerife à sa sortie de prison en 2004, il a constaté que son empire de biens à temps partagé s’effondrait. En son absence, un oligarque russe – un membre de la tristement célèbre mafia de Saint-Pétersbourg qui prétendait connaître personnellement Vladimir Poutine – avait commencé à financer une opération concurrente de multipropriété sur l’île. Pire encore, le Russe avait demandé à l’homme de main de Palmer, Tel, de participer à la gestion de l’entreprise. L’un des associés de Palmer expliqua plus tard: «La fierté de John avait subi un énorme choc. Pour la première fois dans sa vie d’adulte, il s’est senti comme s’il était bel et bien b… é ». « Les Russes faisaient exactement ce qu’il avait fait une vingtaine d’années plus tôt, mais avec beaucoup plus de puissance de feu. Palmer est devenu plus discret à Tenerife, conduisant dans une modeste Opel Omega bleue, souvent accompagné d’un acolyte portant un fusil de chasse sous son manteau ».  Bref, il n’était déjà plus que l’ombre de lui-même, et craignait désormais pour sa vie, lui qui avait terrorisé tant de victimes !!!

Négocier avec les russes ? Impossible !

Palmer avait donc négocié avec les mafieux russes, contraint et forcé, plutôt que de s’y opposer frontalement. Parmi eux, il y avait Boris Berezovsky qui ne s’était pas encore fâché et réfugié en Angleterre (avant d’y être retrouvé mort, lui aussi… dans des circonstances troubles, comme celle dans laquelle on lui avait fait parvenir l’adresse du Highgate Cemetery au nord de Londres, où a été enterré Alexander Litvinenko !!!) et celui que Palmer surnomme « Misha »Pour les amadouer, il leur avait proposé d’utiliser son nouveau jet, un Gulfstream.  Ils ne s’en sont pas privés pour se rendre régulièrement à Moscou.  Mais un jour, l’avion de Palmer avec des russes à bord se voit repousser de l’espace aérien par des chasseurs russes.  Surprise du gangster. « Palmer était estomaqué. Il avait eu affaire à la police, à des agents de la DEA, voire à des politiciens de son temps, mais il ne s’est jamais opposé à la force de l’aviation nationale. Il avait entendu des rumeurs selon lesquelles Berezovsky et Misha seraient très proches de Vladimir Poutine, mais a été étonné lorsque Misha l’a appelé plus tard dans la journée pour lui dire que Poutine avait décidé qu’il ne voulait pas de Palmer à Saint-Pétersbourg ce jour-là, car un groupe de sénateurs américains visitaient la ville en même temps. Palmer se demandait combien de temps encore ses entreprises à Tenerife allaient survivre. Sans surprise, Misha, Berezovsky et leur «personnel» russe ont rapidement transformé le Gulfstream de John Palmer en service de chauffeur personnalisé. L’un des plus anciens associés de Palmer se souvint plus tard: * Les vols en Gulfstream à destination et en provenance de Russie étaient assez « hard ». Il y avait souvent deux types de durs des ex-forces russes à bord avec des prostituées. »  De temps à autre, le pilote devait insister pour que les couples retournent à leur siège, car ils rendaient l’avion instable en ayant des relations sexuelles dans les toilettes » (on se croirait chez Jeffrey Epstein, à gauche ce sont celles d’un Gulfstream GIV-SP de 1996). « John Palmer était pris au piège dans des affaires auxquelles il ne croyait pas, avec une bande de gangsters russes qui se moquaient bien de savoir s’il fallait vivre ou s’il fallait mourir. Parfois, son équipage de Gulfstream était soudainement envoyé en Russie, où les soi-disant associés de Palmer étaient récupérés et emmenés soit à Bristol, soit à Biggin Hill, dans le Kent, soit à Tenerife. Quelques heures plus tard, les mêmes passagers seraient rapatriés par avion, peu importe d’où ils venaient » (…) « À l’époque, Palmer avait confié à un de ses associés que les Russes étaient les gens les plus cruels et impitoyables qu’il ait jamais rencontrés. Ils n’hésitaient pas à abattre toute une famille si un membre de cette famille osait les empêcher ou possédait quelque chose qu’ils voulaient. Et l’oligarque Misha, basé à Tenerife, et ses gangsters de Saint-Pétersbourg ont continué à détenir le plus grand atout de tous. Vladimir Poutine était extrêmement ambitieux et très changeant. John Palmer n’était plus qu’un pion dans le jeu d’une immense puissance mondiale ».

Palmer jette l’éponge et repart en Angleterre, pour s’y faire descendre en 2015

Mais Palmer ne pouvait pas tout laisser tomber tout de suite, à Ténérife. « L’un des plus anciens associés de Palmer sur l’île a expliqué: «John pensait que sa vie se détériorait, mais il était aux prises avec divers engagements financiers à Tenerife. « Cela incluait le versement de 50 000 £ par mois pour maintenir son entreprise à flot et le versement de pots-de-vin de longue date à des fonctionnaires spécifiques du gouvernement local et à certains agents de police. » La prudence de Palmer était justifiée: dans les coulisses, les forces de l’ordre britanniques et espagnoles travaillaient de concert et avaient déjà lancé une intense opération de surveillance visant à le capturer une fois pour toutes » (à gauche c’est un Palmer bien fatigué par l’âge qui est est filmé en 2015 sur son véhicule de jardin John Deere quelques instants avant d’être abattu). « En 2005, Palmer a finalement admis sa défaite face à la mafia russe et a quitté Ténérife pour de bon. Comme l’a expliqué l’un de ses collaborateurs: «John souffrait beaucoup. Il a dû se retirer, sinon ils l’auraient fini. » Il est retourné en Grande-Bretagne et dans une grande maison individuelle à Essex, sans doute avec l’espoir de vivre tranquillement. Mais il était toujours sous la surveillance conjointe de la police britannique et de la police espagnole, qui étaient tellement déterminées à le frapper qu’elles avaient utilisé des avions espions Beechcraft à la pointe de la technologie pour enregistrer ses conversations. C’est peut-être cette campagne de surveillance qui s’est avérée fatale pour Palmer. Palmer a été tué le 24 juin 2015 dans une pluie de balles tirée par le pistolet d’un mystérieux assassin dissimulé dans le jardin de son domicile à Essexé (ici à droite). Après avoir passé sa vie à tricher, mentir et escroquer pour amasser une immense fortune au-delà de ses rêves les plus fous, le soleil se couchait enfin sur la vie du crime de John ‘Goldfinger’ Palmer. »  La façon dont il avait été tué avait été étonnante pour deux raisons. La première étant que les policiers en premier n’avaient pas parlé d’assassinat par balles, ce qui était étonnant, car il s’en était pris six et son corps, sur le ventre, montrait bien les coups portés ayant traversé le dos. La deuxième étire la méthode :  le tireur avait choisi le seul endroit de son jardin où les caméras de surveillance avait un angle mort, et pour s’assurer de sa présence à cet endroit, l’assassin avait fait un trou (ici à gauche) dans la palissade de bois pour l’observer avant de la franchir et de lui tirer dessus. Il aurait été assassiné par les tirs d’une copie de Walter PPK pistolet court comme celui qui équipait la Lutwaffe (ici à droite et là sa copie française signé Manurhin).  Une copie certainement venue de l’Est, car elle équipait aussi les agents du KGB.  En tout cas c’était bien un meurtre par « contrat », au calibre .32 (8 mm, un « petit gros calibre »), par sa précision et non celui d’un rôdeur.  Neuf balles avaient été tirées, les trois dernières alors qu’il était déjà à terre atteint par les 6 autres ! Cinq autres meurtres suspects avaient suivi ou précédé dont celui de Dennis New, notamment, son homme de main, retrouvé mort à 58 ans, chez lui, à South Weald (Brentwood).

Un russe oublié  écrabouillé en France

Juste avant mourir, Palmer avait confié ses craintes d’être lui aussi victime de cette mafia russe qui n’hésitait pas à assassiner (et qui assassine toujours aujourd’hui).  Dans l’Express.co, journal qui flirte souvent avec les nouvelles spectaculaires, on avait pu, en 2018, à propos d’une nouvelle enquête sur son décès, lire une suggestion assez sibylline, évoquant la mort selon lui suspicieuse d’un russe avec lequel il avait lié ses « affaires » à Tenerife.  En fait l’article reprenait le contenu de l’ouvrage déjà cité, mais ce qu’il disait était intriguant : « selon M. Clarkson, Palmer a rapidement dépassé les bornes avec de puissants criminels et utilisait son jet privé Gulfstream comme service de chauffeur personnalisé entre le Royaume-Uni, Ténérife et la Russie. En 1999, le journal national russe Kommersant a révélé que son avion privé se rendait en Russie «pratiquement toutes les semaines depuis Tenerife ou Bristol», où la femme de Palmer vivait au Royaume-Uni (…) Palmer a finalement perdu le contrôle de la criminalité à Tenerife après avoir été emprisonné en 2001 pour fraude à la multipropriété. Il n’a pas été en mesure de reprendre le contrôle après sa libération en raison de l’étroitesse du contrôle exercé sur l’île par des criminels russes et d’autres criminels d’Europe de l’Est et d’une importante enquête pénale internationale sur ses activités. En janvier 2007, il avait été dit au sein de la pègre que Palmer était devenu un informateur de la police. Cela l’effrayait après le meurtre d’un associé russe dans un mystérieux accident de voiture à Sainte-Julienne, en France, ce mois-là. M. Clarkson a écrit: « Ce n’est pas la mort proprement dite qui a contrarié JP. C’est la façon dont ses ennemis ont réussi à le tuer, même au beau milieu d’un pays étranger. « John Palmer pourrait se voir être supprimé de la même manière. » Le nom du lieu de l’accident cité ne me disant rien, il a fallu réviser l’information : en fait c’est un accident étrange survenu à avril 2007 sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute A 40, à la hauteur de Saint-Julien-en-Genevois en Haute-Savoie exactement. Une voiture s’était garée là en urgence on ne sait pourquoi vers 9h40 le matin. Quelques minutes plus tard, elle avait été emboutie et complètement broyée par un camion rempli de graviers.  On ne pouvait trouver plus lourd.  Banal accident de la circulation (4) ? Pas sûr, car dans la voiture, c’est le corps de Mijail Monastyrski, 61 ans, que retrouvent les gendarmes dépêchés sur place.  Habituellement, il ne conduisait jamais lui-même, ayant recours à des chauffeurs. C’est l’ancien associé de Palmer, justement, et c’était l’un des chefs de la fameuse Tambovskaya, l’une des pires mafias russes, aussi amateur de jeunes files que pouvait l’être Jeffrey Epstein, sinon pire, et faussaire à ses heures de produits du joaillier Fabergé. L’homme venait alors de faire des révélations à la police espagnole sur ses anciens amis russes.  Ceux décrits ici à l’épisode Coke en Stock (CCXLV) : le chaînon manquant du trafic ou un autre Viktor Bout (f). Autrement dit Gennadi Petrov et Yaznarov (Alexander) Malyshev, entre autres, sans oublier Vladislav Reznik. Il en a payé le prix visiblement… comme Litvinenko, empoisonné à mort. «  Il avait fondé plusieurs sociétés dans des paradis fiscaux: Roycan Trust (Genève, Suisse), MMS Investments and Shipping (Genève, Suisse) et Dormund Investment LTD (Îles Vierges). En Espagne, il était directeur de Kybal Business, officiellement dédié à la construction (à Malaga !!!), et possédait une Porsche Cayenne et une BMW 645. » C’est simple, au final : On ne se met pas en travers de Vladimir !

(1) relire pour cela

Coke en Stock (CCLV) : l’Uruguay, comme un goût de déjà vu

et

Coke en Stock (CCLVI) : le laxisme multinational et l’incroyable réceptionniste de Mulhouse :

 

 

(2) je ne suis pas le seul à le penser ; Daniel Hopsicker aussi.

(3) le procédé a été décrit ici lors de l’arrestation en 2002 du gang du trafiquant sud africain Hilton John Van Staden opérant en Angleterre, grâce à une armada de voiliers : « les membres des gangs utilisaient des avions légers pour parachuter des sacs de cocaïne allant jusqu’à 600 kg à la fois aux bateaux en attente, tandis que des vedettes rapides effectuaient des livraisons en mer (ci-dessous un Cessna en train de faire de même devant Haïti, mais sans parachutes attachés aux colis de coke).

« Des yachts océaniques et d’autres navires dans les Caraïbes, au Venezuela et en Afrique du Sud ont été utilisés pour acheminer les drogues à travers l’Atlantique. Le gang a ensuite utilisé les dernières technologies, y compris le système de positionnement global (Global Positioning System ici à droite), pour organiser des transferts de drogue de yacht à yacht, appelés «coopering», à quelques kilomètres de Salcombe, Devon, Poole à Dorset ou Lymington, Hampshire. Le processus de « coopération » signifiait que le gang pouvait éviter les contrôles douaniers, les navires transatlantiques, qui sont généralement contrôlés, pouvaient accoster « propres ». L’engin local sur lequel les drogues avaient été transférées pour la dernière étape de la contrebande pourrait alors être mis à quai avec moins de risque d’éveiller les soupçons. Rien qu’entre 1996 et 1998, l’entreprise, qui aurait démarré en 1992, a vu trois tonnes de cocaïne importées en Grande-Bretagne, avec une valeur marchande « très prudente » estimée à 300 millions de livres sterling ». L’organisateur était… irlandais né en 1947, le millionnaire passionné de courses de chevaux Brian Brendan Wright (il en avait soudoyé quelques unes en payant des jockey jusqu’à 7000 livres par course. Il avoir réussi à fuir à Chypre, près de Lapithos (en bénéficiant ainsi du traité de non-extradition). Il était surnommé « le laitier », (El Lechero, en Espagne) car il livrait toujours à temps la marchandise !!  Le gang avait été découvert en 1996 quand un de leurs bateaux, un ancien chalutier de 18 mètres converti en yacht d’agrément, appelé le Sea Mist (ici à gauche), avait été pris dans une tempête extraordinaire et contraint d’abandonner sa route vers la Grande-Bretagne et de débarquer en Irlande. Son skipper était américain, John Ewart, surnommé « Popeye » accompagné de Gordon Richards, et sa femme Theresa da Silva Roy, entrée sans passeport en Angleterre.  Le propriétaire déclaré était David Hunter, à une adresse dans les British Virgin Islands. Les agents des douanes de Cork (on y revient !) avaient alors fouillé le navire et trouvé à son bord 599 kilos de cocaïne, d’une valeur de 80 millions d’euros, cachés dans un monte-charge désaffecté.  Ils avait surtout aussi découvert un parachute, preuve que la drogue avait été larguée depuis un avion dans les Caraïbes près de Trinidad (ce que faisait aussi les avions d’Escobar)!!!  Installé à Marbella en 2003, Weight s’est faire arrêté à Sotogrande en Andalousie en 2005 et condamné en 2007 à trente ans de prison. Lors de l’enquête, deux yachts avaient été cités ayant fait le trajet en provenance des Caraïbes, Le Casita (cf ici à droite), qui avait transporté 600 kilos de coke du Venezuela pour s’amarrer à Pole, dans le Dorset, après avoir transféré en pleine mer son chargement à une second appelé le Selina. D’autres seront aussi « serrés » :  le  Moonstreak, (importé en 1997) qui avait effectué deux traversées de 80 millions de livres de coke, piloté par Gary Boshoff, le Cyan, le Flex et le Lucky Irish, ayant véhiculé chacun pour 50 millions de livres de cocaïne !!! En février 1999, la police avait saisi 472 kg de cocaïne dans un garage de Leigh-on-Sea, dans l’Essex, et dans une ferme de Laleham, dans le Surrey.  Le groupe de Brian Brendan Wright (ici à gauche) avait commencé à inonder de façon abondante l’Angleterre de coke à partir surtout de 1998.

 

(4) qui en rappelle un autre : celui de Charles Bignon. « Charles Bignon lui aussi est mort dans le secteur de la forêt de Rambouillet, là où a été retrouvé le corps de Robert Boulin. Dans des circonstances presqu’aussi surprenantes. Il disparaît à peine 5 mois à peine après le ministre de Raymond Barre. Il « meurt le 29 mars 1980, à 1 h 45 du matin. Sa voiture, arrêtée tous feux éteints sur la voie lente de l’autoroute A 10, près de Rambouillet, est percutée par un camion danois. La voiture est carbonisée, le corps est à l’intérieur. Pour étayer la thèse de l’assassinat de Charles Bignon, Fabienne Boulin-Burgeat (la fille de Robert Boulin) s’appuie sur une note blanche des Renseignements généraux datée du 28 mai 1982. Cette note « met sérieusement en doute la thèse de l’accident du député, écrit l’auteur. Curieusement, elle figure au dossier judiciaire de mon père ; tout aussi curieusement, elle n’a jamais été exploitée. »

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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