Accueil / T H E M E S / CULTURE / Littérature / anecdotique / Coke en Stock (CCLIII) : le chaînon manquant du trafic ou un autre Viktor Bout (M)

Coke en Stock (CCLIII) : le chaînon manquant du trafic ou un autre Viktor Bout (M)

Après quelques épisodes d’été sur la conquête lunaire et la célébration du cinquantenaire du premier pas sur la Lune, ainsi que quelques analyses sur les avions de la CIA présents lors de l’anniversaire du débarquement, nous pouvons reprendre notre série sur le trafic de cocaïne, démarrée ici on l’a vu à Zagreb, en Croatie, ce qui n’est pas non plus sans nous rappeler la présence sur place d’une omniprésente mafia liée au trafic de drogue en Europe.  J’avais abordé (ailleurs) il y a quelque temps le sujet en citant la Serbie toute proche, en liaison, déjà, avec  l’Uruguay cette fois.  Un événement récent, survenu cet été, a confirmé cette vieille piste toujours active.  J’y reviendrai très bientôt bien sûr, car cet étonnant événement nous réserve une immense surprise comme on va le voir bientôt.  Le temps d’analyser toutes les informations (et elles sont nombreuses comme vous allez le voir) et je vous en parle… bien entendu !

 

Nous y revoici, donc, à Zagreb.  Ou plutôt aux Etats-Unis, avec cette photo ici à droite de notre trafiquant colombien tant attendu depuis 12 épisodes déjà (le temps passe le premier est paru le 27 février dernier !) arrivé à l’aéroport, encadré de près par des agents de la DEA dont on masqué l’apparence.  Derrière-lui c’est le Falcon 900 EX, immatriculé N385FD, ex N368FK, celui du brésilien Felipe Dutra Leite (ici à gauche sur la photo, aux côtés de son patron Carlos Brito) d’où le « FD » à la fin, qui fait dans la bière chez Anheuser-Busch InBev SA et non dans la coke.  Notre trafiquant s’est visiblement composé une toute autre allure que lors de son arrestation à Zagreb comme on peut le constater en comparant ses deux apparences de visage ici à gauche. L’arrestation a eu lieu en octobre 2018 et l’extradition aux USA en janvier 2019, ce qui explique facilement le changement de teinte de la peau : il vient de passer trois mois à l’ombre ! Mais c’est bien le même homme, à bien y regarder.  Mais ce n’est pas l’apparence physique du trafiquant qui nous intéresse mais bien ce qu’on lui reproche plutôt.  Voyons cela : « Cardona est nommé dans une plainte pénale fédérale à quatre motifs et dans un acte d’accusation séparé en octobre, décrivant une série de réunions qu’il a eues avec des sources confidentielles de la DEA au cours desquelles il aurait pris des dispositions pour fournir de la cocaïne aux forces de l’ordre en retour d’armes, y compris les missiles sol-air, les AK-47, les fusils de tireur d’élite et les munitions que Cardona envisageait de fournir à Ansar al-Dine, un groupe désigné en 2013 par le département d’État comme organisation terroriste étrangère, indiquent des documents judiciaires ».  Fichtre, voilà qui nous rappelle mot pour mot… le piège tendu à Viktor Bout !  Remplacez Ansar-Al Dine par Farcs et les missiles sol-air par des missiles sol-sol anti-tank Fagot (ou Spigot), et vous avez les mêmes reproches et la même arrestation, avec des envoyés de la DEA déguisés en terroristes (sur certains documents, V.Bout aurait aussi proposé des missiles sol-air, mais à droite l’extrait du dossier à charge du FBI contre V.Bout, montre bien qu’il s’agissait de modèles Fagot-Spigot comme missiles).  Qu’est-ce donc que cette arrestation express, dans ses conditions irréelles, à savoir… le vide absolu (aucune biographie disponible de l’individu, aucun renseignement au départ sur l’avion même :  celui-là, c’est CP qui vous l’a trouvé !!!).

Les fameux missiles sol-air… disséminés partout !

Cet histoire de missiles sol-air, « commandés » en quelque sorte par une organisation terroriste à l’histoire mouvementée et imprégnée de manipulations diverses, est plus qu’étrange. Des missiles de type Sa7B Igla, qui existe depuis près de 40 ans, on en avait retrouvé par dizaines, voire par centaines, en Libye, une fois les stocks de Kadhafi ouverts à l’air libre, après l’éviction du dictateur et un pays ayant versé dans l’anarchie la plus totale. On avait même vu des militants islamistes se filmer à en tirer contre des hélicoptères égyptiens au-dessus du Sinaï en 2014, ou à Brega en Libye (ici à droite) ou même des Touaregs se faire photographier ostensiblement et complaisamment avec les lance-missiles à l’épaule (ci-dessous à droite).  Bref, il y en a partout de disséminés, bravo Nicolas Sarkozy et son obsession à vouloir se débarrasser de Khadafi !!!

Un exemplaire spécial du Small Arms Survey consacré à leur prolifération en Afrique du Nord, rédigé en juin 2015, est lisible ici. Il est édifiant. Dedans, on trouve un tableau (ci-dessus) des achats de missiles de ce type par Kadhafi, qui révèle des chiffres faramineux : plus de 15 000 Sa-7b (9K32 Strela-2 our « Grail » pour l’Otan) par exemple, ont été achetés à l’ancienne URSS, pour totaliser 88% des stocks libyens !!! A gauche ici tout un lot (plus d’une vingtaine) découvert à Benghazi en 2014 et attribué à Ansar al-Sharia, qui avait lui-même filmé les missiles comme propagande (ici à droite) !  Treize lance-missiles Strela-2M y sont répertoriés comme ayant été découverts au Mali même, selon l’enquête, qui montre un nombre important de caches en contenant, certaines encore dans le pickup Toyota bien connu les transportant, entièrement enfouies dans le sable avec eux (le plus souvent avec un équipement GPS pour les localiser !!!). La photo ayant été prise non pas en Libye a-mais près d’Almoustarat, au Mali, en 2014.  Le procédé mis au point est simple : on paie, d’abord, on téléphone, pour avoir l’emplacement GPS et… et on récupère à l’huile de coude le magot de missiles enfouis, devenus invisibles sous le sable du désert !!!  Simple comme un coup de fil !!!  Plus fort qu’Amazon et ses boîtes codées !!!  Bref, depuis l’éclatement de la Libye, des centaines voire des milliers de missiles anti-avions se sont retrouvés en dehors de tout contrôle … et à n’importe quel prix, offerts aux plus offrants par des trafiquants !  Si bien que l’accusation fait figure de gag, à ce stade :  comment donc un trafiquant rôdé à du gros trafic de coke (à la tonne) aurait-il pu chercher à fournir à un mouvement plus que douteux des armes à prix d’or (ou plutôt contre des quantités importantes de coke, ce qui revient au même), alors qu’on les trouve partout ces armes, dans le secteur du Mali dans lequel œuvre cette même organisation ??? Cela semble étrange comme démarche !  Sinon assez surréaliste !!!  Ou plutôt pourquoi diable venir passer commande à Zagreb ?  A un endroit où il y a 8 ans, un mauvais gag de plus, les USA avaient justement investi dans la suppression de ces fameux « ManPads », justement ! (il en restait un petit millier paraît-il, selon cet article de ReliefWeb en date du 30 novembre 2011) : « les États-Unis investissent un million de dollars pour aider la Croatie à céder en toute sécurité ses stocks restants de 71 systèmes de défense antiaérienne portables (Manpads) obsolètes et à améliorer la sécurité physique et la gestion des stocks de ses dépôts d’armes et de munitions (…) entre de mauvaises mains, ces missiles antiaériens tirés à l’épaule constituent une grave menace pour l’aviation civile. Des initiatives précédentes entre les États-Unis et la Croatie (1) ont entraîné la destruction de 929 de ses Manpads excédentaires. Dans le cadre de cet accord récemment conclu, la Croatie envisage de disposer de 17 000 tonnes de munitions excédentaires. » Depuis l’affaire Diveroli, devenu héros Hollywoodien, et l’explosion de Gerdec, « révélatrice de tout un système » (à droite un de ces dépôts sous hangar utilisés par Diveroli), on se méfie beaucoup des promesses de destructions américaines… vites transformées en armement parallèle et détourné d’activistes !!! La coïncidence des lieux et des méthodes est en tout cas fort surprenante et n’envisage rien de bon !

Un problème répertorié dès 2012 : des armes volées et ensuite… redistribuées

Les américains étaient conscients depuis au moins 2012 de la gigantesque prolifération de ce type de missile anti-aérien :  selon Defense News, en effet  « des milliers de Manpads (Man-portable air-defense systems) sont tombés dans les mains des milices lors du conflit en Libye en 2011, contribuant à une prolifération qui représente aujourd’hui une menace sans précédent pour l’aviation selon un rapport d’IHS Jane’s. Un ancien officier de l’état-major US de l’amiral Mike Mullen déclarait récemment en plaisantant que « les Manpads ne sont pas dans des cachettes que l’on trouve en mangeant des collations et en regardant le football ». La prolifération des systèmes de défense aérienne portatifs n’est pourtant pas une blague. Des milliers sont tombés dans les mains de rebelles au cours des trois dernières années, dont la majorité d’entre eux provenaient des stocks militaires libyens pillés durant le conflit en 2011. Ces armes se retrouvent maintenant en Afrique noire et au Proche-Orient.  Les rebelles syriens ont également saisi des Manpads dans les bases militaires, fournis par plusieurs « sponsors » de l’Etat syrien. Par ailleurs, les séparatistes dans l’est de l’Ukraine ont obtenu des Manpads et les utilisent pour détruire des hélicoptères (…). Ça et l’affaire du cargo bourré d’armes diverses, un navire retrouvé amarré au large du Liban-Nord.  Il avait fait escale juste avant dans le port égyptien d’Alexandrie et se dirigeait en fait vers… Tripoli.  Selon l’Orient le Jour c’était évident : « l’itinéraire du navire et la manière avec laquelle les armes ont été saisies (la Finul a notifié l’armée du caractère suspect du navire) paraissent indiquer l’existence d’une décision internationale d’armer l’opposition. Auquel cas le navire ne serait autre qu’un signal clair de cette décision externe. Cette hypothèse est appuyée également par le fait que les armes transportées n’étaient pas dissimulées dans une cargaison de marchandises commerciales, comme s’il n’y avait aucune volonté de les camoufler ».  Et dans les caisses, les fameux missiles : « les armes trouvées par les autorités libanaises sur le cargo Letfallah II en avril 2012 incluaient des Manpads Strela-2M et des missiles Igla-S (en fait il y avait de tout dans le cargo !). Le général Carter Ham, alors chef du commandement américain en Afrique (AFRICOM), a été le premier haut responsable militaire à révéler publiquement l’ampleur de la prolifération des Manpads découlant de la rébellion en Libye, et qui s’est accélérée avec l’intervention de l’OTAN en mars 2011″. 

Le Congrès pas au courant ?

De quoi affoler le Congrès US : « Je suis très préoccupé par la prolifération des armes, notamment des missiles sol-air tirés à l’épaule », a déclaré un membre du Congrès américain le 7 avril 2011.« Nous pensons qu’il y en a peut-être 20 000 en Libye depuis que l’opération de l’OTAN a commencé. Beaucoup de ceux que nous connaissons aujourd’hui ne sont pas pris en compte et cela devient une préoccupation sur le long terme ». Une délégation de l’ONU a ensuite été chargée d’évaluer la prolifération des Manpads libyens.  Dans un rapport du 19 février 2014, il est mentionné trois cas prouvant la circulation de Manpads libyens vers d’autres pays, comprenant 13 missiles 9K32M Strela-2M (SA-7b ‘Graal’), un lance-missiles d’épaule, et 11 batteries qui ont été saisis dans le nord du Mali. La France, qui dispose de forces militaires dans la zone, a fourni des détails concernant 2 missiles issus de Libye. Les autorités tunisiennes ont aussi trouvé 8 missiles Strela-2M, 2 gripstocks et 11 batteries dans une cache à Médenine. Le stock portait le même numéro de lot que ceux vus en Libye ». Ci-dessous, l’effrayant contenu des caisses de containers du Letfallah II, sur la gauche, 10 Strela-2M alignés, et 2 Igla-S (SA-24 ‘Grinch’). A leur droite, avec un plus gros corps, c’est un 9K11 Sagger 3 « Malyutka », un missile anti-tank ancien (il date de 1963 !). Les 2 missiles à droite à l’arrière-plan semblent être des FGM-148 Javelin anti-tanks. Le 24 août 2017, on en avait retrouvé aux mains de Daesh en Iraq, à Tal Afar, au nord du pays ! Mais une photo de Milan français laisse planer le doute… Le site d’infos Brown Moses, précurseur de Belling Cat, en avait aussi retrouvé en Syrie en mars 2013. Le Qatar ayant fourni des Milan aux opposants à Assad. Il semble ici que ce soient plutôt des Milan français en effet… les fournisseurs étaient bien « internationaux » !

« Dans son rapport 2013, l’ONU a mentionné les armes trouvées à bord du Letfallah II, un navire qui a été stoppé par la marine libanaise en avril 2012, avant de pouvoir livrer une cargaison d’armes provenant de la ville libyenne de Misrata et présumé être destiné aux insurgés syriens. Le stock d’armes comprenait 10 missiles missiles Strela-2M, un lance-missiles, et 6 batteries, ainsi que 2 missiles Igla-S (SA-24 « Grinch »). » Sur la saisie du  Letfallah II (ou Lutfallah II), on peut lire ceci... j’y avais relevé qu’en 2012, une importante cache de l’armée de Kadhafi, contenant des 9K38 Igla-S (Otan SA-24 Grinch) et de 9K32 Strela-2 (SA-7 Grail), avait été découverte à la frontière algérienne.  Le groupe aurait été aussi fourni en BGM-71 TOW. » On notera aussi l’étrange déchargement du cargo, puisqu’après son interception, vers le port de Selaata, où l’on avait mis à quai ses containers (ici à droite), et non directement vers la base militaire de Jounieh ou de Beyrouth comme on s’y attendait.  C’est une vieille histoire, en réalité puisque j’en avais déjà parlé lors d’une longue enquête sur les détournements d’armes effectués par le général Petraeus… « Le fief des échanges étant situé dans l’enclave de la CIA, à deux pas de l’endroit où Stevens sera tué : « à Benghazi, située à 1,2 miles du consulat américain, utilisé comme « une base pour, entre autres, la collecte d’informations sur la prolifération des armes pillées dans les arsenaux du gouvernement libyen, y compris les missiles surface-air » … et dont les caractéristiques de sécurité « étaient plus avancées que ceux de la villa louée où Stevens est mort. » Le 28 novembre, un premier résultat de la politique menée par Petraeus était obtenu : un missile des rebelles abattait le premier hélicoptère syrien. Très certainement un Strela venu de Libye (très vite un communiqué des rebelles annoncera que le missile proviendrait d’un stock de l’armée régulière pillé par eux). » Le 28 novembre 2012, en effet, la première vidéo d’un Manpad faisant tomber un hélicoptère syrien syrien Mil Mi-17 Hip apparaissait sur les réseaux sociaux (ici à gauche). Ce n’était plus qu’une simple menace, à ce moment-là !

Découverte du vrai rôle de l’ambassadeur Stevens assassiné 

Selon les russes, bien sûr, cela ne faisait aucun doute : « comme il a été dit récemment, peu de temps avant sa mort, l’ambassadeur américain en Libye Christopher Stevens avait rencontré le consul général turc Ali Akin Sait à Benghazi pour discuter de possibles livraisons d’armes en provenance de Libye vers la Syrie. En mars 2011 Stevens a établit des contacts avec les « rebelles libyens » proche d’Al-Qaïda, qui ont transféré des armes à la Syrie.  Selon Clare Lopez, l’auteur de livres consacrés à des questions de renseignement, Stevens a dit d’aider à coordonner l’aide américaine aux insurgés conduits par leur commandant militaire supérieur Belhaj Abdelhakim, émir du Groupe islamique combattant libyen, une filiale d’Al-Qaïda. Vicky Nissen, une journaliste américain, insiste sur le fait que Stevens a reçu une autorisation de Département d’Etat américain et l’administration Obama pour aider les groupes étroitement affiliés à Al-Qaïda. Avant que le Daily Telegraph ne reporte que Belhaj, un contact important de l’Ambassadeur Stevens avait, « rencontré les dirigeants militaires syriens à Istanbul et sur ​​la frontière avec la Turquie » Il leur a été offert des armes, de l’argent et de l’assistance d’instructeurs pour lutter contre Assad ». » Même si ces mots proviennent d’opposants à l’époque à Obama et du Tea Party d’extrême droite, le recoupement des faits leur apporte un certain crédit aujourd’hui. Obama, après avoir longtemps hésité, avait choisi d’armer en effet les opposants à Assad, aujourd’hui on le sait.  Les preuves abondent depuis.  Quant à savoir si les armes pouvaient provenir aussi de Croatie, on peut s’en référer à cette série et cet article notamment... avec une belle photo prise à  Belgrade cette fois d’un Ill-76 ’EW-448TH, un Ilyushin Il 76T en train de charger des caisses d’armes direction la Libye, le 10 janvier 2016… une photo extraite d’une autre série ici sur les transferts d’armes, dont certains par des avions civils.

Voilà en fait qui change toute l’optique des raisons de cette subite arrestation, qui prend de plus en plus l’apparence d’une tentative de se disculper de la part des américains, responsables on le sait en grande partie de cette fameuse prolifération de missiles !!!  Bref, notre américano-colombien tombait aussi bien qu’un Viktor Bout qui aurait fini par raconter avec qui il avait effectivement travaillé et à qui il avait effectivement fourni en armes, ou au nom de qui exactement, alors qu’au fond d’un cachot ça lui est beaucoup plus difficile à faire !!!  Au moment où l’on découvre l’ampleur des transferts aux rebelles syriens (voir ma série « MH-370 », débutée ici), voilà l’homme qui tombe à pic pour détourner l’attention, il me semble ! Aurait-on cherché à couper une branche compromettante en le jetant en prison ? Celle du lien existant entre le terroriste cité par Washington et ses alliés évidents… d’un pays d’Afrique du Nord aujourd’hui en mal de république ?

Le terrorisme islamiste amateur de whisky ou de vodka 

Dans le communiqué de l’arrestation de Cardona, un nom surprend en effet : celui du réseau terroriste auquel il devait livrer les missiles sol-air (en échange d’argent ou de cocaïne). Or s’il existe bien un cas d’islamiste de pacotille, c’est bien celui cité, justement. J’ai longuement décrit ces liens avec l’Algérie et le fameux DRS, ces services secrets algériens qui ont créé au départ les terroristes islamistes, ceux qui avaient ensanglanté la France en 1995.  Car la personnalité d’Iyad Ag Ghali, celui pointé du doigt aujourd’hui  par la DEA américaine, est plus que trouble (le mot est faible). Son mouvement est celui, par exemple, qui a ordonné de détruire les mausolées musulmans au Mali. Or l’individu qui le dirige, né au Mali (c’est un Touareg de la tribu des Ifoghas), le fondateur du MPLA, à une époque buvait du whisky, jouait de la basse dans un groupe de rock (il était membre du célèbre groupe Tinariwen, il avait été filmé par Jérémie Reichenbach et photographié -en noir et blanc- par René Depardon, cf ci-dessous) et faisait avant tout dans la contrebande de cigarettes, comme beaucoup de ses congénères.  Sa conversion est d’autant plus douteuse, et la création de son mouvement Ansar Dine en 2012 (il est donc récent) vantant une stricte charria est empreinte de fortes suspicions de manipulations politiques. Et de coups d’éclats médiatiques, telle la démolition de mausolées du dimanche 23 décembre 2012.  Auparavant, en 2007, il s’était approché du pouvoir malien, pour finir même par obtenir un poste de conseiller consulaire en Arabie Saoudite… grâce à sa proximité avec le président Amadou Toumani Touré… qui en avait fait son négociateur-clé lors des prises d’otages, qui rapportent bien plus encore que la coke : 2 millions de dollars en moyenne par tête de pipe, comme on l’a dit ici-même !!! Un « négociateur » envoyé présidentiel un peu particulier, vu que le plus souvent c’était son propre groupe terroriste qui était à l’origine de l’enlèvement :  on est loin très loin de toute idée religieuse ou même politique ; c’est tout bonnement un business, dans lequel il ne peut y avoir de sentiments, ce qui explique aussi la mort de certains otages, abattus cyniquement faute de paiements à temps ! Les otages, ou le trafic de la coke… sont ses sources de revenus.  Des revenus qui mouillent à l’évidence l’ancien président ATT, parti se réfugier au Sénégal.

Le prix des otages, avec leur quote-part reversée au président malien

Car selon Atlas Info, c’est bien un partage de trafic qui a été mis en place avec ATT : « si Aqmi est reconnu comme étant le plus grand cartel du Sahel, il faut reconnaître que son implantation en 2002 a été tolérée par ATT et facilitée par Iyad Ag Ali qui avait ses entrées à Koulouba à cette époqu(nota : le palais présidentiel malien, saccagé lors du coup d’Etat et où le président de transition avait été lynché). Ainsi, tout le monde trouve son usufruit (Maliens, Algériens, Mauritaniens, Sahraouis…). Les politiques et autres officiers supérieurs exploitent à fond le filon dans le lointain désert sans trop se gêner. Les nombreux appareils suspects détectés par les tours de contrôle à Gao, Tombouctou, Kidal et signalés aux autorités maliennes n’auront aucune réponse jusqu’à l’affaire du Boeing calciné, non loin de Tarkint dans la région de Gao, bourré de cocaïne (suivre pour ça ici la saga Coke en Stock, qui a démarré par cet avion !). Entre 50 et 60 tonnes de cocaïne par an transitent dans le Sahel. La Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad et le Soudan sont les principales plateformes. Les armes et minutions accompagnent les transports de drogue. Pour une valeur de marchandise de 1,6 milliard d’euros (1 049 600 000 000 FCFA), il serait versé aux groupes armés qui en assurent la protection, 310 millions d’euros (203 360 000 000 CFA). ATT et son entourage en profiteront. Sidhamed (Mohamed OuldAwainat à l’état civil) l’un des barons de la drogue de l’affaire « Air Cocaïne » a été libéré par ATT en échange du recrutement de milices maures qui ont combattu aux côtés de l’armée malienne à Tessalit » (il n’est pas le seul, comme on a pu le voir, puisqu’Eric Vernet et Angel Devesa, impliqués dans l’atterrissage du Boeing, l’ont été aussi libérés !!). Un partage du marché, façon Corleone du désert !!!  C’est une économie mafieuse qui a été mise en place, qui manipule les sommes colossales issues du marché de la coke, dont une partie aboutit en Suisse, dans les banques des généraux… algériens, comme on va le voir. Le Venezuela a son Cartel de Los Soles, l’Algérie ses encasquettés qui tiennent les rênes du pouvoir en poussant devant eux la chaise roulante d’un président fantoche.  Enfin, jusqu’à une date récente…

La base arrière algérienne, offerte sur un plateau

A noter que le MNLA et Ansar Eddine sont (presque) la même chose car ils appartiennent à la même origine ethnique. Auparavant, Iyad Ag Ghali, avait fait ses armes chez… Kadhafi, au sein de la Légion islamique, avant de partir au Liban rejoindre… l’OLP d’Arafat ! Le mouvement autonomiste du  MPLA est une création du pouvoir algérien pour déstabiliser ses voisins, à l’évidence, notamment l’ennemi héréditaire du Maroc.  Le DRS est derrière, qui lui propose toute une organisation logistique basée… en Algérie. Sa « conversion » à l’islamisme le plus dur est donc récente également, et sa vision politique plutôt floue.  On le soupçonne fort de dissimuler derrière des propos indépendantistes des désirs de mieux contrôle le trafic qui de cigarettes est passé à celui de cocaïne qui rapporte bien plus.  A droite, l’homme a épousé Anna Walet Bicha, fille d’un colon français et d’une Touarègue de la tribu des Ifogha (ici à droite en armes avec à ses côtés El Hadj Gamou), qui était aussi la femme d’El Hadj Ag Gamou, un chef de l’ARLA, le mouvement islamiste concurrent du sien !  Bicha est ainsi passée de partisane de la rébellion touarègue au radicalisme religieux. On raconte que le nouveau couple était parti s’installer dans un premier temps à Kidal avant d’élire domicile à Tinzawaten au sud de l’Algérie, au milieu des années 90. C’est à Kidal qu’en 1998 la secte pakistanaise Jamaat al-Tabligh serait venu convaincre Iyad Ag Ghali, qui se serait alors autoproclamé jihadiste, comme chef d’un nouveau mouvement appelé Ançar-dine, du Mouvement populaire pour la libération de l’Azawad (MPLA) fondé auparavant. Avant, également, raconte Le Figaro « ses vieux amis se rappellent un poète, un homme à femmes et un amateur d’alcool » (nota : son préféré, le Berketu, de la vodka venue de Libye et vendue sen bidons de 5 litres). »Ils se souviennent aussi d’un lève-tard qui n’émergeait pas avant midi, l’esprit embrumé par les nuits à discuter politique autour d’un verre. L’un d’eux, touareg comme lui, l’avait même grondé parce qu’il ne faisait jamais le «fajr», la prière de l’aube ». Le journal précisant que « c’est en Arabie saoudite qu’Iyad Ag Ghali se convertira à l’idéologie djihadiste qui guide sa milice actuelle, Ansar Dine. Nommé conseiller consulaire à Djedda par le président malien Amadou Toumani Touré, en 2007 il y fréquente les musulmans les plus radicalisés ». Le 24 janvier 2012, c’est bien les troupes d’Ansar Dine d’Iyad Ag Ghali, qui avaient assassiné le capitaine Sékou Traoré et des 82 militaires maliens retrouvés abattus allongés face contre sol (ici à gauche, dans ce qui est désormais appelé le massacre d’Aguelhoc). Selon le Figaro toujours, « l’universitaire français Pierre Boilley, qui passa des soirées à refaire le monde avec lui, confirme: la dernière fois qu’il l’a vu, il l’a à peine salué de loin. Celui qui se prenait pour le Che Guevara de l’Azawad n’est plus qu’un djihadiste infréquentable. Et la cause touareg, si chère à son coeur, est passée du côté sombre de la charia ». Ce à quoi on peut ajouter la défense des revenus du trafic de cocaïne, avec cette charia à géométrie variable !!!

L’ex-mari El Hadj Gamou « le renard de Kidal » (ex irrédentiste) devant alors colonel de l’Armée malienne (ici à droite en uniforme) pour créer ensuite le Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (GATIA), opposant au jihadisme !!!  En avril 2012, son groupe sera mis en déroute en et ses 500 hommes obligés de se réfugier au Niger voisin. Il était rentré à nouveau au Mali en 2013, en restant très flou sur ses réelles intentions, et pour continuer à poser problème en 2016 … à la Minusma.

A Alger, yad Ag Ghali, fait figure en tout cas d’incontournable auprès des militaires qui, on le sait, font aussi dans le trafic de cocaïne, alliés à « l’Escobar du Maghreb », Ahmed Zendjabil (voir ici son effarante histoire (2)), dont le clone actuel s’appelle Kamel Chikhi (un proche du général-major Abdelghani Hamel, ex patron de la police, qui a été démissionné après la découverte de son réseau : or c’était un de ceux pressentis pour remplacer Bouteflika : il a servi de fusible aux généraux algériens, c’est flagrant !). Les frères Chikhi, précise ici l’ami Fievet, l’un des tous premiers à avoir senti l’importance de la saisie du navire contenant 700 kilos de coke, qui ressemble à un lâchage en règle : « si, donc, comme le prétend la thèse officieuse des médias, Chikhi s’est livré à un trafic d’envergure de cocaïne, en n’hésitant pas un instant à utiliser ses propres cartons comme de vulgaires mules, après s’être fourni au Brésil, en viande et en cocaïne, on doit également accréditer la thèse que de hauts fonctionnaires sont impliqués aussi dans cette affaire (celle du cargo MC Vega Mercury ici à droite découvert fin mai 2018 à Oran (3). L’un ne va pas sans l’autre. Chikhi n’aurait pas pu agir de la sorte sans de hautes assurances à Oran et ailleurs en Algérie. Mais aurait-il pris le risque de passer par une Espagne en crise tendue avec le fléau de la drogue et devenue impitoyable à ce sujet ? « Difficile d’admettre que Chikhi et ses acolytes aient pu créer des ramifications dans la péninsule ibérique à un haut niveau de sécurité, et même au Brésil où il se fournit en viande, pour garantir un parcours sans risques à la substance illégale importée. Non assuré d’un voyage sans risques à toutes les étapes du parcours de l’importation, on peut donc difficilement croire que les frères Chikhi aient pu y laisser passer de la drogue en Europe où des autorités portuaires et douanières ne lui sont pas acquises, comme elles le seraient à Oran. L’étape finale d’Oran n’a donc aucune valeur si, plus en amont, la drogue cachée pouvait facilement être découverte ». 

Iyad Ag Ghali, qui prône donc la charia (ici à droite un panneau l’annonçant à Kidal) a pris ses quartiers dans une suite luxueuse du 11 ème étage de l’hôtel Laaico (Libya Arab Africa Investment Company (ou Laaico, ici à gauche), un des hôtels construit au Burkina Faso par Mouammar Khadafi (avec ceux construits en Gambie, en Tunisie, en Ouganda, au Kenya, en Tanzanie, en République centrafricaine, en Guinée-Bissau, au Congo et au Tchad…). « C’est là qu’il reçoit et consulte », dit-on dans Bamada.net).  On a pu y apercevoir, entre autres, du beau linge avec Djibril Bassolé, accusé d’être l’auteur d’un coup d’Etat manqué en septembre 2015, Francois Compaoré (frère de Blaise Compaoré, et accusé lui d’être impliqué dans l’assassinat du journaliste Norbert Zongo), Gilbert Dienderé (le général celui suspecté de l’assassinat du capitaine Thomas Sankara), Moustapha Chafi, le « conseiller de l’ombre » de Comparoé, ou le milliardaire Lancine Diawara « un opérateur économique incontournable » selon Jeune Afrique. L’homme est devenu le protégé de Blaise Compaoré qui joue avec lui sa carte personnelle dans le Sahel (avec les algériens en arrière-plan). On avait pu s’en apercevoir en observant un avion particulier au Mali, venu se poser à Kidal, au Mali, le 7 août 2012, date où la photo avait été prise. Devant l’appareil, l’homme enturbanné (ici à droite) n’était autre qu’Iyad Ag Ghali, venu rencontre l’émissaire du Burkina Faso, Djibril Bassolé (photo à gauche), dépêché par la CEDAO pour négocier avec le leader d’Ansar Dine (ou Anṣār ad-Dīn). C’était en effet le seul exemplaire que possédait le pays, un CASA modèle CN-235 220 immatriculé XT-MBE (photographié ici en Espagne). Son collègue Hamada Ag Bibi, resté à Alger, expliquant alors à distance comment la charria allait être installée à Kidal !  Depuis Ag Gahli a fédéré sous sa direction Ansar Dine, Al-Mourabitoune et L’Emirat du Sahara, une branche d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) dirigée par Mokhtar Belmokhtar, et Front de libération du Macina d’Amadou Koufa, dans un seul mouvement appelé GSIM . A la tête du GSIM (le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) se trouverait Ba Ag Moussa, alias Bamoussa Diarra. Lorsqu’on saisira des armes et des véhicules appartenant à ce groupe, on s’apercevra que ce sont des 4×4 et de lourde mitrailleuses « ayant appartenu à l’armée américaine » exemple ici à droite: ah, tiens ?)…

L’étrange mise en garde des américains

Les USA, on le sait, surveillent le Sahel en avion, de façon pointue et régulière (ici à gauche) avec des avions déguisés en appareils civils, et n’ignorent rien des mouvements au sol, ou si peu. A ce propos, Mondafrique explique le 27 juillet 2018 leur drôle d’attitude à la vision d’une colonne armée qu’ils avaient détecté : « en janvier 2013, les renseignements américains indiquent que plusieurs colonnes de pick-ups se mettent en marche vers la ville de Konna sur la route de Bamako et vers l’aéroport de Mopti-Sévaré. Parmi les combattants, des hommes d’Ansar Dine avec Iyad à leur tête, allié d’Aqmi, du Mujao et du MNLA ».  L’armée française en est alertée : « Pour le ministère de la Défense français, le moment est venu d’intervenir. Il faut à tout prix empêcher la progression des « terroristes » vers la capitale. Mais sur place, un autre scénario, pensé à Bamako, cherche à mettre fin au conflit malien. Durant les dix mois qu’a duré l’occupation du nord Mali, Iyad Ag Ghali est resté en contact permanent avec les plus hautes autorités religieuses maliennes, lesquelles sont au mieux avec le bérets verts du capitaine Sanogo, l’homme qui a débarqué ATT. Ensemble, ils avaient imaginé une sorte de coup d’Etat en douceur qui a connu un début d’exécution. Le 9 janvier 2013, avant-veille de l’intervention française, les partisans du cheikh Hamaloua défilaient dans Bamako en faveur des militaires putschistes. Il ne restait plus au capitaine Sanogo et à ses alliés qu’à prendre le pouvoir, en profitant de la panique créée par le début de la marche des Touaregs sur Bamako et à négocier avec Iyad Ag Ghali, leur fidèle contact au Nord, qui avait pris soin de se prononcer contre la partition du pays. N’était-ce pas là, un gage de sa bonne volonté ? » Le hic c’est que ça avait failli réussir et que l’info américaine semblait pipée: « un diplomate français enfonce le clou : « rien n’indique qu’Ansar Dine et ses alliés allaient descendre vers Bamako. Ils n’étaient pas en formation pour aller si loin ». Pour preuve : lorsque les combattants d’Ansar Dine commencent à se diriger vers le sud, le 8 janvier 2013, les services français interceptent des communications entre Iyad et le DRS. Ces derniers conseillent au chef touareg de faire preuve de prudence et de ne pas se précipiter sur Bamako. Longtemps un pion aux mains d’Alger, Iyad était-il en train d’échapper à ses parrains de toujours ? Un ancien de ses proches raconte qu’à la même période, le chef touareg a diffusé un communiqué rédigé dans un français parfait – avec l’aide de qui ? — et signé de sa main, dans lequel il critique vivement la politique algérienne. » Qui donc aurait pu être tenté de le détourner des algériens ? En tout cas, les français savaient depuis longtemps que l’Algérie en la manière jouait double jeu dans le Sahel et que le DRS était derrière toute cette agitation !

Impunité contre otages (et argent)

Lors de l’affaire des otages, expliquée aussi dans le livre Agent Secret de Jean Marc Gadoullet et Mathieu Pelloli, Ag Ghali avait en fait négocié une impunité totale en échange de ces mêmes otages, devenant ainsi intouchable :  « l’impunité a été garantie au chef du groupe islamiste armé Ansar ed-Dine (Défenseurs de l’islam) en échange de la libération des quatre otages français du Sahel, a affirmé mercredi à l’AFP une source touareg proche du dossier. «Ce qui a fondamentalement pesé, c’est le sort politique ou disons le sort tout court d’Iyad ag-Ghaly, qui veut qu’on le laisse tranquille, qu’il n’y ait pas de poursuites judiciaires contre lui et plusieurs autres de ses proches», a affirmé cette source touareg, écrit Libération le 31 novembre 2013). « Début février, le parquet de Bamako avait rendu publics une trentaine de mandats d’arrêts notamment pour «sédition» et «terrorisme» contre des chefs de groupes armés, dont des jihadistes d’Ansar ed-Dine et d’Aqmi. Iyad ag-Ghaly fait partie des personnes recherchées. «Je crois que cette assurance lui a été donnée», a déclaré la source proche du dossier. Iyad ag-Ghaly et son mouvement Ansar ed-Dine ont, par ailleurs, été placés sur les listes de terroristes et de groupes terroristes établies par les Etats-Unis et l’Onu. Pour cette source bien informée, une contrepartie de «quelque 20 millions d’euros» a également été versée, «mais ce n’est pas l’argent» qui a «vraiment pesé dans les négociations».  Ses dires recoupent ceux d’une source proche des négociateurs interrogée par l’AFP, qui évaluait le montant de la rançon à «entre 20 et 25 millions d’euros». Résultat, le voilà riche, de l’argent détourné versé aux otages par… la France. « Il est malin et sait très bien que l’armée française ne peut rien tenter contre lui tant qu’il est en Algérie pour des raisons historiques évidentes », affirme notre source. Ag Ghaly serait prudent et bougerait peu. À bord d’un pick-up ou deux maximum, et souvent en compagnie de femmes ou d’enfants en guise de boucliers humains ».  Disposant d’une impunité et bénéficiant de « certaines protections », celles qu’a laissé entendre l’ancien de la DGSE Bernard Bajolet, dans son livre «Le soleil ne se lève plus à l’est», mais sans expliciter lesquelles, Ag Ghali court toujours alors que ses proches conseillers meurent un par un, pourchassés tel Malick Ag Wanasnat ancien déserteur devenu le second du mouvement Ansar Dine tué à à Tinzawaten, par un bombardement ciblé de Mirage français le 14 février dernier (photo à droite). L’homme avait lui-même menacé à plusieurs reprises et depuis fort longtemps Cheikh Ag Aoussa, (Abou Mohame) de la tribu des Ifoghas, très ancien allié d’Ag Ghali, passé ensuite au Mouvement islamique de l’Azawad (devenu en mai 2014 le HCUA et dont le pick-up avait explosé en octobre 2016, grâce à une bombe aimantée déposée dessous, alors qu’Ag Aoussa se rapprochait des forces internationales, à la recherche d’un compromis de paix à Kidal (ici le véhicule détruit à gauche) : il sortait juste d’une réunion de la MINUSMA !  Les premiers éléments de l’enquête révélant qu’il ne s’agissait pas d’une mine et que l’engin explosif aurait été posé au sein même du camp de l’ONU !!! Des journaux locaux évoquant un « dispositif venant de l’étranger »… Un nom à ne pas confondre avec celui de l’ex-colonel Ba Ag Moussa (il a déserté en 2006), alias Bamoussa Diarra, qui a attaqué récemment, le 17 mars 2019, le campement militaire de Dioura faisant 21 morts, lui aussi un allié d’Ag Ghali, qui aujourd’hui, recommence la même méthode (4) , puisque c’est son groupe qui a annoncé détenir Sophie Pétronin, dont le fils Sébastien a toutes les peines du monde à se faire entendre.

… des avions Mirage qui pourraient être embarrassés par des tirs de « ManPads », comme ceux dont les américains prétendent vouloir se munir de Ag Ghali… avec cette histoire fortement tirée par les cheveux.  Aurait-on envoyé un signal indirect aux français, signalant que leurs avions pourraient bientôt se voir de la sorte abattus ? Ou envoyé un message aux algériens, leur demandant de cesser de soutenir Ag Ghali ? Ou n’aurait-on pas plutôt ici noyé le poisson en enfermant un fournisseur d’armes trop encombrant désormais ???

(1) La Croatie a laissé un mauvais souvenir à l’armée américaine, avec un crash retentissant en 1996m à Dubrovnik. Le vol IFO 21 de l’United States Air Force était un vol entre Zagreb et Dubrovnik via Tuzla. Le Boeing T-43 (un 737-200 de l’armée) s’est écrasé le 30 passagers et 5 membres d’équipage. Parmi les victimes, il y avait Ronald Brown, devenu la véritable « vedette » du gouvernement Clinton alors (ce fut le premier secrétaire de couleur de l’administration US), alors secrétaire au Commerce des États-Unis. « L’avion qui s’est écrasé a enregistré 12 000 atterrissages et 17 000 heures de vol, ce qui en fait un avion relativement jeune » avait alors affirmé l’armée. L’avion avait en effet été utilisé auparavant pour transporter sans encombre le secrétaire à la Défense, William J. Perry, des Balkans – de Zagreb, à Tuzla et Sarajevo en Bosnie, puis à Tirana en Albanie et de l’Albanie au Caire le mardi suivant. La catastrophe a fait l’objet d’un épisode d’Air Crash, qui impute l’accident à la météo (épouvantable ce jour-là) et à l’absence d’ILS, détruit pendant la guerre. « L’aéroport n’était pas équipé de balises d’atterrissage ILS ni de radar d’approche, mais uniquement de balises non directionnelles (NDB). L’appareil était équipé d’un seul radiocompas (ADF) au lieu de deux, et les cartes d’approche n’étaient pas aux normes » (à se demander comment d’autres avions ne s’était pas écrasés auparavant !). De plus il n’y avait pas de boîtes noires à bord, ce qui a rendu l’enquête difficile (comme la présence de mines tout autour de la zone de crash. Sur place, dans la queue de l’avion, seul morceau encore entier, on retrouvera vivante une hôtesse, le sergent Kelly, qui hélas, décédera plus tard de ses blessures. Le temps épouvantable interdit l’usage d’un missile, qui n’aurait pas pu être tiré sans visibilité et aucune trace d’explosif n’a non plus été trouvée à bord (et pas davantage une « fausse » balise émettrice qui l’aurait induit en erreur). L’appareil avait au-dessus de lui un Awacs, toujours présent dans la région, qui avait détecté une erreur de trajectoire de l’avion de 7° qui l’avait conduit directement vers le sommet de la montagne où il s’était écrasé. Bref, ils étaient tous morts d’un laxisme évident sur les normes de sécurité et non d’un quelconque tir de missile  !!!

(2) selon El Watan du 18 octobre 2006 « malgré le fait qu’il était recherché au niveau national et international, Zendjabil a poursuivi le plus normalement ses activités, en utilisant plusieurs identités. Grâce à ses complices, il a fait disparaître son dossier et ses photos des services des passeports de la wilaya d’Oran. Son adjoint Ghorfati a réussi à se faire délivrer un passeport, une carte d’identité nationale et un permis de conduire par le biais de Pascal, alors qu’il était en prison. Celui-ci connaissait très bien l’ex-wali d’Oran et l’ancien chef de la sûreté de wilaya. Lorsque l’affaire a éclaté au grand jour, c’est un jeune policier du fichier qui a payé à la place de ses responsables. Zendjabil avait l’administration dans sa poche. Ses activités ont connu une hausse considérable entre 1999 et 2003, période où il était recherché par toutes les polices du monde… », a-t-il déclaré. Pour étayer ses propos, il a noté que durant le premier trimestre 2002, Zendjabil a réalisé 41 opérations d’exportation de drogue des ports d’Oran et d’Alger, vers Alicante (en Espagne) et Marseille (France), soit une quantité de 358 quintaux, répartis comme suit : Oran-Alicante 14 voyages avec 119 quintaux, Oran-Marseille, 10 voyages avec 85 quintaux, Alger-Marseille, 17 voyages avec154 quintaux. « La quantité annuelle exportée de l’Algérie vers l’Europe et le Moyen-Orient avoisine les 900 tonnes, ce qui représente un chiffre d’affaires de presque un milliard de dollars… » , a souligné notre interlocuteur. Il a précisé que Zendjabil bénéficiait de facilités déconcertantes au niveau du port d’Oran. « D’ailleurs celui-ci se distinguait des autres enceintes portuaires notamment celle d’Alger, du fait de la facilité avec laquelle la drogue était mise à quai puis exportée sans le moindre problème. Zendjabil bénéficiait de la protection des deux divisionnaires qui se sont succédé à la tête de la sûreté de wilaya d’Oran de 1993 à 2004, mais également de celle que lui accordaient certains responsables des services des douanes… »(…) .« Un des anciens chauffeurs de Zendjabil, a confirmé les propos de Ali, en donnant des détails surprenants sur les nombreuses opérations d’exportation de la drogue du port d’Oran vers Alicante, à bord du navire grec « Le Poséidon » . « Les transferts ont eu lieu les 5, 18 et 25 mars 2002, puis le 8 avril 2002, les 1er et 23 mai 2002, et le 26 juin de la même année.  Pour chaque voyage, la quantité exportée était la même : 8,65 quintaux. Ces opérations ont été quelque peu perturbées à la suite de la saisie par les douanes françaises à Perpignan, lesquelles ( douanes) ont intercepté, le 19 juin 2002, des fourgons frigorifiques. Dans les roues de ces derniers étaient dissimulés les 8,65 quintaux de drogue. Le 26 juin de la même année, les douaniers algériens ont intercepté la même quantité au port d’Oran… ». En outre, et selon plusieurs témoignages de membres du milieu, le port d’Oran servait également à l’importation de cocaïne d’Europe, confirmée d’ailleurs en 2001, à la suite de la découverte par les services des douanes, de traces de cette drogue, dans un camion frigorifique transportant 15 tonnes de beurre, importées et bloquées durant 5 mois par les services vétérinaires. Le scanner effectué le 9 septembre 2001 par un divisionnaire, nouvellement installé à la tête des Douanes, a révélé l’existence de traces de cocaïne dans une cache aménagée de 3 mètres de long et de 35 centimètres de large. Des rapports ont été transmis à la direction générale des douanes, mais deux mois plus tard, le divisionnaire a été mis en prison. Un complot a été monté de toute pièce contre lui, alors que l’importateur n’a pas été inquiété. Sur ce chapitre il est interressant de signaler que l’ex-wali d’Oran a effecté 8 exploitations agricoles communes d’une superficie de 78 ha situées aux Andalouses, à un émigré résidant à Londres, et dont le nom aurait été longtemps mêlé au réseau de trafic de cocaïne. Ce bénéficiaire hors- pair, n’avait même pas d’adresse en Algérie lorsqu’il avait bénéficié de ces domaines. Il louait un appartement à l’année au complexe des Andalouses. Pour revenir au divisionnaire des services des douanes d’Oran, il est important de relever qu’il n’était pas la seule victime des barons de la drogue, puisque d’autres responsables ou agents intègres ayant tenté de faire éclater la vérité au grand jour ont été sévèrement sanctionnés avant et après lui.  Parmi ces derniers, un colonel du DRS, qui a pris sur lui de mener une enquête sur le trafic de drogue à Oran. Il s’est vu quelque temps plus tard subir les foudres de sa hiérarchie locale. Il a été carrément mis aux arrêts sur ordre de l’ancien chef de la 2ème région militaire de l’époque. C’est pour dire que les réseaux de trafic de drogue avaient leurs relais dans tous les rouages de l’Etat et à très haut niveau. Zendjabil, ainsi que ses adjoints, Pascal et Ghorfati, n’étaient donc que des instruments entre leurs mains. Ils ont bien su tirer profit de leurs parrains en érigeant un véritable empire financier, blanchis dans le domaine de l’immobilier et du foncier. Leurs biens dans l’Oranie et à Alger ne se comptent plus. Peut-on espérer, un jour, que la justice algérienne prenne en charge ce gros dossier et donner un coup de pied dans la fourmilière, d’autant que la connexion entre cette mafia de la drogue et les groupes terroristes est maintenant solidement avérée ».

(3) et ses soutiens étatiques évidents selon Jeune Afrique :  « en 2014, dans le quartier les « Sources », à Bir Mourad Rais (Alger), l’homme s’est approprié un terrain boisé de 2 400 mètres carrés pour construire une tour de quatorze étages. Les habitants ont alors organisé plusieurs manifestations demandant l’ouverture d’une enquête pour élucider ces dépassements urbanistiques. Mais leurs nombreuses contestations n’ont pas pu freiner les travaux de terrassement. « Je ne veux pas tirer sur les ambulances. Mais les autorités auraient dû agir à l’époque. Tout le monde était au courant des agissements de cette personne », s’indigne Khaled Bourayou, l’avocat qui a porté les contestations des riverains devant les tribunaux. Pour lui, Kamel Chikhi bénéficie de « soutiens au sein de l’administration algérienne ». Habib Brahmia, un des riverains, affirme pour sa part avoir été violenté et embarqué par la police. « Les habitants ont été dépossédés d’un espace vert affecté à leur cité en un temps record. Mais la police a investi les lieux, non pour les calmer, mais pour les arrêter », dénonce celui qui est aussi un membre de Jil Jadid, parti d’opposition. Suite à ces nombreuses protestations, la mairie a décidé d’arrêter les travaux du chantier. Mais Kamel Chikhi a décidé de les relancer quelques jours après, faisant fi de la décision ».

 (4) à savoir le trafic de drogue, avant tout, selon l’avis éclairé de notre confrère Michel Koutouzis sur la question : « Le sujet a été parfaitement et longuement traité sur les pages d’Agoravox, pour qui s’intéresserait aux détails. Là n’est pas le sujet. Les autoroutes sahariennes de la cocaïne sont déjà un classique et soulignent parfaitement les liaisons existant entre les trafiquants latino-américains, les belligérants (Polisario, Touaregs, etc.), les islamistes d’AQMI et leurs adeptes, et enfin les forces armées et des acteurs politiques et économiques de la région. Ces derniers et l’armée ont toujours agit en quasi impunité : Georges Berghezan du GRIP souligne dans un entretient au quotidien Libre Belgique qu’il y a eu, début 2010, de très nombreux atterrissages de drogue à Kidal, Gao, Tombouctou. Lors de l’incident de Tarkint, selon l’ambassade des Etats-Unis, les services de renseignement maliens avaient bouclé la zone et les services anti-drogue n’y ont pas eu accès. Sur la dizaine de personnes arrêtées, la plupart ont été libérés – les trois derniers il y a peu, acquittés.  Les multiples joint venture entre mafieux, bandits caravaniers, islamistes-trafiquants, hommes d’affaires, militaires, politiciens, libérateurs et autres « révolutionnaires » visent essentiellement au contrôle de ce trafics. Derrière les « Révolutions », les coups d’Etat, les « libérations de territoires » et autres actions armées, se dessinent en filigrane des différents, des litiges, des « partages », des contestations et des « contrôles de la route » d’un trafic qui génère annuellement plusieurs milliards de dollars. La présence militaire US et française, excentrée et plutôt côtière, semble parfaitement inefficace, malgré les efforts d’un « patron local » des forces spéciales Christian Rouyer (ancien de la place Beauvau) à Sévaré et toute la technologie américaine. D’autant plus que des barbouzes et hommes d’affaires de ces deux pays jouent souvent sur plusieurs tableaux et ne dédaignent pas la manne venue du ciel latino – américain ».
rappel des épisodes précédents :
début de la série : la première découverte dans l’arc du Golfe du Mexique :
http://www.centpapiers.com/coke-en-stock-ccxl-le-chainon-manquant-du-trafic-ou-un-autre-viktor-bout-a/
sur l’appareil et sa saisie :
http://www.centpapiers.com/coke-en-stock-ccxli-le-chainon-manquant-du-trafic-ou-un-autre-viktor-bout-b/

 

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

Article précédent:

Coke en Stock (CCLI) : le chaînon manquant du trafic ou un autre Viktor Bout (l)

Commentaires

commentaires

A propos de ghostofmomo

avatar

Check Also

Patrick Balkany: Ne passez pas par la case départ

Tous les amateurs de Monopoly ont découvert un jour ou l’autre cette carte « caisse de ...

One comment

  1. avatar

    Article indice CCLIII du 16 août ! Où est le début ? Je decrémente l’indice jusqu’à CCXL pour trouver le début de la saga et là, en bas de page un lien Mh370 (33) , lequel me dit que l’autre début est ici ! En fait une saga en 43 épisodes…qui côtoye une saga de a à n…
    Question simple : vous faites comment pour « pondre » un journal à vous seul ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.