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Coke en Stock (CCLII) : un drôle d’oiseau vient de disparaître subitement

Oh, rassurez-vous je ne vais pas vous parler de la disparition annoncée d’une 1001eme espèce animale. Non, l’oiseau dont je vais vous parler aujourd’hui est un pilote d’avion assez particulier, car il semble résumer les quinze dernières années de trafic de cocaïne aérienne, à lui tout seul. L’homme est mort le 5 mai dernier dans les circonstances assez mystérieuses, que je vais vous décrire. Il avait fait la une des journaux il y a un bon bout de temps, en 2006, à Mexico, dans une affaire mondialement connue, avant de se retrouver embarqué dans des coups foireux, tournant le plus souvent autour du trafic de coke et au nom d’El Chapo. Il avait jusqu’ici tout traversé sans encombres, avant ce dernier vol qui lui a été fatal, à lui et à 14 autres personnes à bord (1) au final d’un Bombardier Challenger datant de 1989 mais bien entretenu semble-t-il, parti en début d’après-midi de Las Vegas sans monter aucun signe qu’il était en train d’effectuer son tout dernier voyage.

Comme d’habitude ici, pourrait-on dire, c’est en effet par un crash que l’on a découvert ou re-découvert ce cas sidérant. Un crash en lui-même intriguant. L’avion retrouvé en miettes au sol était parti de l’aéroport de Las Vegas à 14h52 le le dimanche 5 mai dernier et aurait dû rejoindre normalement l’aéroport de Mariano Escobedo à 19h16. L’appareil était un Bombardier Challenger CL-600-2B16, immatriculé N601VH, modèle N°5043 pas  tout neuf, car datant de 1989 (il en était à son 14ème enregistrement), enregistré au nom de TVPX Aircraft Solutions à North Salt Lake dans l’Utah. Comme d’habitude, on a affaire à une fiducie (relancée en 2014) et un organisme comme celui étudié lors de la disparition d’Emiliano Sala, qui permet à des non-américains de faire enregistrer leurs avions via un prête-nom : « fondée en 2002 par Tobias Kleitman (ici à droite), la société propose parmi ses services le registre des aéronefs et les services fiduciaires aux États-Unis, qui, selon les règles de la FAA (Federal Aviation Administration), ceux qui ne sont pas citoyens américains, ou en tant que sociétés établies en dehors du pays voisin, ne peuvent ni posséder ni immatriculer d’aéronefs sur ce marché. Toutefois, à ces fins, les États-Unis offrent le service de fiducie pour le marché de l’aviation, par l’intermédiaire d’un organisme qui détient le titre légal pour l’immatriculation de l’aéronef au nom du propriétaire non américain ». Or, comme pour le cas de Sala (2) l’entreprise, vraisemblablement mexicaine, ne possédait pas le droit d’effectuer des services d’aéro-taxi !!! Elle ne pouvait embarquer de passagers payants !!! Ici à gauche l’appareil en 2007, photographié au Eastern Iowa Airport par le spotteur Glenn E. Chatfield. Les appareils Challenger de Toluca ont laissé leur trace avec le fameux N711WM décrit ici, à la plaque de fabrication falsifiée, qui m’ait fait écrire « qu’au Mexique, belle découverte, on peut faire voir n’importe quel avion, même pas certifié, piloté par quelqu’un avec un faux permis de piloter !!! »

L’avion du jour avait comme base de fonctionnement l’aérodrome de Toluca, en effet, un aéroport cité un nombre incalculable de fois ici-même comme étant celui de départ d’avions privés porteurs de quantités de cocaïne à bord, et ses dix dernières dessertes avaient été pour des villes mexicaines: Durango, Mazatlan, Oaxaca, Chihuahua et Monterrey, d’où il parti en dernier pour rejoindre sa destination américaine de Las Vegas. L’appareil, comme on l’a déjà dit, avait été entretenu avec soin pendant toutes ses dernières années. C’est donc une surprise pour les contrôleurs mexicains de l’avoir vu subitement disparaître de leurs radars vers 18h37, soit 39 minutes avant l’heure prévue pour l’atterrissage, au-dessus de l’espace aérien de la ville de Monclova, alors qu’il volait à une vitesse de 701 kilomètres à l’heure et à une altitude de 12 473 mètres. Le lieu exact du crash se situant sur Google Earth à 28°38’N, -103°31’O. L’avion, selon la presse, avait subi un événement incompréhensible en vol constaté par les contrôleurs aériens mexicains ayant suivi sa trajectoire :  « le fait qu’aucun enregistrement progressif n’ait été enregistré en termes de vitesse, de hauteur et de position de l’avion, indique un dysfonctionnement ou une défaillance massive de l’avionique de l’avion, ont-ils mentionné. Les experts consultés ont mentionné que, malgré les 30 ans de l’aéronef, si la maintenance était en ordre – et cela devait être pour recevoir l’autorisation de dédouanement – elle ne représente pas un facteur, sous réserve des résultats des enquêtes officielles ».  Bref, que l’avion n’avait pas explosé en vol, mais avait subi un dommage énorme et instantané qui l’avait fait irrémédiablement chuter de plus de 10 000 mètres sans laisser un seul espoir d’en sortir vivant à ses 14 occupants, et sans que l’équipage, avec le pilote confirmé, à savoir Juan José Aguilar Talavera ou le copilote Luis Ovidio Gonzalez Flores, n’ait pu faire quoi que ce soit pour l’en empêcher. A moins d’une défaillance technique colossale ou d’une explosion à bord, on a du mal pour trouver une explication à cette chute brusque et vertigineuse… à part également la météo, qu’il ne faut pas négliger non plus (sur le forum de Kathryn, on évoque la piste d’un surpoids au décollage, l’avion étant largement au-dessus de son maximum de passagers ) ! A noter que l’avion s’est écrasé à plat, comme l’indique ici la vue aérienne de la découverte de ses débris, dont seule la queue est l’élément intact. Tout le fuselage a pris feu et tout a été incinéré à l’impact. Si c’est le pilote qui a été victime d’un attentat, la présence de 10 passagers à bord ne semble pas avoir beaucoup freiné les ardeurs de ceux voulant le faire disparaître ! Selon un journal télévisé mexicain, l’avion aurait traversé « une tempête météorologique » au moment de l’accident, juste au-dessus de la radiale 311 au nord-ouest de Monclova, située à 130 milles nautiques. Idem chez CNBC : « le diffuseur mexicain Televisa a annoncé que le biréacteur avait perdu le contact dimanche avec les contrôleurs aériens peu après 17h20 heure locale (22 h 20 GMT) lorsque le pilote est descendu pour éviter une tempête. Francisco Martinez, un responsable des services d’urgence à Coahuila, a déclaré à Milenio que les conditions météorologiques défavorables récentes feraient partie de l’enquête sur l’accident. Cependant, il n’a pas confirmé que le temps en était la cause ». La découverte par les enquêteurs de sa boîte noire, présence rare sur ce type d’avion, devrait nous donner bientôt les raisons exactes de cette chute absolument vertigineuse : l’appareil était monté jusque 40 925 pieds (12 473 mètres !) avant que les contrôleurs ne reçoivent plus rien : le pilote avait-il essayé de voler au-dessus de l’événement météo (un énorme Cumulo Nimbus) placé sur sa trajectoire ? Ses dernières paroles indiquaient « je vais tenter de voler plus haut ». Que s’était-il passé exactement ? Et pourquoi donc ce quatorzième non inscrit sur la feuille de bord ?

A bord, comme passagers, il y avait deux familles dont une résidant à Monterrey, celle de Reyes Domínguez et Luna Larrosa, et leurs trois enfants Guillermo Octavio, Jade Paola et Frida Alejandrina, originaires de Puerto Progreso. Elles se rendaient à à Las Vegas (Nevada) pour assister à la soirée de boxe du mexicain Saúl « Canelo » Álvarez et Daniel Jacobs avec des amis de la seconde famille, appelée Vela (les autres passagers étant Martha Isabel Lagunes García, Adriana Monserrat Mejia Sanchez, Gary Amauri Vela García, Manuel Alejandro Sepúlveda González, Mónica Leticia Salinas Trevino et Loyda Liliana Luna Larrosa). Avant de monter à bord, un des passagers avait déployé un drapeau mexicain en l’honneur du boxeur qu’il partait applaudir (cf ici à droite). Luis Octavio Reyes Domínguez et Ramón Amauri Vela se connaissant bien : il travaillaient en fait ensemble au sein de la compagnie de pétrole mexicaine  Typhoon Offshore, travaillant pour la PEMEX, entreprise historique.

Le 5 mai dernier a donc disparu Juan José Aguilar Talavera (ici à gauche), habitant Tenango del Valle, dans l’état de México, devenu pilote ordinaire de jet privé…. Il avait donc peut-être perdu la main sur la pratique des jets, après une carrière plutôt mouvementée comme on va le voir maintenant. En réalité certains auraient eu mille raisons de le voir disparaître, d’après son CV !!!

Arrêté et condamné en 2006

Souvenez-vous, en 2006, le 20 juillet, à l’aéroport de Tijuana, en Basse-Californie, sont arrêtés une dizaine de personnes (onze exactement), toutes accusées de « crime organisé, trafic de personnes sans papiers et possession d’armes «  par la PGR, qui le relate dans son bulletin du 946/06, des trafiquants accusés également de faire partie de l’organisation d’El Chapo Guzmán ! Parmi celles-ci Aguilar Talavera et son frère, Martín Israel Aguilar Talavera, alors agent de bord et Diana Lorena Toro Díaz, Julio César Garibay Pineda, José Abraham Toro Idarraga, Yolanda Díaz Arce, Luz Dary Aristizábal Arango, Jaime Andrés González Medina o Carlos Martínez Álvarez, Juan Carlos Cobo Ledesma, Esteban Gómez Ramírez et José Luis Rodarte Grijalva. Tous descendaient d’un appareil immatriculé XA-UEQ, un Sabreliner 80 numéroté 38058 (ex N8267D aux USA, ex NA-265-80, comme celui-ci :  le même N862D a été photographié portant sur son aile une immatriculation mexicaine provisoire en août 2005 en XA-GHD : celle de Talavera aurait donc été… fausse !). Tous se retrouvent incarcérés à la prison de Reclusorio Oriente, réputée comme étant celle regroupant… les drogués ! A l’époque, les autorités étaient à la recherche de Francisco Javier, membre du puissant clan d’Arellano Félix, chef du cartel de Tijuana en Basse-Californie. Il avait pris part à l’infâmant assassinat du courageux cardinal Juan Jesus Posadas Ocampo, en 1993, dont le corps était criblé de quatorze coups de feu sur le parking de l’aéroport de Guadalajara (ici à gauche). L’évêque Ocampo venait alors d’annoncer ses propres soupçons de collusion entre les cartels et les autorités corrompues du pays. En janvier 2006, on avait découvert le tout premier  «tunnel de la drogue» creusé par le gang d’Arellano Félix, passant sous la frontière, de Tijuana à San Diego. Le premier de la méthode ElChapo !

Il ne faut pas croire que le vieux Sabreliner, un des premiers jets privés avec le Lockheed Jestar (un quadriréacteur), soit un avion oublié aujourd’hui par les trafiquants : le 22 mars dernier encore, un Sabreliner 60 immatriculé N990PA (ici à droite) s’est écrasé sur une piste clandestine près la plage située entre Bajamar and Punta Sal, au Honduras. A l’intérieur des vestiges broyés par la violence de l’impact, une cargaison de cocaïne (il en restait un seul pain -ici à  droite-  on était passé récupérer les autres avant l’arrivée de la police !) et une arme. La veille, Flightware l’avait détecté ayant décollé d’un endroit situé près de Chetumal, au Mexique, car lieu actuel du trafic de drogue par voie aérienne.  L’avion revenait alors des Caraïbes et du Venezuela ou de la Colombie.  L’avion avait été revendu (le 9 mai 2018) par Sheperd Aircraft Holdings LLC de Peter Levine à l’obscure TWA International Inc installé à Cheyenne dans le Wyoming, comme on peut le voir ici à gauche.  En 2007, l’avion avait porté une décoration assez improbable chez  la Taylor Energy Company. L’avion était un appareil historique, puisque c’était le prototype de la sérieuse Sabreliner 65.  Triste fin pour ce genre d’appareil !

 

Le trafiquant Felix, arrêté en 1993 et sorti de prison en 2008 est mort assassiné en octobre 2013, par un tueur déguisé en clown dans une fête à laquelle il assistait !  Selon le jounral Mileno, son arrestation de 2006 était liée à un vaste trafic de coke : « La clé se trouvait dans son manifeste de passagers. Parmi les personnes que les frères Aguilar Talavera avaient transférées ce jour-là, figurait Diana Lorena Toro Díaz, reconnue par le Trésor américain comme opérateur financier du cartel de Sinaloa et du réseau dirigé par Alejandro Flores Cacho, propriétaire de plusieurs compagnies aériennes utilisées pour transférer de la drogue, tels que LuzAair SA de CV. Elle, les frères Aguilar Talavera et le reste des Colombiens ont reçu une ordonnance de prison formelle à cet effet et à l’affaire de Ciudad del Carmen trois mois plus tard. « Un juge fédéral a condamné à l’emprisonnement formel 11 personnes – dont cinq Colombiens – qui feraient partie d’une cellule du cartel de Sinaloa et seraient liées à l’envoi de 5,5 tonnes de cocaïne saisies en avril dernier dans l’Aéroport de Ciudad del Carmen, Campeche, avait rapporté le journal El Universal du 27 juillet 2006. L’affaire du fameux DC-9, on la connaît aussi (ainsi que son pilote Miguel Vázquez Guerra), on le rappelle:  il était resté coincé au sol dans l’Etat du Campeche avec 5,5 tonnes de coke à bord ce fameux avion de SkyWay, déguisé en avion gouvernemental US (voir les trois clichés ici dans le chapitre) ! Lors de l’affaire, un Falcon 20 mexicain, immatriculé XB-IYK, était venu se poser en aide à l’avion bloqué sur place, on le rappelle… saisi par la pluie, il était devenu XC-HID. On ignore qui avait bien pu le piloter…

Celui qui avait failli ramener Saadi Kadhafi au Canada

Libéré après plusieurs années de détention (on ignore combien exactement, ce qui montre aussi le laxisme ou le manque de suivi de la justice mexicaine  !), Aguilar Talavera refit parler de lui de façon fort étrange en 2001, dans une affaire dont j’avais retrouvé les détails le 26 avril 2012. Pilote  privé à la recherche de travail, on avait pensé à lui et il avait été contacté pour une opération très spéciale :  il a été impliqué dans le retour raté de Saadi Kadhafi, comme pilote du Hawker 125 appartenant à l’homme d’affaires Christian Esquino, qui avait été recruté par une société de sécurité canadienne pour effectuer le rapatriement discret du fils Kadhafi, au Mexique (ou au Canada).  J’avais évoqué ailleurs le cas : « le projet de rapatriement au Canada était mené par la dénommée Cynthia Vanier, qui, très organisée, avait mis en marche toute une chaîne bien huilée faisant appel à des entreprises liées à du mercenariat. Pour cela il fallait d’abord un avion et une équipe de protection. Recrutés chez les mercenaires, la clé du système mafieux des Kadhafi. Elle avait ainsi appelé Loren Berenda, un ancien employé de Dyncorp de l’Illinois de « Mission Support Resources » (MSR), pour que celui-ci contacte Gregory Gillispie, un ancien Marines vendeur d’avion d’occasion de San Francisco, également à la tête de « Veritas Worldwide Security », en indiquant qu’il lui fallait un avion capable de voler jusqu’en Tunisie, d’ou Saadi décollerait avec sa famille. L’envol devant rester discret, ce même Gillespie, qui ne désirait pas que ses numéros d’appareils apparaissent, allait demander à son collègue mexicain, Gabriela de Cueto de contacter un autre vendeur de Mexico, Christian Esquino. Esquino, et sa société pourtant basée à Las Vegas, Starwood Management. Pour 145 000 dollars le deal était conclu, et l’avion loué, avec une équipe de protection à la clé. Comme équipe de rapatriement, il y aurait donc Loren Berenda, et la société « Mission Support Resources » ainsi que de « Envoy Expeditionary Services » ; Belend Salih Alqassab, un habitant de Virginie faisant office de traducteur, et Roger Lanoue, un américain né à Haiti ayant servi dans l’U.S. Navy comme pilote. A bord il y aurait eu aussi Mahmoud Razwan, un courtier en assurances de Windsor (Canada) et surtout le président du Canadian Libyan Friendship Association, plus le mercenaire Gary Peters (ici à gauche), le leader désigné de l’équipe d’extraction. Comme appareil réquisitionné, celui de Christian Esquino, un Hawker 125 immatriculé XB-RYP, avait été choisi, photographié ici sur l’aérodrome d’Imperial Higway à Los Angeles le 21 février 2011.  C’était plutôt un vieil appareil, en fait, car datant de 1976 ! L’avion fera néanmoins avec succès le trajet via Toluca, au Mexique, et Pittsburg avant Waterloo et après l’habituelle étape de Gander, nœud gordien des traversées de l’Atlantique (et fief depuis toujours de la CIA), pour traverser vers les Açores, puis vers l’Espagne et Barcelone, et vers Pristina au Kosovo pour enfin arriver en Tunisie… à Djerba. Là où se passaient les négociations de la famille Kadhafi avec le CNT, l’Otan…. et de Villepin. Coup de chance, pour prouver l’histoire photographiquement, l’appareil sera effectivement « spotté » au Canon EOS à l’atterrissage, le 16 juillet, à Barcelone ; c’est la photo ci-contre à droite qui depuis a pris une valeur inestimable »…  L’avion, piloté par Juan José Aguilar Talavera, Roberto García Galindo et Mario Mabarao Lagunes, était parti le 17 juillet d’Ontario (au Canada), pour embarquer à bord Vanier et Gregory Gillispie, l’homme contact avec la société d’Esquino qui louait des avions de luxe direction Pristina (au Kosovo). Les pilotes n’avaient pas été informés par Cynthia Vanier du but final de leur périple, à savoir de récupérer le fils Kadhafi. Quand elle leur a dit, ils ont refusé en chœur, jugeant cela bien trop risqué à leurs yeux. Plus tard, tous deux communiqueront par téléphone avec le propriétaire (Esquino) en lui annonçant qu’ils devaient « modifier l’itinéraire convenu pour des raisons qui n’étaient pas claires ». L’avion, deux jours plus tard, le 19 juillet, repartait à vide à Pristina, dont il était venu au départ, sans donc avoir récupéré Saadi Kadhafi qui lui avait fui vers le Niger en un premier temps. Aguilar Talavera craignait-il alors de nouveau la prison s’il se faisait prendre avec à bord un passager aussi encombrant ?

Le lourd passé d’Aguilar Talavera est remonté à la surface, après sa disparition et après ce qui semble bien être un accident de pilotage classique de perte de contrôle à haute altitude, en venant d’éviter des masses nuageuses dotées d’une forte énergie ascendante. L’homme aurait visiblement perdu la main, au fil du temps. Manque de pratique régulière ? Mauvaise évaluation du danger météo ? Mauvaise répartition de la charge dans son avion ? Incident technique catastrophique ? Attentat ? Ce que l’on ignore complètement, à ce jour c’est aussi ce qu’il a pu faire (et emporter) lors des fréquents trajets de ville à ville au Mexique. De même que l’on ignore à qui appartient vraiment l’avion, dissimulé encore une fois derrière une société écran dans un schéma fort apprécié, on le sait, des trafiquants.

Et ça continue !

Au Mexique, où jamais ça ne s’arrête, décidément, on avait pu en observer un autre récemment : le 4 avril dernier, un énième scène surréaliste était apparu sur les écrans des télévisions nationales : on y distingue clairement un biréacteur posé sur un chemin de campagne, au milieu d’un champ. La scène se passe à l’intérieur d’une plantation de canne à sucre appelée « Finca San Fernando », qui est située à Sipacate, prés d’Escuintla… qui se situe au Guatemala !!! Les autochtones interviewés racontent que l’aéronef a survolé la région vers trois heures du matin, avant de finir par se poser. Aux pieds des policiers accourus pour l’inspecter (ici à droite) on remarque une tâche jaune : celle d’un dinghy (???) emporté dégonflé dans l’appareil, ses occupants ayant à l’évidence prévu de voyager au-dessus des eaux pour rejoindre le Guatemala ! La police a également trouvé des « lampes improvisées » sur le bord de la piste et une ligne blanche dessinée au centre de la route, ce qui a l’air de faire sourire les commentateurs dans la presse, qui n’ont pas hésité à parler de « ligne de coke » !!!

Sur le net, un tweet sarcastique cite le propriétaire de la « Finca » où a eu lieu l’atterrissage : il s’agît d’Óscar Molina Martínez, le fils de Milton Molina Espinoza (décédé depuis, du Grupo MEME, grand producteur d’huile de palme et de bananes). Hugo Milton Molina; le frère de Milton est décédé cette année, fin avril. Leur Finca Jocotén n’a pas historiquement bonne réputation, c’est le moins qu’on puisse dire. Il y règne depuis toujours des conditions d’encadrement et de travail toujours très dures, et elle a aussi été accusée très tôt d’utiliser des herbicides endommageant les champs de maïs des petites parcelles alentour, causant la mort de bétail et d’autres animaux domestiques. L’insecticide avait même été utilisé dans les années 50 par les hommes et les mercenaires de Castillo Armas (assassiné dans son palais en 1957, fier partisan d’United Fruit Company !) pour empoisonner les travailleurs récalcitrants accusés de « communisme » ! Dans la seule sinistre Finca Jocoten, on pense qu’il y a eu un millier de morts, une répression bien aidée par le programme PBSUCCESS, une action secrète de la Central Intelligence Agency visant à renverser le gouvernement de Jacobo Árbenz Guzmán. Les tués avaient été enterré au bulldozer…. voilà qui nous rappelle les pires moments du pays.

Revenons à l’avion, dont l’intérieur a été complètement vidé, comme à l’habitude en ce cas (cf ici à gauche), et dont l’extérieur a reçu des touches de bombe de peinture noire apposées à la va-vite (cf ci-dessus à droite), et qui ont largement coulé, pour masquer l’immatriculation d’un avion qui venait également d’être repeint récemment par son nouveau propriétaire, couleur argent avec la queue bleutée et quelques filets incurvés longitudinaux. On a même mis une couche sur le drapeau mexicain d’origine de l’avion (ici à droite) ! Malgré ce masquage on retrouve vite grâce à son look extérieur l’appareil original, qui s’avère être de façon indéniable le XB-PMW : c’est bel et bien un avion mexicain d’origine qui a débarqué de nuit au Guatemala ! Fait nouveau, un deuxième avion été trouvé dans la zone. Un appareil à hélices, un monomoteur de type Cessna qui a été incendié celui-là, par les trafiquants. Les images révélées par la police montrent qu’il avait été suivi par un appareil disposant d’une vision nocturne. Le trafic semblait avoir été suivi de près. Le biréacteur à l’origine N225BJ, numéro de série NA-0231, ex Word of Faith Christian Center Church Southfield  (en 2000) avait été vendu le 27 février 2018 par ABC Elite Aviation à un dénommé «  Miguel Ramirez, résidant à Mexico », ce que révèle son acte de vente (ici à droite).  L’avion ayant alors une toute autre allure : il était blanc à trois tons de bleu, selon un schéma souvent aperçu… sur des avions de trafiquants (cf ci-dessus à gauche) !!! L’avion aurait porté en mars 2018 l’immatriculation XA-PGA et non XB-PMW. Quant à savoir à quel prix il a été négocié, on peut ici en voir une idée avec une offre de Western Avation qui propose un Hawker 700 A de 1978 à… 250 000 dollars seulement. En Italie, ici, un Hawker 700 A est même proposé à 185 000 dollars seulement. A 60 euros le gramme cela fait donc l’équivalent de 3 kilos de coke seulement… Un avion à trois pains !

 

ABC Elite Aviation possédant d’autres appareils du même acabit, comme le N925WC un autre Bae-Hawker qui 9 février 2017 avait effectué le trajet Chetumal- Guatemala City, ou son N70HB visitant Punta Cana le 6 février 2017. Tel encore le N819WG, (ici à gauche), autre vétéran datant de 1977 qui en 2014 en était à son 28 eme enregistrement… dont 22 différents ! Aurait-on là le candidat rêvé, avec sa couleur bleu et ses filets gris, pour un prochain atterrissage en plein champ ?  L’appareil avait plutôt « bien » commencé sa carrière en étant acheté il y a 42 ans par le Sheikh M. Al Midani (Mouaffak Bin Jamil Al Midani), le pilier des soirées de Marbella on y revient à nouveau !), et le propriétaire du Dorchester de Londres,  qui avait acheté deux ans après son jet, le Puente Romano, pour le transformer en hôtel, et une partie du Marbella Club Hotel. Un avion prédestiné en quelque sorte, Marbella marchant à la poudre blanche comme on l’a vu ici-même !

Abandonné avec 1,5 tonne de coke à bord !

A droite ci dessous le HZ-MMM, le Hawker British Aerospace 125-700B original de Madani. « Avec le cheikh aux commandes de sa vie mondaine, Marbella va passer à la vitesse supersonique, pour le meilleur et pour le pire. Vingt-cinq ans après sa disparition, à l’automne 1991, à Los Angeles, il est toujours difficile d’établir avec certitude le profil de Mouaffak Al Midani tant les sources diffèrent à son sujet.  Présenté comme un homme d’affaires saoudien car il détenait des sociétés d’électronique et de téléphonie basées à Riyad et était un ami du roi Fahd, Al Midani serait né en Syrie ou au Liban. Il aurait également été proche de Valéry Giscard d’Estaing, de François Léotard, de Michel Mouillot, maire de la ville de Cannes où il avait une résidence et, enfin, de Ronald Reagan.  Pour s’agréer les faveurs du président américain, Al Midani suit les conseils du roi Fahd, qui aide les États-Unis dans la guerre des contras au Nicaragua, et donne un million de dollars à Nancy Reagan afin de financer sa campagne contre la drogue » peut on lire ici… non sans sourire !

A Chetumal, le 14 décembre 2018, on a retrouvé un avion abandonné lui aussi (ci-dessus à gauche) ressemblant comme deux gouttes d’eau et portant la fausse immatriculation NN886N. On découvrira après coup que c’était plutôt le N988NN, mais « apposé à l’envers »(???) , ce qui correspond en fait à un Boeing 737 d’American Airlines ! A ma connaissance c’est la première fois que l’on assiste à ça, une fausse immatriculation collée à l’envers : le monde des trafiquants nous réserve décidément plein de surprises ! L’avion (ici à gauche) qui n’aurait pas réussi à se poser à Belize aurait poussé jusque Chetumal avant d’y tomber en panne d’essence ! A son bord, il y avait une tonne et demie de cocaïne (cf ci-dessous) ! Largement de quoi se payer un Raytheon-BAE 125-700 d’occasion !!! Serait-ce notre candidat d’ABC Elite Aviation ?

Pour ce qui est de ce fameux  Bae 700 de Chetumal, deux candidats plus probables se présentent, arborant la même livrée extérieure mais à tons de bleu, filets compris cette fois : une livrée identique à celle du N466MM sn 257059 de 1979 (ex N717AF) et le N650TC (ex N710AF), tous deux en livrée de Air4 Aviation LLC. Or le premier cité venait d’être mis en vente à un tarif imbattable : 263,278 dollars à peine, une vraie bouchée de pain pour un biréacteur, comme on peut le voir ici à gauche : il ferait un excellent candidat pour la mission de transport de drogue, à ce tarif dérisoire (même si les trajets récents du N650TC prêtent à confusion et en même temps l’exonèrent, car le vol vers Cancun a eu lieu deux jours après la saisie du premier). Etonnamment, l’avion sera largement exhibé sur le site Deskgram et Instagram par le dénommé « hs125 pilot », en train de faire un passage bas dangereux portant encore cette immatriculation (cf ici à droite) ce qui aurait laissé entendre qu’il était aux mains d’un pilote plutôt casse-cou (comme peuvent l’être les mexicains on le sait:  on se rappelle en 2008 les deux pilotes mexicains venus faire – Toluca-  des tonneaux à un BAE 125 model 800A immatriculé N167DD !!!). L’homme présentant d’autres vues de l’avion laissant entendre qu’il le connaissait fort bien tout un lot impressionnant, du jamais vu dans le genre exposition d’un appareil de la sorte, vraiment. En ce sens, le pilote, nomme Mario Escalante, serait aussi le premier à avoir pris le risque d’étaler un sujet sensible disons, lui qui est capitaine chez RaJet Aeroservicios, qualifié sur Hawker HS-125 700, 800, 800XP Sabreliner NA-265/40 et Citation II. A un moment, il révèle aussi dans un hangar le même avion mais immatriculé autrement en XA-UQN. Un appareil effectivement similaire comme on peu le constater ici, mais à immatriculation mexicaine, aperçu déjà en 2012 à Montreal : l’ex N717AF et N9395Y N°257059, précise-t-on. En fait la même que le N466MM, qui s’avérerait donc bien l’avion abandonné à Chetumal, redevenu américain après avoir été mexicain…

(1) avec 13 déclarées dont le copilote, et douze passagers indiqués sur le manifeste d’embarquement : le chiffre exact de disparus hésite encore.

(2) en cas c’était Southern Aircraft Consultancy Inc Trustee.

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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