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Coke en stock (CCIII) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (38)

Un président peut-il être le chef d’un réseau de cocaïne ?  La question qui paraît assez saugrenue ne l’est pas totalement (1):  au Paraguay, depuis le dictateur Stroessner, c’est simple, il y en a eu plusieurs !  Découvrons aujourd’hui l’un d’entre eux, qui aurait pu être démasqué à temps, si la mafia de la coke autour de lui n’avait pas fait supprimer un général qui semblait bien avoir réuni toutes les preuves contre ce qui gangrenait le pays.  Il s’apprêtait visiblement à les révéler devant les yeux du président du moment, qui s’appelait alors Juan Carlos Wasmosy, et qui avait aussi, hélas, auprès de lui, un certain général Oviedo (voir notre épisode 27).  Mais avant d’y parvenir, revenons sur un trafiquant brésilien, initiateur de tout le trafic… et victime de son principal concurrent et ancien associé (oui, cela ressemble fort à un film, tout cela…) (2).

 

La CIA au courant sur Stroessner et tous ses généraux narcos

Les américains pouvaient ils ignorer le rôle d’Andrés Rodríguez Pedotti, le successeur de Stroessner, avant même qu’il ne devienne président ? Difficilement, d’après un document accablant : dans un article très bien renseigné du Washington Post en date du 24 mai 1972 (lisible ici), que je résume dans ce texte, révélant les découverts de la CIA, il avait été précisément nommé comme responsable du trafic de drogue dans le pays, avec d’autres, dont Patricio Colman, dont les troupes avaient « commis des actes  barbares sur des opposants d’une armée de libération ou pays »; mais aussi toute une lignée de commandants liés à Stroessner, dont Sabino Augusto Montanaro et son homme de main d’extrême droite, le général Francisco Britez qui dirigeait sa police « particulière » (selon la CIA « aucun trafic imposant ne pouvait se faire dans son secteur sans son acquiescement »).

Ou le général Leodegar Capello, ministre de la défense qui partageait le trafic avec les deux déjà cités, ou bien le général Martinez, qui lui avait intelligemment largement investi grâce aux revenus de la drogue dans des fermes d’’élevage.  Ou encore le vice amiral Hugo Gonzalez, responsable de la marine fluviale paraguayenne, qui avait pour rôle accessoire de « servir de baby sitter pour les enfants de Stroessner », selon le Washington Post, et essentiellement de surveiller le trafic par bateaux entre le Brésil et l’Argentine, pour laisser passer sans encombre les siens, bien entendu.  Ou encore le chef de l’armée de l’air, le général Vicente Quinonez (ici à gauche), le « superviseur de l’aéroport d’Asuncion », (déjà) le fief des avions de narcos, mais aussi des dizaines d’autres alentour, tous utilisés, on s’en doute, par le trafic de drogue, ou même encore Raul Sapena Pastor, le secrétaire d’Etat dont le rôle essentiel consistait surtout à offrir aux trafiquants les indispensables passeports dont ils avaient besoin pour passer tranquillement les frontières…  tous ces noms ayant été fournis par le détail à Roque Avila, l’ambassadeur du Paraguay à Washington selon Les Whitten, journaliste aux méthodes plutôt intrusives, lors d’une réunion ayant duré 4 heures à l’ambassade américaine dans le pays. Histoire de lui faire comprendre que la CIA avait déjà tout découvert sur le régime de son président corrompu…  c’est simple, pour elle, ceux orbitant de près autour de Stroessner étaient tous des macro-trafiquants !!!  Tout cela était connu, comme l’étaient aussi les emplacements de production du hachisch, alors en pleine expansion.  Les trafiquants successeurs des généraux s’activant comme eux sur le trafic de coke, incontournable, mais aussi le commerce illicite de produits électroniques mais en y ajoutant la production locale de marijuana, distribuée très vite à la tonne.

Exit le Turc; le protégé de Cartes (et de la DEA ?)
Pendant la dictature de Stroessner, dans l’Amambay, région, la plus « sensible » dirons-nous, le narco à la frontière s’appelait Fadh Yamil Georges, plus connu sous le nom du « Turc » (ici à gauche) qui faisait alors sa loi au milieu des politiciens à qui il imposait son fonctionnement, dans les années 70-80 disons.  Selon ABC, ce sont les mafieux – et Yamil- qui faisaient alors la politique du pays !!!  Mais l’homme, imbu de lui-même était allé trop loin en assassinant le 26 avril 1991, de façon barbare, le journaliste Santiago Leguizamón, le directeur de Radio Mburucuyá qui enquêtait de trop près sur lui.  Un crime resté impuni à ce jour, et qui l’avait complètement décrédibilisé, surtout dans la population, où il avait alors commencé perdre du soutien. « Fadh Yamil, lié au commerce frontalier des cigarettes, des boissons, de l’électronique, de l’hôtellerie, de la production de soja et des drogues, a disparu ces dernières années lorsque le juge brésilien Odilón de Oliveira l’a condamné à 20 ans et 3 mois de prison, pour trafic de drogue, et blanchiment d’argent, formation de gang, entre autres crimes ».  Ce n’était pas Fadh Yamil Georges qui avait tué le journaliste, en réalité mais ses proches : « le vendredi 26 avril, des assassins ont tué Santiago Leguizamón à la station de radio Mburucuyá, à Pedro Juan Caballero. Des années plus tard, deux sujets nommés José Aparecido de Lima et José Francisco Araulho, accusés comme auteurs matériels de la mort de Santiago, avouèrent dans les locaux de la police qu’elle avait été commandée par Daniel Álvares Georges et Luis Enrique Rodrigues Georges, fils et neveu de Fahd Yamil, alors parrain de la frontière ». Selon Vicente Brunetti, confident et ami de Fadh Yamil Georges, c’est simplement en raison d’une photo qui était en sa possession que le journaliste avait été tué : sur celle-ci, on pouvait apercevoir selon lui les « Tres Musqueteros » (qui étaient bien quatre !) : « Pablo Escobar, Andrés Rodríguez Pedotti et Fahd Yamil. Il y avait un quatrième homme, j’ai demandé à Santiago qui il était, et il m’a dit que c’était quelqu’un de la DEA « ….  Mais Fahd ne craignait rien, malgré tout : « selon le journal La Nación de Paraguay, (Horacio) Cartes est connecté depuis 1993 avec le Brésilien-Arabe Fahd Jamil Georges, patron mafieux de la frontière Amambay avec le Brésil. Selon l’enquête, en 1993 et 1994, Fadh et ses frères ont vendu des terres à des proches de Cartes, qui comprennent plusieurs endroits dotés d’une piste d’atterrissage. Banco Amambay, où les Jamils étaient clients, est intervenu ouvertement dans les deux opérations, attirant l’attention des enquêteurs sur le blanchiment d’argent. En février 1994, Fahd Yamil et ses frères revendent des terres à Cartes. Le journal note que, selon les rapports de la DEA, « Horacio Cartes commande un grand nombre de mafias de plusieurs pays, principalement le Brésil ».

João Brasiguayo Morel,, le précurseur paraguayen

L’enquête de la CPI brésilienne (voir les épisodes précédents) avait aussi trouvé les traces d’un autre trafiquant notoire de marijuana très actif au Brésil, ou plutôt toute une famille, la famille Morel, selon la CPI  « le plus grand distributeur « d’herbe » à la frontière avec le Mato Grosso do Sul et du Paraguay ». Car cette famille de narcos était en effet originaire du Paraguay, et elle avait bâti son empire autour de son centre de production de marijuana de San Pedro Caballero, qu’elle faisait déjà pousser à l’hectare et non au mètre carré.  Nous sommes alors dans les années 90, et Stroessner à fait place à d’autres…  son successeur étant Andrés Rodríguez Pedotti (jusqu’en 1993 où il laisse la place à Juan Carlos Wasmosy (le premier civil en fait à avoir été élu depuis… 1811 !) jusqu’au seuil des années 2000.  Un Andrès noyé jusqu’au cou comme on vient de le voir dans le trafic, lui aussi.  Tout tournait rond donc, pour la famille Morel, et son marché florissant, jusqu’au 13 mars 1995, date à laquelle un des fils Morel, prénommé Ramon, à l’allure d’étudiant attardé en casquette et t-shirt (ici à gauche) se fait arrêter à bord d’un pick-up Ford F1000 (en haut à droite). Une camionnette en fait pistée, depuis plusieurs semaines, par les agents de la Senad, qui avaient conclu que c’était elle qui à chaque fois venait charger la marijuana dans un Cessna 210 immatriculé ZP-TYB, lui aussi repéré depuis quelques mois déjà dans le secteur de Captan Bado. C’était le N° 210-60558 de fabrication (sur lequel il n’y aucun document constructeur de disponible, ce qui est plutôt étrange !). Dedans, il y en avait 508 kilos ce jour-là, une belle charge pour le petit avion.  Un appareil qui avait été saisi avec son chargement déposé au sol et qui apparaissait comme par miracle dans l’édition du 17 mars 1995 du journal Ultima Hora, qui tenait ce jour-là son scoop, étalé sur une double page fort heureusement retrouvée depuis par Andrés Colmán Gutiérrez. L’interview exclusive obtenue par le journal avait planté le décor, Ramon clamant en effet haut et fort que « le narcotrafic existe car il y a beaucoup de pauvreté dans le pays. Les paysans plantent parce que sinon ils crèvent de faim ». A en croire entendre Evo Morales, vingt ans avant mais surtout une belle excuse pour faire oublier qui en tire profit, et certainement pas les petits producteurs, mais bien les trafiquants eux-mêmes !!!  Pour enrichir des trafiquants comme son père Joao Morel, ou leur avocat, Faustino Villaalta, à qui appartenait d’ailleurs la camionnette Ford portant la plaque HRA-2928… l’hacienda des Morel était idéalement située : sur une des photos du magazine (ici à gauche), on peut en deviner les contours sur un cliché sombre qui nous montre surtout au premier plan une des bornes blanches indiquant la frontière entre le Paraguay et le Brésil !!! Ils n’avaient qu’à traverser la rue !

 

« Une nouvelle dimension » au trafic

Morel avait tout compris avant tout le monde. Il fallait désormais produire en masse et exporter loin (y compris jusqu’en Europe !). « Beira-Mar est arrivé au Paraguay à la mi-1998, cherchant refuge contre la persécution au Brésil. Il était protégé par Morel à Capitan Bado, avec qui il s’était associé et qui lui a appris à gagner plus d’argent, pour « donner une nouvelle dimension, plus moderne et la production mondiale, traditionnelle de la marijuana et le trafic de cocaïne, en ajoutant un lien fort avec le trafic d’armes et le blanchiment d’argent « , indique un rapport de la police fédérale brésilienne. Jusque-là, la drogue était  géolocalisée et contrôlée par quelques parrains de la mafia, comme Morel à Capitan Bado et «  le Turc » à Pedro Juan, qui maniaient contenait la violence criminelle et ont suscité la sympathie dans les secteurs de la population avec des actes et le financement de politiciens  véreux. Morel était président de la section Colorado de Capitán Bado et candidat au poste de maire municipal lors de son assassinat ».  Toujours l’omniprésence du parti Colorado comme on peut le remarquer !

Il ne peut y avoir deux narcos dans le même bac à poudre

João Morel, l’ancien partenaire de Beira-Mar, et celui qui l’avait hébergé dans sa fuite, sera tué en 2001 à la prison de haute sécurité de Campo Grande (MS) sur ordre de Beira Mar, qui lui reprochait les arrestations de ses lieutenants qui avaient précédé la sienne.  Beira Mar, ce sanglant narco, avait en effet la rancune facile :  huit jours plus tôt, les enfants de Morel, Ramon et Mauro, avaient été assassinés au Paraguay à sa demande.  Pour le simple plaisir de l’annoncer au père et d’éliminer ce dernier après seulement.  En représailles, au moins de janvier suivant, Almir Bernardino Arruda, dit l’Indien, ancien bras droit de Beira-Mar, a été exécuté en 2006 de huit coups de pistolet 9 mm à Pedro Juan Caballero, dans la boucherie de sa ville, au Paraguay.  Sa femme, qui avait repris le business, ne sera arrêtée qu’en 2015.  Il était mort en même temps qu’Angel Jaray Avelar, là aussi un meurtre commandé par la famille Morel.  Mais sous la vengeance, ou la réponse à la vengeance, se dissimulait aussi une simple notion de domination du marché : la police estimait alors que les grands rivaux de Beira-Mar envoyaient au moins 10 tonnes de marijuana et 100 kilos de cocaïne par mois à Rio de Janeiro !!!  Une seule niche ne peut héberger deux Rottweiler !!!  Ou un seul os ne peut être rongé par deux molosses à la fois …

Papacho comme livreur de coke

La drogue, que ce soit de la marijuana ou de la  cocaïne, voyageait dans les airs dans des Cessna.  Un des spécialistes de ces vols, depuis longtemps, se faisait surnommer« Papacho », (ici à droite en 2013 lors d’une de ses multiples arrestations).  Il a derrière lui un lourd CV, on le sait.  C’est aussi on le rappelle également l’oncle de l’ancien président Cartes…  Ce que l’on sait moins, c’est qu’il a joué un tout autre jeu que celui pour lequel il a été le plus connu.  Car selon des sources, il travaillait bien pour Ramón Rosa Rodríguez, pour qui il était aussi devenu… un agent infiltré de la DEA : « A 200 kilomètres au nord de Filadelfia, dans la région de Fuerte Olimpo; dans une piste d’atterrissage précaire et désolée, est tombé le 10 septembre 1994, un petit avion Cessna, bolivien avec 756 kilos de cocaïne. Au commandement de l’avion était un nom déjà connu dans l’environnement: Juan Domingo Papacho Viveros Cartes. Apparemment il s’agissait d’une « livraison » qui devait être effectuée sous le nom d’opération Tagua, sous le contrôle du Secrétariat national antidrogue (la Senad) et de la DEA (Drug Enforcement Administration, américaine), mais le chef de l’agence anti-drogue, le général Ramón Rosa Rodríguez, était très méfiant vis à vis de l’opération et il avait refusé sa réalisation. « Je me suis opposé strictement à la réalisation de ces opérations, » dit-il un rapport prétendument écrit par Rosa Rodriguez, révélé par la presse, après son assassinat en octobre 1994.  Le texte soutenait que les opérations secrètes n’étaient qu’une seule façon de légaliser le trafic, dans lequel l’ancien président, le général Andrés Rodríguez, était directement impliqué ». Ramón Rosa Rodríguez, aurait-il joué un jeu trop dangereux pour la DEA et la Senad ?  Ou ces derniers lui auraient-ils fabriqué un piège pour lequel il avait exprimé toute sa méfiance et sa défiance  :  se doutait-il déjà de l’entourloupe qui l’attendait ?  Aurait-il minimisé ses adversaires politiques, tous noyés dans le réseau de trafiquants ???

Rodriguez émettait des doutes

Le retournement de Papacho avait eu lieu  en tout cas avant et cela, Rodriguez l’avait fortement supposé : « A Olimpo, l’expédition de la cocaïne qui était destinée au cartel de Medellin en Colombie, avait  été saisie par des militaires par des agents  de la Senad, Miguel Angel Berni et Sergio Benitez, accompagnés du représentant du bureau régional de la DEA au Paraguay, Robert Ridler.« Quelque chose avait mal tourné. L’agent de la DEA Juan Domingo Viveros Cartes, le même pilote qui avait été condamné avec Adilson Rosatti, lorsque de la drogue et des produits chimiques avaient été à Fluminens, ils avaient été  tous deux arrêtés. Son contact brésilien, Clovis Catafesta, était déjà entre les barreaux et avait été interrogé par le général Rosa Rodríguez », explique l’écrivain Anibal Miranda, dans son livre « Les propriétaires des grandes fortunes au Paraguay ». Ce fut alors qu’il avait appris que Papacho avait été contacté en prison par les agents américains de la DEA pour collaborer avec l’Agence et avec Senad, agissant en tant que «  onfidente » ou « agent double » dans les réseaux de trafic de drogue. En échange de son aide, il pouvait sortir de prison plus vite ».  Une histoire qui est loin d’être terminée… En 2011, une journaliste tombera nez à nez lors d’une soirée, celle de la  fête d’anniversaire du mannequin Zuny Castiñeira, avec la veuve du trafiquant Adilson Rosatti en train de discuter tranquillement avec le général Humberto Garcete, un des généraux qui ont organisé le coup d’Etat du 2 et 3 février 1989, qui a renversé le dictateur Alfredo Stroessner, alors accusé de trafic voitures volées (il est mort en 2016, et il est ici à droite).  Effarée, elle décrit la soirée comme celle du film Le Parrain…  « Dehors, les agents du FBI prennent note des plaques d’immatriculation des voitures garées devant le manoir. Le fils aîné du Don arrache une caméra et l’éclate sur le sol. Ses gardes le sortent avant qu’il ne commette de la folie. « Aucun problème », disent-ils, « les invités ont été avertis de changer leurs assiettes. » Dans le jardin, un reporter se faufile et obtient l’instantané de l’un des chefs des cinq familles. Le flash de l’appareil photo le fait disparaître. Un geste du Don et un couple de gorilles en costumes capturent la caméra et détruisent la bande « … A propos des relations entre Garcete et Castineira, ce dernier avait eu à son égard une phrase très voisine de celle de Donald Trump (« mamón con palito »)… qui a fait florès un temps au Paraguay…  En 1999, l’incroyable Garcete (photo ABC Color) avait même  été emprisonné pour avoir subtilisé dans sa caserne des fusils, tous trouvés dans son ranch de  Tava’i, à Caaguazú !!!  Papacho lui traversera les arrestations à plusieurs reprises : arrêté encore une fois en 2001 à San Pablo dans un avion transportant  250 kilos de cocaïne, et condamné pour cela à 17 ans de prison au Brésil, il avait bénéficié de pouvoir rentrer dans son pays natal pour bénéficier…  de la prison de domicile !!!  Arrêté à nouveau deux ans plus tard en Uruguay, cette fois, où il était entré avec une fausse identité (Juan Gualberto Gómez) – il a de nouveau été libéré à Montevideo le 20 janvier 2015 après avoir été emprisonné pendant deux ans et demi, accusé de trafic de drogue…

Suppression express du trop intriguant Rodriguez 

Un mois à peine après que l’avion de « Papacho » ait été découvert avec ses 756 kilos de cocaïne à bord, celui qui doutait tant de l’expédition qui voulait sa perte allait trouver la mort dans un attentat rocambolesque, perpétré par…un militaire.  Il ne s’était pas assez méfié !  C’est ABC Color encore qui en rend compte le 10 octobre 2012, 18 ans après les faits, expliquant en introduction que son assassin était désormais libre (il n’avait purgé en  réalité que les 2/3 de sa peine) : « Le matin du 10 octobre 1994, le général Rosa Rodríguez a emmené ses filles au Collège international. Quand le soldat est revenu à son tour, une Mercedes Benz a traversé et de l’intérieur plusieurs coups ont été tirés. Au milieu de la terreur, Pedro Abundio Fleitas, le chauffeur du général, a été grièvement blessé au volant du camion. Fleitas est mort quelques jours après l’attaque. Rosa Rodríguez a seulement accusé quelques blessures mineures, quand elle a été touchée par les éclats des balles de fusil. Quelques minutes plus tard, une jeep militaire est arrivée, dans laquelle se trouvait le capitaine Juan Emiliano Ruiz Díaz. Rodriguez a pleinement reconnu le capitaine comme celui qui avait essayé de le tuer dans la première attaque. En tant que soldat de la vieille école, plutôt que d’ordonner aux subalternes de prendre Ruiz Díaz prisonnier, il décida de l’emmener au Comando en Jefe. Rosa Rodriguez désarmé le capitaine et a grimpé dans la Jeep, à l’avant. Ruiz Díaz et deux autres soldats étaient derrière lui. Lorsque le véhicule a atteint le coin de San Miguel, qui va à l’avenue General Santos, Ruiz Díaz a extrait un pistolet qu’il avait vraisemblablement caché dans sa botte et a tiré sur le général Ramón Rosa Rodríguez à la tête. Les deux autres soldats qui se trouvaient dans la Jeep ont réduit et désarmé Ruiz Diaz, qui a également reçu une balle dans la tête, selon le rapport de police qui a servi une longue procédure judiciaire qui s’est terminée le 27 juillet 1997, avec la condamnation de 25 ans de prison pour le capitaine ».  Ce sera le seul inculpé et condamné de l’affaire.  Comment a-t-on réussi à le pousser à cet acte sachant que pour lui c’était quasiment une opération suicide ?  Certains évoquent aussi le pouvoir de persuasion du programme américain MK Ultra, pour pouvoir y arriver.  Les militaires paraguayens ayant fait un passage à la trop célèbre Maison des Amériques, ne l’oublions pas. En photo ici à gauche, la jeep militaire au fond et devant le Mitsubishi Montero atteint par les premières balles.  Etrangement, ABC Color se trompera de véhicule dans son reportage 18 ans après montrant un engin bien plus récent...  Les photos du procès de Ruiz Díaz (ici à droite) montrent un homme bien étrange en tout cas, qui va se pendre juste après 24 années derrière les barreaux (il est vrai qu’il avait aussi été touché à la tête par un tir).  Une drôle d’impression… avec cet air figé… Car 18 ans après, on ne sait toujours pas ce qui l’a mené à cet acte.  Ou plutôt, on en a une petite idée.  L’enquête ayant connue un soubresaut important en effet : « l‘affaire a été examinée par le juge de l’époque du crime du onzième quart, Atilio Rodríguez, qui avait l’information qu’une mallette portée par Rosa Rodríguez était manquante. Après les enquêtes, il a été dit qu’il contenait des données révélatrices que le chef anti-drogue allait présenter ce jour-là au président de la République de l’époque, Juan Carlos Wasmosy. Le porte-documents, a-t-on dit, est passé entre les mains du général Lino César Oviedo. Après de nombreuses demandes judiciaires, la mallette est arrivée scellée à la cour, mais pratiquement vide. Un agenda électronique du général était également là, mais sans annotations. » Une mallette en quelque sorte magique, qui laissait planer l’implication directe du général Oviedo dans l’organisation de l’assassinat !!!  Ruiz désirant ce matin-là avant tout récupérer ces documents fort compromettants aujourd’hui disparus !!!  Selon ABC Color « Il y avait dedans des documents très compromettants qui ne sont jamais parvenus au Juge Atilio Rodríguez ».

L’ancien président comme responsable du réseau !

On finit par dénouer un peu plus l’écheveau deux ans plus tard : « à la fin de 1996, les journalistes du journal Nouvelles et le programme de télévision El Ojo, ont retrouvé un des rapports présumés par Rosa Rodriguez, dans laquelle il est affirmé que la cheville ouvrière de la drogue au Paraguay était en fait le général Andrés Rodríguez, l’ancien président (autrement dit Andrés Rodríguez Pedotti, président du  au , celui-là même qui avait renversé le dictateur, le général Alfredo Stroessner, en 1989. Le document contenait aussi des données qui semblaient alors mineures: le pilote Juan Domingo Viveros Cartes était l’un de ceux qui effectuaient les narco-vols pour le général Rodríguez ». On comprend mieux comment ce dernier aura tout traversé sans trop d’encombres, dans sa carrière de pilote de coke !!!  La notice Wikipedia évoque ici sobrement l’action d’Andrés Rodríguez,  ancien commandant de la division de cavalerie d’Asunción, celui qui aura fait emprisonner Stroessner (devenu trop voyant ?), devenu lui-même plus tard sénateur à vie et qui décédera aux Etats-Unis au Methodist Hospital de New York en 1997  (ici à droit le jour du coup d’Etat): « lié à la tendance traditionaliste du parti Colorado, il est l’un des proches du président Alfredo Stroessner. Il s’enrichit considérablement grâce à la contrebande et au trafic de drogue (on le soupçonne même d’avoir été à la tête du cartel du Paraguay). Il se fait construire de nombreux palais dans ses immenses propriétés privées ». En quelque sorte, il aura été un exemple pour son pays… puisque ses successeurs ont pour beaucoup fait de même  (le président Luis Federico Franco Gómez élu en 2012 et prédécesseur d’Horacio Cartes a vu sa fortune s’accroître de près de 750 % entre 2008 et 2013 !).  Il est mort riche en tout cas lui aussi (il est ici à gauche en civil, on notera la teinture plutôt prononcée de cheveux )! Durant sa carrière il avait en effet amassé une belle fortune, en tant que propriétaire de vastes exploitations agricoles, d’entreprises de construction, de textile et de nourriture, les brasseries « Munich », un vrai monopole dans le pays, mais aussi un aérodrome (?) et le réseau « particulièrement lucratif » selon la presse, des maisons de change Guaraní.  Une entreprise de blanchiment fort efficace  (comme celle d’Horacio) ! »

La mort de Faustino
Et l’avocat des Morel, vous vous rappelez  ? Il s’appelait Faustino Villaalta vous avais-je dit.  C’était aussi le leader local du parti Colorado.  Un parti noyé jusqu’au cou dans le trafic depuis toujours. En qualité d’avocat, il avait surtout gagné la confiance de nombreux trafiquants dans la région dans les années 80-90 et avait plaidé en leur faveur.  Mais c’est un de ces fils qui est d’abord tombé, vous l’auriez deviné, pour trafic de coke : on avait alors saisi chez lui tout d’abord sept kilos de cocaïne.  La poudre avait en fait été trouvée chez un député appelé Víctor Raúl d’Ecclesiis, le frère d’un autre député Colorado, Tadeo d’Ecclesiis. Raul D’Ecclesiis a certes été arrêté et même condamné à la prison.  Mais comme je vous l’ai déjà dit ici, quatre ans plus tard, il est retourné à la politique au nom du parti Colorado... véritable parti inoxydable au Paraguay !  Au total, c’était  en fait 195 kilos de coke qui avaient été trouvés le 27 juin 2006 par la Senad dans un avion atterri dans la propriété des d’Ecclesiis (ou D’Eclessiis) à Bella Vista Norte (à Ikañymby exactement). L’appareil était le ZP-TIO (décrit lors de notre épisode 9, il est ici à gauche). Le pilote de l’avion s’appelait tout simplement, Christian Adilson Villaalta Cubas, âgé de 26 ans (ici à droite) : et c’était le propre fils de l’avocat ! La piste sur laquelle il avait atterri avait comme propriétaire Ludovico Godoy Benegas, membre du Conseil des gouverneurs du Parti Colorado, lui aussi (ici à droite, il en fait toujours partie)… le second pilote cité dans l’affaire étant José Eduardo de Araújo, « dont l’identité réelle est Ilmar de Souza (Chaves)» note la presse.  En 2010, on retrouvera le même, assis sous l’aile d’un Cessna 210, immatriculé PR-OLO, intercepté a Laje, dans le district de Biraci, au su du Minas Gerais.… avec à bord une cargaison de marijuana.  C’est un Cessna 210L, N° 21060352 enregistré le 22 septembre 2009 au Brésil, et l’ex N93303 (ici à gauche).  Un avion US sans propriétaire précis, mais venu de l’Oklahoma, selon l’ineffable FAA, vu ici à droite au Santa Monica Municipal Airport en 2008 et repeint à neuf bien sûr !!!  Pourquoi changer les (mauvaises) habitudes ?  L’avocat, lui, n’a pas eu le temps de voir tout cela : le 22 octobre 2006, Faustino Villaalta, a en effet été assassiné par un homme armé, à bout portant, arrivé pile devant sa maison d’Amambay pour lui demander au départ un simple renseignement.  La police, au lieu d’évoquer la piste de la cocaïne, avait laissé entendre lors de l’enquête à sa veuve Concepción de Cubas de Villaalta que c’était sa candidature comme député au sein du parti Colorado pour Amambay qui était la cause du meurtre.  Bigre, on ne rigole plus au parti !!!  Aujourd’hui, c’est elle qui occupe le poste.  Le Parti Colorado, celui dont est ici l’actuel président (comme le précédent !) est bien plus que sulfureux !

Et ce n’est pas fini chez les Villaalta (décidément ça sent la vieille rancœur mafieuse chez eux !) : le 7 février 2008 c’est au tour du frère de Christian, de se faire assassiner par des hommes qui avaient fondu sur lui directement en vidant tout un chargeur: « Walter Villaalta, 26 ans, a été abattu la nuit dernière à Ponta Porá, au Brésil. Il est lui-même le fils du candidat d’un député Colorado du département d’Amambay, et de Concepción Cubas, veuve de Villalta. Selon les rapports, Villaalta était dans une pizzeria lorsque deux étrangers arrivés sur une moto lui ont tiré dessus avec des armes de calibre 9 mm. Le jeune homme a reçu onze coups dans le corps tandis que les assassins s’échappaient rapidement du site. Il convient de rappeler qu’il y a un peu plus d’un an, le dirigeant politique du Colorado et le père de Walter, Faustino Villaalta, a été assassiné par des hommes armés dans la capitale d’Amambay. » « Walter Villaalta a été condamné à deux ans de prison pour homicide, tandis que son frère a été arrêté il y a des années avec une cargaison de cocaïne dans la région d’Amambay, pour laquelle il a été condamné à deux ans et demi de prison ». Pas très folichon, ce fameux parti Colorado !!!

Sarubbi, le deuxième pionnier avec la célèbre piste d’Hernandarias

L‘homme providentiel d’Andrés Rodríguez est, on l’a vu, Fadh Jamil  lui-même lié à Lino Oviedo, « la main droite de Rodriguez » et plus tard « le factotum des présidences au cours des gouvernements de Juan Carlos Wasmosy et Raul Cubas Grau » selon Juan Manuel Salinas, le réalisateur du documentaire de « Paraguay, Droga y Bananas » quil faut à tout prix regarder.  Mais un autre encore va prendre aussi une importance certaine dans l’organisation du trafic.  Il s’appelle Carlos Barreto Sarubbi, c’est le responsable des intérêts de Rodriguez dans la région de l’Est, associé à Lino Oviedo.  Depuis toujours, il associe politique et trafic.  Ancien gouverneur de l’Alto Parana, membre du Conseil des gouverneurs du Parti Colorado et grand entrepreneur, il est alors le  « co-partageur avec Jamil du trafic frontalier »  « Barreto Sarubbi a commencé avec Miguel Ángel Napout, un marchand de whisky et de cigarettes à la fin des années 1950. Il était pour lui une sorte de secrétaire et de contremaître de confiance. Il a également travaillé pour le général Patricio Colman. Mais c’est avec Rodriguez que son talent d’administrateur s’est révélé. Ensemble, ils ont fait de l’argent, ensemble ils ont continué. A tel point que lorsque Stroessner est tombé, la bonne étoile de Barreto Sarubbi a brillé encore plus. Rodríguez dans la présidence et son ancien administrateur et partenaire dans le gouvernement gagnaient le jackpot. Il n’a pas non plus mal fait avec Wasmosy. Quand celui-ci a créé une commission de contrôle de la contrebande à Ciudad del Este, qui d’autre que Barreto Sarubbi, aurait pu être là pour la  présider ? ».

Il est surtout mentionné dans le livre « Connection America, American » d’Evert Clark et Nicholas Horrock, en tant qu’administrateur de « la piste d’Hernandarias » (ci-dessus), un terrain de 352 hectares pour la contrebande et le trafic de drogue, muni de hangars en dur (ici à gauche), un endroit clé pour envoyer l’héroïne puis la cocaïne aux États-Unis grâce à Auguste Joseph Ricord, le célèbre trafiquant français opérant depuis le Paraguay sous protection politique.  La noria des avions de la piste d’Hernandarias a été incessante pendant des décennies. « Il possédait 28 autres entrepôts, une piste d’atterrissage, une communication radio, des hangars et ses propres avions. Les mouvementsdes vols allaient de Panama et Miami ou de São Paulo, Curitiba, et Foz et aéroports vers ses pistes- car une autre se trouvait plus au nord sur la même catégorie internationale et départamentale–. Elles n’étaient enregistrées dans aucun itinéraire et en fait leur accès était restreint. Lorsqu’une délégation parlementaire dirigée par le sénateur de l’époque, Domingo Laino, a tenté d’inspecter l’une des pistes, les personnels de Barreto Sarubbi avaient étéchargés de leur tirer dessus. L’homme avait ses manies de cowboy. Il aurait pu jouer dans un mouvement occidental, avec un succès assuré. » Barretto Sarubbi, qui avait même sa propre radio pour diffuser des rumbas ou des polkas, était également le grand chef politique de l’Alto Paranä, dont la principale concentration urbaine est Ciudad del Este. « La région est pleine de magasins de produits électroniques importés, qui trouvent un marché dans le Brésil voisin. La contrebande à Ciudad del Este est quasi-centenaire. Fahd Jamil, est aussi considéré comme un chef de contrebande ».  Pour s’emparer des 352 hectares, Sarubbi n’avait pas hésité à supprimer son véritable propriétaire, José Melgarejo.  Aujourd’hui, les terres seraient finalement au nom de Doña Nelly Reig de Rodríguez, la veuve du général Rodríguez !!!  Leader historique du parti Colorado, c’est bien le même Sarubbi que l’on retrouve en train d’étreindre le président Cartes (ici à droite) ou de discuter sur un coin de table de la stratégie à tenir avec le président.  Sarubbi servant en ce cas de relais et de conseiller entre les deux présidents; dans le  domaine qu’il connaissait si bien du narco-trafic.  Selon Miranda, le président Frances en avait fait en effet le principal trafiquant sous son gouvernement : « le plus grand contrebandier de la région a été récompensé par le leadership de la lutte contre la contrebande. Cela n’aurait pu arriver qu’au Paraguay (…)  Il a pris son poste de combat, a ordonné aux fonctionnaires et à la police de tomber dur sur les contrebandiers, a dénoncé le maire municipal comme corrompu (c’était un adversaire d’un autre courant du Parti Colorado). Il s’est aussi débarrassé de la concurrence ruineuse représentée par une paire de Chinois. Le but principal, cependant, était la mairie. Son fils Juan Carlos Barreto était en campagne pour le poste. Il a été élu avec beaucoup d’argent et d’influence de la part du père. «  Mais rien n’a compté, autant que la date du 20 août 2013, à laquelle le caudillo a été déclaré « illustre citoyen de l’Alto Paraná » par le Conseil départemental. Selon Miranda, Barreto a gagné une fortune de 750 millions de dollars » Une fortune amassée grâce à l protection de l’Etat, en définitive : « en Colombie, les trafiquants ont été persécutés par la police et l’armée. Au Paraguay, c’était l’inverse. Ils étaient à votre service. Pablo Escobar aurait dû être né paraguayen ou avoir obtenu la carte de citoyenneté pour espérer vivre tranquillement et prospérer comme Barreto. » En somme, le Paraguay d’aujourd’hui est pire que la Colombie encore, celle du temps d’Escobar !

Napout, le menteur de Barretto et l’autre drogue : le foot !

On l’a vu pour le Brésil, le football-religion est primordial dans la vie sociale et politique du pays.  Or c’est la même chose au Paraguay.  Pays où le trafic a tout corrompu, et l’exemple du mentor de Barreto (ici à droite avec un autre personnage bien connu, sur la sellette aujourd’hui) est très symptomatique en ce sens, ayant atteint la tête de la fédération de football du pays.  Il vit désormais en prison (depuis fort peu) avec un collègue brésilien !  Le résumé de sa carrière politico-médiaitque fait ici en dit long selon l’excellent InfoBae:   « Issu d’une famille riche, avec des privilèges pendant la dictature, Napout était toujours entouré de confort et de luxe, même au-dessus de la moyenne de ceux qui passent un bon moment. Le procès qui a duré six semaines à la Cour fédérale de New York a révélé les goûts raffinés du chef du Paraguay. Par exemple, l’ancien président de la CONMEBOL est venu recevoir de la société Full Play (des frères Hugo et Mariano Jinkis) des billets de concert pour voir l’ancien Beatle, Paul McCartney à 10,175 88 dollars plus la location d’un somptueuse maison d’été à Punta del Este pour 40 000 dollars. Un ancien assistant de Napout, Nelson Sanabria, a également déclaré que son patron était accro à des massages corporels, des manucures et des pédicures et que son chauffeur était responsable de l’organisation des rendez-vous. En 2007, il est devenu président de l’Association paraguayenne de football (APF) sous l’actuel président de la République du Paraguay, Horacio Cartes avec comme vice-président l’actuel président de la Conmebol, Alejandro Dominguez. Il a fait partie du Comité exécutif de l’organisme subcontinental de cette même année (alors dirigé par Nicolás Leoz) et est devenu président en août 2014 (une semaine après la mort de l’Argentin Julio Grondona). Son intention était même de présider la FIFA elle-même, comme il l’avait avoué à l’ancien PDG des tournois, Alejandro Burzaco. Des séjours à Miami et les vacances dans le monde entier, l’ancien chef Guarani vivait dans l’opulence totale, bien avant d’atteindre la Conmebol, et avait également réussi à amasser une fortune en tant que chef d’entreprise de l’importateur, principalement d’une marque reconnue de cigarettes Américaines ».  A son procès, il était accusé en compagnie du brésilien José María Marín : « pour lui aussi, la vie de luxe et de gaspillage était également inconnue du Brésilien José María Marín qui pendant 5 décennies a su rester au pouvoir dans son pays, surtout sous la dictature militaire. Il a commencé tôt et grimpait rapidement. Il a commencé sa vie politique en 1963 en tant que conseiller dans la riche ville de San Pablo, et à partir de ce moment, Marin ne quittera plus les liens avec le pouvoir. Il est devenu vice-gouverneur et gouverneur de San Pablo. Dans les années 80, il a été président de la Fédération de football pauliste et vice-président de la Confédération brésilienne de football (CBF), où il est resté pendant 20 ans sous l’ombre de Ricardo Teixeira, un autre a avoir eu une direction douteuse dans le football brésilien. En 2012, Marín a finalement atteint la présidence de la CBF après la démission de Teixeira qui serait harcelée par des allégations de corruption. L’administration de Marín n’a pas été sauvée de la critique pour les irrégularités de son administration (il a été lui-même joueur, il est ici à droite il est au milieu lors de l’interview de Carlos Miguel Aidar, dirigeant du club de São Paulo, qui deviendra plus tard avocat).  Dans le même procès que Napout, les dépenses de sa femme, amatrice de chaussures de 5 000 dollars ou plus, ainsi que des vêtements exotiques ont été révélées »Mais toute cette vie d’ostentation et d’apparat terminé vendredi dernier au moment que le juge américain Pamela Chen a ordonné que trois agents du FBI se déplacent à ceux qui sont condamnés Juan Angel Napout et José María Marín à la prison fédérale à New York.  Là, la vie des deux hommes ex-puissants du football mondial va complètement changer.  Avec une discipline stricte, ils devraient se lever à 6h30 et commander et nettoyer leurs cellules. Le déjeuner, commun au sein du pénitencier, est servi tous les jours à 11h00 et le dîner à 16h00. Ils porteront une combinaison orange et dormiront sur un lit de ciment avec un matelas sur le dessus. Il n’y aura plus de réunions d’affaires ou de voyages d’agrément dans les hôtels de luxe.  Bien que la condamnation par le juge Chen ne soit pas connue, peu importe si c’est 1 an, 5 ou 20 ans.  La chose concrète est que Napout et Marín sont passés « du paradis à l’enfer ». A gauche la grande équipe de Sao Paulo de 1963 au stade du Maracanã avec Valter, Ingá, Naldo, Mané, Véio, Bertinho Cavalo, Armando, tris joueurs non identifiés, puis Guerra, et en dessous d’eux Socó, un personnage non identifié, José Maria Marin, Marinho, Jairzinho, Tcheco, Bidu, Edmilson, Valdir et Jair… une grande attaque à l’époque !!!  Mais Marin na pas joué longtemps avec elle : « Boss de son équipe de quartier quand il était môme, le grand gaillard ne disputera pas plus de deux matchs chez les professionnels du São Paulo FC – il a quand même le temps de claquer un pion -, le temps que son entraîneur lui donne un conseil qui changera la vie de Marin, jugé trop faible techniquement pour continuer le foot de haut niveau »... SoFoot raconte même qu’il volé une médaille à un des footballeurs des Corinthians, un finaliste junior du championnat paulista… Aujourd’hui il est aussi haï que Blatter, et notamment par le grand joueur Romario, le meilleur joueur de la Coupe du monde de 1994 !

Le pilote colombien de Beira-Mar, et le récidiviste

Pilote de narco est devenu chez certains un atavisme. Voire une religion ou une… drogue dont ils ne peuvent plus se passer. O u une tradition familiale, tout bonnement.  Le 30 juin 2003 on arrête un pilote à Pedro Juan Caballero.  Il est colombien et s’appelle Eduardo Andrés Benavides Rodríguez (27 ans).  Son collègue pilote s’appelle Nelson Enrique Insaurralde Cristaldo (47 ans) et le troisième pilote s’appelle Carlos Antonio Viveros (41 ans) alias “Careca”, un paraguayen… au nom bien connu :  il faut le rappeler, en effet, Carlos Antonio Viveros López, n’est autre que le neveu du «narcopiloto» Juan Domingo Viveros Cartes (le fameux « Papacho », qui purgeait alors une peine de prison pour trafic de drogue) !!  L’avion Centurion II aussitôt saisi car contenant de la coke était immatriculé PT-OOP (ici à gauche).  Un Cessna T210N (N°21063881) enregistré le 04 février 2002 au Brésil, l’ex N6397C exporté dès 1990 au Brésil, venu de Fort Lauderdale.  Les policiers savent déjà qu’ils sont tombés sur une belle prise : Benavides Rodríguez est en effet le pilote attitré du trafiquant de drogue Luiz Fernando da Costa, alias « Fernandinho Beira-Mar », déjà emprisonné au Brésil à ce moment-là mais qui, on l’a vu contrôlait toujours de sa prison le trafic à la frontière brésilienne.  C’est en effet ce pilote qui a amené Fernandinho Beira-Mar » en Colombie quand il s’est  échappé de Capitán Bado, au début de 2001, après qu’il ait exterminé le clan Morel, son grand rival dans le trafic.  Il avait eu une autre fonction également: c’est lui encore qui avait fait rencontrer dans la jungle colombienne, Beira-Mar et l’un des commandants des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), Thomas Molinas Caracas, alias « Negro Acacio ».  L’homme, tué en 2007, est resté célèbre pour avoir reçu 10 000 AK-47 pour les FARC, obtenues par l’intermédiaire du gouvernement péruvien sz Vladimiro Montesinos, le conseiller fort tortueux de l’ancien président du Pérou, Alberto Fujimori.  Dans l’avion de 2003 avaient été trouvés un téléphone satellite, un talkie, un pistolet de 9 mm de marque Jericho (d’origine israélienne), deux chargeurs et un dispositif GPS.  Voici donc Eduardo Andrés Benavides Rodríguez à l’ombre pendant 7 ans.  A peine sorti, en 2011, on le retrouve a nouveau capturé sur une piste clandestine de la région de Presidente Prudente, à bord d’un avion immatriculé au Paraguay ZP-CWT, qui s’avère être fausse et dissimule en dessous l’originale !  Sa capture, la deuxième donc, s’est faire sur une une piste située dans le ranch « San Jose’i », à environ 15 kilomètres du centre-ville de la colonie de San Alfredo, ville située à 70 kilomètres de Concepción.  Cette fois-ci ce sont 370 kilos de cocaïne d’origine bolivienne qui avait été déchargée d’un Cessna immatriculé au Paraguay ZP-BAA (ici à gauche).  C’est tout un gang qui vient alors d’être arrêté:  ont également été arrêtés Ruben Granados Medina et José Manuel Martines Viveros comme autres pilotes.  Le procureur arrivé sur les lieux Javier Ibarra, ordonnant aussitôt la saisie de six autres avions immatriculés ZP-TQV; ZP-TYM; ZP-TBW; ZP-BCT; ZP-BCJ; ZP-TWI, plus quatre véhicules de luxe saisis à(San Alfredo de Concepción et à San Juan Bautista, Misiones., retrouvés dans un deuxième hangar. Appartenant à Aerotáctica S.A., propriété de Carlos Antonio Viveros López, installé « à Luque » selon la police.  A bien regarder, en fait de Luque, le hangar est l’un de ceux de l’aéroport d’Asucnion situé au sud, pas loin des hangars réservés aux militaires !!!  Selon le procureur, c’est là que les avions étaient préparés et réparés, avec des aménagements comme le fait d’en enlever les sièges pour transporter plus de drogue !!!  En 2016, les pilotes Carlos Viveros López sera condamné à 18 ans de prison; Rubén Granados Medina et Carlos González à 13 ans, Nelson Fabián Sánchez écopera de 7 ans, et Peter Rogalski, condamné à 2 ans de prison couverts par sa préventive sera relâché.  Aerotáctica S.A. existe toujours et propose des vols à bord d’un Beechraft Baron immatriculé ZP-BIH et d’un vieux Cessna 180 immatriculé ZP-TCP repeint selon un design contemporain. (ici à gauche).

Les suites de la disparition des Morel :

Les Villaalta  et les Morel exterminés, difficile de ne pas y voir la main de la mafia de la coke derrière, et celle aussi en ce cas de celui qui dirige toujours tout du haut de sa prison : « l‘extinction des Morel des mains des assassins de Beira-Mar », écrit Andrés Colmán Gutiérrez, « a marqué le débarquement des deux principales organisations criminelles du Brésil, d’abord le Comando Vermelho (dont le siège est à Rio de Janeiro) et son principal concurrent, la première capitale de commandement ( PCC, basé à São Paulo), sur le territoire paraguayen, contestant le marché de la production et la vente de drogues, qui jusque-là était en grande partie dans les mains des truands paraguayens ».  Les trafiquants paraguayens tous morts, ou presque, Fadh Yamil Georges au trou, les brésiliens pouvaient en effet avoir le champ libre dans le pays:  Luis Fernando da Costa, alias Fernandinho Beira-Mar, est aussi, en effet, ne l’oublions pas, le dirigeant de l’organisation criminelle brésilienne Comando Vermelho (CV)… Et le commerce de refleurir, mais en sa faveur : « en plus de se consolider comme principal producteur de marijuana en Amérique du Sud, le Paraguay est devenu un lieu de concentration et de redistribution de la cocaïne venue de Bolivie et de Colombie, destinée au Brésil, aux Etats-Unis et à l’Europe selon le Site Web InSigth Crime ».  Au final, le bilan est lourd, très lourd : UltimaHora le 18 février 2007 titrait en effet « Narcotraficantes dominan la política en el Amambay » Inutile de traduire il me semble.  Dès 2008, encore, un rapport affirmait que c’était désormais plié.  Face aux gangs, aux trafics, les autorités, dans toute l’Amérique du Sud c’est simple, avaient tout bonnement perdu la face ; « Loosing the fight »… au Paraguay, ce sont les narcos qui ont gagné la bataille, hélas !

(1) oui, je sais, vous vous posez les mêmes questions que moi sur d’autres exemples.  Tel celui d’Amadou Toumani Touré dit ATT, je parie, au Mali… c’est en quelque sorte aussi l’initiateur de toute cette saga, ne l’oublions pas !  Et lui aussi renversé par un coup d’Etat, quelle surprise… il est rentré depuis au pays, visiblement « gracié » par Ibrahim Boubacar Keïta (dit IBK).  On peut aussi penser à Evo Morales ou à Maduro.  Rien ne l’interdit en effet.

(2) on peut aussi regarder ça pour se faire une idée du système très proche de celui des mafieux américains, comme ceux de la famille Gambino, avec leur «Ice Man » mort en 2006 en prison  :

documents

ici la liste des biens acquis par les généraux de Stroessner:

Generales de la Dictadura con Bienes Mal habidos

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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