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Coke en stock (CCI) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (36)

Il y a vingt ans, donc, les brésiliens étaient déjà confrontés en fait aux mêmes problèmes exactement que ceux encore en vogue aujourd’hui.  Régulièrement en effet, on voit les mêmes cas :  ici tout d’abord une escroquerie classique à l’achat d’avions destinés à transporter de la drogue mais pas faite par n’importe qui, et la seconde celle d’un énorme mensonge tenté devant la Commission alors que venait de se produire un hold-up…  Nous allons un peu nous attarder aujourd’hui sur trois témoignages saisissants et édifiants entendus par la CPI… dont les registres disponibles aujourd’hui sont un vrai trésor pour qui souhaite étudier sous un regard historique le trafic de cocaïne au Brésil…

Commençons par le premier cas examiné par la CPI.  Celui de la vente -ratée- d’un « Piper Seneca » : « la société Aerocentro Taxi Aereo Ltda., basée à Campo Grande, MS, a été l’une des victimes du gang dirigé par Odarício Quirino Ribeiro Neto, un épisode qui illustre le modus operandi » de ce qui concerne la représentation des avions pour les activités illicites.  En 1998, Aerocentro a vendu deux de ses propres avions.  L’un d’eux, un Seneca III immatriculé PT-VLL, a été acheté par une personne qui est identifiée comme Vinicio Vítor dos Reis, producteur (agricole ?), représenté par Dalto de Oliveira Braga, pour 214 000 dollars (deux cent quatorze mille dollars américains) dans le mode de paiement suivant: un versement de 30 000 dollars, plus vingt-quatre versements de 7 600.  Jusqu’ici rien à dire, le prix était correct pour le vendeur et le versement étalé facilitant l’acheteur.  L’avion n’a donc plus qu’a être livré.  Le PT-VLL, répertorié comme étant répertorié plutôt comme un Embraer EMB-810D N°810727 enregistré le 02 octobre 1996 au Brésil :  c’est bien en réalité la copie brésilienne du Piper PA-34 Seneca.

Un acheteur de Seneca vivant dans une favela

Voyons donc le problème soulevé par la CPI.  « Le 17 octobre 1998, l’avion a été amené à Ribeirão Preto pour être inspecté par l’acheteur et ses avocats.  L’enquête a été menée par l’avocat de Dalto de Oliveira Braga, Odarício Quirino Ribeiro Neto (ici à droite lors de son arrestation), lequel s’est présenté lui comme avocat et procureur de Vinicio.  Il a été convenu que l’avion serait emmené à Alfenas, Mato Grosso, où le paiement comme signal de la livraison du Seneca serait effectué.  En peu de temps, Odarício et Dalto se sont engagés à envoyer à Aerocentro une copie du contrat d’assurance qui n’avait pas été remplie.  Entrant en contact téléphonique avec l’acheteur, Vinicio, Aerocentro a constaté s’être retrouvé la victime d’une escroquerie » .  Car derrière l’acheteur il n’y a rien, tout est faux, ce que constate également la CPI grâce aux policiers appelés en renfort, qui vont aller vérifier qui est l’acheteur et où il habite.  La suite est édifiante, pour le moins  :  « ceci est le rapport d’enquête publié par les agents Roberto Medina Filho et Aldo Aparecido Alberguetti Garcia, de la police civile du Mato Grosso do Sul:  « Nous traversions la ville de Três Pontas, Matto Grosso, où nous étions dans la rue Santana, au 496, dont l’adresse semble être celle de Vinicio Vítor dos Reis, telle qu’elle figure dans l’achat et la vente contrat des avions de marque Seneca III préfixe PT-VLL, de l’année 89, qui a été fourni par la société Aerocentro Taxi Aereo Ltda …. Vinicio vit dans un ensemble de maisons populaires … il est également souligné que Vinicio travaille comme agriculteur dans les fermes de café dans la région et que son salaire est d’environ 180 reals » (cf 52 dollars !!!) ... « Nous avons pu établir que les personnes faisant l’objet d’une enquête font partie d’un gang qui agit depuis un certain temps dans la région, pratiquant divers crimes.  Le contexte autour de Vinicius Vítor dos Reis comprend des crimes de blessures corporelles, de danger pour la vie ou la santé d’autrui, le trafic de stupéfiants et le vol; Odarício Quirino Ribeiro Neto, communément appelé « Dr. Neto », comme responsable des crimes de dénonciation calomnieuse, de détournement de fonds, de vol, de recel, de falsification de document public, de faux documents privés, de fausse déclaration, d’utilisation de documents frauduleux, de faire partie d’un gang et le cas de Dalto de Oliveira Braga comprend les crimes d’escroquerie, de membre de gang, d’extorsion et détournement.  Nous insistons sur le fait que l’avion n’est déjà plus dans la région de Varginha et à ce moment incertain on ne sait pas où il est, et qu’il est peut-être utilisé dans le trafic de drogue, car les personnes qui négociaient sont directement liés à ce crime ».  C’est bien une escroquerie, menée par Neto, l’une des têtes pensantes du réseau d’Atibaia.  Un réseau que le CPI mettra en pièces grâce à son travail de fourmi pour retrouver tous les avions détournés.

L’Atibaia Connection

Et ça ne tardera pas.  Le 6 novembre 2001, en effet le juge Carlos Eduardo Borges Santacini condamne Odaricio Quirino Ribeiro Neto et José Gomes Filho à 28 ans de prison, accusés d’avoir commandité la dénommée « Atibaia Connection » (…). Car l’avion repéré n’était pas le seul :  il y en avait 18 derrière lui !  « En plus de Ribeiro Neto et Gomes Filho, les pilotes José Roberto Salomão, Odair da Conceição Correia et José Ricardo Nogueira Braga, ont été accusés d’agir dans le transport de drogue pour un groupe.  Deux autres détenus, Carlos Parreira, le beau-frère de Ribeiro Neto, et le beau-père de José Gomes Filho, Abram Jacob, ont été condamnés à une peine minimale de six ans.  Le juge a également ordonné la confiscation de 19 avions appartenant à Gomes Filho et Ribeiro Neto, sur la base de la législation de confiscation des biens des trafiquants de drogue.  Les avions devraient être utilisés par les forces de l’ordre pour lutter contre le trafic de drogue ».  Filho possédait par exemple le PT-IGO, un Beechcraft A36 (E-357) enregistré au Brésil le 28 octobre 1999.   » L’Atibaia Connection fonctionnait à partir de hangars installés à l’aéroport d’Atibaia (SP) et, selon les enquêtes de la CPI, fournissait des avions et fournissait un soutien logistique à plusieurs bandes de trafiquants de drogue et de voleurs de banque.  Selon le rapporteur du CPI, Renato Simões (PT), les condamnations confirment la thèse présentée dans le rapport final de la commission ».  Le rapport précise une chose importante : 

 « Il n’a été possible de démanteler la connexion que parce que le CPI a servi de catalyseur pour les informations obtenues par la police civile et fédérale, le ministère public et l’Internal Revenue Service dans plusieurs Etats », at-il déclaré.  « Quand on croise l’information, on découvre l’ampleur du dispositif:  pour la CPI , la lutte contre le trafic de drogue ne sera possible que si toutes les institutions sont intégrées. »

Le 15 février 2001, la CPI ajoute ceci sur les personnes visées :  « la commission CPI sur le  trafic de drogue a interrogé cet après-midi, deux accusés impliqués dans la soi-disant « Atibaia Connection », un système de transport aérien de drogue entre le Brésil et le Paraguay.  Les déposants étaient Odarício Quirino Ribeiro Neto et Wilson Matias da Silva, arrêtés par des agents du Département des stupéfiants (Denarc) jeudi dernier.  Odarício Pereira est l’un des propriétaires de Hangar União, d’Atibaia, qui fournit des services pour le trafic de drogue.  Le  trafiquant Wilson Matias da Silva, connu sous le nom de Wilson Boy, est considéré comme le plus grand trafiquant de drogue du Grand São Paulo.  Les deux ont refusé de clarifier les questions soulevées par les membres de l’IPC.  Alors que le premier a toujours déclaré qu’il ne répondrait qu’au tribunal, l’autre a répondu par la négative à toutes les questions posées par les députés ».  On ne peut être plus clair, et le gang de Neto était déjà bien cerné.  Et il possédait déjà une vingtaine d’avions !

Tracasseries administratives

Les trafiquants avaient alors joué la montre, en comptant sur les complexités administratives de l’Etat, tiraillé entre une jurisprudence régionale et nationale.  L’avion revenu dans son hangar avait fait l’objet en effet entre-temps d’un étrange blocage administratif :  « l’enquête de police n. 36/00 a été renvoyée par le Tribunal d’Atibaia au dossier dans l’affaire n ° 91/00.  La compagnie Aerocentro a fait représenter le maire municipal d’Atibaia, le 6 octobre 1999, puisque Odarício avait demandé la renégociation de l’avion en question au hangar n. 1 à l’aérodrome municipal d’Atibaia, une activité qui est permise par la concession d’usage, délivré par la municipalité, en vertu de la loi complémentaire municipale 190/96.  Aerocentro a demandé à l’administration municipale d’adopter les mesures administratives appropriées pour la protection du patrimoine municipal, en révoquant la concession, conformément au paragraphe 2. de l’art. 7ème. de ladite loi complémentaire municipale, qui ne permet pas au concessionnaire de changer la destination de l’objet de la concession. »  On notera qu’il s’agissait bien d’Aerocentro, firme ayant vendu ses deux appareils au départ et s’étant fait avoir.  Mais les trafiquants sont prêts à tout, on le sait.  Dès le 16 février 2001, un des détenus dans l’affaire, Joseph Moïse da Silva, se retrouve déjà dehors :  il a en effet profité d’une autorisation de sortie pour se rendre dans un centre évangélique, ayant déclaré une ferveur inattendue.  L’autorisation a été délivrée via des courriers issus du centre évangélique complice.  C’est Regina, la propre (ex) femme du détenu, interrogée, qui révèle la magouille réalisée avec la complicité de ses geôliers !  L’ex-mari avait tout fait sur un ordinateur de la prison et avait imprimé lui-même la demande sur l’imprimante d’un visiteur de prison évangéliste…  « A sa demande, le détenu devait régulièrement assister à un service à la maison de retraite Oliver, qui n’existait pas.  Selon Regina, Silva était  allé ainsi à Nova Vida à Cotia, dans une propriété de sa famille, et a passé la journée à la piscine ou au sauna. « Cela montre la connivence des agents d’escorte qui ont vu ces irrégularités », a déclaré Rosmary Corrêa (PMDB), une des auteurs de l’enquête sur les mouvements irréguliers des prisonniers »…  Très tôt la CPI découvre aussi la corruption, donc…  Plus tard, même au fond de leur geôle, ils dirigeront leur gang avec leurs téléphones portables, même plus besoin de sortir de temps en temps…

Atibaia, le retour, 9 ans plus tard

Le gang de Neto cerné et arrêté, le Brésil pense être tranquille désormais.  Neto et Filho ont été condamnés le 6 novembre 2001 à 28 années de prison… pour organisation d’un trafic de drogue, notamment avec la famille Morel, au Paraguay (nous y viendrons très bientôt, et même dans le prochain épisode ). Mais le 6 août 2010  c’est plutôt la douche froide, car on revient au même endroit… avec le même trafic (qui a depuis empiré) :  on annonce en effet que la police civile de São Paulo « espère avoir démantelé, au moins temporairement, un gang qui transportait jusqu’à 1 tonne de cocaïne par mois dans l’État.  Le Département d’Etat de la Sécurité publique a rapporté que mercredi (25), deux suspects impliqués ans le groupe ont été arrêtés et trois avions et cinq véhicules, saisis, à Atibaia, à 67 km de la capitale de l’Etat ».  Voilà donc que ça recommence et au même endroit, 9 ans plus tard.  Remarquez, sans surprise on constate en effet que  « l’un des suspects arrêtés est le gendre de l’un des plus gros trafiquants de São Paulo, selon Marco Antônio Pereira dos Santos, le directeur du Département des enquêtes sur les stupéfiants (Denarc) ». « Après l’arrestation du trafiquant de drogue en mai à Florínea (São Paulo), son gendre et sa fille ont repris l’entreprise.  Ces arrestations et saisies de tous ces véhicules sont importants pour la débandade de ce gang.  Les têtes ont été arrêtées , ce qui compliquera la tâche du gang pour restructurer et redistribuer la drogue», a-t-il déclaré.  L’autre homme arrêté ce mercredi est un pilote qui avait déjà été reconnu coupable de trafic.  Selon le directeur de la Denarc, la cocaïne arrivait par voie terrestre (nota : camions  très certainement) depuis la Bolivie et le Paraguay.  Plus tard, elle était distribuée dans l’intérieur de São Paulo, à la Baixada Santista, au nord de Paraná et au sud de Minas Gerais au moyen de ces avions et les véhicules, tous avec des adaptations pour cacher la drogue.  Chaque mois, le gang passait de 600 kg à 1 tonne de cocaïne par mois », explique M. Santos.  « Ils approvisionnaient la région du sud-est, les avions traversaient la frontière pour aller chercher la drogue.  Selon lui, l’avion appartient à une compagnie de taxi aérien, qui fait l’objet d’une enquête.  Les avions et les véhicules, avec plus de 40 kg de cocaïne, étaient situés dans un hangar d’un aéroclub. « Ce hangar appartient à ce distributeur arrêté et a servi de base pour toute la logistique de distribution de la cocaïne.  Les avions sont sans leurs sièges  passagers.  Ils ont été retirés  d’une partie du fuselage interne pur libérer de l’espace. L’avion sera démonté et inspecté pour voir s’il n’y a plus de drogue cachée », a-t-il dit.  Trois camions et deux camions ont également été saisis (…)  Le trafiquant arrêté en mai avait déjà plusieurs condamnations pour trafic et vol de banque.  Il avait été un fugitif depuis 2000, après qu’il ait fait semblant d’être malade pour être secouru dans un hôpital du Grand São Paulo.  Selon le directeur de la Denarc, le trafiquant est l’un des chefs dans l’état d’une faction criminelle qui opère principalement à Rio de Janeiro ».  Bref, voici l’action de 2001 de la CPI totalement annihilée par cette découverte !

L’avion bourré de billets

Comme illustration Globo mettait alors en ligne une image du hangar où avaient été stockés les avions:  on y reconnait un Beech Baron mais aussi le Cessna PT-IXP (ci-dessus à gauche).  On avait vu le même sous les mêmes couleurs au Guaratuba Municipal Airport en janvier 2008, c’est le Cessna U206F (U20602134) enregistré au Brésil début  2009.  Il portait aux USA l’immatriculation N71254 lors de sa  position en 1973.  On peut le voir ici à droite à Canela, lors de l’une de ses premières apparitions au Brésil, photographié par Stephan Klos Pugatch le 27 décembre 2006.  La FAA n’ayant donc pas noté son exportation.  Nous l’avions déjà entr’aperçu ici dans l’épisode 23.  On constate que de 2006 à 2010 il n’avait donc pas changé de livrée.

Le Beechcraft, vous le connaissez bien, déjà ; dans un autre épisode je vous avais expliqué que c’était le PT-KPG, celui offert aux pompiers qui lorsqu’ils l’avaient démonté après un accident s’étaient aperçus que ses ailes étaient encore bourrées de billets de banque !  C’était celui du  trafiquant Mario Sérgio Arias, 53 ans, connu sous le nom de « Panelão ».  Le même Mário Sérgio Arias, 60 ans, le « Panelão », en fuite depuis … 1977, qui sera arrêté par la police civile de Londrina (PR) ) Gleba Palhano (zone sud), le 21 décembre 2017 seulement, alors « qu’il rendait visite à une fille qui vivait dans un immeuble de la région ». 

Autre avion, autres mœurs

On revient aux découvertes « aériennes » de la Commission parlementaire brésilienne.  Cette fois avec une drôle d’histoire un peu longue et un peu compliquée; mais là encore elle éclaire sur le vécu du moment.  Les gangs s’attaquaient aussi aux banques, à cette époque comme ailleurs.  Et certains étaient prêts à tout pour transporter le fruit de leurs larcins.  Et la Commission est tombée sur l’un d’entre eux. On commence par cet autre appareil tombé dans le collimateur de la CPI.  C’est  un Piper PA-31 immatriculé PT-LVT, N° de série 31796, ex PP-EEW; enregistré le 7 juin 1999 au Brésil.  L’avion est au milieu d’un beau mic-mac en fait.  La police vient en effet d’arrêter à Presidente Prudente (Sao Paulo) un homme portant sur lui plus de 200 000 dollars US, qui selon lui proviennent de la vente de l’avion à Odarício Ribeiro, un appareil immatriculé PT-LVT.  L’homme s’appelle José Ferreira Da Silva. En fait son vrai nom est Uel Leite de Souza.  Or le même avion avion, immatriculé PT-LVT aurait déjà été « vendu » au Paraguay !  Voici pour le premier volet.  Les enquêteurs découvrent le pot aux roses avec d’autres documents :  l’avion, un Piper PA-31 (3179) ex PP-EEW , immatriculé  PT-LVT a en fait été acheté par Odarício Quirino Ribeiro Neto à Arnaldo Machado Diniz, au prix de 232 400 reals, (65 000 dollars actuels) au moyen d’un contrat d’achat d’aéronefs daté du 22 avril 1999, d’un montant de 50 000,00 reals plus 24 versements d’un montant de 7 600 reals dans des billets à ordre dont les échéances mensuelles commencent le 22 mai 1999 et se terminent le 22 avril 2001.  Comme dans les cas précédents, après l’arrestation d’Uel Leite de Souza, un contrat d’achat et de vente a été conclu pour le même avion, qui aurait été vendu à un avocat paraguayen, un  commerçant de soja, nommé Facundo Jorge Canova Spelling, ayant des adresses à Asuncion et Ponta Pora (on revient toujours dans le même secteur suspicieux vous le remarquez).  Acheté par Odarício Ribeiro un peu plus de 200 000 reals (deux cent mille reais) le 22 avril 1999, le même avion aurait donc été vendu à l’avocat paraguayen, le 25 septembre 1999, pour la somme de 200 000 dollars (deux cent mille dollars), en espèces, en monnaie locale. «  Coïncidence », le document présenté à l’appui de cette version a été authentifiée par le notaire de Vila Guilherme, Sao Paulo, exactement le 28 février 2000, la date de l’arrestation d’Uel Leite de Souza… Bref, une belle cavalcade de tentée… les premiers versements étant en monnaie de singe, passer de 200 000 reals (65 000 dollars comme on l’a vu) à 200 000 dollars est une belle culbute !!!
L’avion du hold-up

La seconde déposition, que je résume donc ici, devient surréaliste quand on vient de voir ce qu’était l’avion et ses prétendus propriétaires.  C’est une déposition au CPI le 28 Février 2000, qui est celle justement à propos du dénommé Uel Souza Leite, toujours lui, présenté alors comme un simple pilote d’avions, qui a rapporté jusqu’ici qu’il « avait connu certaines personnes qui travaillaient dans une installation d’entretien d’aéronefs à Atibaia, SP, plus particulièrement les hommes connus sous les surnoms de « Seu Ribeiro », « Carlos » et autres dont il ne se rappelle pas le nom, et ceux-ci qu’on lui a indiqué comme pilote -un homme du surnom « Baixinho ».  Sa déposition devant la CPI est en effet édifiante.  Il raconte en effet benoîtement (c’est un beau tissu de mensonge comme on va le voir) que le samedi précédent, « il avait reçu un message sur sa résidence dans la ville de Cambe (PR) pour se rendre à Atibaia et prendre l’avion pour effectuer un vol ».  Il allègue que l’avion déjà mentionné « restait toujours dans l’atelier de l’aéroport d’Atibaia » et « qu’il n’en connaissait pas le propriétaire ».  En arrivant à l’aéroport, il  aurait rencontré un homme surnommé « Shorty » qui souhaitait effectuer à un voyage dans l’État du Mato Grosso « pour aller chercher  quelques amis, selon lui, et pour se faire, ils s’est rendu dans le Mato Grosso et s’est posé dans une ferme entre les municipalités de Três Lagoas et Água Branca, qu’il a ensuite dormi sur la propriété, et qu’au matin « Baixinho » a dit qu’ils continueraient vers l’Etat de Paraná pour y prendre ses amis ».  Ils ont volé ensuite à proximité de la ville de Porecatu, et « Shorty » a alors indiqué une ferme où il a atterri.  Cinq hommes inconnus sont montés à bord, portant des sacs de voyage, il a décollé puis obtenu l’ordre de passer à Atibaia.  A un moment, un « problème électrique » s’est produit dans l’avion et a il a reçu l’ordre d’atterrir à l’aéroport municipal d’Americana, et « qu’avant l’atterrissage, ses passagers ont fait un appel par téléphone portable.  Après l’atterrissage, en discutant avec les mécaniciens de l’aéroport municipal d’Americana, les passagers ont débarqué et ont quitté l’endroit, sans qu’il ait vu dans quels véhicules ils s’embarquaient« .  La Commission l’écoute, dubitativement, car elle possède déjà un autre élément sur l’individu… un tout autre son de cloche en fait.

L’avion et l’attaque du fourgon blindé

Car ensuite, dans une autre partie du rapport, c’est l’agent de police Ataide Santo Rodrigues qui prend la suite et qui indique qu’il a trouvé un seul avion sur la piste, ce jour-là, indiquant que c’était un bimoteur d’avion Piper PA 31, de couleur blanche, modèle Navajo, préfixe PT-LVT, et qu’il a trouvé le pilote dans une cafétéria de l’aéroport, en  train de consommer une bière.  Il s’est adressé à lui.  Immédiatement  il a confirmé qu’il était le pilote de l’avion, qu’ il n’a pas pu lui montrer les papiers de l’appareils, réclamés, mais qu’il a fourni un passeport, au nom de Fernando Angelo de Souza.  Il est ensuite  entré dans l’avion avec le policier Gilberto qui y a « trouvé un badge d’identification de vigiles de la société CIT-TGV, au nom de Edilson da Silva et de Transportadora de Valores e Vigilância Ltda., établie dans la ville de Maringa, PR, Mariano, et une clé d’un camion pick-up, la fabrication GM » …  Le policier a ensuite conduit le pilote à cette unité de police et a téléphoné au siège du TGV de la société, étant informé que le badge appartenait au conducteur d’une voiture blindée qui aurait été dévalisée ce matin, vers 9h30, sur l’autoroute PR 170 … Le vol avait été pratiqué par plusieurs hommes fortement armés à l’aide de plusieurs véhicules, s’attaquant à quatre gardes, pour voler 250 000 dollars au Trésor Régional de Banestado à Maringa.  Or dans l’avion même, il y a avait encore quatre revolvers de calibre 38, quatre gilets pare-balles et un fusil de chasse calibre 12 appartenant à la compagnie de transport !!!  Demandant des précisions sur le passeport à Três Lagoas, qui semble posséder de fausses immatriculations, il a alors demandé a l’individu s’il utilisait donc plusieurs faux noms, lequel était donc le vrai, ce à quoi il avait répondu « Uel Leite de Souza » … un nouveau échange confirmant que la personne était  bien connue des forces de police, car recherché par la police fédérale dans l’état de Roraima, indiquant même de la détention préventive contre lui … « il avait un aussi casier judiciaire chargé pour avoir commis un trafic de stupéfiants et de crimes divers, confirmant la délivrance de deux mandats d’arrêt dans une procédure dans l’État de Roraima (affaires 016/99 et 0146/99).  Puis l’autorité de police a déterminé l’arrestation en flagrant délit de l’accusé pour la pratique des crimes de vol et l’utilisation de faux documents » .  Bref, l’homme qui avait tranquillement déposé à la CPI était bien membre d’un gang… qui venait d’attaquer un fourgon blindé !!!

L’avion de Tutu, et sa marie-jeanne cachée

Autre séquence à la CPI.  A partir d’un document de la police cette fois.  Le 19 juin 1999, dans l’aéroclub situé à Barra do Jucu, Vila Velha, (ES), les agents de la police fédérale d’Espírito Santo (c’est sur la côte Est, au nord de Rio de Janeiro) saisissent un avion bimoteur, modèle E-55, blanc avec des liserés beige, immatriculé PT-JPQ, avec dedans environ 6 700 reals en espèces, un camion Chevy et une petite quantité de marijuana trouvée dans le faux fond du corps du véhicule.  Mais ils ne viennent pas pour aussi peu…  car la police fédérale de Capixaba a elle arrêté entre temps son pilote, Adenir Luca, connu sous le nom de « Tutu »qui  déclare  « travailler à l’achat et à la vente d’avions et de véhicules dans la ville d’Atibaia (on y revient);  Il travaille avec José Gomes Filho et Odalíçio (sic) Ribeiro, dans la société du nom de União Sistemas e Peças Ltda. à Atibaia » (déjà citée à l’épisode précédent, ce sont bien les mêmes et le même gang !!!)… une société qui appartient à Ribeiro et José Gomes selon Luca, « qui ont  demandé au déclarant de venir à cette ville afin de vérifier l’avion modèle Navajo, que le déclarant a quitté la ville d’Atibaia, dans le bimoteur modèle Beechcraft  E-55, préfixe PT-JPQ, propriété de José Gomes Filho, que José Gomes Filho est le propriétaire de cet avion depuis environ trois mois, mais qu’il a seulement été transféré à son nom il y a 15 jours; ... (toujours le même procédé !!!) « que le déclarant n’est pas pilote de l’avion, et, par conséquent, qu’il a embauché John Robert Solomon (João Roberto Salomão), qui l’a amené de cette ville de Vila Velha; … il y a environ un mois et demi, João Roberto Salomão a fourni des services en déclarant, qu’il travaille à la pige, et qui précise qu’il a déjà fait voler trois fois l’avion pour le déclarant et que les voyages étaient pour des trajets Atibaia / Maringa, Atibaia / Cuiabá et Atibaia / Vila Velha, avec escale à Barbacena; » (le pilote vient en fait de donner les noms des endroits où se faisait les chargements !!!).  La CPI obtient davantage d’aveux encore notamment sur les trajets de l’avion: « dans sa déclaration, le même jour, João Roberto Salomon ajoute plus de données :« , qu’il a déjà fait cinq voyages à Tutu, à savoir dans les parties Atibaia / Arapongas (PR), Atibaia / Amambaí (MS), Atibaia / Arapongas, Atibaia / Barbacena (MG), un survol d’essai de la ville d’Atibaia et ce dernier vol, Atibaia / Vila Velha, avec escale à Barbacena; … que le déclarant dans toutes les cas de voyage a piloté l’aéronef bimoteur, modèle E-55, préfixe PT-JPQ; qu’il sait que cet avion appartient à José Gomes Filho, qui est peut être situé à l’aéroport d’Atibaia, dans le hangar Union Maintenance and Aviation. Les deux, Adenir Luca et Salomon soutiennent que Luciano Pignaton, détenu avec eux dans le aéroclub de Vila Velha, leur avait apporté du poisson et des crevettes qu’il avait acheté lui-même ».  Grâce à lui, la CPI a énormément avancé, car elle possédait désormais les trajets habituels de circulation de la dope, avec comme point central du trafic Atibaia.  Le dossier d’Atibaia s’épaississait à chaque témoignage supplémentaire !  L’avion concerné étant le PT-JPQ le Beechcraft  95-E55 numéro TE-969 ré-enregistré » le 14 juin 2006 pour être ré-immatriculé PR-MJH. L’avion est pris ici en photo (à droite) à Teresina – Senador Petrônio le 4 septembre 2010.

Le même avion et les 400 kilos ce marijuana

La CPI n’a plus en effet qu’à dérouler le fil des voyages du fameux Beechcraft, et trouver d’autres surprises encore à la clé.  Pour cela elle peut s’appuyer sur une enquête de police portant sur le transport de 400 kilos de « maconha« , de la pâte de marijuana découverte à Espírito Santo. (la ville qui refera parler d’elle en 2013 avec l’hélicoptère plein de coke appartenant à Limeira Agropecuária, la société du sénateur du Minas Gerais Gustavo Perrella).  400 kilos, donc, transportés par le même appareil !!!  « L’action de la police fédérale à Vila Velha a conclu une enquête qui a commencé le 9 Avril 1999, quand environ 400 kilogrammes de marijuana ont été transportés du Mato Grosso do Sul à Espírito Santo. Celso Luiz Sampaio, connu sous le nom de « Gordo », un soi-disant concessionnaire automobile à Victoria, a fait la déclaration suivante à la police fédérale le 13 mai 1999, « que l’interrogé  est bien le revendeur de marijuana, qu’il a déjà été arrêté et condamné pour trafic de stupéfiants deux substances la justice de l’État du Mato Grosso do Sul; … qu’il a souvent apporté de la marijuana de la ville de Coronel Sapucaia / MS, Espírito Santo ; … il y a environ deux mois, était encore une fois dans la ville de Cel. Sapucaia et, par plaisir, il a acquis de la marijuana auprès de la personne connue sous le nom de Rocé, un ressortissant paraguayen; qui, lors d’occasions précédentes, qu’il avait acquis de Rocé un maximum de trente livres de marijuana; et que la dernière fois il en a acheté 420 kilogrammes, ayant affrété un avion appartenant à Sérgio de Tal, un résident de Cel. Sapucaia, pour un montant de 25 000 reals pour transporter la substance narcotique à la ville de Pedro Canário / ES;que la personne interrogée a montré à Sergio la piste d’atterrissage où il devait atterrir avec l’avion et décharger la marijuana; que cette piste était située sur la ferme de la famille Jantorno, dans la localité de Praia dos Baianos, commune d’Ecoporanga, ES; … que la marijuana devait être débarquée le 9 avril 1999; que la marijuana est effectivement arrivée à cette date, mais qu’elle n’a pas été débarquée sur la piste où il a été prédit que le pilote Sergio pensait qu’elle était un peu petite; que Sérgio a atterri dans une piste d’atterrissage existant dans la zone rurale du district de Cristal do Norte, dans la municipalité de Pedro Canário / ES; que Sérgio a téléphoné à l’interviewé en l’informant de ce fait; … que la marijuana n’était pas à l’endroit mentionné par Sérgio, et la personne responsable a déduit qu’elle avait été volée. «  Le copain de Celso « Gordo », Joel Braga, confirme son histoire et ajoute même qu’ « il a été convenu que Celso Gordo donnerait la totalité du montant de  5 000 reals  pour le transport de la marijuana à la ville de Vitória / ES, celui qui aurait lieu le 9 avril 1999 « et qu’à cette date, le pilote a abordé la piste dont nous avons parlé, et, à environ 14h20, un bimoteur blanc  a survolé la piste, mais n’a pas réussi à atterrir; … que l’interviewé a appelé Celso plus tard, et il lui a dit que le pilote de l’avion nommé Sergio lui avait dit qu’il  n’avait pas atterri sur cette piste parce qu’elle était trop petite … J’ai appris par Celso Gordo que l’avion avait atterri après sur la piste du Cristal Do Norte, a atterri à l’aéroport de Governador Valadares, MG, pour faire le plein, ayant pris vers une destination ignorée « .  Les vols de l’aéronef figurant sur son  carnet, note le CPI, sont effectivement enregistrés comme étant au départ de São Carlos, SP, Cuiaba, MT, le 7 avril 1999, et de Cuiaba à Atibaia le 10 avril 1999.  Toutefois, selon le rapport du 5 novembre 1999 signé par deux experts du tribunal pénal fédéral à Vitória, il existe deux documents selon lesquels le dit appareil immatriculé PT-JPQ a été stocké le 9avril 1999 à l’aéroport de Governador Valadares, Minas Gerais, par  la société Passos Combustíveis de Aviação Ltda.  L’analyse de ces documents, conclut le délégué Jules César Randow Santana, du Bureau de la prévention et de la prévention des stupéfiants de la police fédérale du Saint-Esprit «que selon l’analyse superficielle des livres de l’avion à voir l’incohérence des endroits dans les plans de vol enregistré dans ce depuis le 9 Avril, 1999, l’avion a bien été ravitaillé à Governador Valadares, alors que, selon les informations Celso Luiz Sampaio, le pilote Sergio avait averti qu’il aurait déposé la marijuana à une autre place que précédemment convenu. Selon Celso, cette connexion aurait eu lieu dans la ville de Gov Valadares, où Sergio ravitaillait l’avion pour revenir au Mato Grosso do Sul.  La police ne doute pas en effet que c’est bien l’avion PT-JPQ qui a transporté un poids de 400 kilos de « maconha » dans la localité de Cristal Do Norte – Disctict de Pedro Canrio ”.  Mais autre surprise de ce cas pendable, le CPI s’est aussi posé la question de sa propriété réelle au moment même des trajets de marijuana.  Et là, surprise encore : « sur la propriété de ces avions, le CPI a été informé par M. le chef du Registre aéronautique brésilien (RAB) qu’il a autorisé à transférer la propriété des avions modèle d’abonnement marques E-55 PT-JPQ au nom de José Gomes Filho, PCF / CGC 290379488-04, avec comme adresse dans la rue 10 hangar Alvinopolis aéroport, Atibaia / SP, pour un achat au prix de 45 000. reals, acquis auprès de  Joseph Loureço Moraes da Silva, à l’adresse de la rue Tancredo Neves, 274 – chambre 204, bloc A, Iguatemi / BA, selon l’acte d’achat et de vente en date du 21 mai 1999 « . Et le CPI de constater que « c’était donc l’avion entre les mains de son ancien propriétaire, le député fédéral de BA, José Lourenço, à la date de délivrance de drogues dans  Santo Spirito.  Toutefois, La CPI a aussi devant elle comme document, un accord d’achat du 10 février 1999, qui contient l’achat de ce même avion à cette date par Mme. Cláudia Leme de Carvalho, avec adresse à av. Jorge Cazane, 557 – Vila Cazane – Londrina / PR, pour un montant de  80 000 reals.  Bien que l’acheteur soit originaire de Paraná, le droit détermine que « le tribunal du district d’Atibaia, SP, est reconnu pour régler n’importe quelle question au sujet de ce contrat ».  « Un autre cas où le gang basé à Atibaia manipule les informations d’enregistrement des avions impliqués dans le trafic de drogue » conclut le CPI :  les trafiquants manipulaient aussi tous les contrats de vente de leurs avions chez des notaires véreux !!!  Cette fois là, la politique semblait bien hors de cause !  « Quant à Adenir Luca, « Tutu », un mandat de fugitif et la garde décrétée par le juge de Sao Paulo  pour ses liens avec le groupe criminel Atibaia, car a été cité à plusieurs reprises dans le témoignage de Filho José Gomes pour le trafic de drogue étudié par  l’Assemblée législative » … Voici l’étalage de toute une organisation qui avait duré des années, et que la CPI avait fait tomber en moins de 18 mois. Les registres de cette commission sont un véritable trésor d’informations, et c’est pourquoi nous nous y sommes longuement arrêtés.  Ne serait-ce que pour constater et déplorer que tout avait vite recommencé, hélas.. à peine dix années plus tard !

 

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Coke en stock (CC) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (35)

 

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