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Coke en stock (CCCXXVIII) : l’été dernier, au Brésil, deux raids fructueux

Le démantèlement du réseau du clan Rocha l’année 2019 (voir épisodes précédents) n’a pas arrêté, loin s’en faut, les vols de cocaïne dans le pays. Un pays immense dans lequel les petits avions circulent un peu comme les trains en Europe, avec des secteurs clés pour le trafic, comme celui des ports à l’Est, ou de la frontière avec le Paraguay qui demeure fort sensible grâce à l’héritage historique du pays de la contrebande en tous genres. L’été 2020, deux grosses opérations policières ont mis fin à deux réseaux importants, pour une trentaine d’avions au total et une infrastructure solide de démantelée, contenant notamment des camions citernes aux parois secrètes destinées à dissimuler la drogue. L’une à la frontière du Paraguay, l’autre sur la côte du côté de Récife et de Sao Paulo notamment.

L’Opération Cavok

Les brésiliens se réveillent au début du mois d’août avec un énième raid policier, déclenché cette fois par le 1er tribunal fédéral de Ponta Porã (Mato Grosso do Sul, ville-frontière dont le pendant au Paraguay s’appelle Pedro Juan Caballero et dans laquelle sévissent des gangs qui se tirent dessus en pleine ville à la mitrailleuse lourde, comme on l’a vu). Le raid fait main basse le 6 août sur pas moins de 23 petits avions circulant vers les pays voisins et en priorité le Paraguay, et les biens des narcotrafiquants, les habituelles voitures de luxe, des fazendas toutes neuves toutes situées dans l’État de Goiás, des saisies évaluées à environ 40 millions de reais au total. La frontière avec le Paraguay a été ciblée en priorité : l’enquête a également compté sur la collaboration du Centre intégré des opérations frontalières de Foz do Iguaçu, la quatrième plus grande ville de l’État du Paran, située à 600 km à l’ouest de la capitale de l’état, Curitiba, qui est reliée par un pont à sa voisine immédiate de Ciudad del Este, un haut lieu des trafics en tous genres, du Centre de recherche et d’enquête de Campo Grande, et de l’ANAC (pour les avions), et a bénéficié de l’assistance  de la Police nationale paraguayenne et du Ministère public du Paraguay. Bref, on a mis le paquet !

Des avions tous venus du Paraguay

Les mandats ont été émis par le 1er tribunal fédéral de Ponta Porã. Le choix du nom lui-même de l’opération est significatif : l’acronyme CAVOK (Ceiling and Visibility OK) est utilisé dans l’environnement aéronautique pour définir une situation dans laquelle il y a de bonnes conditions de toit et de visibilité, c’est-à-dire de bonnes conditions de vol. La région visée, on l’a vu ici, avec toute une équipe de voleurs d’avions et de maquilleurs,  est le centre d’un intense trafic aérien dont des bandes complètes ont déjà été découvertes.  Des bandes spécialisées dans la retape et le clonage de vieilles épaves volantes, atelier de peinture et de sérigraphie comprises.  L’un des appareils saisis, le PR-LSM, ex N6190B de 1978 (N° 2106270) arrivé au Brésil en 2011, provenant de Floride (de Woolie Enterprises Inc, à Oldsmar) n’échappe pas à la règle puisqu’il possède son double, mis en vente ici. sous le numéro de série 21062703, différent du précédent ! L’avion est au nom de Adriano Loeff, au dossier juridique chargé.

Tout avait commencé avec l’arrestation d’un autre petit avion, un Cessna bien ordinaire, le PR-APB, immatriculé donc au Brésil lui aussi, saisi en très bon état le 24 novembre 2019 à 45 kilomètres de la ville de Pedro Juan Caballero, avec 130 kilos de cocaïne à bord, le pilote ayant réussi à se sauver avant l’arrivée de la police. L’avion était inscrit au nom de Ramiro Grenno Fernandez. C’est le début de la re-découverte d’une longue histoire, celle d’un pilote finalement repéré, spécialisé dans le narcotrafic et un fieffé récidiviste en fait. Enrichi par ses exploits aériens, il s’était établi tranquillement comme agriculteur, possédant une grande ferme à Goiás. Quand il ne s’occupait pas de ses bœufs, il effectuait des vols illégaux au-dessus de la frontière paraguayenne !

Le lourd passé d’Ilmar, ce phénomène volant

Rattrapé par son passé et arrêté, Ilmar de Souza Chaves est une véritable figure du narco-trafic, tant sa vie se confond avec l’histoire du trafic de drogue à la frontière Brésil-Paraguay. En juin 2006 déjà, il avait été arrêté par la police paraguayenne en transportant 195 kilos de cocaïne dans son Cessna 210 ZP-TYO, dans la région de Bella Vista Norte, dans la ville voisine de Bela Vista (MS). Ses exploits avaient déjà faits la une des journaux et on avait ici-même cité en exemple son appareil-fétiche, retrouvé par hasard sur une zone de stockage d’avions saisis lors d’une enquête.

Je vous avais expliqué ici en 2018 ce qui s’était alors passé : avec des politiciens paraguayens  plus que mêlés au trafic de drogue en effet :  « le 2 juillet 2006, un avion Cessna Aircraft monomoteur, immatriculé ZP-TIO, a été saisi par des agents du Senad (par ordre du procureur Arnaldo Guzzio).  À l’intérieur, près de 200 kilos de cocaïne ont été trouvés.  Il avait atterri dans le ranch de San Antonio, la propriété de Víctor Raúl D’Ecclesiis. Quand il a été retrouvé avec de la cocaïne entre les mains, D’Ecclesiis a été arrêté et condamné à la prison.  Quatre ans plus tard, il est retourné à la politique pour le parti Colorado ».  Le Cessna saisi traîne depuis sur la base militaire de Campo Grande, abandonné aux quatre vents en plein air, bardé de bandes adhésives bleues déposées par la justice paraguayenne (il est ici en haut à droite).  Il est la preuve tangible, s’il en est, de l’imbrication drogue et politique dans le pays !!! Et même bien avant encore, à vrai dire. Un reportage de Globo sur l’opération suivante (Além-Mar) le précise bien ici à gauche dans son infographie : comme il est trop dangereux de survoler l’Amazonie, piège à avions en raison de sa densité forestière, les trafiquants qui produisent la coke en Colombie, au Pérou, et en Bolivie préfèrent passer par le Paraguay. Ainsi, le trajet est même plus court ensuite pour rejoindre la côte du côté de Sao Paulo plutôt que de Recife.

Le 28 juin de la même année 2006, donc, Ilmar Chaves avait été transféré au pénitencier de Tacumbú, à Asunción. Mais, bien aidé par son implication politique locale, il n’aura passé que moins de sept mois en prison. En janvier 2007, il a en effet fui à Tacumbú après avoir versé 15 000 reais en pots-de-vin aux policiers et magistrats paraguayens. Moins de cinq mois plus tard, en mai 2007, le voici déjà retourné à la case prison. Il venait d’être à nouveau arrêté à Goiás en compagnie d’Ubiratã Brescovich, le «Cheiroso», lié au trafiquant brésilien Beira-Mar. Il utilisait alors le pseudonyme d’Eduardo José de Araújo à cette époque. Tous deux avaient été cités dans la CPI (Commission parlementaire d’enquête) sur le trafic de drogue, que j’ai aussi évoqué ici en détail, avec notamment le fief d’Atibaia à l’époque, qui relie déjà à Sao Paulo mais aussi au port de Santos, qui fit à nouveau, près de 20 ans après l’objet de noir intérêt (lire ici le détail) . Au seuil de l’année 2000 c’est alors le gang de Ribeiro Neto et José Gomes Filho, pris sur le vide avec leur Embraer Seneca III immatriculé PT-VLL. Neto et Filho ont été condamnés le 6 novembre 2001 à 28 années de prison… pour organisation d’un trafic de drogue, notamment avec la famille Morel, au Paraguay (est cité notamment Orlando Machuca Morel avec son Cessna a Cessna, modelo 210M,N° série 21062920, immatriculé ZP-BBU, saisi avec plus de 50 kilos de coke à bord). Le nœud de l’affaire se situant alors à l’aéroport Pedro Juan Caballero qui dissimule une vraie fabrique à avions clonés, retapés et repeints. On en saisira 22 sur place ! Comme la fois précédente, il a passé peu de temps en prison et est parti s’installer à Campo Grande.. Et en juillet 2010, sans trop de surprise, il a été de nouveau arrêté, cette fois à l’intérieur du Minas Gerais, pour un nouveau vol illégal de cocaïne, à bord du Cessna immatriculé PR-OLO (ci-dessus à droite et ici à gauche), un de ces avions clonés, à l’évidence. Ilmar Chaves avait été arrêté sur une piste abandonnée à Usina Peixoto, dans le quartier d’Ibiraci. Les coordonnées du modèle Cessna 210 ont révélé qu’il avait décollé de Pedro Juan Caballero, au Paraguay : il sortait tout juste du nid de fabrication des clones !!! La drogue transportée dans l’avion avait déjà été placée dans un pick-up D20 rouge, deux hommes dans le camion ont réussi à s’échapper avec la cocaïne, Chaves se faisant ce jour-là coincer, resté à bord avec un gros bidon bleu comme on peut le voir sur le résumé télévisé de son arrestation. Il avait tenté de s’échapper, mais la police avait placé son véhicule au milieu de la piste et l’avait empêché de redécoller. Les policiers avaient trouvé à bord un paquet de feuilles de coca et deux fûts contenant de l’éther, un produit utilisé pour raffiner la cocaïne. « Dans une interview accordée aux chaînes de télévision sur le site de la prison, Ilmar Chaves a nié avoir transporté de la drogue. Il a dit qu’il avait décollé de Campo Grande à Araguari (MG). « Ils pensent que c’est de l’éther, mais c’est de l’essence d »avion », a déclaré le pilote dans une interview à TV Record de Minas Gerais, menotté et assis par terre, à côté de l’avion. »

Reconversion bovine

Notre artiste dans le genre jouait depuis plus discrètement au gentleman farmer,  ce qu’une juge s’est empressé de régler à sa façon cette fois : « le juge Carolline Scofield Amaral, du 1er tribunal fédéral de Ponta Porã, a mis aux enchères les 564 têtes de bœufs saisis à la Fazenda Nossa Senhora do Perpétuo Socorro, à Rubiataba, dans l’État de Goiás. Le bien était l’un des biens enlevés sur ordre du juge de la paix. Selon l’enquête de la police fédérale, la ferme appartient au pilote de trafic de stupéfiants Ilmar de Souza Chaves, le «Pixoxó», 65 ans, l’un des prisonniers de l’opération qui a également saisi, à la frontière avec le Paraguay, 23 avions utilisés pour transport de cocaïne. Officiellement, cependant, la propriété est au nom des filles d’Ilmar. L’aliénation anticipée de la ferme, à la demande du ministère public, a été déterminée par le juge dans le cadre de l’opération d’enquête sur les crimes d’organisation criminelle, le trafic transnational de drogue et l’association pour le trafic transnational de drogue. Lors d’un mandat de perquisition et de saisie à la ferme, le 5 août, 432 vaches, 120 veaux et 12 taureaux ont été retrouvés. Le bétail a été confié à un ouvrier rural, désigné comme fidèle dépositaire. Le juge a déterminé «de toute urgence» l’évaluation de la valeur économique des bœufs par un fonctionnaire du tribunal de Goiás. Elle a également exigé, dans les cinq jours, l’envoi de toutes les informations sur le troupeau, telles que l’âge, la quantité, la race et le lieu d’hivernage ».

Des fazendas disposant souvent d’une piste personnelle, censée être agricole et qui dissimulent ou stockent la drogue avant son expédition en Europe. Le 14 août dernier, annonce d’une nouvelle opération baptisée Verdict: la police saisit plus de 1,3 tonne de cocaïne pure la veille dans la zone rurale d’Indaiatuba, dans l’Etat de São Paulo, sur la côte sud. La drogue a été trouvée « dans une sorte de coffre-fort, situé sous la structure  d’une piscine, dans une ferme du quartier Colinas, à Indaiatuba, jeudi soir (13 août). « La porte d’accès au « coffre-fort » souterrain se trouvait sous une échelle à côté du barbecue. Elle avait un levier qui, une fois relevé, révélait la porte cadenassée, le système étant entièrement autopropulsé. Le compartiment mesurait cinq pieds de large, quatre pieds de long et quatre pieds de haut. « L’endroit a été construit dans le but de cacher de la drogue », a déclaré le délégué Luis Fernando Dias de Oliveira. « Le stupéfiant était évalué à environ 26 millions de reais. La police pense que le stock a également été utilisé pour l’expédition en dehors du Brésil ». Toujours selon Oliveira, « apparemment la maison est utilisée sporadiquement, le week-end. Dans une pièce, environ 195 valises étanches ont été trouvées, probablement utilisées pour le transport international. Avec l’emplacement de la drogue sur la propriété, la police va maintenant découvrir à qui appartient la ferme. »

Além Mar : au delà de la mer…  un océan de coke

Le 18 août, deuxième rafle coordonnée, encore plus étendue puisqu’elle touche 13 états d’un coup dont on égrène à la télévision la liste par leurs deux initiales comme c’est l’habitude au Brésil : « AL, BA, CE, DF, GO, MS, PA, PB, PE, PR, RN, SC, SP » sont visés. La police a vu large, très large, avec pas moins de 139 mandats de perquisition lancés et 50 mandats d’arrêt (20 arrestations préventives et 30 arrestations temporaires), effectués par 630 policiers fédéraux lancés aux trousses des malfaiteurs, une action impulsée de la côte Est cette fois par la 4e Cour fédérale – Section judiciaire de Pernambouc, où se concentraient les arrivages pour leur dispatch après en Europe, par containers. Le bilan sera conséquent, avec un total de 55 véhicules saisis tout de suite, de toutes sortes, dont des camions, 3 hélicoptères; 7 avions et pas des moindres comme on va le voir, 3 bateaux, de petits yachts à moteur, 35 propriétés diverses dont de grandes fermes (fazendas), 74 téléphones portables à décrypter, et 361 000 relais trouvés le premier jour (en attendant de visiter les banques !). En fait cette fois, vu l’étendue de la rafle, ce n’est pas un réseau unique qui a été visé mais quatre, pas moins .

« Quatre organisations criminelles autonomes, agissant en relation, ont rendu viable le système international de trafic de drogue faisant l’objet d’une enquête, par lequel des tonnes de cocaïne étaient exportées vers l’Europe via les ports brésiliens, en particulier dans le port de Natal, à Rio Grande do Norte.

La première, établie dans la ville de São Paulo, promeut à plusieurs reprises l’admission de la cocaïne à travers la frontière avec le Paraguay, la transportant par avion jusqu’à l’État de São Paulo et la distribuant en gros à des organisations criminelles établies au Brésil et en Europe. Son moyen de transport privilégié étant l’hélicoptère, pour ce groupe-là.

La seconde, implantée à Campinas, São Paulo, partenaire du précédent, reçoit de la cocaïne internalisée sur le territoire national pour distribution interne et exportation vers le Cap Vert et l’Europe. C’est à Campinas qu’en avril 2020 les policiers étaient tombés sur un laboratoire de traitement de la coke, équipé d’ensacheuses automatiques de rosettes de coke (100 doses par minute, ici à droite), manipulées par des malfaiteurs lourdement armés (avec notamment une Uzi munie de silencieux, ici à gauche).

 

La troisième, implantée à Recife, est composée d’hommes d’affaires du secteur du transport de fret, d’employés cooptés et de chauffeurs de camion et assure la logistique du transport routier de la drogue et du stockage du fret jusqu’au moment de sa dissimulation dans les conteneurs. Son moyen de transport favori étant les camions.

-La quatrième organisation criminelle, établie dans la région de Braz, à São Paulo, agit comme une banque parallèle, fournissant son réseau de comptes bancaires (portant des noms de sociétés fantômes, des sociétés écrans ou au nom d’emprunts, surnommés «oranges» là-bas) pour le mouvement des ressources de tiers, à partir de origine illicite, par le biais du contrôle de crédit / débit, dont les remboursements sont effectués en nature et auprès des TED, y compris l’indemnisation des mouvements survenus à l’étranger (« câble dollar ») ». C’est elle le banquier de tout le monde, donc.

Quatre endroits et quatre organisations, mais fonctionnant toutes de la même façon, car tout provient en fait… du Paraguay (nous y voici revenus, vous comprenez mieux maintenant le long séjour que nous y avions fait en 2018 !) : « les arrestations flagrantes et les saisies de drogue tout au long des enquêtes ont caractérisé un modus operandi divisé en trois phases: internement de cocaïne à travers la frontière avec le Paraguay et stockage à l’intérieur de São Paulo; transport interne du médicament vers les régions de transport maritime et stockage dans des entrepôts; le transport international en chargeant la drogue sur des cargos (contamination des conteneurs) ou des voiliers ». En fait, c’est tout ce à quoi on assiste depuis…. 20 ans et qui comme moi désole l’ami Marc Fievet, effaré comme je le suis de l’augmentation considérable des saisies depuis ces dernières années. Des tonnage devenus monstrueux !!! On a aussi attrapé un caïd à l’occasion : « au cours de la phase confidentielle des enquêtes, 12 personnes ont été arrêtées et plus de 11 tonnes de cocaïne ont été saisies, au Brésil et en Europe, dans le cadre du plan pénal. Parmi ces prisonniers se trouvait un important trafiquant de drogue qui est resté fugitif de la justice brésilienne pendant 10 ans et était recherché par la police fédérale et la National Crime Agency – NCA, au Royaume-Uni. Il a été arrêté à Jundiaí, São Paulo, en mars 2019″. Ci-dessous l’Embrasser EMB-550 Legacy 500 (N°55000019) de Mahil Participacoes e Empreendimentos Ltd basé à l’aéroport de Jundiai. Elle aussi sur la liste de la BNDES.

Jundiai est l’un des cas les plus intéressants, car sur place les policiers ont découvert les préparatifs d’une reconversion inquiétante des trafiquants, alors en train de se mettre en place dans une villa de 300 mètres carrés à l ‘allure tout ce qu’il y a de plus discrète (ici à droite) : « selon la Deic (Département d’État des enquêtes criminelles), la drogue synthétique a été produite dans deux propriétés, à l’intérieur d’un condominium de luxe dans le quartier Jardim Teresa Cristina. Dans les deux endroits, selon la police, des équipements utilisés dans les industries pharmaceutiques pour fabriquer des pilules ont été installés. En outre, des produits chimiques utilisés pour fabriquer les drogues ont également été saisis. La quantité de drogues et de fournitures saisies n’a pas été signalée ». Très organisés, les trafiquants utilisaient, une fois la drogue fabriquée, une ferme et son hangar comme dépôt, située à peine à 25 km du lieu de production ! La drogue synthétique, relativement facile à produire, rapporte bien davantage que la coke on le sait ! Facile, mais parfois dangereux pour des amateurs : les policiers en ouvrant la villa ont la surprise d’y découvrir son propriétaire, qui fait aussi dans la construction d’immeubles, les jambes brûlées. Quelques jours avant la rafle, l’un de ses entrepôts extérieurs à sauté dans une explosion: c’est cela qui arrive parfois quand on veut jouer au petit chimiste sans en avoir la formation, ce qu’avouera candidement le malfaiteur en se présentant comme « autodidacte ‘ de la question ! Il n’avait effectivement aucun diplôme… ni d’ailleurs aucun casier judiciaire à ce jour ! En février, le policier avaient fait une découverte similaire dans un appartement de Jundaï toujours, transformé en mini-laboratoire : la matière première provenait du Mexique, via Goiás, puis avait été transportée à Jundiaí pour y être transformée en drogue synthétique, destinée aux de soirées de rave dans l’État de São Paulo». Des devises argentines, colombiennes, paraguayennes et brésiliennes avaient été saisies. Toutes les photos d’aéroport ci-dessus ont été prises à Jundiai, ville ici à gauche (au 23° 11′ 11″ S et 46° 53′ 03″ O). Un cas plus qu’intéressant, donc, dont on sera amener à reparler bientôt je pense… tant le trafic y est intense !

La surprise du jet à 1 dollar !
Les enquêtes contre le narco-trafic sont parfois comme des boules de billard : leurs ricochets provoquent des dégâts inattendus. Celui que je vous ai découvert cette fois résout pour moi une vieille intrigue qui durait depuis le 31 octobre 2018, date de parution d’un article sur le Paraguay et la coke. Sur le parking  de l’aéroport international Silvio Pettirossi d’Asuncion, rappelez-vous, on avait parqué à l’extérieur pas mal d’avions qui tous s’étaient avérés maquillés, la plupart rachetés à bas prix après un accident et retapés en douce alors qu’ils n’auraient jamais dû revoler. Des Cessna, pour la plupart, à trois exceptions près : un gros Fokker, le ZP-CFL, qui terminera sa carrière, une fois ses réacteurs démontés au... musée de l’histoire des « Lineas Aéreas Paraguayas » à quelques encablures de l’aéroport, un Jetstream 31, immatriculé  N904EH, dont on sera amené à reparler et enfin, l’objet de l’intrigue du jour ici à droite sur la photo, un Cessna Citation dont l’immatriculation avait disparu :

J’avais alors écrit :  « à noter que le Cessna 560XL Citation Excel (c’était en fait un Cessna 560 Citation V !) sur la droite, appareil de taille plus imposante, un biréacteur d’affaires, avait vu son immatriculation effacée; c’est pourtant bien le PP-ISJ; ex TAF Linhas Aéreas et ex N60S vendu dès 2000 au Brésil par la minuscule North States Aviation Sales, Inc. La même année de la saisie, ce Citation particulier avait vu ses marquages tous effacés, note le bien renseigné Airliners. Visiblement, il n’avait plus de propriétaire !!! L’appareil avait été bloqué, on peut fortement le supposer, pour les mêmes raisons » … que pour les Cessna à ses côtés donc, avais-je pu dire, à savoir pour trafic de drogue comme supposition. Or ce n’est pas du tout le cas, mais ça je ne viens de l’apprendre que tout récemment, à la suite des investigations faites autour des perquisitions récentes.

Entre temps, j’avais retrouvé une étonnante photo de celui, mis à l’écart un peu à l’ombre dans un endroit où l’on pouvait distinguer aussi des palmiers (c’était en 2009-2010 à l’aéroport Salvador Dep. Luis Eduardo Magalhães en fait), alors muni de son immatriculation « ordinaire », car il n’avait pas eu beaucoup de propriétaire : il n’avait été auparavant en effet que PT-OZB chez Brasif Overseas Holding Ltd en 1994, puis N60NS pour North States Aviation Sales Grand Rapids (Michigan) cinq ans plus tard avant de devenir PP-ISJ en août 2000. :

Evidemment un engin de cette taille et réputé, construit à 667 exemplaires, resté sans aucune information sur le pourquoi de sa présence à cet endroit précis, haut lieu du trafic de cocaïne comme ça se confirme encore plus ces derniers temps avec notre enquête brésilienne, avait plus qu’intrigué.  Mais pendant deux années, rien, nada, j’avais eu beau régulièrement fureter sur le net, pas une explication sur ce jet abandonné en bon état. En mai 2004, quand on l’avait mis au chaud dans un hangar, un commentateur était venu le saluer avec un « Nice and clean Bizjet« . Derrière-lui il y avait un autre Citation II 550, le PT-LNC, de TAF également (1).

Or, surprise avec un communiqué qui nous explique son incroyable histoire, laquelle n’a rien à voir avec de la drogue. mais bien avec de la corruption et surtout une incroyable magouille. En 2005, Distribuidora Farmacêutica Panarello Ltda, une société de Goiás, au Brésil et le groupe Ceará Agripec-Nufarm, propriété du millionnaire Jorge Alberto Vieira Studart Gomes, ont vendu ce Citation de 1994 (le PP-ISJ) à une autre société appelée Linknet pour 2 millions de dollars US. En fait c’est le prix du leasing dessus, l’avion valant en fait 20 millions de dollars. C’est là que la magouille à commencé : après avoir reçu 99% de la somme due pour l’avion, Linknet a revendu le même avion pour la somme dérisoire de….  un dollar à la société Black Forest, qui est en fait soupçonnée d’appartenir au même groupe de Ceará, mais qui est basée celle-là dans les îles Vierges britanniques, le paradis fiscal bien connu des Caraïbes.  Un dollar le jet !!! Cinq ans plus tard, le 10 août 2010 (l’avion à la même époque à peu près ici à gauche), Linknet devait donc livrer en retour l’avion à Panarello et Agripec-Nufarm (Nufarm est australien, on le rappelle, ce qui complique la chose !), l’avion revenant chez lui donc après cette entourloupe administrative… Mais l’avion, resté coincé au Paraguay, n’est jamais revenu au Brésil, en fait, et ce n’est qu’en 2019, à la suite de longues démarches administratives mandatées par la Cour de justice de Goiás, que celle-ci a constaté, grâce à des documents (enfin) obtenus du Paraguay, que l’avion avait été entretemps revendu pour 1 dollar seulement. Le débat portant en fait sur le leasing de l’appareil, que le jugement expliquera simplement ainsi : « c‘est comme louer un appartement par exemple; ou comme une location de voiture. Vous avez un délai, c’est fini, rendez-le. Une fois payé les loyers, il revient au propriétaire, à savoir… Cessna. « Au bout de 120 mois (10 ans, la durée du bail) , l’aéronef doit quitter le pays, retourner à son origine, puis, oui, être acquis par le cessionnaire, ou par le locataire, ou par son successeur« … « Au vu des allégations des accusés, le juge de la procédure d’alors a fini par rejeter l’appel de la victime, au motif que, dans le cas du leasing opérationnel, les sommes versées étaient de nature locative, et que, à la fin du bail, l’avion a été emmené du Brésil pour être renvoyé à Cessna. » L’affaire risquant de coûter au final très gros au propriétaire indélicat : « le bail est un contrat très soigné, dans lequel le non-respect d’une des clauses entraîne de très lourdes amendes devant cette société nord-américaine. Pour que Vos Excellences aient une idée, si l’avion a été livré et que vous n’avez pas tous les éléments composés pour son retour, le propriétaire Cessna paiera le montant nécessaire pour placer l’avion dans cet état, plus le transport, le coût et un abri adéquat, plus le loyer quotidien de 1 698,52 $ par jour jusqu’à ce que le propriétaire soit en mesure de faire preuve de diligence raisonnable pour placer l’avion dans ces conditions. » Au cœur de l’affaire un ponte brésilien, l’ancien président de la Fédération des industries du Ceará (FIEC), l’homme d’affaires Jorge Alberto Vieira Studart Gomes, qui fait aujourd’hui l’objet d’une enquête de la police civile de Goiânia sur des accusations de fraude et de mensonge sur la vente de ce jet Citation… qui à un moment de son existence a donc valu 1 dollar seulement, mais devrait lui coûter une fortune aujourd’hui (6 millions de dollars au bas mot pour 10 ans d’immobilisation, sans compter sa remise en état !) …

 

(1) lui aussi est bien connu : repeint avec des couleurs très voyantes (ici à droite) , il avait été acheté par le chanteur Luan Santana (ici à droite) : « un  vieux coucou lui aussi datant de 1980, ex N6800Z chez Ryan Group Aviation Inc, puis N17RG chez le même pour passer en 1987 avec cette immatriculation chez Teterboro Aircraft Service Inc puis Skylease of Delaware Inc avant d’émigrer au Brésil chez Defensa Agrochemical Corp le 27 août 1998 et ensuite chez TAF – Transporte Aéreo Fortaleza ».

 

document vidéo à voir :

https://g1.globo.com/fantastico/noticia/2020/09/20/video-mostra-cacada-aerea-a-traficantes-que-trazem-toneladas-de-cocaina-para-o-brasil.ghtml

 

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