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Coke en stock (CCCXXIII) : coup de théâtre, la pourvoyeuse d’avions enfin arrêtée !!! (3)

Nous n’avons pas encore épuisé l’abondant réquisitoire du juge Mazzant chargé de l’affaire Debra Lynn Mercer-Erwin, la patronne d’Aircraft Guaranty Group.

Les quatorze premiers cas observés dans le précédent article nous donnent déjà un tableau affolant du tonnage de cocaïne que ces avions « anonymisés » ont amené en Amérique Centrale, en se fournissant pour la plupart au Venezuela. Avec à la clé des cas pendables comme j’ai pu vous le conter ici depuis des années. Cela rapportait de l’argent, mais ça ne semble pas avoir suffit à l’appétit de la dame, qui en plus, y a ajouté toute une cavalcade financière établie par le juge comme suivant un schéma typique de Ponzi, dans lequel, on le sait, seuls ceux placés (par eux-mêmes) au sommet de la pyramide touchent le gros lot. On aura ravagé des Etats entiers pour le seul goût du lucre !!

 

Avec le N939RR, notre quinzième cas d’étude retenu par le juge, Villaurrutia avait encore augmenté la dose (si on peut dire) : cette fois c’était un gros bimoteur à réaction, un vieux Gulfstream qui avait joué les avions de brousse à San Andres, dans le Peten. Selon notre juge, « vers le 11 janvier 2017, Texton a acheté le N939RR et l’a enregistré auprès de la FAA sous Texton. Villaurrutia est l’unique propriétaire et président de Texton. Malgré les déclarations de Texton selon lesquelles il était propriétaire de l’aéronef, d’autres entités ont financé et exploité l’appareil. Le 29 mai 2018 ou vers cette date, Villaurrutia a désenregistré l’appareil pour l’exporter vers le Mexique. Le 16 décembre 2019 ou vers cette date, l’aéronef a été saisi au Guatemala avec environ 2 572 kilogrammes de cocaïne » (oui, vous avez bien lui : deux tonnes et demie à bord, un sacré record). « TWA n’avait fait aucun dépôt d’exportation », note le juge. Or, extérieurement il affichait être devenu le XB-PVI !!! On l’avait retrouvé, comme beaucoup d’autres, l’intérieur dévasté et vidé pour faire place à l’énorme chargement de cocaïne, celle-ci ayant été retrouvée à proximité dans deux pick-ups. Son arrivée avait été détectée et filmée de bout en bout par le Cessna-espion de l’armée mexicaine (un Cessna Citation 560 (OT-47B, numéroté FAC5764).

Avec le N990PA, il était revenu à se anciens amours : les jets privés des tous débuts. « Le 9 mai 2018 ou vers cette date, Villaurrutia a acheté le N990PA et l’a enregistré auprès de la FAA sous TWA. Malgré les déclarations de TWA selon lesquelles il était propriétaire de l’aéronef, d’autres entités ont financé et exploité l’aéronef. Le 22 mars 2019 ou vers cette date, l’avion s’est écrasé au Honduras avec un kilogramme de cocaïne à bord et une arme à feu. Le 25 mars 2019, Villaurrutia a désenregistré l’avion en reconnaissant qu’il avait été exporté et avait été détruit. TWA et ses co-conspirateurs n’avaient fait aucune demande d’exportation ».

On reste toujours chez le même avionneur avec le N368AG, ce qui implique le retour vers les vieux Gulfstream, avec cet exemplaire à la décoration fort particulière et fort reconnaissable. « Vers le 2 août 2019, Villaurrutia a acheté le N368AG et l’a enregistré auprès de la FAA sous TWA. Villaurrutia a conclu un accord de sûreté aérienne avec AW Asset Holdings, LLC, une société située à Plano, Texas (dirigée par Francisco Daniel Dauajare). AW Asset Holdings a conclu cet accord avec TWA vers le 2 août 2019. Vers le 2 août 2019, Villaurrutia a déposé une déclaration d’opération internationale pour voler de Wichita, Kansas à Cancun, Mexique. TWA et ses co-conspirateurs n’ont fait aucun des dépôts d’exportation. Le 15 octobre 2019 ou vers cette date, cet avion a été vendu à SMB G-IV IX LLC (de Longwood en Floride).«   L’appareil est resté un mois tout juste chez TWA. La société appartient à Seth Bernstein, d’Alliance Bernstein, une société d’assurance de Nashville, dont 64 % est détenu par l’assureur français AXA !!! On ignore ce qu’en pense son PDG Thomas Buberl…

On reste dans le monde des vieux coucous pas cher et chez les Gulfstream avec le N2000 (un beau brûleur de gomme, ici à droite), le N°56 de production seulement : il date en effet de 1969 !!!. « Le 29 octobre 2016 ou vers cette date, Villaurrutia a enregistré le N2000 à la FAA par l’intermédiaire de Ford Electric Co » (une autre de ses entités que TWA, pour brouiller plus encore les pistes). « Le 31 octobre 2016 ou vers cette date, Hadid Design et Management LLC a vendu N2000 à Ford Electric Co. Vers le 1er novembre 2016, Villaurrutia a déposé une déclaration d’opérations internationales pour un vol au départ de Nassau, Bahamas à Opa Locka, en Floride. Vers mars 2017, Michael Marcos a tenté d’utiliser le N2000 pour effectuer une livraison de stupéfiants. Vers le 11 décembre 2017, Carlos Villaurrutia par l’intermédiaire de Ford Electronic Co. a vendu le N2000 à Soto Santiago William. L’acte de vente correspondant a été déposé le ou vers le 10 janvier 2018. » Le dénommé Michael Marcos renvoie à une autre société accusée elle aussi : c’est en effet le « Managing Member » de Jetnet, LLC, moult fois cité aussi dans des affaires de transport de cocaïne. Et lui aussi aujourd’hui accusé !

Détail amusant, le 20 février dernier, l’avion faisait un vol en rond au-dessus de Sao-Paulo au Brésil. Soto Santiago William est un prêcheur portoricain !!!

Avec le suivant, on change de crémerie, ce n’est plus TWA et on retombe sur une des plus étonnantes histoire de ces dernière années, avec des trafiquants pas trop futés et des pilotes casse-cou, qui se fichent comme de l’an quarante de leur monture. Ils sont là pour un voyage grassement rémunéré, point barre : si ça tourne court, ce n’est pas leur problème : il laissent tout en plan, avion compris !! C’est ça, les mercenaires volants ! « Le 25 novembre 2015 ou vers cette date, Exmegs Marketing, LLC, a vendu N466MM à Projets, Inc. Le 25 décembre 2015 ou vers cette date, Projets, Inc. a enregistré le N466MM auprès de la FAA. Vers le 30 octobre 2018, Projets, Inc. a vendu le N466MM à Jetnet LLC. Le N466MM était un Hawker 700A. Le 30 novembre, ou vers cette date, 2018, un Hawker 700A a tenté d’atterrir sur une piste d’atterrissage clandestine au Belize, mais a avorté son plan d’atterrissage et atterri à l’aéroport de Chetumal au Mexique. Cet avion portait un numéro d’enregistrement modifié NN886N. Le pilote a abandonné l’avion. L’avion contenait 1 556 kilogrammes de cocaïne. L’avion avait également deux Moteurs Honeywell de la série TFE731 avec les numéros de série P84284 et P76292. Selon le documents de la FAA, ces numéros de série sont attribués à N466MM, l’avion immatriculé à Jetnet, LLC par Michael Marcos et loué au ressortissant mexicain Luis Alberto Romero Rosales. Le 14 décembre 2018 ou vers cette date, Marcos a désenregistré l’avion et a noté qu’il a été vendu à un acheteur étranger et exporté au Mexique alors qu’il était sous la garde du gouvernement mexicain. Aucun dossier d’exportation n’a été effectué pour cet aéronef ».  J’ai déjà raconté l’aventure ici, y compris le détail qui tue : les trafiquants sous doués en lecture avaient collé l’immatriculation à l’envers, en fait, le NN886N devant être le N988NN !!! L’appareil serait toujours parqué où il a été saisi, visiblement en train de pourrir sur place, comme on peut le voir sur Google Earth :

On reste avec  notre juge chez ProJets où, « vers le 10 août 2020, Horizons Ahead, LLC a vendu le N384AB. Vers le 14 août 2020, Projets, Inc. a déposé une déclaration de Opération internationale pour un vol à Monterrey, Mexique. Le 17 août 2020 ou vers cette date, le numéro d’enregistrement N384AB a été changé en N884AB. Le 25 août ou vers cette date, en 2020, Marcos a déposé une déclaration d’opération internationale auprès de la FAA pour un vol de Houston, Texas à Monterrey, au Mexique. Le 26 août 2020 ou vers cette date, Marcos a radié N884AB auprès de la FAA et l’a vendu à Vander Servicios y Comercial, SA de CV, une entreprise mexicaine. Un dossier d’exportation listant Vander Servicios a été réalisé à cet effet. Après le 26 août 2020, il a été interdit d’afficher le numéro de queue N884AB sur tout avion parce que c’est un numéro désenregistré. Le 29 août 2020 ou vers cette date, le gouvernement mexicain a saisi le N884AB comme étant un avion apatride. Selon ses pilotes, l’avion avait pour vrai propriétaire Hector Sanchez Garcia, de Guadalajara, de Jalisco, au Mexique. Cet individu aurait dû figurer sur la demande d’exportation ». L’avion a été acheté récemment à Vander Servcios y Comercial SA de CV (la société de Garcia), le 22 novembre 2020 par Jetsteam Aviation Inc, à Cheyenne dans le Yoming, autre société appartenant à Antonio Cedillo Medina (ici à gauche) le responsable d’une autre entreprise douteuse comme je l’ai déjà fait remarquer ici. Le passage de relais illicite a été fait, il semble bien… C’est à elle qu’appartenait le petit N11SB exporté au Mexique le 18 mars 2019  et surtout le Hawker HS 125-700A de 1981 immatriculé N966RJ, numéro de fabrication 257129… retrouvé dissimulé sous des feuillages au Venezuela (ci-dessus à droite) !! Or L’adresse de Jetsteam est la même que celle de… TWA : 1712 Pioneer avenue, Cheyenne, comme d’ailleurs Ford Electric Co, et Texton Enterprises, LLC !!! Là aussi, le FBI et le juge devraient aller un peu fouiner il me semble… (j’ai décrit cet improbable bureau ici).

Avec le N740HB, on reste chez Hawker, l’avion transporteur de coke le plus observé avec le Gulfstream II et III ces dernières années. « Le 10 juin 2019 ou vers cette date, le N740HB a été vendu par PIBSA Ignerio Construccion Industrial (PIBSA) à Victor Gilberto Alverez, un citoyen mexicain. Vers le 24 mai 2020, un avion avec le numéro d’immatriculation fictif N740HBH est arrivé du Hobby Airport à Houston, Texas à Durango, au Mexique. Le véritable numéro d’immatriculation de cet avion était en fait le N740HB. L’inscription à la FAA donne des documents pour le N740HB attribués à Global Jets LLC, une société appartenant à Michael Marcos en tant que propriétaire fiduciaire et PIBSA Ignerio Construccion Industrial (PIBSA) en tant qu’opérateur. Cependant, le dépôt du système automatisé d’information sur les passagers pour le N740HB est répertorié dans le monde chez Jets LLC en tant qu’opérateur et Victor Gilberto Alverez, à Toluca au Mexique, en tant que propriétaire. Victor Gilberto Alverez ne figure pas sur l’enregistrement de la FAA. Aucun dépôt d’exportation n’a été effectué pour cet avion ». Si cet avion « récent » datant de 2005 sert un jour à un transfert illicite, on aura pas de mal à le déguiser : il est déjà intégralement blanc (comme on le fait en général pour des avions destinés à être revendus) !!!

On termine avec le N777EH, le vingt-deuxième cas retenu à charge, un autre Hawker encore, pris lui aussi avec de le coke à son bord. « Le 26 janvier 2018 ou vers cette date, la FAA a reçu un acte de vente pour N777EH, en notant que Projets, Inc. a acheté le N777EH de Charter Equipment Leasing LLC. Le même jour, Michael Marcos a déposé une demande d’immatriculation d’aéronef pour le N777EH au nom de Projets, Inc. Le 27 février 2018 ou vers cette date, la FAA a reçu un acte de vente notant la vente de N777EH de Projets Inc. à Jet Net LLC comme curateur. Le 26 janvier 2020 ou vers cette date, les passagers en attente d’embarquement sur le N777EH ont été arrêtés sur le tarmac avec environ 168 kilogrammes de cocaïne à bord. L’avion était placé sous la surveillance colombienne. Le 27 janvier 2020 ou vers cette date, Michael Marcos, en tant que membre directeur de Jetnet, LLC, a vendu le N777EH à Jesus Arteaga Morales. Cela le même jour où Michael Marcos a désenregistré l’avion auprès de la FAA pour l’exportation vers le Mexique. Ces dépôts ont eu lieu alors que l’avion était toujours sous la garde de la Colombie. Aucun dossier d’exportation n’a été fait pour cet avion ». J’avais évoqué l’affaire ici, déjà, mais il semble que ce soit perdu entre deux épisodes (mal) recoupés par mes soins. Voici donc ci-dessous ce que j’avais dit à l’époque…

Un aller direct Colombie-Mexique qui se termine à la case prison

Le 30 janvier (2020), pour finir en beauté ce mois si bien commencé question trafic, on retrouve… un Hawker 700 cette fois, enregistré dans le Trustee bien connu de location d’avions JetNet sous l’immatriculation N777EH (depuis 1999, il a été successivement N311JD, N818, N125MM, VR-BHE et a débuté ses vols en G-EFPT en mars 1981). C’est le numéro 257020 de fabrication, qui devait partir ce jour-là d’El Dorado (Colombie), destination Tapachula, au Mexique, et qui s’est fait pincer avec à bord 181 kilos de drogue (de la coke) dont 19 kilos de 2CB ( « tucibi » ), ou « cocaïne rose », une drogue  synthétique ; le tout dissimulé dans de grandes valises. L’avion avait été tout simplement loué par les trafiquants, au tarif de près de 2 millions 500 000 pesos (mexicains, soit 132 650 dollars). Parmi les passagers arrêtés deux jeunes étudiants en droit (cf la photo dans le chapitre ci-dessus), Fernando López Balarte (26 ans), Elizbeth Margarita Acosta (23ans) et Brenda Frías Tager (49 ans) qui, elle, vend des vêtements au Mexique. Tous les trois incapables d’expliquer à la police où ils avaient bien trouver l’argent nécessaire à la location de l’avion. Ils prétendaient vouloir « faire du tourisme » au Mexique (alors qu’ils sont mexicains) et avaient obtenu leur passeport deux jours seulement avant leur arrivée en Colombie, qui avait eu lieu le 24 janvier. Ils encourent depuis 18 ans de prison. Les policiers colombiens interrogeaient toujours au moment de leur arrestation les quatre téléphones portables et une tablette qui avaient été saisis, et qui devaient éclairer sur leur tentative avortée de transférer cette cocaïne directement au Mexique. De l’amateurisme, visiblement, de l’improvisation, à contrario des efforts importants d’infrastructure décrits auparavant dans cet article par les trafiquants chevronnés. Et au bout, trois jeunes étudiants aux vies brisées, ne l’oublions pas.

En plus du trafic, un schéma de Ponzi flagrant 

Si Debbie Mercer-Erwin, Kaleigh Moffett, plus Ferederico Machado (de SAI, South Aviation et PAF, Pampa Aircraft Financing), Carlos Villaurrutia, (Texton, TWA International, et Ford Electric), plus les autres cités ici peuvent craindre pour leur avenir derrière des barreaux, il n’y a pas que pour avoir largement servi de relais aux revendeurs d’avion à des trafiquants (ou de l’avoir été eux-mêmes pour les deux derniers cités (nota : l’adresse de Pampa Aircraft Financing est celle d’un hangar-bureau sur l’aéroport de Fort Lauderdale, ici à droite). Ce qu’a découvert le juge lors de son enquête est tout aussi grave, et doublement grave dira-t-on, pour eux. Dans le site, les deux femmes responsables sont toutes deux présentées comme des « escrow ». Attention, en anglais c’est un faux ami, mais dans la réalité ce sont en effet deux escrocs. Le mot décrit en effet « le travail d’un intermédiaire financier de confiance qui détient des fonds dans un compte sécurisé, le temps que la transaction entre acheteur et vendeur se réalise ». C’est en fait un peu plus compliqué que ça et ça se fait en trois étapes (la finance c’est toujours un peu compliqué nous explique pédagogiquement le juge) :

« Étape 1: l’acheteur identifie un avion qu’il souhaite acheter. Il y a généralement une période pendant laquelle l’acheteur effectuera une diligence raisonnable sur l’avion. Afin de garantir que le vendeur ne continue pas à commercialiser l’avion, l’acheteur acceptera de fournir un dépôt d’argent remboursable. L’acheteur et le vendeur accepteront les conditions qui, si elles sont remplies, rendront le dépôt non remboursable. Habituellement, le « durcissement » du dépôt en un dépôt non-remboursable  dépend du fait que l’avion a réussi ou non une inspection initiée par l’acheteur.
• Étape 2: L’acheteur s’assure généralement auprès d’un prêteur pour l’aider à fournir des fonds pour la totalité du prix d’achat de l’avion. Le prêt est pour l’achat de l’avion, non le dépôt. Si un acheteur n’a pas les moyens de payer le dépôt, il signale au vendeur qu’il est incapable d’acheter l’avion.
• Étape 3: l’acheteur et le vendeur concluent un accord d’entiercement avec un agent de séquestre. L’agent détient le dépôt remboursable de l’acheteur dans un compte et contrôle le décaissement des fonds. S’il y a un différend entre l’acheteur et le vendeur sur le point de savoir si le dépôt est devenu non remboursable dans les conditions de l’accord des parties, l’agent séquestre décidera de la contester et décaisser les fonds en conséquence.
• Étape 4: Une fois la vente terminée, l’acheteur vend généralement l’avion à une entreprise pour un prix demandé plus élevé. Parfois, le deuxième acheteur s’est déjà aligné avant d’acheter l’avion du vendeur. »

Et là, Aircraft Guaranty Corp a introduit discrètement une variante à sa façon :  « tout d’abord, l’argent du prêt sert au dépôt remboursable et non à l’achat de l’avion. Deuxièmement, la vente de l’avion n’est jamais consommée car l’avion n’existe plus ou appartient à quelqu’un d’autre ». Après, si l’on décide de profiter de l’argent déposé, et le dépenser, ce qui a été le cas, il faut donc constamment rechercher de nouveaux acheteurs, pour remplir les comptes vidés, en proposant des avions quais inaccessibles, car situés trop loin par exemple et ne pouvant être visités par l’acheteur potentiel (on a même proposé des avions de ligne qui bougeaient donc tout le temps !). Et c’est justement ce qu’a fait Aircraft Guaranty Corp en un véritable schéma de Ponzi, une cavalerie sans fin et une escroquerie totale destinée à enrichir la tête du réseau seulement (comme chez nos « chevaliers » trumpiens !!). « Vers le 27 septembre 2019″ relève le juge, « SAI (South Aviation, Inc.), et WBAT (Wright Brothers Aircraft Title) ont conclu une série d’accords pour la vente d’un avion invendable. L’avion était invendable car il appartenait à une compagnie aérienne privée et était situé en Chine » (le juge cite aussi All Nippon Airways Co, firme japonaise, et Air India, pour lequel un versement de 550 000 dollars, a été absorbé sans contrepartie). « Le 27 septembre 2019 ou vers cette date, une société connue du grand jury sous le nom d’UC1 et SAI ont conclu une lettre d’accord, concernant un dépôt remboursable sur un avion. Machado a signé cet accord au nom de SAI. Le même jour, UC1 a conclu un accord d’entiercement avec WBAT. Mercer a signé cet accord au nom de WBAT »…. (nota :  » l’entiercement » est un concept anglo-saxon (« escrow agreement ») qui consiste, pour le fournisseur d’un produit ou d’un service, à confier à un tiers pour séquestrer des éléments essentiels (logiciels, bases de données, documents, etc.) à l’usage de ce produit, ou à la réalisation de ce service ».

S’ils sont condamnés, les accusés sont passibles d’un minimum de 10 ans d’emprisonnement, ou jusqu’à 20 ans pour les infractions de blanchiment d’argent, d’exportation et de fraude électronique. Mais aussi la perpétuité pour les accusations de « complot de drogue »… Dur atterrissage pour eux ! Ici ça ne faisait que six ans au final que je dénonçais leurs méfaits : depuis la création même de leur entreprise véreuse !!! Et le temps m’a paru un peu long, avant de les voir (enfin) tomber, je vous avoue…

Le hic, c’est qu’il y en a d’autres, de sociétés du même genre

Le problème, c’est que Aircraft Guaranty Corp n’est pas la seule sur ce marché. Et que c’est donc la loi américaine qui régit ces sociétés qu’il faut changer, en durcissant les conditions d’admission ou les contrôles si l’on veut que ça s’arrête vraiment. En mars 200, j’avais en effet relevé ceci, avec le cas pendable d’Otto Herrera, sanguinaire trafiquant notoire lui aussi, échappé de sa prison mexicaine en 2005  (1): « son organisation gérait de l’argent pour le cartel de Cali et pour le cartel de Sinaloa et envoyait de l’argent en Amérique du Nord et du Sud; Selon le dossier, devant un tribunal de district de Floride, entre octobre 2003 et juin 2006, le cartel de Sinaloa a effectué 35 virements électroniques pour 3,3 millions de dollars depuis des bureaux de change du Mexique vers les États-Unis. pour acheter des avions. Le dossier répertorie parmi les accusés Joaquín el Chapo Guzmán, chef du cartel de Sinaloa, le colombien Jorge Miltón Cifuentes Vila, Otto Herrera et son frère Guillermo. » Et le procédé était bien le même : Un peu plus d’un douzaine d’avions ont été sélectionnés et achetés par lui.  » Ces transferts du cartel de Sinaloa ont permis d’acheter 13 avions à des sociétés américaines. Les avions ont été emmenés au Venezuela et en Colombie, où ils ont été chargés de cocaïne et dirigés vers l’Amérique centrale ou le Mexique. L’un des avions achetés par Herrera aux États-Unis a été saisi près de la rivière Usumacinta, au Guatemala, en janvier 2004, avec deux tonnes de cocaïne à bord ».  L’appareil, un Beechraft 200, était immatriculé N183A selon l’ouvrage « El cártel incómodo (en fait c’est le N193A, voir plus loin !): « El fin de los Beltrán Leyva y la hegemonía del Chapo Guzmán » de José Reveles Morado. « Cet avion a été acheté par le truchement du trust Powell Aircraft Title Services aux États-Unis (http://airtitle.com), ouvert au cartel de Sinaloa, selon des informations que le délégué en chef de la DEA au Mexique, David Gaddis, a envoyées au procureur général de la République (PGR). Ces avions je vous les avais présentés ici comme étant ceux d’El Chapo :sorti du tunnel, El Chapo a pris l’avion.  Il a toujours adoré les avions, en fait : il en acheté pas mal (est cité un peu partout le chiffre de treize exemplaires, rien qu’à titre personnel). Il avait démarré tôt ce goût pour les avions en Colombie, le 11 septembre 2005, jour où l’armée de l’air colombienne avait détecté un appareil King Air 65-C90 immatriculé N193A, se dirigeant vers l’île de San Andrés, lieu où sera arrêté le pilote avec 300 kilos de coke à bord. L’avion avait été acheté 415 000 dollars, à Powell Aircraft Title Services, (2) par le biais de six transferts électroniques effectués par Angelina Huerta García, David Alejo Lázaro, Édgar García Roa, Esteban García Campos et Tania Martínez Rodríguez les 25 et 26 juillet 2005, par l’intermédiaire de la branche de la Casa de Cambio Puebla.  Les transferts d’argent avaient été envoyés au compte 00-28680-48493 de la succursale de Bank of America de New York !!!  Casa de Cambio Puebla allait tomber plus tard avec la gestion de d’argent pour l’achat d’avions américains pour le cartel de Sinaloa, après la saisie au Guatemala, en octobre 2003, de près de 2 tonnes de cocaïne à bord d’un avion Beach Craft King Air 200, numéroté N694FC, (ex Guatemalan Air Force, ici à droite) posé près de la rivière Usumacinta. L’avion avait été acheté par par Jorge Milton Cifuentes Villa alias « Jota » ou  » J », par 20 transferts électroniques d’une valeur totale de 1, 289 million de dollars.  Les noms utilisés ayant été Juan Granados Patiño, Fernando Camargo López, Raquel Aguirre Reséndiz y María Aurelia Trejo Valle. Le 19 août 2005, le N193A confisqué passait chez l’armée colombienne sous l’appellation FAC5730 (ici en haut à droite) ». Bref, tant qu’on ne change pas les règles…

Dernier point, sur lequel je reviendrai plus tard : cet avion particulier à la drôle d’allure, ci-dessous, bardé d’équipements, le Beechcraft B350 (N389DD) est également enregistré chez Aircraft Guaranty Corp. On l’a vu en Libye (comme ci-dessous) mais aussi au Mali. Et là, c’est une autre histoire encore (lire ici)… et celle-là risque d’être beaucoup plus complexe encore !!!

 

(1) recapturé en 2007 (comme El Chapo), à Bogota, en Colombie après deux années de cavale, il avait été finalement extradé en 2008 aux USA, où il encourait une très lourde peine avec ses 18 tonnes de coke transportées au total et son accusation pour blanchiment d’argent. Il en prendra en effet pour 30 ans, à effectuer au Rivers Correctional Facility en Caroline du Nord, pas vraiment un hôtel de repos… Or surprise, il sort de prison aux USA dès 2013, une annonce dissimulée par les autorités US pendant un an au moins.  Pourquoi les américains l’avaient-il aussi vite relâché, mystère…

(2)  La firme dirigée par Kimberly Thompson, ici à droite, se chargeait de tout, y compris de réinscrire l’avion comme elle l’explique encore aujourd’hui candidement sur son site : « Environ un tiers des 357 000 appareils immatriculés aujourd’hui ont des dossiers inexacts. Au moins 100 000 d’entre eux ne devraient pas se réinscrire. Une notification rapide d’un changement de propriétaire, d’adresse postale ou de destruction d’un aéronef est depuis longtemps exigée par les règlements d’immatriculation. Sans ces rapports des propriétaires, les dossiers de l’avion n’ont pas pu être mis à jour. Le registre a révoqué les enregistrements en raison de modifications non signalées. Cependant, ce processus est lent et coûteux. Dans de nombreux cas, l’immatriculation serait révoquée, mais les propriétaires dont les avis ne pouvaient être délivrés ne le savaient pas et continueraient d’utiliser leur aéronef non immatriculé. Le réenregistrement des aéronefs admissibles a lieu entre le 1er octobre 2010 et le 31 décembre 2013, mettant à jour les États-Unis le registre des aéronefs civils avec les données actuelles dérivées des contacts récents avec les propriétaires d’aéronefs. Le renouvellement de l’immatriculation tous les trois ans, avec d’autres nouveaux outils, permet à la Direction de l’immatriculation des aéronefs (Registry) de tenir à jour les informations d’immatriculation des aéronefs. « Ces améliorations nous permettront de mieux connaître l’état de l’industrie aéronautique, en particulier l’aviation générale », a déclaré Randy Babbitt, administrateur de la FAA. « Nous répondons également aux appels des forces de l’ordre et d’autres agences gouvernementales pour des données d’enregistrement plus précises et à jour. » Le réenregistrement, le renouvellement et l’expiration effaceront les avions inactifs de la base de données. La disponibilité du traitement en ligne pour de nombreux propriétaires, et des rappels périodiques de la FAA pour renouveler le certificat, devraient maintenir les gains en précision et en actualité. Cela est essentiel à la sécurité, à l’application des réglementations et à tous les niveaux de l’application des lois ». Comment donc, malgré cette belle présentation et ces belles intentions, a-t-on pu vendre un avion de cette taille à un trafiquant notoire ? Quelque chose a échappé là à l’administration US ! Thompson, elle aussi, est membre de la NAFA, la National Aircraft Finance Association (comme l’est la gestionnaire financière d’Aircraft Guaranty Corp !) , une association qui fait le pont avec le secteur bancaire par financer les achats d’avions. C’est là aussi qu’est le problème ! Dans les banques, bien sûr, qui profitent du système !!! (pour les manquements de la FAA, reconnus ici, sur ses propres registres, on peut relire aussi ceci).

Documents :

L’indispensable vidéo est ici :

Le document d’origine est ici.

Le détail de l’accusation ici.

A la fin une liste des tripatouillages financiers. On y apprend par exemple que le modèle N546MG (le Gulfstream IV n°1153 datant de 1990) a été acheté 550 000 dollars en novembre 2017, en plusieurs versements divers ne dépassant pas 217 000. Il s’était envolé le mardi 8 août 2017 de Teterboro (New-Jersey) vers Yoff, situé au… Sénégal :

L’avion a été racheté le 4 décembre 2019 par Coastal Financial, de Doral (en Floride). L’immatriculation avait été portée jusqu’ici par le Hawker 800 N°258753 devenu en 2012 mexicain, en XA-DAR.

L’autre document indispensable est ici.

La liste des avions de Aircraft Guaranty Corp est ici.

 

Articles précédents:

Coke en stock (CCCXXI) : coup de théâtre, la pourvoyeuse d’avions enfin arrêtée !!! (1)

Coke en stock (CCCXXII) : coup de théâtre, la pourvoyeuse d’avions enfin arrêtée !!! (2)

 

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