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Coke en stock (CCCXXI) : coup de théâtre, la pourvoyeuse d’avions enfin arrêtée !!! (1)

Franchement, celle-là je ne l’attendais plus : cela faisait des dizaines d’épisodes (et plusieurs années maintenant) que je vous citais ici la même pourvoyeuse d’anonymisation d’avions, celle qui a permis à des dizaines d’appareils de dissimuler leur propriétaire, ce dont avaient usé et abusé les narcotrafiquants ou certains revendeurs d’avions indélicats. Cela avait même commencé bien avant elle, qui avait racheté en 2014 la société de Connie Wood (1), qui avait inauguré le principe. Et puis, soudain, le 26 février dernier, c’est l’annonce de son arrestation et la communication de ce que lui reproche désormais le juge texan Amos Mazzant (2) chargé de son affaire, qui s’annonce lourde, très lourde. Avec elle, c’est en effet tout un pan d’un trafic qui s’effondre, car c’est une bonne demi-douzaine de fournisseurs qui tombent avec elle, ceux moult fois dénoncés ici, dont TWA International, Inc. , Projets Inc, Jetnet, LLC, Global Jets LLC , ou Carlos Rocha Villaurrutia et ses divers prête-noms (Texton, Ford Electric Co. et TWA (3)).  Enfin, je dirais, enfin !!!  Je peux enfin déboucher le champagne tant on attendait cette décision qui met un sérieux coup au trafic aérien de la cocaïne !!!  C’est pour moi, une victoire personnelle cette arrestation, je vous avoue, après l’avoir tant de fois dénoncée ici-même !

 

Rappelez-vous cette vidéo saisissante, celle du recollage en pleine forêt d’un Hawker, piloté de main de maître par un militaire guatémaltèque. L’avion s’était posé la veille pour apporter son chargement de cocaïne alors qu’il venait de Chetumal au Mexique. A l’origine de l’appareil, on retombait en effet sur un problème déjà évoqué moult fois ici (dès 2011). Celui de l’anonymisation des achats d’avions aux USA via des sociétés écrans, le même problème que l’on avait rencontré en Angleterre (4) lors de la désolante affaire Emiliano Sala et la disparition de ce si sympathique joueur de de football. Comme on a pu le voir ici, l’avion avait été récemment revendu par son dernier propriétaire du moment, le dénommé Carlos Garcia Servin, responsable d’une entreprise de construction publique appelée Amendadora THH S.A. de C.A., manifestement une société travaillant dans les travaux publics, résidant à Mexico à une adresse particulière à vrai dire (c’est celle d’un parking à voitures au bord d’une rocade !). Une vente effectuée via Aircraft Guaranty Corp à un nouvel acheteur mexicain… inconnu (« awaiting documentation« , note de façon fort peu exhaustive l’acte de vente). L’actuelle responsable d’Aircraft Guaranty Corp, organisme installé auparavant à Onalaska au Texas (minuscule ville de 2 523 habitants, en 2016 !) et désormais installé en Oklahoma signant sous le nom de Ms Debra (« Debbie ») Mercer-Erwin ci-dessous à droite).  C’est une femme, en effet et aussi la créatrice, il y a dix-neuf ans, de Wright Brothers Aircraft Title qui a racheté la société de Connie Wood en 2014 (ce dernier est décédé en janvier 2019).

Une dame bien sous tous rapports, qui pointe au Rotary-Club…

Membre du Rotary Club d’Oklahoma, elle présente tous les aspects d’une personne bien ordinaire et bien insérée dans la vie sociale quand les avions qu’elle vend se retrouvent aux mains de trafiquants notoires et que sa société ne sert qu’à dissimuler leur véritable propriétaire. Aux dernières nouvelles, comme on l’a dit, il y en avait un peu moins d’une centaine sous sa responsabilité directe (et bien plus, dix fois plus, avec l’héritage des avions de Connie Wood). On ne sait ce qu’en pensent au fond de leur tombe les frères Wright, inventeurs véritables de l’aviation, de leur avoir emprunté leur nom pour pareille activité (à droite la patronne dans une photo moins retouchée sous Photoshop que la première ici à gauche elle est au centre du cliché, lors de la fête des 15 ans de « Wright Brothers Aircraft Title, » sa première société.

A Onalaska, où était installé Connie Wood (lire ici sa saga), il y avait déjà plus de 1000 avions d’enregistrés de la sorte qui se partageaient deux boîtes aux lettres seulement. Un joli scandale en perspective ! La création d’un nom d’entreprise fictive coûtait alors à peine 5 dollars…  Pire qu’au Delaware !!! A droite, la même Mercer-Erwin nettement moins sémillante en tenue de prisonnière… On comprend son absence de sourire sur cette photo-là : elle risque gros désormais. La perpétuité, annonce-t-on déjà, parmi les options possibles pour son sort…

Le premier document qui avait alerté

Cela fait plus d’un an qu’elle était dans le collimateur de la justice US, dont la lenteur la concernant avait eu le don de m’énerver, à vrai dire. L’examen de ses transactions depuis 2014 étant pour moi sans appel, en effet. Il faudra un reportage TV bien mené pour que ça change, avec deux hommes dont j’ignore s’ils ont lu mes textes depuis des années (mais les pointages de lecteurs ici laissent entrevoir des lecteurs… texans). Un document visible ici de février 2019 cite le cas de ces deux enquêteurs curieux dépêchés par WFAA-TV, une chaîne texane justement (il s’agit Stephen Lynch, député démocrate du Massachusetts, ici à gauche, membre du House National Security Subcommittee, et de Joe Gutheinz, ancien lui-même de la Federal Aviation Administration (FAA)) qui avaient trouvé des éléments fort troublants dans ces registres bidons, qui outrepassent aussi la simple crainte de les voir être utilisés par des trafiquants seulement (la crainte d’un autre 9/11 pointe toujours à l’horizon quand il s’agît d’avions gros porteurs « anonymes »):

Leur verdict avait été très net : « deux des avions enregistrés auprès de la société de fiducie ont été nommés lors d’une enquête fédérale sur une opération massive de trafic de drogue, selon les dossiers du tribunal fédéral déposés en 2013. Voici ce que les officiers de justice fédéraux ont détaillé dans les dossiers judiciaires pour saisir l’un de ces deux avions: il avait été enregistré dans une fiducie en 2012 au nom d’une société mexicaine. Le représentant légal de la société, Fausto Velez Urbina, a été condamné en 2005 pour trafic fédéral de cocaïne et renvoyé au Mexique en 2010. Urbina a acheté l’avion auprès d’un courtier en aéronefs nommé Mauricio DeLeon pour 1,69 million de dollars. DeLeon avait été lié par des enquêteurs à l’ancien chef du Cartel du Golfe Osiel Cardenas-Guillen. Cardenas-Guillen, désormais enfermé dans une prison fédérale aux États-Unis. Il a fondé le très redouté groupe de Los Zetas, composé d’anciens commandos militaires qui ont servi d’assassins impitoyables pour le cartel. Et ce n’est pas tout… (ici à droite l’arrestation le 9 février 2018 de José Maria Guizar Valencia alias Z43,  un des chefs du cartel, avec devant lui et ses acolytes l’impressionnante panoplie d’armes saisies.)

Un fonctionnement qui questionnait

L’article évoquait Onalaska (1764 habitants seulement, aujourd’hui !) de façon provocante, « une ville avec 1000 avions déclarés et pas d’aérodrome« . L’avion atterri aux mains du cartel avait une histoire intéressante en effet : tout avait commencé il y a un peu plus de quatre ans avec cet appareil… introuvable :  « en 2016, la Drug Enforcement Administration a saisi l’un des avions de la société alors qu’elle enquêtait sur un complot international de trafic de drogue et de blanchiment d’argent, selon des archives déposées devant un tribunal fédéral de New York. L’avion a été saisi lorsque des agents ont arrêté l’un des chefs de file accusés, qui dirigeait une entreprise dans le Nevada. Lynch a déclaré à WFAA qu’une grande quantité d’héroïne avait été saisie avec l’avion. Le véritable propriétaire de l’avion, un ressortissant mexicain, n’a pas été inculpé. Cependant, selon les archives, il a payé plus d’un demi-million de dollars pour récupérer l’avion. « Quelqu’un arrive et est en mesure de récupérer son avion avec 550 000 $ en espèces », a déclaré Lynch (le député démocrate effectuant l’enquête)  « Je veux dire qui fait ça ? Que pensez-vous que l’on  fasse de l’avion maintenant? »… 

« selon les archives de la FAA, Aircraft Guaranty a initialement enregistré l’avion monomoteur à six places en 2013 pour le compte d’un résident de Nuevo Leon (au Mexique). Aircraft Guaranty a transféré le titre de l’avion au véritable propriétaire à la fin de 2017. La société est redevenue le fiduciaire de l’avion en mars 2018. Les défenseurs de l’industrie ont déclaré à WFAA que les exigences strictes en matière de citoyenneté de la FAA peuvent être onéreuses. Selon eux, il peut être difficile pour les sociétés cotées en bourse de déterminer si elles satisfont à toutes les exigences. Pour être considéré comme une entité américaine, le président d’une entreprise doit être citoyen. Les deux tiers de ses dirigeants ou administrateurs doivent également être des citoyens. Soixante-quinze pour cent de ses actionnaires doivent également être des citoyens américains. (…). Nous pensons que les informations mises à la disposition de la FAA aujourd’hui sont suffisantes », a déclaré le journal de la NBAA. La NBAA a également fait valoir dans le «livre blanc» que la législation de Lynch «entraînera des conséquences imprévues et des préjudices potentiels pour l’industrie aéronautique». Lynch se moquait des inquiétudes. Il a déclaré à la WFAA qu’il attendait avec impatience le résultat de deux enquêtes – l’une menée par le les enquêteurs du Congrès, le General Accountability Office, et celle de l’inspecteur général du ministère des Transports – sur la pratique. Le rapport du GAO devrait être publié plus tard cette année. «Tout dépend du résultat net du dollar pour les sociétés de fiducie», a déclaré Lynch. «Ils négocient et exploitent les lois qui existent dans notre pays pour leur gain financier privé. Mais ils mettent le public et la sécurité nationale en danger. » Les résidents d’Onalaska ont déclaré à la WFAA qu’ils n’avaient aucune idée du fait que de nombreux avions étaient enregistrés dans leur ville. «La majorité des personnes qui vivent ici en permanence et qui résident à Onalaska n’ont pas les moyens d’acheter un avion», a déclaré Zachary Davies, un agent immobilier local et père de cinq enfants. L’oncle de Davies, Roy Newport, ancien maire d’Onalaska, pensait que le nombre élevé d’avions immatriculés devait être une erreur. « Quel est le problème ? » Dit Newport. « Je n’achète pas ça. C’est un problème informatique ou quelque chose comme ça. Quel serait l’avantage de les enregistrer ici ? » Ce n’est pas un problème informatique. Et le secret est maintenant révélé… »

L’accusation émane du reportage TV

Le reportage avait bel et bien levé un lièvre, expliqué ici : « selon l’acte d’accusation, AGC a agi en tant que fiduciaire et a enregistré des «milliers» d’aéronefs pour le compte de propriétaires étrangers, ce qui est en soi légal. Pour une raison inexpliquée, l’acte d’accusation a jugé nécessaire de souligner que l’avion était immatriculé «à Onalaska au Texas, une ville de l’est du Texas sans aéroport». Que l’adresse enregistrée ait ou non un aéroport n’a aucune incidence sur la façon dont les aéronefs enregistrés par un fiduciaire sont traités, mais cette information apparemment étrangère a attiré l’attention des journalistes de WFAA TV à Dallas, qui a écrit et produit des articles sur AGC et WBAT qui ont abouti à un enquête par le procureur fédéral Ernest Gonzalez et l’arrestation ultérieure de Mercer-Erwin et l’acte d’accusation ». En effet cela ne suffisait pas pour envoyer tout le monde en prison… à part l’usage final de ces avions, sur lesquels la fiducie conservait logiquement un droit de regard :  « le problème n’était pas que l’AGC agissait en tant que mandataire, mais que «les accusés contournaient les lois et règlements des États-Unis en plaçant des numéros N entre les mains des trafiquants de drogue et des ressortissants étrangers interdits», selon l’acte d’accusation. Plus précisément, l’acte d’accusation alléguait que : «Premièrement, les défendeurs enfreignent les règlements de la FAA et du Département du commerce concernant l’immatriculation des aéronefs aux États-Unis, tout en dissimulant la véritable propriété et l’exportation de l’avion. Deuxièmement, lorsque les forces de l’ordre saisissent un aéronef immatriculé chargé de stupéfiants, les défendeurs se désinscrivent ou transfèrent autrement la propriété de l’aéronef. Enfin, les accusés ont participé à une série de fausses transactions de vente d’avions afin de dissimuler le mouvement de fonds obtenus illégalement. » La pratique en effet de la désinscription, suggérant que l’avion a été détruit, comme on va le voir, étant l’une des plus condamnables : comme un meurtrier effaçant derrière lui les traces de son forfait !!!

A l’origine, il y avait eu ce crash à Caracas

Nos deux enquêteurs étaient revenus à un cas emblématique que j’ai souvent cité ici, qui avait en fait été découvert et décortiqué par le journaliste Daniel Hopsicker, dont le travail de fond mérite enfin d’être salué.  Le seul encore à repérer des crashs que d’autres ignorent royalement, comme ici encore en janvier dernier celui d’un avion, un Cessna Citation immatriculé N3RB de chez SX TRANSPORT LLC (son entreprise , ici ses communications radios), appartenant à Richard Boehlke, seul à bord, lié à Wallace J. Hilliard.  Sa firme d’avions de Jetstreams, Florida Air, ou FLAIR organisait en fait un trafic de coke en Floride et son histoire était bien sulfureuse… Personne, pourtant, n’a évoqué sa brusque disparition.  « En 2008, un avion immatriculé chez Aircraft Guaranty Corp. a perdu de la puissance au décollage et s’est écrasé dans une maison près de Caracas, au Venezuela, faisant sept morts. Le pilote, un trafiquant de drogue condamné deux fois, est décédé avec deux autres passagers de l’avion. La famille a poursuivi la société en justice pour trouver le véritable propriétaire de l’avion. Aircraft Guaranty a nié toute responsabilité. Selon les médias, les tentatives de la famille pour trouver le véritable propriétaire sont allées nulle par (j’avais relevé le cas dès l’apparition de la la catastrophe et je vous en ai reparlé encore en janvier 2018 ici-même !). Lire ici l’excellent reportage du Boston Globe à propos de cette catastrophe si pleine d’enseignements… non suivis à ce jour !!!  Un must journalistique, photos poignantes à l’appui !!!

Pire encore avec la sécurité nationale mise en cause par ces pratiques douteuses (et là les deux enquêteurs avaient trouvé de quoi inquiéter les autorités :

  • « En 2006, Une banque américaine est devenue fiduciaire d’un avion pour un politicien libanais qui s’est avéré « soutenu par une organisation terroriste bien connue désignée par le gouvernement américain ». « Ce n’est que lorsque la banque a découvert qu’ils étaient affiliés au Hezbollah que la relation a pris fin », a déclaré Lynch à la WFAA.
  • En 2010, un avion enregistré auprès d’une fiducie s’est approché de l’aéroport international de Tripoli sans aucun atterrissage autorisé quelques heures seulement avant que le Conseil de sécurité de L’ONU ne se réunisse pour approuver une « zone d’exclusion aérienne » au-dessus de la Libye. Le propriétaire d’une société pétrolière étrangère avait enregistré l’avion par l’intermédiaire d’une fiducie mais avait vendu un « pourcentage important » de son entreprise à une société chinoise.
  • En 2012, un inspecteur de la FAA n’a pas pu savoir qui pilotait un Boeing 737 immatriculé au nom d’un propriétaire étranger. Lorsque la FAA a contacté le propriétaire étranger, des responsables ont appris que l’avion avait été loué à une société de location basée aux Émirats Arabes Unis. Le propriétaire  demeurant à l’ étranger n’a pas pu « fournir à l’inspecteur » des informations sur qui pilotait l’avion ».

Le cas Machado

Le troisième larron incriminé par le juge a un lourd passé en fait. En cherchant un peu, on l’a en effet retrouvé mêlé à un autre scandale… argentin. Le 2 janvier 2011, un Challenger 600, immatriculé N600AM, (N°5345) de Medical Jet avait atterri sur l’aéroport principal d’El Prat International à Barcelone, en Espagne. A bord pas d’organe à transplanter mais 900 kilos de cocaïne, fort peu dissimulée dans l’appareil…   Les deux pilotes étaient les deux fils du général de brigade Joseph Julia, l’ancien commandant des forces aériennes argentines, sous la présidence de Carlos Menem !!! Avant cet « exploit », on raconte ici leur parcours : « depuis un an et demi, les frères Juliá ont décidé de faire un saut. Tout d’abord, ils ont vendu l’un des avions Lear Jeat 35 à l’homme d’affaires de Santa Cruz, Lázaro Báez. Plus tard, ils ont obtenu – par le biais du système de crédit-bail et pendant un an – une immatriculation pour le Hawker 800 XP N348MC, évalué à 3 millions de dollars ». L’avion était alors au nom d’International Auto Brokers Inc. de Paradise Valley en Arizona, passé après chez Calwell Jubel en 2015 et devenu depuis le N250GM. Or il est aujourd’hui chez … South Aviation, de Federico Andres Machado !! Ou était, puisqu’annoncé comme « vendu »… mais on ignore à qui à ce jour ! C’est avec ce Hawker N348MC que les Julia avaient commencé à trafiquer :  « selon le rapport «Operation Volare», envoyé par la Garde civile à différentes forces de sécurité argentines, 80 kg de drogue auraient été transportés sur chacun de ces vols. C’était l’opération avant l’expédition des 944 kilos de cocaïne  qui, selon le juge, auraient été déchargées à Moron ». « Le 30 août 2010, les Julia sont entrés à Moron, où ils sont restées jusqu’au 12 septembre, avant de ramener le Hawker à Miami. Moron n’était pas simplement un parking, c’était l’endroit où se trouvaient les « propriétaires ». Là, dans des hangars sans contrôle, ils ont déchargé le Challenger. Ils n’avaient eu auparavant aucun problème avec le Hawker. Le mercredi 7, ils sont partis pour l’aéroport civil de Torrejon (connu sous le nom de Base aérienne de Torrejon de Ardoz). Le 9 juillet, ils sont partis pour Malaga, où il ne leur restait que quelques heures avant de rentrer en Argentine »… la base de Moron étant un aéroport militaire, on le rappelle !!

« Ami et partenaire de Néstor Kirchner, Báez (ici à gauche) connaissait déjà les Juliá: il avait loué quatre ou cinq fois des avions de Medical Jet pour se rendre dans sa province et à Comodoro Rivadavia, où il exploite des zones pétrolières (il est ici lors de son arrestation : il a été condamné à 12 ans de prison pour blanchiment).  Walter Sansot, un ancien pilote de Rio Gallegos qui travaille dans sa société Top Air, lui a recommandé de profiter de l’opportunité offerte par le Juliá. En 2009, Báez l’a écouté: il a payé 1 300 000 dollars  et a conservé le Lear 35. À peu près au même moment, Gustavo Juliá a obtenu le premier avion avec lequel il a commencé à voler vers l’Europe. Il l’a fait grâce à Fred Machado, un opérateur argentin basé il y a vingt ans aux États-Unis. Machado est propriétaire de South Aviation, une société du sud de la Floride, qui leur a livré le Hawker entre le 15 septembre 2009 et le 15 septembre 2010 en échange d’une assurance de 500 000 dollars. Avec cet avion, selon le PSA, les fils du brigadier de Menem se sont envolés en 2010 vers l’aéroport de Viru Viru, à Santa Cruz de la Sierra, en Bolivie, accompagnés d’un Colombien et d’un Argentin recherchés pour faire partie du groupe des « narcomodelos ». Angie Sanclemente Valencia (alias « Narco Barbie ou Miss Narco, ici à droite entre deux policières, arrêtée avec 55 kilos de coke dans ses bagages lors d’un vol d’Aérea Mexicana de Aviación à Cancun) liée au patron de la drogue surnommé « El Monstruo »), elle était détenue depuis janvier 2009. Mais à cette occasion, le copilote de Juliá n’était pas Miret, comme répandu, mais un pilote du nom de Claudio Burgueño, qui travaillait également pour Baires Fly et Jet Net. Trente ans plus tôt, Juliá Sr. avait atterri au même aéroport que ses enfants. Il était vice-commodore et, au début des années 80, il a été envoyé par la dictature militaire à la tête de la «Mission Sabre». Les Sabres étaient de vieux avions à réaction que l’Argentine avait vendus à la Bolivie, et Juliá était le chef de l’équipe qui accompagnait cette vente. Un ancien commodore a assuré NOTICIAS que les membres de l’armée de l’air argentine restaient les formateurs des pilotes boliviens. Là, comme il se souvient aujourd’hui, Juliá Sr. a commencé son lien avec la Bolivie, où, dit-il, il s’est fait toutes sortes d’amis. Fred Machado a senti quelque chose d’étrange quand, à la fin de la location du Howker 800 XP, Gustavo Juliá lui a demandé un Challenger dans le but d’atteindre l’Europe avec une seule escale. «C’est comme s’ils vous achetaient une Citroën aujourd’hui et venaient demain demander une Mercedes», dit maintenant Machado à NOTICIAS. L’opération ne s’est pas concrétisée car le propriétaire de South Aviation a quadruplé l’assurance qu’il avait demandée à Juliá pour livrer le nouvel avion. Ceci malgré le fait que, comme il l’admet, Gustavo a toujours payé le crédit-bail à l’avance. Le plus jeune des frères a conclu la transaction peu de temps après avec la société Jet Lease à des conditions plus favorables. Selon Clarín, Juliá a déposé une assurance de 400 000 dollars et a accepté un paiement mensuel de 75 000 dollars… Résultat, ce Challenger-là, le N600AM n’appartenait pas à Machado ! Il vole toujours, celui-là :  il est devenu depuis le N2FD chez TVPX ARS, le 23 décembre 2015…

C’est allé loin : jusqu’au sommet du pouvoir, au Guatemala, par exemple

Daniel Hopsicker est celui qui a le plus documenté la question. Il nous rappelle ici jusqu’où les avions de Aircraft Guaranty Corp ont pu mener : « mise en examen pour trafic de drogue aux États-Unis, la vice-présidente guatémaltèque Roxana Baldetti a utilisé des avions immatriculés aux États-Unis. Aircraft Guaranty, basé dans l’Oklahoma ou au Texas, est devenu le centre d’une autre opération de la DEA lorsque les procureurs fédéraux ont inculpé l’ancienne vice-présidente guatémaltèque Roxanna Baldetti pour de multiples accusations de drogue. Vers 2013, les enquêteurs ont ciblé les activités de Baldetti dans le monde de la drogue lorsque le journal guatémaltèque El Periodico a publié des détails exclusifs sur les achats de Baldetti de maisons de plusieurs millions de dollars et d’autres richesses inexpliquées. Les détails du rapport d’El Periodico indiquaient que Baldetti (ici à gauche avec le président Otto Perez Molina) possédait cinq propriétés, dont un hélicoptère d’une valeur de plus de 13 millions de dollars. Baldetti a démissionné de son poste de vice-présidente du Guatemala le 8 mai 2015, après qu’une enquête anticorruption de l’ONU a abouti à l’arrestation de 24 personnes, dont Baldetti, et sa secrétaire. Baldetti circulait souvent dans un Raytheon 400A. Les registres de la FAA prouvaient que le Raytheon Jet appartenant à Baldetti était enregistré auprès d’Aircraft Guaranty au nom d’une société panaméenne identifiée comme Best Advisors Group Incorporated. Le 9 octobre 2018, Baldetti a été condamné à 15 ans et demi dans une prison du Guatemala pour des accusations de fraude liées à la mauvaise délivrance de contrats gouvernementaux. Pendant ce temps, le gouvernement américain demande l’extradition de Baldetti vers Washington D.C. pour trafic de drogue, accusation de complot en vue de distribuer cinq kilos ou plus de cocaïne ».

J’ai expliqué ici le rôle de Baldetti et retrouvé ses appareils. Le Raytheon-Beech 400 était le N371CF, piloté par José Campos, et Robert González. L’hélicoptère était le Bell 407 modèle GX de 2012 (N°54354, ex N425FR ou N742RM), devenu le TG-PES, appartenant à une société appelée Opulence Limited, enregistrée au Belize et représentée cette fois par Halifax Limited, la compagnie coquille dissimulant sa vraie propriétaire !!! Le 9 octobre, 2018, Baldetti a été condamnée à ​15 12 de prison pour fraude et attend une autre condamnation pour trafic de drogues aux USA. L’ex président Molina est en prison depuis le 3 septembre  2015 et attend toujours son jugement…  Se mêlent à son histoire de sombres accusations de crime contre l’humanité et de génocide pendant la dictature d’Efraín Ríos Montt (décédé en 2018 sans avoir été jugé).

Un déménagement salutaire

Connnie Wood est décédé, on l’a vu, en 2019. Un an auparavant il s’était fait baptiser et avait rejoint avec sa femme la Pine Forest Baptist Church. On lui aurait donné il est vrai le bon Dieu sans confession, lui aussi… L’anonymisation qu’il avait initiée générait des profits juteux (on va voir que la nouvelle propriétaire a fait prospérer l’entreprise d’une autre manière encore). Autant en dépenser un peu, alors. Lors de la fête des 15 ans de Wright Title, en 2016, notait la page de son propre site, « pour régaler les invités, l’entreprise a offert des cigares fraîchement roulés aux participants de la fête. « Je voulais juste que tout le monde s’amuse », a déclaré Mercer-Erwin. «Je pense que nous avons accompli cela. Ce fut une excellente soirée, et je suis très reconnaissante envers nos clients et amis d’être là pour célébrer avec nous. »  La société « a été fondée par Debbie Mercer-Erwin qui avait un fort désir de fournir un service exceptionnel aux clients, de développer des relations solides avec eux et de trouver des moyens créatifs de développer son entreprise. «Je voulais faire plus que simplement conclure des accords, je voulais développer une entreprise et promouvoir une industrie.» « Debbie a fait exactement cela » peut-on lire. L’histoire ne dit pas combien de trafiquants de coke ont osé venir à la soirée, pour fumer les fameux cigares, remarquez…

La duplicité d’Aircraft Guaranty Corp semblait sans limite aucune en réalité : on retrouve par exemple un faux article (un publi-reportage), ici en (5).  En réalité un article sponsorisé par ses soins qui met l’accent sur un point fort particulier qui résonne bizarrement après ce que l’on vient de lire. Il s’en prend en effet… à la DEA et explique candidement qu’elle a tendance à se tromper d’avion ou de propriétaire et que pour éviter d’être saisi, ou d’avoir à attendre trop longtemps pour retrouver son appareil, si c’est le cas, il vaut mieux faire confiance à une fiducie intermédiaire… !!! Comme incitation directe, il n’y avait pas mieux !!!  Et juste en-dessous du texte (raccourci ici dans l’exemple à gauche) trône le logo et le contact… d’Aircraft Guaranty Corp !!!

Demain nous découvrirons l’implacable réquisitoire du juge chargé de l’affaire, l’occasion de réviser bien des cas décrits ici depuis des années, mais aussi des plus récents sur lesquels portent d’ailleurs davantage les accusations de la justice US à l’égard de Debra Mercer-Erwin.

(1) lire ici sa création. J’ai évoqué son rôle voici… dix ans déjà, le 12 novembre 2010 dans mon 12 eme épisode « coke en stock » et nous en sommes maintenant au trois cent vingt et unième!  « Connie Woods plaide depuis toujours pour l’existence de sociétés offshores, installées dans les les Caïman, notamment. Avec son idée « d’Aviation Ownership Trust », selon lui, et le gouvernement US qui soutient la démarche, il n’est plus nécessaire de relier directement celui qui signe le document demandant la registration en « N » au véritable propriétaire! ». « C’est un boulevard ouvert aux pires magouilles ! » avais-écrit à cette occasion. il y a aujourd’hui dix ans !! On a mis une décennie à s’en apercevoir !!

(2) c’est aussi lui qui en 2016 avait rejeté (sous condition) les accusations de fraude en valeurs mobilières déposées par la Securities and Exchange Commission des États-Unis contre le procureur général du Texas, Ken Paxton. Le problème demeure toujours pour autant, et plane comme une menace sur la carrière de ce pro-Trump avéré qui a tenté d’emmener le Texas en procès contre des Etats voisins parce qu’il ne voulait pas revoir les conditions de l’élection de John Biden.

(3) il y a aussi GMAVIATION de Guillermo Garcia Mendez, ainsi que South Aviation, Inc. (SAI), Pampa Aircraft Financing (PAF) tous deux de Floride, appartenant à Federico Andres Machado, mais aussi trois pilotes en cause : Alban Gerardo Azofeifa-Chacon un pilote Costa-Ricain,  Aaron Bello-Millan et Gillermo Garcia Mendez, deux pilotes mexicains. Est cité aussi Michael Assad Marcos de Jetnet, LLC, de Projets, Inc. et de Global Jets. Tous ont été cités déjà ici à maintes reprises. Les deux pilotes ont été arrêtés le 20 décembre 2019 avec quatre autres personnes, après l’arrivée dans un champ d’un énorme Gulfstream retrouvé incendié le 15 décembre près de Quiché (au Guatemala). L’avion était le XB-OZH. ex XA-BBO et XA-ESC. 2572 paquets de cocaïne avaient été retrouvés à la suite dans le secteur (marqués « A19 »), auprès de trafiquants venus du Guerrero et une de Campeche, dont surtout le directeur de la protection civile de la commune de Candelaria. Leur capture avait eu lieu le 17 décembre après un affrontement entre des soldats après que les radars de l’armée de l’air guatémaltèque (FAG) aient détecté la présence de l’avion suspect dans la zone. « L’envoi est estimé à une valeur approximative de 40 millions de dollars, ce qui équivaut à quelque 300 millions de quetzals, selon un communiqué du gouvernement guatémaltèque ». 

« Les détenus étrangers sont: Emanuel López López, un Guatémaltèque, et Albán Azofeifa Chacón, un Costaricien. Les Mexicains sont: le directeur de la protection civile de Candelaria, Campeche, Miguel Acosta González. Et aussi de ce même état, Guadalupe Peña Bonfil. Les guérilleros Axili Antonio Moreno Ortiz, originaire de Tixtla, et Aarón Bello Millán (en fait c’est un pilote), également de cette commune ». « Un camion, une camionnette, un avion à réaction, un VTT, un tracteur, sept fusils, une arme à feu et quatre radios portatives ont également été saisis » nous avait dit la presse.  Le second pilote arrêté était un ex-policier costaricain, ici  à droite, qui a travaillé de 2008 à 2010 au « Ministerio de Seguridad Pública, Servicio de Vigilancia Aérea » du Costa Rica… A l’époque on n’avait pas relié cet appareil précis à Aircraft Guaranty Corp, le considérant toujours chez Alcance Global Jet de Toluca (Mexique). Fait notable, l’avion a été enregistré le 26 décembre 2020, soit… un an après sa destruction !!!

(4) Selon le Point, « Southern Aircraft Consultancy Limited, qui possède une boîte postale située au Royaume-Uni à Norfolk, a été créée en juin 2010 et compte deux directeurs, mais aucun salarié. La FAA indique qu’il n’y a pas de copropriétaire, ce qui est parfois le cas dans l’aviation privée. Le certificat de l’avion délivré le 11 septembre 2015 est valable jusqu’au 30 septembre 2021. » Lire ici les méandres de son inscription en Angleterre. L’avion était au nom de Fay Keely (la preuve ici à droite).

(5) Le texte complet de la publicité : « Pour accomplir cette mission (celle de la recherche de drogue évoluée à l’organisme d’Etat), la DEA est autorisée à saisir et à confisquer un aéronef utilisé pour ces crimes. Le titre 49 du code américain, sous-titre VII, partie A, régit le commerce aérien et la sécurité. Il comprend la sous-partie 46306 (d) qui permet à la DEA ou à la protection des douanes et des frontières (CBP) de saisir et de confisquer un aéronef utilisé en violation des lois sur l’immatriculation, le marquage et la certification. Depuis 2007, la DEA a saisi pour 3,2 milliards de dollars à des personnes qui n’ont jamais été accusées de crimes. De plus, entre 2006 et 2010, plus de 400 avions ont été saisis. Ces données nous indiquent que ce n’est pas quelque chose à prendre à la légère, comme l’a découvert le propriétaire de l’avion «foreign-buyer nephew» décrit ici. C’est au propriétaire de l’avion de prouver son innocence. Dans notre situation décrite ci-dessus, le propriétaire de l’avion s’est impliqué dans un processus judiciaire long et complexe qui, en plus de l’avion saisi, comprenait probablement également des amendes, un certificat d’exploitation suspendu, des frais juridiques et peut-être même des sanctions pénales. Finalement, il a été déclaré non coupable d’actes répréhensibles et l’avion lui a été rendu, mais non sans beaucoup de souffrance et de chagrin de sa part, entre-temps. Le neveu aurait pu éviter ces difficultés s’il en avait seulement appris davantage sur les fiducies à court terme. Si vous avez besoin de plus d’informations, consultez le blog Short-Term Trust (lien ci-dessous). Pour un achat aussi substantiel dans cette industrie hautement réglementée, il n’y a pas de raccourcis ». Ici, en France, juridiquement, on appellerait cet article incroyable une incitation pure et simple à tricher sur sa déclaration de propriétaire !!! Ou a attirer les passeurs de drogue, carrément !!! Sidérant !!! Publicité éhontée parue le 9 août 2018 dans AvBuyer (l’exemplaire ici à droite), un des plus importants magazines de vente d’avions privés, dont le site reçoit 95 000 visites chaque mois !!!

 

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