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Coke en Stock (CCCXLVI) : au Brésil, l’alternance Cessna 172, 210 et Beechcraft Baron

Au Brésil, cet été, on a continué à tenter de vendre des avions saisis aux trafiquants, mais sans trop de succès il est vrai.  On a surtout observé ce qui se passait à la frontière avec le Paraguay, devenu le pays-tampon entre la Bolivie et le Brésil. Pour mieux surveiller tout ça, le pays a inauguré trois radars efficaces qui semblent déjà avoir donné des résultats en piégeant plusieurs avions de trafiquants. Des radars d’origine française, on le signale au passage. Au Paraguay, comme vous allez le voir, pendant ce temps on a fait dans le charbon, une technique qui a fait des petits jusqu’en Irlande auprès d’un gang extrêmement violent… la coke ça mène à tout, c’est bien connu !

 

Vous vous souvenez de l’initiative plus ou moins douteuse du gouvernement Bolsonaro révélée ici-même en mars dernier ? Celle qui consistait à remette dans le circuit les avions saisis ayant servi à transporter de la drogue en tentant de les vendre aux enchères ? Elle n’avait pas été un franc succès… mais ça n’a pas empêché l’ineffable président de rester droit dans ses bottes comme à son habitude et de la poursuivre; malgré de piteux résultats. Risquant ainsi, par leur faible prix et leur état plutôt vétuste d’alimenter en premier les trafiquants. Le serpent qui se mord la  queue, en quelque sorte… L’inconséquence de ce gouvernement frisant la folie douce, encore une fois (et ses 500 000 morts sur la conscience). L’opération continue donc, malgré ce risque évident, avec cet été une tentative supplémentaire et un vieux Cessna qui ne risque pas de trouver acheteur, comme je vais vous en expliquer aujourd’hui la raison. La franche partisane de l’opération était je le le rappelle la très bolsonarienne Damares Alves, du Ministère de la femme, de la famille et des droits de l’homme (MMFDH), ici avec son président et à gauche en plein débat) une ancienne pasteur évangélique (et pas vraiment une lumière), qui vantait les mérites du système en affirmant que l’argent collecté serait versé au Funai (National Indian Foundation), organisme qui ne semble pas beaucoup en avoir vu la couleur. Les indiens, on le sait, ne sont pas les citoyens préférés de ce dirigeant… raciste.

Tentative de vente d’un revenant accidenté

Ça commence lors d’un procès de l’an 2000 avec la déposition du dénommé Marcos Antônio da Silva sui a commencé par vendre des « pierres de crack » selon le modèle montré par un colombien : un mélange de pâte à base de cocaïne, de bicarbonate de sodium, d’alcool de canne à sucre et d’eau qui avait un certain succès à la vente. Quelques mois plus tard, en juillet 1998, il en était à en préparer 250k g dans la ferme de Roberto Greve, alias « Barba », située dans la municipalité de Pontes e Lacerda. La pâte provenait directement  de Bolivie et  était apportée par un avion piloté par Carlos Roberto Garzon Guerreiro, alias ‘Tangara » ou »Espanha » , remplacé ensuite par « Seu João », un habitant d’Ituiutaba, à bord d’un avion de type Cesna 210, immatriculé PT-IFL. La drogue repartait ensuite dans un autre avion, avec un autre pilote : Rogério Rodrigues De Sousa, débarqué à Cuiabá cette année-là à bord d’un Cessna 210 Centurion immatriculé PT-KDO. L’organisateur du réseau, le dénommé « Robin » (Rosales Agreda), versait royalement « 6 000 reais – une paille – à Roberto Greve pour prêter sa ferme et sa piste d’atterrissage, chaque fois que la drogue était préparée et transportée » retiendront les juges pour condamner toute l’équipe et saisir fissa les deux appareils incriminés. Marcos Antônio da Silva étant lui payé 500 rais mensuellement, plus 1 000 euros pour fourrer les sacs de crack dans le Cessna. Pour masquer l’activité, la ferme de Roberto Greve, faisait paître 130 têtes de bétail appartenant au dénommé Walter Ribeiro Aguiar. On ignore ce qu’est devenu le PT-IFL, enregistré au Brésil le 25 juillet 1998, mais son collègue PT-KDO saisi est versé ensuite aux pompiers (« Bombeiros » là-bas), en devenant par la suite le rutilant PR-COB (ici à droite). Puis il est remis à neuf, repeint et versé à la police militaire, avec une nouvelle livrée (cf à gauche) : il est alors devenu le « Pegasus 15 » . C’est alors qu’il se distingue, le 11 août 2016, en se vautrant train rentré sur la piste de l’aéeoport de Pampulha à Belo Horizonte; les premiers à accourir étant… ses anciens amis les pompiers de l’aéroport. Aucun des deux occupants n’est blessé ( le Capitaine Rigotti et le Capitaine Martins) mais il se retrouve avec des dégâts sur le dessous de l’engin, on s’en doute, après sa glissade réussie et une hélice pliée.

Un vieux coucou proposé bien trop cher

Et nous voici 5 ans plus tard avec l’annonce de sa mise en vente le 14 juillet dernier, au tarif annoncé de 983 000 R$, soit 158  755 euros, ce qui semble élevé au regarde de son âge (il date de 1974, il a presque 50 ans !) et surtout de ses déboires antérieurs. « Avec la pandémie de COVID-19, les enchères ont eu lieu par voie électronique. Cependant, les personnes intéressées peuvent visiter l’avion, qui se trouve dans un hangar de l’aéroport Carlos Prates, dans la région nord-ouest de Belo Horizonte. » précise l’annonce gouvernementale, qui ajoute que « selon le ministère de la Justice et de la Sécurité publique, il s’agit de la 14e vente aux enchères organisée dans le Minas Gerais. Au total, 326 objets saisis auprès de criminels dans l’État ont déjà été mis aux enchères, atteignant une collection de plus de 2,3 millions de reais (cela fait 371 450 euros, cela fait une moyenne de 1 100 euros environ par vente, ce qui parait faible…) . Les fonds collectés des crimes liés au trafic de drogue sont destinés au Fonds national anti-drogue (Funad), qui finance des projets de sécurité publique et de lutte contre la drogue au Brésil. Jusqu’à 40 % sont utilisés pour renforcer les forces de police qui ont procédé à l’arrestation »… Chez Bolsonaro, lutter contre la drogue se résume en effet à augmenter les effectifs de police : la prévention est un mot qui ne fait pas partie de son vocabulaire… on note qu’au passage on non parle déjà plus du Fundai !

Problème de propriété pour le triréacteur saisi

Au Brésil, un autre engin plus volumineux et d’une toute autre valeur était sur le point d’être revendu aux enchères lui-aussi. Souvenez-vous, c’était le grand et beau Falcon 50 PR-FJL (ici sa visite) saisi en 2019 lors d’une énorme rafle policière visant un cartel, lors de l’Opération baptisée Icarus (Icare).  Son pilote attitré, Bruce Lee Carvalho dos Santos, s’était tué en décembre 2018 aux commandes du Piper (Neiva) EMB-810D Seneca III de l’organisation immatriculé PT-VPH. Or le 28 juillet dernier sa vente a été suspendue par le Tribunal régional fédéral de la 1ère région. Une « décision prise à la demande d’une société qui prétend être propriétaire de l’avion » selon l’annonce. Ce propriétaire qui le réclame étant Brasil Negócios Participações, qui a « présenté un certificat complet de l’Agence nationale de l’aviation civile. (Anac) pour prouver qu’il est bien le propriétaire de l’avion Dassault Falcon 50″. Une requête appuyée par le juge fédéral Olindo Menezes. En fait l’avion a bien été acheté entretemps, avant sa saisie, par le trafiquant Ronie Cezar de Souza, mais la société affirme aujourd’hui qu’elle avait résilié entretemps le contrat d’achat et de vente qui avait été signé avec Ronie Cezar de Souza,  car ce dernier n’avait en fait pas payé les acomptes marqués dans l’accord, signé en octobre 2017. Selon le document, la dette devait être totalement résiliée en avril 2019, soit quatre mois avant l’opération de police, ce qui n’a pas été le cas. N’ayant pas réglé l’intégralité de la vente, il ne peut donc être considéré juridiquement  comme le propriétaire !!! L’avion datant de 1982 (il a bientôt 40 ans), estimé aujourd’hui à 7,2 millions de reais (1  16 3 02 euros seulement !) est resté depuis lors sur l’aéroport de Sorocaba; près de Sao Paulo, là ou la firme Dassault a installé son site « Falcon do Brasil”; son DAS en fait.  On peut donc raisonnablement penser qu’il est entre bonnes mains et ne subira pas au final le sort de celui d’Affelou, le F-GXMC, qui après avoir longtemps été négligé, a finalement été promis à la casse…  (on  l’ignore à vrai dire). Pour ce qui est du Cessna 525, numéro de série 525-0300, de 1999, immatriculé PT-STK et de l’Eurocopter France, EC130B4, numéro de série 3382, de 2001, immatriculé PR-MMA), appartenant à Antonio Lucena Barros Agropecuaria Vale Do Paraiso LTDA, saisis eux aussi tous les deux lors de la même fournée, on ignore leur sort actuel, ou si le propriétaire à fait appel lui aussi de la sentence du juge Rafael Angelo Slomp qui les avait placés sous séquestre en 2019..

La frontière avec la Bolivie et le Paraguay, zones (très) sensibles

Le Brésil est immense pays, dont deux voisins de l’Ouest au moins présentent un danger pour la circulation de la coke (plus au nord le Pérou l’est aussi, comme la Colombie, le Venezuela  et le Guyana, remarquez !) Le 31 juillet, c’est encore un Cessna qui atterrit entre Machadinho D’Oeste ( dans l’État du Rondônia.a) et Colniza (Mato Grosso), près de la Bolivie, donc. L’engin, poursuivi par des avions de la FAB, s’est posé bourré de grands sacs verts remplis de tablettes de coke, il n’a plus qu’un siège, celui du pilote, un des paquets servant pour s’asseoir au co-pilote. Il y en pour 324 kilos !!! L’avion s’est posé dans une piste tracée au bord d’une forêt, se terminant par un espace giratoire pour manœuvrer : la zone d’atterrissage improvisée a été préparée avec soin pour un autre appareil (et une zone que connasisait certainement le pilote). La police brésilienne raconte : « le modèle Cessna 182 Skylane survolait l’espace aérien du Rondônia lorsqu’il a été intercepté à 17h46 (GMT) par un FAB A-29A (un Super Tucano). Le chasseur a appliqué les mesures d’enquête et d’intervention de la police de l’espace aérien, jusqu’à ce que le pilote reçoive l’ordre de modifier l’itinéraire. Tout cela s’est déroulé sous la coordination conjointe du Commandement des opérations aérospatiales (COMAE), du Quatrième Centre intégré de défense et de contrôle du trafic aérien (CINDACTA IV) et de la Police fédérale. L’avion intercepté n’a pas respecté les ordres et a tenté de s’échapper, atterrissant sur une piste non homologuée à la frontière entre Rondônia et le Mato Grosso. Dès lors, la Police fédérale, à bord d’un hélicoptère FAB H-60 ​​Black Hawk, a pris en charge les mesures de contrôle au sol (MCS). Le pilote s’est échappé avant l’atterrissage du H-60 ​​et plus de 300 kilos de chlorhydrate de cocaïne ont été retrouvés dans l’avion » comme on peut le voir ici à gauche sur la photo.

Le Paraguay comme plaque tournante

Le 4 août, nouvel arrivage mais au Paraguay, cette fois, mais pas très loin du Brésil, à Capitan Bado, à la frontière du Brésil via  Coronel Sapucaia (les villes sont jumelles et le trafic y est très intense). Une zone de trafic historique, un fief narco répertorié. Encore un Cessna, un Centurion cette fois, immatriculé CP-3114 avec 15 gros paquets verts remplis de tablettes de coke:  il y a 221 kilos de coke à bord. L’avion a décollé d’un des hangars de l’aéroport d’El Trompillo, en Bolivie, sans avoir déposé de plan de vol précis. Deux jeunes ayant tenté de s’en échapper ont été arrêtés : ce sont Ricardo Franco Méndez, 24 ans, et Aldrín Columba Barba, 20 ans. Dans un second article évoquant la saisie, on montre une camionnette un pickup intercepté avec des paquets similaires et leur transport via l’hélicoptère de l’armée praragayenne : on ignore s’il agit d’une mise en scène mais c’est tout comme. Il n ‘est pas sûr ne effet que le pouvoir local fasse beaucoup d’effort pour enrayer le trafic, comme on le sait depuis toute une série d’épisodes ici. L’explication donnée officiellement est en tout cas celle-ci : « l’arrestation a eu lieu lors de l’opération « Ninho de Dagões », menée dans la région de l’Estancia Yaguareni, à Capitan Bado, à la frontière avec le Brésil via Coronel Sapucaia. Dans des véhicules à plaques brésiliennes, la police a saisi 15 ballots de cocaïne que des trafiquants venaient de récupérer dans une ruelle clandestine. Les responsables des transports ont abandonné leurs véhicules et se sont enfuis à travers la forêt de la région. Après la persécution, deux Brésiliens ont été arrêtés, mais leurs noms n’ont pas encore été divulgués. » Le 16 août, idem au Paraguay encore dans l’Alto Parana, avec un autre Cessna immatriculé CP-2796 contenant cette fois 200 kilos de coke. « Quelques mois plus tôt (en octobre 2020) , le Senad avait également saisi une cache de plus de 400 kilos de cocaïne, avec la saisie d’un avion en provenance de Bolivie et l’arrestation du narco-pilote Carlos Roberto Cuellar Bravo (de nationalité bolivienne). Il s’était également posé dans une ferme et les colis portaient l’inscription B, qui indiquerait son origine de la ville de Beni, en Bolivie, selon les chercheurs. » note ici Ultima Hora. L’avion concerné était le Cessna 210 CP-2660, qui avait amené sur place 431 kilos de cocaïne dans de grands sachets roses. Dans le même secteur le 20 février 2019 on avait retrouvé une autre Cessna, idem celui-là, abandonné par les narco-trafiquants. Il était immatriculé encire une fois en Bolivie, CP-2770. Le Cessna 210 demeure visiblement la monture préférée des pilotes boliviens ! Des pilotes jeunes et casse-cous comme on l’a vu aussi ici (rappelez-vous l’image ici à droite).

Alimenter les labos paraguayens ou boliviens

Le secteur de la frontière est en fait fort actif et crée le lien avec la Bolivie productrice. Il mène à des importants laboratoires de préparation de la coke installés au Paraguay. Dans le secteur, le Détachement militaire Gabino Mendoza, à la limite du Gran Chaco de Bolivie a fait dans les semaines précédentes des découvertes intéressantes : « une grande quantité de précurseurs chimiques camouflés dans de l’alimentation pour bétail. Des produits chimiques ont été achetés en grande quantité dans des camions de gros tonnage avec des plaques boliviennes (ici à gauche…) Selon l’enquête, les précurseurs ont été transportés en Bolivie pour approvisionner les laboratoires de cristallisation de la cocaïne (à voir le nombre de fûts, le labo doit être imposant !). Cinq personnes ont été arrêtées, trois boliviens et des militaires paraguayens. Il s’agit de Gustavo Cáceres Álvarez et Ramón Céspedes Pereira, deux militaires paraguayens, et des boliviens Paulina León Herrera, Patricia Toco et Jorge García Valdiviezo. Les femmes, selon les enquêtes, étaient à la tête de l’organisation criminelle du trafic de drogue. Les femmes, selon le Senad, ont fonctionné pendant un certain temps, comme les « Patronas » et sont devenues des entrepreneurs prospères. La semaine dernière, le Senad a également organisé celui des jeunes Brésiliens à l’Estancia Yaguarundi à Capitán Bado. Ce sont Ronaldo Rojas Flores et Pedro Henrique Ifran Stival, qui étaient dans les camions de luxe chargés de 15 sacs avec un total de 504 kilos de cocaïne en provenance de Bolivie »…

Enfin la solution, côté brésilien ?

Selon le journal Noticias VIP, le saisies récentes qui ont nettement augmenté au Brésil sont le signe de l’efficacité d’un nouvel engin déployé par les brésiliens à la frontière avec le Paraguay, un radar, signé Thales : « l’une des voies principales d’entrée de la drogue au Brésil, le Mato Grosso do Sul a saisi  après le démarrage de l’exploitation d’une station radar à Ponta Porã – en juin de cette année, plus d’une tonne de cocaïne. Selon le secrétariat d’État à la justice et à la sécurité publique (Sejusp), entre le 30 et le 11 juin, alors que le radar était déjà en fonctionnement, 1, 057 tonne de cocaïne a été saisie. Le montant représente une augmentation de 622% pour la part de 146,4 kilos saisis à la même période l’an dernier« . Le résultat d’une action de discussions  débutée en 2018 (avant les grandes rafles d’avions de 2019 et 2020 donc) . »L investissement de 120 millions de reais, réalisé en 2018 par les ministres de la Justice et de la Sécurité publique et de la Défense, a achevé l’installation de trois stations radar dans la région frontalière. Deux avaient déjà été inaugurés : à Corumbá, l’an dernier, et à Porto Murtinho , en mai de cette année. L’intention du projet est de moderniser et de maintenir le système de surveillance du système  brésilien de contrôle de l’espace aérien pour lutter, entre autres, contre le trafic de drogue et d’armes. » A gauche celui de Corumba, le même, visiblement, développé par la « compagnie brésilienne Omnysis » installée à de São Bernardo do Campo, selon le gouvernement : en fait il s’agit bien d’une filiale de Thales.  A droite ici celui de Porto Murtinho . Deux types de radar sont désormais  effectifs; le primaire, de nouvelle génération, un modèle LP23SST-NG, à longue portée, doté d’une fonction d’altimétrie permettant une identification tridimensionnelle précise des cibles, capable de détecter les aéronefs volant à vitesse lente comme les hélicoptères, et le secondaire de type RMS970S (Monopulse Secondary Surveillance Radar) chargé lui du trafic aérien. Ici à gauche l’antenne en construction . Le contrat définitif d’installation avait été signé le 15 mars 2019 : les brésiliens (et Thales) ont fait vite pour monter leurs trois stations. Si les radars sont efficaces, ils n’empêchent pas un pendant irrépressible : l’augmentation du trafic par camions, autre plaie déjà évoquée ici… en avril dernier.

Des saisies record au Paraguay… 

De l’autre côté de la frontière c’est plutôt le chaos. Le président est fortement contesté , jugé inefficace, et le trafic atteint des sommets. En juillet dernier, le 28, la police paraguayenne a saisi en effet  l’astronomique poids de 3,145 kilos de cocaïne en une seule fois dans un entrepôt de Fernando de la Mora « dépassant les 2 906 kilos saisis par la même institution il y a tout juste neuf mois dans un port de Villeta. Le podium est complété par une réserve de 2 190 kilos capturée par le Senad en 2019 dans une maison d’Yby Yaú «  précise, effaré, ABC Color. La drogue était dissimulée adroitement il semble : « sur les lieux, les trafiquants de drogue s’efforçaient de cacher au moins 16 pains de drogue dans chaque sac qui devait ensuite être rempli de sucre biologique. Dans l’entrepôt, seuls des sacs de 25 kilos de sucre biologique de la Cooperativa Manduvirá de Arroyos y Esteros ont été trouvés ». Le produit avait été choisi  car il imitait parfaitement la drogue. Les paquets de cocaïne étaient estampillés du logo de Rolls-Royce pour sp écifier le producteur…

Et le magazine de continuer : « celle qui reste alors la deuxième plus grosse cargaison saisie au Paraguay est celle de 2 906 kilos de cocaïne retrouvés entre le 19 octobre et le 23 octobre 2020, dans le port privé de Terport de Villeta. Les milliers de pains de cocaïne ont été saisis par les mêmes policiers de l’UES dans des sacs extra-larges appelés big bags, qui contenaient du charbon de bois. Le conteneur contaminé avait été déposé un mois auparavant dans le port susmentionné, censé être envoyé au Portugal, bien que jusqu’à ce moment l’expédition correspondante n’ait pas été effectuée« .  L’énorme saisie n’avait pas été suivie de nombreuses arrestations selon ABC Color « seules deux personnes sont emprisonnées pour cette cause, Cristian César Turrini Ayala et son partenaire Alberto Antonio Ayala Jacquet ». Ce qui a plutôt de quoi surprendre… « Le propriétaire de ces presque trois tonnes tombées lors de l’opération Polaris serait Faustino Ramón Aguayo Cabañas, qui était le trafiquant de drogue le plus recherché du Senad jusqu’à sa comparution secrète au palais de justice d’Asunción le 27 mai et est actuellement emprisonné à Pedro Juan Caballero (originaire de la région d’Amambay). » conclut le journal, qui, adroitement a remarqué que « bizarrement, ni le président de la République ni le ministre de l’Intérieur n’ont fait au moins une mention sur leurs réseaux sociaux de cette saisie record de cocaïne survenue hier… »  

Le procédé du charbon de bois n’est pas nef en fait , je vous en avais déjà parlé en pars 2019 avec des trafiquants anglais installés en Espagne pour la plupart ;  « en décembre (2015), la police découvre un nouveau moyen pour déguiser la coke, inventé par des dealers anglais de Liverpool :   cette fois, ce sont des fausses palettes de transport qui se révèlent être de la cocaïne teintée compressée pour ressembler à du bois et supportant des sacs… sans coke dedans !!  Pour être sûrs de leur coup, les trafiquants avaient adjoint 24 tonnes de charbon au chargement, pour dérouter les chiens sniffeurs de la police. Les 40 palettes représentant 1,5 tonne de coke au total, soit 240 millions de livres sterling.  Deux des membres du gang dont le chef du gang de Liverpool seront arrêtés à Dubaï.  On ne donnera que leurs initiales :  » LRA » et « « JJM ».  Le chef, « LRA », s’était installé à Dubaï en revenant de Thaïlande.  A Chiva, près de Valence, c’est l’usine de charbon qui servait de labo pour la cocaïne !

Avant son arrestation, le ministre concerné se lamentait sur l’absence criante de moyens de surveillance  : « Arnaldo Giuzzio, ministre du Senad (ici à droite), a célébré la saisie de près de trois tonnes de cocaïne lors de l’opération Polaris. Cependant, il a regretté que le propriétaire présumé des cargaisons, le paraguayen Faustino Ramón Aguayo Cabañas (41 ans), n’ait pas encore été capturé. Par ailleurs, il a précisé qu’en raison du manque d’éléments de contrôle aérien, le trafic de drogue se fait majoritairement par cette voie ». »; L’absence de radars se faisant pressante : « Giuzzio (à gauche avec le président)a regretté que le Paraguay n’ait toujours pas le contrôle de son espace aérien pour tenter de mener plus de procédures contre le trafic de drogue. « Un pourcentage très élevé vient par voie aérienne, malheureusement nous n’avons toujours pas le contrôle de notre espace aérien. Quand on a saisi 2 200 kilos, trois à quatre chargements ont été emportés », a-t-il expliqué, précisant qu’au moins 400 kilos de cocaïne peuvent être transportés dans chaque chargement. » 

Je ne reviens pas sur la personnalité de l’actuel et pâle président, Mario Abdo Benitez, décrite ici à plusieurs reprises. Très critiqué ses derniers mois, il est accusé de n’être plus que le jouet d’Horacio Cortes, son prédécesseur, dont on connaît les liens étroits avec les mafieux et les trafiquants. En fait rien n’a changé dans le pays !!! Ses liens étroits avec un supporter embarrassant ne sont pas faits pour l’aider : il s’agit en effet de Jair Bolsonaro… (qui lui a fait installer des radars !) renforçant au Paraguay le rôle dans le pays des trafiquants brésiliens, fort actifs. A droite le Cessna Cessna 210 Centurión, immatriculé CP-2660, intercepté cet été dans la région de Yguazú, Alto Paraná… cité déjà plus haut ici : on note ses extensions d’aile contenant des réservoirs supplémentaires… il  venait de loin, de Bolivie.  Nous somme bien sur un trafic international, alliant ici Bolivie, Paraguay et Brésil. Le Paraguay jouant le rôle de distributeur et de relais.

Du charbon supervisé par un ex directeur de télévision ?

Lors de la présentation de la saisie de 2020 dans le port privé de Terport, à Villeta, le président Benitez (ici à gauche) avait reconnu à l’époque qu’il y a « beaucoup de perméabilité » dans les institutions pour le crime organisé, « par rapport au fait que la grosse cargaison de cocaïne était prête à être envoyée en Israël ». C’était un peu timide comme expression pour une saisie de plus de 2 tonnes et près de trois même !!! Avaient alors été comptés plus de 2 300 kilos de drogue (et 2 906 au final). Un homme d’affaires, Cristian Turrini, le responsable de l’entrepôt dans lequel les sacs de drogue avaient été chargés dans les conteneurs, avait été arrêté. Ici, ce dernier se couvre au micro en déclarant qu’il n’a eu « que des contacts téléphoniques avec l’acheteur…« Cela semble bien léger. Pour lui c’est une sacré reconversion d’être devenu trader en charbon ou gestionnaire de hangar : Turrini, ex jeune loup des médias, était ben effet devenu l’ancien directeur de la télévision publique, formé aux USA, sous le gouvernement de Federico Franco, devenu aujourd’hui la télévision paraguayenne, et, fait amusant, il habite à proximité du département d’identification de la police nationale, dans la ville d’Asunción !!! Son mandat n’avait en fait duré que 4 mois : on  avait vite trouvé un trou dans les comptes de la société de télévision : peu de temps après son arrivée, il manquait des fonds, qui s’élevaient à environ 450 millions de guaranís (55  522 gros), le reproche fait par le nouveau ministre de l’époque, Gustavo Khon (un journaliste sportif nommé ministre du Secrétariat de l’information et de la communication pour le développement (SICOM) du Paraguay, où il est resté jusqu’en août 2013,  il est mort l’année suivante d’un cancer !). En réalité Turrini avait été dénoncé par son propre collègue, l’actuel ministre de l’Urbanisme, du Logement et de l’Habitat (MUVH), Dany Durand, qui l’accusait d’avoir produit des faux documents, de défaut de confiance et même de fraude fiscale, en facturant prétendument à l’institution des contrats conclus en présentant des faux certificats de conformité… Durand a démissionné depuis, en octobre 2020. Contraint et forcé lui aussi : ministre, il avait continué à tenir un commerce immobilier (Cristal Créditos SA e Inmobiliaria Atenas) !

Turrini est aujourd’hui dans de biens sales draps : Roberto Zapattini , son avocat, l’a laissé tomber depuis, jugeant que « son argumentation est très changeante, puisqu’il soulève d’abord quelque chose et peu de temps après, il recule et demande de faire autre chose. Il a assuré qu’il n’avait pas reçu de menaces de se retirer de l’affaire. Il a indiqué que Turrini se consacre à la collecte du produit auprès de plusieurs fournisseurs et à l’obtention d’acheteurs à l’étranger, grâce auxquels il a obtenu une commission, et a affirmé qu’il s’agissait du deuxième chargement qu’il envoyait à l’étranger ». L’enfonçant ainsi un peu plus encore... (il y aurait eu une autre cargaison d’expédiée !). Un autre homme est dans le collimateur : Alberto Ayala Jaquet (ici à gauche), le représentant de la société de 3A et de Carbosur, qui a fourni le container, et qui a également été logiquement inculpé de trafic de drogue. destiné on le rappelle à Israël. Lui accuse et Cristian Turrini, Andrés Fernández et Ariel Aquino d’être les vrais responsables du trafic… La femme de Turrini, Jennifer Almada, ici à gauche sur la photo, venant le 20 avril dernier à la radio (Monulental 1080 AM), en compagnie de l’avocat Jorge Ortiz balancer une idée à laquelle on pouvait s’attendre, et que son mari avait déjà exprimée avant elle : »nous pensons que l’enquête n’a peut-être pas été menée comme elle devait l’être, peut-être que d’autres noms n’ont pas pu être atteints car il y a des personnes importantes impliquées » laissant planer l’ombre du complot… étatique (son mari n’étant qu’un bouc émissaire selon elle) !

La filière israélienne existe bel et bien

Des mafieux israéliens en cause au Paraguay ? En effet ! C’est Times of Israel qui nous en avait averti le 7 décembre 2018 déjà, avec l’arrestation du trafiquant Dany Treyger, 32 ans, qui avait tenté de s’échapper d’un hôtel de Sao Paulo au Brésil. Il avait fini par se faire pincer  d’abord en Bolivie et être emmené ensuite à Asuncion au Paraguay qui s’était empressé finalement de le remettre aux autorités israéliennes, histoire de ne pas trop révéler ses activités dans le pays. Sur le chemin du retour, une défaillance technique de l’avion qui le ramenait l’avait obligé de passer la nuit dans un hôtel à Sao Paulo duquel il avait tenté de prendre la poudre d’escampette !!! Selon le journal son réseau comprenait 37 complices, pas moins. Essentiellement des femmes, boliviennes, argentines ou paragayennes lui servant de mules.

Imitée par la filière irlandaise !

Les trafiquants sont plein de ressources on le sait, et fort imaginatifs. Ce qui n’empêche pas les principaux cartels de s’imiter l’un l’autre… De Hollande, cet été aussi, on a en effet trouvé le même procédé d’expédition de cocaïne, celle du charbon de bois en sacs (ici à gauche), auquel on a ajouté des produits chimiques, notamment des bloqueurs d’odeurs – pour échapper aux chiens renifleurs – et une substance noire, le tout étant habilement moulé pour ressembler à du charbon de bois (ici à droite). Du travail de pro ! Les sacs ont été trouvés dans un conteneur du port de Dublin en Irlande (ici à gauche). Leur réceptionniste organisateur du trafic était le gang du cartel de Kinahan. Du nom de Christy Kinahan, né en 1958 à St Thersa’s Gardens, à Dublin et arrêté très tôt  dans les années 1980 pour trafic d’héroïne, et qui a effectué pour ça une peine de six ans de prison; où il ne s’est pas ennuyé : il y a appris l’espagnol et le russe, et à sa sortie a aussitôt « mis en place des routes de la drogue en Europe pour les cartels mexicains et colombiens, et la mafia russe » précise sa fiche Wikipedia !!! Ses deux fils Daniel and Christopher étant devenus boxeurs et font depuis régulièrement la une des journaux quand on les cite par exemple dans la terrible usillade menée à la Kalachnikov de l’hôtel Regency à Dublin en 2016, en la présence de David Byrne, membre de leur groupe, tué lors des échanges de tirs pendant une pesée de boxeurs : ce dernier était un membre de l’IRA véritable, l’attaque aurait été menée par des dissidents croyait-on. Deux boxeurs normands étaient présents sur place. Un autre boxeur, Jamie Moore, avait échappé de peu à la mort, atteint de deux balles. En fait l’IRA n’avait rien à  voir avec le massacre : « selon le Irish Mirror, il s’agirait d’un règlement de comptes entre des gangs irlandais et espagnols sur fond de trafic de drogue. « Les boxeurs ont été spécifiquement pris pour cible, et il ne s’agissait pas d’une fusillade à l’aveugle », rapporte également la BBC » commente ici 50Actu. Kinahan, qui a donc une drôle de notion de concevoir la boxe, en bon azimuté vicieux, s’est réfugié depuis en Espagne, où et il été rendu également responsable de la mort de Gary Hutch à Malte en 2015, le neveu de  Gerry ‘The Monk’ Hutch (du gang opposé), par l’intermédiaire de son sbire, James Quinn. Monk vient tout juste de faire reparler de lui ce 18 août : il  vient juste d’être arrêté en Espagne dans un restaurant de Fuengirola, sur la Costa del Sol : il était recherché depuis 5 ans et justement l’attaque du Regency qu’il aurait fomentée et le meurtre de David Byrne (c’était Daniel Kinahan qui était visé ce jour-là) !!! Une autre attaque avait été fomentée en réponse par Kinahan à Lanzarote. On dénombrera 18 morts au total  dans cette guerre entre les deux gangs irlandais, hyperviolents ! Le père et l’oncle du boxeur Jamie Kavanagh (ici à gauche) ont été tués en 2014 et en 2015 par Kinahan, très certainement, selon la police. : une obsession, chez lui que ces meurtres dans le milieu de la boxe! Gerry ‘The Monk’ a été localisé précisément par son téléphone via une application hyper-précise utilisée par la police anglaise, sous le regard des policiers espagnols (ici à droite sa sortie menottée du restaurant).

L’année dernière la justice espagnole s’est décidée à accuser (enfin) d’usage de faux passeport Christy Kinahan (c’est lui ici à gauche). La presse commente la décision,  et rajoute une épaisse couche sur le cas  de ses fils dont un « qui été (aussi) au centre d’une controverse internationale plus tôt cette année lorsqu’il a été identifié comme le conseiller qui a orchestré l’accord lucratif de deux combats du boxeur Tyson Fury avec Anthony Joshua(ça a été annulé fin juillet !). Lui et son frère sont menacés de longues peines de prison depuis plus d’une décennie en Espagne après avoir été arrêtés par des policiers lourdement armés à leur domicile de la Costa del Sol dans le cadre d’une opération menée dans cinq pays contre le crime organisé » Cela n’explique pas pourquoi les espagnols ne sont pas allés plus loin…. jusqu’ici.

« Alfredo Rubalcaba (mort en 2019, ici à gauche), ministre espagnol de l’Intérieur lors de la détention des Kinahan (ici à droite les deux frères) en mai 2010, a lié les chefs de gangs présumés à une série de meurtres lorsqu’il a félicité la police après les raids. À ses débuts, l’enquête judiciaire s’était concentrée sur des allégations de trafic de drogue et d’armes. t est apparu en 2014, un juge enquêtant Christy et un gang de complices présumés, dont ses deux fils, avaient décidé d’abandonner son enquête à huis clos sur ces crimes et de se concentrer uniquement sur les autres allégations auxquelles ils étaient confrontés, notamment le blanchiment d’argent et l’appartenance à un criminel. gang. Aujourd’hui, il a été confirmé que Christy Kihanan et deux autres hommes, Robert Edward Phillips et James Gregory Naughton, ont été accusés de fraude de passeport. Jasvinder Singh Kamoo (ci-contre à gauche)  qui aurait joué un rôle clé dans le blanchiment d’argent par les enquêteurs de la police dans un rapport mis en évidence par la presse espagnole dans leur couverture initiale de l’affaire après les arrestations, a été accusé d’avoir utilisé de fausses plaques d’immatriculation sur une Mercedes… » En réalité, Kinahan se promenait comme de rien en Espagne…
Le Sun avait en effet révélé le 1er octobre 2020 la photo du moment où Christy « Dapper Don » (son surnom) Kinahan avait utilisé en 2010 son passeport à l’aéroport (ici à droite) en prenant un avion… pour le Brésil (nous y revoilà !). En fait il voyageait depuis des années sous le faux-nom de « Michael Leslie Swift » avec un passeport britannique !!! Et les douaniers n’y avaient vu que du feu !!! Il avait payé son billet  3 706 euros et avait même utilisé le même document falsifié pour dormir à l’Hôtel de Madrid-Barajas en novembre 2009 !!!

On en est là pour l’instant avec la famille Kinahan et sa violence congénitale… notre homme, toujours aussi dangereux, comme ses fils, s’est installé depuis à Dubaï (c’est fou ce que ce pays attire les délinquants comme Kevin Doure, condamné à 22 années d’emprisonnement en juin 2018 !), s’occupant donc tranquillement entre deux d’expédier du charbon de bois en Irlande : deux conteneurs équipés de la même cargaison ont été expédiés d’Amérique du Sud à Rotterdam, il y a quelques semaines à peine : la filière irlandaise du « charbon » fonctionne à plein régime !!! En souvenir des images du passé des charbonniers irlandais couverts de suie ???

 

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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