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Coke en stock (CCCXI) : l’Europe particulièrement visée

On continue notre visite cette fois du début de l’année 2020 des arrivages de cocaïne au Brésil. Les petits bimoteurs Beechcraft Baron, aéronef préféré des trafiquants brésiliens avec les différents Embraer-Piper sont toujours à la fête mais les gros porteurs commerciaux aussi. La découverte d’un gros Cessna 208 nous entraîne dans un autre cercle peu vertueux, celui des transferts intermédiaires vers les ports, où la cocaïne embarque vers l’Europe… ou l’Afrique mais avec comme destination réelle la Calabre comme on va le voir. Plus: pour terminer le retour d’un petit hélico… mais pas pour une histoire de drogue, cette fois… exceptionnellement (sans oublier un trafiquant bien trop sûr de lui) ! Le programme, vous le voyez, est chargé !

Le vol de trop du pilote héros au chômage

Le 2 mars 2020, c’est l’inverse encore de ce qui se passe habituellement qui est arrivé : les policiers et l’armée annoncent d’abord avoir trouvé pas moins de une demi tonne de cocaïne dans une plantation d’eucalyptus, à Juscimeira (c’est à 157 km au sud de Cuiabá). Le tas de 514 kilos de chlorhydrate de cocaïn est en effet impressionnant. De la drogue mais pas d’avion! Ils découvrent cependant en interrogeant la population alentour qu’ils ont raté le coche de celui qui a amené tout ça là.

Un avion bien sûr ! Peu de temps après heureusement, le lendemain vers 11 heures du matin, ce dernier se fait pister : après son atterrissage à Juscimeira  sur la piste clandestine près de la plantation, il avait en fait repris son voyage et a avait atterri tranquillement à Nova Mutum (à 400 km de là !), mission pour lui effectuée. C’est là qu’il est finalement intercepté. Il avait sur le dos le Groupe spécial des frontières (Gefron), la police fédérale, la police judiciaire civile, le Centre intégré des opérations aériennes (Ciopaer) et l’armée de l’air brésilienne (FAB) !!! S’il n’avait plus de coke à bord, il avait toujours les bidons d’essence en plus lui ayant permis de faire son trajet à pleine charge (cf ici à droite et à gauche)! L’appareil est encore une fois un Beech Baron 58 brésilien, immatriculé PT-LJY. Est saisie également une camionnette pick-up L200 blanche ayant transporté la drogue (voir ici les photos). La dernière surprise est son pilote :  sans antécédents de police, appelé Luis Carlos Gregol, dit  « Paquito  » il est arrêté et envoyé aussitôt au commissariat fédéral de Cáceres. « Né le 28 décembre 1982 à Campo Grande il a derrière lui carrière de 15 ans en tant que pilote, avec plus de 5 000 heures de vol. Il a travaillé pour plusieurs compagnies de taxi aérien et essayait de rejoindre l’une des principales compagnies de transport aérien » note sa biographie.  En somme il était au chômage !!! « Paquito » (ici à droite) s’était pourtant déjà rendu célèbre en 2017, pour avoir reçu une salve d’applaudissements des députés sur la proposition de l’un d’entre eux, Valdir Barranco (PT). Lors d’un vol le 4 septembre  2017 sur la route Aripuanã – Juara, avec à bord le ce dernier, le parlementaire et le député fédéral Ságuas Moraes (PT), il avait réussi à se poser sans encombre avec le moteur gauche de son avion de location brusquement arrêté, et avait fait un atterrissage forcé réussi dans la ferme d’Água Boa à Juara. Avoir sauvé la vie de deux députés va-t-il lui permettre d’éviter une lourde peine ? Il peut espérer quelques soutiens politiques : c’est aussi le gendre du maire de Santo Antônio do Leste (384 km de Cuiabá), Miguel José Brunetta (PL ) !!!

Les gros porteurs commerciaux aussi

Tous les stratagèmes sont bons pour transporter la coke, il n’y a pas que les malheureuses mules ayant absorbé de grosses gélules contenant la drogue et qui risquent à tout moment leur vie en cas d’éclatement de l’une d’entre elles, par overdose massive et instantanée, il y a aussi parfois les avions eux-mêmes dans lesquels ils traversent l’Atlantique. Habituellement c’est alors dissimulé dans les bagages, parfois hélas à leur insu. Histoire de rappeler ici qu’il ne faut jamais accepter de bagages qui n’aient pas été vérifiés avant de monter dans l’avion, car ça peut devenir très vite un cauchemar. A Heathrow, en 2018, le procédé avait été plus subtil : les sacs remplis de drogue étaient chargés dans le même avion chaque semaine, dans le vol BA248 de Rio de Janeiro, par les trafiques ayant infiltré sur place les bagagistes. Une fois les bagages descendus à Londres, deux bagagistes de British Airways organisaient le transport des bagages contenant les drogues vers un carrousel à bagages pour les vols intérieurs. Ils envoyaient alors à leur correspondant une photo du sac au coursier pour savoir quel sac rechercher : pas besoin de marquet extérieur ni d’en faire un bagage voyant ! Pour s’assurer qu’il n’y avait pas de passage à la douane, le courrier prévu atterrissait sur un vol intérieur, évitant ainsi tout contrôle et procédant directement à la récupération des bagages car il n’est pas nécessaire de passer les contrôles douaniers sur un vol intérieur.
Ils avaient également des complices travaillant comme intermédiaires entre les passeurs et les coursiers, tout en réservant des vols et des hôtels pour les opérations. Bref, des gens très organisés (ici deux clichés où l’on voit la dépose du bagage sur le tapis roulant par le bagagiste recruté par les dealers).

Non, cette fois, c’est une autre technique encore. Lors d’une visite de maintenance d’un appareil de grande ligne en partance vers l’Europe, des techniciens d’une compagnie aérienne découvrent dissimulées dans le fuselage de l’avion (dans le fond de sa soute), visiblement, des plaquettes d’un kilo, bien serrées sous une plaque vissée, dont la remise en place leur avait parue suspecte (ici à droite). A gauche ici c’est la soute en construction du F-HTVI, un Boeing B737NG de Transavia (elle n’a pas encore reçu ses câbles et son isolation). La drogue a remplacé l’isolation maintenue dans le film plastique habituel. Il y a 60 briques, soit une soixantaine de kilos de cocaïne. Pour arriver à faire ça, il fallait donc une sacré infiltration au sein de la compagnie, dont le nom n’est pas révélé pour ne pas nuire à sa réputation.
Est visée bien sûr la compagnie de maintenance, seule capable d’accéder ainsi aux entrailles de l’appareil et d’y laisser un bon bout de temps la coke avant qu’elle ne s’envole. Une double infiltration, car seule l’autre compagnie de maintenance sur l’aéoroport d’arrivée aurait été capable de la récupérer ! Obligeant la compagnie à revoir un à un tous ses mécanos pour essayer de trouver la taupe des deux côtés de la chaîne !

En janvier, dernier c’est un autre procédé qui avait été employé chez KLM dans un groupe 747 cargo (mais opéré par Martinair Holand, il était parti de São Paulo mais avait fait escale à Buenos Aires, sur l’aéroport d’Ezeiza), dans la soute duquel on avait monté au dernier moment des cartons censés contenir des bidons d’huile pour moteur, à même le sol de la soute, contenant la drogue. La caméra de surveillance de l’aéroport avait facilement permis de retrouver quel employé avait déposé ainsi le colis, à l’insu des pilotes semble-t-il. Il y en avait pour 84 kilos au total (lire ici). Le cargo embarquait en réalité… des chevaux, dans leurs boxes, pour participer à un course aux Pays-Bas, direction le terminal d’Amsterdam !

Arrivages de printemps : ça s’intensifie

Le 23 avril, un policier hilare de Pernambouc nous fait monter à bord d’un engin imposant semble-t-il et nous montre son contenu disparate : des valisettes, des cartons, des sacs de toile blancs posés sur les sièges, un énorme paquet maintenu par des sangles à l’arrière, avec le policier qui commente la visite « c’est de la cocaïne, il y en partout ». Même dans les coffres ventraux il y a des sacs avec encore de la coke, en effet !!! L’avion de grande taille est un magnifique Cessna 208B Grand Caravan bleu nuit, gris et blanc  immatriculé PT-MEK, vu ici en train de se poser délicatement à Flores (alors le Cleiton Taxi Aéreo (CTA) qui en possède plusieurs), pas tous aussi décorés. Le N°208B0360 enregistré le 13 août 2010 au Brésil. Le journal télévisé du lendemain  matin en fait des gorges chaudes en montrant l’amoncellement de paquets de coke qu’on en a extrait : il y en a pour 650 kilos ! Selon Extra, et selon un rapport de la police brésilienne, annoncé dès juin dernier par le vigilant Marc Fievet, le port de Pernambouc est pour sûr  la ligne directe pour exporter la cocaïne vers l’Espagne (ou la Belgique ave Anvers en point de mire qui dépose désormais de son l’Espagne comme on peut le  voir ici :

En 2019, les autorités belges ont appréhendé en effet un record de près de 62 tonnes de cocaïne à Anvers, le deuxième plus grand port d’Europe. La plus grande part, 15,9 tonnes, soit environ un quart du total, provenait de navires arrivant du Brésil seul, selon les données officielles belges. En 2015, les douanes belges n’avaient saisi que 293 kilogrammes seulement  en provenance du Brésil, soit moins de 2% du transport de cette année-là. Le bon est gigantesque !!!

L’avion fait donc partie d’un gang très organisé selon ce rapport très précis  : « l’enquête a débuté le 22 avril, lorsque le PF a reçu l’information selon laquelle un avion quitterait Goiânia pour la municipalité d’Igarassu, dans la région métropolitaine de Recife, avec un chargement de cocaïne ». « La police a mené une campagne et arrêté les responsables du transport de la drogue. L’avion transportait 650 kg de cocaïne. La drogue devait être transporté au port de Suape, d’où il serait envoyé en Espagne ». »En quittant la Bolivie, la première apparition documentée de l’avion préfixe PT-MEK au Brésil a eu lieu à Goiânia (GO), une ville qui, en raison de sa proximité avec le pays andin et ses infrastructures, est largement utilisée comme entrepôt pour écouler la cocaïne bolivienne « , décrit la plainte ».

« En chemin, ils se sont arrêtés dans des aéroports désactivés et des pistes d’atterrissage clandestines, jusqu’à leur destination finale, l’aérodrome de , dans la commune d’Igarassu, dans la région métropolitaine de Recife (ici à gauche). Ce petit aéroport à piste unique (7° 50.646’S et 34° 53.511’O) longue d’1 km seulement très proche de la côte (moins de 10 km) est en pleine expansion, son dépliant vantant ses futures expansions prévues en plans 3D. Goiana, nœud du trafic, n’est pas loin non plus (une trentaine de km comme Recife). Le port de Suape est à peine à 65 km en ligne droite !

« Au moment de l’arrestation, l’attention des enquêteurs a été attirée sur la structure robuste du groupe. Outre un grand nombre de personnes impliquées, six véhicules attendaient l’arrivée de l’avion pour récupérer la drogue, dont un minibus. L’un des conducteurs de l’un de ces véhicules a été interrogé par le PF et a confirmé qu’il avait été engagé « pour conduire une Ford Ecosport dans un train pour transporter un » matériel «  », moyennant un paiement convenu de 15 000 Reais. Selon la plainte du MPF, « tous les participants au trafic recevraient un nouveau téléphone portable pour communiquer pendant le trajet, circonstances déjà assez étranges ». Le MPF a également détecté des mouvements financiers atypiques, avec des transferts d’un montant de 2 millions de reais et 2,5 millions de reais par les membres du groupe ». La police en est convaincue, donc : c’est bien un réseau international liée à l’Europe qui vient d’être mis à jour. Le temps de rassembler les données et de le croiser et on va découvrir cet été que c’est bien plus gros encore que prévu…

Signalons que CTA avait aussi défrayé la chronique le 18 septembre 2017, la société avait été condamnée à verser 480 000 reais, au titre de dommages moraux, aux membres de la famille d’une directrice du Département d’État de l’Éducation (Seduc), Eliana Socorro Pacheco Braga, qui était morte à Manaus dans l’accident du 13 mars 2010 (avec 5 autres enseignants), à bord de l’Embraer EMB-810C Seneca II immatriculé PT-EUJ de chez CTA, ainsi que de verser à son mari et à sa mère une pension mensuelle de 2/3 des revenus perçus par la victime jusqu’à la date à laquelle elle aurait eu 65 ans.
Le verdict de la cour de justice avait étrillé la firme : « erreur humaine, poids excessif au décollage, violation des règles d’exploitation, maintenance obsolète, échec de la planification »…selon la presse, « Cleiton Sérgio de Souza », ici à droite, « a nié que l’avion appartenait à la compagnie mais à JVC Transportes Aéreos . D’autre part, le propriétaire de JVC Transportes Aéreos, Jorge Luiz Viana, a garanti que la compagnie avait vendu l’avion en décembre 2009 à CTA ». Le  Cessna 208B PT-PTB 208B0766 de l’entreprise s’est également écrasé le 28 février 2012 en tuant son seul occupant, le pilote, alors en trajet de convoyage.

La routine printanière 

Le 5 juin c’est l’ancien avion des pompiers (tout rouge encore, le PT-RAS) de l’Etat de Goias (ici à droite)) qui s’est fait pincer à Fernandópolis, après une courte poursuite avec les habituels Tucanos (voir notre épisode « Coke en stock (CCXCVIII) : d’autres surprises encore« . Bilan de l’arrestation et de la saisie : 450 kilos de coke ! Bonne pioche ! Un article qui nous parle aussi d’une autre interception le 18 avril par l’armée de l’air brésilienne (FAB) à Coari, avec  un avion ramené sur l’aéroport de Porto Urucu (à 365 kilomètres de Manaus) et découvrir un classique Embraer-Seneca PT-VGF surchargé, rempli de sacs de coke (418 kg !) et muni de bidons d’essence supplémentaires, qui provenait du Pérou cette fois. « Le bimoteur a été soumis à des procédures d’enquête et de persuasion, y compris un coup de semonce pendant le vol et escorté par la FAB. Lorsqu’il a atterri à l’aéroport, le pilote et son compagnon sont descendus de l’avion et ont couru vers les bois. Toujours selon la police fédérale, le pilote, un homme de 34 ans de São Paulo (SP), avant d’entrer dans la forêt, est revenu vers l’avion, pour être arrêté peu après par les gardes de sécurité de l’aéroport. L’autre suspect a 40 ans et a déclaré qu’il était originaire de Porto Velho (RO). C’est un fugitif de la justice pour crime de meurtre ». Et le rappel au passage du beau Beechcraft Baron immatriculé PT-LRM à la belle livrée doré et noir,  retrouvé intact en pleine forêt à Apuí à 1 122 kilomètres de Manaus.

Le 17 mai  on part faire un tour dans un petit aéroclub discret, sur l’aérodrome de Flores, situé Avenida Professor Nilton Lins, dans la zone Centre-Sud de Manaus : la même adresse où avait fureté notre berger allemand renifleur, souvenez-vous. Un autre avion suspect vient de s’y poser venant de quitter Tabatinga (à 1 105 kilomètres de Manaus), et il va s’avérer être une pharmacopée à lui tout seul, contenant 130 kg de valises et sacs différents (ici à droite) contenant des emballages fort colorés (à gauche) qui semblaient contenir de la drogue et effectivement puisqu’il s’agir de 56 kilos de cocaïne répartis dans 52 paquets, plus 73 autres supplémentaires avec 74 kilos de marijuana (maconha là bas). Un chargement mixte (ue commande spéciale ?) ! L’appareil était le PT-RFD, un énième Embraer EMB-810C Seneca II (810367), encore un très bel appareil, habitué de Manaus (il était bleu gris et blanc quand il faisait le taxi aérien). Jugés en procédure de flagrant délit, ses occupants écopent de peines de prison allant jusqu’à 33 ans  pour les deux types d’infraction cumulées (pour deux types de drogue). Ce n’était vraiment pas leur jour !

Après la drogue, le défoliant

Le 6 juin, ce n’est pas de la drogue ni des acrobaties mettant en péril des gens, mais c’est tout aussi inconscient et dangereux. On en effet arrêté un hélicoptère de type Robinson type 44 en plein champ, équipé de bidons entre les skis. Il était utilisé pour appliquer des herbicides toxiques interdits sur les réserves forestières de Colniza (1 077 kilomètres de Cuiabá) et a donc été appréhendé. « Deux personnes ont également été arrêtées dans le cadre de cette action, soutenue par le secrétaire d’État à l’environnement, la police militaire et civile » nous apprend la presse. Au Brésil, quand on ne met pas le feu à la forêt, on y répand ce que répandaient les américains au Viet-Nam, du défoliant ! Tout est bon pour s’accaparer des terres et y cultiver ce qui va les ravager: palmiers, bananeraies, etc… l’hélicoptère était le PR-PRV, N°12094 vu ici en 2008 dans un hangar de Belo Horizonte Pampulha, enregistré au Brésil le 20 mars 2014 et ramené ici à droite au Centre intégré d’opérations aériennes de Sorriso.

Ah, ces artistes, quels pigeons !

Entre-temps, L’ANAC a commencé à vérifier les documents d’avions jugés « sensibles » par la Police brésilienne, en raison notamment de leurs déplacement mal documentés et elle tombe sur pas mal de surprises. En point de mire : les vols des artistes, ceux qui passent leur temps à nourrir Instagram de clichés inintéressants sur leur exploits de tous les jours, ameutant leurs fans friands. Ça commencé tôt. Le chanteur à succès Gusttavo Lima avait vu ainsi par exemple le 8 avril 2013 son petit Cessna Citation Jet-1 empêché de quitter l’aéroport de Sorocaba (SP), Gusttavo devant rester coincé dans sa ferme de l’intérieur de Góias, à pester contre l’administration, en devant annuler le spectacle prévu le lendemain, à Maringá (PR) : son avion n’avait pas ses papiers en règle ! Surtout, il n’avait pas enregistré ses derniers vols dans son journal de bord, laissant le doute sur son usage réel ! C’est amusant quand on sait que ce chanteur nombriliste n’a cessé de frimer en s’exhibant devant de nombreux jets (en les siglant alors que ce n’étaient que des avions de location !). Plus inquiétant en ce qui concerne l’artiste est sa décision en 2016 de se fair construire une énorme piste de terre à côté de sa ferme dans le Minas Gerais. Elle servira lors de son mariage, réunissant une belle paire de jets et de petits avions. On ne sait s’ils ont été contrôlés ce jour-là…

Il prétendra posséder pourtant l’Embraer-135LR PP-VVA, inscrit au nom de Companhia Vale do Rio Doce (lui appartenant) mais il l’a revendu le 18 juin 2020 à Aero Technologies, société de San Francisco. Tout cela n’est pas sans nous rappeler un autre avion et un autre chanteur brésilien (Alexandre Pires, piégé par le narco Alexandre Goulart Madeira !)…

Les chanteurs et chanteuses frimeurs (ses) représentent une manne d’argent conséquente pour les margoulins au Brésil comme ailleurs : l’appareil PT-LDY de BHZ Transporte Aéreo e Locação de Aeronaves Ltda avait ainsi décollé de Maringá (PR) le 7 avril (il est ici lors de son décollage de l’aéroclub de d’Ituiutaba), Or selon l’ANAC, son plan de vol de l’avion était truqué, avec les numéros de qualification d’autres pilotes qui n’étaient pas sur le vol car ceux aux commandes, Ernani Luiz Assis Figueiredo Campos et son copilote, n’étaient tout simplement pas qualifiés !!!  La victime ce jour-là était la chanteuse (grande poseuse) Claudia Leitte, qui n’en était pas sa première mésaventure du genre : l’année précédente, en octobre 2018, l’avion qui transporterait la chanteuse et son mari, l’homme d’affaires Márcio Pedreira, avait été interdit de vol par l’ANAC, le pilote et le copilote de l’avion ayant eu leurs qualifications suspendues… l’avion (PR-OLB) appartenait cette fois un autre homme d’affaires, Wallysson Henrique, qui s’était (mal) défendu en affirmant que ce n’était pas un vol commercial mais « un cadeau » fait à la chanteuse !

Ces histoires de vols illégaux se sont mal terminées pour un chanteur prometteur, le 27 mai 2019; avec le crash Piper PA-28-180 Cherokee Archer PT-KLO de l’aéroclube d’Alagoas (ses deux dirigeants tués eux aussi dans l’accident), loué à la volée par Gabriel Diniz, 28 ans. L’avion s’est écrasé dans une rivière, à Porto do Mato in Estância, sur le côté sud du Sergipe situé lui au nord-est du pays (le Nordeste), sur le littoral atlantique.

Ces histoires de vols tordus, c’est valable aussi pour les hélicos, bien sûr. Et même parfois avec des engins autorisés officiellement à voler. Le 9 juillet dernier, un Robinson immatriculé PR-GME faisant le taxi (pas officiellement, encore un !) a soudain des problèmes moteur et rate son atterrissage en catastrophe dans un champ en jachère de São João do Caiuá. L’engin est retrouvé couché sur le coté, pas de blessés graves à bord : il n’y avait qe le pilote. Les policiers retrouvent à ses côtés un bagage, pourtant, qu’il dit être le sien. Quand ils ouvrent la valisette, surprise ; dedans il ya 500 000 reais. Un beau tas de billets (ici gauche) !

Outre les avions des chanteurs, il y a aussi des avions non déclarés, découverts parfois emballés dans des hangars minuscules, comme cet étonnant Socata TBM-700 à l’aile droite visiblement refaite et prête à être repeinte.  Les endroits visités s’appelant Aquidauana, São Gabriel D’Oeste (Rosada Airfield, ci-dessous ) et Paranaíba (à l’aérodrome pour le moins rustique). 

Les vérifier tous, ou les surveiller, ces nombreux petits aérodromes relève de la gageure. C’est un vrai casse-tête pour l’ANAC, en fait. Rien que pour le Goias, ce n’est pas ce qui manque comme endroits pour s’activer discrètement avec des avions au fond de hangars … Sky Vector en recense 175 !!!

Les deux hélicos et le yacht bien trop visibles

Dans notre précipitation à vouloir nous rendre au plus vite dans le déroulé de l’année 2020, on a oublié un autre beau cas de figure, découvert rappelons-nous en septembre 2019 à à Angra dos Reis (la « baie des Rois », un lieu de villégiature à 150 km de Rio de Janeiro). Un superbe cas, avec l’une des montures préférée des narcos brésiliens : l’hélicoptère. L’affaire avait commencé par un bon « tuyau » obtenu par la police brésilienne qui avait appris qu’une personne vivant avec un faux nom vivait dans un « manoir » (une énorme villa) à Angra dos Reis, sur la côte de Rio de Janeiro, et qu’elle venait  d’acheter un bateau à 6 millions de rais, un modèle Azimut de 60 pieds, autrement dit pas vraiment une barque à rames ce machin. Or les policiers, en vérifiant leurs fiches, s’étaient aussi aperçus que l’homme de 42 ans décrit, appelé André de Oliveira Macedo, surnommé André do Rap, était recherché comme hors-la-loi depuis 2017 : il avait déjà fait trois séjours en prison pour trafic de drogue et avait passé un total de sept ans et demi derrière les barreaux !!!

Très vite, ils s’aperçoivent aussi que le fameux « manoir » une grande villa avec piscine, reçoit régulièrement la visite d’un hélicoptère « noir et jaune » modèle EC130B4 (PR-ICE, ici à gauche). Un engin évalué à 7 millions de reais, mais qui n’est pas le seul sur place : il y en un deuxième, gris celui-là, toujours du même modèle (EC130B4, le PR-PIT). Les hélicos lui servaient à effectuer fréquemment des vols à destination de Jacarepaguá, à l’ouest de Rio, pour « y faire  des affaires » selon ses propres dires. Imaginez lesquelles ! Deux hélicos, un yacht et un château avouez que ça commence à faire beaucoup pour la police !

En épluchant des registres de vente, les enquêteurs constatent « qu’un concessionnaire a repris un ancien hors-bord il y a environ 30 jours pour 3,5 millions de reais et a vendu un nouveau pour 6 millions. Le propriétaire déclaré ne posséderait qu’une petit moto de 125 cm » constatent les policiers  «Il dit que ce n’est pas le sien [le bateau à moteur], qui est même au nom d’un homme d’affaires. Nous avons fait des recherches. Cette personne n’e posséderait  qu’un petite moto. Alors, comment un gars qui a simple moto peut-il avoir un bateau à moteur de 6 millions de reais ? Il n’a aucune capacité fiscale pour avoir cela. Nous pensons qu’il a utilisé ces engins pour blanchir son argent », conclut Fábio Pinheiro, de la Division anti-kidnapping du Département des Opérations stratégiques de Police (cela donne… « Dope »).  C’est ce luxe ostentatoire qui aura plombé le trafiquant, resté plutôt inconscient devant les policiers :  « Il plaisantait, pensant qu’il n’allait jamais être arrêté ». L’homme a été cueilli au petit matin à 6h30 du matin pour implication dans un trafic de drogue, dans une autre maison, le manoir étant près de la ville, en bord de mer, à l’extérieur d’un condominium. Il avait acheté la maison pour 4 millions de reais et louait le manoir, dans une zone de copropriété fermée, pour 20 000 reais par mois, selon les calculs de la police. Sur place les policiers découvrent plusieurs employés, trois marins (ceux du yacht), beaucoup de boissons, beaucoup de nourriture, plusieurs femmes sur place, mais, fait étonnant, aucune arme. « Nommé par la police comme l’un des dirigeants du PCC, faction qui agit à l’intérieur et à l’extérieur des prisons, André de Oliveira Macedo, dit André do Rap, a remplacé Wagner Ferreira, le «Cabelo Duro» assassiné à la porte d’un hôtel du quartier de Tatuapé, dans la zone Est de São Paulo, peu de temps après la mort de Gegê do Mangue et Paca, à Ceará. «  explique ici Piloto Policial.  L’attaque était une possible représaille pour la mort de Gegê do Mangue et Paca (voir ici, ils avaient été amenés à leur supplice en hélicoptère). Le trafiquant décidément trop confiant avait pignon sur rue, il était très impliqué sur place dans la musique et le football, deux endroits propices au blanchiment, on le sait ! Il n’hésitait pas à se présenter comme un agent d’artistes et joueurs de football !!! Il s’es tellement noyé dans le paysage que son hélico sert d’exemple à la jeunesse locale, avec ici un fut talent aérien du collège de Loyola, qui désire devenir pilote plus tard… ironie mordante, l’engin à côté du sien dans le reportage TV est le PR-SIX, devenu en 2020 membre de la police vu ici à Porto Velho… en 2018, il était pourtant encore enregistré au nom de Ricardo Cavanelas Guimaraes (depuis 2013 !), propriétaire de 8 entreprises, actif dans le secteur minier du Minas Geiras… l’engin aurait-il été saisi et reversé à la police en 2019 ? Ça semble probable en effet…

C’est une très grosse prise en fait que cette arrestation de trafiquant qui s’imaginait vraiment intouchable : « L’impact de son arrestation est grand car il est l’un des leaders dans l’envoi de drogue en Europe. Selon les informations des agences internationales, il fait partie des criminels qui dirigent l’envoi de drogue en Europe, de la cocaïne. Cette cocaïne passe par le port de Santos à un port de Calabre, en Italie, appelé Joia Tauro. Et à partir de là, il est distribué dans toute l’Europe » affirme la Police. « Selon le délégué, deux chefs de la Ndrangheta, qui est la mafia de Calabre, ont été arrêtés il y a environ 40 jours dans la Baixada Santista par la police fédérale et on soupçonne qu’ils ont une relation avec André do Rap. »

Ce premier contact dans cet épisode des liens flagrants entre les gangs de cocaïne brésiliens et la mafia italienne, nous allons la retrouver demain si vous le voulez bien, via un gros détour par l’Afrique, car au printemps dernier, un article de deux journalistes a eu un énorme retentissement politique…. sinon une déflagration,  en Côte-d’Ivoire, où nous allons donc devoir nous rendre obligatoirement, pour quelques épisodes…  la coke brésilienne y étant expédiée par cargos complets ! Surprise : là-bas, nous allons y découvrir des spaghettis, préparés avec une recette à la française  !

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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