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Coke en stock (CCCVIII) : des narcos et des réseaux visant l’Europe

L’année 2019 au Brésil reste marquée par les deux grands coups de filet réunissant d’un coup de nombreux avions qui sont tous de petite taille. Nous ne sommes pas là-bas au stade des gros porteurs à réaction que l’on n’a pas cessé de voir tomber cet été au Belize, au Guatemala et au Quintana Roo. Mais, nombreux, ils sont d’une redoutable efficacité, emportant régulièrement plus de 400 kilos de cocaïne à chaque vol. L’un des responsables narcos de cette flotte imposante, traqué depuis 2018, a été arrêté le 31 août 2019.  Il entretenait méticuleusement ses avions, au contraire de ses collègues dans la profession. Un autre, arrêté en décembre, nous amène directement en Europe, puisqu’il est… Portugais. 

Coup de fil anonyme et au bout deux avions, et un réseau 

Le 17 avril 2019, nouvelle découverte (à la suite d’un coup de fil anonyme) sur une piste près d’une villa de Bragança Paulista située dans la zone rurale d’Atibaia (à 64 km de Sao Paulo). un Beechcraft Bonanza à winglets à l’aile gauche en mauvais état : celui-là s’est pris en une tranche au redécollage !!! Il est immatriculé PR-VCF, celle d’un avion existant réellement, le Beechcraft 58 performant, modèle FoxStar Baron TH-1056 vu à  Curitiba Bacacheri… ou à Bragança Paulista (ici en 2010) et ici en vol à gauche. L’enquête du journal télévisé qui relate la découverte mène à un hangar situé dans le quartier de Ponte Alta, entre les villes d’Atibaia et Bragança Paulista. Un petit aérodrome où stationne aussi un Aero-Commander, venu comme le précédent du Mato Grosso do Sul. Selon la police, l’enquête a duré environ deux semaines. « Le délégué a déclaré que son équipe avait reçu des informations selon lesquelles, vers 12h30, un avion atterrirait dans la région, où se trouvent des hangars privés, en plus des maisons. « A l’atterrissage [l’avion] a dérapé. Il est passé au-dessus de la piste. Cela a soulevé des soupçons et a attiré notre attention. » Costa a ajouté que des « employés » du hangar ont couru vers l’avion écrasé et « ont pris plusieurs objets [de l’intérieur de l’avion] ». La drogue présumée aurait été placée dans des camions et des camionnettes ». Sur les lieux, la police a trouvé un avion dont le fuselage était abîmé, ainsi qu’un autre avion «stationné». Les deux avions, selon le SIG, venaient de Ponta Porã (Mato Grosso do Sul.). Cinq hommes sont arrêtés, dont un en possession d’argent et d’une brique de « macona » : c’est donc un trafic de marijuana cette fois. Deux camions avec plateaux à double fond sont aussi découverts dans la foulée. Le second appareil est le PR-AFP (ici à droite), un Aero Commander 500S (« Shrike Commander ») N°. 1861-40 aperçu à São José do Rio Preto en janvier. La nature de la cargaison indique une origine… paraguayenne, plutôt, sans hésiter. 

Le Twin Commander PR-AFP est le N°1861-40 enregistré le 29 janvier 2015 au Brésil, c’est l’ex N582AC. Ce n’est pas un appareil inconnu en fait : il sort tout droit  de l’aérodrome d’Edu Chaves, où on avait repéré déjà un atelier de préparation d’avions (voir ici) appelé Aeropav (Aeropav Manutenção de Aeronaves Paranavaí LTDA), et il a aussi reçu la visite de la police à cette époque…comme je vous l’ai dit « pour redémarrer plus tard en 2015, toujours sur l’aéroport d’Edu Chaves, avec une nouvelle direction, paraît-il depuis 2012, en l’occurrence 3 mécanos devenus les propriétaires : Renato Secafim, Ricardo Secafim et Mauricio Vieira », avait-on dit, mais avec aussi ceci : « l’atelier présente aussi un Cessna 337, enfin plutôt rare, et un Twin Commander fort prisé lui aussi dans le monde des trafiquants pour ses capacités d’emport et son aile haute lui permettant de se poser sur des chemins de terre.  C’est le PR-AFP », (ici à gauche, c’est en effet bien le même!) « un Twin Commander 500-S 1861-40 enregistré en 2015 seulement au Brésil, et l’ex N582AC, vu ici en 2017 à l’aéroport Carlos Prate (à Belo Horizonte, sur la côte sud du pays), ou a Belize. L’un d’entre eux, porteur de drogue avait été intercepté sur les bords d’un champ, au Brésil, dans une hacienda.  El Chapo lui aussi s’était aussi intéressé à ce type d’appareil, ainsi que son pilote et trésorier, Jorge Arevalo Kessler ». Le monde des trafiquants est bien petit !!! On en arrive à prévoir ce qui va se passer avec eux !!! La nature de la cargaison transportée cette fois (du haschich) indique une origine… paraguayenne, plutôt, sans hésiter. Des Twin Commander on en retrouve toujours servant à transporter de la coke, comme cet été encore… à Palenque au Honduras.

Une chef de gang bolivienne !

Le 5 août, opération similaire dans l’Etat de Goias, autre fief narco comme on le sait. C’est l »Operação Puro Sangue », l’opération pur-sang, C’est le résultat d’une le résultat d’une importante enquête menée par la DENARC qui a duré un an. Un avion avait été repéré et suivi. Cela allait aboutir à 501,6 kg de coke, une camionnette Ford Ranger, un Toyota Hillux, une Discovery, une Fiat Strada et une Fiat Toro et de puissantes motos (BMW 1200 et Yamaha), des armes et un gang dirigé par à une (jeune !) chef de gang, c‘est à noter, qui n’était pas brésilienne : « selon la police, peu de temps après l’arrivée d’une cargaison de drogue qui se trouvait dans un avion qui a atterri sur une piste d’atterrissage située près de Goiânia, des policiers civils ont surveillé toutes les actions des suspects, au moment où ils ont intercepté une camionnette avec une demi-tonne de cocaïne. déjà prête pour être distribuée. Ensuite, la police a entrepris une diligence dans une petite ferme, liée aux chefs d’ORCRIM, dans la municipalité d’Itaberaí, où ils ont localisé des fournitures, une grande presse, des armes à feu et des engins explosifs, en plus de l’argent du trafic de drogue. Dans la ferme, la Bolivienne Jemima Adelita Ruiz Banegas, qui commandait ORCRIM, a été arrêtée avec son mari ». Poursuivant les enquêtes, déjà dans la ville de Rio Verde, deux pilotes ont été arrêtés, en plus d’autres membres du groupe, et les deux avions, qui étaient utilisés par l’organisation criminelle, ont été saisis ». L‘organisation criminelle – ORCRIM – opérait depuis des années dans l’état et elle était chargée d’apporter de grandes quantités de cocaïne pure à Goiás par avion. Les deux avions sont un Cessna et un inévitable Beechcraft Baron 58 immatriculé PR-TID (ici à Maringa le 13 juin 1016 et vu là à Londrina, en mars 2011, où étaient stockés les appareils de contrebande), le TH-1397  brésilien depuis le 02 juin 2009; ex N8458B. Le Cessna est un Cessna F172 RG blanc, vert et jaune, immatriculé en PR-BCI ou PR-BCT, avion non répertorié nul part.

Une grosse saisie qui conduit… au Portugal

La deuxième grande opération anti-narco, sur la lancée de la première (décrite à l’épisode précédent) a lieu quelques mois plus tard, en décembre 2019, et elle a été diablement efficace, en saisissant d’un coup neuf avions de trafiquants, tous de petit modèle. Elle a arrêté surtout au passage le portugais d’origine (c’est à noter) « Mauro Loureiro, 43 ans, originaire de Póvoa de Santo Adrião (près d’Odivelas, c’est bien au Portugal en effet !), qui est détenu à l’intérieur de l’État de São Paulo, au Brésil, il est soupçonné d’être l’un des chefs d’un réseau international de trafic de drogue et d’armes. Le Portugal était la destination des marchandises illégales, qui circulaient au Brésil dans neuf petits avions et ont ensuite été envoyées dans d’autres pays par voie maritime, depuis le port de Santos ». Une vue d’un hangar de Bragança Paulista investi par la Police saisi montre plusieurs appareils, que le journal télévisé du lendemain matin passe en revue. On a droit au PT-JSJ (un beau Beech Bonanza), au PR-ZDQ (un beau Vans RV-10), au PR-DED (un Cessna 172M Skyhawk), mais aussi au PT-RLP (un Embraer EMB-712 Tupi), ou au PT-CQA, mais aussi à un second Beechcraft A36TC Bonanza, le PR-KAR (un Cirrus SR20-G3), plus le PT-ZMU également (un autre Vans RV-10) et le PT-VMW, un Embraer EMB-720 Minuano, ainsi que le PT-EZW, un Embraer EMB-810C Seneca II qui avait été présenté fort chamarré à Expo Aero Brazil 2004 et qui, particularité rare, a été présenté par son propriétaire comme sevant d’avion-corbillard !!. Les cercueils ça sert à tout, comme l’avait démontré jadis un des impliqués dans l’assassinat de Kennedy (Billie Sol Estes) qui n’hésitait pas à découper en deux les macchabés pour fourrer dans le fond du cercueil de la drogue !!! Tous de petits appareils donc, mais en excellent état et parfaitement entretenus visiblement ! Une saisie qui nous rappelle beaucoup celle effectuée en 2014 au Paraguay à Asuncion avec des avions eux aussi refaits à neuf (l’un d’entre eux vient de refaire parler de lui !). Le tout protégé par un armement conséquent dont une partie est visible ici à droite ; armes de poing et fusil à pompe… pour protéger le hangar et les neuf avions, pas moins, au total, servant tous au trafic.

Le résumé qui suit de la saisie par la Police est édifiant : « la grande offensive a débuté lundi par l’exécution de mandats de perquisition et de saisie. Loureiro a été arrêté dans un condominium fermé à Jardim Fortaleza, à Paulínia. L’équipe du 2e commissariat a trouvé une brique de cocaïne avec le Portugais. La pièce servait de vitrine à ceux qui souhaitaient acheter le stupéfiant. Ils ont également saisi des véhicules importés: une Mini Cooper S, deux BMW X6, un pick-up Volkswagen Amarok, une Cam AM Maverick et une moto Harley Davidson. Plus une Honda HR-V et une Volkswagen Voyage. Les équipes du 2nd Patrimony ont suivi leur action à l’aéroport de Bragança Paulista. Là, neuf avions ont été saisis dans le même hangar. Aussi trois pistolets, un revolver et un fusil de chasse de calibre 12. La dernière étape s’est déroulée hier dans un bureau de Tatuapé, dans la zone Est. La police a saisi des ordinateurs utilisés dans les affaires. Des transfert de valeurs principalement à l’aide de bitcoin, un type de monnaie virtuelle. Loureiro est responsable du trafic, des associations criminelles et du blanchiment d’argent ». Armes, Bitcoin, collecte de drogue bolivienne par avions et envois vers l’Europe par cargos effectués par un portugais ; avouez que l’on a là un superbe exemple de trafic international ! Ne manquent au tableau que des hélicoptères, dont on connaît la grande appétence des brésiliens pour ces voilures tournantes.

Une brune bolsonariste aux commandes

Cet usage plutôt particulier des brésiliens de petits appareils pour les transferts de drogue, on en a eu une nouvelle confirmation flagrante le 17 novembre 2019 avec un superbe plantage à Elias Fausto, dans le district de Cardeal, à l’intérieur de l’Etat de Sao Paulo. L’avion en panne sèche semble-t-il est tombé juste après avoir survolé l’église de Nossa Senhora Aparecida qui lui servait e point de repère !!! Il venait d’Americana, en direction de Santa Catarina (sur la côte, donc). C’est un Van N°FVE-1602 bien reconnaissable immatriculé PP-XRF, construit (c’est un kit, on le rappelle) par une entreprise de Sumaré (Sao Paulo). A bord on a trouvé 30 kilos de pâte de cocaïne et un de occupants (un homme) s’est enfui, mais les policiers accours ont réussi à capturer le pilote, légèrement blessé : surprise, c’est une femme de 46 ans (ci-dessous à gauche), appelée Janaína de Dominicis da Silva, originaire de São Roque, bénéficiaire d’un permis de piloter, qui a nié aussitôt savoir le contenu du compartiment à bagages de l’avion, ce qui paraît bien improbable vu l’exiguïté de l’engin. Le propriétaire du hangar où était l’avion avait vu les deux occupants lui dire qu’ils se rendaient avec à la plage de Porto Belo, à Santa Catarina. Sur les réseaux sociaux, la pauvre s’est déclarée grande fan de Bolsonaro… (ici à gauche) pas sûr que ça l’aide à s’en sortir.  Une fois encore, le réseau d’importation de coke dont faisait parier l’appareil était sous surveillance : « l’affaire a commencé à faire l’objet d’une enquête dans la ville en décembre 2017 et a abouti à l’arrestation de 11 personnes et à la saisie de 8 avions – le dernier à Birigui (Sao Paulo). Au cours de cette période, la police a également saisi 1 300 kilogrammes de cocaïne. Le délégué Luis Carlos Gazarini, a informé à l’époque que le projet était commandé par un pilote de nationalité paraguayenne, et qu’il avait loué un hangar à l’aéroport municipal d’Americana ». L’une des premières fois que l’on avait touvé un Vans impliqué dans un trafic c’était le 22 août 2017 sur l’aérodrome de Sinop, avec le cas du PT-ZTA noté ici dans notre épisode Coke en stock (CCV) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (40). Son pilote était un bolivien ! En 2015 le pilote précurseur Sergio Vanderlei Becker avait été arrêté dans le Mato Grosso par la police fédérale,  avec dans son avion 209 kg de cocaïne en provenance du Pérou (ou de Bolivie, l’enquête n’a pas su le déterminer exactement) dans un Vans le PP-ZGA Numéro AG-10007, lire ici),. 

Recyclage des avions de narcos

En juin, le 5, opération « recyclage » avec l’incorporation d’un Cessna saisi dans les forces aériennes de l’Etat de Tocantins : « La Police Militaire de Tocantins a reçu mercredi matin le don d’un avion et d’un pétrolier pour fournir des avions à la Compagnie indépendante des opérations aériennes (CIOPAER). La livraison a été effectuée au Hangar d’État, à l’aéroport Brigadeiro Lysias Rodrigues. L’avion a été nommé, comme le veut la tradition de l’aviation, par un arc d’eau de deux camions des pompiers de l’aéroport de Palmas. Et il a également été bénie par le père Paulo Frade et le pasteur Niobey Aier. L’avion Cessna 210 a été saisi par la police fédérale lors d’une opération en 2015. En raison de son état de conservation et de ses performances, il a été revendiqué par plusieurs États et la proposition du gouvernement de Tocantins pour une utilisation dans la sécurité publique a été acceptée. Le modèle est idéal pour les groupes de police, étant un avion polyvalent avec un faible coût de maintenance ». J’avais évoqué ici en 2018 ce qui était arrivé à cet appareil, saisi avec un second. C’était le PR-RRM, le Cessna NA 210L N°21060550 ré-enregistré le 21 octobre 2008 au Brésil, qui était aussi l’ex N243BC que les trafiquants avaient repeint à neuf, une robe colorée qui a été conservée telle quelle depuis par les autorités. C’était déjà toute une organisation derrière dont le centre était la ferme de Clineu Bittencourt Dias (ici à droite), ancien disk-jockey devenu pilote et narcorafiquant. Il a été assassiné le le 17 juillet 2014 chez lui, dans sa ferme de  Córrego da Onça, à Pontes et Lacerda (Mato Grosso, à la front ) : il était devenu entre temps le secrétaire du gouverneur d’Araçatuba !!! L’appareil avait coûté 99 500 dollars au trafiquant (ici à gauche la photo de sa mise en vente aux USA. Il avait été repeint à neuf dans le hangar de l’aéroport Marechal Rondon à Varzea Grande (cf la région métropolitaine de Cuiabá).  Un endroit appartenant à Ricardo Santos Cosme Silva,un ancien disc-jockey à la tête d’un réseau dans lequel on repeignait aussi les Cessna (on en reparlera bientôt aussi), tel ce PR-RRM le Cessna NA 210L 21060550 ré-enregistré le 21 octobre 2008 au Brésil, qui est aussi l’ex N243BC. Lire ici ses aventures.

La grosse saisie d’Americana, point de départ des découvertes

Avant-même le réseau démantelé en 2019, et avant celui démasqué cet été, donc, il y en a avait eu un autre, au Brésil, terre d’élection des petits appareils bourrés de coke comme on sait. Ça a commencé avec un vieux Seneca immatriculé PT-CMV découvert particulièrement bien chargé en avril 2018 : 758 kg de coke à son bord, difficile de faire mieux, un avion trouvé à Carauari, a 788 km de Manaus. Ce n’était pas une surprise, pour la police. C’est un peu auparavant en décembre 2017 que l’on a commencé à démêler un long écheveau de trafic de cocaïne reliant la Bolivie au Brésil. Une longue enquête, comme pour tout trafic international (ici avec la Bolivie, fournisseur, le Paraguay, pays traversé et le Brésil). On mettra plus d’un an à attraper le responsable de l’arrivée de l’avion bourré de coke et de ceux qui avaient suivi : Wesley Evangelista Lopes, présenté comme un simple « homme d’affaires d’Espírito Santo « qui a fini par être interpellé le 31 août 2019 lors d’une opération conjointe dans la municipalité de Prado, à 791 kilomètres de Salvador, capitale de Bahia. Il était sur la liste des personnes les plus recherchées d’Interpol jusque-là. Son  vieux bimoteur Piper fabriqué en 1966 (ici à gauche), immatriculé PT-CMV (un Piper PA-23-250  N°27-3253 enregistré le  09 mai 2013 au Brésil), entretenu avec beaucoup de soin au contraire des trafiquants martyrisant leurs montures, appartenait à sa compagnie appelée « Meu Cockpit Ecommerce« , enregistré dans la Rua das Figueiras, 426 à São Jardin Paulo, à Americana, un numéro qui n’existait même pas dans cette rue. Selon le Jucesp (Bureau commercial de l’État de São Paulo), l’administrateur de l’entreprise était en effet Wesley Evangelista Lopes, qui avait déclaré sa résidence à Linhares (ES), pour effectuer « le commerce de livres, de CD et de vêtements ». Officiellement ! L’hélicoptère Robimson R44 II, avait été acheté pour 600 000 reais (95 000 euros), saisi à l’aéroport d’Americana, et le Cessna Aircraft 402, acheté pour 400 000 (63  700 euros). Pas un gros investissement au final !! Notre organisateur de réseau de coke ne s’était pas lancé dans des dépenses somptuaires mais dans une gestion véritable de société, à faibles investissements… mais très gros rapports financiers !! Mieux qu’un blanchiment en schéma de Ponzi !

Les deux premiers engins qui avaient été inspectés et saisis dans la foulée étaient en effet un Cessna 402B (402B0631) et un hélicoptère Robinson, les deux étant complémentaires dans le trafic comme on le sait pour parcourir le vaste Brésil mal desservi en routes. Le Cessna était le PP-ATT (ici à gauche), ex Atlanta Taxi Aero S.A qui autrefois vrai sur un vieux Beech 18 à roue avant comme avion-taxi, et opéré par Ata Aerotaxi Abaete LTDA. Ses sièges de cabine avaient déjà été enlevés en prévision d’un lourd chargement (ici à droite) lorsqu’on le saisira. Prêt à servir ! L’hélicoptère était immatriculé PT-RGD; c’était un Robinson R44II. Il avait été saisi à Arujá exactement, dans la région métropolitaine de São Paulo, avec des traces de drogue à bord (ci-dessous à gauche). Quatre hommes avaient été arrêtés en réalité à l’aéroport de Carauari. La police y avait été appelée après que la direction de l’aéroport avait soupçonné l’activité constante et trop visible d’un avion non identifié, qu’elle approvisionnait quotidiennement de kérosène sur le site. Un manège au final trop voyant : « selon la police, l’avion a atterri au moins quatre fois en une semaine. Il n’avait eu aucune communication (avec les officiels) et avait atterri de manière clandestine » D’où la décision d’intervenir pour que ça cesse, avec des arrestations à la clé. Parmi les quatre prisonniers faits ce jour-là se trouvaient un colombien et le pilote de l’hélico, un habitant d’Hortolândia (SP).  En somme voici un trafiquant qui avait rendu ses appareils comme neufs pour les faire passer inaperçus mais qui s’est fait repérer en les faisant trop travailler : nobody’s perfect !

Wesley Evangelista Lopes et son réseau structuré hyperactif avait déjà réalisé auparavant d’autres exploits. Peu de temps avant, en mars, deux avions Tucanos de la FAB avaient intercepté un avion qui avait décollé depuis la Fazenda Itamarati, une grande ferme d’exploitation agricole située à 45 km de Ponta Porã, dans le Mato Grosso do Sul, près du Paraguay (dans la municipalité de Campo Novo do Pareceis (MT), il se rendait à la localité de Santo Antonio Leverger dans le même Etat. Problème, la fazenda appartenait au Ministre de l’Agriculture, Blairo Maggi !!! Ne réagissant pas aux injonctions des militaires, il avait essuyé un coup de semonce, tiré pour forcer le pilote de l’avion à s’exécuter. Pas décidé à se laisser guider pur autant, à court d’essence, il avait été contraint à se poser en catastrophe dans la municipalité rurale de Jussara, dans l’Etat de Goiás. A bord, soigneusement rangée sous forme de ballots, il y avait plus d’une demi-tonne de coke (662 kilos) ! L’avion, qui avait donc fini par s’écraser, posé en fait train rentré, avait son fuselage complètement plié. Pour lui, direction la casse ! Pour les policiers, il s’agissait donc bien de toute une organisation, rodée à la tâche, dont il fallait maintenant débusquer les différents appareils, avec comme idée principale que l’aéroport municipal d’Americana était bien un nœud de fonctionnement sur la route principale du trafic aérien de la drogue !!! Les policiers ont ausi découvert que Wesley Evangelista Lopes, tout petit gérant d’entreprise… fantôme, avait de sérieux talents d’organisateur, tenant à ce que sa flotte d’avions, répartie en quatre endroits principaux, soit bien entretenue… aidé en cela, à l’évidence par des soutiens politiques flagrants, comme on va le découvrir avec les propriétaires de certains appareils qui ont servi à transporter de la cocaïne…

Parmi les avions saisis à Americana, Sorocaba, Jundiaí et Birigui lors du raid concerté décidé par la police, le plus inquiétant était sans doute un gros Cessna 208B capable d’emporter de fortes charges et aperçu aussi dans des transports de cocaïne malgré un prix d’achat important (voir ici celui retrouvé dissimulé sous des feuillages au Honduras à Brus Laguna, dans la Mosquitia, en 2018 également). L’appareil étant le PT-MEN de 1994 (N°208B0408) ex Cesari Empresa Multimodal Movimentação de Materiais Ltd puis TAM – Taxi Aereo Marelia Ltda et racheté par Cleber Samuel Souza en 2017 à Cesari Logística. C’est la plus grosse prise du lot, effectué à Sorocaba. Depuis, il a repris du service et  volé depuis, semble-t-il, comme ici ce le 22 juillet 2019. Au Brésil, tout se recycle !

Tout aussi inquiétant sinon davantage dans cette rafle, l’apparition d’un engin rapide et onéreux plus destiné au départ à des VIP : un Pilatus PC-12/45 à belle allure, avec ses filets aux couleurs du drapeau brésilien ! C’est le PR-AGM, (N°667) hautement reconnaissable, l’ex N667PE appartenant depuis 2005 à Agropecuaria Maggi Ltd une société spécialisée dans le soja… et faisant partie du groupe Amaggi, toujours du même… ministre, déjà cité ici dans un autre épisode  ! Sans jamais avoir été inquiété !! A ses côtés dans le même hangar d’une incroyable propreté un Piper Cheyenne II à l’immatriculation indéterminée. Mais aussi un Cessna 210 Turbo M, le PR-XIK datant de 1977 ; à l’intérieur encore fort soigné (cf à droite) est visible aussi parmi les engins pris dans la nasse, il était lui basé à Birigui. Lui aussi figurait sur le site du même vendeur que le fameux PR-OIE du curé narco !!! Des narcos qui bichonnaient visiblement leur appareils : un autre Cessna au moteur enlevé est photographié installé sur une dalle de béton propre comme une salle d’hôpital, avec à côté des éléments de bimoteur (Seneca ?).

L’appareil démonté serait bien en effet (c’est ici  gauche flagrant) le PR-JDV, le Cessna T210R Turbo  Centurion N° 21064902, ex N60JM. Un dernier appareil surprend aussi dans le lot: c’est un avion est de type agricole, immatriculé PT-VXE, c’est un Embraer 802 Ipanema ( le N°20001224 enregistré au Brésil le 18 septembre 2012), qui selon l’enquête, avait été acquis par Wesley pour le compte d’une école d’aviation d’Americana. L’un des avions de cette livrée servait à Embraer pour promouvoir l’usage de l’éthanol comme carburant. « Les avions ont volé cers l’Equateur, le Venezuela et la Colombie » selon la police, qui ne cite pas bizarrement la Bolivie.

Lot d’appareils variés répondant à tous les besoins, très bien entretenus, et répartis sur quatre sites différents: Wesley avait tout d’un organisateur zélé de réseau aérien narco !

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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