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Coke en stock (CCCVI) : retour au Brésil avec un premier coup de filet à la Netflix

On a un peu laissé de côté le Brésil, avec la folie furieuse des atterrissages au Belize, au Guatemala et au Quintana Roo. La dernière fois que je vous en parlais, c’était en raison de politiciens véreux (dont Geddel Vieira Lima ou les copains de l’ex président Michel Temer, accusé depuis de corruption) ou plus récemment pendant le Covid-19 où le trafic par petits avions de type Embraer, copies de Piper, s’est tenu comme à l’habitude. En fait le pays, rongé par la drogue lui aussi, notamment dans les favelas, a été secoué par plusieurs gros raids successifs de la police, deux en 2019 et celui de cet été qui ont démantelé de grosses organisations fort bien équipées en moyens aériens et expédiant leur production venue de Bolivie ou du Pérou (via le Paraguay) vers l’Europe, par les moyens détournés habituels comme on va le voir. Directement, ou via un détour par l’Afrique, avec au bout pour recevoir la marchandise l’inévitable Ndrangheta calabraise, maîtresse d’œuvre au final du trafic.

On commence par une histoire d’hélicoptère, puisque la-bas l’engin circule beaucoup chez les narcotrafiquants comme chez les hommes politiques, comme on l’a vu. C’est l’une des particularités du pas, avec l’omniprésence des Embraer copiés sur les Piper, mono ou bimoteur, et la bête de somme locale qu’est le robuste Beechcraft Baron 58. Le 15 février 2019, un vendredi, c’est donc un hélicoptère qui fait la une : un bel Eurocopter EC 130B4 (4388) tout noir immatriculé PR-DHL saisi par la police à Presidente Prudente dans le district de Brasilia, posé (ici à gauche) dans un champ de canne à sucre. Il vient de refaire le coup préféré de Tadeu dos Santos, le mentor et formateur de Felipe Ramos Morais, les deux noms qui reviennent acec c mode de tansport. L’engin c’est flagrant, a ses coffres remplis de plaquettes de coke empilées dans les moindre recoins (et non pas dans de grands sacs de toile comme à l’accoutumée, cf ici à gauche). Dès la parution de sa capture réapparaît le syndrome du député Zézé Parella (souvenez-vous !). Parella et son Robinson 44 PR-GZP, baladeur et transporteur de coke était  un allié et un proche d’Aécio Neves, candidat à la présidence choisi par le PSDB (lire ici le premier compte-rendu de l’affaire dans « Coke en Stock (CXIV) : au Brésil on tire sur les avions, en vrai comme au cinéma, et la corruption est partout« ) !!! L’affaire qui avait fait grand bruit (et ruiné les espoirs de Parella) était devenue celle du « Helicoca » dans la presse. Car celui qui bient de se poser  est enregistré selon certaines infos hâtivement dévoilées auprès de l’Anac au nom de Posto Sul Sul Petroleum Station, une société basée à Brasilia, dont les associés seraient Marcio Soares de Queiroz, M1 Participacoes Ltda, Rvs Participacoes Ltda, Remi Vitorino Sorgatto, Phillipe Oliveira Vilela, Posto Park Sul Derivado de Petroleo Ltda. Or Remi Vitorino Sorgatto, présenté comme l’un des propriétaires du Park Sul Derivado de Petróleo, n’est autre que le père de Diego Sorgatto, représentant de l’État à Goiás pour le PSDB, le parti de Lula da Silva et Dilma Roussef devenu membre de celui de Temer, le Mouvement démocratique brésilien (MDB). D’où d’emblée un parfum de scandale !

Dès la révélation faite par le site  » Web Brasil 247″ (supporter de Lula !),  le député a envoyé une note à la presse que c’était faux, bien sûr, et que l’entreprise n’appartenait pas (ou plus) à son père. Et c’est lui qui avait raison : c’était bien une fake news d’ampleur (le partenariat entre le père du député et la société Park Sul avait pris fin il y a environ un an à l’époque des faits), destinée à saboter la carrière de Diego Sorgatto, qui, à 30 ans, fait figure de jeune loup prometteur (en  2014, il est devenu le plus jeune député d’État à l’Assemblée législative). Le 4 mars dernier, il avait quitté (ou plutôt on l’avait viré) avec fracas le PSDB, pour rejoindre 11 jours plus tard le DEM; parti qui avait rejoint Temer et aujourdhui Bolsonaro !. Beaucoup ont vu dans la fake news  l’œuvre des « Lulistes », le jeune politicien ayant été carrément viré du parti de gauche (se construisant une sorte de parcours à la Macron ?).

Le 13 avril, la police fédérale de São Paulo fait main basse sur ce qu’elle pense être l’organisation derrière l’arrivée de l’hélico, et « arrête deux personnes impliquées dans un trafic international et qui ont utilisé des avions pour transporter de la drogue du Paraguay au Brésil. Après un an d’enquête, les autorités ont pu cartographier l’itinéraire emprunté par le groupe et arrêté les trafiquants de drogue alors qu’ils ravitaillaient un hélicoptère dans un fourré de la ville de Presidente Prudente, à l’intérieur de São Paulo ». « Au cours de l’action, baptisée Flying Low, le PF a également saisi environ une demi-tonne de cocaïne qui était transportée par l’hélicoptère. Selon le PF, l’organisation criminelle allait chercher la drogue au Paraguay et l’emmenait dans l’État de São Paulo ».  » L’organisation criminelle faisait environ deux voyages par semaine » L’appareil saisi est évalué à 4 millions de reais. « Le flagrant délit a été possible, précise le PF, car l’hélicoptère n’a pas d’autonomie pour achever tout le trajet emprunté par les trafiquants et, par conséquent, il a fallu faire un arrêt pour faire le plein ». Et ça aussi c’est flagrant : à côté de l’hélico, un gros pickup était venu l’approvisionner en essence, façon périple de Tadeu dos Santos, « l’inventeur » de la méthode !

Mais l’affaire n’est pas terminée : mauvaise surprise, alors que des armes, des véhicules et des espèces ont  été déjà saisies, un des hommes soupçonné d’avoir tenté de transporter la cocaïne de l’hélicoptère dans un camion est  retrouvé mort un lundi après-midi du mois d’avril (le 15) dans la chambre d’un motel à Presidente Prudente ! « La police a déclaré que l’homme avait été retrouvé seul avec une blessure par balle à la tête et un pistolet semi-automatique à la main. L’arme était chargée et n’avait tiré qu’un seul coup de feu. La police a également constaté que l’homme était entré seul dans la chambre du motel ». Un bien étrange suicide, mais qui ne fait aucun doute pour la  Police. Comptait-il sur le coup pour se renflouer, l’abandon de l’engin avec sa coke ruinant ses projets ?

Aussitôt saisi, aussitôt reversé : notre bel hélico noir, dès le 5 octobre (2019) est présenté tel quel, même pas repeint en toute… à ses nouveaux utilisateurs, les pompiers de Brasilia (les « Bombeiros » là-bas, ici à gauche)  !! Il tombe pile pour remplacer l’infortuné « Esquilo » complètement bousillé le 2 septembre 2018 en heurtant un mur lors d’une intervention urbaine à l’UBS , ici à droite (à l’Unidade Basica de Saúde). Il avait été gêné par la poussière qu’il avait lui-même générée lors de sa descente sur le côté du bâtiment et victime du classique retour d’effet de sol (le même qui a bousillé le premier hélico dans l’expédition pour attraper Ben Laden) !!!

Le 26 mars 2019, on a le droit à une une alerte aérienne : deux chasseurs Tucanos sont lancés en vol au dessus de Rondonópolis (à 218 km de Cuiabá, leur point de départ) ; objectif, rejoindre un vieux Beechcraft F90 (cn LA-94) de 1981 immatriculé PT-LSH qui n’a pas déposé de plan de vol est qui est alors de retour de Bolivie… et don hautement suspect. L’avion avait été repéré par l’efficace  E-99 (Radar) de l’armée de l’air en maraude. Le soupçon de trafic de cocaïne était évident. Une fois rejoint, l’avion, ancien Nacional Taxi Aereo Ltdail y a 30 ans, il est contraint à se poser : au Brésil les Tucanos sont armés et n’hésitent pas à tirer (on l’a déjà vu en effet). La procédure habituelle voulant que l’intercepteur indique visuellement quelle fréquent radio utiliser pour communiquer comme ici à droite.

Une fois posé à l’aéroport Maestro Marinho Franco, l’hélicoptère de la Police arrivé sur place, pas de drogue détectée à bord mais l’avion est bon pour une inspection plus poussée…  Bref, fausse alerte, bien que des doute demeurent sur l’usage réel de l’avion !  Opération manquée, car les trafiquants brésiliens utilisent plutôt d’habitude d’autres appareils, plus petits et plus discrets : ils sont restés fidèles à leur emblématique Beech Baron G58 et à des Vans RV1 qui emportent certes moins de coke, mais sont plus faciles à manier (et à poser).

Retour de Bolivie, direction la prison directe

Le 31 mars qui suit, c’est plus classique avec un énième petit bimoteur qui s’est posé dans une fazenda de Campo Florido, dans la région de Triângulo Mineiro dans le Minas Gerais, à 70 kilomètres de Uberaba. Sans surprise il revenait de Bolivie, avec à bord, sans surprise non plus, 250 kilos de pâte de cocaïne valant 12 millions de reais (2 millions d’euros !) enfermée dans des sacs verts. A bord le pilote Nilton Garcia, 70 ans, et son jeune co-pilote Maxwell de Carvalho, 23 ans, qui n’en sont pas à leur premier voyage du genre. En arrivant, ils avaient tenté de fuir croire à une panne de GPS pour se poser en demandant benoîtement la direction de la ferme voisine, y compris à des policiers venus voir ce qui se passait. Mauvaise pioche. « Au cours des enquêtes, des experts fédéraux ont analysé les coordonnées géographiques du plan de vol et ont conclu que le décollage avait eu lieu depuis la Bolivie, dans la province d’Angel Sandoval, département de Santa Cruz. Les deux hommes ont déclaré que la commande avait été passée par une troisième personne qui avait indiqué une ferme à débarquer, mais qu’ils n’avaient pas pu trouver la bonne propriété. » Dans le téléphone du second les policiers trouveront des conversations avec les commanditaires du vol attendant leur arrivée. Garcia déclarera qu’il devait recevoir 25 000 reals (3987,55 euros) pour transporter 2 millions de drogue, qui proviendrait de Bolivie et que l’avion aurait quitté l’État du Mato Grosso pour emmener ensuite la drogue à Uberaba (c’est situé pile entre Salo Paulao et Bralsilia !). Prouvés comme étant des récidivistes, ils prennent 15 ans, 11 mois et 20 jours de prison pour Maxwell, et 18 ans et 20 jours de prison pour Nilton Garcia, tous les deux en régime fermé. 15 ans pour 3000 euros !!! Le coup du GPS farceur n’a vraiment pas convaincu le juge. Leur avion était un Embraer EMB-810C remis à jour, aux entrées d’air reconnaissables, fort répandu au Brésil  où Embraer a fabriqué 876 copies de Seneca, et décoré comme ceux des entreprises de vols touristiques brésiliennes ou d’industriels comme Piarara ou ce PT-WTD. Etrangement aussi la décoration du PT-EGT devant lequel un ingénieur US en agronomie, Stephen Smith, avait posé, en qualité de spécialiste de l’imagerie aérienne aux USA chez Ag Tech (ici à droite) ! L’immatriculation de celui saisi semble être fausse, en PT-EHU, faite à l’autocollant (l’avion a été repeint, sinon).

Un beau cas d’espèce : 470 kg de coke dans un avion volé 

En juillet 2019, c’est un Cessna cette fois qui fait des siennes. «  Un monomoteur du constructeur Cessna Aircraft, numéro d’immatriculation PT-JSN, a effectué un atterrissage forcé samedi matin 6 juillet, sur la BR-174, à 15 kilomètres après l »emplacement de la commune d’Iracema, dans la région Centre-Sud de Roraima. L’avion transportait 470 kg de cocaïne pure, selon une pesée effectuée par la police fédérale » (il était bourré de coke à craquer, la queue traînant presque sur le macadam une fois posé !). « La saisie de l’avion est survenue après une surveillance par le PF et l’armée de l’air brésilienne qui ont intercepté le vol, obligeant le pilote à effectuer un atterrissage forcé (…) Le pilote et son compagnon ont tenté de s’échapper sur une motocyclette volée, mais ont été capturés.  Compte tenu de la quantité de cocaïne pure trouvée dans l’avion (470 kg) et du coût d’un kilo de la substance, qui au Brésil, selon les informations du World Drug Report organisé par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) est vendu par 13 mille euros le kilo. Dans un compte rapide utilisant à 4,29 la valeur de l’euro, il est conclu que le kilo vendu pour ce prix, multiplié par 470 kg, donne un total estimé à 6,110 millions d’euros, soit plus de 26 millions de reais ». Le pilote arrêté s’appelle Leonardo Monte Alto Gusmão, il est originaire de Valadares… au Portugal (encore un, posant ici à gauche devant un Beech Baron). Celui-là vient de plus loin aussi: « selon la police fédérale, le pilote a déclaré qu’il transportait toujours la drogue au Brésil, près de la frontière avec le Venezuela, mais n’a pas révélé sa destination ». Or la drogue, c’est bien visible, « a été divisée en emballages emballés dans des sacs en plastique d’une entreprise de la ville de Villavicencio, située dans le département de Meta, en Colombie ». Pour ce qui est du Cessna c’est simple : « l‘avion, d’une valeur de 800 000 reais a été volé en juillet 1996 à un homme d’affaires d’Ituiutaba ( Afábio Freitas Borges, dans le Minas Gerais, le pilote étant on ami au départ !). Il a négocié avec une personne qui a payé la location, a décollé pour faire un fret et n’est jamais revenu. L’homme d’affaires a enregistré le vol à l’époque ». Et 23 ans après il est donc réapparu, cet avion volé, et en bon état, plutôt ! !!! Muni en plus de réservoirs d’ailes, lui permettant de voler plus loin et de l’indispensable accessoire « rétro » des trafiquants pour mieux piloter leur avion ; un tube de Venturi, comme sonde de pitot, installé côté pilote (ici à gauche).

On n’en a pas fini comme exemple typique de ce qui se passe au Brésil  :« l’un des occupants de l’avion Cessna Aircraft qui transportait environ 450 kg de cocaïne est en prison depuis 2014 et, comme l’a déterminé la justice, devrait purger une peine dans un régime semi-ouvert, car il est responsable du crime de viol sur personnes vulnérables. De 2017 à 2019, José Elciclei Calixta de Oliveira, 43 ans, a bénéficié de sept sorties temporaires, selon la Dicap (Division du renseignement et de la capture) du Secrétariat à la justice et à la citoyenneté (Sejuc). Il est indiqué dans le casier judiciaire d’Oliveira qu’il est entré dans le système pénitentiaire le 20 septembre 2014 et qu’il a été recueilli à titre préventif au pénitencier agricole de Monte Cristo (Pamc) ».

« Le 13 mai 2015, il a fini par être transféré de Pamc à la prison publique pour hommes de Boa Vista (CPMBV), en raison de son bon comportement pendant la période où il a été emprisonné dans cette unité. Le 22 août 2017, il a été condamné à neuf ans d’emprisonnement, initialement en régime fermé, par le tribunal des crimes contre les vulnérables » (un pédophile ?) (…) Le 23 octobre, le détenu a fini par obtenir une révision de peine pour le régime semi-ouvert, ayant également obtenu le droit à un congé temporaire à la fin de l’année. Toujours selon Dicap, en décembre 2017, José Elciclei a fini par être transféré du CPMBV au Centre de Progression pénitentiaire (CPP), une unité qui travaillait à l’époque dans le quartier de Pintolândia, où il a également obtenu le droit d’aller travailler pendant la journée, et de retourner la nuit en prison. Le 28 mai de cette année, il a de nouveau été transféré du RPC à la prison publique, où il purgeait toujours une peine. Ce qui frappe dans son bilan, c’est le nombre de fois où il a bénéficié du sorties temporaires, dont la dernière a eu lieu le 11 mai. » On peut parler de laxisme de l’univers carcéral brésilien aux prisons insalubres et surpeuplées… contrôlées de l’intérieur par les gangs, qui pilotent leur trafic à distance avec leurs téléphones portables, comme on sait… ou avec une gestion plus que légère des prisonniers en semi-liberté !

Et Dieu dans tout ça ?

Le Cessna continue à avoir ses fidèles au Brésil malgré l’omniprésence du Beech Baron : l’avion est robuste et peu cher à l’achat. La preuve avec une série de publicités ici pour un exemplaire recherché de type 210N Turbo Centurion de 1982 fraîchement repeint et proposé à la vente sans même présenter d’immatriculation. C’est l’exemplaire 21064567, ex N221AT vu ici en 2008 au Charles B. Wheeler Downtown Airport. A peine vendu en 2018 on l’avait retrouvé en bonne compagnie le 20 octobre de la même année aux environs de Bahia, aux mains de trois trafiquants (ici menottés) dont le réseau de cocaïne venant de Bolivie était sous surveillance depuis 2017. L’avion s’était posé une piste clandestine, près d’une ferme, dans la région de Baixa do Cocá, Débarqué à 37 km de Conquista, au sud-ouest de l’Etat et arborant sa vraie immatriculation : PR-OIE !  Les trois hommes arrêtés se nommaient Diogo Túlio Pereira Dionísio (le pilote) venu de Pará, Francisco Cleiton Passos de Oliveira, mais aussi et c’est plus surprenant … un prêtre bahianais, Lázaro Santos (mis à genoux ici à droite)!! Les voies du seigneur sont donc pénétrables à la drogue ! Un quatrième larron avait été arrêté : identifié comme Rogério dos Santos Silva, 43 ans, l’homme ayant avoué avoir construit la longue piste. Il avait été arrêté dans une ferme du Parque Imperial. Chez lui, on avait trouvé un revolver de calibre 38, des munitions, un véhicule (de type Amarok), de l’argent et des téléphones portables. Trois autres complices ont été arrêtés : Hamilton dos Santos Leite Neto, 26 ans, Manoel Batista Lima, 62 ans, et Rogério Almeida Santos, 34 ans. D’autres armes ont été découvertes dans un tunnel adjacent à sa maison : le curé sanctifiait un vrai arsenal !! L’avion saisi, resté en bon état, a été re-proposé depuis à la vente, (en juillet dernier) aux enchères… réalimentant ainsi le circuit ! Prix plancher :  75 000 dollars seulement, une vraie paille !

Le curé en cachait une belle

Suite à l’arrestation du prêtre impliqué, les enquêteurs ont remonté la filière … et le gang car au total ce seront 22 véhicules qui seront versés aux domaines, avec l’avion cité (ici à droite). Au bout de cette filière, surprise, il y a une femme en chef de gang ! Avec derrière elle un sacré palmarès explique ici O Divergente: « Après avoir été découverte dans la ville de Mogi das Cruzes, à São Paulo, elle a fini par être arrêtée avec son petit ami, Márcio Faria dos Santos, Carioca, l’un des dirigeants du premier commandement de la capitale (PCC). Le couple a été arrêté lors d’une opération spéciale menée par des policiers bahianais de Draco, Depin et des agents de renseignement de la police civile et du SSP, à São Paulo ». On la voit ici à gauche enchaînée transférée dans l’avion du Groupe aérien du PM (Graer). Dans la police, elle avait hérité de la carte de Reine de Cœur des femmes délinquantes parmi les plus recherchées (cf à droite). « Née à Vitória da Conquista, elle commandait la faction Bonde do Neguinho (BDN), avec des succursales dans les États du Minas Gerais et de São Paulo. En plus d’être connue sous le nom de Dona Maria, Jasiane a été surnommée dans le monde criminel comme Tia. Elle est la belle-fille d’Antonilton de Jesus Martines, le Nenzão, l’un des plus anciens trafiquants de drogue de la région sud-ouest de l’État. Elle avait déjà  été arrêtée en 2008 en flagrant délit, à Vitória da Conquista pour trafic de drogue et possession illégale d’une arme à feu avec son compagnon d’alors Bruno de Jesus Camilo, Pezão, qui est le neveu de Nenzão. À Vitória da Conquista, Jasiane a grandi dans le quartier de Kadija, l’un des plus violents de la ville. Le mandat d’arrêt ouvert qui a conduit la police à l’arrêter à São Paulo concerne le meurtre de l’agent de prison Luciano Caribé, qui a eu lieu en 2009, à Jequié. À l’époque, Pezão a été emprisonné dans le complexe pénal de Jequié et s’est brouillé avec le gardien de la prison. Lui et Jasiane ont alors ordonné le meurtre, commis par deux copains qui sont morts en échange de coups de feu avec la police quelques jours après le crime. Jasiane était déjà libre et, selon la police, a collaboré à l’action criminelle, fournissant les armes et le soutien logistique aux exécuteurs testamentaires ».

Un premier raid en 2019 : un embryon de réseau

Des gangs, donc, et très organisés. La première grande opération de nettoyage de septembre 2019 révélera cette tendance. Elle avait été baptisée opération Ozark-Narco (du nom d’une série de Netflix sur le blanchiment  d’argent), essentiellement dans le Goias, déjà cité ici comme haut lieu du trafic de drogue aérien (avec sa longue piste de Jatai, notamment, repérée ici) ou l’aéroclub de Goiânia dont on rappelle la configuration, juste en face de l’officiel (2):

Le plan de la police a marché : « l’action a démantelé une organisation internationale de trafic de drogue. 24 personnes ont été arrêtées et un avion, 15 voitures de luxe, des bijoux et 200 000 reais ont été saisis. De plus, les enquêteurs trouvent plus d’une tonne de cocaïne dans les ports d’Itajaí, à Santa Catarina et à Santos – SP. En plus de ces États, des perquisitions et saisies ont eu lieu à Goiás, Pará, Minhas Gerais et dans le district fédéral. Parmi les détenus figurent le trafiquant Leonardo Dias Mendonça, 56 ans, du «Barão do Traffico» (celui « qui inonde la Belgique de cocaïne, » selon N55 Aviseur International; il avait été condamné dans les années 2000 au Brésil à 79 ans et 7 mois de prison ferme et se baladait pourtant à ce moment-là en semi-liberté (?) , je l’ai décrit ici ! (1). « Ç’était autrefois un allié de Fernandinho Beira –Mar et il a commandé l’avion. Bien qu’il ait purgé du temps en milieu semi-ouvert depuis l’année dernière et qu’il était surveillé par un bracelet de cheville. Faisait également partie du groupe, l’ancien maire de São Miguel do Araguaia, Nélio Pontes (du PSDB, le Parti de la social-démocratie brésilienne de Luiz Inácio Lula da Silva et Dilma Rousseff, ici à gauche), qui s’occupait de la logistique de réception des drogues des pays producteurs et des navires, qui ont quitté les ports de Santos (SP) et Itajai (SC). La police a constaté que de la cocaïne était cachée parmi des produits de tiers à leur insu. L’opération, qui a débuté plus tôt cette année, a également révélé que des criminels blanchissaient de l’argent par l’acquisition d’entreprises et de biens immobiliers, tels que des stations-service, des collèges et des sociétés de jeux. Dans ce contexte, ils ont même construit un aérodrome à Goiás » (carrément et nous y sommes donc à nouveau !). L’avion montré dans l’article, visiblement flouté, fait penser au Beechcraft Bonanza PR-WAK(ci-dessus à droite), qui à plutôt fière allure extérieure (ici à droite). Un peu aussi sur le schéma de peinture du PT-LRM à la belle livrée doré et noir vu ici cet été à Manaus venu livrer de la coke (ici à gauche). Mais c’est en fini un clone, immatriculé en fait PR-TXD (ici à droite). Celui-là, c’est un BE58 numéro de fabrication  TH-1123, appartenant à Interjet Comercio de Aeronaves LTDA-ME, créée en 2005 et utilisé par le dénommé Alexandre Sobral Carvalho qui semble avoir travaillé chez GOL Airlines et Latam Airlines Brasil, et qui est depuis  Station Manager chez Azul Airlines (à Natal) selon les registres de mars 2018 encore.

L’avion venait de l’aérodrome d’Anápolis (on reste dans le Goias). Saisi, il sera officiellement et automatiquement utilisé par le service d’incendie, ou dans les activités de transport aéromédical et les transplantation d’organes. Un peu comme l’avion de pompiers PT-RAS tout rouge saisi cet été à Fernandópolis qui n’était autre qu’un appareil revendu par l’Etat de Goias pour faire des économies !  C’est un éternel recommencement !

On note déjà ici le principe : l’avion (et d’autres, visiblement) sert à transporter la drogue d’un pays voisin (La Bolivie) vers les ports brésiliens (Itajaí, Santa Catarina et Santos)où elle embarque alors via des containers la plupart du temps, ou dissimulée autrement, dans des engins de chantier parfois, vers les ports européens, principalement Anvers, en Belgique. Sans surprise des politiciens sont liés au trafic : mais ça c’est une constante, on le sait au Brésil !!! La police brésilienne a même retrouvé, filmé à distance semble-t-il par les policiers, une vidéo où l’on voit un avion bimoteur de type Embraer-Piper qui pourrait être ce PR-TXD se poser sur une piste clandestine de Mundo Novo, à 55 km au nord de Goias (ici à gauche et à droite). La vidéo montre également en train de suivre l’avion une voiture blanche, un gros SUV, dont le rôle demeure obscur, restant tout le temps derrière l’avion en train de se poser : une protection armée en cas de pépin ? A peine posé, l’avion est déchargé dans la voiture suiveuse. Direction la côte sud-est du pays !

Un monde politique extrêmement corrompu

Côté politiciens, l’opération policière s’est retrouvée avec un « colis » encombrant : le jeune Sebastião Monteiro Guimarães Neto, 25 ans (ici à droite), le  fils du député d’État Tião Caroço (PSDB, à gauche), arrêté lui dans le cadre de l’opération Ozark-Narco, et soupçonné donc lui aussi de trafic international de drogue. Il avait en effet été aperçu dans l’avion servant eau transport de stupéfiants, venu à l’invitation de l’ancien maire de São Miguel do Araguaia, Nélio Pontes (encore lui !), pour aller à la pêche dont il est un champion paraît-il. Sebastião aurait en prime déjà eu « des contacts avec Leonardo Dias de Mendonça« , mais selon son père cela n’était dû qu’à « l’amitié du jeune homme avec le pilote et l’ancien maire ». Il avait aussitôt été libéré. Il n’empêche, c’est la deuxième fois que le nom de l’ancien maire de São Miguel do Araguaia apparaît et le jeune homme vient de passer par une belle porte en évitant l’incarcération !! Passe-droit habituel là-bas ? Corruption ?

Tião Caroço, de son vrai nom Sebastião Monteiro Guimarães, a sur la tête alors d’autres accusations, dont celle de népotisme. Avec une belle liste derrière lui de passe-droits relevée ici par Vetor Jornal : selon le ministère public, Sebastião Caroço a placé des proches répartis par poste dans l’État. Agda Santos de Sá a été admise en tant qu’employée commissionnée en décembre 2016 et perçoit actuellement un salaire de 8 252,61 reais au Secrétariat des lois sur le personnel. La fille de Tião Caroço, Janaína Monteiro Guimarães, est également commissionnée, mais à la Cour de justice, située dans le cabinet du juge Itamar de Lima. Au TJ-GO, la fille de l’ex-conseiller reçoit un salaire mensuel de 7 653,23 reais en tant qu’adjointe exécutive du juge. Une autre fille de l’ancien conseiller a également remporté un poste de commande publique: Juliana Monteiro Guimarães Azevedo occupe le poste de conseiller parlementaire du conseiller Miguel Rubens dos Santos Oliveira, au conseil municipal de Formose. La petite-fille de Tião Caroço, Iasmin David Guimarães, est basée à la mairie de Goiânia avec un salaire de 2 365,94 reais, comme indiqué sur le portail de transparence. La mère d’une fille de Tião Caroço a occupé un autre poste de commande dans l’État, basé à Vapt-Vupt: Ângela Cardoso Silva a un poste de conseiller spécial  subordonné au Secrétariat aux finances, avec un salaire mensuel de 6638,66 reais, comme atteste de la consultation de juillet 2018 sur le Portail Serveur ».  Au Brésil on est très famille en effet… « L’un des fils de Tião Caroço a également occupé un autre poste dans l’État. Júlio César Monteiro Guimarães a placé aussi Marisa Maria dos Santos au même TCM où son père avait été conseiller. Elle est commissionnée et affectée au bureau de la conseillère Maria Tereza Garrido avec un salaire de 4 421,04 reais Cependant, c’est au sein du gouvernement de l’État, où se concentrent les principales indications de Tião Caroço de ses proches pour des postes commissionnés. Júlio César Monteiro Guimarães, son fils, travaille au Secrétariat du développement économique, scientifique et technologique et de l’agriculture, de l’élevage et de l’irrigation. Son poste est celui de conseiller technique avec un salaire de 10 180,00 reais par mois. Joana Célia Monteiro Guimarães est également conseillère technique basée au Secrétariat de la gestion et de la planification avec un salaire mensuel de 8 000,00 rais. L’autre petite-fille de Tião Caroço, Talita Monteiro Guimarães de Alarcão, a un poste commissionné d’assistant technique ATVV, également chez Segplan et reçoit un salaire de 3 316,45 reais »... Ne cherchez pas plus loin pourquoi Bolsonaro, qui avait promis comme Trump de « nettoyer le marais« , a été élu… pour se retrouver lui-même dans le même  cas avec des fils encombrants. Quatre fistons en effet : Flávio  Carlos Bolsonaro et Eduardo Bolsonaro  et d’un second mariage, Renan.  Le premier étant de loin le plus encombrant comme on va le voir…

D’autres « Beech » utilisés

Le Beechcraft pincé n’était pas le seul utilisé par les trafiquants, loin s’en faut. « Selon le chef du Département de police régional pour la répression des stupéfiants (DRE), Bruno Gama, le PF a identifié que le groupe avait amené une grande quantité de cocaïne de la Bolivie sur le territoire de Goiás dans des avions privés et de là, elle exportait vers les pays européens, principalement la Belgique. Deux saisies dans les ports de Santos (SP) et Itajaí (SC), totalisant plus d’une tonne de cocaïne, ont permis de révéler les tentacules du gang. Il y a également eu l’arrestation d’un «mulet» en France, transportant de la drogue depuis le Brésil. En mai de cette année, alors que les enquêtes étaient déjà en cours, un avion (un Beech Baron G58, cf ci-dessus à droite) transportant près de 500 kilogrammes de pâte de cocaïne a été détourné par le PF après avoir été intercepté dans le sud de Goiás par l’armée de l’air brésilienne (FAB). Bruno Gama a expliqué que l’organisation criminelle avait ouvert plusieurs sociétés pour «blanchir» l’argent récolté sur le trafic. Parmi ceux mentionnés par le PF, il y a une société de jeux à l’intérieur de Minas Gerais sur le chemin de la branche à l’intérieur de São Paulo; un réseau de stations-service à Goiânia; l’achat d’un terrain à Senador Canedo pour l’installation d’un distributeur de carburant; et la négociation pour l’achat d’un collège à Goiás ». Les narcos bâtisseurs d’écoles, avouez que l’on en est à un comble, là ! En photo l’arrestation des deux pilotes du Beechcraft Baron G58 porteur des 500 kilos de coke, ce qui est énorme pour cet appareil (quoiqu’il puisse emporter plus d’une tonne sur de courtes distances). Mais ceux-là, au moins n’ont pas fait l’erreur qu’on fait cet été (le 26 juillet) leurs collègues australiens… et leur Cessna   402C VH-TSI !!! La TV locale raconte l’interception ici.

Ceci pour notre première incursion de retour dans le pays. D’autres surprises nous attendent et deux autres raids de la Police, notamment pour démanteler un autre grand réseau cet été (et revenir sur un précédent en 2019) : comme je vous l’ai dit, ce n’est pas la pandémie régnante qui a arrêté ce trafic de plus en plus dantesque, hélas !!!

 

(1) Dans son livre retentissant, un journaliste, Allan de Abreu, confirme tout cela en détail « Cocaina, a rota caipira » : « selon lui, Leonardo Dias Mendonça était alors considéré comme le plus grand trafiquant d’activité au Brésil.  Son camarade Emival Borges das Dores, Goiano, a négocié de la cocaïne avec les FARC.  En 2001, il achetait par exemple 400 kilos de cocaïne aux FARC par mois contre de l’argent et des centaines de fusils AR-15 et AK-47. Fernandinho Beira-Mar et Romilton Queiroz ont acheté de la cocaïne auprès de Leonardo Dias Mendonça et d’Emival Borges et l’ont notamment distribuée à Rio de Janeiro ». Et voilà comment un Dodo a écrit en son temps l’histoire de tout le trafic de l’époque !!!  Le même collègue de Dodo, Leonardo Dias Mendonça (ici à gauche) refera parler de lui en 2011, pris en train de diriger un nouveau trafic dirigé par téléphone de la prison où il purgeait sa (lourde) peine : « La police fédérale a arrêté 59 personnes lors de deux opérations contre le trafic international de stupéfiants dans neuf États et dans le district fédéral mercredi.  L’un des gangs, avec des branches au Suriname, au Venezuela, en Colombie et aux Pays-Bas, a été articulé et a été commandé par téléphone par un condamné qui purge sept ans dans le complexe pénitentiaire de Goiás à Goiânia.  Selon la police fédérale, le gang a transporté jusqu’à 4 tonnes de drogue par an.  Leonardo Dias Mendonça a changé son téléphone portable au moins 50 fois au cours des trois dernières années pour ne pas être intercepté.  Il est condamné à 39 ans de prison.  En dehors de ses barreaux, son bras droit était en prison, Emílio Teixeira Campos. La police a déclaré que Mendonça devrait être transféré dans une prison fédérale à sécurité maximale pour l’empêcher de continuer à téléphoner ».  Ce qui aurait été la moindre des sécurités à prendre il me semble…

(2) en août 2018, je vous avais déjà trouvé un exemple-type, celui du N401NA, ici à droite, un Cessna 401, découvert avec un chargement de cocaïne de 67 kgs caché dans son plancher. Notez bien la particularité des pilotes de cet avion : « l’aérodrome de Goiânia, installé en face de l’aéroport de Goias,  n’est pas un petit aérodrome de province, loin s’en faut : il héberge presqu’une centaine de hangars à lui tout seul.  Autrement dit, un vrai cauchemar à surveiller pour la police locale. L’aéroclub, en prime, est situé sur les bords de la « GO-070 » une autoroute parmi les plus importantes de l’Etat de Goias.  Elle traverse les villes de Goianira, Inhumas, Itauçu, Itaberaí, Goiás, Itapirapuã, Jussara, Aparecida de Rio Claro et elle se termine dans la ville d’Aragarças, avec la rivière Araguaia nous disent les guides : bref c’est une route très fréquentée par le tourisme, un flux là aussi difficile à contrôler pour les policiers.  L’association possible avion-camions est dans la tête des policiers, ce que confirme une information anonyme. A juste raison : lorsqu’ils investissent le hangar du N401NA, le 20 décembre 2017  et qu’ils commencent à retirer le plancher de l’appareil, bingo : entre les entretoises, il découvrent des pains de coke (ci-dessus à gauche). Il y en a 67 kilos au total. L’intuition avait été bonne – et le coup de fil de l’extérieur aussi : un très bon tuyau ! – Ce qui est encore plus surprenant, ce sont les pilotes qui étaient en train de monter à bord lors du raid policier :  ce sont deux jumeaux… espagnols, âgés de 57 ans !!!  L’appareil avait obtenu toutes les autorisations pour circuler au Brésil:  en somme, il était irréprochable !  A noter que sur l’un des clichés de la police le compartiment à bagages avant du Cessna contient un réservoir supplémentaire blanc, bien visible (ici à gauche à l’avant).  On notera aussi au passage que les autorités n’avaient pas divulgué les noms des deux pilotes espagnols… Avec leurs bidons supplémentaires, auraient-il été tentés par une traversée de l’Atlantique ??? »

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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