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Coke en stock (CCCIX) : découverte du réseau Rocha…

On en arrive  (enfin) à notre année 2020, à décortiquer les arrivages successifs de coke au Brésil. C’est le ballet habituel des petits appareils lourdement chargés (400 kg minimum en moyenne). Mais aussi à un premier gros réseau, puisqu’on va y recenser près d’une cinquantaine d’avions au total, dont une bonne partie a déjà fait ici l’objet de récits, mais dont on apprend des détails qui valent le détour dans le volumineux dossier d’enquête dévoré pour vous cet été. Un tas d’affaires demeurées mystérieuses s’éclaircissent tout à coup. Dont pas mal ayant eu comme objectif… le Guyana, objectif privilégié du gang !

Geste barrière raté

On commence l’année 2020 à l’envers… à Gleba Rio Vermelho, dans la zone rurale de Rondonópolis, avec un avion posé sur le dos et fort abîmé. C’était le PT-BHF, un Cessna 172A 47719 enregistré au Brésil le 24 novembre 2005, et ex N6819X. A l’évidence, il n’a pas pu éviter une barrière lors de l’atterrissage et a fait un soleil complet, ce qu’indiquent les traces à droite sur la route à côté. Il est vide d’occupants mais aussi de drogues, selon la police.

Selon des témoins, « les occupants, dont le nombre était encore inconnu, auraient alors quitté l’avion et ont reçu le soutien d’autres personnes qui sont arrivées sur les lieux et ont utilisé un bus, qui était stationné à côté de l’avion, l’empêchant d’être bien vu. L’avion était également recouvert d’une bâche ». Etonnante situation ! Tout aussi étrange, plusieurs jours après, personne n’est venu réclamer les deux engins, abandonnés sur place, et ce, plusieurs jours après l’accident !! Le bus lui aussi était resté là ! A quoi pouvait-il servir, celui-là ? A emmener des narcos venus en goguette comme VIP d’un réseau ? A transborder de la drogue ? Pas de réponse à ce stade de l’enquête ! La conclusion de l’événement resté mystérieux est simple : une bonne vieille barrière en barbelé, rien de tel pour bloquer les apprentis narco-trafiquants !

Deux d’un coup

Le 28 février, nouvelle image saisissante, celle de deux avions d’un coup, posés sur une très longue piste de terre rougeâtre (latérite ?) au nord-est du Minas Gerais, à João Pinheiro exactement. Un superbe cliché :

Si les avions bloqués par la police paraissent extérieurement parfaits, fraîchement repeints, on remarque qu’ils ont été clonés : le Beechcraft Baron arbore un très beau fuselage noir rouge et doré, mais ces fuseaux moteurs sont restés bleus semble-t-il, et le Cessna montre manifestement une immatriculation faite à l’auto-collant. Plus surprenant, celle du Beech est restée… blanche, en quelque sorte portant encore les marques d’un masquage de peinture étonnant. Elle est en PT-OKO, celle du Cessna en PT-IMO, les deux pointants vers des engins d’allure différente. Le PT-OKO existe, c’est bien un Beech 58, TH-1367 de 1973  mais pas aperçu depuis 2008, il avait alors des pales d’hélices classiques et non en lames de sabre comme celui photographié ici (des « Top Prop » de chez Harzell « Scimitar aluminum« ). Le PT-IMO, un Cessna 210L Centurion II lui aussi existe; mais pareil : cela fait longtemps qu’on ne l’avait vu (ici en 2007, à Sorocaba), ou quand ça avait été le cas à nouveau, il avait revêtu un toute autre allure beaucoup plus « moderne ». Il avait été proposé à la vente pour  270 000 dollars ce qui était bien trop élevé pour ce genre d’engin. Il est rare que l’on repeigne en arrière question mode : or là le Cessna est décoré comme dans les années 80 (mais avec lui aussi une hélice neuve) ! Bref, l’impression est bien celle d’avions clonés ! Et arrivés bien chargés : à côté du Beechcraft a été abandonné une palette de bois ayant supporté l’un des contenus de l’appareil.

Des terrassiers trop voyants

Leur arrestation est là aussi le fruit d’une longue surveillance et du hasard, voire de l’insouciante des narcos, persuadés qu’il passeraient inaperçus. Celle des fabricants de de la piste, venus effectivement de loin !

Début février, la Police Militaire avait reçue en effet des plaintes anonymes informant que quatre individus suspects rodaient dans le district de Luizlandia Do Este (JK), dans un petit véhicule noir Fiat Palio, avec une plaque d’immatriculation São Paulo; un véhicule dont les occupants venus de l’extérieur; et qui, pas trop malins, avaient surtout questionné la population sur la routine de la police militaire dans le district, ou demandé des itinéraires depuis les villes voisines ; des étrangers  à la région, donc ! Une autre voiture avait été aussi localisée, une Fiat Strada. Ils s’étaient fait aussi bêtement repérer en achetant « une grande quantité d’approvisionnement et d’eau minérale dans les supermarchés » du coin, mais toujours réglés par un seul homme. Etrange comportement. Ils déjeunaient aussi tous ensemble, tous les jours, dans une station-service sur l’autoroute BR365 (à la station Posto Caxuxa Veredas Ltda ?), avec là, pareil, un seul homme, le même qui payait tout. Ils séjournaient en fait tous à l’hôtel  et s’activaient visiblement quelque part pour faire de gros travaux ! Les chambres perquisitionnées, avaient révélé leur appartenant « des équipements électroniques, dont 3GPS, des documents divers, de l’argent international dont 1000 pesos colombiens, des routeurs, des trackers de fréquence policière et des téléphones portables ». Un équipement plus que suspect ! Sans avoir quelque chose de précis, néanmoins, à leur reprocher, ils avaient donc été laissés en liberté par lres policiers, mais plus étroitement surveillés. Un des suspects avait  alors commis une erreur : « en se présentant avec une carte d’identité délivrée par le ministère de l’Aéronautique, s’identifiant comme colonel de la Réserve des FAB, essayant d’obtenir une sorte d’avantage. Par la suite, il a été constaté que la carte d’identité était fausse et que l’auteur n’était pas un colonel de la Réserve, confirmant par la suite la fausse identification de la personne à qui l’adresse était adressée ». Cela devenait  gros ! Les policiers, certains qu’une opération devenait imminente, ont alors décidé d’intervenir : dans l’un des appareils GPS connectés, qu’ils avaient discrètement ausculté, il venaient de repérer qu’une trajectoire de vol avait été enregistrée, qui  commençait en Bolivie pour arriver tout droit au Brésil, en s’arrêtant… dans  la zone rurale de João Pinheiro.

« Se fiant aux coordonnées affichées sur l’appareil, les équipes de police sont sorties en rapidement pour vérifier l’emplacement indiqué sur le GPS. À environ 72 km du siège du District, les équipes sont entrées dans la forêt par des chemins de terre », en voyant, bingo, « une piste d’atterrissage dans un endroit inhospitalier avec au bout de la piste, les deux avions » … Et voilà comment d’aller manger tous ensemble au restaurant mène en prison !!!

João Soares Rocha, 47 avions à lui tout seul !

Dans le Tocantins (au centre du pays), une opération de « nettoyage » des bases narcos est lancée le 12 février : c’est l’opération Flak, menée par la police fédérale à Santa Catarina, Bahia, Minas Gerais, Espírito Santo et Rio Grande do Sul. Outre 24 mandats de perquisition et de saisie et 17 mandats d’arrêt lancés elle se conclut pour nous à trois avions  saisis : le King Air C-90A (PT-OYN), le LJ-1081, basé à Americana, repeint aux couleurs actuelles après être resté longtemps blanc à filets noir, jaune et vert, ), ici à droite, le Beechcraft 58 Baron (PT -OCR; le TH-1122) et un RV-10 (PR-ZAJ), le PIA-10-010. Le troisième se retrouve automatiquement versé au Centre intégré des opérations aériennes (Ciopaer), pour les opérations de police et de transport aéromédical à Tocantins. Ce sont 3 des 47 avions saisis lors de l’opération Flak, la plupart de petits monomoteurs, plus 13 fermes de plus de 10 000 têtes de bétail, selon la police. Joli score, déjà ! Mais ça n’est pas tout !

« Selon le PF, l’enquête a débuté il y a deux ans et a révélé qu’au moins 23 vols ont transporté en moyenne 400 kilogrammes de cocaïne chacun, pour un total de plus de neuf tonnes (…) Dans l’après-midi et dans un premier bilan de l’opération, la police fédérale a déclaré que 22 personnes avaient été arrêtées, dont le chef du gang, João Soares Rocha, qui serait le propriétaire des 47 avions saisis (à gauche sa carte « d’as » recherchée chez les policiers). « Le gang comprenait plusieurs pilotes et mécaniciens d’aéronefs dont la mission était de s’occuper des appareils et de les modifier avec de faux enregistrements, en plus de quelques changements de moteurs et de réservoirs de carburant, afin d’obtenir une plus grande autonomie de vol. Une équipe de pilotes avait pour mission de concevoir des plans de vol afin que l’avion ne soit pas détecté par le contrôle aérien et que les voyages soient réussis pour les pistes d’atterrissage clandestines à leurs destinations, selon les informations de la police. Les activités de ce gang sont suivies depuis quelque temps par la police fédérale, qui n’est que maintenant en mesure de rassembler tous les éléments pour que sa performance soit efficace. »

Cela avait commencé comme souvent par un crash. « L’année dernière (le 27 juillet 2018)  le pilote Cristiano Felipe Rocha Pires, neveu de João Soares Rocha, est mort dans l’écrasement d’un avion léger au Pará.(apparemment c’était un Cessna 210L Centurion, et en réalité le PP-MMR, le N° 21061382, enregistré comme brésilien en novembre 2009, l’ex N4FL, dont le certificat de vol avait expiré en … 2017, celui du pilote Rocha… en 2007, dix ans avant !). Une photo retrouvée du N4FL avant qu’il ne devienne vraiment brésilien (en 2017) prise à Aguadilla – Rafael Hernandez ;  le montrait déjà en mauvais état (ici à gauche), plancher refait et logements de train arrière idem, plus un vieillissement évident de la cellule. « Dans cet appareil, également utilisé dans le transport de drogue, le frère du chef de gang et père du gang a suivi en tant que passager et  le pilote, Evandro Geraldo Rocha, décédé dans l’accident. » L’avion était tombé près de la ville de Barra Mansa, dans la municipalité de São Félix do Xingu, dans le sud-est du Pará. Il avait décollé de l’aéroport d’Ourilândia do Norte, à environ 900 kilomètres de la capitale Belém. Dans un premier temps, Cristiano Felipe Rocha Reis (ici à gauche), qui pilotait et l’homme d’affaires Robson Alves Cintra avaient été sortis vivants du  brasier après l’accident et envoyés dans des hôpitaux de Tucumā, puis transférés peu après à l’hôpital de Urgências Governador Otávio Lage de Siqueira (Hugol) à Goiânia. C’est là qu’était décédé le neveu de João Soares Rocha, victime certainement du peu de soin qu’il avait accordé à son avion ! Confirmant ainsi l’adage qui dit que les Ray-Bans ne font pas le pilote… qui aura tué par la même occasion le père de son oncle (Evandro Geraldo Rocha dos Reis), par sa légèreté et son inconséquence. Rocha n’en était pas ses débuts : « en 2013 dans l’état de Minas Gerais où 234 kilos de cocaïne avaient été saisis dans l’avion PT-WLL, (le Cessna 210M 21062881 enregistré le 12 avril 1999; ex N6013N) en plus de l’arrestation de cinq personnes, parmi lesquelles les recherchés Evandro Geraldo Rocha Reis et Amauri Moura Silvera  (IPL 98/2013 DPF/URA/MG). A cette époque, l’avion était immatriculé au nom d’Aurélio Souza Santos, partenaire des frères Evendro Rocha et Joao Rocha dans la société Geo Comercio De Areia LTDA ». L’avion avait laissé un bon souvenir chez les fans de poursuite policière… rappelez-vous, il avait carrément été abordé… par une voiture de police à Santa Vitória, alors qu’il était en plein décollage (ici à droite) !

La précieuse liste Flak des confirmations, surtout

Démêler l’écheveau de tout ce gang a pris 2 ans. Le document final met l’accent sur les pilotes, à partir de leurs montures : c’est édifiant. Car on retrouve un bon nombre de cas étudiés déjà ici, sans que l’on ait pu mettre jusqu’ici la main sur les commanditaires des vols emportant de la cocaïne. Le premier avion cité est le PR-XFR, un beau Cessna 401A  font je vous avais conté les aventures ici-même. Il avait été découvert le 31 mars 2018, dans un« fazenda » proche de la BR60, route fondamentale au Brésil, comme je vous l’avais dit. A l’intérieur, « à l’intérieur de l’avion ont été trouvés des bidons, certains remplis, d’autres vides, 4 combinés, une tablette, un GPS »... ».  A l’évidence il trafiquait (cf ici à gauche). L’engin était cloné,  c’était en fait le N8531C, (N° de série 401A0029) ! Les policiers du district de police de Rio Verde qui l’on trouvé avaient tout de suite confirmé qu’il s’agissait d’un avion cloné… Détenu par une firme US qui détenait aussi un Citation devenu… brésilien, en 2012, sous l’immatriculation PR-VIR (ici à gauche que l’on ajoute donc lui a aussi !). Selon le dossier de justice, ce Cessna  aurait selon son GPS été s’approvisionner au Suriname, et son maître d’œuvre aurait été Ronald Roland alias « Xuxa », associé à Willy Norman Schafer Buitrago, un homme  listé ainsi sur Interpol : « il a la nationalité allemande et colombienne et a actuellement 33 ans. Il est pilote et a été arrêté avec Harti Luis Lang lors d’un accident de la circulation à Rio Verde (GO). Son dernier lieu connu est au Sahara oriental, un pays d’Afrique du Nord » ah tiens, le voici ayant traversé l’Atlantique : mais avec quel avion ? Imaginez sa dangerosité là-bas !!! Le pilote étant Fabio Coronha da Cunha. Il est ici cité à gauche et   là dans ce rapport) accusé d’avoir mis à disposition pour Rocha un avion le PR-TAL, dans son hangar de l’aérodrome de Dona Iracema à Porto Nacional (TO) le 11 mars 2017. C’est un Cessna  T210L (21063278) inscrit le 1er janvier 2010 et l’ex N793CB. Un de plus à ajouter à la liste, encore un !!! Roland s’approvisionnant de fait aussi en cocaïne chez les Farcs. « En 2015, le journal O Estado de S. Paulo a révélé que Roland et l’homme d’affaires Manoel Meleiro Gonsalez étaient responsables de la livraison de tonnes de drogue aux cartels mexicains de Sinaloa et Los Zetas. À l’époque, le groupe a acheté des codes d’identification pour le contrôle aérien vénézuélien. La drogue a été achetée auprès de représentants des FARC dans le pays.  Chaque vol a versé jusqu’à 400 000 dollars de pots-de-vin au personnel militaire vénézuélien, comme le montrent les messages interceptés par le PF sur les téléphones portables des suspects »… L’implication venezuélienne est flagrante, on le sait depuis longtemps !

Le Venezuela, cité plus loin dans le rapport avec cet extrait : « dans le rapport d’analyse 11/2017 (pages 10 à 13) les messages échangés entre Aroldo Medeiros et Raimundo  Prado mentionnent les coordonnées d’une autre piste au Venezuela, connue sous le nom « d’Indian track ». Dans cette région, l’armée bolivarienne a réussi à saisir un avion brésilien, immatriculé PP-WML, avec 500 000 dollars US en espèces le 27 juillet 2018. L’avion et les dollars étaient en possession de deux Brésiliens – Fernando Antônio Paiva do Couto et Fábio de Araújo Nunes -, tel que divulgué dans des sources ouvertes dans ce pays ». L’avion était un Beech 58, le TH-1060 devenu brésilien le 03 mars.2015, l’ex N6656C (ici à gauche). De Couto dirigeait les firmes Hangar Commander (Hangar Commander Administradora de Aeronaves Ltda) à Guarulhos, et Commander Brasil Administradora de Bens Ltda, Construtora Ramanzan Ltda; ainsi que Construtora Edificasa (Edificasa Administradora de Bens Ltda) à Sao Paulo.

Le PR-TAL, ne cherchez pas après,  il a disparu depuis, corps et biens, ce que décrit le rapport en détail : « le vol, à partir de la mine susmentionnée, et qui aurait la destination finale de la République du Honduras, a commencé vers 9 heures du matin le 15 mars 2017. Ce jour-là, Edinaldo et Joao Dos Remedios sont envolés pour le Venezuela, où ils ont transporté le Cessna PR-TAL avec de la cocaïne à bord, puis en Amérique centrale. Le 22 mars 2017, quelques jours après le décollage du PR-TAL, Joao Rocha et Daniel  Dalas  ont mentionné, à travers l’échange de messages au BBM (disponible dans le rapport d’analyse 02/2017; page 07), que le la cargaison de cocaïne n’aurait pas atteint le Honduras et ils ne savaient pas si l’équipage et l’avion avaient été saisis. Au cours de la conversation, ils ont mentionné que Barba devrait clarifier ce qui s’est réellement passé, afin que Harti Lang (« POLACO ») soit informé. À ce moment-là, Daniel s’est assuré que l’avion était chargé de stupéfiants. Ils ont également mentionné que Joao  Dos Remédios  et Edinaldo ne savaient pas comment utiliser correctement les instruments de navigation disponibles, outre que Joao Dos Remedios ne voyait plus bien, et pourtant, qu’il n’y avait rien de mauvais sur l’avion PR-TAL, puisque Joao Rocha lui-même l’avait piloté plusieurs fois (…). Cependant, le 5 mai 2017, Joao Rocha et Daniel  ont confirmé que l’avion s’était écrasé dans la mer des Caraïbes alors qu’il ne restait que vingt (20) minutes pour atteindre sa destination sur la côte hondurienne, peut-être en raison d’un manque de carburant (Analyse Rel. 04/2017 ; page 34) ». Il était ainsi au nom de Roberto Galdene de Go dans les répertoires brésiliens.

Pas le bon modèle !

Mais au final l’utilisation du Cessna 401 avait été une grave erreur de la part de Rocha, note le rapport et pas parce que c’était un clone : « il est important de noter qu’en octobre 2017, Fabio Coronha s’est entretenu avec un mécanicien aéronautique, dit «l’allemand» (cf très certainement Willy Norman Schafer Buitrago), lui demandant ses services pour la réparation d’un avion qui se trouvait dans la ville de Rio Verde. Cependant, compte tenu du fait que l’aéronef avait été saisi, le juge a refusé l’entrée du mécanicien sans l’autorisation du délégué responsable de la saisie. Ce qui a entraîné l’abandon, par l’organisation criminelle, de l’aéronef à cet aéroport. Les attitudes de Fabio Coronha  à l’égard de PR-XFR sont compréhensibles puisque, pendant la planification, il avait maintenu le contact avec Ronald Roland, comme exposé précédemment ». Mais c’est la nature même de l’avion et son choix qui avait plombé son usage plus que ses problèmes mécaniques : « lors d’une consultation menée dans le système ANAC, la police fédérale a constaté qu’au Brésil, seuls quatre avions Cessna de modèle 401 enregistrés y étaient immatriculés, l’un d’entre eux étant le PR-XFR. La consultation montre qu’il s’agit d’un avion peu utilisé dans le pays, plus une forte indication que cet avion est celui présenté par Ronald Roland au pilote étranger lors de l’appel téléphonique intercepté (Rel. Analysis 05/2017; pages 84 et 85). Conclusion ? Il ne faut surtout pas prendre un avion rare lorsqu’on veut trafiquer en toute quiétude !!! » L’avion l’est toujours, rare, au Brésil, d’ailleurs… Le PR-XFR, repeint à neuf, vole toujours à de jour. Mais comme vous le remarquez, c’est celui avec l’antenne de Bonanza : à savoir le 401A0059, ex N22AW !!! Et lui présente la bonne typo pour son immatriculation, pas comme l’autre clone des narcos issu du  N8531C ! Conclusion, si vous voulez passer inaperçu, ne volez pas à bord d’un avion rare et faites attention à bien peindre votre immatriculation ou à bien découper vos auto-collants!!!

Le second avion décrit plus précisément dans la page suivante du rapport est… le PR-TAL, encore lui, mais avec des détails en plus, comme la photo de Fabio Coronha da Cunha en compagnie de Chiquinho Cara de Gato, l’un des 7 mécanos du groupe, de son vrai nom Francisco Silva Ferreira Filho, devant leur avion…  la preuve aussi qu’ils étaient donc surveillés par la Police (ici à droite) !!

Le Beechcraft pour narcos VIP

Le troisième exemple du rapport est un bimoteur toujours dans le même hangar, dont le cliché est difficilement interprétable. Mais par élimination, parmi les 14 avions décrit en détail sur les 47, on finit par trouver lequel est-ce, d’avion : c’est en tout cas d’apparence un Beechcraft Baron 58, et c’est en effet le HT-1205 immatriculé PR-NIB et enregistré au Brésil le 20 mai 2011. L’avion, fort discret, était en fait apparu fortuitement dans une conversation téléphonique écoutée faisant allusion à un autre ténor comme trafiquant :« enfin, il convient de préciser que la rencontre enregistrée à Brasilia entre Joao Soros Rocha et Ruben Dario Lizcano Mongollon, le 23 mars 2017, aurait à voir avec un transport précédemment effectué à la demande de CABEÇA BRANCA dans l’avion PR-NIB, qui était préparé et testé sur la «piste Wisley» le 31 mars 2017 (avant le versement de 130 mille dollars). A cette époque, il y avait la participation de Fãbio Coronha da Cunha, Aroldo Medeiros da Cruz, Nivaldo da Conceiçao Level, Hamilton Fernandes Gouveia et Antonio Ribeiro de Mendonça ». Rel. Vigilização 03/2017; p. 36). » On aura noté le nom de « CABEÇA BRANCA« ,  le fameux « Tête Blanche » en français, l’autre célèbre trafiquant aux mille visages (lire ici)… avec son vieux Cessna PT-JDF (remis en vente !). Le vrai nom du trafiqunt qui ne voulait pas vieillir étant… Luiz Carlos da Rocha !

Le fameux hangar « Wisley Lane » est situé lui dans le minuscule aérodrome de Porto National situé au 10 43 1 S 48 24 1 W. L’ensemble des bâtiments sur place se résumant (ici à droite) à 6 hangars seulement en milieu de piste (cf ici à droite). Difficile de faire plus discret… C’est à peine à 180 km de là que se trouve la piste agricole « à silos » utilisée par le  Cessna PR-LVY des mêmes trafiquants (ici à gauche, voir plus bas dans le texte) !!!   

Un (gros) mystère de moins

Le quatrième est l’un des plus belles bêtes du lot. C’est un gros Beechcraft 350 dont je vous ai longuement raconté les aventures et le mystère de son arrivée à cet endroit. Le Guyana était bien l’objet de leur convoitises et de leurs visites régulières ! Pour y aller, il fallait un gros avion. Le Beechcraft PR-IMG, ex N350Q retrouvé à « en pleine savane, en bout de piste illégale, près d’un bosquet, pas loin de la méga-ferme de Santa Fe aux imposants silos » vous avais-je dit :

Cette fois-ci le dossier nous délivre des détails importants à son sujet. Les noms des personnes impliquées dans le vol (ici à droite),mais aussi des preuves tangibles, comme les bouts de papier sur lequel le pilote notait les « waypoints »à ne pas manquer pour atterrir au bon endroit, c’est à dire au nord de Rupununi (ici à gauche : il n’en manquait pas comme expliqué ici). L’engin était bien le FL-14 de chez Beech, comme la police du Suriname nous l’avait montré en dévoilant, fait rare,  sa plaque de fabrication (ici à droite), mais on ignorait jusqu’ici qui l’avait  piloté: il s’agissait d’Eduardo Andre Melo, 51 ans, un brésilien originaire d’Indaiatuba (SP) assisté par deux colombiens, dont Diego Blanco (ci-dessous à gauche).

Cela avait au début mal tourné pour le premier, qui ciblé par un mandat d’arrêt dans l’opération Flak, avait fui et n’avait pas été  retrouvé par la police à la résidence où il résidait habituellement. Il avait aussi menti, en allant jusqu’à dire à la police de Tocantins que l’avion avait été volé et qu’il pêchait à l’époque, mais sans ses papiers !!! « Selon les enquêtes, Melo fait partie d’un gang spécialisé dans le transport de drogue de Colombie et du Venezuela vers le Brésil, les États-Unis et l’Europe.Le groupe aurait transporté au moins neuf tonnes de cocaïne entre les années 2017 et 2018, sur 23 vols transportant en moyenne 400 kilogrammes de stupéfiant chacun. Selon le PF, l’itinéraire de transport de la drogue par avion passait par les pays producteurs (Colombie et Bolivie), en plus d’intermédiaires tels que le Venezuela, le Honduras, le Suriname et le Guatemala. L’enquêté, selon le PF, a été embauché par les dirigeants de l’organisation criminelle pour piloter les avions modifiés pour transporter plus de stupéfiants et avoir plus d’autonomie de vol ». A noter que les deux colombiens cités étaient à l’époque toujours officiellement… des militaires des Forces aériennes colombiennes ! Incroyable ! Le groupe de Rocha avait pas moins de 24 pilotes exclusivement à son service (ci-dessous) !!!

Aujourd’hui donc on en sait davantage sur ce qui s’est passé  (à droite les 7 mécanos de l’équipe) : les trafiquants parlaient beaucoup trop au téléphone, ce qui les a plombés, surtout lors de la découverte du King Air : « Le 14 août 2017, le « Branco » enquêté, également appelé « Ses Brother », a informé Aroldo de la saisie de l’avion King Air, préfixe PR-IMG, sur l’une des pistes utilisées par l’ORCRIM en République de Guyane. Conscient de l’inquiétude de Branco Aroldo l’a rassuré en déclarant qu’il n’avait transporté le stupéfiant que sur la voie susmentionnée et que cela s’était produit quelques jours plus tôt, à la demande d’un «garçon de São Paulo». Malgré le fait que les autorités n’aient pas retrouvé la cargaison de stupéfiants, Branco a insisté sur l’importance pour Aroldo d’effacer les liens qui pourraient le compromettre. Enfin, Aroldo a affirmé à « Juancho » qu’il n’avait transporté que 360 ​​kilos, en raison des mauvaises conditions de la piste (Rel. Analysis 09/2017; page 09). Joao Rochaet Raimundo Prado Silva alias , le trigeiro, ont également échangé des messages confirmant la responsabilité d’Aroldo d’avoir transporté la drogue sur la piste où la saisie du King Air avait eu lieu. Tous deux ont exprimé leur inquiétude au sujet de la saisie, craignant que les attaques de la police n’entravent la continuité des opérations de transport (Rapport d’analyse 09/2017, pages 25 à 31). Comme il peut être extrait des conversations, l’inquiétude de Joao Rocha aurait été exacerbée après une descente menée par la police civile au « Wisley Lane » de Porto Nacional le 10 août 2017. Par erreur, Joao Rocha a lié les actions de la police civile aux actions de la police guyanaise. Il a également été constaté que pour mener à bien l’opération de transport décrite, Aroldo Medeiros avait eu le soutien de Mauricio  Lopes Costa, alias « curiba » dans la ville de São Félix do Xingu (PA) (c’est ici à gauche, et c’est… minuscule comme aérodrome !) car à son retour de Guyane, le 9 août 2017, Arolodo a téléphoné à « curiba » (Rapport d’analyse 09/2017; pages 08 et 09) et s’est plaint de son retard à arriver au hangar de l’aéroport de São Félix do Xingu, où l’ORCRIM a un autre point de contact pour le support du hangar d’avions, pour le ravitaillement en carburant et autres réparations, y compris le nettoyage interne de l’avion après le transport de cocaïne afin d’en effacer les traces (Rel. Vigilancia 10/2017) ».

« Ce hangar appartient aux sociétés Juliany Turismo et Juliany Avgas appartenant à Mauricio Lopes et son épouse, Sueli de Lima ». En mars dernier une opération de police a constaté que l »on vendait dans l’aérodrome du carburant sans autorisation relate Noticias (ici à droite) . » « Pour le contrat en République de Guyana, Aroldo a utilisé l’avion PT-LNU (qui a ensuite été arrêté avec 488 kilos de cocaïne) comme le confirme le livre de caisse de la société Juliany Avgas. Les dossiers prouvent l’acquisition de carburant pour l’avion PT-LNU (on verra plus loin lequel  c’est) aux dates des 7 et 9 août 2017 et le  retour d’Aroldo, respectivement, comme expliqué précédemment »

Du carburant, il en avait fallu… plus, pour rejoindre le Guyana. « Nous confirmons qu’entre le 9 et le 11 août 2017, les Colombiens Diego Blancio et Andres Blanco ont été accueillis, en compagnie du Brésilien Francisco Braga Martins Junior, à l’hôtel Ibis situé Rua Eduardo Viana, 163, Barra Funda, São Paulo / SP. Des enquêtes préliminaires indiquent que Francisco B Junior, était l’un des responsables de la coordination de l’opération à São Paulo. Des notes d’approvisionnement du Goias ont également été saisies sur l’avion d’Abastecimento de Aeronave LTDA, situé dans l’Etat de Goias, et de J.E.A. Comercio de Combustaveis de Aviacao LTDA, situé dans le Mato Grosso. Selon la note, qui contient des signatures non identifiées, les livraisons ont eu lieu, respectivement, le matin du 12 août 2017, la veille de la saisie de l’avion en Guyana, et le jour de la saisie (éventuellement le matin) . Notez que lors du deuxième ravitaillement, la quantité de carburant était beaucoup plus élevée. »

En fait le fameux Beechcraft PR-IMG avait bel et bien plombé le pilote Melo : « en 2017, un avion a été saisi en Guyane et à l’intérieur se trouvaient des documents de ce pilote d’Indaiatuba et d’autres personnes, y compris des Colombiens qui étaient également impliqués dans le trafic« . Après avoir réfléchi il a fini par se rendre aux autorités et adopter une autre stratégie qui s’est avérée payante pour lui : il a été une effet depuis libéré, après avoir choisi de collaborer avec la justice brésilienne qui a ainsi pu apprendre tous les détails de ce vol qui n’est donc plus aujourd’hui classé mystérieux !!!

On en a pas encore terminé pour autant avec le clan Rocha. Demain nous en étudierons un autre pan, tout aussi instructif…

 

Docs fondamentaux :

https://politica.estadao.com.br/blogs/fausto-macedo/wp-content/uploads/sites/41/2019/02/38-81.2019.pdf

http://www.mpf.mp.br/to/sala-de-imprensa/docs/copy_of_NcleoCompradoreseProdutores.pdf

Les noms des personnes du gang de Rocha incriminées et inculpées :

João Soares Rocha, Raimundo Prado Silva(alias trigueeiro, moreno, morena, neguim, neguinho, neguinha, jatobá), Fabio Coronha Da Cunha, Aroldo Medeiros da Cruz, Ruben Dario Lizcano Mogollon, Adalberto da Silva Cordeiro, Luiz Carlos da Rocha, alias « cabeça branca »,Wilson Roncaratti, Willy Norman ShafferBuitrago, Dionathan Diogo Marques do Couto, Harti Luiz Lanq, Ronald Roland, Murillo Ribeiro de Souza Costa, Lucas de Oliveira Penha,Flavio Martins Ferreira, Evandro Geraldo Rocha Reis, Alencar Dias, Cristiano Felipe Rocha Reis, Vilton Borges Pereira de Carvalho, Antonio Carlos Ramos alias « totó », Jurandir de Jesus de Sousa, alias « batata« , Antonio Ribeiro de Mendonça, Amauri Moura Silveira, Joelb Mendes Luz, Raimundo Almeida da Silva(alias alemão), Iron Robeiro Ferreira, Nivaldo da Conceição Level, Wisley Cavalcante Barbosa, Hamilton Gouveia Alberto, Geverson Bueno Lagares, Ricardo de Miranda Frias, Ivanilson Alves(alias pé, pezão), Osmar Anastácio, Maurício Lopes Costa, Mario Goreth Pedreira, Frederico Sardinha da Cruz Netro, Sergio Maia Flores, Eduardo André Melo, Diego Mauricio Blanco Blanco, Andres Felipe Correa Blanco, Ricardo Brittes Ferreira(alias ferreirinha), João Dos Remédios Azevedo, Edinaldo Souza Santos, Giovane Rosa dos Santos alias « seu brother » .

Les 14 aérodromes utilisés :

La liste des 14 avions décrits dans le dossier :

PT-LNU, PR-TAL, PR-IMG,PP-JAP,PT-LJH, PT-KKP, PR-NIB, PT-IDQ, PR-XFR, PR-LPT, PT-JAB, PR-LVY, PR-LSS, PR-LIL.

Document de CPI – le narcotrafic :

https://www.al.sp.gov.br/StaticFile/documentacao/cpi_narcotrafico_relatorio_final.htm

autre document source:

https://www.diariodaregiao.com.br/_conteudo/cidades/rota-da-cocaína-passa-pela-região-1.687768.html

 

 

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