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Coke en stock (CC) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (35)

L’homme important dissimulé derrière tout le trafic au Brésil, la Commission va le découvrir, n’est pas brésilien, mais paraguayen.  En prime, c’est un général, qui semble bien avoir hérité de tous les travers du système.  Elle mettra aussi le doigt sur un possible organisateur de la disparition de PC Freitas (voir l’épisode précédent) : en l’occurrence son propre frère, très poche du milieu et des trafiquants.  Elle aura beau avoir prévenu, en recommandant de surveiller davantage les petits aérodromes… rien n’y fera.  Depuis, hélas, trois fois hélas, le trafic s’est encore accentué.  La faute à plein de choses, et aussi à une justice confrontée à une surpopulation carcérale qu’elle ne sait plus gérer :  les prisons brésiliennes sont des enfer véritables… et les principaux lieux dans lesquels la drogue circule.  Et même les armes !!!  C’est la démocratie qui est en danger, avec ses poudrières disséminées partout, car la loi n’existe plus à l’intérieur même de ces cachots immondes !

L’ultime bombe de la CPI et une piste pour Farias : son propre frère !

On croit avoir tout lu, mais on reste coi avec la dernière découverte de la Commission, elle est de taille et… paraguayenne !!!  « La Commission d’enquête parlementaire (CPI) sur le trafic de drogue affirme également dans son rapport sur le crime organisé que l’ancien général paraguayen Lino Oviedo, qui a été arrêté à Brasilia, à l’abri dans une hacienda avec l’un des plus grands trafiquants de drogue au Brésil, Carioca Fernandinho Beira-Mar:  Selon le rapport final sur la drogue au Paraguay de la CPI, dont l’AFP a obtenu une copie de la police militaire de l’Etat de Parana, il accuse Oviedo « d’avoir hébergé dans son ranch le trafiquant recherché Fernandinho Beira-Mar, avec la connaissance de Ricardo Noronha, ancien chef de la police de Paraná C’est lui la bombe finale de toute l’enquête, au final :  « L’ancien général paraguayen Lino Oviedo est l’un des grands noms de la Commission parlementaire brésilienne pour le trafic de drogue.  Il est accusé de contrebande internationale de drogues et d’armes, ainsi que d’association illicite. (…)  Devant le ministre Mauricio Correa, le juge qui devra décider de son extradition, Oviedo a tenté de devenir une victime de la persécution politique du gouvernement actuel du Paraguay.  « Ma famille et moi risquons la mort, car ils offrent 100 mille dollars pour ma capture, vivants ou morts », a-t-il dit.  Oviedo se déclare victime d’un complot politico-judiciaire (…).  Selon le document parlementaire, alors qu’il commandait l’armée paraguayenne, l’ancien militaire était chargé de «protéger» le libre transit des armes et des drogues.  Quand Oviedo a perdu le pouvoir, après avoir été accusé d’être l’auteur intellectuel de l‘assassinat de l’ancien vice-président Luis María Argaña, en mars 1999, le soldat s’est réfugié en Argentine.  C’est le gouvernement de Carlos Menem, qui, en plus de se déclarer être son ami, qui l’a abrité dans le sud du pays.  Selon les législateurs brésiliens, Oviedo a caché le trafiquant de drogue Luiz Fernando da Costa de Rio de Janeiro, plus connu sous le nom de Fernandinho Beira-Mar, lors d’un de ses séjours au Paraguay.  Le criminel brésilien ne pouvait pas, jusqu’à présent, être arrêté ». Oviedo, on le sait est mort dans un accident d’hélicoptère (ici à droite) que d’aucuns ont toujours interprété comme étant un assassinat ….  On reste déjà ébahi, mais on écarquille encore plus les yeux avec la suite : « il y a un autre cas de résonance parmi ceux mentionnés par les députés:  Le législateur fédéral Augusto Farias, le frère de Paulo Cesar Farias, ancien trésorier de l’ancien président Fernando Collor de Mello, qui a été tué en 1996 dans des circonstances jamais clarifiées. Aujourd’hui, on soupçonne qu’Augusto a ordonné de le tuer pour de l’argent (le même sera accusé en 2003 de maintenir 99 travailleurs dans des conditions analogues à l’esclavage dans une ferme de sa propriété dans le sud du Pará !!!).  Sidérant !

Le frère maudit

C’est une vraie bombe à fragmentation avec cet éclat supplémentaire…« Sur le député Farias (ici à droite) pèse de graves accusations de connexion avec les cartels de la drogue.  Il n’a jamais pu nier ses liens avec l’homme d’affaires de São Paulo, William Sozza, de Campiñas, et avec l’ancien député provincial, José Gerardo de Abreu (ici à gauche), déjà condamné comme trafiquant de drogue (à 23 ans de prison).  Sur leur chemin à travers la ville de Campinas, à 100 kilomètres de San Pablo (…) les députés anti-mafia ont découvert une structure criminelle impliquant de grandes entreprises et entités financières. Les ramifications sont étendues aux provinces d’Alagoas, de Maranhio, de Rio de Janeiro, d’Espiritu Santo, de Mato Grosso et de Rio Grande do Sul.  La vérité est que les relations d’Augusto Farias mènent à l’ancien député Hidelbrando Pascoal, expulsé de la Chambre des l’année dernière quand il a été découvert qu’il était l’auteur des crimes odieux:  parmi eux, une victime torturée sauvagement, à qui il avait scié les bras et les jambes, le laissant saigner dans une horrible agonie. » On peut ajouter au cas pendable du propre frère de l’infortuné PC un autre témoignage troublant: celui de son ex-petite amie, venue raconter tardivement, en 2013, « qu’elle  avait reçu un appel téléphonique disant qu’elle serait la prochaine victime ».  « Dans son témoignage, elle a révélé qu’elle a alors  informé l’ex-député fédéral, qui a suggéré à la petite amie de changer le numéro de téléphone.  « Cela ne servirait à rien, car cette personne découvrirait sûrement mon nouveau numéro », a-t-elle déclaré dans un communiqué.  Selon elle, la menace n’a pas été réitérée.  Milane Valente (ici à droite) a également révélé que l’ancien député Augusto Farias avait payé les honoraires de l’avocat de la défense des quatre policiers accusés dans le crime, José Fragoso Cavalcante, « persuadé de leur innocence ».  Elle a dit qu’au moins deux d’entre eux travaillent actuellement pour l’ancien député. »  Plus que troublant !!!  Pour ajouter au malaise, la même année, « le délégué Antonio Carlos Lessa accuse dans un témoignage mercredi le député Augusto Farias, d’avoir envoyé un intermédiaire pour lui offrir un pot-de-vin de 100 000 dollars afin que son nom soit retiré de l’enquête…  J’ai reçu cette proposition du journaliste Roberto Baia, qui m’a été confiée par le secrétaire à la sécurité d’Alagoas pour la nouvelle enquête, et un jour j’ai reçu sa visite dans la voiture de Tribuna de Alagoas – de la famille Farias- vers 20h00, et il m’a demandé d’avoir une conversation privée  » …

Epilogue aérien de l’affaire

Dans cette histoire étonnante de circulation de drogue et son circuit d’avions, il reste un point tout aussi surprenant.  Les registres d’aviation brésiliens sont une source inépuisable de renseignements.  Or qui voit-on apparaître comme nom pour l’enregistrement d’un avion Cessna le 17 juillet 2008?  Celui de Aryzoli Trindade Sobrinho, justement, l’ex-narco devenu accusateur !!!!  Comment avait-il pu acheter pareil engin, on l’ignore !!!  L’avion étant immatriculé PT-KIX, c’est un Cessna 210L N° de série 21060458.  Surprise également, on possède un cliché (ici à droite) d’un Cessna PT-KIX, mais largement antérieur en date à celui-là, un cliché dans lequel apparaissent deux jeune gens, admirateurs de l’engin, deux jeunes appelés « Adelmo » et « Delfino ».  Posant devant l’avion sur une photo prise en 1980 à l’aéroport de près de São Paulo, au Brésil, proche de Ribeirao Prieto, et pas loin de… Campinas !!!  Là aussi, des noms d’aérodromes réapparaissent régulièrement comme endroits où les trafics se perpétuent…

Le petit aérodrome et sa faune


Sur l’aérodrome de Jaboticabal dans les années 80-90 on pouvait voir pas mal d’appareils, dont le Cessna 170A PT-BJO acheté le 3 septembre 1985 par celui qui raconte son histoire… pour le moins mouvementée, preuve que les avions à cette époque changeaient beaucoup de mains (c’est encore le cas aujourd’hui) : « en 1949 quand il est importé par Sven Cecil Werner Urban, résidant à São Paulo pour porter le matricule PP-DXQ, il possédait déjà trois réservoirs de carburant, 2 dans les ailes et 1 auxiliaire dans le fuselage » note son propriétaire.  C’est en fait le PT-BJO un Cessna 170A qui est l’ex N9163A.  Un avion datant de 1949 portant le sérial 19357 de Mills ED, habitant de Ajo-Maricopa dans l’Arizona.  Le 31 août 1953, il est acquis par l’État de Pernambuco, incorporé dans le parc aérien du  ministère de l’Agriculture, de l’Industrie et du Commerce basé dans la ville de Recife, le PP-DXQ devenant alors PP-ECB.  Sept ans plus tard, il est revendu le 30 août 1960 à un particulier, qui change son PP-BCE en PT-BJO et l’installe dans la catégorie TPP – Privé, pour transport privé.  Le 5 mars 1963, il est vendu à Arivaldo Carvalho, résidant dans la ville de Aracaju-SE.  Le 2 aout 1965, il est revendu à Antonio Salles Liberato de Mattos résidant dans la ville de Salvador-BA.  Le 13 avril 1967, il passe chez Martin Menezes da Fonseca et Ieda Goes Mascarenhas, habitants de la ville de Valence-BA, en restant dans la même catégorie TPP.  Le 3 juin 1969, il est cédé Otoni Silvio et Maria Lucia Morilla vivant dans la ville de Tres Lagoas-MT, qui le maintiennent dans la même catégorie TPP. Le 20 juillet 1970, il est revendu à Elenir Pulcena do Amaral, résidant à Grande-MT.  Le 14 août 1974 il le cède à Giacondo Antonio Negro, résidant à Limeira-SP, restant dans la catégorie TPP.  Le 24 novembre 1978, il est revendu encore une fois à Luiz Alberto Gambassi, domicilié à São Paulo-SP.  En 1985, le 3 septembre, je l’achète à Luiz Alberto Gambassi, (nota : son onzième propriétaire, donc) qui a été directeur de Cargill et à ce moment-là résidait dans Bebedouro-SP, en changeant l’aérodrome d’inscription pour ma résidence à Jaboticabal-SP / SDJC et dans la même catégorie TPP avec l’immatriculation PT-BJO ».  Tout le monde aura noté sur le côté droit de l’avion un détail fort intéressant, à savoir son  double venturi, si cher aux pilotes des avions bourrés de coke… et ses cloisons d’ailes, catégorisant un appareil STOL.  On remarquera aussi son surnom « Betty »…

L’avion cloné et plein de billets…

A noter que le 21 septembre 2010, un avion EMB 721C, immatriculé PT-EGG qui s’apprêtait à décoller de Jaboticabal, avec à bord trois personnes, Marco Túlio Raguazzi Guimarães, 42 ans, le pilote et ses deux passagers José Maurício Martins Junior, 34 ans, et Carlos Alberto Sgobi, 32 ans sera retenu par la police avec 60 mille reals à bord, très certainement le résultat d’un trafic selon les registres officiels, l’appareil appartenait à José Eduardo Rocha Cabral.  L’avion avait été enregistré dès le 2 août 1990 au Brésil et c’était l’ex PP-EJP réinscrit le 24 février 1994.  Un avion qui étrangement existe toujours à l’état d’épave sur l’aéroport de Belem.  J’ai expliqué ici où avait été trouvé l’appareil, visiblement cloné car entièrement repeint..

… et son retour, planté dans un champ

Et dans ce pays où tout semble permis, on retrouve le MEME appareil, avec la même immatriculation et les mêmes couleurs, à peine moins d’un an après, le 14 juillet 2011… on retombe, en effet, quel hasard, sur le même appareil encore.  Cette fois retrouvé vautré dans un champ de canne à sucre près de Novo Horizonte, une aile déjà démontée  (ici à droite):  « la police générale des enquêtes (DIG) examine si le préfixe avion du moteur PT-EGG, qui a fait l’atterrissage forcé dans une plantation de canne à sucre près de de Novo Horizonte avant-hier, il a été utilisé pour transporter de la drogue ou la contrebande.  Lorsque la police militaire est arrivée sur les lieux, hier matin, après une dénonciation anonyme, quatre hommes ont démantelé l’avion et le pilote s’était enfui.  L’avion monomoteur n’avait qu’un siège, ce qui indique qu’il était utilisé pour le transport de marchandises.  Selon le lieutenant de la police militaire, Ronaldo Cheruti, le groupe avait déjà enlevé une aile, l’hélice et d’autres pièces.  Alors que les policiers attendaient des experts, deux autres hommes sont arrivés dans une voiture. « Ils ont dit qu’ils étaient amis du pilote de l’avion, mais ils n’ont pas révélé qui il était », a-t-il dit.  Les six personnes impliquées ont été emmenées à la prison de DIG, ont témoigné et ont été relâchées.  Sur le total, quatre ont dit qu’ils étaient des résidents de Ribeirão Preto et deux, de Penápolis.  Selon le délégué en chef de DIG, Leonel Aparecido Siqueira, aucune des personnes impliquées n’a révélé le nom du propriétaire de l’avion. « Les quatre hommes qui se trouvaient sur les lieux ont dit qu’ils étaient amis avec quelqu’un qui testait l’avion de quelqu’un d’autre et a dû faire l’atterrissage forcé.  Les deux autres (qui sont arrivés plus tard) ont dit qu’ils étaient des mécaniciens, mais ont également affirmé qu’ils ne connaissaient pas le propriétaire.  Ils ont juste dit que le propriétaire viendrait de São Manoel, dans la région de Bauru », a déclaré le délégué.  A l’Agence Nationale des Avions Civils (ANAC), le monomoteur apparaît régularisé et enregistré au nom de José Eduardo Rocha Cabral.  Selon le délégué de la DIG, à l’Agence Nationale de l’Aviation Civile (Anac) il y a communication de la vente en suspens de cet avion.  Siqueira s’est dit surpris par le comportement du groupe et a commencé à enquêter sur l’origine de l’avion et à identifier le propriétaire actuel.  Il a également publié une déclaration à la police fédérale.  Une équipe du Centre de recherche et de prévention des accidents aéronautiques (Cenipa) a été envoyée pour déterminer s’il y avait une défaillance mécanique ou une défaillance du pilote.  Le rapport a constaté que le pilote n’avait pas établi de contact radio avec les tours de contrôle de la circulation aérienne des aéroports de Catanduva et de Rio Preto.  Selon les informations de la police militaire, le débarquement forcé a eu lieu dans une clairière ouverte de la plantation pour l’atterrissage et le décollage des avions de pulvérisation agricole, des contrebandiers et même des trafiquants de drogue. Ce n’est pas la première fois dans les fermes de cette région.  Selon la police, ce sont des voies de contrebande pour camoufler les atterrissages et les emplacements des marchandises.  En septembre 2005, un avion encombré de matériel électronique estimé à 1 million de reais a été saisi par la police de Novo Horizonte ».  Et effectivement, puisqu’on apprend assez vite que le 30 avril 2015 le tribunal semble enfin prendre en compte une plainte du déjà nommé Cabral à l’encontre d’un dénommé Alberto Carlos Alexsandro Santos Almeida Almeida, qui lui aurait acheté non pas un mais deux modèles d’avions « Neiva » EMB 721C et EMB721D, l’un portant l’inscription PT-NRE (ex PR-FLI)et l’autre PT-EGG; le plaisant soutenant qu’il a rédigé un contrat d’achat et de vente d’avions avec réserve de propriété avec Carlos Alberto, et qu’un troisième avion, le PT-REL avait aussi son accord conclu au nom d’Alexsandro avec les obligations de paiement liés ».  Or selon lui le même Carlos Alberto n’a pas réglé le paiement intégral du prix de la transaction, «  en laissant le paiement de 360, 000 reals en suspend, tout en ayant toutefois pris possession des avions,  faisant valoir aussi que l’avion PET-REL était encore dans la ville de Campo Mourão – PR, exigeant son immobilisation et un dépôt préliminaire comme pour l’autre aéronef (PET-EGG) lorsque celui-ci sera localisé ».

Le phénomène Adolfo

« L’Adolfo » cité tout à l’heure n’étant autre que Rolim Adolfo Amaro, alors âgé de 18 ans sur les photos, une légende qui sera élu plus tard « personnalité de l’année en aviation brésilienne en 1996 » par Air Transport World .  On peut voir ici à gauche « Delfino » aux côtés du PT-BKH, en 1971, l’avion de Taxi Aereo Marilia SA (TAM), le PT-BKH, un Cessna U206C U2061366 le immatriculé au brésil 18 septembre/1990; l’ex N72323 aux USA.  L’avion de Plinio Cavagnoli piloté par Edvan Coelho Soares.  Eolim Adolfo Amaro est l’homme d’affaires controversé qui a fait de la petite compagnie aérienne (Táxi Aéreo Marília fondée le 7 janvier 1961, avec l’aide du producteur de sucre Orlando Ometto.), la plus grande compagnie aérienne du Brésil entre 1970 et 2001.  De ses débuts, il a raconté qu’en l’absence de route, « au Brésil, même les animaux avaient été transportés par avion vers les fermes ».  Ayant l’esprit commerçant dans l’âme, ce fils d’émigrés italiens arrivés sans le sou au Brésil, a vendu des vêtements et des radios cellulaires dans un entrepôt de São José do Xingu (dans la région d’Araguaia) entre deux vols selon sa légende (on ignore si c’était du matériel de contrebande !).  En deux ans de travail acharné dans l’Amazonie, Rolim, cet homme charismatique avait réussi en partant de son seul Cessna 140 à acheter 10 monomoteurs avant de travailler en 1968 pour  Vasp en tant que co-pilote et, plus tard en tant que commandant de bord.  En 1970 il a fondé ensuite ATA (Araguaia Air Taxi, avec son frère Joao), qui avait dix avions, avant de racheter toute la flotte de TAM (TAM Transportes Aéreos Regionais exactement).  En 1996, TAM avait acheté 80% de LAPSA, société du Paraguay renommée  Transportes Aéreos del Mercosur (ou TAM Mercosur).  Sa vie est résumée ici.  L’un des ses premiers avions avait été un petit Cessna BirdDog américain (il est ici à gauche à son bord).  Il est mort le 8 juillet 2001 avec sa compagne Patricia dos Santos, 30 ans, dans le crash d’un hélicoptère Robinson R44 (le ZP-PHRA, appartenant à Trans-America Líneas Aéreas Sociedad Anónima)… tombé dans une ferme de  Pedro Juan Caballero après avoir heurté un cocotier en volant trop bas !

Vie et mort d’un aérodrome

Selon le site Aviation news, l’aérodrome de Jaboticabal et ses quatre malheureux hangars (ici à droite) est considéré aujourd’hui comme étant quasiment à l’abandon (ce qu’on avait constaté avec le hangar du PT-EGG !).  « Fondé en 1940 par Jaime de Andrade Algodoal l’aéroport Jaboticabal avait un passé glorieux et ses réalisations.  L’aéroport comportait une école d’Aviation un Aero Club… des sociétés de renom atterrissaient sur ses pistes…  Aujourd’hui, 69 ans après sa création, ce que l’on peut noter est tout à fait le contraire, parce que l’aéroport est complètement abandonné et dans le besoin de changement rapide, ne peut pas compter sur sa structure.  Est-ce que ce secteur qui a porté la richesse de la ville aux villes pourra de nouveau figurer dans la croissance de Jaboticabal ?» L’aéroport avait-il trop été actif aux temps des trafics ?  Et qu’avait donc fait exactement le repenti ?

Et la CPI dans tout ça?

Lorsqu’elle clôt ses travaux à la fin de l’année 2000, la situation qu’elle a décrit dans le pays ne s’est guère améliorée, et le « Tribunal » évoque des craintes sérieuses envers la démocratie, tant les trafiquants sont devenus puissants.  Voici ce qu’en a dit Christian Dutilleux dans Libération le 8 décembre 2000:  « Le trafic de cocaïne menace-t-il la démocratie brésilienne?  Après avoir mené durant dix-huit mois l’enquête la plus fouillée de l’histoire du Parlement brésilien (17 Etats visités, des centaines de dépositions), la Commission parlementaire d’enquête (CPI) sur le trafic de drogue a rendu mercredi un rapport extrêmement alarmant.  Dans 5 des 26 Etats (Acre, Alagoas, Amapá, Espírito Santo et Piauí), les narcotrafiquants tentent tout bonnement de prendre le pouvoir.  Le gouverneur d’Acre, Jorge Viana, du Parti des travailleurs, est menacé de mort par les hommes du trafiquant Hildebrando Pascoal, un ex-député et ex-patron de la police militaire « (ici à droite, c’est celui qui avait découpé vivantes ses victimes à la tronçonneuse, et l’ami d’Augusto Farias).  « La menace est si claire que le président Cardoso a fait récemment une escale dans ce petit Etat à la frontière bolivienne pour assurer le gouverneur, pourtant d’opposition, de sa solidarité.  En Amapá, l’Etat qui longe la Guyane française, le gouverneur, João Capiberibe, a été destitué par l’Assemblée législative régionale, noyautée par les narcos.  La décision a été suspendue par la Cour suprême.  Dans leur rapport, les députés demandent l’ouverture de poursuites judiciaires contre 827 personnes, dont 2 ex-gouverneurs (Acre, Alagoas), 2 députés fédéraux, 12 députés régionaux, des dizaines de policiers, de juges et de patrons.  Le général paraguayen Lino Oviedo (on a vu son rôle ici) et l’ex-président du Surinam Dersi Bouterse (eh oui, déjà, il est ici à gauche !!!) sont aussi cités.  La CPI accuse enfin les présidents des Assemblées législatives des Etats d’Espírito Santo, d’Amapá et d’Alagoas d’être liés aux narcos« .  Mais malgré ce bilan, la CPI peut être fière de son travail, malgré tout : ‘les découvertes des députés ont déjà conduit à une centaine d’arrestations dans tout le pays.  La commission a prouvé que le trafic de cocaïne n’est plus une simple affaire de dealers de Rio, comme les Brésiliens le pensaient souvent, mais une gangrène nationale qui attaque de nombreux organismes publics, notamment les polices militaires.  Dans l’Etat de Piauí, la CPI a démonté un réseau de voleurs de camions commandé par un colonel de la police militaire, José Viriato Correia Lima.  Ce colonel, aujourd’hui incarcéré, est aussi accusé d’avoir commandité l’assassinat d’une dizaine de bourgmestres de la région.  Les pirates de camions sévissent dans tout cet immense pays. Sur des routes peu fréquentées, ils partent à l’abordage du transporteur avec plusieurs voitures.  Le routier est alors fait prisonnier, souvent éliminé sur-le-champ.  La cargaison, des produits de grande consommation, est écoulée dans des chaînes de supermarchés complices. Les camions sont ensuite conduits en Bolivie et échangés contre de la drogue et des armes.  La CPI a mis au jour les liens entre les vols de camions et le trafic de drogue dans 14 Etats.  La commission n’a toutefois pas réussi à prouver l’existence d’une mafia nationale.  Son principal témoin a disparu.  Les députés se plaignent d’ailleurs de la fragilité du nouveau système de protection des témoins.  Les parrains des mafias brésiliennes disposent de petites armées et agissent avec une brutalité qui a effrayé de nombreux témoins.  C’est pourquoi les députés demandent l’instauration au Parlement d’une commission permanente sur le trafic de drogue avec la participation de représentants du gouvernement et de la justice.  Dans son rapport final, la CPI réclame le mise en place d’une «opération mains propres» à l’italienne, seule capable à leurs yeux de décapiter les «pieuvres» qui se développent au Brésil ».

Pas demain la vieille que ça va s’arrêter

Hélas, à voir la situation actuelle dans le pays, ont peut aisément conclure qu’on l’attend toujours cette opération.  Mais elle ne peut se faire que si la corruption ne l’entrave pas.  Or là, à ce jour, au Brésil, c’est bel et bien peine perdue… un exemple le montre avec éclat :  en novembre 2015, le ministre Jorge Mussi et la Cour suprême ont accepté la demande de l’avocat de Lima Correia, l’organisateur du trafic sanglant par camions, de réduire sa peine de 19 ans et trois mois de prison à 15 ans dans le cas de l’un des assassinats qui lui avaient été reprochés, espérant une réduction similaire pour les autres.  Il lui était reproché 9 assassinats en 10 ans de maires qui avaient refusé de collaborer à son trafic… parmi eux, celui de l’officier de police civile Leandro Safanelli, qui était pourtant le petit ami de la fille du colonel !!!  Il avait pourtant déjà été libéré le 26 Juillet 2011… obtenant comme beaucoup d’autres l’abrogation de son régime carcéral pour un semi-ouvert.  Mais il avait été ré-emprisonné juste après.  Pour continuer son business :  « Même en prison, le colonel continuait à commander son gang »explique Wikipedia, « car il avait des téléphones portables et recevait librement des visiteurs.  Il a même ordonné le passage à tabac d’un journaliste qui l’a critiqué.  Pour cette raison, il a été incarcéré pendant un certain temps au Maranhão.  Jugé et condamné pour certains de ses crimes, en 2007,  il purge une peine de 23 ans et 9 mois dans une prison militaire de Piauí.  Afin d’être transféré dans un pénitencier, le procureur de la République a intenté un procès pour que Correia Lima perde son grade de colonel. » C’est indécrottable !

 

 

PS : on notera au passage qu’il s’agît ici du 200 ème épisode (CC) de la série, débutée ailleurs avec retard en février 2011 seulement, cela dû à une bande de trolls ineptes, alors que le premier article avait été rédigé dès mars 2010, juste après qu’ait été communiqué l’affaire du « Boeing du Désert » survenue au mois de novembre précédent.  Une affaire fondamentale, on s’en aperçoit encore près de 9 ans plus tard.  Il avait fallu attendre en effet que le président ATT daigne enfin laisser les journalistes aller voir les vestiges du 727 brûlé en plein désert, près de Tarkint au Mali.  Et attendre que Wikileaks s’en empare aussi, et ce, pas avant décembre 2010.  Pour une histoire fort mal débutée, dans un contexte de trollage inacceptable et incessant, elle a fait son chemin depuis.  Très tôt, dans la série, j’avais également décrit les vols vers l’Afrique des « nouveaux Mermoz » de la dope.  Le site d’origine, lui a depuis sombré, laissant la parole à une extrême droite sans plus aucun garde-fou, ou aux fans de Bachar el Assad et de Poutine.  Le 100 ème épisode  (C) paru ici , sur CP, avait été consacré à la découverte du Hawker BAE 125-700 N917TF.  « Découverte », en effet, après une enquête méticuleuse, car avant la parution de l’article, l’ASN  n’avait pas su déterminer que c’était bien cet avion là.  Elle a rectifié le tir depuis !!!  Avec l’ami Falcon, nous ne l’avions retrouvé que grâce à un bout de crête de gouvernail de moins d’un mètre de long frottant à la surface de l’eau après son crash.  Une semaine chacun à ausculter des photos de Hawker 700 !!!  Un avion appartenant à un mormon d’origine belge (?), qui refera plus tard parler de lui (au CXVII), avec une fraude sur une vente d’or à une obscure entreprise chinoise appelée He Meng Int’l Group Ltd., située à Hong Kong et appartenant à un dénommé Wu Guixian.  Et récemment encore, le 6 février dernier, le même homme réclamait pas moins de 6 280 000 dollars à l’Etat Paragayen, en l’occurrence à Aldo Cantero (le procureur adjoint) et à  l’ancien procureur Emilio Fuster, et au député Diosnel Alarcon pour « dommages-intérêts, des dommages moraux et psychologiques, de la perte de confiance, de perte de revenus en raison d’une responsabilité non contractuelle et d’une erreur judiciaire »… selon lui, le procureur Fuster avait « ordonné de conserver l’avion pour le réviser« , ce qui pour lui « à violé les traités internationaux en vigueur. »  L’avion, le N111FA, étrangement, ne répond plus depuis sur les listings de la FAA.  On peut le voir ici en octobre 2016 sur le tarmac de l’aéroport de Silvio Petirossi à Asuncion (l’avion avait été bloqué dès son arrivée le 4 août 2016).  Un type III de Gulfstream de cet âge se négocie aujourd’hui entre 450 et 750 000 dollars.  Très loin de la somme réclamée… l’avion, libéré, lui, vole toujours :  le voici le 22 janvier 2018 filmé en train d’atterrir et de redécoller de Fortaleza, au Brésil (Fortaleza, Ceara sur la côte Nord du Brésil).

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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Coke en stock (CXCIX) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (34)

 

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    Toutes mes félicitations pour cette fidélité et ce long travail minutieux et captivant. 200 textes d’une saga qui ne s’essouffle pas, ça se fête. Champagne:)

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