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Climat : le mythe de l??quilibre

Emmanuel Martin – Le 27 septembre 2010. En fin de semaine derni?re le journal Lib?ration et la ville de Lyon ont organis? un Forum pour une Plan?te Durable. De nombreuses personnalit?s y ont ?t? invit?es pour des d?bats sur l?environnement. Bien des th?mes ont ?t? abord?s?: du nucl?aire au p?trole, avec ce que l?on nomme d?sormais changement climatique qui, s?il n??tait pas toujours pr?sent dans l?intitul? des d?bats, n?en restait pas moins en toile de fond. Ce glissement s?mantique du ??r?chauffement?? au ??changement climatique?? n?est pas anodin.

Quand Yves Cochet, lors d?un tr?s bon d?bat avec Pascal Bruckner sur le catastrophisme ?cologique, rappelait qu?en 1974 il se battait d?j? pour la cause climatique, il a subtilement oubli? de mentionner qu?? l??poque cette cause s?appelait… refroidissement climatique. Apr?s un pic de r?chauffement dans les ann?es 20 et d?but des ann?es 30, la terre ?tait repartie vers la glaciation, et la grande peur de l??poque qui envahissait les m?dias ?tait ??l?englacement global??. Et ce n??tait alors pas le CO2 qui ?tait en cause mais les poussi?res industrielles qui barraient la route ? la lumi?re du soleil.

Implicite ?quilibre

Pourquoi donc ce changement de direction dans le standard de la ??bonne temp?rature???? Et que se cache-t-il derri?re le glissement s?mantique not? plus haut?? Premi?rement, il semble qu?apparait une id?e, que l?on trouve d?ailleurs aussi en ?conomie, qui voudrait implicitement que le climat soit en ?quilibre?: pas de hausse, pas de baisse, le changement est ??mauvais??. Et exactement comme en ?conomie cette obsession de l??quilibre a presque totalement effac? l?id?e qu?il pouvait y avoir au contraire une ?volution, naturelle ici, des ph?nom?nes. Le climat de la terre n?a jamais ?t? en ?quilibre?: il est en constante ?volution, avec des p?riodes chaudes (l?optimum m?di?val par exemple) et froides (le petit ?ge glaciaire).

C?est bien pour cela que l?on a trouv? des restes de vie romaine l? o? les glaciers alpins se retirent aujourd?hui ou, encore, que l?entr?e de la Grotte pr?historique Cosquer dans les calanques de Marseille est ? 37 m?tres en dessous du niveau de la mer. Il y a 20 000 ans, la mer ?tait 100 m?tres plus bas… Si le climat de la terre est en constante ?volution et non pas en ?quilibre, nos petits mains d?humains, et m?me nos grosses usines, ne pourront pas faire grand chose pour en inverser les tendances.

Deuxi?mement, cette obsession de l??quilibre choisit implicitement ici aussi comme standard, en gros, le climat d?il y a un si?cle et demi, bien plus froid. A-t-on une garantie que mondialement ce climat ?tait ??optimal?? en comparaison avec aujourd?hui?? Il y avait comme aujourd?hui temp?tes, tornades, inondations, incendies, d?sertification ici, mont?e des eaux l?. Mais moins de cam?ras pour les filmer c?est certain… Pourquoi donc aujourd?hui ??s?lectionner?? ce type de climat alors que dans les ann?es soixante dix, encore une fois, on se plaignait du refroidissement global??

Sans doute parce que nous ?tions alors avant l?av?nement du capitalisme. Car les nombreuses allusions et commentaires ? l?encontre l??conomie de march?, le productivisme et le profit lors des d?bats fleuraient bon les lendemains qui chantent. Pour beaucoup, du vert au rouge il n?y a qu?un pas. Il est alors difficile de ne pas penser que les positions id?ologiques sont all?es jusqu?? entacher le politiquement correct scientifique. Voil? qui laisse ainsi l?impression ?trange que le ??changement climatique?? ne serait peut-?tre que l?instrument s?mantique d?un ??stratag?me immunisateur???: s?il fait trop froid, c?est ? cause de l??conomie de march??; s?il fait trop chaud, c?est ? cause de l??conomie de march?. Et quand le r?chauffement se fait attendre sur plus d?une d?cennie??

Inversion de priorit?s

Non, bien s?r, qu?il faille nier stupidement les probl?mes environnementaux, ou minimiser le probl?me de la raret? des ressources. Notre mode de vie occidental induit davantage d?externalit?s n?gatives, comme les d?chets, et repose effectivement sur l?accaparement des ressources naturelles. Mais les poubelles nucl?aires, du site de Hanford ? la vall?e de Ferghana en Asie Centrale, voil? bien des probl?mes r?els et urgents ? traiter?: bien avant un possible r?chauffement climatique d?origine humaine qui n?aurait pas grand? chose ? dire devant la puissance de l??volution climatique naturelle.

On le voit, le principe de pr?caution, cher pourtant aux ?cologistes, est en somme totalement invers? dans ses priorit?s ici?: le catastrophisme climatique, tr?s incertain et fond? sur une vision erron?e de l??quilibre, a retir? des ressources financi?res fondamentales au traitement de probl?mes environnementaux 100% certains et extr?mement urgents comme les poubelles nucl?aires. Cette inversion des priorit?s est difficilement compr?hensible.

Quelques oublis…

Outre que sa th?orie de la d?croissance ?tait test?e quotidiennement par une bonne partie de l?Afrique et que cela n?avait rien de tr?s ??joyeux??, il fallait alors aussi expliquer ? M.?Cochet, durant la s?ance de questions, que les divers plans de protectionnisme ??vert?? propos?s autour de Copenhague allaient emp?cher, avec certitude ici aussi, le d?veloppement de la moiti? de l?humanit? en fermant l?acc?s des march?s du Nord et en mettant en place un syst?me de compensation sur le mod?le de m?canismes d?aide affreusement corrompus qui ?touffent le d?veloppement depuis cinquante ans.

Puis il fallait aussi rappeler que vouloir imposer le r?chauffement climatique comme v?rit? scientifique alors que le d?bat critique scientifique dans une science aussi jeune et au sujet aussi complexe n?est pas du tout clos, comme cela a ?t? amplement constat? en 2009, revient ? avoir une attitude anti-scientifique. Vouloir faire taire le doute scientifique, c?est la mort de la science, et l?av?nement de l?id?ologie. Enfin, comment ne pas mentionner qu?en choisissant la strat?gie du catastrophisme climatique fond?e sur ??l?ennemi CO2??, on avait implicitement fait la promotion du nucl?aire, ce qui n?est pas le moindre paradoxe pour la pens?e ?cologiste.

Emmanuel Martin est analyste sur www.UnMondeLibre.org.

(Source?: Un Monde Libre via NewsOfTomorrow)

Image Flickr par Ahmad Alnejadah

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    @Emmanuel Martin
    Bravo pour votre lecture très pertinente de plusieurs enjeux de la question climatique. Cet impératif « d’équilibre » que vous faites ressortir en référence à une période « idéale » de la fin du 19e siècle est très intéressant. En fait, la véritable période « idéale » pour les « climatiques » est le pré-industriel, entre 1750 et 1800. Mais évidemment, parce qu’à ce moment-là on amorcait tout juste la sortie de la petite ère glaciaire à un moment qui précède de plusieurs décennies l’explosion industrielle, c’est une période dont les « climatiques » préfèrent ne pas trop parler. Ca remettrait trop en question leur équation CO2 = réchauffement.

    Vous soulevez à très juste titre les drôles de priorité des « climatiques »:
    « On le voit, le principe de précaution, cher pourtant aux écologistes, est en somme totalement inversé dans ses priorités ici : le catastrophisme climatique, très incertain et fondé sur une vision erronée de l’équilibre, a retiré des ressources financières fondamentales au traitement de problèmes environnementaux 100% certains et extrêmement urgents comme les poubelles nucléaires. Cette inversion des priorités est difficilement compréhensible. »

    Un bon article, clair et bien écrit.