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Chronique: Sous les charmes de l?esclavage consenti

 

Toutes les grandes r?volutions se sont faites contre le pouvoir absolu, arbitraire et tyrannique. Toutes se sont faites au nom de la dignit? de l?homme, que des puissances despotiques bafouaient.

Tous les grands documents d?clarant les droits de l?homme sont le fruit d?une prise de conscience progressive de la dignit? inali?nable de tous les hommes et tous, cependant, sont n?s au prix de beaucoup de souffrances et de beaucoup de larmes.

Ainsi, l?histoire moderne a connu le despotisme ?clair?. Le despote pr?tendait avoir le privil?ge de jouir des lumi?res de la Raison, inaccessibles au commun des mortels. Sa volont? ?tait la source de la loi. Son pouvoir ?tait absolu : il n?avait point de compte ? rendre au peuple.

H?riti?res mis?rables de ces despotismes sont certaines dictatures d?risoires qui fleurissent ? l??poque contemporaine. Elles r?gnent par la terreur simple, la corruption, la concentration de tous les pouvoirs, le cynisme et la brutalit?. Despotisme pr?caire que celui-ci, puisqu?il peut ? tout moment ?tre renvers?.

Le despotisme survit aussi dans les r?gimes autoritaires. Dans ceux-ci, le ? despote ? ? concr?tement : un individu ou une minorit? ? a la hantise de sa s?curit? face ? un ennemi d?sign?. Quelques havres de libert? subsistent parfois dans la vie ?conomique, plus rarement dans la vie intellectuelle et culturelle, mais il est interdit d?exprimer une quelconque opposition politique. Le r?gime autoritaire favorise l?hypocrisie : dans votre for int?rieur, vous pouvez penser ce que vous voulez ; il suffit de ne pas ?tre opposant, d?avoir l??chine souple. Bref, ce qui est requis c?est la soumission ext?rieure.

Dictatoriaux ou autoritaires, ces r?gimes despotiques ne s?embarrassent gu?re de constructions id?ologiques compliqu?es pour se justifier. Pourvu qu?ils aient la force, qu?ils ne regardent pas aux moyens, qu?ils n?h?sitent pas ? recourir ? la violence, qu?ils aient une police efficace, ils n?ont gu?re besoin de se fabriquer des l?gitimations. Toute coquetterie id?ologique est ici pratiquement superflue.

Au XXe si?cle, le totalitarisme a pouss? le despotisme classique ? dictatorial ou autoritaire ? ? son point d?incandescence. Ce qui n??tait que despotisme minable ou artisanal, et donc souvent ?ph?m?re, c?de la place ? un despotisme d?un professionnalisme haut de gamme.

Les trois premiers totalitarismes du XXe si?cle ? communisme, fascisme, nazisme ? ont d?s ? pr?sent pris place au panth?on des classiques de la perversit?. Bien s?r, on recueille les recettes du pass? : abus de pouvoir en tout genre, violence, goulags, terreur, r?pression, suspicion, corruption, etc. Quelque chose de plus est cependant ajout?. Non un simple ingr?dient suppl?mentaire, mais quelque chose d?essentiel.

Le totalitarisme r?sulte du funeste concours, de la convergence entre la tendance quasi g?n?rale ? accepter volontairement la servitude et l?offre de produits id?ologiques du meilleur effet ??domesticateur??. La dictature, l?autoritarisme : on les supporte, on s?y oppose ; le cas ?ch?ant, on s?insurge contre eux. Le totalitarisme, lui, anesth?sie le moi, subjugue les corps, colonise les esprits et fait scintiller les charmes de l?esclavage consenti. L?id?ologie est la drogue qui tue la capacit? de discerner le vrai du faux, le bien du mal, et qui inocule un substitut de v?rit?, habituellement sous forme d?utopie.

Ch?rif Abdeda?m

 

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