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Chronique : « globaméricanisation » (2ème partie)

Des-limites-a-l-uniformisation-culturelle

On occulte ainsi à la fois la résistance européenne, le rôle majeur de l’Union soviétique dans la libération du continent, les dizaines de millions de non-Juifs assassinés par les nazis, la sinistre collusion des dirigeants sionistes avec le fascisme et les racines pro-hitlériennes du clan Bush. « Auschwitz est devenu le mot-clé de l’hégémonie idéologique des USA en Europe », résume la journaliste américaine Diana Johnstone. Puisque les Européens ont « prouvé » qu’on ne peut pas leur faire confiance, il est « évident » qu’il faut les avoir à l’œil. Quand ils tirent un peu trop sur leur laisse, on les rappelle à l’ordre en criant : « Antisémitisme ! » Cela fonctionne toujours…

Mais le monde est vaste et, outre le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, d’autres puissances régionales existent déjà çà et là, qui revendiquent elles aussi leurs zones d’influence. Par exemple la Turquie, dans le Caucase et en Asie centrale; bientôt le Japon, en Extrême-Orient et en Asie du Sud-Est; et dans une moindre mesure, l’Inde et le Nigéria. Ces puissances de troisième rang ne mettent pas en cause l’essentiel des structures existantes. Les éventuelles modifications qu’elles souhaitent sont accessoires. L’Australie, inféodée à la fois au Royaume-Uni et aux USA, est chargée pour sa part de faire la police dans son secteur : interventions à Timor, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, aux Iles Salomon, à Nauru, à Tonga…

Dans l’organigramme du pouvoir mondial, enfin, un Etat joue un rôle assez particulier : c’est Israël, à sa création « chien de garde spécialement affecté aux pays arabes », pour reprendre une expression utilisée par le journal israélien Ha’aretz. En fait, les relations israélo-américaines sont devenues si ambiguës, surtout depuis l’apparition du tandem Bush-Sharon sur le devant de la scène, qu’on peut se demander qui est le chien de l’autre. La puissance et l’emprise du lobby sioniste aux USA est telle que c’est pratiquement Israël qui impose ses volontés aux Etats-Unis et non plus l’inverse. Les guerres américaines au Moyen-Orient, depuis 2001, sont des guerres israéliennes menées par procuration, créant ainsi une situation absolument unique, sans précédent dans l’histoire.

Le monde de l’après-guerre froide se précise donc peu à peu dans ses contours futurs. Au niveau politique comme au niveau économique, les Etats-nations tendent à perdre de leur importance au profit des empires, eux-mêmes plus ou moins confédérés en un Empire unique. Les éléments à contrôler sont donc, d’une part les pièces de résistance russe et chinoise, et d’autre part la mouvance islamiste qui n’est, elle, liée à aucun Etat en particulier.

Les « voyous » secondaires ne constituent pas un obstacle réel pour le système dans son ensemble. Ils maintiennent la machine en mouvement et permettent de monter de temps à autre un spectacle médiatique qui relève plus de l’entraînement que de la compétition. Si Washington voulait se « débarrasser » de Cuba, il lui suffirait de lever l’embargo, et le déferlement des investisseurs ferait le reste – avec ou sans Fidel Castro – comme au Viêt-Nam. D’autres pays comme la Libye, l’Irak, la Syrie ou même l’Iran ne demandaient pas mieux, en 2002, que de redevenir les partenaires, sinon les alliés de l’Amérique. Mais ce genre d’ennemis est nécessaire pour maintenir la pression à un certain niveau. S’ils n’existaient pas, il faudrait les inventer.

Cela nous amène également à nous demander ce que le monde est en train de perdre, ou plutôt ce que le monde a déjà perdu. En fait, la grande perte est avant tout la sécurité qu’il a connue entre 1945 et 1990, à l’époque de la prétendue guerre froide. Il s’agissait en fait d’une paix froide, on l’oublie trop souvent – même si pas un jour ne s’est écoulé sur la planète sans qu’un conflit armé local n’ait apporté son lot de désolation et de victimes. Mais l’équilibre des forces a empêché au cours de ces quarante-cinq années que telle ou telle guerre locale ne se transforme en conflagration généralisée, ce qui n’est plus le cas actuellement, avec notamment ces prétendues « révolutions » et « printemps ».

En Europe, la paix a régné durant deux générations. Et non seulement la paix mais aussi le bien-être social sous une forme qui n’existe plus nulle part. Cela vaut aussi bien pour l’ouest que pour l’est du continent. Bien qu’on nous raconte sans arrêt le contraire depuis vingt ans, pour l’écrasante majorité des Européens, la situation s’est dégradée depuis 1990 – y compris et surtout dans la partie orientale. Et ce n’est qu’un début…
Plus aucun garde-fou ne retient ceux qui sont en passe de devenir les maîtres exclusifs du monde. Plus personne n’est en mesure de les freiner, de s’opposer à leur avance. Tout leur est permis, dans tous les domaines: économique, social, culturel, scientifique, politique, militaire… S’ils veulent essayer quelque chose de nouveau, ils l’essaient tout simplement. Et le monde entier, effrayé ou résigné, rarement consentant, laisse faire ou réagit de temps à autre par un acte de désespoir.

Car le monde a perdu autre chose en amorçant cette fatale marche arrière historique. Il va vu s’évanouir l’espoir d’imposer quelque progrès que ce soit par l’action politique légale. Les règles dictées par la mondialisation ne laissent plus la moindre marge de manœuvre à quiconque, aussi intègre, aussi motivé soit-il. Chaque jour un peu plus, la « démocratie » démontre par l’absurde son impuissance et son inutilité dans le cadre d’un tel système.

Dans son film Le Fantôme de la liberté, Luis Bunuel montre une scène tirée d’un tableau de Goya, où l’on voit des soldats de Napoléon fusiller des insurgés espagnols. Nous sommes en 1808. L’empereur, continuateur théorique de la Révolution française est venu avec ses troupes imposer la « liberté » à l’Espagne. La liberté est en soi une bonne chose, mais de toute évidence, les Espagnols perçoivent la situation différemment; ils se battent contre un envahisseur étranger. Et puisque celui-ci n’a que le mot « liberté » à la bouche, les insurgés y voient le symbole de tous leurs maux et meurent en criant: « A bas la liberté

! ». Deux siècles plus tard, le mot « démocratie » subit le même sort, définitivement perverti et discrédité par les napoléons de l’empire mondialisé.

« La prétendue démocratie occidentale est entrée dans une étape de transformation rétrograde qu’elle est incapable d’arrêter, et dont les conséquences prévisibles seront sa propre négation. Nul besoin que quiconque prenne la responsabilité de la liquider, elle-même se suicide tous les jours », écrivait José Saramago, (écrivain portugais, Prix Nobel de littérature 1998 ), dans un article paru dans le Monde Diplomatique en août 2004.)

Américanisation ou mondialisation ? Il s’agit là d’un simple euphémisme.

CHÉRIF ABDEDAÏM

Chronique : « globaméricanisation » (1ère partie)

 

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