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http://www.centpapiers.com/ Le journal citoyen du Québec pour la francophonie
14 janvier 2007 |
3 commentaire(s) |
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En 2027, il n’y a plus d’enfants. La personne la plus jeune du monde, née en 2009, vient tout juste de mourir, assenant un autre coup à l’espoir global de l’humanité qui voit la fin du monde s’approcher lentement à chaque enterrement. Comme si ce n’était pas assez pour déprimer tout le monde, la quasi-totalité de l’ordre mondial s’est effondrée, et il ne reste comme dernier bastion de la civilisation que l’Angleterre, devenue du même coup fasciste et isolationniste.
Nous apprenons tout cela dans les 20 premières minutes de Children of Men, d’Alfonso Cuarón (Y Tu Mama Tambien, Harry Potter and the Prisoner of Azkaban), une dystopie bien juteuse qui marie les peurs contemporaines (montée du terrorisme, supervision accrue de l’État, épidémies de grippe) et celle, éternelle, de la fin de l’espèce humaine.
Si c’est sur le monde que Cuarón a créé que je m’attarde en premier, c’est que l’intérêt principal du film, au point de vue du contenu, réside dans celui-ci. En effet, bien que notre personnage principal, Theo (Clive Owen), ait un rôle significatif à jouer dans le futur de cet univers (je n’entrerai pas trop dans les détails pour ne rien gâcher), son parcours relève beaucoup plus du domaine léger du film d’action que de celui, plus intellectuel, du film d’auteur. À la manière de Steven Spielberg dans Minority Report, Cuarón met le focus sur l’histoire rocambolesque de son personnage principal au milieu de cet enfer futuriste, avec les petits instants de « comic relief » et les personnages bizarres et attachants propres aux oeuvres du grand réalisateur américain. Et comme Spielberg, Cuarón nous présente cette histoire d’une manière impeccable, notamment à l’aide de plans séquences d’une virtuosité technique époustouflante. Deux de ceux-ci sont particulièrement impressionnants et demeureront probablement dans les annales du cinéma comme étant des grands exploits de direction photo. Tout, au niveau de la présentation, est sans faute : les effets spéciaux, subtilement utilisés, sont parfaits, les acteurs font un travail respectable (Michael Caine en hippie du futur qui écoute du Radiohead attire particulièrement l’attention), et le film effectue donc son travail de divertissement à merveille.
Cependant, il reste que toutes ces aventures n’apportent que très peu d’informations sur ce futur à prime abord si intéressant et rempli de possibilités. C’est là que la principale faute du film se situe : contrairement au futur net et concis de Minority Report, Brazil, Blade Runner et autres dystopies exemplaires, celui de Children of Men est plutôt flou, mal défini. Les causes des évènements qui ont fait de cette Angleterre futuriste ce qu’elle est sont rapidement survolées, consistant principalement de courtes allusions au monde actuel qui semblent un peu trop faciles. Il en est de même pour les causes des évènements qui s’enchaînent dans la trame du récit : la progression de Theo dans l’intrigue semble, après réflexion, être plus ou moins vraisemblable si l’on prend en compte les intérêts des antagonistes.
Cuarón soulève aussi beaucoup plus de questionnements (le paradoxe entre l’obsession de la survivance et celle de la destruction, l’anxiété amenée par la perte de la possibilité d’enfanter, et bien d’autres) qu’il ne finira par en approfondir avant la fin du film. Tout comme l’abondance de références intertextuelles (la Bible, Pink Floyd, Picasso, etc.) qui ne mènent à rien de bien profond, la multitude de propos et de personnages potentiellement intéressants qui ne sont pas exploités à leur juste valeur laisse un arrière-goût décevant à un film qui aurait pû être une oeuvre importante plutôt qu’un simple divertissement de qualité.
Il est donc triste que Cuarón ait choisi d’exploiter l’univers profond qu’il a créé pour raconter ce qui en fin de compte n’est qu’une gigantesque fuite vers l’avant. Il reste que le film comporte plusieurs moments mémorables, qu’il engendre d’excellentes discussions à la sortie du cinéma et que, pendant qu’on y est assis, Cuarón capture toute notre attention. Dommage qu’il n’en ait pas profité pour en dire un peu plus.
Bonjour,
Intéressante analyse, mais je viens de voir ce film et je ne partage pas tout à fait votre point de vue dessus. Aussi je me suis permis allègrement de le commenter comme m’y invite la petite case où je tapote…
Je trouve au contraire que la scénarisation tournant autour des événements mondiaux (guerres, montée des terrorismes, fanatismes, fascisme.s..) est assez habile…Plutôt que de décrire en détail une situation et les causes qui y ont mené, ce qui aboutirait à l’édification d’un point de vue totalement personnel de Cuaron sur la situation actuelle, il laisse planer les interpréations et l’imagination du spectateur (voir individu).
Quoi de plus difficile que de porter un regard sur le futur sans trop l’entacher de présent. Le présent est porteur de contradictions qui auraient clouées le film au ras des interprétations vaseuses et bancales. Livrer la réalité de ce futur juste avec trois ficelles, c’est mettre le spectateur au coeur d’un monde qui à l’instar du notre est confus, désolant et désespérant.
Ce sont plus les personnages qui nous le livrent. Nous y retrouvons toutes les figures emblématiques (c’est là peut-être que l’on peut critiquer la grosseur des traits) : l’édoniste qui se voile les yeux (le collectioneur d’art), l’hermite (micheal caine) retranché, critique, mais cynique, le fanatique aveuglé par un combat absurde….
(Attention, point de vue totalement personnel) une métaphore sur notre monde actuelle qui de par sa complexité et ses tensions nous amène à une lutte paradoxale entre une acceptation de la réalité et une forme d’action sur celle-ci : lutte ou désespoir, cynisme ou objectivation et action sur le monde.
L’auteur aurait peut-être perdu dans la force de son message à vouloir expliquer pourquoi tel ou tel pays a sombré pourquoi la grande bretagne a adopté un totalitarisme. Ces éléments trouvent tous écho dans la réalité et là dessus chacun a son propre point de vue.
C’est en cela, par les questionnements qu’il soulève en nous que l’auteur est assez fortiche.
Bon, j’espère que l’exposé a été clair, il n’était là que pour fournir un autre point de vue et non en asséner un. Je n’ai rien contre vous M. Harvez, du tout du tout, c’était juste une petite conribution…
Bon, site, bon esprit !
François
12:52, le Dimanche 8 avril 2007Je vous accorde que le film manque peut-être de profondeur en ne s’atardant pas plus sur le contexte, mais par ce fait il nous place plus facilement dans la peau de l’homme lambda qui na qu’une connaissance partielle et partiale du monde qui l’entoure (je ne veux point par là même offenser les personnes lambda que je considère comme mes amis). Je ne suis pas sûr d’avoir tout compris à votre dernière phrase…Mais je risque une interprétation, à vous de me corriger si vous n’êtes pas d’accord. Voulez-vous dire que nous sommes tellement préoccupé par l’esthétique et les débats internes aux chapelles artistiques, reflets de notre égo surdimensionné, que nous en oublions les débats de fond sur l’environnement, la dérive totalitaire, et l’éveil d’une conscience qui se fait attendre, malgré des soubressauts planétaires ci et là ? Je dois avoir beauccoup d’imagination.
Bonjour chez vous…
12:21, le Samedi 14 avril 2007J’adore votre interprétation des mes propos, mais je n’allais pas aussi loin. Je disais tout simplement que le film a provoqué plus de discussions sur l’absence ou la présence de propos que sur ce propos lui-même. Peut-être est-ce parce que ce propos, beaucoup trop dilué quand à moi, est indéniable et quasi-trivial ?
Oui, les tensions raciales et religieuses se font sentir partout dans le monde, oui, les gouvernements y répondent par des décisions qui s’approchent du totalitarisme, mais ne faire que l’énoncer dans un film-poursuite ne suffit pas pour enclencher un débat. Certains diront qu’aucun film ne suffirait pour le faire, mais je crois qu’un film avec un tel intérêt pour le futur et pour les tensions présentes qui y mèneront se doit d’aborder le sujet avec sérieux. En effet, ne l’aborder que si subtilement est en mon sens une légère hypocrisie, un attrait politique « hip » inséré dans un film pour attirer des intellos qui jamais n’auraient daigné poser l’oeil sur un film d’action, une prétention qui tente de donner du sérieux à une démarche plutôt légère.
D’ailleurs, n’en est-il pas ainsi des références lancées ici et là vers Radiohead (je les adore, mais y’a-t-il un groupe plus « hip » et intello ?), Pink Floyd et King Crimson, etc. ? Tout ça me laissait à la fois un certain plaisir et une certaine impression de remplissage, on cherchait trop à me plaire facilement sans vraiment me faire réfléchir.
Par contre je dois accorder au film que le sujet de la succession et de son importance dans la santé mentale globale m’a longtemps fait réfléchir, malgré le fait qu’il soit abordé relativement rapidement dans le film. Probable que l’approche utilisée dans ce cas a été plus efficace que je ne l’avais avoué au premier abord !
Guillaume
12:48, le Samedi 14 avril 2007Vous devez être connecté pour publier un commentaire.
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