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Chercher… à en devenir fou

 

  Je passe le plus clair de mon temps à chercher : mes clefs, un livre, un crayon, un objet égaré, qu’importe d’ailleurs ce que je cherche, c’est devenu une inquiétude quotidienne, un égarement de l’esprit qui frise la folie. Je broie du noir, je m’énerve, je m’agace, je m’exaspère avant de tout envoyer promener pour finir par rester bredouille dans ma vaine quête.

Ne vous réjouissez pas trop vite, ce ne sont pas encore les stigmates d’une maladie redoutée de tous, du moins j’ose encore l’espérer. C’est le fruit d’un désordre qui a cessé d’être organisé, c’est la juste récompense de la procrastination qui me pousse à toujours repousser le rangement pourtant indispensable de mon bureau et de mes tiroirs. L’ordre m’effraie, le désordre me rassure avant que de me transformer en éléphant dans un magasin de porcelaine.

J’empile, j’accumule, je déplace les piles, je les repousse, les évacue de ma vue et aggrave un peu plus encore le risque de m’y perdre. J’use d’une irrationalité totale dans ma manière de trier, d’empiler, de désordonner ce qu’il faut conserver tout comme ce qui ne servira jamais à rien, intimement mêlés dans ce foutoir joyeux. Les papiers volent au vent de ma colère soudaine, les documents se dispersent sous mes coups de boutoir, les objets demandent l’asile dans des tiroirs où ils n’ont rien à y faire. L’anarchie est la règle, l’aléatoire la stratégie employée, la ventilation façon puzzle le résultat le plus certain de ma désespérante recherche.

Puis vient toujours le moment fatal, le besoin de quelque chose qui pourtant devait être là et qui se refuse à cette évidence. Phrase rituelle par laquelle débute une recherche qui tient d’avantage de la perquisition policière que de la démarche scientifique. Je fais une première inspection, rapide, impulsive, désorganisée. Puis c’est le début de la ronde infernale, un tourniquet de mouvements anarchistes, de moulinets de bras accompagnés de jurons et d’injures, de tempête domestique dans un tourbillon de moulinets. Tout y passe, tout est déplacé une fois encore avec naturellement le risque de perdre autre chose la fois suivante.

Pourtant, il est évident que le miracle n’aura pas lieu, il ne survient d’ailleurs jamais. Au final, après bien des désagréments, je finis toujours par renoncer, baissant les bras et sentant venir la migraine. C’est bien la seule chose que je finis par trouver avec ce sentiment insupportable d’être un parfait imbécile. Puis il apparaît que je peux me passer de ce qui me semblait indispensable, il y a quelques minutes. Un haussement d’épaules efface l’agacement du moment précédent.

L’esprit demeure en éveil. Lui a la certitude qu’il y a anguille sous roche et qu’elle finira par remonter à la surface quand la fureur sera passée. Ce sera une découverte fortuite, une démarche inhabituelle qui permettra de voir surgir ce qui résistait obstinément. Une heure, un jour, une semaine, un mois, une année plus tard, l’introuvable surgit de nulle part !

Parfois, il a été remplacé car son besoin d’impérieux était passé à indispensable, incontournable et l’achat s’imposait dans l’urgence d’une colère fiévreuse. Je sors de cette folie, j’ai posé mes fesses sur le fauteuil afin de me prendre pour un Attila de bureau. Il ne sert à rien de jouer la politique de la terre brûlée dans ce capharnaüm honteux.

Un autre objet repoussera le précédent au rang de pensée volage. L’agitation reprendra avec toujours aussi peu d’efficacité. Je suis condamné à ne rien trouver. Il me faut accepter de rentrer dans les rangs à défaut de ranger ce qui se plaît dans des monticules branlants. Celui qui dispose de beaucoup de placards repousse aux calendes grecques l’idée même de la rationalisation.

Ne me cherchez pas noise à ce propos, vous êtes certain de me trouver ! C’est bien là, la seule certitude dans cet abominable contexte. Je deviens fou de rage et il me ferait grand bien de passer ma colère sur le dos d’un innocent. Ainsi va la nature humaine. Mais au fait ? Qu’est ce que je cherchais donc il y a si peu de temps ? Je n’en ai plus aucun souvenir. Vous voyez ? Je vais bien !

Recherchement vôtre.

 

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