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C’est l’innovation qui sauvera la Suisse !

Grächen

L’Europe et la Suisse sont en pleine déflation, la demande agrégée y est – au mieux – anémique et seule l’émergence d’une, voire de multiples bulles spéculatives, est susceptible de relancer l’économie. En fait, les prix déclinent car les consommateurs – qui n’ont plus les moyens de maintenir leur pouvoir d’achat- refusent de céder aux sirènes du crédit leur promettant des lendemains qui chantent, ou tout bêtement le maintien de leur niveau de vie d’antan. Dans ce contexte tourmenté et buriné par les incertitudes, la Banque Nationale Suisse se comporte à l’image de ses citoyens, à savoir qu’elle a opté pour ne plus vivre au-dessus de ses moyens. Elle a donc unilatéralement interrompu sa planche à imprimer des francs suisses qui lui permettait d’acheter sans compter des euros, et qui constituait pour elle une manière indirecte et déguisée de gonfler ses emprunts.

Il est certes possible aujourd’hui d’accuser la Chine d’avoir notoirement contribué à créer cet hydre déflationniste en maintenant le cours de sa monnaie artificiellement bas de longues années durant. La déflation ayant effectivement cette caractéristique de se transmettre aisément à travers la courroie de transmission du marché des changes, car les nations en difficultés affaiblissent traditionnellement leur devise afin de relancer leurs exportations. Si ce n’est que, menée à grande envergure et par des pays aux économies importantes, cette guerre des monnaies est le plus sûr moyen d’induire une déflation globalisée. L’Allemagne aussi pourrait être stigmatisée: elle qui, du haut de ses réformes Hartz, a substantiellement contribué à propulser ses exportations en gagnant de la compétitivité sur le dos de ses salariés et aux dépens de toute l’Union européenne.

Toujours est-il que, dans cette guerre des titans, la petite Suisse a dû – faute de moyens – abandonner sa propre politique de manipulations monétaires et il convient aujourd’hui de dresser un bilan sans appel: la BNS a échoué à défendre l’industrie et les exportations suisses. Pour autant, que celles et ceux qui crient à la trahison comprennent que cette promesse et que cet engagement de la part de la BNS de peser sur la valorisation du franc étaient dès le départ impossibles à tenir car la déflation – à plus forte quand elle s’avère mondiale comme elle l’est – représente une force d’une puissance inouïe. Les dés étaient donc pipés dès le départ et l’économie helvétique condamnée à la récession: ce n’était en effet qu’une simple question de temps.

Dans ces conditions, la seule planche de salut consiste en l’innovation et, à cet égard, l’exemple du petit village de Grächen dans le Valais démontre que les suisses disposent encore de ce ressort indispensable pour lutter contre les éléments déchaînés. Ce village – qui ne vit que par le tourisme – n’a-t-il pas décrété que le taux de change qu’il appliquait vis-à-vis de l’euro serait maintenu à 1.35 ? Instauré dès 2011 et en vigueur dans les hôtels, dans les commerces, dans les restaurants et sur les remontées mécaniques à condition de payer en espèces, ce régime a permis à Grächen de surmonter l’inévitable crise induite par la flambée du franc suisse, et il ainsi a pu maintenir toutes ses réservations intactes au fil des années et, ce, en dépit des tourmentes. Face à l’adversité, les citoyens de Grächen se sont donc littéralement mués en banque centrale!

Face au mal absolu de la déflation et prise en tenaille dans une guerre qui lui échappe, la Suisse doit donc d’urgence faire appel à l’inventivité et au dynamisme légendaires de ses citoyens.

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