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Ces villages de Lorraine ? morts pour la France ?

Une semaine apr?s les comm?morations de l?Armistice du 11 novembre 1918, zoom sur une ?mouvante singularit? du tissu administratif fran?ais. Le 1er janvier 2009, on recensait 36686 communes en France. Six d?entre elles, toutes situ?es dans le d?partement de la Meuse, comptaient? z?ro habitant. Retour au c?ur de la ??Zone rouge??.

Peu nombreux sont les Fran?ais qui savent ce que d?signe cette appellation de ??Zone rouge??. Pour en savoir plus, il convient de revenir 90 ans en arri?re. Sit?t l?Armistice de 1918 sign?, un Minist?re des r?gions lib?r?es est cr?? en vue de jeter les bases de la reconstruction des zones de guerre d?vast?es ou d?grad?es par les combats de la Grande Guerre. Sont concern?s 12 d?partements, pr?s de 4000 communes et? 3,3 millions d?hectares?! D?s 1919, une cartographie pr?cise permet de distinguer trois zones?:

? La Zone bleue, caract?ris?e par des d?g?ts limit?s et la pr?sence d?installations, de mat?riels ou de munitions militaires.

? La Zone jaune, plus largement d?grad?e, o? demeurent de nombreux obus non ?clat?s?; la majorit? de ses voies de communication sont toutefois rest?es praticables.

? La Zone rouge, constitu?e par les lignes de front et tr?s largement d?vast?e, quand elle n?est pas compl?tement ras?e de toute construction et de toute v?g?tation?; la plupart des infrastructures de cette zone sont d?truites, soit en partie, soit en totalit?.

Les destructions subies dans la Zone rouge sont souvent compar?es ? celles qu?auraient pu faire plusieurs bombes atomiques. Et de fait, dans les secteurs les plus touch?s, il ne subsiste plus, au lendemain de la guerre, que des sols lunaires parsem?s de milliers de trous d?obus et d?pourvus de toute v?g?tation. 9 villages de la r?gion de Verdun ont eu la malchance de se trouver au c?ur de cette hallucinante apocalypse. Tous ont ?t? d?truits par un d?luge de fer et de feu. Ces villages martyrs se nommaient BEAUMONT-EN-VERDUNOIS, BEZONVAUX, CUMI?RES-LE-MORT-HOMME, DOUAUMONT, FLEURY-DEVANT-DOUAUMONT, HAUMONT-PR?S-SAMOGNEUX, LOUVEMONT-C?TE-DU-POIVRE, ORNES et VAUX-DEVANT-DAMLOUP. 9 villages ??Morts pour la France ? et titulaires de la Croix de Guerre 14-18 avec palme (citation ? l?Ordre de l?Arm?e).

26 millions d?obus?!

Aucune de ces communes rurales n?atteignait le millier d’habitants ? l?aube de la guerre. ORNES, la plus peupl?e, en comptait 718, et HAUMONT, la moins peupl?e, 131, FLEURY se situant dans la moyenne avec 422 habitants. La population de ces communes ?tait principalement compos?e d?agriculteurs, de b?cherons et d’artisans. Personne, parmi ces gens paisibles, ne pouvait imaginer, en fanant son pr?, en d?bitant un fr?ne ou en ferrant un cheval, que le tocsin dont le chant lugubre se r?pandit de clocher en clocher le samedi 1er ao?t 1914 dans la campagne lorraine allait plonger, quelques mois plus tard, ces villages dans le plus effroyable enfer qu?une guerre ait jamais engendr??: la bataille de Verdun.

Lundi 21 f?vrier 1916. ? 7 heures du matin, l?artillerie allemande entreprend un hallucinant pilonnage des positions fran?aises. En deux jours, 2 millions d?obus s?abattent sur ce qui va devenir un champ de bataille universellement connu, symbole de la folie des hommes. Lorsque la bataille de Verdun s?ach?ve, le 19 d?cembre, 26 millions d?obus ? 6 par m??!?? ont d?truit, br?l?, ravag? un terroir nagu?re verdoyant et d?sormais r?duit sur des milliers d?hectares ? un bourbier apocalyptique nourri du sang de 306?000 morts ou disparus fran?ais et allemands, sans compter les centaines de milliers de bless?s et de mutil?s ?vacu?s vers l?arri?re. Les villages situ?s au c?ur de la zone des combats sont r?duits ? des amas de gravats, les bois ont disparu, le sol n?est plus qu?une ?pouvantable ?tendue de terre retourn?e, parsem?e de milliers de trous d?obus o? toute trace de vie semble s??tre ?vanouie.

Interdit d?acc?s en raison des risques li?s aux munitions non explos?es et ? la pollution des sols, le territoire des 9 communes est int?gralement class? en Zone rouge. ? l?exception de VAUX, reb?ti ult?rieurement ? quelques centaines de m?tres du village d?truit, aucun des autres villages ne sera reconstruit. Seuls seront r?habilit?s ou ?rig?s quelques rares b?timents ? ORNES et DOUAUMONT, le principal ?tant constitu? sur cette commune par l?Ossuaire abritant les restes de 130?000 soldats inconnus fran?ais et allemands. Durant l?entre-deux guerres, une chapelle-abri et un monument aux morts seront construits dans chacun des 9 villages martyrs.

En novembre 1919 sont organis?es les premi?res ?lections municipales de l?apr?s-guerre. En hommage aux villages d?truits, l??tat fran?ais d?cide de leur maintenir un statut de commune au lieu de rattacher leur territoire, transform? en sanctuaire, ? des communes environnantes moins touch?es comme cela s?est fait en d?autres lieux. Faute d?habitants, les communes martyres seront d?sormais administr?es chacune par une Commission municipale de trois membres d?sign?e par le pr?fet de la Meuse.

Monsieur le Pr?sident

90 ans plus tard, ces dispositions sont toujours en vigueur dans sept des neuf communes. Seuls VAUX (67 habitants lors du dernier recensement) et DOUAUMONT (7 habitants?!) ?chappent ? cette r?gle administrative. Compte tenu de l??rosion de la population de cette derni?re commune (?voqu?e en juillet dernier au S?nat), son statut pourrait toutefois ?tre align? sur le statut particulier des sept autres communes mortes pour la France et d?pourvues de tout habitant, ? l?exception d?ORNES (8 habitants).

Bien qu?ayant gard? leur statut de commune, il n?y a pas de maire ? la t?te de ces entit?s administratives, mais un pr?sident de Commission municipale dont la d?signation, act?e par le pr?fet lors de chaque ?lection municipale, repose sur un fort lien avec les villages martyrs et une grande motivation dans la pr?servation des sites. Chacun des pr?sidents* re?oit, lors de sa nomination, une ?charpe tricolore comme tous les maires de France et l?obligation de tenir ? jour, ann?e apr?s ann?e, des registres d??tat-civil bloqu?s ?? z?ro dans 6 des 9 communes.

L?essentiel de l?activit? des pr?sidents n?est ?videmment pas l?, mais r?side dans l?obligation qui leur est faite d?entretenir, avec l?aide des associations, les chapelles-abri, les sanctuaires, les monuments aux morts, les cimeti?res, les plaques comm?moratives et les all?es desservant ces lieux de m?moire. Ils disposent pour cela d?un budget allou? par la pr?fecture. Pour optimiser leur action, les communes qu?ils administrent se sont constitu?es en SIVOM en 1988. Les 9 communes appartiennent toutes ? la communaut? de communes de Charny-sur-Meuse.

D?autres villages ont ?t? an?antis durant la Grande Guerre, mais contrairement ? leurs homologues du champ de bataille de Verdun, leurs territoires ont ?t? rattach?s ? des communes environnantes**. C?est notamment le cas de HURLUS, LE MESNIL-L?S-HURLUS, PERTHES-L?S-HURLUS, RIPONT et TAHURE, ces cinq ex-communes ayant d?finitivement perdu leur statut en 1950 lors de la cr?ation du camp militaire de Suippes sur les terres ravag?es du d?partement de la Marne. MORONVILLIERS et NAUROY ont subi le m?me sort dans la r?gion r?moise, de m?me que REMENAUVILLE et REGNI?VILLE en Meurthe-et-Moselle, FEY-EN-HAYE, reconstruite, ayant ?chapp? ? la fusion.

Le mot de la fin reviendra ? Louis Lavigne, ancien instituteur meusien. Tir? de son Histoire de Cumi?res, il tient dans ces trois phrases, qui r?sument si bien l??tat d?esprit?des survivants de cette effroyable parenth?se dans l?histoire de la Lorraine?: ??Notre village a perdu son corps, mais sa mort ne peut ?tre d?finitive. Son ?me, comme la n?tre, est immortelle. Cette ?me, c’est l’histoire du village, et ce sont tous nos souvenirs? ?

* L?a?n? de ces pr?sidents est M. Jean Laparra (87 ans), en charge de la commune de Bezonvaux. Bien qu?exer?ant de facto une fonction de maire et portant l??charpe, les pr?sidents n?ont pas le statut de grands ?lecteurs et ne sont par cons?quent pas admis ? voter lors des ?lections s?natoriales.

** Le nom de chaque commune dissoute a ?t? accol? ? celui de la commune de rattachement (ex?: WARGEMOULIN-HURLUS ou ROUVROY-RIPONT)

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4 Commentaire

  1. avatar

    Merci de rappeler les horribles charniers et destruction de la guerre de 14 , avec la terre brûlée accompagnant la retraite des troupes allemandes …

    A part cela le traité de Versailles était trop méchant pour ces petits chéris !

    Mais en 1870 quand Napoléon III a perdu la guerre ou plus exactement quand ses ganaches gradées ont trahi pour pouvoir mater au plus vite les insurrections populaires (Adolf Thiers,car nous avons eu aussi un Adolf !!! :-[ ) et que nous avons laissé outre les morts ,les campagnes dévastées , l’Alsace et la Lorraine et de juteuses indemnités de guerre au Kaiser, c’était pas trop dur pour le peuple français ?

    Et 14/18 c’est bien la suite logique de 1870 ?

    ET 1940 , c’est bien la suite logique de 1918 ? Ces Prussiens , cette caste militaire qui n’a jamais admis la défaite et qui a convaincu le peuple allemand et les anciens combattants, dont les corps francs,- les futurs SA-que la sociale démocratie leur avait donné « un coup de poignard dans le dos » en signant l’armistice du 11 novembre 1918 -qui mettait un arrêt à la guerre sur le front ouest mais pas est -et le traité de Versailles .

    Une fois de plus l’Allemagne a été laissée intacte malgré les agressions , les tueries et les destructions en France, en Belgique , en Hollande , etc…

    Cdt.

    Tk.

    • avatar

      Bonjour, Tankonalasanté.

      Vous avez sans doute raison concernant les enchaînements historiques qui ont conduit à la Grande guerre et le poids qu’en portent les forces allemandes.

      Cela dit, la responsabilité des généraux français dans le désastre humain n’est pas non plus négligeable, notamment si l’on se réfère à l’aveuglement de Nivelle, le « boucher » de Verdun, ou à celui de Mangin, deux « étoilés » qui commandèrent les pauvres bougres, le plus souvent des ouvriers et des paysans, jetés dans les tranchées de ce tragique champ de bataille.

      Mon grand-père, défenseur du fort de Vaux, en a fait l’expérience, maintes fois racontées, et si lui s’en est sorti, durablement atteint au plan psychologique, nombre de ses camarades y sont restés, ensevelis sous les déluges de terre, d’acier et de feu.

      Cordiales salutations.

  2. avatar

    Une guerre offensive est un crime. Tout le monde devrait se déclarer officiellement objecteur de conscience et, si vous devez tirer un coup de feu, que ce soit contre celui qui veut vous enrôler de force. Une guerre défensive, aujourd’hui, ne doit plus être une bataille rangée, mais une résistance illimitée sans frontières de chaque individu à l’envahisseur par le sabotage et l’assassinat ciblé. Ce fut la leçon incomprise du Vietnam, répétée en Irak, tous les jours reprise en Afghanistan.

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/12/166-extra-la-guerre-est-finie/

    Pierre JC Allard

  3. avatar

    Bonjour, Pierre.

    Très intéressant, ce texte mis en lien.

    Malgré les exemples irakiens et afghans, je suis toutefois moins optimiste quant à la mort annoncée de la guerre. Car ce qui a créé la difficulté des envahisseurs, en l’occurrence alliés mais principalement étasuniens, c’est d’une part l’impossibilité de jeter des forces plus importantes dans la bataille, eu égard au contexte géopolitique et aux difficultés économiques, et d’autre part la totale méconnaissance du terrain et de la psychologie des populations par les troupes attaquantes. D’où un climat de terrible angoisse, voire de panique parmi les troupes.

    A cet égard, gageons qu’une brusque détérioration des relations entre Etats au sein de l’Europe ou de l’Amérique du Sud conduisant, par un enchaînement de faits, à un conflit entre voisins, n’entraînerait pas pour l’attaquant des problèmes analogues à ceux qui ont été constatés en Irak, en Afghanistan ou naguère au Viet-Nam. Et cela pour cause de proximité de culture, de psychologie, d’habitat, de structure des réseaux vitaux : l’ennemi serait là beaucoup plus prévisible, et cela c’est une donnée essentielle dans la stratégie et même la tactique.

    Autre chose: le pays envahi pourrait effectivement recourir, comme dans les conflits actuels, au sabotage et aux attentats pour pourrir la vie des assaillants. Mais au risque de voir ressurgir la décimation d’otages. Un arme potentiellement terrible dans des sociétés occidentales de plus en plus individualistes.

    Je souhaite néanmoins de tout coeur que vous ayiez raison.

    Cordiales salutations.