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Ces villages de Lorraine ? morts pour la France ?

En ce jour de comm?moration de l?Armistice du 11 novembre 1918, zoom sur une ?mouvante singularit? du tissu administratif fran?ais. Le 1er janvier 2014, on recensait 36?681 communes en France. Six d?entre elles, toutes situ?es dans le d?partement de la Meuse, comptaient? z?ro habitant. Retour au c?ur de la ??Zone rouge??.

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Peu nombreux sont les Fran?ais qui savent ce que d?signe cette appellation de ??Zone rouge??. Pour en savoir plus, il convient de revenir 90 ans en arri?re. Sit?t l?Armistice de 1918 sign?, un Minist?re des r?gions lib?r?es est cr?? en vue de jeter les bases de la reconstruction des zones de guerre d?vast?es ou d?grad?es par les combats de la Grande Guerre. Sont concern?s 12 d?partements, pr?s de 4000 communes et? 3,3 millions d?hectares?! D?s 1919, une cartographie pr?cise permet de distinguer trois zones?:

 

  • La Zone bleue, caract?ris?e par des d?g?ts limit?s et la pr?sence d?installations, de mat?riels ou de munitions militaires.

  • La Zone jaune, plus largement d?grad?e, o? demeurent de nombreux obus non ?clat?s?; la majorit? de ses voies de communication sont toutefois rest?es praticables.

  • La Zone rouge, constitu?e par les lignes de front et tr?s largement d?vast?e, quand elle n?est pas compl?tement ras?e de toute construction et de toute v?g?tation?; la plupart des infrastructures de cette zone sont d?truites, soit en partie, soit en totalit?.

 

Les destructions subies dans la Zone rouge sont souvent compar?es ? celles qu?auraient pu faire plusieurs bombes atomiques. Et de fait, dans les secteurs les plus touch?s, il ne subsiste plus, au lendemain de la guerre, que des sols lunaires parsem?s de milliers de trous d?obus et d?pourvus de toute v?g?tation. 9 villages de la r?gion de Verdun ont eu la malchance de se trouver au c?ur de cette hallucinante apocalypse. Tous ont ?t? d?truits par un d?luge de fer et de feu. Ces villages martyrs se nommaient BEAUMONT-EN-VERDUNOIS, BEZONVAUX, CUMI?RES-LE-MORT-HOMME, DOUAUMONT, FLEURY-DEVANT-DOUAUMONT, HAUMONT-PR?S-SAMOGNEUX, LOUVEMONT-C?TE-DU-POIVRE, ORNES et VAUX-DEVANT-DAMLOUP. 9 villages ??Morts pour la France?? et titulaires de la Croix de Guerre 14-18 avec palme (citation ? l?Ordre de l?Arm?e).

 

26 millions d?obus?!

 

Aucune de ces communes rurales n?atteignait le millier d’habitants ? l?aube de la guerre. ORNES, la plus peupl?e, en comptait 718, et HAUMONT, la moins peupl?e, 131, FLEURY se situant dans la moyenne avec 422 habitants. La population de ces communes ?tait principalement compos?e d?agriculteurs, de b?cherons et d’artisans. Personne, parmi ces gens paisibles, ne pouvait imaginer, en fanant son pr?, en d?bitant un fr?ne ou en ferrant un cheval, que le tocsin dont le chant lugubre se r?pandit de clocher en clocher le samedi 1er ao?t 1914 dans la campagne lorraine allait plonger, quelques mois plus tard, ces villages dans le plus effroyable enfer qu?une guerre ait jamais engendr??: la bataille de Verdun.

 

Lundi 21 f?vrier 1916. ? 7 heures du matin, l?artillerie allemande entreprend un hallucinant pilonnage des positions fran?aises. En deux jours, 2 millions d?obus s?abattent sur ce qui va devenir un champ de bataille universellement connu, symbole de la folie des hommes. Lorsque la bataille de Verdun s?ach?ve, le 19 d?cembre, 26 millions d?obus ? 6 par m??!?? ont d?truit, br?l?, ravag? un terroir nagu?re verdoyant et d?sormais r?duit sur des milliers d?hectares ? un bourbier apocalyptique nourri du sang de 306?000 morts ou disparus fran?ais et allemands, sans compter les centaines de milliers de bless?s et de mutil?s ?vacu?s vers l?arri?re. Les villages situ?s au c?ur de la zone des combats sont r?duits ? des amas de gravats, les bois ont disparu, le sol n?est plus qu?une ?pouvantable ?tendue de terre retourn?e, parsem?e de milliers de trous d?obus o? toute trace de vie semble s??tre ?vanouie.

 

Interdit d?acc?s en raison des risques li?s aux munitions non explos?es et ? la pollution des sols, le territoire des 9 communes est int?gralement class? en Zone rouge. ? l?exception de VAUX, reb?ti ult?rieurement ? quelques centaines de m?tres du village d?truit, aucun des autres villages ne sera reconstruit. Seuls seront r?habilit?s ou ?rig?s quelques rares b?timents ? ORNES et DOUAUMONT, le principal ?tant constitu? sur cette commune par l?Ossuaire abritant les restes de 130?000 soldats inconnus fran?ais et allemands. Durant l?entre-deux guerres, une chapelle-abri et un monument aux morts seront construits dans chacun des 9 villages martyrs.

 

En novembre 1919 sont organis?es les premi?res ?lections municipales de l?apr?s-guerre. En hommage aux villages d?truits, l??tat fran?ais d?cide de leur maintenir un statut de commune au lieu de rattacher leur territoire, transform? en sanctuaire, ? des communes environnantes moins touch?es comme cela s?est fait en d?autres lieux. Faute d?habitants, les communes martyres seront d?sormais administr?es chacune par une Commission municipale de trois membres d?sign?e par le pr?fet de la Meuse.

 

Monsieur le Pr?sident

 

95 ans plus tard, ces dispositions sont toujours en vigueur dans sept des neuf communes. Seuls VAUX (70 habitants lors du dernier recensement) et DOUAUMONT (8 habitants) ?chappent ? cette r?gle administrative. Compte tenu de l??rosion de la population de cette derni?re commune, son statut pourrait toutefois ?tre align? sur le statut particulier des sept autres communes mortes pour la France et d?pourvues de tout habitant, ? l?exception d?ORNES (6 habitants).

 

Bien qu?ayant gard? leur statut de commune, il n?y a pas de maire ? la t?te de ces entit?s administratives, mais un pr?sident de Commission municipale dont la d?signation, act?e par le pr?fet lors de chaque ?lection municipale, repose sur un fort lien avec les villages martyrs et une grande motivation dans la pr?servation des sites. Chacun des pr?sidents re?oit, lors de sa nomination, une ?charpe tricolore comme tous les maires de France et l?obligation de tenir ? jour, ann?e apr?s ann?e, des registres d??tat-civil bloqu?s ?? z?ro dans 6 des 9 communes.

 

L?essentiel de l?activit? des pr?sidents n?est ?videmment pas l?, mais r?side dans l?obligation qui leur est faite d?entretenir, avec l?aide des associations, les chapelles-abri, les sanctuaires, les monuments aux morts, les cimeti?res, les plaques comm?moratives et les all?es desservant ces lieux de m?moire. Ils disposent pour cela d?un budget allou? par la pr?fecture. Pour optimiser leur action, les communes qu?ils administrent se sont constitu?es en SIVOM en 1988. Les 9 communes appartiennent toutes ? la communaut? de communes de Charny-sur-Meuse.

 

D?autres villages ont ?t? an?antis durant la Grande Guerre, mais contrairement ? leurs homologues du champ de bataille de Verdun, leurs territoires ont ?t? rattach?s ? des communes environnantes*. C?est notamment le cas de HURLUS, LE MESNIL-L?S-HURLUS, PERTHES-L?S-HURLUS, RIPONT et TAHURE, ces cinq ex-communes ayant d?finitivement perdu leur statut en 1950 lors de la cr?ation du camp militaire de Suippes sur les terres ravag?es du d?partement de la Marne. MORONVILLIERS et NAUROY ont subi le m?me sort dans la r?gion r?moise, de m?me que REMENAUVILLE et REGNI?VILLE en Meurthe-et-Moselle, FEY-EN-HAYE, reconstruite, ayant ?chapp? ? la fusion.

 

Le mot de la fin reviendra ? Louis Lavigne, ancien instituteur meusien. Tir? de son Histoire de Cumi?res, il tient dans ces trois phrases, qui r?sument si bien l??tat d?esprit?des survivants de cette effroyable parenth?se dans l?histoire de la Lorraine?: ??Notre village a perdu son corps, mais sa mort ne peut ?tre d?finitive. Son ?me, comme la n?tre, est immortelle. Cette ?me, c’est l’histoire du village, et ce sont tous nos souvenirs????

 

* Le nom de chaque commune dissoute a ?t? accol? ? celui de la commune de rattachement

 

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