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Ces rumeurs qui empoisonnent le climat sociétal

Samedi 13 aout : une femme musulmane en burkini sur une plage de Sisco est à l’origine d’une rixe entre des personnes d’origine maghrébine et les jeunes du village. Dimanche 4 septembre : les compagnons de deux jeunes femmes en short, prises à partie à Toulon pour leur tenue vestimentaire inconvenante, sont tabassés par des jeunes de la cité voisine. Scandale dans les deux cas sur fond de tensions intercommunautaires. Problème : les faits avérés sont très éloignés des rumeurs qui ont provoqué le buzz et engendré ces bouffées médiatico-politiques délirantes…

Le samedi 13 août, aucune femme en burkini n’a été vue sur la plage corse de Sisco. Cela n’a pas empêché les médias régionaux puis nationaux de reprendre à leur compte cette rumeur en faisant état d’une baigneuse vêtue de cet accoutrement et, de ce fait, à l’origine d’un trouble évident à l’ordre public. Une information en l’occurrence diffusée sans la moindre vérification sérieuse par des rédactions promptes, pour booster leurs ventes ou leur audimat, à monter en épingle les incidents de nature xénophobe très vendeurs dans le climat délétère du moment. La classe politique elle-même s’est donnée en spectacle de manière pitoyable en se déchirant autour des arrêtés municipaux pris par un quarteron de maires de droite opportunistes et démagogues. Sous le regard stupéfait des correspondants étrangers, l’affaire est même montée jusqu’au Conseil d’État, appelé à statuer en urgence sur la validité de ces arrêtés. Tout ça pour ça : il n’y a jamais eu de femme en burkini sur la plage de Sisco, rappelons-le, mais un conflit de voisinage sur l’usage de la plage qui a dégénéré sans connotation raciste, xénophobe ou islamophobe.

Le dimanche 4 septembre, aucune femme en short n’a circulé en rollers en bordure de la Cité des Œillets à Toulon. Cela n’a pas empêché le quotidien Var-Matin de stigmatiser pour ce motif les jeunes ayant pris à partie et tabassé les compagnons des deux jeunes femmes en rollers devant leurs enfants apeurés. Une information reprise aussitôt par les médias nationaux et sur les réseaux sociaux dans un climat de surenchère nationaliste nauséabond et d’anathèmes contre la population issue de l’immigration. Tout ça pour ça, là aussi : il n’y avait pas de jeunes femmes en short en bordure de la Cité des Œillets ce jour-là, mais deux couples qui se promenaient sur la piste cyclable du boulevard Armaris avec leurs trois enfants et un ami, les deux jeunes femmes équipées de rollers n’étant pas vêtues de shorts mais de pantalons noirs. L’incident est né, non d’un problème vestimentaire, mais de propos de drague un peu lourde dont sont coutumiers de trop nombreux jeunes plus ou moins désœuvrés, à Toulon comme ailleurs.

Ces deux cas sont emblématiques d’un climat social très dégradé par les menaces d’attentats islamistes qui pèsent sur notre pays. Mais ils sont aussi et surtout emblématiques de l’inconscience de tous ceux qui, dans les médias et la sphère politique, sont près à saisir toutes les opportunités pour jeter de l’huile sur le feu. Les uns à des fins commerciales, les autres pour servir leurs propres intérêts électoraux. Et cela sans procéder à la plus élémentaire vérification des faits.

En agissant ainsi, hors de tout cadre déontologique, ces prétendus journalistes et ces élus sans scrupules prennent le risque d’attiser les tensions communautaires et de relancer au pire moment un débat sociétal identitaire le plus souvent caractérisé par le triomphe de la passion sur la raison. De tels comportements sont irresponsables ! Irresponsables et indignes de la part de personnes ayant en charge l’information des citoyens pour les titulaires d’une carte de presse, et la mise en œuvre du « vivre ensemble » pour les élus de la République. Il est malheureusement à craindre que nous ne soyons pas au bout de ce genre de turpitudes scandaleuses : l’époque est au « chacun pour soir », et peu importent les conséquences qui peuvent découler pour la société de ces violations flagrantes de l’éthique et de la déontologie. Deux concepts auxquels ces journalistes dévoyés et ces politiques amoraux sont étrangers.

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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