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Ce verre grossissant qu’on aime détester

Réjean Bergeron

Réjean Bergeron

Professeur de philosophie au cégep Gérald-Godin

***

Comme il est terrible ce Donald Trump, ce tout nouveau président des États-Unis. Si on faisait la liste de tous les qualificatifs qui lui ont été attribués, nous n’aurions pas le choix, il faudrait dire de lui qu’il est un monstre.

 

Mais amusons-nous, quitte à rire jaune par la suite, à le regarder par l’autre côté de la lorgnette, à partir de ce que nous sommes comme société. Ainsi, il nous faudra peut-être reconnaître que Donald Trump n’est pas une exception, mais bel et bien le pur produit de notre société occidentale. Qu’il est notre création, en fait, une sorte de concentré de ce que nous sommes devenus. Oui, un concentré, et c’est d’ailleurs ce qui le rend tellement indigeste et difficile à avaler.

 

On dit de lui qu’il est narcissique, inculte, qu’il n’a que mépris pour la connaissance et la science, qu’il déforme ou nie les faits ou la réalité afin d’imposer la sienne, qu’il parvient à faire passer ses opinions pour des « vérités » à force de les répéter, qu’il vit dans un monde superficiel, kitch à souhait où le paraître prend le dessus sur l’être, l’apparence sur l’authenticité.

 

Mais n’est-ce pas là le triste portrait de notre société ? Lorsque j’ouvre la télé et que je tombe sur les Recettes pompettes, le nouveau show de Véro et autres émissions de ce genre, lorsque je lis certains journaux ou que j’écoute la radio poubelle, lorsque je surfe sur les médias sociaux, je n’ai pas tellement le choix de constater que j’y retrouve exactement ce que nous reprochons tous à Donald Trump : de l’opinion vulgaire, du potinage, de la médiocrité, des comportements narcissiques, beaucoup de légèreté, de la désinformation, des théories du complot, une fuite dans le virtuel et beaucoup de selfies nombrilistes, de likes consensuels, d’images déformées, enjolivées, « photoshopées », truquées, arrangées par le gars des vues.

 

Usine à « trumpiens »

 

Mais si ce n’était que cela. Parfois, lorsque je regarde certains étudiants qui arrivent au cégep, j’ai l’impression que notre système d’éducation est devenu une usine à « trumpiens » et à « trumpettes ». Formatés dans le moule de la réforme, du Renouveau pédagogique, on a fait croire à ces élèves que l’important était de communiquer, d’exprimer leurs opinions, d’épancher leur moi profond et qu’il ne valait plus la peine d’acquérir des connaissances et une culture solides étant donné que tout ceci était dorénavant disponible sur Google.

 

Aussi, on leur a inculqué une conception utilitariste de l’éducation : ce qui est appris doit servir à quelque chose, déboucher sur du concret. Sinon, pas la peine. D’ailleurs, notre ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, vient d’ajouter une toute nouvelle brique à cette belle et grande idéologie pragmatique en imposant, par la seule puissance de son verbe, un cours d’éducation financière aux élèves de 5e secondaire, et ce, au détriment du cours Monde contemporain, un cours tellement inutile… Ainsi, selon les dires du ministre, les étudiants sauront comment gérer leur facture de téléphone cellulaire.

 

Toutefois, ayant du mal à écrire, à lire et à comprendre un texte faute d’un riche vocabulaire et d’une culture solide, habitués à se confier à des écrans à coeur de journée et à croire que ce qu’ils y trouvent représente la réalité, la pure vérité, nos étudiants deviennent ainsi des proies faciles pour les propagandes et canulars de toutes sortes, de futurs adeptes des discours populistes de tout acabit et, bien sûr, des partisans potentiels d’un Trump canadien ou québécois aux prochaines élections, lui qui viendra à son tour insulter les femmes, les communautés ethniques, les homosexuels, les intellectuels, les journalistes et tous ceux qui n’opinent pas comme lui. Devant tout ceci, nous pourrons alors nous payer le luxe de l’indignation.

 

Mais tout ceci, on ne veut pas le voir, encore moins le savoir ou se l’avouer. On préfère se moquer du personnage Trump, quitte à en faire une immense caricature qui nous permettra ainsi de nous sentir tellement, tellement loin et différent de lui. Malheureusement, Donald Trump, à la manière d’un verre grossissant, ne fait que nous renvoyer l’image de nos travers, de notre médiocrité, de notre hypocrisie et aussi de notre lâcheté.

Réjean Bergeron

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  1. avatar

    « Toutefois, ayant du mal à écrire, à lire et à comprendre un texte faute d’un riche vocabulaire et d’une culture solide, habitués à se confier à des écrans à coeur de journée et à croire que ce qu’ils y trouvent représente la réalité, la pure vérité, »

    pitoyable : un enseignant qui méprise autant ses propres étudiants ne peut pas être un bon enseignant…

    Les décrire comme ça, c’est aussi faire le jeu de Trump, justement car c’est minimiser la part de prise de conscience des personnes citées. Non , monsieur, vous n’avez pas à INSULTER le monde étudiant en le présentant comme un ramassis de crétins. Vous devez au contraire leur donner espoir, en leur montrant qu’il y a autre chose qui existe et non les tancer en les amalgamant ainsi en une faune de débiles profonds.

    Vous semblez défendre un type de culture qui n’a plus de mise aujourd’hui : vous montrez vous même que vous êtes à côté de la plaque. Vos propos sont ceux d’un vieux « réac », rien d’autre. Oui, vos étudiants font des fautes d’orthographe par exemple, mais vous même vous êtes incapable je parie de distinguer en vidéo un détail que tous vos prétendus débiles auront eux perçu. En somme, vous venez nous faire ici le bilan de VOTRE incompétence pédagogique car vous ne savez pas partir de LEURS connaissances pour élever leur niveau : vous leur plaquez sur la tête une culture vieillissante dont ils n’ont cure. Ils y viendront bien après à cette culture, si, au lieu de les mépriser comme vous le faites vous leur donnez la soif d’apprendre et l’envie de s’améliorer. Vous n’y arrivez jamais en tout cas avec les propos que vous tenez ici ce jour, celui d’un passéiste des méthodes pédagogiques… celles qui ont aussi fabriqué un Trump, qui n’a fait que reproduire ce mépris dans son émission la plus connue.

    Bref, je dirais « you are fired », comme enseignant, à lire votre prose pleine de mépris.

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      Euh…Tiens tiens; a-t-on une nouvelle définition du mot « mépris »?

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      Il méprise bien plus le Ministère de L’Éducation et son laxisme …navrant. Je n’ai pas connu de profs qui détestent leurs élèves. Le sujet du texte est le « miroir » …

  2. avatar

    confirmation par vous même de votre incompétence et de votre passéisme :

    http://www.lapresse.ca/debats/nos-collaborateurs/rejean-bergeron/201508/26/01-4895612-une-salle-de-cours-branchee-a-100-sur-lhumain.php

    les « tablettes » sont un formidable outil de connaissances ne vous en déplaise. Vous confondez concentration et moyens techniques, ce qui n’a rien à voir.

  3. avatar

    amusant : vous reprochez à vos étudiants ce que vous faisiez vous-même jeune :

    « Lorsque j’étais jeune, j’aimais beaucoup regarder les dessins animés à la télé, les petits bonshommes ou les comiques, comme on les appelait. »

    http://quebec.huffingtonpost.ca/rejean-bergeron/la-chasse-au-cromagnon_b_12610026.html

    vous n’avez même pas réussi à citer le nom de ce dessin animé que vous décrivez pourtant en détails :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Pierrafeu

    en somme, vous avez fait exactement comme vos élèves d’aujourd’hui à qui vous reprochez une légèreté de savoir (ils ne retiennent pas !) Je suis persuadé que eux retiennent tous les noms des acteurs de Game of Thrones par exemple.

    autre temps, autre culture… et autre savoir. Le but de l’enseignant étant de partir de ce qu’ils savent et de l’enrichir, pas de mépriser ce qu’ils sont.

  4. avatar

    a-t-on une nouvelle définition du mot « mépris »?

    non, c’est la définition première : faire peu de cas des autres que soit pour portion congrue, et ici de ses propres élèves. Ce que fait cet enseignant, qui ne dit pas non plus qu’il est en prime à la retraite, et n’a pas que des admirateurs dans le milieu…

    http://cegepsherbrooke.qc.ca/fr/nouvelles/trois-retraites-du-cegep-de-sherbrooke-recoivent-le-prix-carriere-remarquable

    http://enquetedesensjl.blogspot.fr/2014/09/je-veux-etre-heureux-replique-rejean.html

    Je fus fort étonné que mon collègue, professeur de philosophie au cégep Gérald-Godin, ait oublié que le but de l’existence – du moins chez les philosophes anciens et jusqu’à l’époque des Lumières – était le BONHEUR. Pour nous, comme pour toute la société d’ailleurs, la LIBERTÉ seule compte. Contrairement à Aristote qui enseignait que pour être libre, il faut d’abord être vertueux, le bonheur est devenu caduque. En tout cas, il n’est plus la visée principale de nos vies. Le bonheur est affaire personnelle, et la société l’a reléguée aux oubliettes. Pourtant, ce fut l’objet antique de la quête philosophique.