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Ce qu’un Printemps algérien pourrait devoir aux marcheurs du 22 février et à Mouwatana

1- « Introduction à ce que l’Algérie doit à ‘Mouwatana’ » en résumé.

D’un article paru dans le média Centpapiers et auquel nous donnions pour titre « Les marcheurs anti-Bouteflika ou la naissance du luxemburgisme stalinien : Introduction à ce que l’Algérie doit à ‘Mouwatana’ », il se pourrait que des lecteurs fassent sortir que nous nous opposons aux milliers d’algériens qui, le 22 février passé et à travers le pays, ont marché pour manifester une opposition radicale au projet (algérien) du 5° mandat. Ceci pourrait être d’autant plus que nous écrivons que la masse de ces marcheurs demeure statistiquement insignifiante face à la masse des électeurs qui ne se sont point encore exprimés. Par ailleurs, une telle lecture, et ce, quelle que soit la position de son auteur vis-à-vis du mouvement Mouwatana, pourrait conduire à croire que notre sous-titre -« Introduction à ce que l’Algérie doit à ‘Mouwatana’ »- suffit à prouver que nous écrivons aussi contre ce dernier.

La difficulté, toutefois, est que des lecteurs à peine plus attentifs à ce qu’ils lisent, ou moins hâtifs dans leurs conclusions, ne manqueront pas de remarquer que le texte en question soutient, explicitement, que la 4° candidature du Président Bouteflika, déjà et un quinquennat avant la candidature en cours, est une mascarade …et qu’elle fait partie de celles qui ne peuvent s’accomplir que dans un pays aussi malmené que ce cher et vieux pays répondant au nom d’« Algérie ». Allant plus loin, le même texte laisse clairement entendre que le 3° mandat, lui-même, n’a pas été sans avoir nécessité l’une des plus singulières –et des plus regrettables- révisions constitutionnelles auxquelles des citoyens pourraient s’attendre. D’autre part, ces dernières lignes suffisent à emplir de doutes celui qui pourrait nous situer, politiquement, dans l’immense famille des anti-Mouwatana ; nous en sommes tellement éloignés, qu’il serait légitime de nous résumer par ceci : que Dieu nous en préserve !

2- Les marcheurs du 22 février ou la Marche fondatrice.

Si l’Algérie réussit à faire du prochain printemps, son propre printemps politique, elle le devra, en très grande partie et de façon immédiate, aux marcheurs du 22 février, à ces milliers d’algériens qui ont inondé les rues tout en ne réclamant rien d’autre que, à travers le rejet sans phrase de toute idée d’un 5° mandat, le refus de toute prorogation du régime de Bouteflika. Il en est ainsi car, en comparaison avec ce dernier, dans le monde des républiques, très peu de régimes politiques -au sens de clans au pouvoir- peuvent être (ou avoir été) aussi peu enclins à céder la place conformément au principe (si républicain) de l’alternance au Pouvoir. Il est devenu de plus en plus clair que le clan de Bouteflika n’acceptera de quitter le Pouvoir que s’il y est contraint par le Contre-pouvoir de la rue ; à moins de l’être par la Puissance de ce qu’on nomme, souvent à tort et à travers, « la main étrangère ».

Ceci étant, il est certain que les marcheurs du 1° mars ont été extraordinairement plus nombreux que ceux du 22 février, et que ces derniers ont été beaucoup moins nombreux que ceux du 08 mars. Il s’en suit qu’il est tout aussi certain, pareillement à ce qui constitue l’arithmétique des urnes, que les deux dernières marches, celles du 1° et du 08 mars, représentent, chacune, un contre-pouvoir bien plus pesant que celui représenté par la marche du 22 février. Cependant, il demeure qu’aucune des deux dernières, celles de mars, et aucune de celles qui vont certainement suivre, n’auraient pu avoir lieu …si la toute 1°, celle de février, n’avait pas vu le jour -et si elle n’avait pas été une splendide réussite. Ce sont les marcheurs du 22 février qui ont ouvert la voie –et donné du courage- à ceux qui, en tout premier lieu, n’ont fait que les rejoindre lors des deux vendredis suivants. Et on peut y ajouter que ceux qui sont derrière la réussite du 1° vendredi ne sont certainement point étrangers à celle des deux suivants. Qu’à César, nous ayons, simplement, l’honnêteté de rendre ce qui est à César !

Le printemps algérien, s’il réussit à éclore, aura donc à être redevable (1) aux marcheurs du 22 février, par obligation éthique. Il aura à l’être d’autant plus que ces derniers ont réussi l’exploit de manifester sans le moindre manquement (notable) au mot d’ordre de « manifestation pacifique », et ce, à travers les quatre coins du pays. Il aura à l’être, aussi et surtout, car cette marche de février pourrait très bien être contemplée -abstraction faite de cette culture politique consistant à voir partout une « main étrangère » prête, en permanence, à comploter contre l’Algérie- comme un gigantesque défi lancé dans l’Algérie des janvieristes et de la décennie noire, et magnifiquement relevé un jour de vendredi (ie : de grande Prière dans les mosquées). Peu de choses pouvaient paraître moins évidentes, et peu de choses pouvaient paraître aussi peu gagnées d’avance ! Pour s’en convaincre, on peut rappeler, par exemple, la réaction opposée par le parti de Louisa Hannoun, ou le fort scepticisme d’un quotidien aussi imposant qu’El Watan ou, encore, la quasi-certitude (quant à la récupération) d’un média aussi informé qu’Algérie patriotique.

3- Mouwatana ou le 1° appelant au Contre-pouvoir de la rue (nationale) contre le 5° mandat.

C’est dès le 13 février que les médias informent de l’appel par lequel Mouwatana invite « tous ceux qui aspirent à une citoyenneté digne et honorable à se réunir dimanche 24 février » à travers le pays, pour manifester leur opposition au 5° quinquennat. Or, l’appel anonyme à la marche du 22 février ne débutera qu’après ce 13 février, outre le fait que toutes les autres manifestations citées ci-dessus sont postérieures au 15 février. Ceci montre combien Mouwatana n’a pas eu besoin de l’historique appel anonyme, et encore moins de la grandiose réussite de la marche du 22 février, pour prouver qu’il était –ce qui n’est absolument pas le cas d’une certaine élite, assez dominante- doublement confiant en la rue, avec tout ce que celle-ci a de populaire : Confiant en la capacité de la rue, d’une part, à s’exprimer puissamment et pacifiquement contre la reconduction du Président Bouteflika, et, d’autre part, à contrer toute tentative de manipulation (islamiste). On pourrait même en sortir que Mouwatana, par cet appel, a prouvé qu’elle était convaincue que la rue, seule, était capable d’en venir à bout du projet d’un 5° mandat. Enfin, en terme de primauté, il n’est même pas exclu que l’appel de Mouwatana ait contribué à encourager les auteurs de l’appel anonyme (22 février).

Enfin, le moins que l’on puisse ajouter, avant le point final, est que Mouwatana n’a pas attendu février 2019, et encore moins : mars 2019, pour manifester une radicale opposition au 5° mandat. En effet, c’est le mouvement lui-même qui n’est né que pour faire barrage au dit mandat, et ce n’est pas par pur hasard que cette naissance a fait suite à l’appel par lequel, dès mai 2018, « les quatorze » ont demandé au Président de ne pas candidater pour un 5° quinquennat …et ce, dans l’intérêt du pays et, en particulier, afin de permettre aux algériens de se diriger vers la construction d’un Etat de droit. Plus encore, c’est dès mars 2013 que le futur coordinateur du mouvement, Mr Soufiane Djilali, lance avec Mr Ahmed Benbitour (2), celui qui a claqué les portes du Pouvoir après avoir refusé d’être un trois quarts de Premier ministre, un appel pour une alliance qui devait œuvrer, centralement, à empêcher la concrétisation du 4° mandat. Quant à Mme Zoubida Assoul, l’ex porte-parole, n’est-elle pas devenue une figure centrale du combat contre le clan Bouteflika ?

Notes:
1- Nous n’avons parlé, ici, que des manifestations observées à l’échelle nationale ; mais le printemps en question, s’il advenait, ne pourrait pas ne pas avoir à rendre hommage aux manifestants de Kherrata, Khenchela, Bordj Bou Arreridj, Jijel et Ain el Beida (Oum El Bouaghi), lesquels se sont exprimés après le 15 février et avant la marche du 22 février.
2- D’ailleurs, et Soufiane Djilali et Ahmed Benbitour, après avoir annoncé leur candidature aux présidentielles de 2014, s’en sont retirés (après l’annonce de la candidature du Président sortant).

 

Remaoun

 

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