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Ce que nous apprend le crash de Malte

Ce matin-là, c’est un ami fort observateur qui m’en a averti. C’est lui qui m’a annoncé l’accident. Celui d’un bimoteur qui a raté son décollage à Malte, ce lundi 24 octobre. Ayant déjà eu à traiter du passage d’avions peu recommandables à cet endroit, ça m’a vite titillé. Bingo : à peine l’annonce faite, divers communiqués étaient apparus. L’avion aurait contenu « des agents des douanes français », dans un premier temps, parti « inspecter la Méditerranée », puis dans un second temps c’était devenu « un avion d’une entreprise privée« , pour enfin avouer que c’était un avion « affrêté par la DGSE« , avec trois malheureux de ses agents à bord et deux pilotes d’une société privée… bref, un beau pataquès médiatique, pour l’Etat, obligé de reconnaître que cette catastrophe dissimulait bien une action « discrète » ayant pour objectif Misrata, en Syrie. Mais plutôt que de vous parler « spécial ops », ce que j’ai déjà fait ici, je vais m’attacher ce soir à vous parler avion. L’appareil qui s’est écrasé étant particulier à plein d’égards comme on va le voir… (1)

malte-caeReprenons donc la cascade d’annonces du jour.  Au départ, c’est donc un crash  survenu tôt, à 7 h 20 heure française dont on découvre sur vidéo les flammes intenses en train d’être circonscrites sur l’aéroport de Malte par les pompiers accourus et leurs véhicules projetant de la mousse.  Les flammes d’une rare intensité, qui dénotent d’un appareil en train de décoller et ayant ses réservoirs pleins, donc.  Le peu de vision de l’avion laisse cependant entrevoir que ce n’est pas un gros appareil.  Une vidéo arrivée tout aussi vite sur le net (la magie actuelle) montre une scène horrible : celle d’un automobiliste (Laurent Azzopardi) qui a filmé d’une route la trajectoire mortelle d’un petit bimoteur allongé en train de se retourner et plonger vers le sol, comme entraîné par un seul de ces deux moteurs vers une fin inévitable.  L’image est glaçante : lorsqu’on la découvre on sait qu’il n’y aura aucun survivant possible.  Une compassion nous envahit en nous disant que pour leurs familles il serait mieux de ne pas diffuser cette vidéo.  Mais le mal est fait, BFMTV est passé par là.

Pas n’importe quel avion

cae-presentAu dela de l’horreur visible, il reste à comprendre : quel était cet avion et que faisait-il à cet endroit.  Et là, très vite, on tombe sur quelque chose de surprenant pour le commun des mortels, mais pas pour les habitués de la géopolitique.  Car l’avion qui vient d’être réduit en cendres et ses passagers avec n’est pas n’importe lequel.  Pour deux raisons : d’abord parce que c’est un modèle rare, plutôt ancien (il a 35 ans !), et ensuite parce que trois de ses occupants sont fort particuliers : ce sont ce que les gens appellent de façon fort réductive des « espions ».  En quelque sorte des gens qui donnent aussi leur vie pour un pays, ce dont le commun des mortels ne se soucie en rien, habituellement.  La troisième étant en sus la société à laquelle il appartenait, dont on découvre les surprenantes activités, alors qu’elle ne s’est pas beaucoup dissimulée pour les faire, l’Internet expliquant parfaitement ce à quoi elle sert et comment elle fonctionne, à condition d’aller voir son site (ici la section « surveillance photo« ).

Une Ferrari de l’air à hélices

Commençons si vous le voulez bien par l’avion en lui-même.  La vidéo de sa chute mortelle nous a renseigné : c’est un petit bimoteur à fuselage étroit et long.  Ce qui exclut les Beechcrafts et consorts. Pour avoir écrit un article sur un trafic de drogue en Australie, dans lequel j’avais parlé d’un « drôle d’oiseau », j’ai vite supposé qu’il s’agissait d’un Swearingen Merlin; tant le look particulier de cet avion reste en mémoire.  Très vite, en effet j’obtiemerlin-magicianns confirmation : l’appareil qui s’est écrasé est bien un Swearingen « Expediter » (Sa-227 ou C-26 à turbines Garrett TPE331), à savoir un des plus longs de la gamme, une version allongée du Merlin III, qui est enregistré aux Etats-Unis, puisqu’il porte comme immatriculation le N577MX.  Un engin pas vraiment nouveau : son premier vol remonte à 1969 et la fin de sa production remonte à 1988.  Son créateur, Ed Swearingen (décédé en 2014) est une véritable légende de l’aviation au même titre que Bill Lear, pour lequel il a d’ailleurs travaillé comme responsable de recherche en 1954 et avec lequel il a produit le Learstar avant de s’attaquer au Learjet. Devenu responsable chez Fairchild, il avait côtoyé Von Braun, qui est devenu le vice-président de l’entreprise.  Ses avions devaient être concurrents des Piper, omniprésents sur le marché, et pour l’être, il avait choisi de les rendre plus rapides.  Les Swearingen ont toujours été cotés à partir de là comme des Ferrari de l’air, ont toujours gardé une aura exceptionnelle chez les amoureux de vitesse : « Ses avions allaient toujours plus vite que n’importe quel autre », a déclaré do, vieil ami   Ian Gilchrist. « Ils ont volé plus loin en utilisant les mêmes moteurs; il ont toujours obtenu le meilleur parti des moteurs en termes de vitesse et de gamme « . L’homme a vraiment marqué son époque : dans la revue Flying de novembre 1968, on le présentait comme « Merlin l’enchanteur » (« Merlin the Magician »). Juste avant les jets, ses avions étaient au top !

Utilisé par l’armée américaine

Les gens qui choisissent ce type de matériel sont donc des connaisseurs, ou des amateurs d’avions rapides pouvant rivaliser avec les jets en ayant des coûts d’entretien moindres.  L’armée américaine en a fait ses avions pour VIP sous le nom de RC-26, mais une version la RC-26B est aussi utilisée par les « Spécial Ops »  comme avion d’Intelligence, Surveillance and Reconnaissance (ISR) au sein des Air National Guard pilots entraînés au 745th Special Operations Squadron.  Un schéma résume ci-dessous ses (larges) capacités :

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Une belle occasion ?

swea-dessousTentons, à partir de là d’imaginer que d’autres aient eu la même idée pour l’utiliser.  Et c’est exactement ce qu’a pensé la société CAE Aviation installée au Luxembourg, en rachetant un vieil « Expediter » aux USA (ici un autre exemplaire, le N919CK, remarquez ces antennes sous le dessous).  L’ami Falcon, le même qui m’avait prévenu ce matin et qui avait déjà vu passer l’appareil au dessus de chez lui (cf le cliché ici à droite, on notera qu’il ne présente AUCUNE marque d’identification sous cet angle !)) m’a vite retrouvé la petite annonce qui avait dû attirer l’attention de la société lors de sa mise en ligne – elle est en bas de cet article). Pensez donc : l’avion présenté avait déjà reçu un équipement de bord à faire pâlir de vieux habitués de la surveillance aérienne !

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trappes« L’intérieur de ce Merlin, autrefois utilisé comme avion de surveillance a été supprimé et de nombreuses modifications ont été accomplies. Deux percées pour appareils photos ont été construites dans le plancher de l’avion et un équipement de communication par satellite (SAT Comms) ainsi que divers équipements électroniques ont été installés. Une grande partie de l’avionique a été installé dans des armoires le long de l’extrémité arrière droite et à l’intérieur de la soute arrière (…) À l’heure actuelle, il n’y a pas de radar; autrefois l’avion avait un radôme particulier installé pour la surveillance. Les onduleurs ont été déplacés à l’arrière de la cabine et il est équipée d’onduleurs non standard. » En somme, c’était une offre rêvée pour en faire un avion… espion ! L’avion a été acheté tel quel chez Worldwide Aircraft Services Inc, situé à Springfield dans le Missouri, et n’avait eu que deux propriétaires avant : Gas/Wilson Inc (N120JM) jusqu’en 2006 puis Wolrldwide à partir du 6 8 août 2007, avant sa vente à CAE Aviation, au Luxembourg le 29 juillet 2011. CAE a donc plutôt bien choisi, même si l’avion est ancien (il date de 1983 !) dans son rapport d’inspection de pré-vente,  Il présentait quelques imperfections, dont une aujourd’hui résonne autrement : on trouve par exemple des doutes sur le moteur répertorié avec le numéro « SN 44158 » de « conformité inconnue », qui semble présenter un nombre de cycles erroné, en date du 09 décembre 2002.  Or, visiblement le crash est dû à une défaillance d’un seul moteur, avec un couple énorme créé par l’autre, qui a embarqué les pilotes sans qu’ils ne puissent faire quoi que ce soit.

Des pilotes déguisés en touaregs…

CAE, c’est une firme fort méconnue, mais qui ne cache pas vraiment pourtant ce qu’elle fait.  En particulier quand un reportage dans une revue étrangère révèle des images assez surprenantes, telle celle de trois de ses employés alignés devant un Norman-Britten.  Visiblement, ces trois-là devaient s’envoler vers un pays de Touaregs…

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casa-maliDes Touaregs ? L’info était venue par la bande chez Philippe Chapleau :  « CAE Aviation dont on murmure que les avions voleraient, après le Mali (pour le compte de la DRM), au-dessus de la RCA » avait-il écrit dans un article sur « l‘externalisaition de l’ISR (Intelligence, Surveillance, Reconnaissance) » vers des sociétés privées.  Ce que Chapleau supposait, le site même de CAE le montrait.  Au Mali ? Et oui, et c’est le ministère de la défense française qui voulant trop bien vanter les mérites de son drone Hargfang (israélien) avait lâché une belle bourde, en montrant ce même drone en train de filmer l’atterrissage du Casa de CAE… en mars 2013.  Une externalisation faite par contrat, puisqu’en 2012 « un marché pour la location d’aéronefs civils au profit du 13e Régiment de dragons parachutistes de Martignas sur Jalle a été attribué samedi par le MinDef. Ces avions seront utilisés pour le « largage de parachutistes » nous avait appris le blog défense.  Outre le Pilatus de « Space Dropping », loué, c’était bien la « location « d’un aéronef de type Skyvan ou Casa ». « Ce lot a été attribué à CAE AVIATION, aéroport de Luxembourg, L-1110 Luxembourg. Montant annuel minimum de 35 000 euro (s) (T.T.C.) – montant annuel maximum de 130 000 euro (s)… »… en janvier 2014, le très  Mamouth pouvait écrire que « CAE Aviation poursuit son appui au contact des forces françaises.  Après le Mali, la société luxembourgeoise a ouvert en décembre un plot de renseignement aérien dans un autre pays d’Afrique noire. A chaque fois le constat conduisant à ces locations est le même pour la direction du renseignement militaire (DRM) : il faut être informé en temps réel, et les armées n’ont pas assez pour fournir en interne. C’est l’expansion du contrat Bakou révélé sur ce blog ». Ci-desssous le Britten Islander de CAE dans une livrée plus récente :

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Cos toujours…

abriLes liens avec l’armée française et surtout le COS (Commandement des opérations spéciales) sont flagrants, en réalité.  C’est même une proximité évidente, sur le terrain.  CAE ne possède aucun Twin Otter, avion réputé pour ses qualités STOL (atterrissages très courts comme on peut l’admirer ici sur un exemplaire norvégien).  Mais les « spécial ops » à la française du COS en ont toujours eu.  L’avion a été plutôt voyant dans les années précédentes, puis il s’est converti au camouflage de l’armée de l’air, pour lequel il était immatriculé 65-CZ.  Depuis il s’est fait plus discret et arbore une livrée gris clair.  Or un cliché fourni par CAE présentant l’abri de toile de ses Swearingen montre en fond… juste à côté le fameux de Havilland du COS, en version gris clair… selon des sources, les pilotes de l’appareil accidenté auraient d’ailleurs pu être des « retraités » du groupe GAM 56.  Les utilisateurs habituels du Twin Otter !

Une présence avérée en Libye

swearingenCette forte proximité, le premier à l’avoir annoncé, c’est reconnaissons-le, le fameux Mamouth (cf  Jean-Marc Tanguy) qui a écrit le 20 février la description du deuxième appareil Swearingen de l’entreprise : « un blogueur spécialisé dans l’aviation affirme que la France a passé un cap en Libye cette semaine. Outre les traditionnels vols de C-135FR, le Babak Taghvaee (un spécialiste des sujets sur l’aviation iranienne dont il est proche) se fait plus précis, en assurant qu’aujourd’hui quatre Rafale de Mont-de-Marsan ont volé de concert avec deux C-135 d’Istres. Il évoque aussi la présence d’un détachement du COS dans l’est libyen. Cette équipe « des forces spéciales de l’armée de terre » aurait, selon cette source, été infiltrée le 15 février à bord d’un Faircihild Swearingen Merlin III dont elle donne l’immatriculation : N123LH.  Or, c’est l’immatriculation d’un appareil exploité par CAE Aviation, l’unique fournisseur d’ISR léger de la DRM et de la DGSE.swea-court  Le site planepotter.net livre une photo très récente de cet appareil, capté à Malte, donc pas très loin, le.. 13 février. » Très efficace en ISR, le Merlin III a néanmoins une capacité limitée pour déployer une équipe de forces spéciales, qui même en voyageant léger, a besoin d’un minimum de volume intérieur.  Mais, un tel avion est plus discret qu’un Atlas, qu’un Transall ou qu’un Hercules, pour parler de nos appareils les plus célèbres » notait le Mamouth… une info relayée par I-Télé dès le 26 février qui précisait que les membres discrets des forces spéciales françaises avaient été amenées via le petit Swearingen. « Le Merlin III en question est exploité par une société privée qui fournit des vols de reconnaissance à la DGSE et à la Direction du renseignement militaire (DRM). La discrétion qui entoure les actions de ces hommes rend toutefois très difficile toute confirmation ». A la mi-décembre 2015, d’autres « discrets » étaient arrivés avec un autre avion... je vous en avais fait part aussitôt. (en photo à gauche le « LX-NRJ » pas pour autant sponsorisé par une radio pour jeunes luxembourgeois… l’avion date de 1976 !).  L’avion, ex appareil belge, a possédé une livrée plus « civile » dans les années 90, alors qu’il appartenait déjà à CAE.

Mais aussi au Mali

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Car il n’y a pas eu que la Libye… Lors d’un bête reportage de l’AFP sur la réfection de la  piste de GAO, rebelote : à la fin du document, un envol de… Cessna 208B, vu de l’arrière.  L’exemplaire immatriculé D-FCOM selon Guillaume Steuer.  J’étais tombé par hasard sur lui dans ma série « Au  Mali, la drogue est le nœud du problème » de mars 2013.  L’inévitable ami Falcon était alors venu préciser : « vous aviez raison pour le Cessna 208B utilisé à Gao : c’est bien le D-FCOM, mais il est mis en œuvre par CAE Aviation, Luxembourg, Sotravia étant son correspondant lorsqu’il est loué par des organismes français. C’est confirmé dans l’hebdomadaire Air & Cosmos d’hier, page 32″.  Sotravia avait été mis en cause par Chapleau, et avait aussitôt démenti toute présence à GAO

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Les avions chers à Blackwater

Or le même avion, bardé d’antennes diverses, nous a été présenté autrement par le Luxembourg… (2) ou par la presse dans « Reflets d’Allier » évoquant dès 2012 l’agrandissement du projet de CAE sur l’aérodrome de la Palisse (quel gag involontaire), via une filiale appelée CAVOK. barelli-casa Avec une remarque savoureuse du patron de l’entreprise : « l’installation est prévue depuis longtemps, mais il y a eu quelques difficultés à la faire financer par les banques françaises. Ce sont finalement des banques allemandes qui s’en chargent ». Un lourd investissement : « 3 millions d’euros dans l’immobilier et 1 million en matériel. » Un bloggeur de passage (JF Barelli, auteur de la photo ci-contre) sur place le 29 juin 2012 découvre dans la foulée un autre avion tout aussi caractéristique des opérations discrètes à l’américaine (on songe forcément à Blackwater !). « Lors d’un passage sur le terrain de Lapalisse dans l’Allier, JFB à rencontré par hasard ce CASA C212 de CAE Aviation qui s’apprettait à monter un stick de parachutistes militaires néerlandais à la bonne altitude… » l’engin est le F-HBMP, ex allemand D-CJMP de chez Advanced Aviation, et sa déco tout aussi discrète que les Swearingen de la firme.  L’avion provenait auparavant de Dolphin Air Express où il portait l’immatriculation I-DZPO (pour « Drop Zone Pull Out »).  Un engin qui a eu une carrière étonnante, car en 1988 il appartenait à… l’armée française, sous le numéro F-ZVMR, puis il a été vendu à Aerostock (son TJ- AGH n’a pas eu le même sort) pour devenir le F-GIQO en 2000 qui l’a ensuite vendu à Dolphin Air Express, qui l’a immatriculé en Italie.  Sur la base de Ravenne, en 2005, il avait perdu une hélice en vol !  L’engin sera pris en vidéo à La Palisse par un parachutiste muni de sa GoPro au même endroit le 28 décembre 2015.

Des passages répétés à Malte

nezD’aucuns l’avaient déjà croisée le drôle d’oiseau qui s’est écrasé, et l’avaient rencontré sur le net.  Les spotters locaux tout d’abord, pour qui sa drôle de forme constitue une proie de choix selon Malta Today : « le 2 juin, 2016 une photo affichée sur le site de partage de photos Flickr par un potters note que l’avion de 1983 avait plusieurs capteurs non standard sur la cellule. En réponse, un planespotter a souligné combien l’avion manquait  d’indications : « Prenez également note … les couleurs aériennes manquantes, »le nom du jeu est le silence est d’or », dit-il dans le forum de Flickr ». Les observateurs notant surtout son nez rapporté en forme de bricolage : le radar dont il a été muni (on rappelle qu’il a été vendu sans) n’étant visiblement pas fait pour lui au départ.bol  On lui a greffé le nez d’un modèle III).  Chez Planespotter, trois clichés ont été pris ; les 23 mai, 1er et 2 juin 2016, tous à … Malte.  Voilà qui change en effet des rotations des jets privés, dont ceux de Claude Perdriel du Nouvel Obs et ses sanibroyeurs SFA, … et sa société maltaise fort discrète Skyfree / Skyfirst qui possède un Falcon 2000, le 9H-SFA (le nom de sa société de broyeurs !).  Tout aussi discret avec ses appareils, comme pouvait l’être Tapie avec son Global Express BD-700 immatriculé 9H-GBT, Pierre Fabre avec son Falcon 50 (F-GPPF), Henri de Castries (AXA) avec son Falcon 900 EX (F-HAXA) ou même l’UMP avec ses avions de MasterJet, ou encore le célèbre vol de Sarkozy à Malte pour rejoindre le yacht de Bolloré... à bord de l’avion du même Bolloré (le Falcon F-HVBOL, qu’il réutilisera sans vergogne avec la première dame numéro 2).

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Les anti-pirates des Seychelles

ttimbreSi l’on a dit un temps que l’avion qui s’est écrasé allait surveiller des pirates sur les côtes libyennes, c’est que l’on a un peu tout confondu. Ce sont les Swearingen plus petits qui s’en chargent, et de façon plutôt efficace mais dans un autre endroit du monde.  On les retrouve en effet aux Seychelles, et ce dès 2009 (ils ont fêté leur 1000 ème sortie  en février 2014) pour lopération Atalante : seychelles« Les Merlin III sont arrivés fin septembre. Ils sont équipés de caméras à haute résolution, tournant de jour et la nuit, avec enregistrement vidéo à l’appui. Si leur première mission a été de routine, leur deuxième mission a été immédiatement opérationnelle puisqu’ils ont pu survoler l’Alakrana, le thonier espagnol capturé par les pirates, et prendre les premières photos. La dernière sortie, samedi, en liaison étrite avec les gardes-côtes des Seychelles, est la première « réussite » de l’avion.argoLa saisie du bateau-mère (si elle est confirmée) constitue, en effet, un revers sérieux pour les pirates et pourrait permettre de rétablir un peu de sécurité dans la zone ». « L’utilité de cette mission n’est plus à démontrer. Son positionnement aux Seychelles a été très utile, avec l’extension de la zone d’action des pirates somaliens. Elle a permis nombre de missions de repérage de navires saisis par les pirates, à commencer par le navire de pêche espagnol Alakrana ou le cargo chinois DE Xin Hai, de guidage des forces navales, qui ont débouché sur quelques arrestations de pirates. »

Retour en Bosnie !

wescamLe 28 janvier 2015, CAE Aviation repartait dans une autre direction… en Bosnie, et par contrat gouvernemental, pour 5 ans, lisible ici.  L’occasion de ressortir du fond des Swearingen les boules Wescam (dont CAE est le représentant en France) : « Les Forces de l’Union européenne (EUFOR) ont  la charge d’assurer le respect permanent des accords de Dayton/Paris et de contribuer à la sûreté et à la sécurité de l’environnement en Bosnie-Herzégovine («Bosna i Herzegovina» — «BiH» en serbo-croate). Dans le cadre de cette responsabilité de maintien de la paix, il est nécessaire de maintenir une vigilance constante sur toute situation émergente qui pourrait être préjudiciable à cet effort. Cela requiert que des moyens de reconnaissance aérienne soient disponibles afin d’évaluer les activités sur le théâtre d’opérations, et que des moyens de surveillance connexes soient disponibles pour être dirigés contre toute activité suspecte ». « Valeur totale finale du marché: 2 614 996 euros… »cessna-sarejevoLa Bosnie, elle y était déjà allée dix ans auparavant, ce qu’on a complètement oublié depuis ! Les avions d’ACE s’étaient en effet installés en 2005 au nom du détachement AGSR à l’Eagle Base Camp de Tuzla; A l’époque, se sont ses Cessna 208 qui avaient été déployés : leurs équipement d’imagerie transmettaient les prises de vue en direct vers la base.  Ils y avaient côtoyé les américains du (US) 401 Air Expeditionary Group Detachment ou les vieux Skyvan des autrichiens.  Le Cessna 208B immatriculé N950BZ avait été effectivement photographié à Sarajevo le 11 juillet 2008 (ici à droite).  Or c’était bien un appareil de CAE : il avait été acheté le 11 mai 2007 à Air Alliance Express.  C’est devenu le D-FABZ, depuis le 23 avril 2013.

Le couvercle vient de se soulever… sur une guerre interne

Lorsqu’elle avait commencé en 1971, notamment avec des Short Skyvan comme ce LX-GHI. (ou le F-GTHI vu ici à Vannes en 2011, et là partant de Glasgow en 2013), CAE ne s’attendait peut-être pas à aller surveiller a Bosnie en 2005 pour l’Otan ou y retourner dix ans plus tard.  Depuis que Jacques Chirac a préconisé l’armée de professionnels, le 22 février 1996, il fallait bien s’attendre un jour à découvrir les équivalents français des avions de la CIA ou de Blackwater.  Des privés, des mercenaires, dit-on aussi parfois.  Ce crash vient de soulever le couvercle, malencontreusement après qu’un président bien trop bavard ait avoué qu’il avait autorisé la suppression d’individus ailleurs que sur son territoire.  Le boulot des gens de Blackwater, hélas.  Depuis, pour sûr, le métier d’espion risque d’être deux fois plus difficile… Mais ce n’est qu’un épisode de ce qui déchire actuellement l’armée, qui a toujours vu d’un drôle d’œil l’avènement en son sein du privé, jugé par elle moins… fiable, ce que semble montrer l’accident du jour. A la DGA, on avait récemment encore mis en garde sur la qualité de la maintenance chez le contractant... et là, c’est bien une autre guerre qui se prépare !

 

1) à voir la vitesse avec laquelle on a repris en main la communication à propos de cet accident, qui ne montre plus qu’une seule version dans les médias, la seule souhaitée par le gouvernement français, on peut se dire qu’il dissimule quelque chose d’important. « Malta Today », avec beaucoup d’ironie, avait titré aussitôt que le « nom du jeu était « le silence » (est d’or)… le journal avait aussi relevé que l’avion avait été « spotté » à Malte depuis juin dernier seulement.

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(2) on ne peut plus langue de bois : « Lancée par l’Union européenne, l’opération « EUNAVFOR MED » vise à combattre les réseaux de trafiquants et la traite des êtres humains en Méditerranée. Depuis juillet 2015, le Luxembourg contribue à l’opération en mettant à disposition une capacité de surveillance aérienne maritime à travers un partenariat public-privé avec l’entreprise grand-ducale CAE Aviation qui est spécialisée dans la reconnaissance aérienne ». Car en même temps, l’avion s’est révélé efficace vis à vis de la détection des migrants, nous apprend l’organe du gouvernement luxembourgeois (ci-dessus deux extraits de la pub de CAE sur la surveillance : le cliché de droite a-t-il été fait en Bosnie ?) : « L’avion patrouilleur maritime luxembourgeois a été le premier affecté en permanence à l’opération. Il effectue à lui seul deux tiers des missions de surveillance d’EUNAVFOR MED. Cela a permis de repérer des navires ayant transporté au total près de 3.600 réfugiés. Cette contribution luxembourgeoise est essentielle à la mise en œuvre des deux phases de l’opération Sophia. Le contrat de service conclu avec CAE Aviation prévoit au moins 60 heures de vol par mois pendant une durée d’un an. Sa durée est alignée sur le mandat de l’Opération Sophia qui s’étendra au moins jusqu’en juillet 2016. »

Source principale sur CAE : un reportage (les photos de  cet article en ont été extraites) non paru en France semble-t-il :

http://www.dutchaviationsupport.eu/00-HTMS/CAE-2.htm

la page de la mise en vente de l’appareil :

http://www.gascapital.com/fairchild.html

site de CAE (à noter qu’il ouvre sur un Swearingen)

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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