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Fukushima, le mythe du « zéro morts »

3 longues années sont passées depuis la catastrophe nucléaire japonaise, et il est temps de faire un 1er bilan : démantèlement complexe, voire impossible…fuites d’eau radioactive…dissimulations…et décompte macabre des premières victimes.   Alors qu’il est notoirement admis que la catastrophe de Tchernobyl est responsable de la mort de dizaines, voire de centaines de ...

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Quand la science n?est pas la bienvenue

Quand la science n’est pas la bienvenue

Dans son article « Quand la science n’est pas la bienvenue », Akio Matsumura nous invite à lire, entre autres, l’appel du Rapporteur Spécial de l’ONU, Anand Grover, qui vient encore de rappeler qu’une véritable évaluation des effets du désastre de Fukushima se fait toujours attendre.

Il publie également la lettre d’Helen Caldicott au président du Comité International Olympique, l’exhortant à utiliser l’influence de son organisme pour « mettre en place une équipe d’experts en biomédecine pour une évaluation indépendante »qui tenterait de déterminer l’ampleur des effets sanitaires dus aux radiations, et ce « avant que les plans ambitieux envisagés pour les Jeux de Tokyo de 2020 ne soient trop avancés. » Il faut bien sûr imaginer une équipe indépendante de l’industrie nucléaire et des organismes de réglementation.

Odile Girard

 

_______________________

 

 

Quand la science n’est pas la bienvenue

 

Akio Matsumura

 

 

Article paru sous le titre original « Unwelcome Science: Japan Ignores UN Rapporteur’s Call for Better Fukushima Health Measures » le 27 mars 2014 sur le site Finding the missing link.

 

Traduction française : Odile Girard (Fukushima-is-still-news)

 

 

Pourquoi n’avons-nous pas d’analyses d’urine ? Pourquoi n’avons-nous pas d’analyses de sang ? Deux précautions valent mieux qu’une.

 

Anand Grover, le Rapporteur spécial des Nations Unies qui s’est rendu à Fukushima en 2012, a rappelé à Tokyo ce mois-ci qu’une recherche adaptée sur Fukushima et son impact sur la santé continue à faire défaut.

 

Peu de temps après l’accident de Fukushima il y a trois ans, des médecins ont cherché dans toute la préfecture de Fukushima des kystes, des nodules et autres tumeurs qui n’y seraient pas habituellement et pourraient indiquer un cancer de la thyroïde, l’un des effets possibles des radiations. Le nombre de tumeurs découvertes par les médecins est alarmant mais aussi surprenant : normalement les cancers de la thyroïde ne devraient apparaître que cinq ans après l’exposition aux radiations.

 

Mais alors, que doivent faire les médecins et les responsables sanitaires japonais de cette information ?

 

Information et précaution, apparemment, ne sont pas les bienvenues au Japon. Le pays a l’intention de redémarrer ses réacteurs nucléaires et de laisser les réfugiés de Fukushima revenir dans les zones qui ont été évacuées. Toute étude indiquant que l’exposition aux radiations peut avoir des effets délétères ne peut qu’entraver ce mouvement vers le progrès économique.

 

Le Japon a donc pris des mesures subtiles pour freiner les preuves qui pourraient laisser penser que ces décisions n’ont pas vraiment à cœur les intérêts de ses citoyens. Le Japon peut entraver les études scientifiques permettant d’obtenir de nouvelles informations et de nouvelles preuves de deux façons : en mettant fin aux financements et en imposant une culture du secret faisant en sorte que les chercheurs hésitent à parler à la presse. Un article de David McNeill du 16 mars dans le New York Times expose bien cette manière de faire. Timothy Mosseau, chercheur à l’Université de Caroline du Nord, a trouvé la situation « difficile » lors des trois voyages qu’il a faits à Fukushima. Il a ainsi expliqué au Times :

Il est assez clair qu’on a une sorte d’autocensure ou que les professeurs ont été prévenus par leurs supérieurs d’être très, très prudents. » La « censure la plus insidieuse », a-t-il ajouté, « est le manque de financement au niveau national pour mener ce genre d’études. Ils dépensent des milliers de milliards de yen pour déplacer la saleté et presque rien pour l’évaluation environnementale.

 

Ken Buessler, un autre scientifique américain qui est allé plusieurs fois étudier la pollution marine au large du Japon, a parlé également avec le Times:

Les chercheurs ont reçu l’ordre de ne pas parler à la presse, ou bien ils ne se sentent pas à l’aise pour parler à la presse sans permission, » a dit M.Buesseler. Vétéran de trois missions de recherche au Japon suite au séisme, il veut que les autorités consacrent davantage d’argent à essayer de déterminer les conséquences des émissions de césium et de strontium en provenance de Fukushima sur la chaîne alimentaire. « Pourquoi le gouvernement japonais ne finance t-il pas cette recherche puisque c’est lui qui a le plus à y gagner ?

 

Si les chercheurs sont paralysés et étouffés au Japon même, une autre possibilité serait qu’un autre pays ou un organisme ayant suffisamment d’influence ou de pouvoir sur le gouvernement japonais réclame une évaluation efficace et indépendante des risques sanitaires de Fukushima pour le pays.

 

Tokyo va accueillir les Jeux Olympiques d’été de 2020. L’un des principaux soucis du Comité International Olympique (CIO) – la commission qui organise et supervise les Jeux – pour donner la préférence à Tokyo, était de savoir d’où en étaient Fukushima et tous ses problèmes incessants. Le Premier ministre japonais Shinzo Abe est intervenu personnellement et a assuré le président du CIO de l’époque, Jacques Rogge, que Fukushima était « en de bonnes mains ».

 

Comme l’a clairement indiqué le comité de rédaction du New York Times le 21 mars, l’état actuel du nettoyage est « lamentable » et de toute évidence pas en de bonnes mains. Les scientifiques, au Japon comme ailleurs, nous le disent, les expériences en cours ne sont pas suffisamment nombreuses pour nous donner une image précise de la situation environnementale, scientifique ou sanitaire au Japon, et encore moins des garanties de sécurité.

 

Au début de l’année, le docteur Helen Caldicott, a envoyé à Thomas Bach, l’actuel président du CIO (bio), une lettre soulignant huit sujets d’inquiétude concernant la santé des athlètes olympiques qui seront envoyés à Tokyo en 2020. Sa conclusion est la suivante:

C’est donc pour ces raisons que je recommande fortement que vous exhortiez le Comité International Olympique à mettre en place une équipe d’experts en biomédecine pour une évaluation indépendante ; ceux-ci n’auraient aucun lien financier ou autre avec l’industrie nucléaire ou les organismes de réglementation et mèneraient une enquête diligente partout où cela est nécessaire pour déterminer l’ampleur des effets sanitaires dus aux isotopes radiogéniques, avant que les plans ambitieux envisagés pour les Jeux de Tokyo de 2020 ne soient trop avancés. Il est en outre impératif que l’équipe d’évaluation comprenne et fasse des rapports sur le périlleux état actuel des réacteurs et des bâtiments environnants, les problèmes de fuites d’eaux souterraines et les multiples cuves de stockage remplies de millions de gallons d’eau contaminée installées en surface sur le site.

 

Le texte intégral de la lettre est imprimé ci-dessous et disponible en PDF.  Comme je l’ai déjà écrit, la meilleure façon de s’assurer que Fukushima ne soit pas une menace pour la sécurité des Jeux olympiques sera d’ajouter aux « bonnes mains » du Japon et du CIO celles d’experts scientifiques et d’ingénieurs internationaux. C’est cette concertation éclairée qui pourra évaluer la situation et confirmer que tout ce qui peut-être fait pour atténuer la menace de Fukushima a été identifié et que les mesures adéquates ont été prises en temps utile. Ce sera la médaille d’or la plus respectée de ces Jeux.

 

Voici la lettre du docteur Caldicott :

23 janvier 2014

Cher Monsieur,

Permettez-moi de vous écrire en tant que médecin et pédiatre connaissant bien les effets médicaux des radiations atomiques et des polluants radioactifs qui ont été relâchés dans l’environnement par les réacteurs nucléaires de la centrale dévastée de Fukushima Daiichi. (Mon CV se trouve à l’adresse suivante : helencaldicott.com)

Je suis profondément inquiète de la santé et du bien-être des athlètes qui se seront entraînés de façon intensive depuis si longtemps pour avoir le droit de participer aux Jeux olympiques de 2020 à Tokyo.

TEPCO a identifié plus de 60 variétés de polluants radioactifs produits par l’homme dans les échantillons d’eau contaminés qui sont collectés quotidiennement. Beaucoup de ces polluants, notamment les variétés radioactives du césium (Cs-137), du strontium (SR-90, et de l’iode (I-129), n’existaient pas dans notre environnement naturel avant l’invention de la fission nucléaire. Le niveau naturel de pollution de ces substances radioactives est donc nul. Mais une fois émises dans l’environnement, elles resteront potentiellement dangereuses pendant des siècles.

Ci-dessous la liste de mes inquiétudes :

1. Certaines parties de Tokyo sont contaminées par la radioactivité provenant des retombées de l’accident de Fukushima Daiichi d’il y a presque trois ans. Des échantillons récoltés au hasard dans les appartements, dans la mousse des toits et le sol des rues, ont été testés pour divers éléments radioactifs et se sont avérés hautement radioactifs. Les références peuvent être fournies sur demande.

2. Cela signifie que les athlètes seront obligés d’inhaler ou d’ingérer de la poussière radioactive qui émet des rayons alpha, bêta et/ou gamma (comme les rayons-X)émanant de la contamination du sol et des rues.

3. Une grande partie de la nourriture vendue à Tokyo est contaminée par des polluants radioactifs, car, à l’instigation du gouvernement japonais, elle provient de la préfecture de Fukushima. (On ne peut pas goûter ni sentir les éléments radioactifs dans ce qu’on mange et la surveillance de chaque denrée à consommer n’est pas envisageable.

4. Une bonne partie des poissons pêchés sur la côte est du Japon sont chargés d’éléments radioactifs. De fait, certains sont assez lourdement contaminés. Le problème est permanent, car pendant près de trois ans, entre 300 et 400 tonnes d’eau radioactive se sont écoulées chaque jour de dessous les réacteurs endommagés dans l’océan pacifique.

5. Si les athlètes mangent des aliments contaminés par la radioactivité et boivent du thé ou d’autres boissons contaminées, certains d’entre eux ont toutes les chances de développer quelques années plus tard un cancer ou une leucémie. La période d’incubation de ces maladies varie entre cinq et quatre-vingts ans, selon les radionucléides en jeu et selon l’organe affecté.

6. Le gouvernement japonais incinère des déchets radioactifs et une partie des cendres ainsi obtenues sont jetées dans la Baie de Tokyo, là où les athlètes sont censés y faire de l’aviron et s’entraîner.

7. Une autre grand sujet d’inquiétude est le fait que d’ici 2020, il pourrait se produire de nouvelles émissions de polluants radioactifs dans les réacteurs de Fukushima Daiichi. Les bâtiments des unités 3 et 4 sont sévèrement endommagés depuis le séisme initial et les explosions qui ont suivi. Ils pourraient fort bien s’effondrer s’ils devaient subir un autre séisme d’une force supérieure à 7 sur l’échelle de Richter. Si cela devait arriver, des quantités de césium allant jusqu’à dix fois celles de Tchernobyl pourraient être relâchées dans les airs. Un tel événement pourrait grandement exacerber la contamination existante de Tokyo et constituer un grave danger pour les athlètes.

8. Le site de Fukushima Daiichi contient plus de 1000 cuves en métal qui ont été construites à la hâte et contiennent des millions de gallons d’eau extrêmement radioactive. De plus, 400 tonnes sont pompées chaque jour dans les réacteurs endommagés. Certaines de ces cuves ont été montées par des ouvriers inexpérimentés et tiennent à grand renfort de boulons rouillés, de joints en caoutchouc, de tuyaux en plastique et de ruban adhésif. En cas de nouveau séisme, une partie de ces cuves se rompraient, rejetant des volumes supplémentaires d’eau fortement contaminée dans le Pacifique juste au nord de Tokyo.

C’est donc pour ces raisons que je recommande fortement que vous exhortiez le Comité International Olympique à mettre en place une équipe d’experts en biomédecine pour une évaluation indépendante ; ceux-ci n’auraient aucun lien financier ou autre avec l’industrie nucléaire ou les organismes de réglementation et mèneraient une enquête diligente partout où cela est nécessaire pour déterminer l’ampleur des effets sanitaires dus aux isotopes radiogéniques, avant que les plans ambitieux envisagés pour les Jeux de Tokyo de 2020 ne soient trop avancés.

Il est en outre impératif que l’équipe d’évaluation comprenne et fasse des rapports sur le périlleux état actuel des réacteurs et des bâtiments environnants, les problèmes de fuites d’eaux souterraines et les multiples cuves de stockage remplies de millions de gallons d’eau contaminée installées en surface sur le site.

Avec l’assurance de ma considération

Helen Caldicott MBBS, FRACP

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R?fugi?s ? OKAYAMA

Texte de HORI Yasuo, rédigé le 13 septembre 2013.

Réfugiés à OKAYAMA

Le 13 septembre 2013

Réfugiés à OKAYAMA

 

HORI Yasuo

 

 

Traduit du japonais à l'espéranto par Hori Yasuo,

Puis de l'espéranto au français par Ginette MARTIN

 


Après l'accident nucléaire de Fukushima, non seulement des habitants de Fukushima, mais encore des personnes de départements voisins ont trouvé refuge dans d'autres départements. Le nombre de réfugiés en provenance de Fukushima est de 149 949 pour une population totale (qui était de) de 2,1 millions. Voir la carte ci-dessus. Parmi ceux-ci  95 853 vivent dans d'autres villes du Fukushima et 53 960 dans d'autres départements.
Il y a peu de temps mon ami du OKAYAMA, département à l'ouest du Japon, m'a envoyé une brochure sur la vie de ces réfugiés. Je vais la traduire.

 

De quels départements viennent-ils?
    1106 personnes sont venues dans le OKAYAMA après l'accident nucléaire. La plupart sont originaires des départements suivants :
- Fukushima: 364
- Tokyo: 201
- Tshiba: 139
- Kanagawa: 108
- Ibaraki: 102
Quand a eu lieu l'accident nucléaire, il y a eu des courants de vent, et l'un d'eux s'est dirigé vers Tokyo. Tous les 4 départements, sauf Fukushima, sont situés le long de ces flux de vent, et ont donc été des lieux de radioactivité intense. Beaucoup de mères ont fui vers l'ouest dans la terreur. Mais pour se déplacer et avoir une nouvelle vie ailleurs, il faut une décision et un ensemble de conditions. Comment les réfugiés dans le OKAYAMA ont-ils pris leur décision et comment vivent-ils maintenant?


Je suis heureuse dans le OKAYAMA
         Mme Hashimoto Jooko , est venue avec un enfant de Ibaraki à la ville de OKAYAMA. Son mari et un autre enfant sont restés à Ibaraki.
Lorsque l'accident nucléaire  a eu lieu à Fukushima, de nombreuses particules radioactives ont été dispersées. J'ai vu l'accident à la télé, et me suis immédiatement souvenue que de nombreuses personnes souffrent encore de Tchernobyl. J'ai entendu dire qu'il y a des endroits très pollués, même à 600 kilomètres de Tchernobyl. J'ai été terrifiée, mais décider de fuir était difficile. J'avais beaucoup de choses précieuses et des personnes auxquelles je tenais à Ibaraki, mais j'ai choisi la santé et la vie de mes enfants comme bien le plus précieux. Maintenant je me sens heureuse, car ici je peux respirer profondément et sécher ma lessive dehors. Je souhaite très fort que OKAYAMA ne soit pas contaminé.

 

OKAYAMA est un endroit très agréable.
    Mme Kurokawa Suzuko, venue avec une fille de la ville Nagareyama, Tshiba, à la ville de Sooja, OKAYAMA. Son mari est resté à Tokyo.
    Depuis mai 2011, j'ai emménagé dans la ville de Sooja avec ma fille. À l'époque, le district nord-ouest de Tshiba a été contaminé par l'accident nucléaire, et j'ai décidé de fuir pour éviter à ma fille la mauvaise influence de la radioactivité. Mon mari vit toujours à Tokyo.
    La ville de Sooja m'était complètement étrangère jusque-là, mais il y a des personnes qui ont bon cœur et qui nous soutiennent, et puis nous avons réussi à louer une maison. Beaucoup de gens vivent à Tokyo complètement étrangers les uns aux autres, mais ici les gens sont agréablement amicaux avec nous. Je ne vois pas comment sera ma vie dans l'avenir, mais lorsque je me sens triste et solitaire, la belle nature du OKAYAMA me console.

 

Notre vie commence à se stabiliser.
   Mme E.F., son mari et ses deux enfants, sont venus de Fukushima à la ville de Takahashi, OKAYAMA
   Le lendemain du tremblement de terre, les réacteurs nucléaires ont explosé. Ma maison était à 60 km de la centrale, mais ce soir-là ma fille de deux ans a eu une forte fièvre, et le lendemain moi aussi, et j'ai commencé à avoir une grande inquiétude à cause de l'accident nucléaire.
    Je dois protéger mes enfants ! Je dois me réfugier avec mes enfants dans un endroit sûr ! Cinq jours après l'accident, j'ai quitté Fukushima. Toute seule, je conduisais l'automobile avec des mains tremblantes. J'ai traversé la montagne enneigée jusqu'au département de Yamagata, et ensuite suis allée à Miyaghi, où sont mes parents.
    Mon mari, forestier, était resté dans le département de Fukushima, mais l'accident a influencé son travail. Nous avons cherché un emploi sur internet et avons décidé de déménager à OKAYAMA, où les forêts sont abondantes. OKAYAMA est un lieu qui nous est totalement étranger, mais maintenant, entourés de la belle nature et de gens sympathiques, nous commençons à avoir une vie stable ici.

 

La maladie de mon enfant m'a causé un choc.
    Mme T.K., avec son mari et ses deux enfants, est venue de Ibaraki à la ville de Akaiwa, OKAYAMA
    Quand j'ai entendu dire que les réacteurs nucléaires avaient atteint le seuil critique, j'ai tout de suite emballé l'essentiel dans la voiture et je suis allée dans le département de Gunma, où vivent mes parents. Le réacteur n° 1 a explosé. Ce jour-là, ma fille beaucoup saigné du nez. Et le lendemain  ma nièce, mon frère et ma mère aussi ont saigné du nez. La distance entre Fukushima et Gunma est de 200 km, donc je n'avais pas prévu qu'une telle chose se produirait. Ensuite le gouvernement a interdit de commercialiser des légumes de Gunma. Quand nous sommes rentrés à Ibaraki, je savais que l'air, la mer et l'eau étaient contaminés.
    Je veux donner une nourriture saine à mes enfants! Je veux qu'ils jouent à l'extérieur à volonté ! En pensant à tout cela, j'ai décidé de déménager.
    Il y avait plusieurs options. J'ai choisi le OKAYAMA, parce qu'il est très loin du département de Fukushima, se trouve situé dans la même île de Honshuu et souffre rarement de catastrophes naturelles. Maintenant, mes enfants jouent librement, et nous vivons en paix.

 

Nous vivons ici au sein de réseaux amicaux.
    Mme Tayasu Eri, son mari et ses deux enfants, sont venus de Urayasu, Tshiba, à la  la ville de Tsuyama, OKAYAMA.
    En raison de l'accident nucléaire,  mon ancienne ville de Urayasu dans le Tshiba est devenue trop polluée. On a trouvé un bouquet d'arbustes dans un parc contaminé à 30 000 becquerels par kilogramme, mais la ville et le gouvernement étaient trop centrés sur l'économie. Je savais que nous seuls, les parents, pouvions protéger nos enfants. Pendant un an, nous avons réfléchi à notre avenir, et enfin avons cessé de travailler là-bas et décidé de déménager à OKAYAMA. L'année dernière, nous avons voyagé dans l'OKAYAMA pendant 10 jours pour trouver un endroit approprié, et quand nous avons vu les belles rivières de la ville de Tsuyama, j'ai cette ville. Maintenant, je travaille au bureau municipal. Nos enfants de 2 ans et 5 ans jouent joyeusement dans l'air frais. Nous sommes très heureux d'avoir déménagé ici.

 

 Je suis venue ici juste avant mon accouchement.

    Mme Watanabe et sa fille, sont venues de la ville de Iwaki, département de Fukushima, à la ville de Tamano, OKAYAMA.

 Mon mari va venir ici en août.
    En mars 2011, j'étais enceinte de 9 mois. Il y eu l'accident nucléaire. Je me suis réfugiée dans la maison d'une personne de ma parenté loin de la centrale dans le département de Fukushima. Là, je suis allée à  l'hôpital voisin, mais il a brusquement fermé. J'ai été choquée et je me sentais inquiète. Je devais trouver un hôpital où je pourrais mettre au monde mon bébé, et j'ai téléphoné à ma belle-sœur dans l'OKAYAMA. Le lendemain, je partais en train et en avion. Je n'avais rien, même pas de sous-vêtements.
    Dix jours après avoir trouvé un logement, j'ai donné naissance à mon bébé. Beaucoup de gens m'ont donné des vêtements et des objets de première nécessité pour mon bébé et moi. Un article à mon sujet est paru  dans un journal, et beaucoup de gens m'ont envoyé des lettres, des vêtements et des livres.  Deux années ont passé déjà, mais certains me rendent encore visite.

 

Je remercie OKAYAMA
     Mme J. avec deux enfants, est venue du département de Miyaghi à la ville de OKAYAMA
    En mars 2011, tous les jours des tremblements de terre se succédaient sans arrêt. Mes enfants ont été si terrifiés qu'ils se blottissaient constamment contre moi. Nous ne pouvions pas nous endormir facilement. A cause  de l’éventualité de grands tremblements de terre et de la maladie de mes enfants due à la radioactivité, j'ai décidé de faire tout ce que je pouvais, et j'ai déménagé à OKAYAMA.
    Ma maison dans le Miyaghi a été partiellement détruite. Habituellement, dans ces conditions les gens n'ont pas droit à un logement gratuit, mais la ville de  OKAYAMA, contrairement à d'autres villes, m'a charitablement attribué une maison. Je suis très reconnaissante à la ville de OKAYAMA.

 

Pourquoi OKAYAMA?
    OKAYAMA a accueilli 992 réfugiés, derrière Osako (1132) et Okinavo (1002). Elle occupe la troisième place parmi les 23 départements de l'ouest du Japon. Le professeur Gotoo Noriaki en analyse les raisons:
  1. Divers organismes pour aider les sinistrés ont été très tôt mis sur pied.
  2. Différents rapports ont été largement diffusés par Internet.
  3.  Des coordinateurs actifs mettent en relation ces organisations entre elles.
  4. Des relations amicales existent entre ces organisations et entre les anciens et nouveaux habitants.
  5. Le OKAYAMA est compact avec des villes relativement grandes, des espaces ruraux et des montagnes.
  6. OKAYAMA  est situé dans endroit commode,  avec des liaisons ferroviaires rapides et un réseau de lignes aériennes pour toutes les directions.
  7. Le climat y est doux avec une riche production agricole et des produits de la mer.

 

Cependant, beaucoup ne sont pas heureux.
    Ci-dessus ne s’exprimaient que des gens heureux, mais en réalité nombreux sont ceux qui souffrent. Le 26 août, le journal Fukushima-Minpoo a publié au sujet des souffrances des réfugiés les rubriques suivantes: "Graves sont les blessures du cœur - sentiment d'isolement, subsistance difficile et maladie." En voici le contenu:
"Le département de Fukushima a ouvert, en avril 2012, un «  Centre de soutien psychologique aux réfugiés ». Beaucoup de demandes y affluent. Plus de la moitié d'entre elles ont trait à l'insomnie et à l'inquiétude. Certains réfugiés souffrent de mélancolie ou d'alcoolisme. Plus se prolonge le séjour dans un lieu-refuge du département d’origine ou dans d'autres départements, et plus les problèmes de subsistance se multiplient. Selon une enquête menée en 2012 auprès de 66.014 personnes réfugiées dans 13 villes du département de Fukushima, 4 677 d’entre elles (7%) ont besoin d'aide pour leur stress mental. Le département envisage de mettre en place des centres similaires dans les départements de Yamagata, Niigata et Tokyo, où vivent au total 20 000 réfugiés ".

 

Décès liés à la catastrophe
   Au cours du tsunami ont péri 1 599 personnes dans le département de Fukushima, et plus tard, à cause du raz de marée et de l'accident nucléaire réunis, beaucoup se sont réfugiées dans des lieux qui leur étaient étrangers. En raison de mauvaises conditions dans les refuges, de séjours prolongés dans ceux-ci, de maladies et de suicides, déjà 1539 d’entre elles sont mortes dans le désespoir. Et comme 109 autres décès pourront être reconnus comme tels, il est clair que le nombre de « décès liés à la catastrophe » va dépasser celui des décès directement dus au tsunami.
    Les raisons de ces décès sont « la fatigue en refuge » (33,7%), « la fatigue pendant l'exode » (29,5%), « le manque de soins médicaux à cause de dysfonctionnement des hôpitaux » (14,5%) et« le suicide » (9 personnes, 1,2%).
    Le nombre de décès liés à la catastrophe dans les deux autres départements est de 423 (Iwate) et 869 (Miyaghi), donc le nombre de morts dans le Fukushima est beaucoup plus grand. En raison de l'accident nucléaire, les réfugiés restés à l'intérieur du Fukushima sont deux fois plus nombreux, et ils n'ont aucun espoir pour leur avenir.

 

 

L'accident nucléaire a détruit la vie paisible de beaucoup de gens, mais le gouvernement et le monde industriel ne se sentent pas coupables, au contraire  ils veulent continuer la dangereuse politique énergétique menée jusqu'à présent, dépendante de l'énergie atomique. Ils sont vraiment fous !
J'espère vraiment que ces réfugiés vivront tranquillement une nouvelle vie dans  le OKAYAMA et d'autres départements.

 

 

HORI Yasuo, traduit par Ginette MARTIN

(avec l'aide de Paul Signoret)

 

 

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L?Appel de Gen?ve II

«Dans les années 1970, on estimait le risque d’accident à une fois tous les cent mille ans. Pourtant à vingt-cinq ans d’intervalle, nous avons eu Tchernobyl puis Fukushima. En fait, la probabilité de tels accidents est complètement imprévisible, estime Ivo Rens, dépositaire de l’Appel. Sur les 400 réacteurs nucléaires actifs dans le monde, une majorité date des années 1970. Une catastrophe pourrait surgir n’importe où, n’importe quand.» (source)

 

Il y a trente-cinq ans, le premier « Appel de Genève » avait été lancé contre la centrale de Creys-Malville. Aujourd’hui, un nouveau groupe de physiciens, d’ingénieurs, de professeurs d’université et de responsables politiques interpelle les autorités suisses pour qu'elles décident de sortir sans délai du nucléaire. C’est la catastrophe de Fukushima qui a été le déclencheur de cette nouvelle initiative qui remet la question du risque technologique majeur sur le tapis. L’appel va bientôt être disponible en allemand, italien et anglais car le texte, de visée internationale, concerne tous les états nucléarisés. A ce titre, l’Appel de Genève II est ouvert à la signature de personnes de toutes nationalités. Un site dédié lui est désormais consacré.

L’Appel de Genève II

APPEL DE GENÈVE II

 

Appel aux autorités politiques

 

Les catastrophes nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima ont eu lieu à 25 ans d’intervalle.

 

Pourtant, on nous avait assuré que de tels accidents étaient quasiment impossibles ! Nos responsables politiques l’ont cru, et nous aussi. En réalité, la probabilité d’un tel accident est impossible à calculer. Mais elle fut estimée à une fois en cent mille ans. La triste vérité est que ce fut deux fois en vingt-cinq ans. Aujourd’hui, un peu moins de 400 réacteurs nucléaires sont en état de fonctionner dans le monde. La prochaine catastrophe se produira n’importe où, n’importe quand. Et l’état actuel de ces centrales vieillissantes ne peut qu’augmenter la probabilité d’une nouvelle catastrophe.

 

L’inventaire radioactif généré par ces installations est terrifiant : il peut exterminer chaque habitant de notre planète, et cela plusieurs dizaines de milliers de fois ! Il suffit qu’une infime fraction de cet inventaire s’échappe dans la nature pour provoquer une catastrophe. N’oublions jamais que tout ce qui peut arriver, finit par arriver … Tchernobyl et Fukushima en sont la double preuve.

 

Le seul et unique moyen d’éliminer ce risque est d’arrêter ces centrales, d’y entreposer les déchets qu’elles ont produits, d’extraire le combustible irradié et le conditionner dans un milieu approprié et dans des containers adéquats, puis de transformer le site en mausolée. Ces mausolées seront autant de témoignages évoquant, pour les générations futures, les conséquences des risques technologiques non maîtrisables.

 

Au lieu de tenter de nous faire oublier les catastrophes déjà subies, les Etats, les institutions internationales et les pouvoirs économiques devraient décider l’abandon du nucléaire pour aborder la transition vers le tout renouvelable, parfaitement en mesure d’assurer la relève, à condition que l’on cesse d’entraver son développement.

 

On ne peut pas prendre encore le risque d’un accident nucléaire meurtrier qui rendra inhabitable d’immenses territoires pendant des siècles, sous prétexte d’un besoin douteux en électricité. N’oublions pas que l’on a décidé de construire des centrales nucléaires pour ensuite se demander comment vendre le courant ainsi produit. Ce qui a conduit les compagnies d’électricité à promouvoir diverses aberrations énergétiques telles que le chauffage électrique, le développement inconsidéré de l’éclairage public, notamment.

 

Le nucléaire n’est pas une énergie renouvelable; son abandon est donc inéluctable.

 

Tout retard ne fait qu’augmenter le risque d’une prochaine catastrophe. Après Fukushima, le Japon a bien arrêté la quasi totalité de ses réacteurs : c’est donc possible !

 

C’est la seule attitude responsable. C’est notre seul moyen de limiter les problèmes insolubles que nous léguerons aux générations futures.

 

Genève, le 24 mai 2013

 

 

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Liste des signataires initiaux de l’Appel de Genève 2

• Pierre Lehmann, Physicien nucléaire
• Paul Bonny, Citoyen de Genève
• Ivo Rens, Prof. honoraire de l’Université de Genève
• Yves Lenoir, Ingénieur ­­
• Rémy Pagani, Maire de Genève
• Michèle Rivasi, Fondatrice de la CRIIRAD, Députée européenne Europe – Les Verts
• Wladimir Tchertkoff, Vice-Prés. Enfants de Tchernobyl-Bélarus
• Alexey V.Yablokov, Prof., Académie des sciences de Russie
• Anne-Cécile Reimann, Prés. ContrAtom, Genève
• Luc Recordon, Député au Parlement suisse
• Wataru Iwata, Citoyen japonais
• Michel Fernex, Prof. émérite, Faculté de Médecine, Bâle (Suisse)
• Roger Nordmann, Député au Parlement suisse
• Liliane Maury Pasquier, Députée au Parlement suisse
• Bruno Barillot, Lauréat du Nuclear Free Future Award 2010, Polynésie française
• Philippe Lebreton, Prof. honoraire, Université Lyon 1
• Victor Ruffy, anc. Président du Conseil national (Suisse)
• Jean-Robert Yersin, Député vaudois (Suisse)
• Robert J. Parsons, Journaliste
• Isabelle Chevalley, Députée au Parlement suisse
• Luc Breton, anc. Expert en radioprotection, Institut Suisse de Recherche Expérimentale sur le Cancer, Epalinges
• Yves Renaud, Diplômé du CNAM de Paris
• Jürg Buri, Directeur Fondation Suisse de l’Energie, Zurich
• Frédéric Radeff, Citoyen de Genève
• François Lefort, Prof. HES, Député au Grand Conseil (GE)
• Walter Wildi, Prof. géologie, Université de Genève
• Joel Jakubec, Pasteur de l’Eglise protestante de Genève
• Danielle Martinet, Citoyenne de Genève
• Cyril Mizrahi, ancien Constituant (GE)
• Manuel Tornare, Député au Parlemement suisse, ancien Maire de Genève
• Salima Moyard, Députée au Grand Conseil (GE)
• Guillaume Mathelier, Maire d’Ambilly
• Edouard Dommen, Ethicien
• Micheline Calmy-Rey, anc. Présidente de la Confédération suisse
• Renaud Gautier, Député au Grand Conseil de Genève
• Pierre Mercier, Prof. honoraire de l’Université de Lausanne

 

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