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	<title>CentPapiers &#187; Arts</title>
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	<description>Plateforme québécoise de journalisme citoyen</description>
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		<title>Be water, my friend&#8230;</title>
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		<pubDate>Sat, 07 Jan 2012 07:01:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Gaëtan Pelletier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il faut vider son esprit, être informe, sans contours – comme de l’eau Nous devons être en harmonie et non combattre les lois fondamentales de l&#8217;univers. Cela veux dire que nous ne devons rien faire qui n&#8217;est pas naturel ou spontané. Bruce Lee *** Qui donc veut s’attarder à Bruce Lee? Il est décédé à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a class="highslide" onclick="return vz.expand(this)" href="http://www.centpapiers.com/be-water-my-friend/91497/bruce-lee-2" rel="attachment wp-att-91498"><img class="alignnone size-medium wp-image-91498" title="Bruce Lee 2" src="http://www.centpapiers.com/wp-content/uploads/2012/01/Bruce-Lee-2-510x381.jpg" alt="" width="510" height="381" /></a></p>
<blockquote><p><span style="color: #993300;"><em>Il faut vider son esprit, être informe, sans contours – comme de l’eau</em></span></p>
<p><span style="color: #993300;"><em>Nous devons être en harmonie et non combattre les lois fondamentales de l&#8217;univers. Cela veux dire que nous ne devons rien faire qui n&#8217;est pas naturel ou spontané. Bruce Lee</em></span></p></blockquote>
<p>***</p>
<p>Qui donc veut s’attarder à Bruce Lee? Il est décédé à 32 ans d’une allergie à l’aspirine. Du moins dans la version officielle.<br />
En une si courte vie, il a réalisé ce que la plupart des gens ne réalisent pas : soi. Devenir unique. Après une maîtrise en philosophie, il occupa divers emplois pour vivre.<br />
Il étudia toutes les formes de combats pour créer le Jeet Kune Do.</p>
<blockquote><p>Le Jeet Kune Do, littéralement &laquo;&nbsp;La voie du poing qui intercepte&nbsp;&raquo; appelé aussi &laquo;&nbsp;JKD&nbsp;&raquo; est « simple, direct et efficace », disait son fondateur. Le principe est d&#8217;intercepter les mouvements de l&#8217;adversaire avant qu&#8217;il ne vous touche, arriver premier en partant second ; il n&#8217;y a pas de blocage ou de réponses en deux ou trois temps (le blocage et la frappe sont très souvent simultanés et se font en un seul mouvement, mais bien un seul mouvement/réponse exécuté dans le même temps soit une réponse la plus simple possible causant le plus de dommages à votre ou vos adversaires grâce à un minimum de mouvements.<a title="Wiki" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeet_Kune_Do"> http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeet_Kune_Do</a></p></blockquote>
<p>Avec un physique d’environ 1,70 m, 70 kg, il réussit à vaincre tous les grands combattants de l’époque et de toutes les formes d’art martiaux.<br />
<strong>Vous êtes votre pire ennemi…</strong><br />
J’écoutais ce midi un reportage concernant un psychologue qui utilise l’hypnose pour détendre ses étudiants. C’est tout dire du monde actuel, aux esprits enchevêtrés, stressés, fatigués, nerveux, apeurés.<br />
Nous vivons dans un monde de combat les uns contre les autres, les étudiants contre l’école, le citoyen contre l’État, les travailleurs contre les compagnies.<br />
Dans le domaine de l’éducation, les échecs scolaires ne sont pas des échecs scolaires, ce sont les échecs du système scolaire qui tresse les échecs humains. Rien de moins. Et de ce fait, il perpétue et contribue à la fabrication d’échecs qui devront être réparés plus tard.<br />
Les méthodes occidentales d’enseignement a pour but de bricoler des clones.<br />
Et cela, assis, avec un ordinateur, l’enseignement dirigé vers une réussite sociale qui passe par la carrière.<br />
Mais que fait Bruce Lee ici?<br />
Un petit chinois qui a été acteur le temps de quelques films.<br />
Il a tout simplement compris que la réalisation d’une vie est la réalisation de soi. Peu importe la discipline que vous utilisez, l’important est de ne pas être utilisé pour n’être qu’une pièce de viande mobile au service d’une compagnie, d’un conglomérat dont le seul but est de vous faire œuvrer pour un compte en banque, un placement, bref, un amoncellement de biens ou un vol de vos avoirs.<br />
Les esclaves sont bien habillés, ont un beau logis…<br />
L’intérieur est une guenille. Une guenille à planchers.<br />
<strong>Que faire?</strong><br />
Peu importe si les génies comme Stephen Hawkins « démontre » que l’Univers peut se passer d’un dieu, nous ne pouvons nous passer de « nous ». De notre unicité, notre authenticité et, surtout, notre bonheur. Alors, il faut cesser de s’écraser devant ses gurus séchés et découvrir le monde de par l’intérieur.<br />
De par les arts, ou tout autre moyen qui vous révélera qu’il n’y a pas de créature qui soit « mécanique ».<br />
Le but : retrouver l’instinct, l’intuition.<br />
Le premier moyen est de s’adonner au doute de ces génies attelés à la mécanique de l’univers, y cherchant un Dieu. Avant ou après le Big Bang. Temps ou sans temps?<br />
Poésie, yoga, arts martiaux, peinture, etc<br />
En occident, les buts sont dirigés ailleurs qu’en vous. Ils sont utilisés pour d’autres.<br />
J’ai pratiqué la course, le yoga, la poésie, la musique pour la simple raison que toutes ces formes d’art ne servent en fin de compte qu’à découvrir votre propre identité. Car chacun est unique.<br />
Le but n’est pas de « gagner » ou d’être le meilleur. Le but est de découvrir à travers ces arts votre être véritable, mais également d’être bien dans cette existence du ventre de votre mère jusqu’au tombeau.<br />
Car tout tracé est le même.<br />
À moins que vous vous décidiez un jour à franchir la porte de l’esclavage, et à faire fondre les barreaux de tous ces savants, de tous ces faux systèmes qui vous séparent pour régner. Mais d’une manière destructrice pour la singularité de votre être.<br />
La liberté c’est de ne pas être détruit par une formule qui vous fige. C’est là l’art de Bruce Lee. Et dans la simplicité.<br />
Écrire un poème demande un équilibre entre la structure et les découvertes inconscientes des liens unissant des concepts.<br />
Les échecs sont aussi importants que les réussites, car sans eux, les réussites ne seraient pas ce qu’elles sont.<br />
On apprend à marcher à quatre pattes avant de courir.<br />
Vous êtes le but. Point.<br />
Et c’est là le grand problème des sociétés actuelles : le développement d’un être chétif, inquiet, brisé, malade. De plus, il vous rend coupable des ratés que l’on vous projette.<br />
L’oubli ou la maladresse des sociétés est de ne pas tenir compte de la cellule de société que vous êtes.<br />
<strong>La simplicité</strong><br />
La simplicité, découverte de Bruce Lee dans son art s’est finalement résumée en deux points se rejoignant : la défensive et l’attaque. La défensive et l’attaque doivent se faire en même temps.<br />
Pour vous défendre d’un système abusif, votre seule défensive est de vous sortir des étaux et des modèles faux ou travestis en « vérité ».<br />
Le seul moyen est de vous adonner à une activité qui vous aidera à vous concentrer pour échapper à cette agitation louangée qu’on définit comme « action ».<br />
La seule action véritable est efficace ne se trouve que dans la simplicité acquise par une pratique assidue d’un art.<br />
Alors, vous risquez d’être étonnamment efficace.<br />
Comme disait Bruce Lee : « Je ne crains pas un homme qui a appris 10,000 mouvements, je crains un homme qui a pratiqué le même mouvement 10,000 fois. »</p>
<p><strong>De la théorie à la pratique</strong><br />
La théorie est facile. La pratique l’est moins. Car toutes ces pratiques doivent devenir constantes dans le quotidien au sens où votre esprit, une fois calmé, aura compris qu’il vient enfin vous libérer de votre pire ennemi : vous.<br />
Si Dieu n’existe pas et que vous croyez à Hawkins ou à Obama ( nous allons passer M. Harper), vous existez.<br />
Je pense qu’on meure tous comme une œuvre inachevée…<br />
En attendant, pour saisir la grande complexité de la vie, pour le bien être, il faut bien commencer par quelque chose.<br />
Et comme nous sommes tous pressés, il faut une entrée pour relever un peu notre appétit d’exister en récupérant notre pouvoir de calmer notre esprit et de mettre au point un corps un peu brisé par sa « lutte contre les autres ».<br />
Je vous conseilles <a href="http://http://explo-medit.tripod.com/go/id66.html">Les cinq tibétains . </a><br />
<br title="Les cinq tibétains." /><strong>La rigidité tue.</strong><br />
Il faut apprendre le principe et l’action de la fluidité :<br />
Be water, my friend…<br />
C’est lutter contre la fabrication des robots que nous sommes devenus où qu’on veut nous faire devenir.<br />
Il n’existe pas ou peu d’écoles pour « exister ».<br />
Commencez par bâtir la vôtre…<br />
Vous êtes l’école et le maître.<br />
On vous l’a simplement caché.</p>
<p><a class="highslide" onclick="return vz.expand(this)" href="http://www.centpapiers.com/be-water-my-friend/91497/water-2" rel="attachment wp-att-91499"><img class="alignnone size-full wp-image-91499" title="Water" src="http://www.centpapiers.com/wp-content/uploads/2012/01/Water.jpg" alt="" width="399" height="304" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>L&#8217;astrophysicien Stephen Hawking défie la science</strong><br />
<a title="Stephen Hawkins" href="http://http://www.cyberpresse.ca/sciences/201201/06/01-4483464-lastrophysicien-stephen-hawking-defie-la-science.php">Stephen Hawkins   </a></p>
<p>Be water, my friend&#8230;</p>
<p>_____________</p>
<p>Gaëtan Pelletier, 7 Janvier 2012.</p>
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		<title>Memories mirror par Tom Hussey</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Dec 2011 05:00:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>saby</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://4.bp.blogspot.com/-yyPtMmii8Zc/TfT_BvP6I3I/AAAAAAAADBk/enKSgLU-5e4/s1600/mirror_of_memories_640_08.jpg"><img src="http://4.bp.blogspot.com/-yyPtMmii8Zc/TfT_BvP6I3I/AAAAAAAADBk/enKSgLU-5e4/s640/mirror_of_memories_640_08.jpg" alt="" width="640" height="426" border="0" /></a></p>
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<p><a name="more"></a></p>
<div><a href="http://2.bp.blogspot.com/-JR5RaLiWR8I/TfT_HvO9y4I/AAAAAAAADBs/9YwWBdMJiwM/s1600/mirror_of_memories_640_02.jpg"><img src="http://2.bp.blogspot.com/-JR5RaLiWR8I/TfT_HvO9y4I/AAAAAAAADBs/9YwWBdMJiwM/s640/mirror_of_memories_640_02.jpg" alt="" width="640" height="426" border="0" /></a></div>
<p>&nbsp;</p>
<div><a href="http://3.bp.blogspot.com/-cHX8iHc58FA/TfT_KuD00II/AAAAAAAADBw/kA1VM873PO4/s1600/mirror_of_memories_640_03.jpg"><img src="http://3.bp.blogspot.com/-cHX8iHc58FA/TfT_KuD00II/AAAAAAAADBw/kA1VM873PO4/s640/mirror_of_memories_640_03.jpg" alt="" width="640" height="426" border="0" /></a></div>
<p>&nbsp;</p>
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<p>&nbsp;</p>
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<p>&nbsp;</p>
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<p>&nbsp;</p>
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		<title>La nostalgie en mémoire vive ( c&#8217;était mieux avant)</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Nov 2011 05:00:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>owni</dc:creator>
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		<description><![CDATA[C’est un truc de génération que l’ensemble de mes expériences culturelles importantes aient été, d’une manière ou d’une autre, non-numériques. J’ai vu mon film préféré (Alien) dans une salle de cinéma. J’ai lu mon livre favori (Portrait de femme) en format papier. Mon premier album préféré, Out of the Blue, des E.L.O., et mon second [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="the_content">
<p><img title="jukebox-nicolapattounien-musique.numerique-1" src="http://owni.fr/files/2011/11/jukebox-nicolapattounien-musique.numerique-11.jpg" alt="" width="645" height="430" /></p>
<p>C’est un truc de génération que l’ensemble de mes expériences culturelles importantes aient été, d’une manière ou d’une autre, non-numériques. J’ai vu mon film préféré (<em>Alien</em>) dans une salle de cinéma. J’ai lu mon livre favori (<em>Portrait de femme</em>) en format papier. Mon premier album préféré, <em>Out of the Blue</em>, des E.L.O., et mon second album préféré, <em>Life’s Rich Pageant</em> de R.E.M. (désolé pour les acronymes, je ne sais pas d’où ça me vient) furent achetés et consommés, abondamment, sur vinyle. Et les concerts – que ce soit Iron Maiden au Hammersmith Odeon ou Blur au Brixton Academy, au cas où vous poseriez la question – furent mes expériences les plus analogiques et les plus uniques de toutes.</p>
<p>Maintenant que je vieillis, que cette époque s’éloigne et qu’une nostalgie naissante me submerge, je suis de plus en plus convaincu que l’<em>exceptionnalité</em> analogique même de ces expériences participe de leur profondeur, et sert également à les graver dans mon esprit. Et je me demande si la particularité de ces expériences est elle-même absolument unique. Est-ce même encore possible de vivre des expériences uniques ? Dans un monde de choix infinis, d’accessibilité massive et d’appareils de lecture omniprésents, toute expérience culturelle est-elle condamnée à être moins significative, plus éphémère – <em>amaigrie</em> ?</p>
<h2>Des expériences sans saveur</h2>
<p>J’avoue être un peu hanté par cette question. J’ai passé les quinze dernières années à exercer dans les médias numériques, où j’ai été un raseur de première et un militant régulier en faveur des énormes bénéfices humains apportés par les réseaux et les contenus digitalisés. Wikipédia, les e-mails, Twitter, les informations en temps réel, YouTube, l’apprentissage à distance, la banque en ligne et le shopping – la somme des choses qui, je crois, ont rapetissé le monde et l’ont rendu plus interconnecté et plus <em>libre</em> est extraordinaire.</p>
<p>Et oui, iTunes est merveilleux, tout comme le Kindle, et de même l’iPod et l’iPhone. Tous ont fourni un avantage immense à l’achat et la consommation de culture. Pouvoir télécharger <em>Guerre et Paix</em> instantanément sur un objet de la taille d’une pochette de DVD est un miracle, et demeure, j’en suis persuadé, une bonne chose pour l’édition littéraire en tant qu’industrie.</p>
<p>Et pourtant, pourtant…</p>
<p>Lisons ceci d’Anthony Lane, <a href="http://www.newyorker.com/arts/critics/cinema/2011/11/07/111107crci_cinema_lane?currentPage=2" target="_blank">sur la croissance de la vidéo à la demande</a> [en] :</p>
<blockquote><p>Il n’y a qu’un seul problème avec le home cinéma : il n’existe pas. Son appellation même est un oxymore. Dès lors que vous interrompez votre film pour ouvrir la porte ou aller chercher un Coca, l’expérience cesse d’être du cinéma. L’acte même de choisir l’heure du visionnage signifie que vous avez cessé d’être dans la salle de cinéma. Le choix – de préférence un menu exhaustif – définit assez bien notre statut de consommateurs, et fut pendant longtemps un dogme inamovible de la fête capitaliste, mais en vérité la <em>carte blanche</em> ne peut en aucune manière guider une vie culturelle (ou tout autre forme de vie d’ailleurs), et s’il existe bien une chose qui nourrisse l’expérience théâtrale, de l’Athènes d’Eschyle au multiplex, c’est l’élément de contrainte. Quelqu’un d’autre décide quand le spectacle commence ; on peut décider si on y assiste, mais une fois qu’on est assis on y adhère et on éteint sa volonté. Il en va de même avec les gens qui sont autour de nous, que nous ne connaissons pas et auxquels nous ne ressemblons que dans notre désir caché d’en savoir davantage sur ce qui sera dévoilé en public, sur la scène ou sur l’écran. Nous sommes des étrangers en communion, et une fois que le pacte populeux et intime est cassé, le charme rompt. Les festivités sont terminées.</p></blockquote>
<p>Je trouve que son idée de contrainte est intéressante, mais pas tout à fait exacte. Je pense que c’est davantage une question d’efforts à produire pour faire une chose, l’attention que nous y investissons et, de manière cruciale, <em>l’exceptionnalité</em> de l’expérience qui donnent à la culture sa résonance. Se trouver au cœur de la foule est une expérience unique. Recevoir un peu de culture en cadeau également ; nous avons vraiment perdu cet art de donner de la musique aux autres lors du passage au numérique – déballer un cadeau de la taille d’un album était l’une des choses les plus épouvantablement excitante au monde. Recevoir un code iTunes à rentrer dans un logiciel est impossiblement comparable. Et ne me branchez pas sur le charme oublié des compilations…</p>
<h2>L’exception comme référence</h2>
<p>Lorsque la culture est instantanément accessible et disponible, elle perd en éclat ce qu’elle gagne en démocratie. En partie parce qu’elle se dégrade qualitativement ; nous cédons sur des hautes et basses fréquences pour arranger les affaires du MP3. Mais je pense que c’est une fausse piste. Je ne crois pas que les hommes de mon âge (et c’est quasiment <em>toujours</em> les hommes) soient de plus en plus obsédés par le vinyle et l’encodage sans perte uniquement à cause de la qualité sonore. Je crois qu’ils sont à la poursuite d’une expérience unique. Je pense qu’ils veulent que la culture soit plus difficile d’accès, plus <em>incommodante</em>, car de cette manière sa consommation deviendrait davantage un événement. Que la culture paraisse davantage <em>signifier</em>.</p>
<p><a title="Adam's Record Collection de Adam Melancon, sur Flickr" href="http://www.flickr.com/photos/melancon/2900608890/" target="_blank"><img title="disques-vinyl-analogique-numerique-musique" src="http://owni.fr/2011/11/15/files/2011/11/disques-vinyl-analogique-numerique-musique-e1320848018349.jpg" alt="" width="638" height="408" /></a></p>
<p>J’avais déjà en tête ces différents points lorsque j’ai lu ceci plus tôt dans la journée. Cela provient de l’incomparable livre de Michael Pollan <a href="http://michaelpollan.com/books/the-botany-of-desire/" target="_blank"><em>The Botany of Desire</em></a> [en]. Il y parle de cannabis et de son influence sur la musique :</p>
<blockquote><p>Tous ceux qui écrivent sur l’effet du cannabis sur la conscience parlent des changements sur la perception qu’ils expérimentent, et spécifiquement d’une intensification de tous les sens. Une nourriture commune devient meilleure, une musique familière est soudainement sublime, un contact sexuel révélateur. Les scientifiques qui ont étudié le phénomène n’observent chez les sujets sous effet de marijuana aucun changement quantifiable dans l’acuité visuelle, auditive ou tactile, pourtant ces gens reportent invariablement qu’ils voient, entendent ou sentent les choses avec une nouvelle finesse, comme s’ils avaient de nouveaux yeux, de nouvelles oreilles et de nouvelles papilles gustatives.</p>
<p>Vous savez ce que c’est, cette italicisation de l’expérience, cette <em>préhension</em> en apparence virginale du monde des sens. Cette chanson, vous l’avez entendue des centaines de fois auparavant, mais désormais vous l’entendez soudainement toute à sa beauté perceuse d’âme, la douce émotion sans fond de la ligne de guitare est comme une révélation, et pour la première vous comprenez enfin, vous comprenez <em>vraiment</em>, ce que Jerry Garcia voulait dire dans chacune de ses notes, sa lente improvisation maléfique et enjoué, délivrant quelque chose de très proche du sens de la vie directement dans <em>votre</em> esprit.</p></blockquote>
<p>J’adore cette expression d’<em>italicisation de l’expérience</em>, c’est exactement ce dont je parle ici. Je soutiens que la culture numérique a retiré beaucoup d’italicisation (quand bien même ça ne sauterait pas aux yeux dans ce billet). Les expériences sont devenues omniprésentes mais reproductibles à l’envi, exactement comme un fichier musical est devenu reproductible à l’infini. Spotify nous ouvre un monde entier de musique, au détriment de la qualité sonore (évidemment) mais également au détriment d’une mémorable découverte et d’une profonde et mémorable <em>préhension</em>. J’ai tenté d’écouter un album sur Spotify, je ressens cette sorte d’insatisfaction nauséeuse que je ressens après m’être enfilé un plat tout prêt au micro-ondes.</p>
<p>Cela arrive aussi à un niveau industriel. Je ne me souviens pas où je l’ai lu, mais quelqu’un a écrit récemment qu’il n’y aurait jamais un autre Bruce Springsteen, non pas que son talent ne puisse être répliqué, mais parce que Bruce est tout autant notre <em>expérience partagée</em> de Bruce qu’il est un artiste, indivis. Le revers des barrières hautes comme des falaises postées à l’entrée de l’industrie musicale pré-numérique, c’était que ceux qui ont touché un public sont devenus massifs par nécessité, parce que notre appétit de musique était énorme alors que l’offre était délibérément maîtrisée. Bruce était héroïne et diamants, précieux, rare et addictif, mais l’intensité de cette expérience est partie à jamais. Nous l’avons échangé contre quelque chose d’autre.</p>
<p><img title="Bruce-Springsteen-concert" src="http://owni.fr/files/2011/11/Bruce-Springsteen-concert-e1320852666187.jpg" alt="" width="640" height="426" /></p>
<p>(Cela ne signifie pas que l’<em>immensité</em> majestueuse de ces groupes pré-numériques n’était pas un peu répugnante. Après tout ils sont devenus riches en donnant libre cours à leur passe-temps. Mais il y <em>avait</em> quelque chose de majestueux de faire partie d’une communauté les vénérant. Il y avait. Et la taille de la communauté n’avait pas d’importance. Il n’existe pas plus dévoué qu’un fan de The Fall).</p>
<p>Alors pour quoi avons-nous échangé tout ça, et est-ce que ça valait le coup ? Nous avons le confort. Nous avons du choix. Nous l’avons pour moins cher (mais dépensons-nous moins en culture et en loisirs ? Certainement pas, je dirais. Sans doute davantage). Parfois et pour certains nous avons acquis la capacité d’adapter et de remixer la culture pour créer du nouveau. Pour ceux qui créent, les outils sont devenus omniprésents et les barrières hautes comme des falaises se sont effondrées dans la mer.</p>
<p>Toutes ces choses ont de la valeur. Ce qu’elles valent pour vous valent différemment pour moi. D’aucuns croient (avec une ferveur toute religieuse) que cette capacité d’une quantité croissante de gens à créer du contenu et à remixer le contenu des autres est l’aube concrète d’un nouvel âge de la culture humaine, une ère dans laquelle nous devenons tous des créateurs et à travers laquelle nos efforts combinés génèrent quelque chose de sublime.</p>
<h2>Réintroduire de la rareté</h2>
<p>Peut-être est-ce vrai – bien qu’il ne se soit encore rien passé. C’est une vision magnifique mais également, dorénavant, qui requiert un sacré acte de foi – en particulier pour ceux de la génération pré-numérique qui ont modelé toute leur carrière à une époque où la demande excédait l’offre. Mais je crois également que nous devrions prendre garde à préserver au moins un peu de ce qui a rendu la culture pré-numérique si passionnante.</p>
<p>On voit bien que des gens commencent à le faire. J’ai l’impression (bien que je n’ai pas de données chiffrées à ce sujet) que les groupes de lecture sont plus populaires que jamais, les gens cherchant à répéter un sens plus communautaire de la lecture alors que de plus en plus de titres sont disponibles – réintroduisant ainsi la rareté, comme dans le temps. Un de mes amis rassemble tous les mois un groupe d’enregistrement, où les participants choisissent une sélection de morceaux et les jouent aux autres, ils boivent du vin, discutent de musique et partagent en général un bon vieux moment. Des gens se rendent à des festivals littéraires, paient de fortes sommes d’argent pour des tickets de concert, s’abreuvent de plus en plus de culture et revoient des spectacles.</p>
<p>La manière dont les jeunes consomment la musique aujourd’hui est également intéressante. Mes deux enfants (maintenant adolescents) font exactement la même chose. Ils trouvent de la musique rapidement et efficacement, souvent à travers le prisme de la radio et de leurs amis (pas de grand révolution culturelle <em>jusque là</em>). Ils établissent des listes de lecture. Puis ils écoutent ces <em>playlists</em>, encore, encore et encore. Le compteur sur mon iTunes m’indique que ma fille peut écouter le même morceau plus de dix fois dans la soirée. Cela signifie qu’ils continuent à explorer la musique en profondeur. Ils le font juste sur du matériel restituant une qualité sonore inférieure et (c’est crucial) ils font autre chose en même temps. Principalement bavarder en ligne.</p>
<p>Pour nous autres, réfugiés de l’âge sombre pré-numérique, c’est comme un retour en arrière. Retour vers un temps où nous partagions davantage de moments culturels, quand des dizaines de millions de Britanniques regardaient ensemble la diffusion de <em>Morecambe and Wise</em>, quand il n’y avait rien à la télévision le dimanche après-midi et que nous étions forcés, oui, <em>forcés</em>, d’écouter <em>Out of the Blue</em> encore et encore, parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire. Conséquence de quoi nous connaissions chaque changement d’accord, chaque note de basse, chaque déformation de cordes, tout comme nous connaissions les couleurs de nos devantures de maison.</p>
<p>&nbsp;</p>
<hr />
<p>Billet original paru sur <a href="http://www.lloydshepherd.com/2011/10/31/are-digital-networks-killing-culture/" target="_blank">le blog de Lloyd Shepherd</a> sous le titre “<em>A post about the old days when everything was great</em>“.<br />
Photos via Flickr <a href="https://secure.flickr.com/photos/manu_gt500/3785983621/in/set-72157626830837208/" target="_blank">Sister 72</a>[cc-by-nc-nd], <a href="http://www.flickr.com/photos/melancon/" target="_blank">Adam Melancon</a> [by-nc-sa] et <a href="https://secure.flickr.com/photos/wonker/2537696293/sizes/l/in/photostream/">Wonker</a> [cc-by].<br />
Traduction : <a href="http://twitter.com/nicolaspatte" target="_blank">Nicolas Patte</a></p>
</div>
<p>&#8212;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><iframe src="http://www.youtube.com/embed/gfGD94CchJU?feature=player_embedded" frameborder="0" width="640" height="360"></iframe></p>
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		<title>VLB : Je crie, j&#8217;écris, je décris</title>
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		<pubDate>Wed, 09 Nov 2011 05:00:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Gaëtan Pelletier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Photo. Monique Dionne, Info Dimanche. Le prolifique écrivain, dramaturge et éditeur de 66 ans reçoit une bourse de 100 000 $. Le prix Gilles-Corbeil est remis tous les trois ans par la Fondation Émile-Nelligan. Le jury, présidé par Lise Bissonnette, était composé notamment de l&#8217;auteur et animateur de radio Stanley Péan. « Victor-Lévy Beaulieu est le maître des tonalités, nous enveloppe [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a class="highslide" onclick="return vz.expand(this)" href="http://www.centpapiers.com/je-crie-jecris-je-decris/86415/victor-l-beaulieu" rel="attachment wp-att-86416"><img class="alignnone size-medium wp-image-86416" title="Victor L Beaulieu" src="http://www.centpapiers.com/wp-content/uploads/2011/11/Victor-L-Beaulieu-510x352.jpg" alt="" width="510" height="352" /></a></p>
<p>Photo. Monique Dionne, Info Dimanche.</p>
<blockquote>
<p id="contentMain_contentMain_DocumentChapitres1_rptChapitres_ctl00_0_rptParagraphes_0_pTexte_2"><strong>Le prolifique écrivain, dramaturge et éditeur de 66 ans reçoit une bourse de 100 000 $.</strong></p>
<p id="contentMain_contentMain_DocumentChapitres1_rptChapitres_ctl00_0_rptParagraphes_0_pTexte_3"><strong>Le prix Gilles-Corbeil est remis tous les trois ans par la Fondation Émile-Nelligan. Le jury, présidé par Lise Bissonnette, était composé notamment de l&#8217;auteur et animateur de radio Stanley Péan.</strong></p>
<p id="contentMain_contentMain_DocumentChapitres1_rptChapitres_ctl00_0_rptParagraphes_0_pTexte_4"><strong>« Victor-Lévy Beaulieu est le maître des tonalités, nous enveloppe d&#8217;une poésie aux rondeurs classiques ou nous heurte d&#8217;une langue hachurée, claquée sur les traîtrises de notre temps », a déclaré Lise Bisonnette, la présidente du jury, lors de la remise du prix.</strong></p>
<p id="contentMain_contentMain_DocumentChapitres1_rptChapitres_ctl00_0_rptParagraphes_0_pTexte_5"><strong>Victor-Lévy Beaulieu, dont certains romans ont été portés à l&#8217;écran comme <em>Race de monde</em>, n&#8217;avait pas reçu de récompense significative depuis 1976, année où il avait remporté le Prix du gouverneur général du Canada pour <em>Don Quichotte de la démanche</em>.</strong></p>
<p id="contentMain_contentMain_DocumentChapitres1_rptChapitres_ctl00_0_rptParagraphes_0_pTexte_6"><strong>Celui qui se définit comme un habitant de Trois-Pistoles se dit honoré par cette distinction que plusieurs qualifient de Nobel québécois de littérature.</strong></p>
<p>***</p></blockquote>
<p>Je ne suis pas accoutumé à me retrouver devant l&#8217;une de mes grandes feuilles de notaire, mon stylo-feutre à la main, pointé vers le ciel plutôt que vers le papier. C&#8217;est que je ne trouve pas quoi dire, surtout pas pourquoi, à l&#8217;âge de 14 ans, j&#8217;ai décidé que je serais écrivain. Peut-être est-ce au fond très simple: je n&#8217;ai pas eu à choisir, puisqu&#8217;on n&#8217;écrit pas par choix, mais parce qu&#8217;on n&#8217;a pas le choix.</p>
<p>Rien ne me destinait à l&#8217;écriture: je suis le sixième d&#8217;une famille de treize enfants, pour laquelle la simple survie exigeait tant de labeur que toute son énergie vitale y passait. Le seul livre de mon enfance dont j&#8217;ai gardé mémoire est la première édition des Poésies d&#8217;Émile Nelligan qui trônait, solitaire, sur le piano chez mes grands-parents paternels. Pourquoi cet ouvrage était-il là et pourquoi ma grand-mère mettait-elle entre les pages ces coupures de journaux dans lesquelles il était question du poète? Parce que la mère de Nelligan, née Hudon dit Beaulieu, était apparentée à notre famille et qu&#8217;on compatissait au chagrin qu&#8217;elle avait éprouvé quand on dut interner son fils. Seule ma grand-mère avait le droit de prendre et d&#8217;ouvrir l&#8217;ouvrage de Nelligan. L&#8217;a-t-elle lu? Je suis certain que non. Et pourquoi ne l&#8217;a-t-elle pas fait? Parce que c&#8217;est en écrivant que Nelligan était devenu fou et que cette maladie-là, comme tant d&#8217;autres, pouvait être contagieuse. Même sans lire ou écrire, certains membres de notre famille ne vacillaient-ils pas sur leurs pieds et ne risquaient-ils pas de passer, furieusement, de l&#8217;autre côté du miroir?</p>
<p><strong>Le tout-possible d&#8217;un roman</strong></p>
<p>Je commençai à lire à mon adolescence quand, laissant le petit village de Saint-Jean-de-Dieu derrière nous, nous nous retrouvâmes, ma famille et moi, à Morial Mort. Je n&#8217;ai pas besoin d&#8217;expliquer pourquoi je lus d&#8217;abord la poésie québécoise avant de découvrir Léo-Paul Desrosiers, Félix Leclerc, Yves Thériault et Jacques Ferron. J&#8217;aurais bien aimé devenir poète, je m&#8217;y suis essayé, mais en vain: comme l&#8217;a si bien dit Miron le Magnifique, il n&#8217;y a pas de poème quand celui-ci n&#8217;est pas l&#8217;objet d&#8217;une seule idée, d&#8217;une seule métaphore. Je n&#8217;étais pas de ce côté-là des choses: les poèmes que j&#8217;écrivais, alors que j&#8217;avais quatorze ans, faisaient deux cents pages! Aucune idée poétique, aucune métaphore poétique ne peuvent avoir deux cents pages!</p>
<p>Mais dans un roman, tout cela est possible. Je l&#8217;ai compris en lisant Les misérables et Les travailleurs de la mer de Victor Hugo. Je me souviens de ce que ma mère me disait quand je déballais les gros ouvrages du bonhomme Hugo sur la table de la cuisine: «Si tu lis toutes ces folleries-là, tu vas finir tes jours à Saint-Jean-de-Dieu!» Je répondais alors à ma mère: «Lequel, Mam? Le Saint-Jean-de-Dieu qui est un asile dans le bout de l&#8217;île du Grand Morial ou l&#8217;autre, ce petit village du Bas-du-Fleuve où tu es née?»</p>
<p>Quand je fus atteint par la poliomyélite à l&#8217;âge de dix-neuf ans, dans la partie gauche de mon corps, celle avec laquelle j&#8217;écrivais, mes parents auraient voulu que je voie cela comme un avertissement que le ciel m&#8217;envoyait. J&#8217;y vis plutôt le signe que je devais me consacrer totalement à l&#8217;écriture. On ne savait pas en ce temps quelles pouvaient être, à long terme, les conséquences de cette maladie, sauf qu&#8217;elle risquait de vous clouer à un fauteuil roulant, et dépouillé de toute énergie vitale, une fois le cap de la quarantaine dépassé.<br />
<strong><br />
Les mots qui voulaient surgir<br />
</strong><br />
J&#8217;ai donc vécu avec cette angoisse-là tout le temps de ma jeunesse, ce qui m&#8217;a imposé ce sentiment d&#8217;urgence qu&#8217;il me fallait tout dire, et le plus rapidement possible, avant que ne s&#8217;effondre mon énergie vitale. Et j&#8217;en avais beaucoup à crier, à écrire, à décrire, bien davantage que je ne le pensais moi-même. Par ailleurs, j&#8217;ai toujours cru que pour réussir dans quoi que ce soit, il faut d&#8217;abord naître sous une bonne étoile. Je suis venu au monde le jour même de la fin de la Seconde Guerre mondiale, quand Américains et Japonais ont mis bas les armes, ce 2 septembre 1945, à 7 h 43 précisément. J&#8217;imagine le soulagement que cela a dû être pour ma mère et pour mon père d&#8217;entendre à la radio une telle nouvelle tandis que je poussais mes premiers cris. Bien sûr, nous resterions pauvres, mais l&#8217;est-on vraiment et absolument quand la paix, si improbable, redevient réalité?</p>
<p>Mon enfance, je l&#8217;ai traversée comme on la traverse quand on est né sous une bonne étoile, au milieu d&#8217;une nombreuse famille pour laquelle le Québec était son pays depuis 1637. Cette famille-là me donna 276 cousines et cousins. C&#8217;était dans un monde tricoté serré, du genre de celui que porte la mémoire profonde des choses. Et les gens de ma famille avaient une mémoire phénoménale et j&#8217;ai eu ce grand privilège d&#8217;en hériter. Je n&#8217;avais pas besoin d&#8217;apprendre, puisque ça se savait déjà; je n&#8217;avais pas besoin de retenir, puisque ça se détenait déjà.</p>
<p>Je n&#8217;ai donc pas de mérite à avoir écrit autant: c&#8217;était simplement là, au coeur de la mémoire familiale, et ça ne demandait qu&#8217;à surgir. Il en est des écrivains comme des cours d&#8217;eau: il y a des ruisseaux, des rivières, des lacs, des fleuves et des océans. Pas plus que les cours d&#8217;eau ne choisissent la nature de ce qu&#8217;ils sont, les écrivains ne choisissent la nature de leur écriture: ça s&#8217;écrit ainsi parce que ça ne peut pas s&#8217;écrire autrement.</p>
<p>Jacques Ferron m&#8217;a appris que nous venons tous d&#8217;un bout de rang, d&#8217;une petite rue, d&#8217;un semblant de village, d&#8217;une ville qui est parfois même une métropole, d&#8217;une province et, quand tout cela se lie et se relie, d&#8217;un pays. Toujours parce que je suis né sous une bonne étoile, j&#8217;ai vécu là où tous les Québécois ont vécu, de l&#8217;arrière-pays abandonné à lui-même au coeur d&#8217;un Grand Morial en effervescence. J&#8217;ai aussi voyagé, dans la réalité de pays que je voulais connaître, dans l&#8217;imaginaire de pays que je n&#8217;étais pas en mesure de connaître. Les oblats missionnaires de ma famille m&#8217;ont initié à l&#8217;Afrique et à la Papouasie, les soeurs missionnaires de ma famille m&#8217;ont initié à l&#8217;Amérique du Sud, les tantes et les oncles aubergistes de ma famille m&#8217;ont initié à l&#8217;Irlande, à l&#8217;Écosse et à la Bretagne, les migrants de ma famille m&#8217;ont initié à l&#8217;Ouest canadien, à la Nouvelle-Angleterre, au Colorado et à la Louisiane.</p>
<p><strong>Riche est notre langue</strong></p>
<p>Vous comprendrez que, venant d&#8217;une telle famille, je n&#8217;ai jamais compris qu&#8217;on ait pu parler du temps de mes ancêtres, du temps de ma mère et de mon père, du temps de mon enfance et de celui de mon adolescence, comme étant ceux de l&#8217;enfermement, pour ne pas dire ceux de la Grande Noirceur. S&#8217;il n&#8217;y avait pas eu dans ma famille cette curiosité par-devers l&#8217;étranger, curiosité qu&#8217;on a su me transmettre, croyez-vous que j&#8217;aurais été autant fasciné par Victor Hugo, Jack Kérouac, Herman Melville, Léon Tolstoï, James Joyce et, maintenant, Friedrich Nietzsche? À l&#8217;origine de tout pays, le cannibalisme est une nécessité, comme l&#8217;enseigne ce dieu grec que fut Dionysos. En dévorant les autres, on se les approprie, on élargit le champ de sa conscience qui, seule, est en mesure d&#8217;apporter une plus grande beauté au monde dans lequel on vit.</p>
<p>Cette plus grande beauté-là, c&#8217;est par le langage qu&#8217;elle s&#8217;exprime dans toute sa puissance. Réjean Ducharme nous en a fait la démonstration exemplaire. Pour ma part, je n&#8217;ai jamais cessé de croire que la langue québécoise est d&#8217;une grande richesse, qu&#8217;elle a son propre génie, sa propre sonorité et sa propre musique, et qu&#8217;il est de la responsabilité de l&#8217;écrivain de la bellement faire chanter et danser. Je n&#8217;aurais contribué par mon écriture qu&#8217;à lui ajouter quelques notes manquantes que je n&#8217;aurais aucun regret à avoir écrit les cinquante mille pages qui sont venues de ma main gauche et de mon stylo-feutre bleu depuis cinquante ans.</p>
<p>Quand je suis né en 1945, nous étions deux millions et demi de Québécois. Aujourd&#8217;hui, nous sommes presque trois fois plus nombreux. Quand je suis né en 1945, la population mondiale était d&#8217;un peu plus de deux milliards d&#8217;individus. Aujourd&#8217;hui, la race humaine est de sept milliards de femmes, d&#8217;hommes et d&#8217;enfants. Nous savons moins que jamais de quoi sera fait l&#8217;avenir et s&#8217;il y aura même un avenir. Si je ne cesse pas d&#8217;écrire, c&#8217;est que je ne crois pas à l&#8217;éternité de l&#8217;enfer, pas davantage pour le monde en général que pour le Québec en particulier. La vie a plus d&#8217;un tour dans son sac, sa volonté de puissance va bien au-delà de tout ce que, comme individu et comme écrivain, je pourrais bien imaginer.</p>
<p>À l&#8217;âge de quatorze ans, j&#8217;ai dit oui à la vie, celle du monde en général et celle du Québec en particulier. Pour changer les choses, pour leur redonner leur beauté manquante, il faut d&#8217;abord savoir dire oui à cette vie dont les racines pleines de sève ne demandent qu&#8217;à devenir l&#8217;arbre sacré de ce très grand poète que fut Paul-Marie Lapointe — cet arbre sacré qui porte ces pommes d&#8217;or qu&#8217;au Québec, comme partout dans le monde, on appelle liberté, égalité et fraternité.</p>
<p>***</p>
<p>Victor-Lévy Beaulieu, prix littéraire Gilles-Corbeil 2011</p>
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		<title>L&#8217;Homme-photo</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Nov 2011 05:35:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Gaëtan Pelletier</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<div>
<p><a href="http://gaetanpelletier.files.wordpress.com/2011/11/01.jpg"><img title="01" src="http://gaetanpelletier.files.wordpress.com/2011/11/01.jpg?w=340&amp;h=510" alt="" width="340" height="510" /></a></p>
<p>Séraphine de Senlis peignait sous les « conseils » d’en « haut ». La raison cherche et trouve. L’art cherche, mais ne trouve pas… Et ce qu’il trouve ne se voit pas toujours.   Il reste une ouverture sur l’invisible, d’autres dimensions, bien éloigné du quotidien.</p>
<p>Curieusement, notre rationalité, elle, se livre à une recherche qui tente de saisir et de stopper le temps. Et elle en affiche son orgueil. Elle place ses découvertes, ses réussites,  au-dessus de tout. Comme si « comprendre » et prouver résolvait le mystère de la Vie. La vérité est statique comme une roche. La vie ne l’est pas. C’est un volcan en feu qui crache, explose, chauffe, fend le ciel…</p>
<p>Il est des êtres « d’intérieur » qui n’arrivent pas à se restreindre à la « mort » de la roche.</p>
<p>Séraphine était folle en dehors, mais géniale en dedans. Elle avait trouvé ce que personne ne cherche. Car chercher, c’est tenter de comprendre. Et comprendre, c’est figer. Peut importe le moyen d’atteindre les mouvances de la Vie –religion, méditation, sculpture, etc, – c’est le résultat qui compte. Celui de découvrir que tout est création, et que le seul dieu qui existe est caché au fond de nous.</p>
<p><a href="http://gaetanpelletier.files.wordpress.com/2011/11/02.jpg"><img title="02" src="http://gaetanpelletier.files.wordpress.com/2011/11/02.jpg?w=459&amp;h=346" alt="" width="459" height="346" /></a></p>
<p>L’art est le « religare » entre nos vies terrestres, notre rationalité, et l’outil qu’est le cerveau.  Cerveau qui se bat  se bat pour « avoir raison », car c’est lui qui trouve des solutions  à nos vies sur cette planète. Il n’agit que dans des champs fermés. Il œuvre dans des formules. Il se tient droit. L’erreur est de prolonger les capacités de cet outil à autre chose que ce à quoi il peut être utile.</p>
<p>Alors, demeure et demeurera toujours un mystère.</p>
<p><a href="http://gaetanpelletier.files.wordpress.com/2011/11/sc3a9raphine-de-senlis-3.jpg"><img title="Séraphine de Senlis 3" src="http://gaetanpelletier.files.wordpress.com/2011/11/sc3a9raphine-de-senlis-3.jpg?w=480&amp;h=642" alt="" width="480" height="642" /></a></p>
<p><strong>La production du vide</strong></p>
<p>Le progrès n’est plus un progrès lorsqu’il ne devient qu’une découverte qui prend le chemin de la banque, de l’extorsion, de la manipulation. C’est un mal qui prend le bien pour en faire davantage de mal. L’argent du mal achète plus de mal pour en produire plus.</p>
<p>La hache taille le bois de par sa dureté, comme le mal hache la fraîcheur et la beauté des gens. Nous vivons dans un monde où est encouragé cette « solidité » extérieure. La religion n’est pas de trouver dieu, c’est de faire ce que Dieu aurait voulut faire de l’humanité.</p>
<p>Il est excellent à bâtir des maisons, des systèmes, des outils, des machines à fabriquer des outils… Pour se débarrasser de l’être humain.</p>
<p>L’homme coagulé, comme la roche, n’a pas d’empathie, car il n’a pas cette communion avec ses semblables ni la compréhension de la lutte du mouvement et de la figitude (sic). Il ne sait pas qu’il vit sur une terre morte de l’activité cosmique. Il ignore que le bouillonnement de toute vie, intérieure  ou extérieure, est une fébrilité mystérieuse, agissante, créative, qui ne l’atteint souvent pas.</p>
<p>L’autre est un idiot, une pierre. Mais on a tous besoin de pierres pour  pénétrer et s’intégrer à cet « ici »,  la vie. La Vie du mélange de l’âme éteinte dans la matière. Incrustée, intaillée lentement.</p>
<p>Une idée « prouvée » est une vérité. Elle l’est… Le temps qu’elle dure…</p>
<p>Les mensonges marchent longtemps, la vérité passe sans qu’on puisse la saisir. Elle prend la forme des oiseaux-mouches, aux ailes battantes à une vitesse trop grande pour la capacité de perception de notre œil.</p>
<p><a href="http://gaetanpelletier.files.wordpress.com/2011/11/sc3a9raphine-5.jpg"><img title="Séraphine 5" src="http://gaetanpelletier.files.wordpress.com/2011/11/sc3a9raphine-5.jpg?w=403&amp;h=252" alt="" width="403" height="252" /></a></p>
<blockquote><p>« <strong><em>Les couleurs triomphantes, les formes surtravaillées, avec de plus en plus de finesse, se posent, se superposent. Il y a du tigré, du moucheté, du velu, de chevelu, du rayé, de l’écailleux, du cachemire, des pois, du bariolé, dans les tableaux de Séraphine. On dirait que ça ondule dans les nervures, que ça vibre dans la ramure, ça grouille dans les fleurs, dans les arbres, les feuilles, les fruits. Des insectes, des oiseaux, des plumes, faisans, paons, pintades apparaissent, se bousculent. Séraphine fait vibrer les teintes, superpose les couches, les empâtements. »</em> <em><a href="http://www.paperblog.fr/1853363/seraphine-la-vie-revee-de-seraphine-de-senlis-de-francoise-cloarec/">Séraphine, la vie rêvée </a> </em></strong></p></blockquote>
<p><strong>L’ère de l’Homme-photo </strong></p>
<p>L’être humain,  à perception unidimensionnelle,  s’est figé. Comme ce citoyen de Pompéi… Il s’est arrêté. Il polit ses formules, les transforme, les déguise, les vend…</p>
<p>C’est une pierre éternelle qui enseigne la pierre.</p>
<p>Mais, de temps en temps, à travers l’Histoire, soit de par des  êtres connus, soit des inconnus, il en est, têtus, qui délaissent les formules.  Il est plus aisé d’acheter une vérité que d’en fabriquer une…</p>
<p>Et grâce à cette ère d’Homme-photo, cultivant et investissant dans les guerres, les miroirs de différences, la Terre s’en va lentement. Emportant les différences et la beauté des mouvances.</p>
<p>L’humain  brûle sa maison pour se chauffer.</p>
<p>Simili. Un être simili-âme-pierre.</p>
<p>L’âme enfermée dans une pellicule ou dans une affriolante coloration électronique.</p>
<p>Comme un miracle…</p>
<p>Une photo.</p>
<p><a href="http://gaetanpelletier.files.wordpress.com/2011/11/03.jpg"><img title="03" src="http://gaetanpelletier.files.wordpress.com/2011/11/03.jpg?w=483&amp;h=743" alt="" width="483" height="743" /></a></p>
<p>Arrêté à son corps… Ignorant la finesse des battements de ses ailes, invisibles ou brouillées.</p>
<p>L’humain est un colis.</p>
<p><a href="http://gaetanpelletier.files.wordpress.com/2011/11/oiseau-mouche.jpg"><img title="Oiseau mouche" src="http://gaetanpelletier.files.wordpress.com/2011/11/oiseau-mouche.jpg?w=180&amp;h=143" alt="" width="180" height="143" /></a></p>
<p>Gaëtan Pelletier, 7 novembre 2011</p>
</div>
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		<title>LA PECHE MIRACULEUSE</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Nov 2011 04:00:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Aime Mathurin Moussy</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Arts]]></category>
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		<description><![CDATA[Image Flickr par bewo22 &#160;  Extraits:  Le départ (…)Ma fougue pour l’Hexagone débordait… Je découvre, Roissy Charles de Gaulle, un lieu atypique: C’était le début de mon mirage. Sous ce ciel grisé de nuages, Les ombres géantes d’hommes pressés, Déambulaient d’hébétude: Leur indifférence commençait par m’agacer; J’étais enfourné d’angoisses mélancoliques; Mon regard était emporté par [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a class="highslide" onclick="return vz.expand(this)" href="http://www.centpapiers.com/la-peche-miraculeuse/85971/4809155323_58fb508222" rel="attachment wp-att-86000"><img class="alignnone size-full wp-image-86000" title="4809155323_58fb508222" src="http://www.centpapiers.com/wp-content/uploads/2011/11/4809155323_58fb508222.jpg" alt="" width="431" height="270" /></a></p>
<p>Image Flickr par <a href="http://www.flickr.com/photos/bewo22/">bewo22</a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p align="center"> <strong><span style="text-decoration: underline;">Extraits:</span></strong></p>
<p> <strong>Le départ</strong></p>
<p>(…)Ma fougue pour l’Hexagone débordait…<br />
Je découvre, Roissy Charles de Gaulle, un lieu atypique:<br />
C’était le début de mon mirage.<br />
Sous ce ciel grisé de nuages,<br />
Les ombres géantes d’hommes pressés,<br />
Déambulaient d’hébétude:<br />
Leur indifférence commençait par m’agacer;<br />
J’étais enfourné d’angoisses mélancoliques;<br />
Mon regard était emporté par de nouvelles turpitudes;<br />
Tout était morne même à travers les lampadaires (&#8230;)</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>La pêche miraculeuse</strong></p>
<p>La pêche dans mon village, hélas ! Que d’huîtres.</p>
<p>Manger ! Se nourrir ! Il faut du poisson pour vivre,</p>
<p>Pour être parmi les repêchés des cieux !</p>
<p>Rien dans l’hameçon pour le plaisir des yeux,</p>
<p>Ne fera battre cet estomac vide frappé de crampes (&#8230;)</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Lyre d’Amour</strong></p>
<p>Oui ta musique m’emporte, ô ma lyre,<br />
Comme cette brise douce du zéphyr<br />
Qui tangue les feuilles de rameaux.<br />
Cette mélodie coule en moi, telle une rive,<br />
Qui berce mes jérémiades plaintives.<br />
Une mélopée paysanne qui saisit mes boyaux (&#8230;)</p>
<p>La poésie, est à n’en plus douter, l’expression littéraire qui sied le mieux aux Africains. Elle bavarde, cause, interpelle; elle est la manifestation vivante d’un peuple, où la symbolique et la gestuelle sont parlantes.</p>
<p>&laquo;&nbsp;La Pêche miraculeuse&nbsp;&raquo;, comme son nom l’indique, transpose à travers l’oralité, le miracle du verbe, qui est la base de la civilisation négro-africaine. Sur le pinacle de l’animisme profond, de la civilisation bantoue, ses poèmes sont d’infinies variations chromatiques: Les dieux, l’État, la nature… La variété des sujets traités, constitue la vraie richesse de cette œuvre concoctée minutieusement; c’est une musicalité qui réveille en chacun de nous une mélodie cultuelle unique.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p align="right">Prix : 12.9 €  -  224 pages  -  ISBN : 9782748368918  -  Poésie</p>
<p align="center"><strong>D</strong><strong>ISPONIBLE SUR COMMANDE CHEZ TOUT BON LIBRAIRE ET SUR INTERNET</strong></p>
<p align="center"><strong> </strong><strong>WWW</strong><strong>.</strong><strong>SOCIETEDESECRIVAINS</strong><strong>.</strong><strong>COM</strong></p>
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		<title>FIN NOVEMBRE: le non-État d&#8217;Urgence&#8230;</title>
		<link>http://www.centpapiers.com</link>
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		<pubDate>Wed, 02 Nov 2011 04:00:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ATSA</dc:creator>
				<category><![CDATA[A C T U A L I T É]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Arts]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[Pauvreté]]></category>
		<category><![CDATA[Spectacles]]></category>

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		<description><![CDATA[FIN NOVEMBRE Le non-État d’Urgence… ATSA présente FIN NOVEMBRE -18 au 27 NOV. Le 18 à 19h : Participez à la vidéo &#160;&#187;Quand en aurez-vous assez&#160;&#187;! Place Émilie-Gamelin- métro Berri-Uqam Diffusion jusqu’au 27 novembre Tous les jours 7@9 CIRQUE&#124; PRISE DE PAROLE&#124;ANIMATION&#124; MUSIQUE… Infos ATSA.QC.CA Le vendredi 18 novembre à 19 h, l’ATSA vous convie [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a class="highslide" onclick="return vz.expand(this)" href="http://www.centpapiers.com/atsa_fin_novembre_recto_outline-5" rel="attachment wp-att-85652"><img class="alignleft size-thumbnail wp-image-85652" title="ATSA_fin_novembre_Recto_outline" src="http://www.centpapiers.com/wp-content/uploads/2011/10/ATSA_fin_novembre_Recto_outline4-81x120.jpg" alt="" width="81" height="120" /></a></p>
<p>FIN NOVEMBRE<br />
Le non-État d’Urgence…<br />
ATSA présente FIN NOVEMBRE -18 au 27 NOV.<br />
Le 18 à 19h : Participez à la vidéo &nbsp;&raquo;Quand en aurez-vous assez&nbsp;&raquo;!<br />
Place Émilie-Gamelin- métro Berri-Uqam<br />
Diffusion jusqu’au 27 novembre<br />
Tous les jours 7@9 CIRQUE| PRISE DE PAROLE|ANIMATION| MUSIQUE…<br />
Infos ATSA.QC.CA</p>
<p>Le vendredi 18 novembre à 19 h, l’ATSA vous convie à un grand<br />
geste collectif cathartique, dirigé telle une chorégraphie, filmé<br />
et intégré à une immense installation vidéo projetée de la<br />
pénombre jusqu’à l’aube sur la Place Émilie-Gamelin jusqu’au<br />
27 novembre. Cette installation vidéo dont vous êtes le héros<br />
témoigne du fait que même s’il n’y a pas d’État d’Urgence<br />
cette année, il y a toujours 30 000 sans-abri dans les rues de<br />
Montréal et un écart grandissant des richesses dans l’économie<br />
mondiale. Cette installation vidéo crie l’indécence des moyens des<br />
uns comparativement aux avoirs des autres. Que signifie en avoir assez?Quand constaterons-nous individuellement et collectivement<br />
l’obscénité de laisser les gens à la rue ou dans la misère<br />
pendant que les financiers font des milliards de profits…ou font<br />
crasher le monde ?</p>
<p>Comme vous le savez sans doute déjà, l’ATSA a produit l&#8217;État<br />
d&#8217;Urgence pendant 12 ans. La cause de l’itinérance étant toujours<br />
aussi pertinente et les liens que nous avons su créer avec chacun des<br />
participants étant précieux, nous n’avons simplement pas le cœur<br />
de tout laisser tomber et de nous taire. Si la formule de l’État<br />
d’Urgence a dû être simplifiée principalement faute d’un<br />
financement récurrent suffisant, la nouvelle création intitulée FIN<br />
NOVEMBRE garde les mêmes objectifs de rencontre entre le monde de la<br />
rue et le grand public, mais aussi, un objectif de mobilisation autour<br />
de la disparité des richesses qui crée ou qui fait perdurer<br />
l’exclusion sociale.</p>
<p>Du 18 au 27 novembre, FIN NOVEMBRE saluera le travail permanent des<br />
organismes communautaires qui apportent réconfort et nourriture aux<br />
gens vivant la détresse au quotidien. Des 7@9 accompagnés de<br />
prestations artistiques circassiennes, musicales et de prises de<br />
parole sont prévus. Ces rencontres seront également l’occasion<br />
pour l’ATSA de recueillir et distribuer des dons pertinents pour les<br />
gens de la rue dont les surplus iront aux refuges montréalais.</p>
<p>FIN NOVEMBRE sera un moment spécial pour rappeler l’importance de<br />
l’engagement social qui s’est réalisée depuis 1998. À titre<br />
d’exemple, l’État d’Urgence a pu offrir gratuitement plus de 32<br />
200 repas, 65 nuitées, et compter sur l&#8217;aide de plus de 2238<br />
bénévoles donnant plus de 8952 heures de travail seulement entre<br />
2004 et 2010. Cet élan solidaire sans précédent nous a également<br />
permis de présenter des centaines d&#8217;artistes, toutes disciplines<br />
confondues dans une ambiance festive vibrante et stimulante, donnant<br />
aussi beaucoup de visibilité à une cause trop souvent mise au<br />
rencart.</p>
<p>L’immense installation vidéo « Quand en aurez-vous assez! » y<br />
projettera son cri de la pénombre jusqu’à l’aube jusqu’au 27<br />
novembre.</p>
<p>Au programme du 18 au 27 novembre<br />
Le site sera ouvert de 16h à minuit</p>
<p>Programmation complète sur le www.atsa.qc.ca dès le 7 novembre</p>
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		<title>Quand Van Meegeren peignait des Vermeer</title>
		<link>http://www.centpapiers.com/quand-van-meegeren-peignait-des-vermeer/83889</link>
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		<pubDate>Tue, 11 Oct 2011 09:27:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Fergus</dc:creator>
				<category><![CDATA[Arts]]></category>
		<category><![CDATA[De Hooch]]></category>
		<category><![CDATA[faux tableaux]]></category>
		<category><![CDATA[Goering]]></category>
		<category><![CDATA[Van Meegeren]]></category>
		<category><![CDATA[Vermeer]]></category>

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		<description><![CDATA[L’actualité française des derniers jours nous a appris qu’un tableau acheté 130 euros par un amateur d’art lyonnais lors d’une vente aux enchères pourrait être un authentique Rembrandt. C’est ce que semblent croire les experts de Christie’s, sollicités par l’acheteur, avant le test infrarouge qui doit être effectué prochainement par l’Institut Royal de Belgique. Vrai [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 12pt; text-align: justify; tab-stops: 63.0pt 361.65pt;"><strong style="mso-bidi-font-weight: normal;"><span style="font-size: 13pt;"><span style="font-family: Times New Roman;">L’actualité française des derniers jours nous a appris qu’un tableau acheté 130 euros par un amateur d’art lyonnais lors d’une vente aux enchères pourrait être un authentique Rembrandt. C’est ce que semblent croire les experts de Christie’s, sollicités par l’acheteur, avant le test infrarouge qui doit être effectué prochainement par l’Institut Royal de Belgique. Vrai ou faux, l’avenir nous dira si ce tableau est une œuvre du grand maître hollandais. Ou ne le dira pas avec certitude, car les experts se sont souvent trompés. L’histoire de Han Van Meegeren, le plus génial faussaire du 20<sup>e</sup> siècle est là pour le montrer. Retour sur le cas de cet artiste atypique&#8230; </span></span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 12pt; text-align: justify; tab-stops: 63.0pt;"><span style="font-size: 13pt;"><span style="font-family: Times New Roman;">Né en 1889, Han Van Meegeren était parti étudier l’architecture à Delft lorsqu’il se découvrit, dans la ville du génial </span><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Johannes_Vermeer"><span style="font-family: Times New Roman;">Vermeer</span></a><span style="font-family: Times New Roman;">, une passion pour la peinture. Délaissant la règle et le compas pour les brosses et les pinceaux, le jeune Hollandais se mit à peindre sans grand succès commercial. Jusqu’au jour où quelques-unes de ses toiles remportèrent des distinctions dans des expositions. Dès lors, la cote de Van Meegeren se mit à monter et le peintre put largement vivre de son art, notamment en réalisant des portraits de personnalités de la grande bourgeoisie et de la noblesse désireuses d’ajouter, sur les murs de leurs hôtels particuliers, leur faciès altier à la galerie des ancêtres.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 12pt; text-align: justify; tab-stops: 63.0pt;"><span style="font-size: 13pt;"><span style="font-family: Times New Roman;">Dans le même temps, Van Meegeren comprit qu’en peinture la qualité d’un travail personnel rapporte nettement moins que l’alignement sur la mode en vogue chez les clients fortunés, et surtout nettement moins que la signature apposée au bas de la toile. Un constat qui fut indiscutablement à l’origine de l’orientation très particulière que prit sa vie après que l’un de ses amis peintres lui eût montré la copie d’un </span><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Rembrandt"><span style="font-family: Times New Roman;">Rembrandt</span></a><span style="font-family: Times New Roman;"> réalisée par lui-même mais pourtant certifiée authentique par un expert. </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 12pt; text-align: justify; tab-stops: 63.0pt;"><span style="font-size: 13pt;"><span style="font-family: Times New Roman;">Lors de son procès, Van Meegeren prétendit qu’en exécutant son premier vrai-faux Vermeer, il avait voulu confondre les snobs ignares et les critiques d’art incompétents qui dictaient leur loi sur le marché au détriment du vrai talent. Et de fait, il avait déjà violemment attaqué les critiques dans le magazine <em style="mso-bidi-font-style: normal;">De Kemphaan</em>. Mais si Van Meegeren avait été réellement sincère, sans doute eût-il procédé comme l’avaient fait </span><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Roland_Dorgel%C3%A8s"><span style="font-family: Times New Roman;">Dorgelès</span></a><span style="font-family: Times New Roman;"> et ses amis dans l’affaire Boronali (cf. </span><a href="http://www.google.fr/url?q=http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/lolo-roi-du-pinceau-50940&amp;sa=U&amp;ei=8Q-TTuiJJ6Hf4QSR3fGtAQ&amp;ved=0CA8QFjAA&amp;usg=AFQjCNHB-XRcxxXkxcnl6bwd2nyghdbJ4w"><span style="font-family: Times New Roman;">Lolo roi du pinceau</span></a><span style="font-family: Times New Roman;">) en faisant authentifier l’œuvre et son auteur par un huissier en vue de ridiculiser plus tard des experts imbus de leurs certitudes. Mais le goût de l’argent fut plus fort et Van Meegeren se fit indiscutablement faussaire par esprit de lucre.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 12pt; text-align: justify; tab-stops: 63.0pt;"><span style="font-size: 13pt;"><span style="font-family: Times New Roman;">C’est dans une maison de la Riviera française, à Roquebrune, que le Hollandais commença, dès 1936, à peindre des Vermeer, mais aussi, pour varier, des </span><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Pieter_de_Hooch"><span style="font-family: Times New Roman;">Pieter de Hooch</span></a><span style="font-family: Times New Roman;"> ou des </span><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Frans_Hals"><span style="font-family: Times New Roman;">Frans Hals</span></a><span style="font-family: Times New Roman;">. Commercialisés par les soins d’un intermédiaire, prétendument pour le compte d’une riche famille italienne en difficulté financière mais désireuse de garder l’anonymat pour ne pas attirer l’attention sur sa décrépitude, les tableaux prirent discrètement le chemin de collections privées. Et c’est ainsi que l’on découvrit en 1937 dans l’appartement parisien d’un homme d’affaires hollandais subitement décédé un Vermeer inconnu, </span><a href="http://archpsyc.ama-assn.org/content/vol66/issue3/images/medium/yai90000fa.jpg"><strong style="mso-bidi-font-weight: normal;"><em style="mso-bidi-font-style: normal;"><span style="font-family: Times New Roman;">Le souper d’Emmaüs</span></em></strong></a><span style="font-family: Times New Roman;">, qui fut authentifié par un expert international monégasque.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 12pt; text-align: justify; tab-stops: 63.0pt;"><strong style="mso-bidi-font-weight: normal;"><span style="font-size: 14pt;"><span style="font-family: Times New Roman;">Confondu par la défaite des nazis</span></span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 12pt; text-align: justify; tab-stops: 63.0pt;"><span style="font-size: 13pt;"><span style="font-family: Times New Roman;">Devenu riche, Van Meegeren retourna en 1939 s’installer à Amsterdam où il fit l’acquisition, au cœur de la ville, d’un superbe hôtel particulier du 18<sup>e</sup> siècle. Sans doute eût-il vécu des jours heureux jusqu’à la fin de son existence si la défaite allemande n’avait mis en lumière dans l’inventaire des œuvres « pillées » par </span><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hermann_G%C3%B6ring"><span style="font-family: Times New Roman;">Goering</span></a><span style="font-family: Times New Roman;"> un Vermeer inconnu : </span><a href="http://tommcmahon.typepad.com/.a/6a00d834515db069e201156fd7c6ca970c-800wi"><strong style="mso-bidi-font-weight: normal;"><em style="mso-bidi-font-style: normal;"><span style="font-family: Times New Roman;">Le Christ et la femme adultère</span></em></strong></a><span style="font-family: Times New Roman;">. Ce tableau attira tout naturellement la curiosité des experts par sa facture étonnamment médiocre comparée à celle des authentiques Vermeer ainsi qu’à la plupart des faux de Van Meegeren comme cela sera démontré ultérieurement. Peut-être faut-il voir là une preuve supplémentaire de l’appétit du faussaire pour l’argent facile. Car ce tableau, peint en 1942, avait été discrètement vendu 1 600 000 florins par l’intermédiaire d’un banquier allemand dénommé Miedl au « gros Hermann » dont il était de notoriété publique dans les milieux artistiques que son goût pour l’art se caractérisait plus par une boulimie de collectionneur que par de réelles capacités d’expertise.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 12pt; text-align: justify; tab-stops: 63.0pt;"><span style="font-size: 13pt;"><span style="font-family: Times New Roman;">Confondu par des versements d’argent reçus de Miedl puis par des résultats de perquisition, Van Meegeren fut incarcéré avant d’être jugé en 1947 dans une salle d’audience transformée pour la circonstance en galerie d’art. Motif des poursuites : avoir vendu à l’occupant une œuvre appartenant au patrimoine national. Un crime dans le contexte de l’époque. Les autorités judiciaires néerlandaises croyaient en effet dur comme fer qu’il s’agissait bien d’un Vermeer authentique. Exposé de ce fait à une lourde peine, Van Meegeren choisit de dévoiler la supercherie, préférant être accusé d’escroquerie aux dépens de Goering et de quelques autres collectionneurs, plutôt que de dilapidation du patrimoine.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 12pt; text-align: justify; tab-stops: 63.0pt;"><span style="font-size: 13pt;"><span style="font-family: Times New Roman;">Encore fallait-il prouver qu’il était l’auteur du tableau. C’est alors que Van Meegeren, toujours détenu, exécuta sous le regard stupéfait des enquêteurs et des experts judiciaires un nouveau faux Vermeer : </span><a href="http://www.architecturaldigest.com/images/resources/2006/12/artnotebook/rear01_artnotebook.jpg"><strong style="mso-bidi-font-weight: normal;"><em style="mso-bidi-font-style: normal;"><span style="font-family: Times New Roman;">Jésus-Christ enseignant dans le temple</span></em></strong></a><span style="font-family: Times New Roman;">. Condamné à un an de prison par les juges, Van Meegeren n’indiqua jamais combien de faux Vermeer ou de faux De Hooch il avait exécuté. Une dizaine d’entre eux, dont la superbe </span><a href="http://vermeer0708.files.wordpress.com/2009/04/music.jpg"><strong style="mso-bidi-font-weight: normal;"><em style="mso-bidi-font-style: normal;"><span style="font-family: Times New Roman;">Femme jouant de la musique</span></em></strong></a><span style="font-family: Times New Roman;"> furent retrouvés dans des collections privées ou des musées, mais sans doute en subsiste-t-il encore ici ou là dont les propriétaires ne se sont jamais fait connaître par crainte du ridicule. </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0cm 0cm 12pt; text-align: justify; tab-stops: 156.75pt;"><span style="font-size: 13pt;"><span style="font-family: Times New Roman;">Le Rembrandt de Lyon est-il authentique ? Peut-être ne le saura-t-on jamais avec certitude pour peu que le tableau, s’il est faux, ait été réalisé sur une toile du 17<sup>e</sup> siècle et avec des pigments d’époque avant d’être habilement cuit et patiné comme savent le faire quelques rares professionnels expérimentés. 130 euros dans un cas, des millions dans l’autre, le marché de l’art est décidément très étonnant ! </span></span></p>
<p><span style="font-size: 13pt; font-family: 'Times New Roman','serif'; mso-fareast-font-family: 'Times New Roman'; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-language: FR; mso-bidi-language: AR-SA;">Mais revenons à Han Van Meegeren. Les lois sont ainsi faites qu’il arrive parfois que le génie aille croupir en prison. Et même y mourir, à l’image de notre faussaire hollandais qui, en novembre 1947, s’éteignit d’une crise cardiaque quelques semaines après sa condamnation. Ses Vermeer avaient été salués par des critiques d’art enthousiastes et dûment authentifiés par les experts. Cela donne définitivement raison à Van Meegeren : ce n’est pas la qualité d’une œuvre qui en fait le prix, mais la signature qu’elle porte, tel ce célèbre « R » qui figure en bas du Rembrandt de Lyon et pourrait faire la fortune de son heureux propriétaire. Mais rien n’est encore gagné car, comme dans les séries policières américaines, les experts ont, la technologie aidant, accompli d’énormes progrès dans l’art de déceler l’insignifiante particule qui brisera le rêve.</span></p>
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		<title>Jung, ce plongeur des grands fonds</title>
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		<pubDate>Sun, 09 Oct 2011 04:00:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sandrine Lagorce</dc:creator>
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		<description><![CDATA[« La vie de l’homme est une tentative aléatoire. »*  Une exposition consacrée à Carl Gustav Jung au musée Guimet ne pouvait pas mieux tomber en ce début d’automne riche en résolutions. Inventeur parmi d’autres [1] de la psychologie analytique, ce psychiatre suisse (1875-1961) reste ici négligé car peu compatible avec l’hyper-rationalisme névrotique et autoritaire qui caractérise [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>« La vie de l’homme est une tentative aléatoire. »* </strong></p>
<p style="text-align: justify;"> Une exposition consacrée à Carl Gustav Jung au musée Guimet ne pouvait pas mieux tomber en ce début d’automne riche en résolutions. Inventeur parmi d’autres <strong>[1]</strong> de la psychologie analytique, ce psychiatre suisse (1875-1961) reste ici négligé car peu compatible avec l’hyper-rationalisme névrotique et autoritaire qui caractérise l’idéologie franchouillarde. Il est vrai qu’il n’y est jamais allé avec le dos de la cuillère : ses expériences transpersonnelles, à la limite du paranormal, frôlent volontiers &#8211; pour ne pas dire plus &#8211; l’extravagance (entendre par <em>extravagance</em> l’intérêt porté à la foi, au mysticisme et aux phénomènes dits psi, c’est-à-dire aux latrines de la recherche scientifique accréditée chez nous). Heureusement, ailleurs, ses travaux font l’objet d’études de haute volée – dans le champ de la physique quantique notamment <strong>[2]</strong> &#8211; sur les interactions entre l’esprit et la matière. Nous voilà donc rassurés.</p>
<p><a href="http://storage.canalblog.com/94/83/828761/68941261.png" target="_blank"><img class="aligncenter" src="http://storage.canalblog.com/94/83/828761/68941261_p.png" alt="25-09-2011 18-54-19" width="335" height="226" border="0" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"> Quoi de plus significatif qu’une montre qui s’arrête le jour de son anniversaire (le mien, en l’occurrence) ? Des superstitieux y ont vu un mauvais présage quand je reconnus un encouragement, un clin d’œil du destin, un point de convergence <em>ad hoc</em> au dénouement de plusieurs années traversées à tâtons. C’est là que Jung, <em>surfer</em> hors-piste de la psyché humaine, déboula avec son attirail d’explorateur et se posa, de plus en plus irréfutable, au milieu de ma vie. Le père de la notion de <em>synchronicité</em> – coïncidence révélatrice, concept aux antipodes du tableau cartésien – revenait une fois de plus me mettre le nez sur ce que je ne voyais plus : la forêt immense se déployant derrière le petit arbre souffreteux qui me servait de repère. Il était temps de passer aux choses sérieuses : mettre les enclumes aux encombrants, se dépouiller du surplus, se purger de toutes les toxines, aller chercher loin, très loin, très haut et très profond la teneur, le goût et la densité du réel, de la vie réelle. Je venais de paramétrer mon esprit en ce sens lorsque ma montre s’était arrêtée. Synchronicité des plus parlantes: quarante-et-un ans d’apprentissage et de maturation étaient enfin bouclés et me le faisaient savoir.</p>
<p style="text-align: justify;"> Ce vieux Jung insistait encore par le biais de cette expo simultanée dédiée à son fameux <em>Livre Rouge</em> &#8211; grimoire énigmatique dont tous ses disciples avaient entendu parler mais dont aucun, ou presque, n’avait vu la couleur. On disait le livre déclic de ses théories, creuset de ses intuitions fulgurantes, boîte de Pandore, caverne d’Ali Baba, saint des saints. On le disait inaccessible au profane, bizarroïde, presque flippant de récits et de cryptogrammes hallucinés. Dans son cube de verre, sous les spots tamisés de la salle, celui qu’on appelle également le <em>Liber Novus </em>(« Nouveau Livre ») &#8211; objet de tous les fantasmes chez les psys jungiens et les art-thérapeutes de lamasseries ardéchoises (à en croire les écharpes en soie à écritures sanskrites, les tresses poivre et sel et les tricots en laine de pays croisés ce jour-là) – le <em>Liber Novus</em> donc, trônait comme le Verbe de Vie parmi les mandalas. Le pavé, ou plutôt le bloc de tuf relié pleine peau, cette dernière bien nourrie, luisant de tous ses pores, contenait seize années d’auto-expérimentation et de voyages introspectifs : immersions au plus profond des abysses humaines, piqués et loopings dans l’infini mental, franchissements pieds-nus de braises incandescentes, forages jusqu’au noyau de la cellule. Jung était parti « à la recherche de son âme »* naviguant à vue dans l’immensité de son être, sondant jusqu’à la plus petite brèche temporo-spatiale, livré aux influx du cosmos et aux derniers replis de sa propre noirceur. Il en était revenu les idées plus claires, à peu près débarrassé de l’espèce de purée qui lui engluait la conscience, et avait mis au point un schéma structuré, cohérent, une grille de lecture du psychisme qui le catalogua expert aventurier pour la postérité.</p>
<p><a href="http://storage.canalblog.com/91/87/828761/68941297.jpg" target="_blank"><img class="aligncenter" src="http://storage.canalblog.com/91/87/828761/68941297_p.jpg" alt="jung-red-book-twk1" width="450" height="190" border="0" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"> C’est que Jung travaillait en 3D &#8211; et même au-delà &#8211; quand Freud, son confrère, bloqué sur son idée fixe (le kiki, le cucul, le caca), ne dépassait pas la deuxième dimension. Quand l’un se lançait dans le volume, l’autre s’accrochait au linéaire. Ils rompirent d’ailleurs, parce qu’on ne peut pas faire semblant de jouer aux savants qui s’admirent l’un l’autre sans s’accorder au moins sur le minimum nécessaire. Lorsqu’après une carrière touffue et prolifique, Jung écrivit à quatre-vingt-trois ans: « (…) aujourd’hui aussi je suis solitaire, car je sais des choses qu’il me faut bien mentionner, que les autres ne savent pas, et le plus souvent ne veulent pas savoir. »*, il ne jouait pas au mystérieux pour faire le malin ou pour se plaindre de l’incompréhension des autres mais parce qu’être défricheur de jungle impénétrable isolait véritablement du commun des boy-scouts, parce que s’enfoncer sans cordée dans les ténèbres terrorisait &#8211; et terrorise toujours &#8211; le petit trouillard qui sommeille en chacun de nous. <em>Transpasseur</em> d’éternel, <em>outrepasseur</em> d’éphémère, sa vision plongeante et panoramique brouillait quelque peu la promenade touristique de l’étiologie ambiante.</p>
<p style="text-align: justify;"> La psychologie analytique de Jung, que je connais mal et dont certaines chinoiseries me resteront à jamais fermées (ce n’est pas sans raison qu’elle est qualifiée de <em>complexe</em>) déborde du cadre thérapeutique pour chatouiller d’autres disciplines telles l’anthropologie, l’ethnologie, l’histoire de l’art et des religions. Et lorsqu’on parle de chinoiseries, nous voilà recueillis au musée national des arts asiatiques face au nouvel évangile (apocryphe) de l’inconscient enfin sorti de son coffre-fort de banque suisse.</p>
<p style="text-align: justify;"> Le livre est un manuscrit calligraphié à l’encre de Chine de la main-même de Jung. D’un style médiéval, l’ensemble est généreusement illustré d’aquarelles mêlant personnages et paysages figuratifs, figures abstraites et diagrammes symboliques. L’histoire est celle d’un homme à la recherche de son âme. Sur un plan strictement poétique, la quête s’annonce engageante mais il y a plus. Cet homme en recherche, c’est Jung en personne, nous l’avons dit, le brillant psychiatre qui, de 1914 à 1930 et parallèlement à son activité clinique, prit sa plus belle plume et ses godets de couleurs pour se plonger dans ses rêves, ses fantasmes, ses pérégrinations internes. Les multiples rencontres au fil de son voyage secret (vieillards mythologiques, enfant divin, figures chtoniennes…) et les endroits parcourus (océans, villes, îles chimériques…) constituent la toile de fond à partir de laquelle, au point décisif de sa vie – c’est-à-dire vers quarante ans – il s’astreint sans plus tricher ni se voiler la face à en chercher profondément le sens. L’homme à nu se confronte délibérément à son inconscient, laisse éclater ses conflits, ses tiraillements, ouvre les digues, tombe les murs, abolit les frontières et se meut par l’imagination active, libéré des corvées de façade, dans un espace dilaté où les mondes jusque-là cloisonnés communiquent enfin.</p>
<p style="text-align: justify;"> A partir de cette cosmologie intime et de sa transcription, il essaie de résoudre un rébus : se décoder d’abord soi-même puis accepter, absorber les éléments de son caractère afin de mieux les épanouir. <em>Grosso modo</em>, atteindre l’état d’homme harmonisé. Autant qu’une thérapie, un développement personnel dans lequel des foules de zélateurs <em>new age</em> viendront bientôt puiser. Nouveauté : l’évolution psychique de l’humanité entière est contenue dans chaque âme mais l’hypertrophie de la pensée matérialiste a déconnecté l’homme de celle-ci, d’où la multiplication des névroses et des maladies mentales. Jung affirme que sa psychologie des profondeurs est un outil capable de réduire la fracture entre la foi et la science, de clarifier les liens entre l’homme et le monde qui l’entoure et, pompon de la pomponnette, de se raccorder au royaume des morts. Le bon vieux Freud en aurait fait une syncope.</p>
<p style="text-align: justify;"> Le sujet est ardu et difficile à transmettre tant il contient de finesse, de ramifications, de cas particuliers. Mais ses exercices de peinture et d’écriture gothique sont d’un abord plus faciles. Décider un beau jour d’esthétiser une recherche clinique par un récit surréaliste agrémenté de délicates illustrations a quelque chose d’incroyablement futile et d’innocent. Carl Gustav a la quarantaine, a dirigé un service de médecine psychiatrique dans un hôpital de Zurich, enseigné à l’université et publié, évolué très à l’aise dans des colloques internationaux, côtoyé les plus hautes sommités de la science et, une fois rentré chez lui, après ses consultations, Carl Gustav s’enferme dans son cabinet de travail et se précipite sur son album à colorier. Imaginons un instant la scène : penché sur son dessin, le nez à deux centimètres de la feuille, la langue sortie, il s’applique à poser les couleurs sans dépasser sur des rosaces, des soleils et des bonshommes, tire des lignes à la règle et au crayon, fignole ses lettres en pleins et en déliés puis lève subitement la tête, affolé, à l’approche de bruits de pas vers la porte (Emma, sa femme, l’appelant pour dîner) l’obligeant à faire disparaître dare-dare son trésor dans un tiroir fermé à double tour et de répondre d’un air détaché : « J’arrive tout de suite, ma chérie », puis de mettre sa mèche et son nœud de cravate en ordre avant de passer à table. Chouquinet Carlito.</p>
<p style="text-align: justify;"> Pourtant, ce passe-temps <em>a priori</em> incongru pour un personnage si considérable n’a rien de ridicule. L’album, coupelle alchimique de son Œuvre au rouge <strong>[3]</strong> rassemble tous les principes qu’il développera plus tard, matières brutes qu’il raffinera et utilisera aussi bien dans son procédé thérapeutique que dans des investigations plus générales. Pour faire court – et même très court, histoire d’être un peu claire &#8211; ses principes peuvent être esquissés comme suit. <em>[effort de concentration]</em> 1) Notre activité psychique tire son énergie de l’inconscient et l’oblige à tisser un lien entre la part consciente qui nous caractérise et la part inconsciente qui nous échappe, de manière à devenir une individualité non plus fragmentaire mais unifiée (processus d’individuation). 2) En pénétrant plus profondément dans l’inconscient, nous traversons différentes zones psychiques qui mettent au jour nos duplicités et nos peurs, nos petites et grandes fragilités, défaillances, lacunes et cette plongée nous permet d’avancer cahin-caha jusqu’au centre de soi-même. 3) Dans l’univers un peu glauque de notre inconscient personnel s’invite un autre monde (l’inconscient collectif) s’infiltrant de l’extérieur et mêlant ses images primordiales (les archétypes) à nos propres représentations. 4) D’où la sensation angoissante de foutoir incontrôlable débordant des cases du cerveau, des niches du cœur et des diverses cachettes de l’ego, profusion de signaux et de symboles se confrontant avec brutalité entre eux (phénomènes paranormaux), parfois sur un mode humoristique (synchronicité), et nous laissant 5) d’abord perplexe, puis méditatif, enfin renseigné sur les tirages de ficelles parallèles et croisés qui animent nos piètres guignoleries.</p>
<p style="text-align: justify;"> Bien, mais quel est le rapport avec l’art asiatique? On va vous faire un dessin. Un mandala, par exemple: un cercle à figures géométriques avec un centre et un axe principal, le tout très coloré. Il est au bouddhisme ce que les statuettes de Lourdes sont au catholicisme : un emblème validé par la culture environnante et un support rituel de prière. Il évoque une demeure céleste peuplée de symboles à chaque point stratégique (entrées, intersections, cul-de-sac) et menant en plein cœur vers la divinité. Le méditant doit en traverser mentalement les murs considérés comme une progression vers l’éveil. Lorsqu’il arrive au centre, après moult piétinements et péripéties, le courageux voyageur est sensé atteindre le séjour divin, c’est-à-dire l’effigie de sa nature véritable, unifiée et enfin accomplie. Le mandala représente donc pour Jung une excellente illustration du cheminement individuel vers la réalisation de soi, la transformation graduelle et éprouvante de l’homme qui cherche sa vérité. Sur les plans spirituel et psychologique, il permet de se purifier, de guérir ses tourments et de se libérer des peurs et des autres entraves. Tout y est : les <em>archétypes</em>, monstres et démons comme autant d’obstacles, entités lumineuses comme soutiens et renforts; l’<em>individuation</em>, voyage initiatique au plus profond de l’invisible, la quête de la <em>totalité</em> de l’être ; l’interpénétration des deux <em>inconscients</em> &#8211; micro et macrocosmique &#8211; et beaucoup d’autres analogies qui rappellent d’ailleurs que le schéma psychique de Jung est universel car comparable aux voies montantes des multiples traditions ésotériques et religieuses de l’humanité. Il est ici question de mandalas mais les rosaces des cathédrales font aussi bien l’affaire : l’itinéraire des âmes vers le dépassement physique et matériel, la quête d’immortalité, la fusion divine demeurent la préoccupation de l’homme intérieur. Et quoi de plus intéressant pour un thérapeute qu’un enseignement qui met la gomme sur les moyens d’apaiser la souffrance ? Le but étant d’en identifier l’origine et de la faire cesser en suivant une ligne réfléchie, par la voie de l’ascèse bouddhique ou la pratique d’une médecine traditionnelle. L’hindouisme, sans dogmes, offre une cosmologie et des mythes inépuisables dans lesquels les figures archétypales ont un rôle prédominant ; les différents systèmes taoïstes insistent sur la libération individuelle des attaches mondaines, la transmutation de l’être par la progression intérieure ou encore l’équilibrage en soi des énergies contraires ; quant au shintoïsme et sa profusion de légendes, la réintégration de l’homme dans le grand tout demeure le but essentiel de son instruction. Le musée Guimet expose en miroir les témoignages de ces différentes croyances étroitement corrélées au travail de Jung – mandalas et manuscrits tibétains, bas-reliefs indiens, peintures népalaises, kakemonos japonais et statuettes chinoises où l’on peut découvrir des affinités de parcours et l’universalité des obsessions humaines auxquelles des réponses convergentes sont données.</p>
<p><a href="http://storage.canalblog.com/75/31/828761/68941580.png" target="_blank"><img class="aligncenter" src="http://storage.canalblog.com/75/31/828761/68941580_p.png" alt="25-09-2011 18-52-29" width="304" height="305" border="0" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"> C’est une histoire complexe et laborieuse que celle de la psychologie jungienne, une histoire dont la compréhension ordinaire bute sur des paramètres oubliés, des choses dérangeantes, inavouables, parfois terrifiques : les dieux et leurs colères, les esprits errants et leurs canulars, les saints et leurs miracles, le branchement fugace aux mondes parallèles où marabouts et magiciens sont les messagers. Tout cela paraît bien exotique vu de nos clapiers en béton, bien désuet aux yeux de la cohue grise vivant en mode accéléré au son des alarmes, des primaires socialistes et des <em>smartphones</em>, le ventre creux d’un vide qu’elle s’acharne à combler d’artifices et de leurres, de petits plaisirs pauvres mais immédiats, d’hyper-communication gonflée de vent. La course contre la montre, la course contre soi-même et les autres, l’adoration du « moi d’abord », la liturgie des apparences, le déroulement tragi-comique de nos petites vies soumises aux injonctions du marché. La conscience initialisée, formatée aurait-t-elle vaincu ? Cette conscience statistique, productive, nécessairement rentable pour éviter de dégringoler à l’échelon du pauvre nase, direction poubelle, objectif déchetterie &#8211; cette conscience-là, pleine de bon sens, est-elle seule et incontestable face aux remugles archaïsants du cerveau limbique (ou paléo-quelque chose)? Et si finalement voyager en soi-même ne servait à rien, si finalement faire sauter nos verrous n’était qu’une occupation dérisoire, l’option « aventure » d’un groupe de taï-chi qui s’emmerde, la version sélect du tricot ou du macramé ? Le ciel est arpenté et pas la moindre trace d’un dieu en toge ou d’un petit homme vert, le progrès technologique a remplacé les incantations collectives aux idoles, toutes les terres et leurs habitants sont inventoriés au fœtus près, et il y a encore quelques <em>has been </em>comme moi (ou plutôt<em> never been</em>) qui s’entêtent à prendre leurs mirages pour des réalités. Le lundi, je baisse les bras, je me dis que la vérité est aussi plate qu’une dalle de ciment, qu’il n’y a ni arrière-plans, ni points de vue latéraux, qu’il faut faire avec et se réconcilier avec les formules algébriques. Et le mardi, la grâce revient, je me dis le contraire. Quel jour a tort, quel jour a raison ? Il faut chercher pour le savoir, sans être assuré du résultat. Quand l’extérieur n’offre plus rien de prometteur, lorsque les perspectives surnaturelles sont complètement aseptisées, Jung définit la détresse de l’homme coincé dans cette voie sans issue comme LE trouble psychique par excellence, la névrose dans tout son relief, « souffrance d’une âme qui cherche son sens »*. S’il veut sortir de son état somnambulique, l’homme, coupé de son ciel et de ses racines, est contraint de trouver en lui-même de nouvelles connexions à la source vitale, de fouiller ses propres entrailles jusqu’à leur extrémité et d’en extraire à la sueur de son front les ferments créateurs. Là, il libèrera, dans les douleurs de l’enfantement, une cosmogonie personnelle et parfaitement cohérente, un monde nouveau et salvateur qui rétablira son équilibre. Un monde qui, même piétiné,  reviendra toujours à la charge : celui des mythes, des symboles, des mandalas et des Livres Rouges.</p>
<p style="text-align: justify;">*Toutes les citations sont tirées de JUNG, C. G., <em>« Ma vie ». Souvenirs, rêves et pensées</em>, Gallimard, 1973 (éd. revue et augmentée).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>[1]</strong> Eugen Bleuler, Alphonse Maeder, Franz Riklin et l’inénarrable Sigmund Freud.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>[2]</strong> Sources bibiographiques disponibles dans LIMAR, I. V., « Carl G. Jung’s Synchronicity and Quantum Entanglement : Schrödinger’s Cat ‘Wanders’ Between Chromosoms » in <em>NeuroQuantology</em>, juin 2011, vol. 9  : <a href="http://onu-ua.academia.edu/IgorLimar/Papers/785907/Carl_G._Jungs_Synchronicity_and_Quantum_Entanglement_Schrodingers_Cat_Wanders_Between_Chromosomes">http://onu-ua.academia.edu/IgorLimar/Papers/785907/Carl_G._Jungs_Synchronicity_and_Quantum_Entanglement_Schrodingers_Cat_Wanders_Between_Chromosomes</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>[3]</strong> En alchimie, phase du Grand Œuvre visant à obtenir l’incandescence (l’or alchimique) pour parvenir à l’ « incarnation de l’esprit ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>LE LIVRE ROUGE de C. G. JUNG – RÉCITS D’UN VOYAGE INTÉRIEUR, Musée des Arts Asiatiques Guimet, Paris &#8211; jusqu’au 7 novembre 2011.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JUNG, C. G., <em>Le Livre Rouge, Liber Novus</em>, L’Iconoclaste/La Compagnie du Livre Rouge, 2011.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Photographies : <strong>1. Planche du Manuscrit des Visions Secrètes du Ve Dalaï-Lama</strong>, Tibet central, entre 1674 et 1681, or, argent, couleurs sur papier noir, Musée Guimet, Paris – <strong>2.</strong> Quelques pages du <strong>Livre Rouge</strong>, <a href="http://percy3.wordpress.com/2010/02/19/jungs-red-book-the-new-book-liber-novus/">http://percy3.wordpress.com/2010/02/19/jungs-red-book-the-new-book-liber-novus/</a>  - <strong>3. </strong><strong>Mandala</strong> peint par C. G. Jung.</p>
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		<title>Ces néos-épouvantails</title>
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		<pubDate>Sun, 02 Oct 2011 04:00:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Marc Lafontan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#160; La beauté ne se définit plus par un tour de poitrine généreux, une bouche pulpeuse, une chevelure épaisse. Le néo-beau est freak. Il s&#8217;accessoirise d&#8217;implants, de cheveux bleus ou d&#8217;ongles customisés. La beauté est passée de mode. Aujourd&#8217;hui, on subjugue non pas par la parfaite symétrie de son visage, mais par sa singularité, voire [...]]]></description>
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<div><a href="http://www.levillagedemusher.com/images_blog/extreme_body_and_implants_2.jpg"><img src="http://www.levillagedemusher.com/images_blog/extreme_body_and_implants_2.jpg" alt="" width="298" height="400" border="0" /></a></p>
<p>La beauté ne se définit plus par un tour de poitrine généreux, une bouche pulpeuse, une chevelure épaisse. Le néo-beau est freak. Il s&#8217;accessoirise d&#8217;implants, de cheveux bleus ou d&#8217;ongles customisés.</p>
<p><a href="http://www.levillagedemusher.com/images_blog/implants.jpg"><img src="http://www.levillagedemusher.com/images_blog/implants.jpg" alt="" width="640" height="295" border="0" /></a><br />
La beauté est passée de mode. Aujourd&#8217;hui, on subjugue non pas par la parfaite symétrie de son visage, mais par sa singularité, voire son étrangeté&#8230; La tendance hybride boulverse les canons de la beauté. Une nouvelle forme d&#8217;esthétisme s&#8217;impose.<br />
L&#8217;implant facial ou le cheveu bleu accessoirisent le corps des stars. Un militantisme vers une nouvelle forme de beauté fait son entrée sur le red carpet.</p>
<p>Le phénomène Lady Gaga :<br />
<img src="http://www.dazibaoueb.com/visuel/modification_corporelle0.jpg" alt="" width="650" height="556" /></p>
<p><a name="more"></a></p>
<p>La surprise chez Lady Gaga est devenue presque une philosophie de vie. Comme un leitmotiv, elle tente quotidiennement de surprendre. Une robe de gala en viande fraîche, un chapeau cousu à la fibre capillaire, les robes SM en latex&#8230; La chanteuse enchaîne les looks &laquo;&nbsp;freaks&nbsp;&raquo; pour, non pas atteindre le coeur de ses fans, mais leurs esprits. Son dernier happening arty était son clip Born this way, où la chanteuse s&#8217;affiche avec de faux implants au visage. Une métamorphose corporelle qui place le make-up au-delà du simple maquillage de scène. Des faux implants aux épaules, au front et aux pommettes, la chanteuse renoue ainsi avec la scène underground du Body Art.</p>
<p><a href="http://www.levillagedemusher.com/images_blog/orlan2.jpg"><img src="http://www.levillagedemusher.com/images_blog/orlan2.jpg" alt="" width="311" height="460" border="0" /></a></p>
<p>Les implants, une philosophie de vie&#8230;<br />
Orlan, la célèbre plasticienne française est l&#8217;une des premières à oser l&#8217;implant facial. Ambassadrice de l&#8217;art charnel, elle se concentre sur la métamorphose de son propre corps. Elle se fait poser deux implants (normalement utilisés pour rehausser les pommettes) au-dessus de ses sourcils, de chaque côté du front.<br />
L&#8217;implant force l&#8217;interrogation et pose le débat. Le corps, la liberté, le beau est remis en question à travers cet acte chirurgical. Plus qu&#8217;une simple opération esthétique, l&#8217;implant s&#8217;impose comme une réflexion sur l&#8217;esthétisme. Un activisme corporel qui tente de dépasser les frontières biologiques. Un besoin de se rapprocher physiquement de l&#8217;idée que l&#8217;on se fait de l&#8217;être du futur.<br />
Les spécialistes comme le chercheur David Le Breton, auteur de Signes d&#8217;identité. Tatouages, piercings et autres marques corporelles (Editions Métailié), considère ce désir de mutations physiques comme une influence indirecte de la série Star Trek. Cette série cristalliserait tous les fantasmes humains de l&#8217;être idéal du futur. Un désir de perpétuer la célèbre théorie de l&#8217;évolution des espèces de Darwin, vers une vision nettement plus futuriste. Après avoir évolué du singe à l&#8217;Homme, ces militants veulent pousser cette évolution de l&#8217;Homme vers le cyborg.</p>
<p><a href="http://www.levillagedemusher.com/images_blog/Implants1.jpg"><img src="http://www.levillagedemusher.com/images_blog/Implants1.jpg" alt="" width="468" height="428" border="0" /></a><br />
Vers une nouvelle définition du Beau<br />
L&#8217;image d&#8217;Épinal du Beau ennuie. La Vénus de Boticelli, censée représenter l&#8217;idéal du beau, ne fait plus rêver. La génération 2.0, nourrie de mangas et de science-fiction, veut une nouvelle Joconde, à l&#8217;image de ses références. Des défilés Alexander McQueen à Orlan en passant par Lady Gaga, la beauté hybride s&#8217;impose comme une forme de militantisme esthétique.<br />
La beauté ne se définit plus par un tour de poitrine généreux, une bouche pulpeuse, une chevelure épaisse. Le néo-beau est freak. Il s&#8217;accessoirise d&#8217;implants, de cheveux bleus ou d&#8217;ongles customisés.</p>
<p><a href="http://www.levillagedemusher.com/images_blog/dermal-implants_1.jpg"><img src="http://www.levillagedemusher.com/images_blog/dermal-implants_1.jpg" alt="" width="331" height="532" border="0" /></a><br />
L&#8217;implant sous cutané sort de sa torpeur underground pour faire son coming-out esthétique. La couverture d&#8217;ID magazine avec Lady Gaga célèbre l&#8217;implant 3D comme le nouveau tattoo. Un moyen de casser les canons actuels de la beauté pour les faire évoluer vers une image nettement plus hybride.<br />
Moins déroutant que l&#8217;implant facial, le cheveu bleu tente d&#8217;orienter l&#8217;être humain vers une beauté plus cyborg. Une influence du blockbuster Avatar qui pousse à imaginer la nymphette du futur avec le cheveu indigo. De Katy Perry à Anna Piagi, le bleu klein s&#8217;impose comme le nouveau noir&#8230; En seulement une saison, beaucoup de stars y ont succombé. Aperçu en version nuances bleutées au défilé Proenza Schouler, en bleu de méthylène chez Manish Arora, le bleu permet de militer pour un futur, ni blond, ni roux, ni brun&#8230; mais bleu !<br />
<a href="http://www.levillagedemusher.com/images_blog/20090416-implant-2.jpg"><img src="http://www.levillagedemusher.com/images_blog/20090416-implant-2.jpg" alt="" width="551" height="473" border="0" /></a></p>
<p><a href="http://www.levillagedemusher.com/images_blog/extreme_body_piercing_and_implants.jpg"><img src="http://www.levillagedemusher.com/images_blog/extreme_body_piercing_and_implants.jpg" alt="" width="302" height="400" border="0" /></a><br />
<a href="http://www.levillagedemusher.com/images_blog/body_modification.jpg"><img src="http://www.levillagedemusher.com/images_blog/body_modification.jpg" alt="" width="341" height="493" border="0" /></a></p>
<p><img src="http://www.dazibaoueb.com/visuel/modification_corporelle1.jpg" alt="" width="500" height="375" /></p>
<p><img src="http://www.dazibaoueb.com/visuel/modification_corporelle2.jpg" alt="" /></p>
<p><img src="http://www.dazibaoueb.com/visuel/modification_corporelle3.jpg" alt="" /><br />
Le transhumanisme est un mouvement culturel et intellectuel international prônant l&#8217;usage des sciences et des techniques afin d&#8217;améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains. Le transhumanisme considère certains aspects de la condition humaine tels que le handicap, la souffrance, la maladie, le vieillissement ou la mort subie comme inutiles et indésirables. Dans cette optique, les penseurs transhumanistes comptent sur les biotechnologies et sur d&#8217;autres techniques émergentes. <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Transhumanisme">Source</a><br />
<img src="http://www.dazibaoueb.com/visuel/modification_corporelle4.jpg" alt="" /></p>
<p><img src="http://www.dazibaoueb.com/visuel/modification_corporelle5.jpg" alt="" /></p>
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<p><a title="Ces néo-épouvantails" href="http://au-bout-de-la-route.blogspot.com/2011/09/ces-neos-epouvantails.html">http://au-bout-de-la-route.blogspot.com/2011/09/ces-neos-epouvantails.html</a></p>
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