Accueil / L O C A L I S A T I O N / EUROPE / Union Européenne (Sauf la France) (page 5)

Union Européenne (Sauf la France)

La voie de la sagesse en Grèce, c’est celle de la sortie de l’euro

Costas Lapavitsas
Costas Lapavitsas.
Alexis Tsipras a-t-il trompé le peuple grec ? Pourquoi avoir  fait un référendum qui n’a finalement servi à rien ? Est-il normal de dire que l'accord cadre signé le 13 juillet dernier par lui-même à Bruxelles est mauvais et n’aura aucun effet ?

En fait, Alexis Tsipras a cru naïvement qu’il était possible de changer l’Europe de l’intérieur en s’appuyant sur le résultat du référendum pour faire pression sur la communauté européenne. Mais cette stratégie est largement crédule car elle ne prend pas en compte le poids écrasant des institutions européennes et la règle de l’unanimité pour modifier tel ou tel traité. La volonté et la combativité ne suffissent pas dès lors que l’on est devant un mur infranchissable.

En France aussi, PG, PCF et une grande partie de la gauche de gauche font la même erreur. Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent  ne répètent-t-ils pas, à longueur d'interviews télévisés, que la France est un grand pays et qu’il suffirait de taper fort du poing sur la table à Bruxelles pour changer les choses en Europe ?



Aujourd'hui, il est évident que la Grèce n’a pas sa place dans l’euro et ne l’a d’ailleurs jamais eue. Une monnaie unique, de surcroit surévaluée dès l'origine pour le bonheur principalement de l’Allemagne, est un non-sens économique pour des pays aussi différents que ceux de la zone euro. Plusieurs prix Nobel d’économie dont Paul Krugman et Joseph Stiglitz ou d’autres économistes de renom comme Frédéric Lordon ou Jacques Sapir l'indiquent en permanence mais ce débat semble tabou en France.



En fait, Alexis Tsipras aurait dû, dès son arrivée au pouvoir il y a 6 mois, avoir un plan de sortie de l’euro sérieusement étudié au préalable mais il a exclu d'office cette hypothèse. Et maintenant, après le vote par le parlement grec d’une série de mesures inspirées par les directives Merkel et la fronde d’une partie des députés de son propre parti, il annonce un congrès extraordinaire de Syriza en septembre prochain.

En attendant, Costas Lapavitsas (co-fondateur de Syriza, membre la plateforme de gauche, député au Parlement grec et professeur d’économie) a prononcé un discours le 17 juillet 2015 à Athènes dans lequel il critique sévèrement l'action d'Alexis Tsipras...

 

Une capitulation désastreuse



Le gouvernement Syriza vient de signer un nouvel accord de sauvetage. C’est un très mauvais accord, pour des raisons évidentes que je vais énumérer.

Tout d’abord, cet accord est récessif. Il va plonger l’économie grecque dans la récession. Parce que les seules augmentations d’impôts s’élèvent à 2% du PIB. Elles concernent surtout la TVA, impôt indirect prélevé sur des produits principalement consommés par les travailleurs. Mais elles concernent aussi les entreprises et vont d’abord frapper les petites et moyennes entreprises, qui demeurent la colonne vertébrale de l’économie grecque. L’agriculture est sans doute le secteur le plus durement touché par cette augmentation : l’impôt sur le revenu versé par les agriculteurs va doubler, et ils seront soumis à de nouvelles obligations. Ces mesures sont incontestablement récessives. Elles arrivent à un moment où l’économie grecque chancelle au bord du précipice. Il ne fait aucun doute qu’elles vont la faire basculer dans la récession.

Deuxièmement, l’accord impose des mesures clairement inégalitaires. Elles vont exacerber les inégalités dans le pays. Ne laissez personne vous dire le contraire : le gros des recettes fiscales viendra des impôts indirects, dont on sait qu’ils sont facteur d’inégalité. Les inégalités vont s’accroître parce que les mesures imposent de prendre 800 millions par an dans les retraites. Elles feront peser une charge supplémentaire sur les retraités, qui comptent déjà en règle générale parmi les couches les plus pauvres de la population. Et bien sûr, les inégalités vont aussi s’accroître parce que le chômage va augmenter cette année et l’année prochaine.

Cet accord est mauvais parce qu’il ne remédiera en rien au problème de la dette du pays. Il ne prévoit pas de restructuration de la dette. Il va remplacer une catégorie particulière de dette par une autre. Il pourrait entraîner une amélioration marginale – marginale – sur le plan des taux d’intérêt et de l’étalement de la dette. Et celle-ci va sans aucun doute augmenter de 20 à 25 milliards pour recapitaliser les banques. Selon le FMI, le ratio dette sur PIB devrait passer à 200% l’an prochain. C’est très probablement ce qui va arriver.

Quatrièmement, l’accord ne prévoit absolument rien pour le développement du pays. Le « paquet » de 35 milliards d’euros n’existe tout simplement pas. Ces sommes ont déjà été allouées à la Grèce dans les divers fonds. Nous ne savons pas quand ni comment le pays percevra de l’argent frais. Rien, donc, en matière de développement.

Enfin, cet accord est clairement de type néocolonial. Le gouvernement de gauche a signé un accord néocolonial. Il l’est pour plusieurs raisons. J’en évoquerai trois : tout d’abord, l’accord prévoit l’établissement d’un fonds de privatisation de 50 milliards d’euros, sous contrôle étranger, et qui aura pour mission de vendre des biens publics. Les 25 premiers milliards seront destinés aux banques. S’il reste quelque chose – et il ne restera rien car on n’atteindra jamais 50 milliards –, les sommes serviront au remboursement de la dette et, peut-être, à l’investissement. Par conséquent, ce fonds vendra tout ce qu’il est possible de vendre pour recapitaliser les banques. Nous venons d’accepter de vendre nos bijoux de famille pour recapitaliser des banques grecques en faillite.

Nous avons aussi accepté de mener des réformes de l’administration publique sous la houlette de l’UE. Nous avons accepté de nous soumettre à un contrôle qui non seulement sera très sévère mais qui durera bien plus longtemps que les 3 ans que durera l’accord.

À mes yeux, cet accord représente une capitulation désastreuse. Ce n’est pas Brest-Litovsk. Ceux d’entre vous qui le croient se trompent. Il ne s’agit pas de gagner du temps pour asseoir le pouvoir bolchevique à Moscou et à Leningrad. Il ne s’agit pas de gagner du temps, car il n’y a pas de temps à gagner. Le temps, en l’occurrence, joue en faveur de l’ennemi. Ce n’est pas une manœuvre tactique.

Cet accord revient à mettre le pays sur une voie qui n’a qu’une seule issue. Une issue qui ne sert pas les intérêts du peuple. Quant à savoir qui est le véritable vainqueur de cet accord, c’est l’évidence même. Le vainqueur est devant vous. C’est l’oligarchie, qui s’exprime dans les médias de masse. Voilà pourquoi les médias exultent et célèbrent cette victoire. La réalité est parfois exactement ce qu’elle paraît être. Il est inutile de gratter la surface. Si vous lisez les grands journaux et que vous écoutez les médias, vous savez qui a gagné.

Le produit d’une erreur stratégique

Alors pourquoi ? Pourquoi cette capitulation ? Pourquoi en est-on arrivé là après le grand enthousiasme d’il y a six mois, après le fort soutien que nous ont apporté les mobilisations de la base dans ce pays et en Europe ? Pourquoi ? Pour moi, la réponse est claire. Elle tient à une mauvaise stratégie, stratégie qui fut certes assez bonne pour gagner les élections, mais qui s’est révélée désastreuse une fois Syriza arrivé au pouvoir. Cette mauvaise stratégie a fait long feu. Quelle est-elle ? Elle est très simple, et elle a été explicitement formulée à maintes reprises. Nous réaliserons un changement radical en Grèce, un changement radical en Europe, et nous le ferons de l’intérieur de la zone euro. Voilà quelle était la stratégie. Eh bien ce n’est pas possible. Un point, c’est tout. Les derniers mois ont démontré que ce n’était tout simplement pas possible.

Ce n’est pas une question d’idéologie – néolibérale ou autre. Ce n’est pas une affaire de rééquilibrage des rapports de force politiques. Combien de fois ai-je entendu parler de rééquilibrage ? Et voilà que ce débat revient sur la table, que l’on ressort cet argument : « Attendons que le rapport de force politique change en Europe, si Podemos est élu, les choses seront différentes. » Vous pourrez attendre longtemps. Très longtemps. Car ce n’est pas ainsi que la situation changera.

Pourquoi ? Parce que l’union monétaire, dont la Grèce fait partie, n’est pas de nature idéologique. Enfin elle l’est, mais il ne s’agit pas seulement d’idéologie. Ni de rééquilibrage du rapport de force. C’est un mécanisme institutionnel. Plus tôt les Grecs le comprendront, mieux ce sera pour nous tous. On a affaire à un mécanisme institutionnel, à une union monétaire, à un ensemble hiérarchique qui agit dans l’intérêt des grandes entreprises et d’un petit nombre de pays membres. Voilà la nature de l’Union économique et monétaire.

Historiquement, cette union monétaire a échoué. En Grèce, son échec est patent. Elle a ruiné le pays. Et plus la Grèce s’accroche à sa place au sein de l’union, plus elle détruit son peuple et sa société. C’est un fait que l’histoire des unions monétaires a établi depuis longtemps. Le problème est qu’à chaque fois, les gens refusent de voir la réalité en face.

La question de l’argent

Permettez-moi de faire une digression sur la question de l’argent – après tout, je m’adresse ici à un public d’universitaires et cela fait trente ans que j’étudie l’argent. L’argent est bien sûr l’équivalent universel. La marchandise des marchandises. Je suis assez traditionaliste à cet égard.

Sous sa forme la plus simple et la plus pure, c’est une chose. La plupart des gens considèrent que l’or est de l’argent. Dans certains cas, c’est encore vrai. Quand il est une chose, il fonctionne de façon aveugle et automatique, comme le font toutes les choses. Et il est l’objet de la réification. Les rapports sociaux vont s’incarner dans cette chose. De façon aveugle et mécanique, la société se soumet à cette chose. Nous le savons depuis longtemps. Keynes parlait de l’esclavage du métal jaune.

Bien sûr, l’argent moderne n’est pas une chose de ce type. Il reste chose, mais pas une chose ayant la forme d’une marchandise produite. Il est contrôlé. Il reste de l’argent, mais il est contrôlé. Contrôlé par des institutions, des comités, des mécanismes, toute une hiérarchie de relations. Cette hiérarchie et ce cadre produisent de la réification. Une réification qui diffère de celle de l’or. Ce que réifient ces institutions, c’est la pratique. L’idéologie et les intérêts de classes se réifient dans la pratique, dans l’institution elle-même.

C’est ce que la gauche, en Europe et en Grèce, s’est révélée incapable de comprendre : les mécanismes de l’Union européenne et monétaire sont une pratique de classe réifiée. Un point, c’est tout. Vous ne pouvez pas les transformer parce que vous avez gagné une élection en Grèce. C’est impossible. Vous ne pourrez pas les changer parce que demain, Podemos sera au pouvoir en Espagne. Ce n’est pas possible. Donc de deux choses l’une : soit vous détruisez cet édifice, soit vous l’acceptez tel qu’il est. Nous en avons désormais la preuve irréfutable.

Un programme radical suppose un plan de sortie de l’euro

Mais la vraie question est la suivante : que fait-on maintenant ? Je vais vous le dire, et sur ce point, ma propre pratique a valeur de preuve. La seule position cohérente au parlement ces derniers jours – cohérente avec deux choses : le mandat électoral reçu par Syriza le 25 janvier, et le référendum où le peuple a très clairement dit non aux plans de sauvetage –, la seule position cohérente avec ces expressions de la volonté populaire, c’était de dire non. Pas oui.

Ce n’est pas une affaire de conscience morale. Je respecte la conscience de chacun, je comprends la difficulté morale éprouvée par chaque député, chaque membre de Syriza, chaque citoyen grec. Mais ce n’est pas une question morale. Je ne suggère absolument pas que le « non » est moralement supérieur au « oui ». Je tiens à le dire très clairement. Il ne s’agit pas ici de morale, mais de jugement politique.

C’est la politique qui compte ici, et la juste orientation politique à prendre, c’était de dire non. C’est la seule option qui permet de rester cohérent avec la volonté populaire, avec les promesses que nous avons faites au peuple, et avec les mesures que nous serons susceptibles de prendre à l’avenir.

Si cette orientation est maintenue, le « oui » nous plongera vraisemblablement dans d’immenses difficultés. D’immenses difficultés pour les raisons que je vous ai données et qui tiennent au contenu de l’accord. Il n’est pas possible d’accepter cet accord et de transformer la Grèce. Ce ne sera pas possible car l’accord contient des mécanismes de contrôle très durs. Ces gens à l’étranger ne sont pas idiots. Ils savent exactement de quoi il retourne. Et ils imposeront des conditions, des régulations, des mécanismes de contrôle qui empêcheront Syriza de prendre des mesures allant dans le sens de ce à quoi beaucoup aspirent.

La preuve du pudding, c’est qu’on le mange. Ils exigent déjà le retrait de la majeure partie des lois que nous avons adoptées au cours des cinq derniers mois, dans l’intérêt des travailleurs. Et nous les retirerons. Ils nous contraignent à le faire. Et vous vous imaginez qu’à partir de maintenant, vous allez pouvoir adopter d’autres mesures législatives radicales ? Mais sur quelle planète vivez-vous ? C’est impossible. Et ce ne sera pas possible.

Revenir sur l’accord en s’appuyant sur le Non au référendum

Alors, qu’allons-nous faire ? Nous devons revenir sur l’acceptation de cet accord. Et concevoir un programme radical compatible avec nos valeurs, nos objectifs et le discours que nous avons tenu au peuple grec depuis tout ce temps, depuis toutes ces années. Et ce programme radical est impossible sans une sortie de l’euro. La seule chose à quoi nous devions vraiment travailler, c’est au développement d’un plan de sortie de l’euro qui nous permettra de mettre en œuvre notre programme. C’est si évident que je suis stupéfait qu’on ne l’ait toujours pas compris après cinq mois d’échec des négociations.

Avons-nous les forces requises ? Oui. Oui parce que le référendum, où le « non » a triomphé sans appel, a démontré deux choses. Il a démontré, pour commencer, que l’euro est une affaire de classe. Ce n’est pas une forme d’argent impersonnelle. Comme je vous l’ai dit, il cristallise et contient des rapports de classe. Et les gens l’ont instinctivement compris : les riches ont voté « oui », les pauvres ont voté « non » au référendum. Un point, c’est tout.

Deuxième chose démontrée par le référendum, et cela représente un énorme changement : pour la première fois depuis cinq ans, la jeunesse grecque s’est exprimée. Nous étions nombreux à attendre qu’elle le fasse. Et enfin, elle l’a fait. Et la jeunesse, cette jeunesse si attachée à l’Europe, si éduquée, sans doute si éloignée de tous ces dinosaures d’extrême gauche qui croient encore à Marx et consorts – cette jeunesse grecque qui bénéficie des programmes Erasmus et qui voyage partout, cette jeunesse a dit non, à 80%. Voilà la base d’une orientation radicale, et d’une réorientation pour Syriza aujourd’hui. Si nous disons oui, si nous maintenons le oui, nous perdrons les jeunes. J’en ai la certitude absolue.

Comment organiser une sortie de l’euro ?

Alors comment initier cette nouvelle orientation ? Est-ce une chose impossible ? Ne vous imaginez pas qu’il n’existe pas de plan pour sortir de cette union monétaire désastreuse et mettre en œuvre une stratégie radicale. Il existe un plan. Seulement, on ne l’a jamais utilisé. On ne l’a jamais développé, jamais étudié de manière approfondie. Pour le mettre en œuvre, il faut le développer, et il faut, par dessus tout, une volonté politique.

Ce plan, sous forme de feuille de route, contiendra quelques points très clairs.

- Premièrement, défaut sur la dette nationale. Le défaut est l’arme des pauvres. La Grèce doit faire défaut. Il n’y a aucune autre porte de sortie. Le pays est écrasé par sa dette. Un défaut serait donc un premier pas vers un profond effacement de la dette.

- Deuxièmement, nationalisation des banques. Nationalisation efficace des banques. Je veux dire par là que l’on nommera un commissaire public et un groupe de fonctionnaires et de technocrates qui savent comment s’y prendre. On leur demandera de diriger les banques et de renvoyer chez eux les membres des équipes dirigeantes actuelles. Voilà ce qu’il faut faire. Sans avoir la moindre hésitation. Et nous changerons en conséquence la structure juridique de ces établissements. La chose est très facile à faire. Les banques continueront à fonctionner sous un régime de contrôle des capitaux. On aura alors fait la moitié du chemin pour sortir de cette catastrophique union monétaire. Mais il faudra mettre en place un contrôle adéquat des banques et des capitaux, pas ce contrôle lamentable que nous avons vu ces deux dernières semaines. Il faudra que cela permette aux travailleurs et aux entreprises de retrouver une activité normale. C’est tout à fait possible. On l’a vu à plusieurs reprises.

- Troisièmement, conversion de tous les prix, de toutes les obligations, de l’ensemble de la masse monétaire dans la nouvelle devise. On peut convertir tout ce qui relève du droit grec. Les déposants perdront une part de leur pouvoir d’achat, mais pas sur la valeur nominale de leurs dépôts. Mais ils y gagneront car le pouvoir d’achat de leur dette diminuera également. Donc la majorité en sortira probablement gagnante.

- Quatrièmement, organisation de l’approvisionnement des marchés protégés : pétrole, produits pharmaceutiques, nourriture. C’est tout à fait possible en définissant un ordre de priorités, donc il faut s’y prendre un peu à l’avance, pas à la dernière minute. Il est évident que si vous pensez mettre tout cela en place le lundi matin et que vous commencez à y réfléchir le dimanche, l’affaire sera difficile. J’en conviens.

- Enfin, déterminer comment on allégera la pression sur le taux de change. Le taux de change va probablement plonger puis remonter. C’est généralement ce qui se passe. Il se stabilisera à un niveau dévalué. J’envisage une dévaluation de 15 à 20% au final. Il faut donc savoir comment on maîtrisera cette situation.

Quels seront les effets d’une sortie de l’euro ?

Que se passera-t-il donc si nous empruntons ce chemin ? D’abord, il faut s’y préparer techniquement, et surtout, il faut y préparer le peuple. Car pareille chose est impossible sans lui. Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai : on peut se passer du peuple, mais alors il faut envoyer les chars dans les rues. On peut aussi faire ça. Mais ce n’est pas l’orientation de la gauche. La gauche veut y parvenir avec la participation du peuple, car nous voulons le libérer de cette façon, nous voulons le faire participer.

Que se passera-t-il donc si nous empruntons ce chemin ? J’ai vu des simulations et des modélisations économétriques de l’effet que cela pourrait avoir sur le PIB, les prix, etc. Ce genre de chose est parfois très utile et intéressant à lire. Mais dans ce cas, les simulations n’ont pas la moindre valeur. Pourquoi ? Parce que, par essence, la simulation et l’économétrie reposent sur la conservation des caractéristiques structurelles du modèle. Sinon, toute simulation est impossible. Ici, par construction, nous transformons la structure. C’est un changement de régime. Ou, pour le dire autrement, si quelqu’un décide de remettre sa vigne en culture, comment en prévoir les effets ? C’est cela qui va se passer. Il se produira un changement structurel. Donc toutes les prévisions chiffrées ne valent pas grand-chose. Ne croyez pas ceux qui vous disent qu’il y aura une récession de 25%, une contraction du PIB de 50%. La vérité est qu’ils n’en savent rien. Ils sortent ces chiffres de leur chapeau.

Le mieux que l’on puisse faire dans ces conditions, c’est de concevoir des anticipations raisonnées fondées sur les expériences antérieures et sur la structure de l’économie grecque. J’imagine que si nous empruntons cette voie en y étant préparés, nous entrerons en récession. Ce sera difficile. Cela durera probablement plusieurs mois, du moins la plongée durera plusieurs mois. Mais si je me fonde sur l’expérience monétaire, je ne crois pas que cette situation durera plus de six mois. En Argentine, elle a duré trois mois. Puis l’économie est repartie.

La contraction durera donc plusieurs mois, puis l’économie redémarrera. En revanche, il est probable qu’il faille attendre plus longtemps pour renouer avec des taux de croissance positifs, car la consommation, la confiance, et les petites et moyennes entreprises subiront sans doute un choc important. Je suppose que l’on reviendra à des taux de croissance positifs au bout de 12 à 18 mois.

Une fois le pays sorti de cette période d’ajustement, je pense que l’économie reviendra à des taux de croissance rapides et soutenus. Pour deux raisons. D’abord, la reconquête du marché intérieur. Le changement de devise permettra au secteur productif de reconquérir le marché intérieur, de recréer des opportunités et des activités, toutes choses que l’on a vu à chaque fois que se sont produits des événements monétaires de cette ampleur. Et un gouvernement de gauche favorisera la reprise, pour qu’elle soit plus rapide et plus solide. En partie parce que les exportations vont très probablement repartir ; en partie parce que l’on mettra en place un programme soutenu d’investissement public qui favorisera aussi l’investissement privé et produira de la croissance pendant plusieurs années. Voilà mes prévisions, je n’ai pas le temps de les développer ici.

La voie de la sagesse…

Je voudrais ajouter deux choses. Il ne s’agit pas d’une sortie de l’Europe. Personne ne défend cette idée. L’euro, l’Union européenne et monétaire, ne se confond pas avec l’Europe – cette valeur désincarnée, qui nous tourmente depuis si longtemps. Nous parlons ici de sortie de l’union monétaire. La Grèce restera membre de l’Europe et des structures européennes tant que le peuple grec le souhaitera. Cette stratégie vise au contraire à libérer la Grèce du piège que constitue l’union monétaire, à lui permettre de renouer avec une croissance soutenue et avec la justice sociale, à renverser le rapport de force au profit des travailleurs du pays. Je le regrette, mais il n’y a pas d’autre stratégie. S’imaginer le contraire, c’est poursuivre des chimères.

J’ignore si la Grèce optera pour cette stratégie. Récemment, je suis tombé sur une phrase très intéressante, attribuée à un premier ministre israélien. Il disait que les nations prennent la voie de la sagesse, mais seulement après avoir essayé toutes les autres. Dans le cas de la Grèce, je crains que ce ne soit ce qui nous attend. La voie de la sagesse, c’est celle de la sortie de l’euro et du changement social. J’espère que Syriza le comprendra et dira non. Qu’il ne signera pas cet accord. Qu’il reviendra à ses principes radicaux et à ses valeurs radicales. Qu’il fera une nouvelle proposition à la société grecque et s’engagera dans la voie de la sagesse.

(Costas Lapavitsas)

 


 

Merci à notre ami Nicolas Vieillescazes du site Contretemps pour la traduction en français de ce discours


 


Lire la suite du blog :

 

 

Lire la suite

En Grèce, les instituts de sondage ont menti

À la veille du scrutin, les instituts de sondage ont tenté en Grèce  de manipuler la population. L’un, réalisé par la société Alco, donnait le oui gagnant « d’une courte tête », avec 44,8 % contre 43,4 % pour le non. Un autre, réalisé par l’Université de Macédoine, affirmait que le oui ...

Lire la suite

Ne gaspillons pas les élections grecques !

Aux allemands ayant tenté d’infléchir par tous les moyens le résultat du référendum grec, les électeurs de ce pays viennent d’opposer un résultat sans appel. Cette petite Grèce, et ses citoyens abandonnés à leur sort misérable par les pays aisés du « noyau » européen, nous envoient un message fort: la démocratie passera! Ils nous disent en...

The post Ne gaspillons pas les élections grecques ! appeared first on .

Lire la suite

La Grèce : un canari dans la mine de charbon

Un drame désolant se déroule sous nos yeux en Grèce. Dans une entrevue radiophonique, Germain Belzile, professeur d’économie aux HEC (entre autres), l’a décrit comme un « slow motion train wreck » ou un déraillement ferroviaire au ralenti pour les fanatiques du français. Nous le voyions arriver depuis longtemps, mais ...

Lire la suite

Grèce: Déclaration d’Alexis Tsipras après son vote au référendum

Grèce : Déclaration d’Alexis Tsipras après son vote au référendum Aujourd’hui est un jour de fête, parce que la démocratie est fête, elle est joie. Et quand la démocratie vainc la peur et le chantage, alors elle est aussi rédemption, elle est aussi voie de sortie. Le peuple grec envoie aujourd’hui ...

Lire la suite

Il faut mieux savoir à qui on prête de l’argent, non ?

Quand on prête ce l’argent, même dans sa propre famille, il vaut mieux faire attention, pour éviter les embrouilles. Tous les conseillers financiers vous le disent et vous mettent en garde. Comme la famille européenne s’avance vers un renouvellement de ce genre de prêt (ou pas) à son vilain petit canard grec, ...

Lire la suite

29 mai 2005/2015 : 10ème anniversaire du Non au TCE

Il y a 10 ans, le peuple de France disait NON au traité constitutionnel européen (TCE) et infligeait une défaite aux européistes de tous bords : UMP et PS, Medef, puissances financières, médias et instituts de sondage.

Les citoyens français espéraient contrecarrer le dogme du libéralisme économique faisant de plus en plus de ravages et une clameur ébranlait toute l'Europe libérale...


Qui a vécu cette période d’intense activité politique ne peut l’avoir oubliée.

Depuis le début de l’année 2005, dans les villes, les zones rurales et sur internet, le débat battait son plein. Pendant que les médias aux ordres et la quasi-totalité des journalistes de la presse écrite et de radio-télévision faisaient campagne directement ou indirectement pour le OUI, fleurissaient ici et là des rassemblements de milliers de citoyens avec des affiches, tracts, chansons et badges en faveur du NON.

Les sourires des européistes béats se sont peu à peu estompés pour laisser place à des grimaces quand les courbes des sondages ont commencé à se resserrer puis à se croiser. Et au soir du 29 mai 2005, c’est avec jubilation que les partisans du NON ont accueilli les résultats : 55% de voix contre le TCE !

Résultat sans appel de la démocratie vivante, la France envoyait aussi un signal d’espoir à tous les peuples qui avaient été privés jusqu'ici de référendum. 

Une trahison et un véritable coup d’état parlementaire

Ce Non fut catalogué par les partisans du Oui comme un Non de peur sociale, un Non en faveur d'un repli souverainiste, un Non à l'Europe ou un Non des "petits" face au "Oui" des dirigeants d'entreprise, cadres supérieurs, etc.

Le choix du peuple ne convenait pas aux grands partis politiques et à l’Union européenne. Alors, de façon tout a fait anti-démocratique, ils ont mitonné le Traité de Lisbonne. Autre nom mais même projet, liant tous les traités néo-libéraux en un seul texte.

Et ce sont les députés et les sénateurs, réunis en congrès, qui ont dit Oui au Traité de Lisbonne en 2008, véritable coup d'Etat parlementaire conduit par le PS, l’UMP et une partie des Verts. La Constitution française intégra le titre 15 afin d'être compatible avec le Traité de Lisbonne mettant la France sous tutelle de l’UE, désormais libre d'imposer toutes ses politiques néolibérales.

Les conséquences ne se sont pas fait attendre : austérité, chômage, délocalisations, désindustrialisation, privatisations, services publics amputés, effectifs des fonctionnaires réduits, protection sociale démantelée, droit du travail et conditions de travail détériorées. Les conquêtes sociales mises en place après la Libération, devenues les cibles de l'Union européenne, sont détruites lentement mais sûrement par les gouvernements qui se succèdent en France.

Même traitement au Portugal, en Grèce, Espagne, Italie, Grande-Bretagne, Belgique et même en Allemagne. Contrairement à ce que disent chaque jour les « éminents journalistes » que sont les Apathie, Barbier, Calvi, Demorand, Joffrin, Lechypre, Lenglet, Pernaut, Pujadas, le modèle allemand bat aussi de l’aile. Près de 12 millions de citoyens allemands, soit 15% de la population, sont pauvres car ils travaillent dans un cadre très fragile, à coup de petits métiers et voient leur niveau de vie baisser dangereusement, d’autant plus que leurs salaires s’amenuisent au fil des années. 4 millions de personnes gagnent moins de 7 euros bruts de l’heure. Les 10% d'Allemands les plus fortunés se partagent 53% de la richesse nationale, tandis que les 50% les plus pauvres ne possèdent que 1% de la richesse du pays…

Tandis que les peuples sont condamnés à la misère, les banques, malgré la crise des subprimes au deuxième semestre 2006, regorgent de bénéfices et placent leurs représentants aux plus hauts postes dans les institutions européennes.

Ainsi, le 1er novembre 2011, Mario Draghi, vice-président pour l'Europe de la banque d’affaires Goldman Sachs entre 2002 et 2005, puis gouverneur de la banque d'Italie entre 2006 et 2011, est devenu président de la Banque Centrale Européenne (BCE). Or, la banque Goldman Sachs a été au cœur de la prédation financière en étant impliquée dans de nombreux scandales financiers : subprimes, tromperie de ses clients à qui elle recommandait d’acheter des produits financiers sur lesquels elle spéculait à la baisse, maquillage des comptes grecs qui a résulté principalement de la levée de fonds hors bilan par le biais d’instruments financiers mis au point par la banque qui a perçu 600 millions d’euros à cette occasion...

Ainsi, le 27 juin 2014, les dirigeants européens ont choisi l'ancien Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, un des champions du secret bancaire en Europe, pour être le nouveau président de la Commission européenne. Le Luxembourg est un paradis fiscal au sein même de l’Europe ! Jean-Claude Juncker a été personnellement mis en cause dans l'affaire Luxleaks qui révèle de manière détaillée l'organisation de l'exil fiscal de plus de 1000 entreprises avec l'approbation de l'administration luxembourgeoise des impôts...

La nomination de ces deux personnages à la tête des deux plus importantes institutions européennes, avec l’aval de Nicolas Sarkozy puis de François Hollande qui n’ont pas osé mettre leur veto, n’est sans doute pas étrangère au manque de volonté de l’Europe de lutter efficacement contre les excès de la finance, notamment les paradis fiscaux.

Mais si l’UMP et le PS avalisent tout et n’importe quoi, il est plus surprenant  qu’une partie de ceux qui avaient appelé au Non en 2005 continuent d’établir la liste des dégâts sans jamais s'attaquer aux causes. Ils s'indignent mais s’abstiennent de parler d’une sortie de l'Union européenne et de l'euro, condition indispensable pour restaurer la démocratie, construire une alternative politique fondée sur l'égalité, le progrès social, la reprise en main de l'économie, l'emploi, la fin du chômage, la revitalisation des services publics, la réindustrialisation conjuguée à la protection de l'environnement, la laïcité.

C’est en fait toujours le même discours depuis 1957, date du Traité de Rome. En se mobilisant et en tapant fort du poing sur la table à Bruxelles (dixit Jean-luc Mélenchon…), l’Europe sociale finira par se faire, un parlement européen qui aura le courage de s’opposer à la commission de Bruxelles finira par voir le jour, etc. Ces postures tentent en fait de masquer un renoncement à la souveraineté nationale et populaire.

Conséquence : le Front national a ramassé la mise. Il est le seul parti à avoir fait fructifier le Non au TCE de 2005 en captant les voix populaires et le drapeau français. Son ascension n'a été possible que parce que la gauche ne défend plus les intérêts de ceux qui prennent en pleine face les effets de la mondialisation libérale, notamment les 8 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, les 5 millions de chômeurs, les retraités, les fonctionnaires, les couches moyennes appauvries.

Mais aujourd'hui, une autre force politique reste à créer, une nouvelle formation rompant avec le concept de gauche et qui considérerait enfin que la sortie de l'Union européenne et de l'euro sont les conditions indispensables pour restaurer la démocratie, construire une alternative politique fondée sur l'égalité, le progrès social, la reprise en main de l'économie, l'emploi, la fin du chômage, la revitalisation des services publics, la réindustrialisation conjuguée à la protection de l'environnement, la laïcité.

Les Français n’ont oublié ni le NON au TCE en 2005, ni la forfaiture des parlementaires en 2008. La dynamique de 2005 n’est pas morte, elle est simplement en sommeil…

Lire la suite

29 mai 2005/2015 : 10ème anniversaire du Non au TCE


NON au traité constitutionnel européen (TCE)
Il y a 10 ans, le peuple français disait NON au traité constitutionnel européen (TCE) et infligeait une défaite aux européistes de tous bords : UMP, PS, Centristes, Radicaux, Verts mais aussi Medef, puissances financières, médias et instituts de sondage.

Une clameur ébranlait toute l'Europe libérale et les citoyens français espéraient contrecarrer le dogme du libéralisme économique faisant de plus en plus de ravages dans notre pays... 



Lire la suite...

Lire la suite

Sécurité présidentielle – Des flics bien trop bavards !

Le journal de référence Le Monde est-il lui aussi trop bavard lorsqu’il livre des informations sur la sécurité du Président de la République. Pourquoi donner à ses abonnés des détails sur un sujet aussi sensible. Les journalistes du quotidien auront beau prétendre que pointer les failles de la protection rapprochée du chef ...

Lire la suite

Cameron : une victoire à la Pyrrhus ?

David Cameron arborait un large sourire au soir de l’« Election Day » du Royaume-Uni. Et pour cause : son parti venait, contre tous les pronostics, d’obtenir une majorité absolue qui donne aux « Tories » la possibilité de gouverner seuls, ce que les Conservateurs n’avaient pu obtenir lors de la précédente élection. En dépit ...

Lire la suite

Ne pas confondre cluster et cluster…

C’est déjà à la une de tous les journaux, et c’est déjà la une belle confusion. En s’emballant un peu vite, Human Rights Watch, il faut l’écrire, vient de commettre une erreur à mon avis. Il ne suffit pas de dénoncer en effet l’emploi des armes, encore faudrait-il les connaître, pour être ...

Lire la suite

Réflexion sur notre « différence» »

Source de l’impérialisme américain, ou pourquoi les guerres!!!                       De façon générale, il nous semble être acceptable que l’homme soit un animal essentiellement « sociable ». Il nous semble évident que l’esprit « religieux » nous apparaisse comme étant issue d’élucubrations superstitieuses des origines ...

Lire la suite

PS : un congrès pourquoi faire ?

Le prochain congrès du Parti Socialiste des 5, 6 et 7 juin devra trancher entre quatre motions dont les deux principales : celle du premier secrétaire, résolument démocrate, qui soutient les réformes du gouvernement et celle de l’aile gauche qui refuse d'abandonner son objectif de toujours, le progrès social. 

Mais entre Jean-Christophe Cambadélis rejoint par Martine Aubry d'un côté et les frondeurs de l'autre, ce congrès risque d’être un nouvel épisode démontrant la faiblesse de la réflexion dans la majorité gouvernementale…


Après les départs récents d’Arnaud Montebourg et Benoît Hamon du gouvernement, les critiques récurrentes de Martine Aubry et des frondeurs depuis le début du quinquennat de François Hollande, on pouvait penser que le prochain congrès du PS serait l’occasion d’un débat clair sur la ligne de la majorité, la relative austérité, l’absence de réforme fiscale, la monnaie unique, le libre-échange anarchique et les insuffisances notoires de l’Union Européenne.

Après plusieurs défaites électorales, la fronde d’une partie des élus socialistes pouvait aussi entretenir l’idée qu’un vrai débat avait une chance d’éclore, au moins partiellement, mais ce congrès du PS aura lieu notamment après que le gouvernement ait soldé Alstom au géant américain General Electric (GE) et lancé une partie des chantiers de la loi Macron, révélateurs entre autres de la politique de François Hollande.

Le projet de loi Macron en particulier est guidé par une logique de déréglementation généralisée : extension du travail du dimanche de surcroît sans obligation légale de majoration salariale, dépénalisation du délit d’entrave, processus de privatisation notamment d’un certain nombre d’aéroports, permission donnée aux hôpitaux publics de créer des filiales à l’étranger, c’est-à-dire à se comporter comme des entreprises privées, etc.

L’ABCD du congrès 

Quatre motions sont déposées en vue du congrès de Poitiers :

Motion A. Ses partisans soutiennent largement les choix politiques de François Hollande qui ne sont que les descendants directs de ceux des décennies précédentes. D’un côté, des réformes sociétales avant tout, le Président venant encore d’évoquer récemment les modalités de fin de vie des personnes âgées ou le vote des étrangers aux élections locales, et de l’autre l’absence de vraies réformes économiques et sociales, voire le vote de « réformes » que la droite n’avait pas osé faire jusqu’alors ! 

Jean-Christophe Cambadélis, Manuel Valls et Martine Aubry appellent à une rénovation socialiste pour ne pas avouer clairement qu’ils ont déjà franchi une étape supplémentaire en devenant démocrates à l’américaine comme Bill Clinton ou Barak Obama, Tony Blair en Angleterre, Gerhard Schröder en Allemagne et tous les autres apôtres de « la troisième voie ».

Motion B. Elle réunit différents courants de gauche autour de Christian Paul et d'autres socialistes, comme Laurence Rossignol, Pervenche Berès ou Pouria Amirshahi. Leur réflexion tourne autour de trois axes : le nouveau modèle de développement, la lutte contre les fractures territoriales et l'innovation démocratique en France et en Europe. Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, privés des ors des ministères, ont préféré agir dans le sillage de Christian Paul qui vient déjà, il y a quelques jours sur I Télé, d’accuser Jean-Christophe Cambadélis de verrouiller le congrès de Poitiers…

Motion C. Ses signataires prônent une nouvelle vision politique passant par l’ouverture d’un chantier avec 117 propositions ou souhaits, souvent généralistes, en vue d'un nouveau pacte citoyen et républicain.

Motion D. Le comble du ridicule est sans doute atteint par cette motion portée par Karine Berger, une des « têtes pensantes » des socialistes en matière économique qui dit vouloir renouveler son parti tout en trouvant que la motion des frondeurs va trop loin dans la critique du gouvernement. La Fabrique qui est le nom de cette motion surprise,  c’est celle des NiNi, ni pour, ni contre, ni pour les frondeurs, ni contre l'exécutif. Et inversement ! Quelles sont les différences notables entre Karine Berger et la ligne suivie par le gouvernement ? Le JDD note avec ironie que « pour l’heure, cette motion se définit essentiellement par ce qu’elle n’est pas »...

Avec le dépôt de ces motions, on peut se demander si le gouvernement et la direction du PS ne sont pas satisfaits d’avoir au moins une motion qui permet de récupérer une partie des mécontents, tout en les gardant dans un périmètre moins frondeur. D’une façon générale, pour les principaux signataires des motions B, C et D, il y a surtout la satisfaction d’obtenir un peu de lumière médiatique mais le débat reste hélas un peu dérisoire et même égoïste.

Dérisoire, car on voit bien que depuis plus de trente ans, la critique de la ligne eurolibérale du PS ne change rien à la politique suivie par les gouvernements de gauche. C’est la raison pour laquelle J.P. Chevènement puis J.L. Mélenchon ont quitté le PS.

Egoïste, car les motions assurent aux « frondeurs », en plus d’une certaine notoriété, quelques postes dans la direction du parti ainsi qu'un quota de places éligibles pour leur courant aux différentes élections. On peut même s’interroger pour savoir si certains d'entre eux n’ont pas adopté cette posture en pensant qu’elle leur permettrait de mieux se faire réélire dans leurs circonscriptions respectives, face au désastre électoral qui s’annonce pour le PS. C’est le cas notamment de Benoît Hamon, qui quelques mois seulement après sa nomination en tant que Ministre de l’Education Nationale par Manuel Valls, s’est subitement aperçu que le nouveau Premier Ministre mettait le cap à droite, et ce après l’avoir soutenu contre le maintien de Jean-Marc Ayrault !

C’est pourquoi le prochain congrès socialiste sera sans doute un nouvel exercice de synthèse hollandaise et un moyen de montrer que le PS peut rassembler au-delà de sa ligne eurolibérale et ne pas faire fuir ceux qui la rejettent, que ce soit volontaire ou non...



- Motion A : Le Renouveau Socialiste, présentée par Jean-Christophe Cambadélis

- Motion B : A gauche, pour gagner, présentée par Christian Paul

- Motion C : Oser un nouveau pacte citoyen et républicain, présentée par Florence Augier et Louis-Mohamed Seye

- Motion D : La Fabrique, présentée par Karine Berger




Lire la suite du blog :
> Tous les articles

Lire la suite