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Centpapiers

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    • Journalisme pendant une dizaine d'années dans un quotidien régional en France, Olivier Pierson est arrivé au Québec en juin 2007 pour ne plus repartir. Depuis, il est journaliste pigiste, en collaborant notamment pour des sites internet consacrés à l'emploi et au monde de l'entreprise. Il est aussi l'auteur d'un recueil de chroniques intitulé Dans mon Québec au Canada.

    Catastrophe surnaturelle

    18 février 2010 | 0 commentaire(s) | vu 865 fois

    J’ai vu 2012, le dernier caprice de Roland Emmerich, qui nous avait déjà servi des brouettes d’effets spéciaux et des cargos de patriotisme américain dégoulinant avec son fameux Independance Day, où des novices s’improvisent pilotes de chasse grâce à une formation accélérée. Et que dire de son cousin Le jour d’après, où la nature pique une colère monstre qui atteint des proportions ridicules, en transformant par exemple des humains en bâtonnets glacés, et tout cela en moins de temps qu’il n’en faut pour péter. Ces deux productions s’étaient également distinguées par des répliques qui sont passées dans le postérieur de la postérité. C’est mieux que rien.

    Cette fois, le réalisateur d’origine allemande a mis les bouchées doubles, au mépris encore une fois du réalisme et du bon sens. C’est dur de parler d’un film qui prend les spectateurs pour des imbéciles lobotomisés. J’y suis pourtant allé avec mon second degré, et même le 3e je crois. On nage donc en plein délire, on boit la tasse du ridicule et on a vite le mal de l’air (je veux sortir !) sur son siège moelleux qui est le seul à résister à la catastrophe surnaturelle. Ce long métrage qui porte bien son nom – 2h38 de supplice – m’aura au moins permis d’inaugurer un record dans une salle obscure, puisque j’ai dû regarder ma montre 5 fois sous le feu roulant des effets numériques.

    Autour de moi, j’ai entendu des gens rire, c’est vous dire, et même quelques applaudissements ironiques. En même temps, il y a matière. Qu’on se le dise, 2012 est drôle, même si ce n’était pas l’effet recherché. Encore une fois, le héros s’extirpe de situations invraisemblables. Tout le monde meurt, sauf lui. Toute une ville s’écroule dans un chaos dantesque, mais lui zigzague entre les crevasses abyssales, fait planer sa limousine pour sauver sa famille. Il répète l’exploit dans le parc national de Yellowstone, au volant cette fois d’un véhicule-caravane. La terre voit rouge, ça pète dans tous les sens, les météorites transforment les jolies plaines vallonnées en gruyère, mais il s’en sort. Il ne marche pas sur l’eau, mais il évite une pluie battante de boulets incandescents avec une chance de cocu ou l’insolence du fils patenté d’un dieu tout puissant. Je vous passe les scènes dans les airs, où là encore des pilotes du dimanche réalisent des prouesses à faire pâlir les bellâtres de Top Gun.

    Très cohérent également, le président américain – noir comme Obama, la seule particule réaliste du film – qui décide de rester sur terre avec les petites gens, refusant de monter dans ces arches de Noé high tech construites en secret pour les puissants de ce monde. Inutile de vous dire qu’on pleure dans ce film, qu’on crie beaucoup et que les tsunamis dévastateurs font mousser les bons sentiments (je vais mourir, vite j’appelle mon fils que j’ai renié). Et puis il y a l’amour et l’espoir qui finissent toujours par avoir le dernier mot. Un des personnages central, un scientifique qui déborde d’humanisme, finit par bécoter la fille du défunt président, tandis que le héros du film se rabiboche avec sa femme et son garçon qui avait une piètre image de lui. Mais si cette femme, et c’est là que le scénario est bien fichu, retombe dans les bras de son ex, c’est parce que son amoureux du moment, très sympathique au demeurant, finit en hachis parmentier pour faciliter les retrouvailles.

    Donc, si je suis ce raisonnement, les couples qui battent de l’aile ont tout intérêt à ce que le 21 décembre 2012 marque vraiment la destruction de la Planète bleue pour sauver leur relation. C’est cher payé la réconciliation, mais comme l’a matraqué le film épileptique, l’amour triomphe toujours…

    Une conclusion sirupeuse et téléphonée, mais il ne fallait pas en attendre davantage d’une super production qui a dilué son message premier sous un déluge d’excès. La sensibilisation et la science-fiction, ce n’est pas la même chose…

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