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Caron et Bourassa : Conversations

Alain Caron, autrefois bassiste du trio Uzeb, faisait para?tre l’an dernier un album acoustique sobrement nomm? Conversations. Il s’agissait d’une suite de duos entre la basse du virtuose et le gratin du piano d’ici : Oliver Jones, Lorraine Desmarais et Fran?ois Bourassa, pour ne nommer que ceux-l?.

Avec le pianiste Fran?ois Bourassa, ce n’?tait que la confirmation d’un coup de cœur, puisque les deux hommes avaient d?j? partag? une sc?ne ? Moscou en 1992 et s’?taient crois?s au hasard de leurs tourn?es respectives. Apr?s tout, la jazzosph?re montr?alaise est un monde effervescent mais petit, et il est logique que deux piliers du jazz moderne se d?couvrent des affinit?s, ind?pendamment de leurs parcours respectifs. Bourassa d?clarait r?cemment : « m?me si nos styles diff?rent, nous avons des r?f?rences similaires. Nos esth?tiques se rapprochent aussi et surtout, nous avons du fun ! »

Du fun, certes, mais surtout de l’exigence.

Quand on a fait ses preuves dans des contextes collectifs et qu’on se retrouve en tandem basse-piano, devant une salle justement peupl?e de bassistes et de pianistes, il y a une image ? d?fendre et des fausses notes ? ?viter ! De ce c?t?, rien ? redire, ces messieurs connaissent leurs gammes. Le jazz n’?tant chez nous un sujet de conversation que dix jours par an, il est utile de rappeler que Caron s’est vu d?cerner l’an dernier un doctorat honoris causa de l’Universit? du Qu?bec ? Rimouski, tandis que son partenaire raflait le prix Oscar-Peterson lors du dernier Festival international de jazz. De la reconnaissance, donc, mais aucune envie de s’asseoir sur ses lauriers.

Voici une musique acoustique ? cordes, ancr?e dans un jazz mainstream plut?t que dans le r?pertoire fusion qui fait la r?putation du bassiste. Les compositions rendent hommage ? Charlie Parker, Duke Ellington, John Coltrane, ou Bill Evans, et il ne reste de la fusion que l’id?e de base : trouver un langage nouveau ? chaque rencontre. Une fusion sans confusion, dans un enrobage qui flirte avec la virtuosit? et donne parfois une impression de musique pour musiciens

Des notes techniques, en voil?. Dans cette salle injustement m?connue de la rue Sainte-Catherine, Bourassa s’exprime sur un piano ? demi-queue d’une populaire marque japonaise frapp?e d’un triple diapason. En parfaite ma?trise de l’instrument, il m?le harmonies, m?lodies et effets de cordes en n?gligeant un peu la partie gauche du clavier, laissant le registre grave ? son acolyte. Face ? lui, perch? sur un tabouret de bar, Caron n’utilise qu’un instrument : une basse ?lectroacoustique ? six cordes et z?ro frette, œuvre du luthier montr?alais Michel Fournelle. Entre ses mains, l’instrument sonne comme une contrebasse qui serait dot?e d’une octave suppl?mentaire et d’une v?locit? de guitare classique !

Entre deux pi?ces, Caron lance au public « y a-t-il des batteurs dans la salle ? » suivi de « est-ce que la batterie vous manque ? », soulignant le d?fi technique et la n?cessit? pour les deux improvisateurs d’?tre aussi de solides rythmiciens.

Pour que l’exp?rience auditive soit ? la hauteur de la virtuosit? musicale, les comp?res ont fait appel ? deux sonorisateurs : un pour la sc?ne, un autre pour la salle. Il en r?sulte un son tr?s clair qui ne laisse ?chapper aucune note, et une surprenante absence d’?cho et d’effets d’enveloppe. Le volume bas, proche du coffre naturel du piano, t?moigne lui aussi de la volont? de rendre aux instruments leurs vrais timbres, sans vernis.

De la musique sans artifices, d?finition ind?modable du mot jazz

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