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Capitalisme et changement climatique : d’une manière ou d’une autre, tout est en train de changer

Si nous continuons à laisser les émissions de GES (gaz à effet de serre) augmenter d’année en année, le réchauffement planétaire va bouleverser notre monde. Pour que ce désastre se concrétise, il nous suffit de ne rien faire et de poursuivre sur notre lancée en attendant le salut des technologies ou en nous persuadant que nous sommes malheureusement trop occupés pour prendre la situation en main.

Mais si un nombre suffisant d’entre nous cesse de détourner les yeux et décide que le dérèglement climatique est une crise grave nécessitant une intervention de l’ordre du plan Marshall, elle sera perçue comme telle, et la classe politique n’aura d’autre choix que de réagir. Paradoxalement, cette crise pourrait devenir un catalyseur de changements bénéfiques et le meilleur argument pour faire valoir les revendications progressistes.

terre

 

La crise du climat pourrait en effet offrir la possibilité de :

  • rebâtir et raviver les économies locales
  • libérer nos démocraties de l’emprise destructrice des géants du secteur privé
  • empêcher l’adoption d’accords de libre échange et renégocier ceux en vigueur
  • investir dans les infrastructures publiques (transports en commun, logement social)
  • se réapproprier les services publics essentiels (énergie, eau)
  • assainir le secteur agricole
  • ouvrir nos frontières aux réfugiés climatiques

Et ainsi mettre fin aux extravagantes inégalités sociales et territoriales qui déchirent le monde actuel. Les émissions mondiales de dioxyde de carbone ont été plus élevées de 61 % en 2013 par rapport à 1990. L’échec de la conférence hautement médiatisée de 2009 à Copenhague a clairement montré que les dirigeants de la planète ne veulent pas s’occuper de ce problème et ne se soucient pas de notre survie.

En fait, les émissions augmentent si rapidement que, à moins d’un changement structurel radical de notre économie, l’objectif des 2 degrés est d’ores et déjà utopique. Les climatologues nous ont pourtant prévenus : « Un réchauffement de 4° est incompatible avec toute représentation raisonnable d’une communauté mondiale organisée, équitable et civilisée. » Il entrainerait d’innombrables catastrophes (hausse du niveau de la mer, vagues de chaleur, baisse des rendements agricoles, sécheresses, inondations, invasions de parasites, ouragans, feux de forêt, fonte du permafrost avec dégagement de méthane, etc.).

Alors pourquoi rien n’est fait pour prévenir ce désastre mondial ?

 Si le nécessaire n’a pas encore été fait pour réduire les émissions, c’est parce que les politiques à mettre en œuvre sont incompatibles avec le capitalisme dérèglementé. Les mesures qui nous permettraient d’éviter la catastrophe et qui profiteraient à l’immense majorité de la population représentent une grave menace pour la minorité qui a la haute main sur l’économie, la sphère politique et les médias.

 De fait, les difficiles négociations sur le climat se sont enlisées avant d’échouer lamentablement, alors que la mondialisation de l’économie a volé de victoire en victoire, établissant un cadre politique mondial qui garantit un maximum de libertés aux multinationales. Ses trois piliers sont bien connus : privatisation du secteur public, dérèglementation des marchés, et allègement du fardeau fiscal des entreprises financé par la réduction de la dépense publique. Les mesures climatiques les plus évidentes sont désormais considérées comme une hérésie politique, alors que l’exportation massive de produits sur de très longues distances (brûlant sans relâche des combustibles fossiles) et la généralisation au monde entier d’un modèle de production, de consommation et d’agriculture fondé sur le gaspillage (et sur l’utilisation massive de combustibles fossiles) paraissent normales.

Notre système économique est en guerre contre la planète et ses nombreuses formes de vie, y compris humaine. La bataille fait rage et, pour le moment, le capitalisme l’emporte haut la main. Notre dilemme est le suivant : soit nous laissons le bouleversement du climat transformer radicalement le monde, soit nous transformons radicalement l’économie pour éviter le bouleversement du climat.

Selon l’AIE (Agence Internationale de l’Energie), si les émissions ne sont pas maîtrisées d’ici 2017 (autant dire demain !), l’économie fondée sur les combustibles fossiles aura rendu irréversible un réchauffement extrêmement dangereux. « La fenêtre permettant de respecter l’objectif des 2 degrés est sur le point de se fermer. En 2017, elle sera fermée pour de bon. »

 Pour être efficace, la lutte contre l’idéologie dominante doit s’inscrire dans un conflit beaucoup plus large entre des visions du monde incompatibles, dans un processus de redéfinition et reconstruction de l’idée même de collectivité, d’espace public, de biens communs, de droits civiques, de citoyenneté, après des décennies d’assauts et de négligence. La tâche consiste non seulement à élaborer un programme politique alternatif, mais aussi une vision du monde différente, fondée sur l’interdépendance plutôt que sur l’hyper-individualisme, sur la réciprocité plutôt que la domination, sur la coopération plutôt que sur la hiérarchie.

 Et n’oublions pas ! Ce que les remontées de résistance d’une société animée par une volonté de changement ont de plus frappant, c’est qu’elles surviennent souvent au moment où l’on s’y attend le moins …

Source:  2ccr.Unblog.fr

Avant propos du livre de Naomi Klein : Tout peut changer – Capitalisme et changement climatique.

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« Chacun de mes contacts avec la politique m’a donné l’impression d’avoir bu dans un crachoir ».. . Ernest Hemingway

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     Pour être efficace, la lutte contre l’idéologie dominante doit s’inscrire dans un conflit beaucoup plus large entre des visions du monde incompatibles, dans un processus de redéfinition et reconstruction de l’idée même de collectivité, d’espace public, de biens communs, de droits civiques, de citoyenneté, après des décennies d’assauts et de négligence. La tâche consiste non seulement à élaborer un programme politique alternatif, mais aussi une vision du monde différente, fondée sur l’interdépendance plutôt que sur l’hyper-individualisme, sur la réciprocité plutôt que la domination, sur la coopération plutôt que sur la hiérarchie.
     Et n’oublions pas ! Ce que les remontées de résistance d’une société animée par une volonté de changement ont de plus frappant, c’est qu’elles surviennent souvent au moment où l’on s’y attend le moins …

    J’adore cette conclusion M. Gil.

    1 Redéfinir le rôle de la politique au sein de notre société, ce que nous avons depuis quelques décennies n’est que du fast-food. On se présente dans l’urne comme dans un McDo, on lit sur le menu et on place notre petit x en fonction du menu préparé par les gérants qui l’élabore selon les volontés de leur fournisseurs. Pathétique en comparaison du pouvoir par et pour le peuple, ce qui voudrait dire que le menu est fait par l’électeur, le gérant l’élabore et place sa commande au fournisseur en fonction de … Totalement le contraire en vigueur aujourd’hui, mais le pouvoir à besoin d’être dorloté, il faut s’en occupé, combien d’entrevous ont préférer rester bien sagement à la maison lors des dernières manifestations étudiantes??? C’est votre manière de vous occupé de votre pouvoir, une fois au quatre ou cinq ans s’est suffisant et même trop, un chausson avec ça!!!

    Est-ce qu’une réforme politique signifie le démantèlement de tout ce qui existe, certainement pas. Mais le rôle des instances décisionnel du peuple, oui. Ministre et premier Ministre sont à redéfinir et surtout leur emploi du temps. Prenons un sujet d’actualité au Québec, la réglementation des quadriporteurs. Est-ce nécessaire qu’un de nos politiciens soit impliqué au début du processus sous le couvert du pouvoir législatif et d’y justifié leur salaire, pour ma part non. Les acteurs pourrait très bien s’organiser avec l’autorité judiciaire et parvenir à un consensus qui feras force de loi. Si ce fameux consensus est impossible à réalisé ou si les électeurs se sentent berné. Le peuple ou la cour supérieure du Québec pourrait demander à un ministre d’intervenir de manière impartiale. Ce qui est essentielle à sa fonction nous le savons tous, mais encore là, la société doit faire tout ce qui doit être fait afin de préservé un environnement propice à cette impartialité, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui à cause du cynisme citoyen, ligne de parti, etc. Nous exigeons cette impartialité d’êtres humains dans leur fonction de politicien, mais encore là l’impartialité se cultive et se préserve à l’intérieur d’un environnement adéquat et le chausson politique de McDo, ne s’y intéresse même pas.

    2 L’économie, peu importe les réformes économiques qui viendront et la répartition de richesse tant souhaité par la gaugauche du McDo politique, rien ne pourras être concluant si la base n’est pas solide. Et très peu de gens possèdent l’altruisme nécessaire pour le concevoir et encore moins l’accepter. Je m’explique; prenez un de vos vêtements, fort à parier qu’il est en coton. Il y à toute une chaîne de production derrière ce vêtement, du simple paysan qui se meurtrit les doigts quotidiennement lors de la récolte, jusqu’au vendeur de la boutique ou vous vous l’êtes procurez. Et toutes ces personnes à l’intérieur de cette chaîne y sont essentielles, l’un n’est pas sans l’autre, élémentaire non! Et toutes ces personnes ont un lien commun, encore plus élémentaire, Elles ont toutes une seule vie à vivre et une date d’expiration, sans exception. En clair le temps du paysan et celui du président de la chaîne de boutique est aussi précieux pour l’un que pour l’autre et toute forme de rémunération, la base de la répartition de richesse, qui ne s’appuiera pas sur ces faits, n’est à mes yeux qu’illusoire car malhonnête dans son fondement. Le bonheur ne se trouve pas dans la fierté d’un salaire plus élever que le voisin, mais dans un emploi du temps à la hauteur de nos aspirations du moment présent. Ce qui est possible pour les mieux nantis, mais pour les autres… Combien de nos syndicalistes prône cette voie??? Et combien des chaussons politiques sont prêt à effleurer le sujet du bout des lèvres??? Beau spectacle,Sososo-solidarité!!!